DOMINICALE DE POITIERS
PAROISSE de
Année Il est ordonné que M. le receveur de la Dominicale délivrera à
la somme de livres, à elle
accordée pour la nourriture
reçu le et ce pour
le quartier qui commence
laquelle somme sera allouée audit sieur receveur en les comptes, en rapportant la présente ordonnance en bonne forme, contrôlée du Contrôleur des Pauvres, et contre-signée, du Secrétaire de l'Hôtel-Dieu. Fait à Poitiers, le
et estrangers meurent de faim pour ne trouver de pain » . Faute d'aumônes suffisantes pour leur venir en aide, le Conseil décide, le 3 mars 1590, qu'on les mettra « tant chez les ecclésiastiques que laiz, pour les nourrir pendant les troys moys prochains ^1) ». Le lendemain, on spécifie que tous seront tenus u de bailler à chascun d'eux une livre et demye de pain et aux petits, une livre », Faute de blé, il leur sera distribué de l'argent. C'est ce que font, du reste, les chanoines de Sainte-Radegonde et de Notre-Dame-la-Grande.
Quelques années plus tard, en 1600,1e clergé et les habitants ont de nouveau la charge de nourrir les indigents. L'évêque en reçoit 25 pour sa part. Les chantres, souschantres et le sous-doyen de Saint-Pierre, chacun 6. Les autres chanoines un seul par personne. A Saint-Hilaire, le doyen en a huit et ses collègues un ou deux. A Saint-Pierrele-Puellier, un par dignitaire (2). L'abbé de Montierneuf est tenu d'en recevoir 10, celui de la Celle, 4, et les autres 2. L'abbesse de Sainte-Croix, 12, et celle delà Trinité 6.
L'hiver de 1630-1631 ayant été fort dur, on voit les pauvres venir, le 7 mai, assiéger l'Hôtel de Ville et « houspiller les eschevins n à cause de la cherté des vivres (3). En 1631, grâce à la peste et à la famine réunies, la misère ne fait qu'augmenter. Le 3 mars, il est dit au conseil municipal « que la disette estoit si grande en ceste ville, tant sur les pauvres mendians qui périssent de faim que sur une grande partie des habitans qui en enduroient beaucoup », qu'il fallut se décider à réquisitionner tous les blés amassés
(1) Reg. dél. mun., no 55 6is, pp. 63-67. Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 9. — Sainte-Radegonde donna 150 1. et Notre-Dame-la-Grande, 300 1. par mois. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 50. — (3) Reg. dél. mun., n'' 80, p. 243.
dans les greniers (1). Cette mesure ayant été ensuite reconnue insuffisante, on dut partager les affamés entre tous les habitants sans distinction. L'évoque Chasteigner de la Roche- Posay se chargea de ceux de Sainl-Savin, Saint-iMichel et Sainte-Radegonde, si bien qu'à la fm d'avril 350 vécurent de ses charités. Il leur donnait 2 s. par tête et parjour. Deux enfants comptaient pour une grande personne, de même qu'une femme avec son enfant. Cette règle ne paraît pas avoir été absolue. Ainsi, le procureur Bruneau avec s;i femme et ses 2 enfants ne recevait que pour deux. Le lapidaire Jean Roy et sa femme n'avaient qu'une moitié d'aumône. L'huissier Louys Picard et ses 6 enfants étaient inscrits pour deux parts. En réalité, on appréciait la situation plus ou moins précaire des assistés, qui comprenaient surtout des ouvriers, des journaliers ,journalières, laveuses et autres femmes gagnant misérablement leur vie par le travail.
Cette manière de secourir les affamés se continue l'année suivante, car le maire décide, les 4 et 18 mars 1632, qu'ils seront répartis entre tous les habitants (2). Comme leur nombre atteint 2.000, le clergé en nourrira 1.200 et les laïcs 800.
La Dominicale n'a pas seulement à veiller à la nourriture des pauvres, mais il lui faut encore les faire soigner quand ils sont malades. Au xvi^ siècle, la plupart des aumôneries ne fonctionnant plus, ils ne sont guère reçus que dans celle de Notre-Dame-la-Grande, administrée par son aumônier d'abord, jusqu'en 1579, puis par trois bourgeois de l'Hôtel de Ville. Malheureusement, elle est, comme nous verrons plus loin, trop peu importante pour les recevoir tous. Au surplus, ceux d'entre eux qui sont atteints d'affec-
(1) Arch. Vienne, 11^-18. — (2) Arcli. Vienne. 11'» 18.
tions contagieuses ne peuvent y être régulièrement admis. Aussi est-il absolument nécessaire d'en soigner un grand nombre à domicile.
Le 7 août 1383,1e chirurgien Antoine Blanchefort reçoit l'ordre « d'aller,par les paroisses, traicter et médicamenter les pauvres mallades, comment les intendants et fabriqueurs en advyseront, et spéciallement a esté ordonné qu'il traictera le nommé Bénoist Savyn, auquel Savyn, lad. Dominicale a ordonné estre baillé 1 écu s. et ce, à cause de son infirmité et blessure qui a esté prinse au service de la ville (1) ». La même année, le 26 décembre, il est payé à l'apothicaire Pierre Citoys la somme de 11 s. pour une pauvre femme recueillie mourante dans la rue et soignée chez Guillaume Pelletier^chanoine de Saint-Hilaire, faisant fonction de trésorier de la Dominicale.
Une femme atteinte de la fièvre, dontle mari, Guibert,» fut tué pendant les guerres pour la defîensedes fortifications», reçoit pour elle et sa petite-fille, en 1574, la somme de 3 s. par semaine (2). Nicolas Boutynot, prêtre, malade depuis '^ mois et fort pauvre, est inscrit pour 20 s., puis 10 s. pendant deux semaines (3). De même, en 1572, le jeune Pierre Gendron, âgé de 11 ans, touche 4 s. tout le temps qu'un chirurgien le soigne.
Les blessés sont pansés à domicile dans nombre d'occasions. Ainsi, le 3 janvier 1556, il est accordé deux testons, soit 22 s.^ à Christophe Fouquet, compagnon menuisier, blessé au genou (4). Des soins lui sont donnés par l'apo-
(1) Gart. 53 et cart. lii, reg. 4. — (2) Cart. 53. Le 22 juillet 1584 une femme enceiate,qui couche ordinairement sur le pavé, est remise à sa famille dans la crainte qu'elle ne perde son fruit {id., reg. 4). — (3) Id., reg. 3. — La (ille Picault malade est inscrite, le 5 janvier 1556, et reçoit 20 d. par semaine (Id.). — (4) Arch. Hôp.
thicaireet le chirurgien, jusqu'à la fin de l'année. Le 18 septembre 1557, il est payé au couturier Garrigner,dit Buzin, 25 s. pour avoir fait « une bande, ou brayer d'acier garny de cuir blanc, à un garçon menuizier apprentif, nommé Jehan Moreau », atteint « d'une rompture ou hernie ». Au surplus, ilfait son apprentissage aux frais de la Dominicale. Le 15 novembre suivant, le sieur Gourbillon, chirurgien et opérateur, est chargé, moyennant 4 1., de lui tailler « lad. hernie et rompture, tellement l'intestin luy en alloit et eut esté inapte à exercer son mestier ». Le résultat de l'opération dut être excellent, car le malade reçut plus tard, après guérison, « ung pourpoinct de futaine de 7 s. 6 d. »
Les soldats malades pendant le siège de 1569 sont, d'après une délibération du 27 juillet 1571, soignés dans les maisons particulières (1 j. Le 9 mars 1572, l'un d'eux, Anthoine Cothet, « cy-devant gouverneur de l'artillerie durant le siège de la ville », ayant été blessé dernièrement, « ne peut plus vivre par suite des dépenses faictes par luy au roy et à la ville durant les guerres (2) ». On lui accorde 60 s. une fois pour toutes. A certains autres, parmi lesquels Soreau, enrocheur de vin, il est donné 20 s. dans les mêmes conditions. De pauvres diables qui ont la pierre reçoivent pareille somme (3). Le 10 juillet 1650, on met à l'aumône deux enfants atteints de la pierre, qu'un opérateur offre de leur enlever « sans aulcun lucre, pourvu qu'ilz soient placés dans quelque lieu où ilz seront bien soignez et traitiez quelque temps, jour et nuict (4) ». Au xvii' siècle,
(1) Reg. dt'L mun., n° 39, p. 18. Ce furent les femmes de Poitiers, qui, d'après de Thou , se dévouèrent pour les soigner.— (2) Ribl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. - (3) IJibl. Poitiers. —(4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11.
les exemples de ce genre deviennent fort rares grâce à l'inslallation plus complète de l'Hôtel-Dieii.
Nous parlerons plus loin de ceux qu'aflligent des maladies incurables, comme écrouelles, cancers et autres du même genre, que l'on soigne souvent à domicile (1). En cas de besoin, il leur est alloué de petites sommes, à l'aide desquelles ils peuvent entreprendre des pèlerinages avec l'espoir d'obtenir une prompte guérison (2). Il en est ainsi quand il s'agit d'aller trouver le roi pour lui faire toucher des écrouelles.
Une maladie qui semble assez répandue à Poitiers pendant les troubles du prolestantisme est la grosse vérole ou syphilis. Sa présence y est surtout constatée à partir du siège de 1569. Le 16 novembre 1572, Mathurin Barbotin reçoit 20 s. pour soigner et « traicter suivant son art et industrie », Marie Pingault « entachée » de la sorte (3). Le 15 février de l'année suivante, il est versé au même chirurgien la somme de 12 1. 10 s. après la guérison d'un pauvre garçon (4). Le 2 octobre 1584, une femme indigente est trouvée à l'une des portes de Saint- Pierre « couchée sur la paille, mallade de grosse véroUe ». On la confie aux soins d'une pauvresse qui pour cela reçoit 5 s. par semaine (5). Le 24 mars 1591, Suzanne Pellerin, « détenue, dit-elle, en extrémité de maladie ignominieuse », demande quelques secours. Elle est remise au chirurgien Antoine Couldret, chargé de la guérir à forfait moyennant 30 1. Son confrère, François Ferrand, reçoit, le 31 octobre 1600, une pareille somme pour soins donnés à un enfant(6).
(i) Id., cart. 53, reg.3.— (2) Id., cart. oi. —(3) Bibl. Poitiers, cart . o3, reg. 3. —(4) Bibl. Poitiers, cart. 54. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (6j Bibl. Poitiers, cart. 53 et54.
Le 2 octobre 1604, nous trouvons un pauvre homme et sa femme demeurant à Rochereuil, auxquels il est accordé 20 s. par semaine, pour leurs « grosses nécessitez ».
Les enfants teigneux sont confiés à des chirurgiens ou à des pauvres femmes qui se chargent de les soigner. Le 29 novembre 1556, le chirurgien Martin Couslard reçoit 50 s. pour avoir guéri trois jeunes garçons^ et 10 s. pour en avoir pansé deux autres. A partir de 1570, on les met en pension chez des personnes qui prennent soin de « les nourrir et de les médicamenter ». Un orphelin réduit à la mendicité demande, le 2 décembre 1571, à être placé entre les mains « des femmes de ceste ville qui médicamentent et guérissent ceulx quy ont lad. maladie » (1). Il est décidé qu'il sera confié à l'une d'elles qui « gouverne les malades de la maladie de teigne, pour panser et médicamenter le suppliant, à la charge de le guéryr et lui applicquer onguens nécessaires et prescritz ». Nous trouvons, à cette époque, comme pratiquant ce métier, la Berlande, Marie Regnault et Marie Glorielle. Cette dernière reçoit 20 s, en 1572, pour avoir médicamen té deux petites filles (2). Jehanne Biaise obtient 15 s. le 4 juillet 1573^ après avoir soigné un petit garçon. Marie Laborde, en 1584,est gratifiée de 60 s. pour la guérison d'un jeune orphelin (3). A partir de 1600, les prix varient peu (4). Le traitement de la teigne revient d'abord à 30 s., puis à 2 l. 5 s. et, en dernier lieu, à 31 .
Des aumônes sont distribuées à des malades du dehors, comme il arrive en 1536, pour une femme atteinte du mal de Saint-Jean (5). En 1584, les paysans, accourus des
{i)Id., cart. 53, reg. 3. —{2) kl., carL U. — (3) Mibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3 et 4. — (4) Arch. Hop. — (5) Reg. dél. mua., n» 20, p. 139.
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campagnes voisines, sont si nombreux à la Cueille qu'il faut leur chercher un logement afin de pouvoir les soigner (1). Le 3 novembre 1554, l'italien Pierre Bardi, homme savant mais fort pauvre, se trouvant atteint d'un flux de ventre, est confié aux soins d'une femme qui le garde chez elle (2). En io84. Barbe Gracieuse reçoit 20 s. après avoir pris dans sa maison, pour les soigner, trois pauvres malades (3).
Quand les miséreux viennent à succomber, la Dominicale se charge de les faire enterrer. Il lui en coûte 6 s. lOd. le 12 septembre 1563, pour une femme morte aux murailles de la ville (4). Le fossoyeur du cimetière Saint-Michel reçoit 20 s., prix des fosses destinées à 20 indigents. En 1583, un enterrement se paye 40 s. tr. (5). La charrette employée à transporter les corps vaut chaque fois 10 s. de location.
Une autre catégorie de pauvres est constituée par les prisonniers, qui furent jadis l'objet d'une constante sollicitude delà part des gens charitables. Ceux de la conciergerie du Palais, des prisons de l'Echevinage ou de la Prévôté, ne s'adressèrent que fort peu à la Dominicale. Cependant, dans cette dernière, il se fit, en 1563, une aumône de 25 1. (6). Les prêtres renfermés par ordre de l'officialité imploraient pgirfois quelques secours. L'un d'eux écrit au Bureau, en 1572 : « Monsieur le mayre et aussi vous tous^ messieurs de la Dominicalle, je vous supplie- humblement et en l'honneur de Dieu et de ceste bonne feste de la Toussainclz, avoir pitié de moy et me ordonner une aul-
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (2) Reg. dél. mun., n" 26, pp. 89-90. —(3) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 54. — (5) Id., cart. 53. —(G) Ici., cart. 54.
mosne.Vous asseurant, messieurs, que je suys en grande nécessité et misère et dès long temps. On ne voyt pas pitié qui ne voyt les prisonniers. — Escript des prisons de l'évesché, ce dimanche de Toussainctz 1572. — C'est pour jamays vostre pauvre et très humble serviteur, Mathurin David, prebtre, prisonnier à l'évesché (1) ». On lui donne 12 s., et la même année 40 s. à un autre détenu. Plus tard, ces largesses cessent complètement, et c'est à peine si, à la veille de la Révolution, un journal de Poitiers rappelle une dernière fois les prisonniers au souvenir de ses habitants (2). Au reste, cet appel n'est point entendu.
Le Bureau de la Dominicale vient facilement au secours des pauvres auxquels peuvent manquer des instruments de travail. En décembre 1557, il est donné 50 s. à « l'esvier» Jehan Vigneron pour a luy ayder à avoir ung asne parce que le sien estoit mort, duquel il gagnoit sa vie et celle de sa famille, aultrement il seroit obligé certainement de mandier sa vie (3)». Le 28 octobre 1584, c'est une veuve qui obtient <( ung rouhet et des escardes » pour filer et gagner de la sorte la vie à ses deux enfants, qui désormais ne devront plus mendier (4). Le 20 novembre 1609, un lit est accordé au tambour de ville, dont la maison s'est effondrée (5). René Lecomte reçoit 25 s. afm de payer un trimestre de
(1) Bibl. Poitiers, cart. 54. Les prêtres reçurent parfois des aumônes de la Dominicale. En 1373, Jacques Chaigne, malade, touche 10 s. par semaine (cart. 53). En 1572, un cordelier et un prêtre obtiennent chacun 20 s. En 1604,Audebert,(< volé et excédé en sa maison et cure de Pouillé, est gratifié de 10 1. pour commencer une procédure (cart. 50).
— (2) Affiches du Poitou, 18 octobre 1787. « Ceux de la Prévôté ont droit aux mêmes commisérations que les autres et si l'on employait la quarantième partie des sommes consacrées au Jeu et au luxe, il serait facile de les secourir. » — (3) Arch. Hôp. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4.
— (5) Reg. dél. nnui., n° (35, p. 05, et cart. 53 bis, reg. 8.
son loyer (^1). Les secours de ce genre ne sont pas rares. La Dominicale distribue des vêtements aux indigents ou leur remet de l'argentpour en acheter.Le l*^"" mars 1545, la femme Boisleve obtient 3 aunes de drap gris à 30 s. l'aune, afin de se faire une robe. Ses deux filles sont gratifiées chacune de 12 1.(2). Même aumône, en 1555, à une pauvresse venue de La Rochelle. En 1601, il est dépensé 120 l. pour habiller 29 pauvres (3). Cet usage se continue longtemps, surtout en faveur des enfants nécessiteux ou abandonnés.
Il ne faut pas croire, après ce que nous venons de dire, que tout est parfait dans la distribution des aumônes. Il est bien difficile aux œuvres de bienfaisance d'atteindre la perfection. Une des causes principales qui les empêche d'être entièrement profitables provient de leur manque de ressources. Le 22 avril 1538, le maire déclare que, « par defTault d'estre allimentez ou aultrement », beaucoup vont mendier aux portes comme jadis, et cela faute de pain pour les nourrir (4). Le 1" décembre 1542, comme on ne recueille que 75 s, par semaine, quand il faudrait 9 1. la mendicité recommence encore dans les rues et les églises, avec la complicité des sergents du maire (5). Aussi, le 1 1 décembre suivant, il est dit au Conseil qu'on voit des indigents « tous nuz, allant par ceste ville qui endurent et souffrent beaucoup par deffault d'hébergement, nourriture et vêtements et qu'il faut avoyr pitié et compassion », d'autant que l'hiver « est merveilleusement froid ». Même chose se reproduit l'année suivante et plus tard, en 1648.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis. ~ (3) Bibl. Poitiers, cart. :;3 bis. —(4) Reg. déi. mun., n" 20, p. 783. — (5) Reg. dél. mun., no 25, pp. 48,118, 280, 340., reg. 29, p. 112, et Bibl, Poitiers, cart. 49.
Une autre cause du mauvais fonctionnement de l'assistance publique provient de la façon dont les aumônes sont réparties. Parfois, ceux qui en ont la charge s'en désintéressent par trop et accomplissent mal leur devoir. Le 13 décembre 1541, Perrine de Chargé vient dire que les 5 s. qui lui sont attribués chaque semaine ne lui ont pas été payés depuis quinze jours (1). Le 14 août 1583, les assistés se plaignent de n'avoir rien reçu « es mois de juing, juillet et présent mois d'aoust » ,etcela, par la faute du receveur. Non seulement il n'a fait aucune distribution, mais encore « desdaigna soy comparoistre aux trois dernières Dominicalles, nonobstant qu'il y ait esté expressément assigné (2) ». Gomme il y a « inclémence de temps et penurye de fruicts amassés », le peuple se trouve «en grande dizette et pauvreté pour la présente année ».Le chanoine qui remplit si mal son devoir reçoit une amende de 10 écus. Ils sont donnés n aux pauvres gens vieux et valétudinaires, vefves chargées d'enfîans et orphelins qui n'ont moyen de vivre». Le 9 décembre 1584, on déclare au Bureau que, parmi les nécessiteux, « aucuns sont à l'aumosne de la Dominicalle, qui leur est distribuée sans besoin (3) » .
Dès cette époque, on trouve trace de complaisances coupables à l'égard de gens qui profitent sans aucun droit des secours destinés aux véritables indigents.
En temps de peste ou de famine, les grandes villes sont
(1) Ueg. dél. mun., no 24, p. 44.— (2) Bibl. Poitiers, cart. 54,reg. 4. — Arch. Vienne, G. 1197. Les chanoines faisaient alors beaucoup d'aumônes en dehors de Poitiers sur les domaines dont ils étaient propriétaires. — (3j Bibl. Poitiers, cart. 53.
envahies par des hordes de mendiants qui fuient les campagnes dans l'espoir de se mettre à l'abri de la misère. Il en est de même pendant les guerres ou quand les cités voisines ferment leurs portes aux vagabonds. Le flot des miséreux accourt vers celles qui ne savent ou ne peuvent se défendre car les mesures de répression prises contre eux restent souvent inefficaces, comme nous le verrons plus loin. Le spectacle de tous ces gens qui viennent mourir de faim ou de contagion dans les faubourgs et autour de murailles n'est pas sans émouvoir la sensibilité des Poitevins. Ils ont l'àme trop généreuse et trop charitable pour ne point leur venir en aide. Aussi la municipalité s'empresse-t-elle de les secourir par tous les moyens qu'ellejuge convenables et pour celane cesse de faire appel à la bonne volonté des habitants de la ville.
Au début de chaque famine, le maire et les échevins accordent aux marchands la liberté d'apporter leurs grains au minage, sans payer aucun droit. Ils procèdent de la sorte, en loOi^ année de mauvaise récolte, pendant laquelle le boisseau de froment se vend 7 s, 6 d., de baillargc 6 's. et de seigle 2 s. 6 d. Le vin, au contraire, fort abondant, se paye 33 s. tr. la pipe ou les deux barriques de blanc et 50 s. tr. le pineau (1). Il arriva pendant quelques mois une telle quantité de mendiants «que c'estoit pitié ». En 1518, la liberté du minage est également prescrite ainsi qu'en 1529. Au cours de cette dernière année, grâce à lapénurie des grains, « plusieurs pauvres gens sont grandement persécutez de famine ». Le vin vaut 15 l. la pipe et le blé 5 1.1a charge. Cette mesure,purement transitoire, qui atténue toujours plus ou moins le fléau, suffit parfois à l'arrêter.
Parmi les indigents réunis ix Poitiers, ceux de la châ-
(1) Bibl. Poitiers, cart. i2, reg. il et 12.
tellenie forment une catégorie à part. Ils ont droit à ses aumônes, car les prieurs ou curés des paroisses qu'ils habitent sontsoumis aux taxes de la Dominicale. Les étrangers reçoivent un accueil moins empressé et, le plus souvent, doivent s'en aller après avoir touché des secours passagers. En général, la multitude des mendiants s'empresse surtout pendant l'hiver. La période la plus critique qu'ils ont à passer dans la ville débute vers la fin de cette saison, quand les maigres ressources qui leur restent sont totalement épuisées.
Au moment des famines, il est institué, comme nous avons dit, un Bureau spécial de l'aumône. Son premier soin, après avoir fait appel à la charité publique, est d'établir de nouvelles taxes, de mettre un peu d'ordre dans la cohue des nouveaux venus et d'en connaître le nombre. Le 2 janvier 1573, il est prescrit de réunir les pauvres qui sont dans la ville « au couvent des Jacopins, pour y estre nombrez et visitez et que à l'yssue leur sera distribué à chascun 1 liard ». On en trouve 900 susceptibles de participer à cette distribution. Le 17 février 1584, ils sont rassemblés à l'évêché, pour permettre d'en dresser un rôle (1). Il en est compté 150, qui reçoivent 1 s. par tête.
Pour avoir ces mendiants sous la main et les empêcher d'errer par la ville, il est d'usage de les parquer dans un local particulier. En 1540, puis en 1541 et 1544, on veut tour à tour les installer dans les aumôneries de l'échevinage, de Saint-Pierre et de Saint-Jacques de la Vergne, mais comme tous ces établissements sont de très minime importance, aucune suite n'est donnée à ces projets (2). En 1545, il est décidé de les mettre à l'hôpital de la peste,
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 et 54. — (2) Reg. dél. inun., n° 22, p. 286; n» 23, p. 48; n» 24, pp. 31, 32,43 ; no 25, pp. 300-307-384.
« car ilz sont mal logez et couchez en ceste ville, faulte d'hospitaulx, dont s'ensuyt grand dangier de mortalité (1)». Ce nouveau projet obtient le môme sortque les précédents. En 1384, on revient encore à l'idée de les loger à Saint-Pierre et à Sainte-Marthe (2). Le 7 janvier 1586, il est parlé d'une maison inhabitée depuis plus de 10 ans, située rue des Basses-Treilles. A cette époque, les pauvres « tant du pays de Limousin que autres lieux, qui abordent de jour en jour en cesle ville mendier leur vie » ,font que l'on se décide à louer une grange dans l'abbaye Saint-Cyprien alors abandonnée (3). Le 6 avril, cette décision n'est pourtant point encore exécutée et « la plupart des pauvres sont conlrainctz de coucher sur le pavé (4) ». Enfin, le l*'' juin suivant, le choix des échevins se porte sur la grange de Sainte- Marthe, qui touche l'église de Saint-Savin, et la Dominicale ordonne aussitôt d'y mettre des lits.
Le 30 novembre 1615, on veut placer les mendiants étrangers à l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande et en cas de besoin, à l'hôpital des pestiférés (5). Comme ces établissements ne suffisent point à les contenir tous, le surplus est logé dans la grange de Saint-Cyprien, Le 25 juin 1652, ils reviennent encore fort nombreux errer dans les rues et mendier aux portes (6). Beaucoup parmi eux se trouvant atteints de maladies contagieuses peuvent infecter la ville. C'est pourquoi le maire propose de nouveau de les établir dans une grange ou dans les faubourgs.
(1) Reg. dél. mun . , no 27,p. 120. — (2) Id. no 44 bis, p. 97. — (3) Id., n» 45 pp. 2i3, 38, 403. Cette ft infinité de pauvres -> venant de tous les pays pour mendier à pour cause la « stérillité des fruictz presque géneralle en France ». — '4) Reg. dél. mun., n« 46, p. 2.j. — IJibl. Poitiers, cart. 33, reg. ."i. — (5) Reg, dél. mun., n" 70, p. 112. — (G) Reg. dél. mun., n" 103, p. 345.
La Dominicale vient au secours des indigents du dehors en leur distribuant du blé, du pain ou de l'argent. Ceux du voisinage sont plus favorisés que les autres. Le 20 mars 1585, la mairie prend fait et cause pour les gens de Saint- Benoît et vient prier le procureur du roi de poursuivre l'abbé du monastère qui refuse de leur faire l'aumône (1). Les interventions de ce genre, conformes à l'arrêt du présidial de 1592, se rencontrent fort rarement.
Le 19 mai 1539^ un échevin est invité à donner chaque jour une charge (16 boisseaux) de blé aux pauvres étrangers (2). En 1 563, chacune des paroisses voisines reçoit pour distribuer aux siens, du 4 avril jusqu'au 29 mai, des sommes variant toutes les semaines depuis 32 s. jusqu'à 39 1. 8 s. (3). Ces distributions se prolongent 15 jours de plus que celles qui sont faites auxindigents de Poitiers. En 1566, nous voyons 21 paroisses y participer: depuis le 21 février jusqu'à la fin de mai (4). En 1573, elles sont au nombre de 24 et les charités commencent à leur être distribuées le 28 mars de la même année pour se continuer pendant cinq semaines. Parmi les localités dont il faut secourir les habitants tombés dans la misère, certaines se trouvent assez éloignées de Poitiers (5).
L'année 1597 est fort désastreuse pour lés campagnes voisines de la ville. Les paysans de Smarves restent trois ans de suite sans rien récolter. « En 1594, disent-ils, la gresle tomba sur la paroisse et bâtit tous les bleds et aultres fruictz, tellement qu'ilz ne recueillirent rien et ne purent semer l'année 1595 et ne récoltèrent que fort peu
(i) Reg. ùr\. mun., n» 20, p. 190. — (2) Reg. déL mun., no 20, p. 713. — (3) BibL Poitiers, cart. 49. —(4) Reg. dél. mun., no 40, p. 232. — (■j) Reg. déL mun., n» 129, p. 59.
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l'année 1596. La gresle a encore tout gasté comme chascun sait (^li ». De ce fait, 107 personnes tombent à la charge de la Dominicale.
Voici du reste, au début de l'hiver de 1597, la liste des paroisses, le nombre des indigents venus de chacune d'elles et les sommes qu'ils reçoivent toutes les semaines :
Paroisses Nombre des Aumônes
pauvres
Croutelle 38 39 s.
Mezeaux 53 6 1.
Montamizé 70 8 1. 12 s. 3 d.
Mignaloux 28 7 1. 12 s.
Neuville 234 23 1. 8s.
Chasseneuil 40 12 1. 16 s, 8 d.
Busserolles 28 31 s.
Vouillé 377 33 1. 7 s.
Aventon .33 3 1. 8 s. 6 d.
Mipné 130 9 1.16 s.
Saint-Benoît 91 10 1. 14 s. 9 d.
Roches-Prémaries 29 36 s. "
Ruffigny 36 68 s.
NouaHlé 26 50 s.
Ligugé 73 71. 2 s.
Anxaumont 19 10 1, 6 s.
Fontaine-le-Comte 94 111. 10 s.
Savignv-Levescault 26 70 s.
Breuil-Maingot 20 31s.
Vouneuil-sous-Biard 72 6 1. 2s.
Saint-Julien 26 71 s 6 d.
Chapelle-Moulière 43 36 s.
Dissais 43 73 s.
Quinrays 214 manque
Smaives 110 manque
Une note mise sur les comptes du receveur ajoute qu'en outre de ces 1842 indigents inscrits sur les rôles, il fut donné des secours à d'autres qui n'y figurèrent pas.
La distribution du pain commence, en 1587, au milieu de février et se continue le vendredi qui suit le 24 du même mois^ à l'abbaye de Montierneuf (2). On doit donner « ung pain de 12 onces cuici, tel qu'on a accoustumé faire à la
(1) Bibl. Poitiers, cart. 49. — (2) Reg. dél. mun., no iO, p. 232.
munition pour la nourriture des soldatz et gens de guerre». L'aumône générale en prend 1.200 à son compte.
Il est d'usage de renvoyer les mendiants étrangers au début de l'été, saison considérée comme très favorable au développement des épidémies. Le 17 mars 1550, un échevin déclare au conseil « que, le temps commençant à s'eschauffer, il seroit dangereux pour la santé publicque de laisser vaguerlesmendians valides (1) ». On décide en conséquence de les faire retourner dans leurs châtellenies. Le 8 janvier 1586, trois notables sont désignés par la Dominicale, pour s'en occuper immédiatement (2), En 1587, des distributions en argent ont lieu aux quatre portes de la ville « à ceux qui doivent s'en aller(3)w.Le 27 mai 1588, comme il en vient de toutes les contrées et que «. par leurs ordures et villainies ils infectent la ville et tout le pays circomvoisin », on se décide à les chasser dans la crainte d'en voir arriver d'autres (4). Ordre est donné « à tous gens valides, câlins et Lymousins de s'en aller à peine de fouet ». Avant de partir^ ils reçoivent la valeur de 5 s. tr. en pain ou en argent. Les malades incapables de voyager sont renfermés dans des granges en dehors des murailles et nourris jusqu'au jour de leur départ.
La Dominicale doit aussi pourvoir à la nourriture des pèlerins et des indigents de passage, qui vont loger à l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande. Dans les mois de novembre et décembre 1535, quand l'hiver arrive, on en reçoit depuis 2 ou 3, jusqu'à 18 par jour (5). En 1558,
(1) Reg. dél. mun., no 31, p. 135. — (2) Bibl. Poiliers, cart. 53, reg. 5. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. On donne à Saint-Cyprien 12 1. 13 s. — A Saint-Ladre 34 1. 15 s. — A Pont Joubert 16 1. — A la Tranchée, 4 1. 17 s. — (4) Reg dél. mun., n° 46, p. 325. — (5) Arch. Hôp.
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ils coûtent à la bourse des pauvres la somme de 351 1. 15 s. 10 d. [[). Cependant, l'on prend soin de distinguer ceux qui peuvent travailler de ceux qui sont invalides. Ces derniers, d'après une ordonnance du maire, de 1547, ont seuls droit à des secours. De plus, le directeur de l'aumônerie doit dresser la liste des mendiants qu'il lo'^e (2). Les passants, d'après une autre ordonnance de 1597, peuvent y résider tous indistinctement pendant une nuit sans pouvoir errer dans la ville (3). En 1643, la salle Saint-Thomas est, comme nous verrons, particulièrement affectée à leur usage (4). On les retrouve encore là, séparés des malades, jusqu'à la fin du xvii® siècle.
Pendant toute la première période de son existence, la Dominicale doit pourvoir aux besoins des pauvres valides de la ville, des passants, et, dans certaines occasions, des paysans du voisinage. Quand les laïcs et le clergé versent régulièrement leurs taxes, elle peut tant bien que mal subvenir à cette lourde charge. Ses ressources furent-elles suffisantes pour arrêter de la sorte la mendicité et le vagabondage ? Non, assurément, surtout au xvii*^ siècle. C'est pourquoi le résultat obtenu, considéré comme peu satisfaisant,amena fatalement les Poitevins à rechercher un moyen plus efficace et moins coûteux poury mettre un frein. De là dut surgir le projet de renfermer les pauvres et de les obliger au travail. Ils le mirent à exécution en 1657, sans, du reste, obtenir un meilleur succès.
(1) Bibl. Poitiers, cait. IV-i. — (2) Reg. dél. mun., n» 24, p. 70.; no 28, p, KiO. — (3) Reg. dél. mun., n" o6, p. 7. — (4) Reg. dél. mun., n" 95, p. 43. La Dominicale et la mairie accordent parfois la passade à certaines personnes. En 1;J82, un gentilhomme de Tlandre reçoit un écu d'or. {Id., n° 44, p. 94.) En 1002, un capucin est gratifié de 4 écus pour lui permettre d'aller à Rome. (Cart. !jO.) Quelques pauvres touchent 30 s. Un marchand de la Lorraine volé et un vieillard indigent de Bruxelles reçoivent le premier 201. et le second 20 s. (cart. 53 et 34).