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CHAPITRE PREMIER L'assistance par les églises et les monastères

A partir du vf siècle, au fur et à mesure que s'organise et s'étend la propriété ecclésiastique, se forme et prospère l'assistance aux indigents. Les biens de l'Eglise, d'abord destinés aux besoins du culte, n'en sont pas moins considérés comme appartenant, pour la plus grande part, aux nécessiteux (1). Le Concile d'Orléans de 511 prescrit aux évêques d'avoir soin des pauvres, des infirmes et de ceux qui sont incapables de travailler pour gagner leur vie (2). Du reste, saint Fortunat ne parle qu'avec éloge de la façon dont tout l'épiscopat français accomplit cette œuvre de charité. Nombre d'évêques ne pensent, en mourant, qu'à léguer à leurs successeurs le soin de continuer ce qu'ils ont entrepris pour soulager les indigents.

A Poitiers, des hommes comme saint Hilaire et ses successeurs ne faillirent point à cette noble tâche. Ils durent certainement organiser l'assistance publique dans la ville

(1) Cf. Lesne (abbé), la Propriété ecclésiastique en France aux époques romaine et mérovinr/ienne (Thèse, Paris, 1910). — (2) Conc. Orléans, can. XVI, p. 6.

près de l'église cathédrale de Saint-Pierre. Au reste, conformément au Concile de Tours (567), chaque localité est tenue de nourrir ses pauvres. Le clergé et les laïcs des paroisses doivent pourvoir à leurs besoins, et cela, dans le but de supprimer le vagabondage. Chose curieuse, nous verrons ces prescriptions, bien longtemps oubliées, remises en pratique, plus tard, au xvi* siècle et donner naissance à notre belle institution de la Communauté des pauvres.

L'organisation de l'assistance auprès des églises cathédrales, comporte deux points principaux que nous retrouverons également dans les monastères. Elle s'adresse d'abord aux gens de la localité et à ceux de passage, pèlerins ou mendiants, auxquels se font des distributions journalières de vivres à la porte du temple. En second lieu, aux malades qu'il est nécessaire d'hospitaliser.

Au début, ce sont les fidèles qui se chargent par leurs aumônes de nourrir les mendiants à la porte des églises. La visite des lieux saints et des sanctuaires en vogue attire beaucoup d'étrangers, dont les largesses vont aux malheureux. Peu à peu, les clercs et les prêtres se chargent de leur distribuer, chaque jour, les aliments après matines. Aussi, pour les empêcher d'augmenter en nombre trop considérable,ont-ils soin de les inscrire ou immatriculer sur une liste. De la sorte, ils deviennent des Matricula?ii ou Matricules.

Cette façon d'agir limite les dépenses de l'Eghse et ne permet pas aux mendiants de passage de faire un long séjour dans la ville. Les Matricules délégués pour recevoir l'aumône se tienneïit à l'entrée de la cathédrale, et quand arrive le soir, vers 6 heures, la recette est partagée entre tous les frères.

Ils sont sous la surveillance d'un prévôt, prêtre ou laïc,

forment une confrérie et s'appellent a les bénits pauvres ou pauvres du Christ (1). » Leur assistance aux offices est obligatoire et ils prennent ainsi le nom de marguilliers. Des personnes charitables leur font des legs, qui sont administrés par l'Eglise. Elle seule en perçoit les revenus et les emploie surtout à l'entretien de la maison des pauvres, toujours située près de la basilique.

Ces traditions se continuent quand disparaissent en partie les biens de l'Eglise et que les distributions se font plus rares autour de ses cathédrales. A Poitiers, le chapitre Saint-Hilaire donne chaque année aux indigents 50 septiers de seigle et d'orge (2). Dans les comptes de 1434 nous trouvons : Pro Xlll panibus erogatis pauperibus Ys. Vd. — Pro monetis dictis pauperibus data Ils lld. — Pro vino tum albo quam rubro^iampro collegio quam dictis pauperibus XVIIl s. VId.[3).\[ s'agit, sans aucun doute, de l'une de ces aumônes faites, le jeudi de la Cène, par les aumôniers des chapitres, quand ces derniers possèdent une aumônerie. Nous aurons l'occasion de les énumérer plus loin, à propos de ces maisons de charité.

Ce qui se passe aux portes des églises a lieu également à celles des monastères. Chacun d'eux est considéré comme un établissement charitable. Son temporel est destiné par la volonté des bienfaiteurs, autant pour l'entretenir que pour lui permettre de secourir les pauvres. Aussi, les mendiants y affluent de tous les côtés, et viennent implorer la charité des moines.

D'après la règle de saint Benoît, il appartient à l'abbé

(1) Lesne (E.),/oc. cit. — (2) Arch. Vienne H-^— (3) Arch. Vienne, G. 575. Pour 2 1. de beurre 11 s. 6 d.En 1389, à la suite d'une grande mortalité qui occasionne la rareté des bras, les chapitres diminuent les droits de terrage (id., 1409).

de régler les distributions qui sont faites, en sa présence, par le cellérier, selon ses indications (l).Plustard, cette fonction est dévolue à l'aumônier. L'aumône devient alors généralement fixe, ayant lieu, soit tous les jours, soit à des époques variables. Les plus importantes sont celles qui se pratiquent pendant le carême et particulièrement la semaine sainte.

L'abbé de Montierneuf doit, comme nous verrons, faire de nombreuses distributions de pain ou de vin par l'entremise de l'aumônier. C'est le mende ou portion monacale qui se donne jusque vers !1556. Celui de Saint-Cyprien, en plus des aumônes qui sont d'usage en carême, est obligé de remettre k la mairie de Poitiers 30 septiers de froment, 30 septiers d'avoine et autant de seigle, pour être, le tout, distribué aux indigents.

Les couvents de femmes sont dans de semblables conditions. Seulement^ en ce qui concerne ceux qui, comme Sainte-Croix, sont soumis à la règle de saint Césaire d'Arles, les aumônes quotidiennes ne doivent point êtres faites au seuil des cloîtres par les religieuses (2). Une personne spéciale {provisor) a la charge de distribuer le superflu de la maison dont l'abbesse dispose en faveur des indigents.

Nous savons que sainte Radegonde, après son mariage avec Clotaire, nourrit et entretint de nombreux pauvres et fonde même un hôpital. Après la création du monastère de Sainte-Croix, sa charité ne fit que croître, et, toute sa vie, elle en donna toujours l'exemple à ses religieuses. « Hors de sa semaine, dit l'un de ses historiens, elle se consacrait encore aux malades, apprêtait leur nourriture,

(1) Reg. magest.: « Cellerarius eleemosinam faciat cum jussu abatis in presentia ejus (E. Lesne). — (2) E. Lesne, loc. cit.

leur lavait le visage, présentait les breuvages et, après les avoir visités, retournait prier dans sa cellule (1). » Cette tradition se continua pendant de longs siècles, chaque fois, surtout, que survint une de ces famines qui occasionnaient tant de ravages parmi la population indigente delà ville.

Dans le rôle censier de Sainte-Croix pour 1232, nous trouvons, à la date du 7 août : infirmis Pictavensis^ \ d. (2). En 1334 et (335, l'abbaye fait distribuer, depuis deux jusqu'à huit et même neuf septiers de froment ou de seigle, pendant 46 semaines de chaque année, à partir de la fête de saint Pierre-ès-liens, jusqu'à celle de saint Cyprien (3). Pour 1335, le compte fmit à la Sainte-Agathe. Chaque don est indiqué comme le suivant qui débute ainsi: «inseptimena beau Pétri advincula^ II septaria. » En 1356, année de misère, même distribution de froment, pendant 37 semaines. Elle commence à partir de la fête de sainte Catherine [béate Katevine)^ et se compose, toutes les fois, de 3 mines {minas) de grains (4). Il en est de même les deux années suivantes. L'aumône débute, pour la première, à la fête de saint Xiste et, pour la seconde, à celle de saint Pierre-ès-liens. Cette dernière se continue pendant 52 semaines de suite. C'est ainsi que ces religieuses vinrent au secours de la ville de Poitiers au cours d'une période qui compte au nombre des plus tristes et des plus malheureuses de son histoire.

L'abbaye de Sainte-Croix, comme toutes les autres, fait des charités spéciales le Jeudi Saint. On les trouve ainsi notées dans un registre de comptes : « Le jour de la Cène, doibt madame, Xlll miches et XIII doubles et les felves aux

(1) Fleury (Ed.), Hts^oiVe de sainte Radegonde, p. 212 (Poitiers, 1843). — (2) Mérn. Soc. Ant. Ouest. Documents (1876). — (3) Arch. Vienne, Sainte-Croix, liasse 98. — (4) Id.

XIII pauvres et leur doibt laver les piez et les mains (1). » Nous verrons cette distribution de pain et de fèves à peu près générale dans les églises comme dans les monastères.

Un cartulaire du xiiie siècle nous donne un aperçu des aumônes qui incombent à l'abbesse de la Trinité. Nous trouvons dans ce document les indications suivantes : (( Item., le jorn de Mademoiselle, doit avoir LX povres et doit a chacun avoir 1 miche et 1 juste (pot) de vin et 1 pièce de char de beof que la abbesse doit paier. — Item le jeudi de la cène doit avoir LX povres dont chacun povre doit avoir une miche et une juste de vin et une escuele de fèves, que madame Tabbesse doit paier. — Item celui jorn LX povres au quesleu lave les mains et dont chascun avoir 1 bon denier de Madame l'abbesse (2) ». En outre de cela, l'abbaye est tenue de verser tous les ans aux pauvres de Poitiers une rente annuelle de 20 septiers de froment, plus une vache. En 1675, cette rente passe à l'Hôpital Général, puis est payé en argent à partir du 4 septembre 1707 (3). Les pauvres renfermés touchent aussi 144 l. par an. Le prix de la vache est estimé seulement à 24 1.

Ces aumônes purement passagères sont , dès le haut moyen âge, remplacées souvent par d'autres d'un caractère plus permanent. L'hospitalité exercée près des églises et des couvents finit par perdre son caractère accidentel, mais elle reste toujours sous la direction des prêtres, des moines et des laïcs. Ils fondent des hôpitaux qu'ils administrent à leur gré. Ainsi, sainte Radegonde installe dans la villa royale d'Athis une habitation spéciale dans laquelle sont reçues des femmes indigentes qu'elle soigne personnellement (4).

(1) Id. —(2) Mém. Soc. Ant. Ouest. Documents (1876). — (3) Min.- Decressac. — (4) Forlunat, Vita sanclse liadegundis, IV.

En général, les établissements laïcs de charité ne sont pas longtemps sans passer entre les mains du clergé (1). On les attribue soit aux églises, soit aux monastères.

Saint Césaire d'Arles veut que les malades puissent; de la salle dans laquelle ils se trouvent, suivre les offices de l'église. Cette particularité sera de règle dans toutes les aumôneries et dans tous les hôpitaux tenus parles religieux jusqu'à la Révolution. En cas d'impossibilité, chaque salle possédera un autel, pour permettre à ceux qui s'y trouveront d'assister aux cérémonies religieuses.

Le personnel du Xenndochium est composé de prêtres ou de moines qui s'occupent spécialement des infirmes et des passants (2). A Poitiers, l'évêque Ansoald élève un établissement de ce genre près de Saint-Pierre et le confie à son nourri Guidobaldus. Certaines de ces maisons sont réservées aux voyageurs venant des pays étrangers, et particulièrement aux Irlandais, comme nous verrons encore plus tard, au xvii« siècle, dans notre ville. Si parfois ces hôpitaux paraissent affectés à certaines catégories de pauvres, en général, ils y sont tous reçus sans aucune distinction. Quant aux lépreux, on les met toujours à part dans des locaux situés hors des remparts, mais c'est l'Eglise qui pourvoit à leur nourriture.

Le nombre des indigents hospitalisés est ordinairement fixé par le fondateur de la maison de charité. 11 est souvent de douze en mémoire des douze apôtres. L'évêque Ansoald, en instituant l'aumônerie de Saint-Luc, déclare qu'elle contiendra douze malades. Quand l'un d'eux sera guéri, un autre prendra immédiatement sa place. Nous verrons cette tradition suivie à Poitiers pendant de longs siècles, même

(1) E. Le!=ne,/oc. cit. — (2) Id.

après le moyen âge (d). Plus tard, les frères de Saint-Jeande-Dieu et les religieuses hospitalières de Saint-Joseph, installent à Poitiers, au vu' siècle, des hôpitaux qui ne renferment pas plus de 10 à 12 lits.

Au début de leur institution, les Xenodochia n ont aucun droit de possession, en vertu des lois romaines. Plus tard, sous là domination franque, il semble en être encore ainsi. Les domaines de l'hôpital ne sont pas distincts de ceux de l'Eglise tout en étant administrés à part. De même, pour les monastères, pendant tout le haut moyen âge. Ce n'est que peu à peu, qu'une sorte de distinction plus marquée s'opère et que les aumôniers des chapitres ou des abbayes peuvent en jouir et en disposer à leur gré, pendant leur vie, en faveur des pauvres, sans en rendre compte à qui que ce soit.

A partir du haut moyen âge, nous voyons des aumôneries installées à côté des églises par les comtes du Poitou. En 989, Guillaume-fier-à-bras fait don de plusieurs rentes pour créer près de Saint-Hilaire un étabUssement de ce genre. Nous ignorons ce qu'il devint par la suite des temps. En tout cas, nous n'avons point encore pu trouver le titre d'aumônier [eleemosinarius] porté par un chanoine, ou autre membre du chapitre, jusqu'au xiv" siècle. En 1050, Agnès de Bourgogne, veuve de Guillaume-le-Grand, lors de la création de l'abbaye de Saint-Nicolas, a soin de lui adjoindre une maison pour recevoir les pauvres. Cette fondation ne dura que peu d'années et comme l'autre ne laissa aucune trace.

Deux aumôneries datant du moyen-âge et appartenant à

(1) Ansoald' fonde une aumônerie pour 12 pauvres à l'abbaye de Noirmoutier (Bibl. Ecole des Chartes, 1898).

des églises de Poitiers, ont pu parvenir jusqu'à nous. Ce sont celles de Saint-Pierre et de Notre-Dame-la-Grande. Leur origine, probablement monastique, nous est restée inconnue. Chacune d'elles constitue une prébende dépendant du chapitre et a sa nomination. C'est toujours un chanoine qui en est titulaire et, à sa mort, ses confrères désignent celui qui doit le remplacer.

Au XIV' siècle, est fondée l'aumônerie de Saint-Antoine par un chanoine de Saint-Hilaire qui la donne à son église. Faute de ressources suffisantes pour lui permettre de faire face aux besoins des pauvres, le chapitre se voit dans l'obligation de lui adjoindre une semi-prébende. A partir de cette époque jusqu'à la Révolution, cette maison, qui comporte une douzaine de lits, reçoit surtout les indigents et les pèlerins de passage. Une fondation du même genre est faite auxv^ siècle par un prêtre nommé Jean Tabouleau en faveur du chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier. Nous verrons que cette maison de charité ne subsista que de nom. Ses revenus, éparpillés et mis à rente, avaient disparu moins d'un siècle après sa création.

Une seule parmi les aumôneries de Poitiers, dont l'origine.nous est inconnue, celle du chapitre de Sainte-Radegonde, passe" sous l'administration d'un prêtre. Son importance reste toujours très minime. Ses maigres revenus, réunis au xvii* siècle à ceux du curé de la paroisse, marquent l'époque de sa disparition.

A côté de ces établissements de charité, appartenant en propre aux églises cathédrales ou collégiales de Poitiers, il en est d'autres dont les titulaires sont à la nomination des chapitres. Ce sont celles de la Madeleine, de Saint-Mathurin et de Saint-Jacques de Lavergne. La première dépend

de Saint-Hilaire, la seconde de Saint-Pierre et la troisième de Sainte-Radegonde. Enfin, l'hôpital ou aumônerie de Saint-Thomas, cédée, au xiv^ siècle, par les échevins aux chanoines de Nolre-Dame-la-Grande et incorporée à celle qu'ils possèdent, reçoit, jusqu'à la Révolution^ des chapelains nommés par eux.

Les établissements de ce genre, mal surveillés^deviennent peu à peu de simples bénéfices, pour la plupart, de médiocre importance. Leurs revenus, peut-être assez importants au début et augmentés par des personnes charitables, diminuent graduellement. Les dons se font rares et disparaissent quand le public finit par s'apercevoir que les pauvres n'en tirent aucun profit.

Cette décadence des aumôneries, qui remonte jusqu'au temps des Carolingiens, doit être attribuée aux débuts de la néfaste institution de la commande (1). Ses méfaits se continuent jusqu'au xvii^ siècle, malgré tous les efforts de l'Eglise pour les arrêter. En 1126, saint Bernard écrit à ses clercs : « Tout ce que vous prenez à l'autel au-delà du nécessaire de la vie et des exigences d'un vêtement simple ne vous appartient pas. C'est un vol et même un vol sacrilège (2). » Au début du xuf siècle, les conciles interviennent pour qu'il n'y ait dans les hôpitaux que le personnel strictement nécessaire pour soigner les pauvres, et cela, dans le but de ne point gaspiller les biens qui leur reviennent (3). Dans une constitution papale, il est dit: « Non intendit Dominus noster nec vulte quod gratte expeclve si extendant, volomodo ad officia daustralia., quorum fructus il m. fin C.libr. luron, porvorum oneribus supportatis va-

(1) L. Lullemand, Histoire' de la Charité, t. III. — (2) ]d.— (;^) Léon Legrand, Statuts des Hôtels-Dieu et léproseries.

JlSOr'A I/A.\ V 17

lorem aniumin non excédant^ nec etiam ad hospitaiia Zenodochia, elemosinas nel leprosarias ne computentur in tiirno, seii vice collatores^ seii vice provisorum (1). » Une seconde constitution, du 1" septembre 1426, vient déclarer à son tour : « Prefatus domïnus noster prima mensis junii^ pontifîcatus sui^ anno ocfavOy voluit ,statuit et ordinavit quod loce monachalie officialie, claustralia hospitaiia^ Zedonochie, eleemosinarie, Domiis Dei, ac prioratus commende, seu preceptarie et quecumque alia officia vel bénéficia militaria ordinis cujuscinnque, non veniat siib gratus expectativiis, etc. »

La bulle Quia contingit de Clément V, plus connue sous le nom de la Clémentine, parue en 1311, à la suite du concile de Vienne, défend de donner les hôpitaux à titre de bénéfice, et de les confier à des clercs séculiers (2). Ceux qui en auront la direction devront prêter serment et rendre des comptes chaque année à leurs supérieurs. Les titulaires de ces établissements sont, en général, à part quelques exceptions, choisis par les chapitres parmi les prêtres. Ces derniers peuvent ainsi se charger eux-mêmes de satisfaire aux fondations rehgieuses, sans avoir recours, comme dans les aumôneries laïques, à des chapelains.

Après la guerre de Cent Ans, la plupart des maisons hospitalières sont dans un état déplorable. C'est à peine si elles possèdent assez de revenus pour nourrir ceux qui sont chargés d'en prendre soin. Au reste, comme nous avons dit, les aumônes sont taries,, et la plupart des biens qu'elles possèdent disparus, en passant par les mains d'aumôniers négligents ou besoigneux. Quant aux constructions, elles sont dans un état déplorable et le plus souvent ruinées. Aussi la royauté est-elle fatalement appelée à chercher un remède

(1) Arch. nat. Z'" n" 8,p. 49. — (2) Léon Lallemand, loc. cit.

dS L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

à de tels désordres, d'autant plus que la misère croissante du peuple lui en fait un devoir absolu. •

Son but semble avoir été d'obtenir la laïcisation des maisons de charité en s'appuyant sur l'autorité de ses tribunaux. La première manifestation faite dans ce sens a lieu à Paris, où, le 2 mai 15U5, le Parlement enlève au chapitre de Notre-Dame la direction de l'Hôtel-Dieu (I). L'année suivante, le 11 décembre 1506, François Herbert, procureur de l'hôtel de Ville de Poitiers, porte plainte à l'avocat du Roi près de la sénéchaussée. Il lui remontre que les pauvres ne sont recueillis dans aucune des aumôneries de la ville. Il veut que leurs titulaires, soient obligés de les admettre et de dresser un inventaire des revenus dont ils jouissent ainsi que des charges qu'ils ont à supporter (2). Cette plainte n'est suivie d'aucun effet. Bien plus, le 21 juin 1524, certains de ces établissements de bienfaisance semblent être mis au rang des maisons mal famées (3). Leurs titulaires sont, en conséquence, invités à déclarer les individus qu'ils hébergent, de même que les simples logeurs et les hôteUers.

L'autorité royale se fait réellement sentir à Poitiers, lors de la tenue des Grands-Jours. Le 11 septembre 1531, à la demande du Procureur général, il est ordonné aux administrateurs et gouverneurs tant des hôpitaux de la ville que des autres localités « et lieux des ressorts des présents Grands-Jours », de présenter les lettres d'institution, provision et fondation avec les comptes qui en ont été rendus depuis dix ans. Le 18 septembre

(1) Bloch Camille, l'Assistance et Vétat en France à la veille de la Révolution (Paris, 1908).— (2) Bibl. Poitiers, cart. 9. — (3) Rég. dél. mun., no 18, p. 519.

suivant, il est enjoint au Maire de recueillir tous les mendiants dans les aumôneries (1). Enfin, le 27 octobre, cinq aumôniers qui n'ont pas obéi à l'arrêt reçoivent une nouvelle invitation à comparaître. En attendant, leurs biens sont saisis et remis entre les mains de trois bourgeois désignés par le sénéchal et l'évêque. Ces bourgeois ontlacharge de les régir et d'en verser les revenus aux pauvres. A cette époque, la ville est plongée dans une affreuse misère, dévastée à la fois par la famine et la peste, comme nous le verrons plus loin.

Cet arrêt n'ayant rien modifié, le 22 mars 1533, l'évêque de Lisieux, grand-aumônier du roi, donne commission « pour visiter et réformeriez aumosneries, corriger les procès,causes et délitz, instituer et destituer, informer, ordonner statutz, deffaux, faire rendre compte des revenus, voir et enquester des revenus m /jio^ usus,pa.T devant M. le Doyen, Vicaire et Commissaire (2) ». Aussi, lors des Grands-Jours de Tours, le 24 septembre suivant, l'avocat général s'empresse-t-il de rappeler le précédent arrêt de 1531 etdedéclarerqueles chapitres de Saint-Pierre, Notre-Dame-la-Grande, Saint-Hilaire et Sainte-Radegonde ont refusé de compa- .raître devant l'Official, sous le vain prétexte que les aumôneries sont leur propriété (3). L'évêque ayant négligé de nommer trois bourgeois pour distribuer aux pauvres les revenus de ces maisons charitables, la Cour ordonne : « Attendu la petite diligence faicte de l'exécution dudit arrest ordonne que tous les meubles et immeubles desd.

(1) Arch. nat. Zi°, n" 137, p. 357. — (2) Arch. Vienne, G. 1100. Le 29 janvier 1532, une ordonnance municipale prescrit de visiter les aumôneries afin d'obliger les aumôniers à les garnir de lits, de paille et de meubles. Leurs voisins seront chargés d'y veiller. (Rog. dél. mun., n'» 19, p. 128.) — (3) Arch. nat., Z'", n» 137, p. 357.

aumosneries mentionnées par l'arrest seront saisies, régies et gouvernées par trois notables personnaiges qui seront nommés par le Sénéchal de Poictou, jusqu'à ce que l'évesque de Poitiers en auroit dépputé troys, suivant ledit arrest. A ce faire et souffrir, seront les laiz contraintz par prise de leurs corps et les clercs |par saisie de leur temporel. » Le 7 octobre suivant, François Dupont, Jacques Arnoul et Jehan Pelisson sont désignés comme administrateurs (1). Ils procèdent immédiatement à des saisies, dressent des inventaires et se voient dans l'obligation de soutenir de longs et onéreux procès.

Les chanoines titulaires des aumôneries appartenant aux chapitres -prétendent n'en jouir qu'en qualité de prébendiers. La bulle de Clément VII, de 1385, appliquée à Poitiers, après l'enquête de 1387, règle leur situation d'une façon définitive en désignant pour chacun d'eux le nombre de prébendes dont il peut disposer. Les aumôniers étant nommés à l'élection, nul n'a le droit de s'approprier ou de détenir celles qu'ils possèdent (2). Cette prétention n'est admise qu'en partie par les tribunaux.. En 1535, la prébende de celui de Notre-Dame-la-Grande lui est restituée, mais son aumônerie reste sous séquestre.

Cette situation tend à- se prolonger (3). En 1543, le Procureur du roi à Poitiers vient dire que l'arrêt de 1531 mit fin aux abus de ce genre, car les titulaires de ces établissements avaient l'habitude d'en garder les revenus sans rien en donner aux pauvres. De plus, aucun d'eux ne pouvait présenter un titre de fondation. A cette époque, les gens du roi établissaient déjà, en principe, que toute maison de

(1) Arch. Vienne, G 1357. — (2) Arch. Vienne, G UOO. —(3) Id., G. 1100.

charité dont l'origine est inconnue doit être, par cela même, de fondation royale. C'est ainsi que furent considérées celles de Notre-Dame-la-Grande et de Saint-Pierre.

L'édit du 15 janvier 1545 prescrit aux gouverneurs et administrateurs des hôpitaux et autres lieux pitoyables de remettre leurs comptes aux baillis, sénéchaux et prévôts chargés de faire des enquêtes et de les adresser au Procureur général. Cette manifestation royale ne semble pas produire beaucoup d'effet à Poitiers. Pourtant, le 6 juillet suivant, le Bureau de la communauté des pauvres invite les aumôniers à verser la cotisation annuelle qu'ils lui doivent. Celui de Saint-Pierre n'offre qu'une somme minime, pourtant acceptée," attendu que l'aulmosnerieest régie par gens sans comptables ne ordre (1) ». Les ordonnances des 26 février et 20 juin 1546 ne paraissent point avoir laissé de traces, pas plus, du reste, que celle du 12 février 1553.

Le 12 novembre 1555, un délégué du grand-aumônier de France vient demander des comptes aux anciens commissaires délégués pour l'administration des aumôneries (2). Comme plusieurs d'entre eux sont morts, le Conseil municipal-reste divisé sur cette affaire. Un grand nombre de ses membres pensent qu'elle n'est point de leur compétence, mais bien de celle du procureur du roi.

L'édit de Charles IX, du 12 mai 1561 , ordonne de nouveau que ces établissements soient régis par de notables personnages. Ils laisseront à ceux qui les possèdent une somme suffisante pour « le vestyaire et le vivre ». En réalité, la question qui s'agite à cette époque est moins celle qui a trait à la possession de ces établissements qu'à la répartition de leurs revenus. Un arrêt du présidial de Poitiers,

(4) Arch. Hôp. — (2) Reg. dél. mun., n» 32, pp. 673-674.

du 5 février 1562 autorise les bénéficiers à n'en réserver qu'un quart pour les pauvres, alors fort nombreux « à cause des pèlerins» (1). En conséquence, ils ne seront taxés que d'après leurs recettes. Le 12 mai suivant, le Parlement de Paris prend des mesures plus draconiennes. îl leur ordonne de rendre leurs comptes devant des commissaires et d'afîecter tout ce qu'ils perçoivent à la nourriture des indigents ainsi qu'à l'entretien du service divin. L'avocat du Roi, moins dur que la Cour, se contentait de leur attribuer une pension congrue de 140 livres par an.

Gomme certains aumôniers se plaignent d'avoir eu à subir des saisies et à soutenir des procès, depuis 20 à 25 ans, on leur répond qu'ayant versé une petite somme annuelle aux pauvres, à partir de 1536, « ils ont fermé leurs portes, prenantz et recepvantz bien et proffict desdictes aulmosneries, sans rien communiquer ou que bien peu à la bourse commune de la ville ». Au reste, celui de Notre-Dame-la- Grande avouait, dès 1556, que toutesles maisons de charité « estoient ruinées et par terre » et que la sienne seule recevait encore des malades (2). En résumé, les établissements de ce genre sont à cette époque dans une situation déplorable.

Deux arrêts successifs du Parlement de Paris, de novembre 1562 et de décembre 1563, chargent un conseiller à la Gour de se rendre près des sénéchaux de toutes les villes du Poitou. Il devra « s'informer diligeamment de Testât, bien et revenu desd. bénéfices dud. pais et comté de Poictou et des détenteurs titullaires et possesseurs d'iceulx », réclamer les lettres et les titres de fondation, obliger les titulaires à donner des comptes et à verser le plus possible

(1) Arch. Vienne, H* 18.— (2) Arch. IIôp.

de leurs revenus aux miséreux, alors en grand nombre (1). Cette enquête ne dut point donner de résultats sérieux, à cause des guerres de religion qui désolaient la province. Aussi, le I4février 1571, le Maire de Poitiers peut-il constater que les biens des aumôneries sont mal régis, « que, neaulmoings, la plus grande part des fruictz se consomme en fraiz et mises à la perte et dommaige des pauvres, ausquelz en appartient les deux tiers du revenu desd. aulmosneries, lesquelz commissaires y font fort mal leur debvoir, parce que n'en revient pas la sixiesme partie ausd. pauvres (2) » . Il conclut en demandant que les aumôniers soient invités à déclarer les sommes qu'ils perçoivent chaque année. Exception est faite pour celui de Saint-Jacques-dela-Vergne, dont la maison est ruinée. Nous ajouterons que cette invitation ne fut point entendue, car les établissements de ce genre se trouvaient alors dans une situation plus précaire que jamais.

Les titulaires de ces bénéfices, comme les commissaires qui les remplacent, profitent des troubles du protestantisme pour ne rendre aucun compte. Bien plus, les aumôneries ont fort à souffrir, lors de la prise de Poitiers par les Huguenots, en 1362, et surtout pendant le siège de 1569. Toutes celles qui se trouvent hors des remparts sont impitoyablement détruites. Deux autres, placées à l'intérieur, trop près des murailles, ont également à supporter beaucoup de dégâts.

A la suite de ces désastres et du pillage des récoltes, les aumôniers sont dans l'impossibilité de payer les taxes dues aux indigents et de réparer les ruines occasionnés par les

(1) Arch. nat., Zi",no 13', p. 514 v». —(2) Bibl. Poitiers. Cart. 53. Reg.3.

gens de guerre. Delà, surgissent des plaintes incessantes de la part du Bureaudes pauvres et du Conseil municipal. Le 19 décembre 1579, la Cour des Grands-Jours de Poitiers ordonne que ceux qui ont eu l'administration des aumôneries et hôpitaux, depuis 30 ans, seront tenus de rendre leurs comptes « devant quatre notables personnes du Clergé de Poitiers nommées par l'Evesque ou son chappitre, 2 Echevins et 2 Bourgeois de la Ville. Quatre ou deux d'entre eux visiteront les aumôneries et leurs domaines, en présence de ceux qui les administrent, pour leur faire rendre raison des ruines et démolitions qui s'y trouveront et, à l'avenir, seront régies par trois notables personnes nommées par l'Evesque ou son vicaire général, le Sénéchal de, Poitou et son Lieutenant général et le Maire et les Echevins ». Ces députés feront l'inventaire des meubles et titres de propriété^ passeront des baux et des fermes, puis rendront compte du tout au Bureau de la Communauté des Pauvres (1). Ce qui en sera perçu appartiendra aux hôpitaux dont la direction passera entre les mains des mêmes commissaires.

L'ordonnance de Blois de 1579 confirme du reste ces dispositions, nul ne pourra être désigné comme commissaire, pour « le régime des fruictz et revenus desd. maladreries et hôpitaux autres que simples bourgeois, marchands ou laboureurs et non personnes ecclésiastiques, gentilshommes, archers, officiers publics, leurs serviteurs ou personnes par eux interposées (2) ». Cette décision du pouvoir royal ne porte pas encore nettement atteinte aux droits de propriété des membres du Clergé sur les biens des aumôneries, mais tend seulement à faire restituer aux indigents les revenus qui en proviennent.

(1) Arch. IIôp., Pièce just. no 2. — (2) Bloch (Camille), loc. cit.

Le 10 juillet 1580, le Bureau de la Communauté des Pauvres les divise en deux catégories. Les premières, appartenant aux Chapitres, seront remises à leurs titulaires, tandis que les secondes, une fois saisies, devront être administrées par des commissaires (1). Ces dernières sont : Saint-Jacques-de-Lavergne, La Madeleine, Tabouleau, Sainte-Néomaie et Sainte-Marthe. Les résultats obtenus par cette décision restent à peu près nuls. Si, d'un côté, les aumôniers marchandent avec âpreté les faibles taxes qu'ils sont obligés de verser aux miséreux, d'un autre côté, ceux qui régissent ces établissements charitables négligent volontiers de donner régulièrement leurs comptes. Quand on les y oblige, ils en présentent qui paraissent avoir été tenus avec une exactitude très douteuse.

Tant que la Sainte-Union est maîtresse de Poitiers, les aumôneries cessent d'être utilisées pour recevoir les malades et les passants. Le 31 juillet 1589, le Maire porte plainte contre ceux qui, « mal intentionnés au service de Dieu », au lieu de recevoir et d'héberger les indigents^ « ont trouvé moyen clandestinement en louher aulcun pour leur prouffict particulier (2) » . Seules, la grande aumônerie de Notre-Dame et celle deSaint-Mathurin restent ouvertes pour recevoir les soldats blessés et les habitants de la ville.

Le 30 juillet 1600, le maire déclare au conseil que plusieurs hôpitaux sont régis par des gens chargés, au nom de leurs titulaires ou propriétaires, de distribuer quelques aumônes. Comme ils négligent ce devoir de charité, il serait bon de rechercher les noms de tous lesaumônierset de tous

(1) Arch. Vienne G. liOO.— (2) Reg. dél. mun., no 44 bis, p. 97, n» 49, p. 14.

2fi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

leurs fermiers pour les obliger à verser les taxes dues aux pauvres (1). Le 29 décembre suivant, une enquête est prescrite par ordonnance royale et confiée, le 4 mars 1603, en ce qui concerne Poitiers, à Louis de Sainte-Marthe^ lieutenant général au présidial (2). On le voit l'année suivante, accomplir son mandat à l'aumônerie de Saint-Antoine.

Il nous faudra désormais, au cours du xvif siècle, assister à la fin de la plupart de ces établissements de bienfaisance. En 1614, Pierre Cothereau, élu en Poitou, nommé solliciteur des pauvres, entreprend de faire exécuter l'ordonnance de 1561 et l'arrêt de 1579^ en faisant restituer tous leurs biens à la Communauté des Pauvres. Pour lui, aucune de ces maisons ne saurait subsister parses'propres ressources. Il faut donc concentrer toutes les aumônes et les revenus sur une seule, celle qui appartient à Notre-Dame-la-Grande. « Autrement, dit-il, sy les pauvres n'estoyent souUagez d'aultres biens que les revenus de lad. Aulmosnerie, il n'y suffirait pas une sepmaine (3).» Des poursuites sont immédiatement entreprises contre tous ceux qui possèdent des maisons de charité.

Le 11 juillet 1616, Pierre Pidoux, lieutenant général, est désigné comme « juge commis pour les réunions, corrections et punitions des abus et malversations commis es hospitaulx et aumosneries et maladreries et autres lieux pitoyables de la généralité de Poictiers » . Il doit agir au nom de la Chambre de la réforme générale des hôpitaux de France (4). Pour lui, le Roi est le seul fondateur de tous les établissements charitables du royaume jusqu'à preuve du contraire. Les deux tiers des revenus qu'ils possèdent

(1) Reg. del. mun., n» 59, p. 16. — (2) Arch. Vienne, H* 16. — (3) Arch, Vienne G 1100. -^ (4) Id., G. 1357.

appartiennent aux pauvres. Sur les sept ou huit qui existent encore à Poitiers, une seule fonctionne régulièrement avec des ressources tout à fait insuffisantes. Les possesseurs des autres ne doivent nullement garder pour eux les sommes qu'ils en retirent a sous prétexte d'une légère rétribution qui ne se monte pas à la vingtième partie de leurs revenus ». A la suite du passage du Roi et de la Reine mère, en 1 615, u nombre de pauvres soldatz et aultres estoient mortz de faim et de froid, sans confession », faute de secours. La misère publique étant parvenue à son comble^ il est nécessaire d'y pourvoir à l'aide des biens qui appartiennent aux indigents.

Le 25 mai 1619, un arrêt du Parlement réunit entre les mains du Bureau de la Communauté des Pauvres toutes les aumôneries de Poitiers, en vertu de l'édit de 1561 et de Tarrêt des Grands-Jours, de 1579. Le 30 décembre suivant, Pierre Mourault, seigneur de la Vacherie, conseiller au Parlement, prend possession de celles de Notre-Dame-la- Grande et de Saint- Pierre. De nombreux procès s'engagent, mais grâce à l'appui des PP. de Saint-Jean-de-Dieu qui gouvernent le premier de ces établissements, un arrêt du Grand Conseil, du 10 décembre 1621, vient confirmer les décisions déjà prises (1). Il ordonne en plus^ à tous les titulaires des hôpitaux de rendre compte de leur gestion depuis trois années, en présence de quatre nobles personnes du clergé, nommées par l'évêque ou son chapitre, de deux échevins et de deux bourgeois de la ville. Ils devront visiter toutes les maisons de charité ainsi que les domaines qu'elles possèdent, en présence de ceux qui en ont eu la gestion, ou, s'ils font défaut, de leurs héritiers. Ils rendront (1) Reg. dél. mun., no 85.

compte « des démolitions et des ruines qui s'y trouvent », et du tout sera fait inventaire. Après ceia, trois notables personnes désignées par l'évêque, le sénéchal, le maire, un échevin et le substitut du procureur du roi seront chargés de les régir et de dresser inventaire des revenus ainsi que des titres qu'elles possèdent.

Seules, les deux aumôneries dont nous venons déparier deviennent définitivement la propriété de la Communauté des Pauvres. Les autres continuent à être régies plus ou moins régulièrement par des commissaires. Le 18 juillet 1627, le Bureau des pauvres prie le procureur du roi de faire rendre des comptes à ceux qui, depuis 20 ans, ont gouverné les biens des hôpitaux, aumôneries et hôpital des pestiférés (1). Ce sont pour la plupart « des échevins et bourgeois de la Maison commune de lad. ville de Poitiers w. On attaquera, s'il en est besoin, leurs veuves ou leurs héritiers, sans quoi, faute d'argent^ l'Hôtel-Dieu sera fermé et les indigents renvoyés. Cette décision, comme beaucoup d'autres, resta lettre morte.

Les Grands-Jours de 1634 reviennent encore sur la question des aumôneries (2). Deux conseillers sont chargés de les visiter et ordre est donné « aux usurpateurs et détenteurs injustes de bénéfices, hôpitaux, léproseries et autres lieux pitoiables, de vider et en laisser la possession libre » . Rien n'est modifié dans la situation de ces établissements, pas plus, d'ailleurs, que par l'arrêt duprésidial de 1 646, qui ne fait que reproduire les prescriptions des Grands - Jours de 1379 (3). Au reste, ces dernières ne sont jamais observées, ainsi qu'il est d'usage.

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. nat., Z'", n° 137. — (3) Arch. Vienne Gref. civil Présid.

En décembre 1672, Louis XIV unit les ordres de Saint- Lazare etdu Mont-Garmel. L'année suivante, Louvois, qui en est le Grand Maître, fait prendre une Ordonnance en vertu de laquelle les chevaliers de ces ordres deviennent possesseurs de toutes les aumôneries qui ne reçoivent plus de malades (1). C'est ainsi que la Madeleine, Saint- Jacques de la Vergne et Saint-Mathurin passent en leur possession.

Après la mort de Louvois, en 1690, l'influence de sa rivale, M""» de Maintenon, s'exerce en faveur des hôpitaux des pauvres renfermés. Les édits de mars-avril et août i693 unissent à l'Hôpital-Général de Poitiers non seulement trois de ces aumôneries, mais encore celles de Vendeuvre et de Chasseneuil. Les dernières, à condition que les pauvres de ces paroisses soient reçus dans l'établissement, au même titre que ceux de Poitiers. Après une enquête faite par l'évêque, un arrêt du Grand Conseil du 31 janvier 1675 confirme cette donation. Il est enregistré au Parlement, le 9 juillet 1696, et à la Généralité de Poitiers, le 9 décembre 1697.

A partir du xviiig siècle, les aumôneries appartenant aux chapitres ou étant à leur nomination cessent presque toutes d'exister. En outre, il n'est plus question, depuis un siècle, de celle de Tabouleau,dont les biens ont disparu, on ne sait trop comment.

Il en est à peu près de même pour Sainte-Radegonde. Ses revenus, fort maigres, [servent à payer le curé de la paroisse. Seul, le chapitre de Snint-Hilaire conserve sa maison de Saint-Antoine,qui n'est guère utilisée, grâce aux édits royaux qui proscrivent les pèlerinages en même temps {i) Arch. Vieuue, D. 188.

que le vagabondage. Nous la voyons pourtant seule se maintenir tant bien que mal jusqu'à la Révolution.

Les aumôneries appartenant aux monastères se trouvent placées dans l'enceinte extérieure de ces établissements. Elles se composent d'un certain nombre de bâtiments qui comprennent la maison d'habitation de l'aumônier, l'infirmerie, la chapelle, la cuisine et les servitudes avec le cellier. Dans la même clôture, se [trouvent le jardin et le cimetière. Le tout est sous la direction d'un moine choisi par l'abbé.

L'aumône est faite, comme nous avons vu, d'après la règle de saint Benoît, par le cellérier en présence de l'abbé. Nous ne trouvons à Poitiers le titre d'aumônier, ou eleemosinarius, dans les chartes de Saint-Cyprien, qu'à partir de 1090 (1). Plus tard, il est aidé par un sous-aumônier, aussi bien dans cette abbaye que dans celle de MontierneuL Son rôle est de le remplacer toutes les fois qu'il y a lieu de distribuer l'aumône.

En principe, avons-nous vu, chaque monastère est considéré dans le haut moyen âge comme une maison de charité et son temporel destiné par les donateurs à subvenir à l'entretien des moines et des indigents (2). Plus tard, une distinction a lieu, et l'aumônier, tout en distribuant les aumônes de l'abbé ou du couvent, possède la jouissance d'un bien attribué spécialement à sa charge.

L'infirmerie de l'aumônerie est en général peu importante. Dans les deux principales abbayes de Poitiers, nous ne trouvons guère que 5 à 6 lits réservés aux pauvres et aux passants. En entrant, il est d'usage de leur laver les pieds. Cet usage se continue, du reste, au xvii^ siècle, dans les

(1) Arch. Hist. du Poitou, l. III. — (2) E. Lesne, /oc. cit., p. 378.

établissements tenusparlesCharitainset les Hospitalières de Saint-Joseph. Un domestique ou même une servante sont attachés à chaque établissement de ce genre. C'est à eux qu'incombent le nettoyage, le lavage, les soins delà cuisine, en un mot, tous les gros ouvrages nécessités par la présence des malades.

Les ordonnances royales et arrêts du Parlement n'eurent aucune prise sur les aumôneries des abbayes de Poitiers, pendant tout le temps qu'elles existèrent. Leurs détenteurs furent seulement taxés à partir de 1535^ comme les autres bénéticiers, au profit de la Dominicale.

Le siège de Poitiers resta fatal aux deux principaux monastères de la ville, qui ne se relevèrent que fort difficilement de leurs ruines. Les aumôneries qu'ils possédaient eurent le même sort. Elles disparurent aux cours des changements effectués dans ces maisons pendant la seconde moitié du XVII® siècle. Au reste, depuis au moins la fin du xv% elles avaient à peu près cessé d'hospitaliser les pauvres et les pèlerins.

Nous n'insistons pas davantage sur l'étude de ces établissements que nous allons successivement passer en revue. Nous laisserons toutefois de côté l'aumônerie de Notre- Dame-la-Grande. Cette maison, la seule qui ait pris graduellement une grande extension, grâce aux subsides du Bureau de la Communauté des Pauvres, devint l'hôpital le plus important de Poitiers. C'est pourquoi, nous avons pensé qu'il serait préférable d'étudier son histoire en la prenant à partir du moyen âge pour la terminer au milieu de la Révolution. Nous la joindrons de la sorte à celle des autres hôpitaux dont l'origine est plus récente.

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