CHAPITRE II
Les aumôneries appartenant aux Chapitres
de Poitiers.
L'aumônerie Saint-Luc.
Dans son histoire de Y Ancien Poitou et de sa capitale, Dufour nous dit qu'à l'angle des rues Saint-Savin et Saint- Pierre on voit quelques statues grossières debout dans la maçonnerie d'une sorte de grange. Ce sont là, d'après lui, les derniers restes delà fort ancienne église de Sainte-Luce(l). Il ne se donna point la peine de traduire ou simplement d'étudier certain document ayant trait à cette église, qui nous a été transmis par dom Fonteneau, ni de prendre connaissance des notes dont le fait suivre le savant bénédictin.Il eût vu que, d'après le texte du testament d'Ansoald, évoque de Poitiers, écrit vers 696, retrouvé dans les archives de l'abbaye de Nouaillé, et transcrit une première fois par dom Mabillon, qu'il s'agissait tout simplement d'un hôpital et d'un oratoire dédiés à saint Luc. Dans une note mise à la fin de la transcription de dom Fonteneau, se trouvent ces quelques lignes : « On voit qu'à cette époque existait un hôpital (Xenodium) à Poitiers. On ignore maintenant en quel endroit il était situé (2). Il y a toute apparence que
(1) Dufour, De l'ancien Poitiers et de sa capitale (Poitiers, 1826). — (2) Dom Fonteneau, t. XXI, p. 14.
ce fut l'évêque qui le fit bâtir et le fonda des biens de son église [de ratione ecdesiœ). » Plus heureux que ses prédécesseurs, Dufour trouva les restes de l'oratoire du vu" siècle, tout en négligeant de nous dire comment il fit cette découverte et sur quelles preuves il s'appuya pour en assurer l'authenticité. ■
Ch. de Ghergé reproduit simplement l'assertion de Dufour, sans chercher à la contrôler (i). M, delà Ménardière, en 1873, et dom Chamard, en 1889, se contentent de la répéter n'y ajoutant, du reste, aucun commentaire (2). C'est ainsi que s'est faite la légende de l'oratoire de Saint-Luc et de son hôpital, au point de vue de l'endroit où ils étaient situés.
Dom Chamard nous donne la traduction française du testament d'Ansoald, copié par dom Fonteneau et publié par M. de la Ménardière (3). Nous reproduirons simplement cette traduction en laissant de côté tout ce qui ne concerne pas l'hôpital.
« Il en est de même, dit Ansoald, de l'hospice des pauvres malades ou infirmes que j'ai construit à mes frais dans l'enceinte de la ville de Poitiers, et dans lequel, par mon ordre, on a élevé un oratoire en l'honneur de saint Luc. Nous avons statué (4) qu'on y entretiendrait constamment douze malades, de telle façon qu'aussitôt que l'un d'eux recouvrerait la santé et se retirerait un autre infirme y serait admis à sa place. »
(1) Ch. de Chergé, le Guide du voyageur à Poitiers (Poitiers, 1868).
— (2) De la Ménardière, Introduction à l'histoire des établissements de Charité à Poitiers (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXXVII). — Dom Chamard, Histoire ecclésiastique du Poitou (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XII, '2" série).
— (3) D'après dom Chamard, avant son épiscopat, Ansoald était chargé du soin de l'administration des hôpitaux de Poitiers.
« Les propriétés Locella que j'ai assignées à la sustentation de ces mêmes pauvres, d'où ils puissent tirer les choses nécessaires à leur nourriture et à leur vêtement, faisaient partie des domaines de mon église, ou ont été acquises par moi de diverses manières. C'est d'abord Asnières, dans le payus de Brioux (près de l'Isle-Jourdain). Orcandogelus (?j dans le pagus Ingolïnense (?) que nous avait donné l'illustre matrone Gartaria ; Pranzay-lès-Lusignan sur la Vonne ; Lensac? Lentiaco dont Lentecus notre clerc nous a confirmé la possession, et LMC<2/ii«co(Lussac) (?) que Erpoaldus avait reçu de nous à titre de bénéfice. »
« Toutes ces localités avec leurs édifices, leurs terres, vignes, forêts, prés, hommes tant ingénus que serfs, ainsi que tous les revenus qui en font partie, en argent et en animaux de tout genre et de tout sexe, serviront constamment aux besoins dudit hôpital. Telle est ma volonté. »
« D'autre part, nous confions l'administration dudit hôpital avec toute construction jugée nécessaire et le gouvernement des lieux ci-dessus énumérés,à notre fidèle Guidebaud^ qui nous doit toute son éducation, avec la mission de suppléer à tout ce qu'il sera utile d'ajouter à ces dispositions.»
« Et, je supplie chacun de mes successeurs de considérer cette œuvre comme si elle lui était personnelle, ne souffrant pas que durant ma vie rien de ce qui vient d'être attribué audit hôpital soit enlevé. .. »
Ge document s'arrête ainsi, mais dom Ghamard pense qu'une clause devait permettre le retour des biens de cet hôpital à l'abbaye de Nouaillé, « car, ajoute-t-il, aussi haut que l'on peut remonter dans les archives, on voit que l'hôpital Saint-Luc était une de ses dépendances ». Gette supposition du savant abbé de Ligugénous paraît toute gratuite
d'autant qu'il néglige de l'appuyer sur un texte quelconque. Vraiment, il est bien difliciie, au cours de 12 siècles, de savoir quelles furent les mille et une causes susceptibles d'avoir pu faire passer un tel document dans le trésor des moines de Nouaillé.
Une bulle du pape Gélasell, en date du 23 octobre 11 19^ parle encore de l'église Saint-Luc (^S^^c/iZ/Wca? in Pictavensi cîvitate), mais il n'y est pas fait mention de l'aumônerie. Ce fut peut-être celle qui porta le nom de Saint-Pierre tant qu'elle appartint au chapitre, pour prendre, auxvii^ siècle, celui de Saint-Paul, à cause de la rue près laquelle elle était construite. Les désignations varient parfois au cours des siècles, aussi bien pour les rues et les maisons que pour les aumôneries. De toute façon, nous ne voulons émettre ici qu'une hypothèse purement gratuite.
L'aumônerie de Saint-Hilaire.
Guillaume-fier-à-bras, duc d'Aquitaine, après s'être réconcilié avec Emma, sa femme, se mit en devoir de réparer ses violences et ses rapines du passé. Il avait non seulement outragé, mais encore odieusement volé les gens d'église. L'heure de la pénitence étant enfin sonnée, il pensa que le moment était venu de s'occuper sérieusement du salut de son âme (1). C'est avec de telles idées qu'il voulut, dans un plaid tenu à Poitiers, vers 989 ou 990, en présence d'une nombreuse et noble assemblée, fonder une aumônerie près de l'église Saint-Hilaire, dont il occupait
(1) Cf. A. Richard, Histoire des comtes du Poitou, l. I, p. 128.
de droit la place d'abbé. Dans cet acte de fondation, il commence par rappeler la parole divine : Date elemosinam et ecce omnia munda sunt vobis. Il ajoute que, pour la guérison de son âme et pour sa libération, il donne à Dieu, avec la plénitude de sa foi, ad opus hospitale pauperi quendam terra mea quod est in pago pidava, etc. (1). Afin de pouvoir recueillir et loger les pauvres, il abandonne plusieurs terres sises à Chilvert, Vouneuil et autres lieux.
L'aumône se fera chaque jour dans la maison déjà construite par dévotion à saint Hilaire : Jam subandis helemosinn sit facta omni die in potestate vel in atria beatissïmi Hylarii et in amore confessoris Jam dictl Hylarïi est construda ut ipse confessoris prœbeat in auxilium in futuro sœculo.fadus adjutor. L'aumônier ne sera pas astreint, sans sa volonté, à l'accomplissement d'actes serviles, mais, jour et nuit, devra s'occuper des pauvres de l'aumônerie. Pour remplir cette fonction, Guillaume arrête son choix sur Siebert, prêtre. Ceux qui lui succéderont devront être également pourvus de la prêtrise. Enfin, il termine, selon l'usage, en appelant la malédiction divine sur ceux qui chercheront à détruire cette œuvre charitable.
Nous ne possédons de cette antique aumônerie aucune trace bien sérieuse en dehors de l'acte qui nous en fait connaître l'existence. Aussi est-il douteux que cette institution ait pu durer de longs siècles. Trois ans après sa fondation, le duc d'Aquitaine abandonne le pouvoir pour se retirer d'abord à l'abbaye de Saint-Cyprien,puis, plus tard, à celle de Saint-Maixent, oiî il mourut. Les querelles constantes qui divisaient le pouvoir civil et le pouvoir religieux n'étaient point faites pour assurer un long avenir aux établissements
(1) Rédet, Mém. Soc. Ant. Ouest, tome XIV, 2e série.
de ce genre. Nous verrons plus loin qu'une autre aumônerie de Poitiers, celle de Tabouleau, quoique fondée au xv" siècle, subit le même sort.
On a voulu voir dans l'ancienne église de Saint-Pierrel'Hospitalier ou ITIoustault les restes de l'aumônerie fondée par Guillaume-fier-à-bras. Par malheur^ Sanctus Petrus ex hospitale^ ex hospite pauperi,se trouve être de date plus ancienne. Elle est citée dans une charte de 942, en vertu de laquelle Guillaume Tète-d'Etoupe en fait don à l'un des prêtres de Saint-Hilaire. Désormais elle reste à la nomination de ce chapitre (1). Bien plus, dans les 28 inscriptions en vers, intéressant l'histoire de Poitiers, écrites au vin* siècle par Alcuin, il en est une qui paraît avoir été spéciale à cette église. Elle est ini'ûulée pour V hôpital [2).
L'abbé Alfred Largeau nous en a donné la traduction suivante :
Que ce lieu soit ouvert à tous les hôtes qui viendront
Car c'est toujours le Christ que l'on reçoit dans la personne des hôtes.
Que le frère ministre s'empresse avec joie de servir le voyageur fatigué
Et de laver les pieds aux pèlerins.
Le Christ, plein d'amour, nous a donné l'exemple de la charité
Le premier il a lavé les pieds à ses disciples.
Qu'ainsi faisant le frère espère qu'une grande récompense
Lui sera accordée dans le ciel, pour avoir suivi les préceptes du Christ.
Aimez toujours Dieu, mes frères, aimez-vous les uns les autres.
Celui-ci aime Dieu qui aime vraiment ses frères.
Cette inscription, précédée d'une autre pour l'église Saint-Pierre apôtre, a donné à penser au traducteur de
(1) Ch. de Chergé, Guide du voyageur à Poitiers. — (2) Mém. Soc. Ant. Ouest, t. VU, 2e série, p. 245.
ces vers qu'elle se rapportait à Saint-Pierre-l'Houstault, d'autant que le chef des apôtres était l'objet d'un culte spécial à Saint-Hilaire. Enfin, la charte de Guillaume n'aurait nullement fondé cette église, mais seulement rétabli une ancienne aumônerie ruinée.
Nous ferons remarquer que l'existence de Saint-Pierrel'Houstault nous est inconnue au temps d'Alcuin, mais que le chapitre de Saint-Pierre étaitdéjà à cette époque en possession d'une aumônerie, celle de Saint-Luc. Aussi devonsnous faire toutes sortes de réserves au sujet de l'attribution de ces vers à l'un ou à l'autre de ces établissements.
L'aumônerie de Saint-Hilaire est citée, en 1269, parmi celles qui font l'objet d'une donation de la part d'Alphonse de Poitiers. Il lui lègue une rente annuelle de 100 s. (1). Malheureusement, comme celle de la Madeleine porta souvent le nom de ce chapitre qui en nommait les titulaires, il nous est bien difficile de savoir s'il s'agit^ dans cette circonstance, de la fondation de Guillaume-fier-à-bras.
L'aumônerie Saint-Antoine.
Cette aumônerie, appelée parfois de Saint-Hilaire, est fondée, le 7 janvier 1364, par Pierre Dailhé, chanoine et maître école du chapitre de cette église. 11 déclare vouloir établir dans le bourg iinam domum Dei seu elemosinarium pro receptïone, hospitalitate et sustentatione pauperum Christï et capellam cum campanuli et campana^ quaa noviter edificavi et construxi in domibus meis in quibus habito^
(1) Boutheac, Alphonse de Poitiers, p. 461. Ledain, Histoire (ï Alphonse de Voiliers, p. 199.
sitii prope dictam ecclesiam beati Hilariï in magno vico, ante furnum nuncupatum vulgariter fnrniim decani dicte ecc/esiw (1). Il lui abandonne également quelques rentes, mais n'oublie point d'indiquer les prières qui doivent être dites, à son intention, dans la chapelle. Il spécifie ensuite le genre de pauvres à recevoir dans la maison : specialiter, quodperegrinos et in/îrmos ac midieres in partit ibidem affhientes cum proie nascenda, sive nœta et pauperu sacerdotes in bassa caméra propre dictam elemosinariam, caritate récipient et de eisdem curam gérant et omnia eisdem necessaria pro amore Christijiberaliter substineant .\\ veut, de la sorte, qu'on y admette surtout des passants pn pèlerins, des infirmes, des femmes en couches ou avec des enfants naissants, et, dans une salle basse, des pauvres prêtres.
Dailhé désire, en outre, que, dans la chapelle, il soit célébré tous les jours une messe, avec quatre chandelles, pour le repos de l'âme de chacun des indigents qui viendront à y décéder. Dans le but d'assurer le bon fonctionnement de son établissement charitable, il entend qu'on le considère comme un bénéfice canonial et sacerdotal, appartenant au chapitre de Saint-Hilaire. L'aumônier désigné par lui sera tenu d'être prêtre ou sur le point de le devenir, au moment de sa nomination. Il devra jurer sur les saints Evangiles, en présence de tous les chanoines assemblés, qu'il se montrera, dans le cours de son administration, fidèle à ses devoirs et charitable envers les malheureux. Le donateur termine son acte de donation en se réservant pendant sa vie la direction de la nouvelle aumônerie.
Le 16 janvier suivant, le chapitre de Saint-Hilaire approuve cette fondation et déclare qu'elle restera érigée en
(1) Redet, Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XV, 2« série (p. 38).
bénéfice simple^ dont le titulaire sera un chanoine-prêtre. Ce dernier devra payer chaque année une rente de 20 s. au curé de Sainte-Triaise, pour avoir le droit de faire les enterrements.
Le 24 novembre 1422, les chanoines constatent que les revenus de l'aumônerie fondée par Pierre Dailhé en honneur de Dieu, de la sainte Vierge, sainte Marie-Madeleine et sainte Radegonde, sont devenus insuffisants, à cause des désastres occasionnés par les guerres, les pestes, le grand nombre de pauvres qu'elle reçoit et la ruine presque complète de ses bâtiments (1). Pour y remédier, ils décident sa réunion à une hebdomade. Désormais, elle n'appartiendra qu'aux membres du chapitre qui seront hebdomadiers.
Jusqu'au 11 décembre 1306, il n'est plus question de l'aumônerie Saint-Antoine. A cette époque, elle est, comme les autres, en pleine décadence et les aumôniers ne remplissent point leurs obligations envers les pauvres (2). Malgré cette situation, que nous retrouvons encore en 1553, elle avait pu échapper aux saisies ordonnées par les Grands- Jours de 1531 et 1533 (3). Elle n'évita point celles faites en 1563, à la suite del'édit de 1561. Ses revenus, mis entre les mains des commissaires chargés de les recevoir, furent versés dans la caisse de la Communauté des pauvres.
Un procès s'étant engagé, l'aumônier vient déclarer que sa charge est une véritable prébende du chapitre Saint-Hilaire, l'obhgeant à célébrer le service divin dans la chapelle [i). Le procureur du roi lui répond qu'une demi-prébende doit être appliquée au soulagement des indigents et nullement à son profit particulier, a La vérité, ajoute-t-il, est
(1) Arch. Vienne, G 500. — (2) Bibl.Poitiers,cait. 11.— (3) Arch. liôp. — (4) Arch. Vienne,H* 18.
telle qu'en lad. aulmosnerye tous les pellerins, passantz et aultres pauvres auroyent accoustumez eslre recueillis et gouvernez en lad. aulmosnerye par le titulaire, ce à quoy en bien et en partye, ne satisfaict le défendeur. » Gomme les autres, il en a fermé lesportes et appliqué à ses besoins les revenus qu'il percevait, sans rien donner aux passants.
Le procès se termina par l'arrêt du Parlement de Paris, du 9 août 1569 (1). L'aumônier reprit la jouissance de ses biens, avec obligation de donner caution comme quoi il s'engageait à satisfaire à toutes les charges qui lui incombaient. Il devait spécialement entretenir les bâtiments, les réparer, de même que les lits, et célébrer tous les services de fondation.
N'ayant point rempli ses obligations, les revenus qu'il possède sont mis sous séquestre. Le 2 novembre 1572, il déclare que les troubles de 1569 et 1570 ne lui ont pas permis de recueillir assez d'argent pour accomplir tous ses devoirs envers les pauvres (2). Le Conseil charge immédiatement un de ses membres d'inviter le procureur du roi à faire une enquête, dont il dressera procès-verbal.
Cette enquête ayant dû prouver que la maison était fort peu utilisable, le 6 du même mois, le maire ordonne « que tous les pauvres seront logez à l'aumosnerie Sainct-Antoine de ceste ville, par un temps d'ung jour, outre, durant lequel séjour, sera baillé et dellivréà chascun desd. pauvres deux pains vallans 12 d. pièce. Et à ceste fin, pour y mettre le bon ordre, le titulaire de lad. aumosnerie sera siscité à la requeste du procureur du roy, à la prochaine Dominicalle pour entendre et scavoir la charge qu'il est tenu de faire
(i) Bibl. Poitiers, cart. o3, Arcb.Nat., Zi n°2il, p. 257.— (2) Reg.dél. mun., n» 41, p. 95.
suyvant la fondation de lad. aumosnerie, pour y estre pour veu comme de raison (1). Le cas advenant que les pauvres passans soient venus de loin malades seront transportez à l'aumosnerie de Notre-Dame-la-Grande, pour qu'ilz soient gouvernez . »
Le 16 novembre suivant, le Conseil municipal déclare de nouveau « que, pour les pauvres malades, blessez et offensez il n'y a en cette ville que deux aumosneries, celles de Nostre- Dame et de Sainct-Antoyne qui est destinée pour les pauvres passans estrangers et, suivant la fondation de lad. confrérie. Et qu'au moyen de la pauvreté et cherté des vivres il est très besoin et nécessaire que lad. aumosnerie de Saint Antoyne soyt garnie de lictz, linges et autres meubles pour coucher et héberger les pauvres passans mandiant leur vie (2) ». L'aumônier ayant refusé de les recevoir sera poursuivi par le procureur du roi au présidial. En attendant le résultat du procès, on lui enverra les lits nécessaires pour coucher les pèlerins et les pauvres.
L'aumôneriese trouvantmise en état, le 25 octobre 1574, la mairiel'utilise pour loger les malades et les blessés venus du camp de Louis de Bourbon, di^c de Montpensier, qui assiège La Rochelle (3). Ses biens n'en restent pas moins saisis et gouvernés par des Commissaires, au moinsjusqu'en 1589, mais sans que l'aumônier cesse pour cela de la diriger (4). Le 46 octobre 1583,1e Bureau des Pauvres ordonne aux indigents sains et valides de quitter l'hôpital Notre- Dame, et de se transporter à Saint-Antoine « pour y demeurer l'espace de cinq à six jours seulement» (5). Son titulaire, Gilles Ferrand^ ne met aucun empressement à les recevoir.
(1) BibL Poitiers, cart. 53, reg. 6.— (2) Bibl. Poil., cart. 53, reg. 6. — (3) Id. — (4j Arcli. Vienne, G. 61. — (5) Bibl. Poil., cart. 53, reg. 6.
Le 4 décembre, il lui est ordonné de comparaître au conseil de la Communauté des pauvres, « pour respondre à la plaincte qu'ont faicte aulcuns pellerins de ce qu'il leur a refusé l'entrée et coucher en lad. aumosnerie ».
Le 11 du même mois, n'ayant pas comparu, il lui est enjoint de recevoir « les pauvres passans et aultres pellerins de Saint-Jacques, attendu qu'à cause de la pauvreté de l'année il y a fort peu de pellerins en cette saison » (1). Les guerres de religion, autant que le manque de récoltes, rendent les pèlerinages fort difficiles et ceux qui les entreprennent ne sont pas très nombreux.
L'aumônerie dut continuer à fonctionner plutôt mal, si nous en croyons la plainte portée au chapitre^ le 20 octobre 1390, par son nouveau titulaire Jehan Faucher : « Despuis ung certain temps en ça, dit-il, il est faict seigneur, entre autres choses de lad. aulmosnerie, en la maison et chapelle de laquelle aulmosnerie et entre autres choses, il y avoytet a des lictz, couestes et linceulx, pour retirer et coucher les pauvres passans et repassans par ceste ville scellon la coustume. En laquelled. chapelle et aulmosnerie y avoit des gardes pour retirer, recepvoir les pauvres, lesqueulx, led. complaignant, pour leur mauvoys gouvernements et traictement qu'ils faisoyent desd. pauvres, il avoyt esté contrainct mectre hors lad. aulmosnerie (2). Lesqueulx de despit et aultrement, indhuement auroyent desmoly les couchettes et lictz estans en lad. aulmosnerie, prins et emporté la plume et aultres choses estans en lad. chapelle et aulmosnerie, sans le sceu, congié et au dessein dud. vénérable et à son grand détriment et desd. pauvres et aulmosnerie, comme se pourra myeulx voyr et scavoyr par le rapport, veue et ins- (1) Bibl. Poitiers, cart. 53. ree;. 6.— (2) Arch. Vienne, G 647.
pection d'iceulx qui ont esté gouverneurs, gardes et demourant en lad. aulmosnerye et autres prosches voysins. •»
L'ancien garde Gibault, qui était resté deux ans dans cette maison, vient déclarer qu'elle ne possédait seulement que « 9 linceulx dont deux cheftifs », et les autres demineufs. La Bernarde, qui la gardait à cette époque, s'était emparée de quatre. Il ajoute, ce que conflrme le précédent aumônier, Gilles Ferrand, qu'en agissant de la sorte elle avait voulu simplement se payer de ses gages. L'afîaire en semble pas avoir eu de suites après les explications données par le gardien.
Le 3 mars 1603, une ordonnance royale, prise à la demande du grand aumônier de France, confie à Louis de Sainte-Marthe, lieutenant général à Poitiers, le soin de procéder à une enquête sur toutes les aumôneries de la ville. Malheureusement, nous ne possédons que celle qui a trait à Saint-Antoine. Tous les chanoines, les employés et les fournisseurs du Chapitre viennent déposer, le 3 février 1604. Leurs dépositions sont à peu près semblables et faites d'une façon évidente en faveur de l'Aumônerie. Nous nous arrêterons seulement à celle du doyen de Saint-Hilaire, Jean Bideran qui, jadis, avait rempli les fonctions d'aumônier.
« L'aumosnerie^ dit-il, annexée à la grande hebdomade qui est personnat ou office en lad. église, a esté fondée aultrefoys par ung chanoyne et grand hebdomadier, à la charge que lad. aumosnerye seroit à jamais annexée à son hebdomade pour estre pourveu de Tune et de l'autre par mesme provision et mesme personne^ ce qui est dict dans la fondation, laquelle ne se trouve à présent, à raison qu'elle à esté soustraicte ou s'est perdue à la chutte du clocher sur
le tliresor de lad. église (1)^ où estoient les tilires de la susd. et que grand vacance en advint. Selon la fondation, le chappitre de Saint-Hillaire pourvoyt de lad. grande hebdomide et de lad. aulmosnerye comme le fust en 1572 et 1573. »
Il ajoute que les revenus sont employés «àrecepvoir et loger les pèlerins allans et venans à Saint-Jacques en Gallicie et les coucher une nuict et davantage s'ilz sont mallades et les faire secourir charitablement. Et c'est à luy (doyen de Saint- Hilaire) que deppend d'avoyr regard sur lad. aumosnerye,suyvant laquelle, il la voit et visitte souvent et verroyt qu'elle est très bien entretenue, voyre cousteplus aud. Dreux aumosnyer (2), qu'il n'a de revenu, car sans les autres fraiz et legatz, dons en argent, elle couste plus en aultres aumosnes de linge que ne vaut tout le revenu d'icelle (3). En oultre, est chargé du service divin qui se cellebre en la chapelle de lad. aumosnerye, à part de la prébende hebdomadaire. Et tous les revenus consistent en 22 septiers de froment et seigle et 5 septiers avoyne, le tout vallant chascun septier, six boiceaux pour septier mesure de Poitiers, qui revient à deux septiers pour charge de cheval. Il y a deux petites vignes qui se font a moytié qui peuvent valloir,aux meilleures années, trois poissons de vin et le plus souvent moings. Et sur ce, fault fournyr le vin aux prebtres qui viennent ordinairement dire des messes de dévotion en la chappelle de lad. aumosnerye ».
Comme l'enquêteur lui demande si les pèlerins sont bien logés et nourris, il termine en disant « qu'ilz sont très bien
(1) Ce clocher s'e'croula en 1390, entraînant avec lui une partie des voûtes de l'église. (De la Bouralière, Guide du Congrès d'archéologie de Poitiers, en 1903.) — (2) Simon Dreux, aumônier. — (3) Arch. Vienne, H* 18.
logez, receuz et couchez pour y séjourner une nuyct, à raison de la grande affluance, y viennent ordinairement et faulte qu'ilz facent place aux aultres. Et s'ilz n'ont de quoy, led. aulmosnyer leur baille du pain, non seulement aux pellerins mais aussy aux aultres pauvres nécessiteux et circumvoisins.Et s'y entretient l'aumosnerye de linge et d'ustancilles avecq plus de fraiz que ne vault le revenu, ce qu'il en reçoyt, sans comprendre ce que luy couste l'entretien de la couverture de lad. aumosnerye, laquelle est subjecte a orages et la fault tous les ans faire recouvryr tellement que led. sieur Dreux ausmonyer n'en a aultre commodité, synon qu'il est logé en icelle près lad. église Saint-Hillaire. »
Les autres chanoines entendus sont unanimes à déclarer que le titulaire del'aumônerie dépense pour elle le double du revenu qu'il en retire. L'un des quinze « coustres » nommé Michel Triboulard, logé en face, dit que cet étabUssement reçoit surtout les pauvres allant à « Saint-Jacques en Gallicie » ou bien en revenant. De plus, il est toujours donné du pain à ceux qui frappent à sa porte. Il existe de grands frais « tant pour blanchir lesd. pellerins que pour les réparations des bastimens et despences, quand adviennent quelques pellerins tombant mallades et que pour ce, ilz entrent en lad. aumosnerye, il les nourrist, faict traicter et médicamenter par medecyn, appoticaires et chirurgiens ».
Le meunier ajoute à son tour que l'aumônier lui fait moudre, chaque semaine, deux septiers et même deux septiers et demi de blé au moulin de Pont-Achard. Le boulanger termine en confirmant ce que vient de dire le précédent témoin.
Le résultat de l'enquête démontra que l'aumônerie Saint- Antoine appartenait en propre au chapitre Saint-Hilaire.
Non seulement elle resta sa propriété jusqu'à la Révolution, mais encore ne fut jamais imposée au profit de la Communauté des Pauvres. Les chevaliers de Saint-Lazare ne purent non plus s'en emparer, entre 1673 à 1674, comme ils le firent pour la plupart de celles de Poitiers.
Le beau zèle des aumôniers, tant vanté au début du xviie siècle, ne semble pas fléchir par la suite. Bien au contraire, ils montrent même parfois une trop grande faiblesse à l'égard de leurs hôtes de passage. Le 25 décembre 1657, le chanoine Boumard se plaint des pèlerins qui, devant n'être hébergés qu'une nuit seulement, y demeurent «par force et violence (1) .Le maire se voit dans l'obligation de leur ordonner de s'en aller aussitôt le jour arrivé, sous peine du fouet.
A partir de cette époque, il est rarement parlé de cette aumônerie (2). L'enquête de 1780 nous donne seule des renseignements susceptibles de nous montrer ce qu'elle est à la veille de la Révolution. Ses revenus proviennent tous de la donation faite par son fondateur Dailhé. Ils consistent : 1" dans une treille dépendant de sa maison estimée à 40 1. de revenu ; 2° une rente de 80 boisseaux de seigle, 40 boisseaux d'avoine, dans la paroisse de Rouillé, d'après un titre de 1478 ; 3° une seconde rente de 16 boiceaux de froment, deux pots d'huile, un boisseau de fèves,un agneau, deux boisseaux de pois verts, deux chapons et 2 1. 12 s. en argent, le tout dans la paroisse de Beaumont, d'après un titre du 16 décembre l586;4o une dernière de 40 boisseaux de froment et de 40 de seigle, mesure du Pin, sur la terre de Benêt, d'api'ès un titre de novembre 1539 (3). Il s'agis-
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 4.— (2) Bibl. Poitiers, Journal de Bobinet, t. II, ras. n» 347. — (3) Ces déclarations furent faites en 1672- 1674 et 1725.
sait de la métairie de la Billerie, paroisse d'Aslonne.
L'enquête fait ensuite l'historique de la fondation de l'aumônerie destinée à nourrir et à coucher les pèlerins de passage. Il y est fait mention de la saisie qui eut lieu, en 1581 , et des prétentions des chevaliers de Saint-l^azare, qui voulurent s'en emparer, en 1673 et 1674, RUe se termine ainsi : « Depuis qu'il y a eu de nouvelles déclarations qui défendent les pèlerinages, il ne se présente presque personne à cet hôpital et lorsqu'on en reçoit, ce qui arrive rarement, on les oblige à donner un sou et quelques fois, six liards par nuit (1). S'il a été érigé en bénéfice en faveur des pauvres, les intentions des donateurs ne sont plus remplies. D'après la déclaration qui empêche ces sortes de gens de fourmiller dans le royaume, il n'est pas juste qu'un chanoine jouisse de ce revenu.» Comme conclusion, l'enquêteur propose de l'attribuer à la Communauté des pauvres de Poitiers, à charge, par elle, de faire célébrer selon l'usage les messes de fondation.
Bellin de la Liborlière au cours de ses Vieitx souvenirs de Poitiers d' avant 17 89, nous dit que « c'était un établissement bien misérable, lui-même, et où la loi de nécessité pouvait seule faire résoudre les pauvres, non pas à solliciter, mais à accepter un gîle (2) ». Dufour, dans son Histoire de lancien Poitou et de sa Capitale, prétend qu'elle devait contenir 15 lits.
L'année 1789 amène la saisie des biens de l'aumônerie Saint-Antoine, comme appartenant au Clergé. Cependant, le 4- décembre 1790, le Bureau du Bien public propose d'arrêter la vente de cet hôpital fondé pour loger les pèlerins (3).
(1) Arch. Vienne, G. 61. — (2) B. de la Liborlière, Vieux souvenirs de Poitiers d'avant 1789 (Poitiers, d846). — (3) Arch. Vienne, L. 67, reg. t.
Le Conseil général, après en avoir délibéré, ordonne de dresser un état des rentes et propriétés qu'il possède, tout en prescrivant de surseoir à leur adjudication.
Cette situation ne devait point durerlongtemps. Le 22 février 1793, il est procéda à sa visite, c Elle est située, rue de la Tranchée, au coin de celle du Doyenné et porte le n° 328 de la section B (l).On y trouve : « Au rez-de-chaussée une grande salle d'environ 47 pieds de longueur sur 28 pieds de largeur, mesurés en œuvre. Dans cette chambre, sont établis une chapelle et une petite chambre. Au bout, est une autre chambre de 21 pieds de long sur 17 de largeur (2). Le plancher supérieur de cette chambre est mitoyen avec la maison appartenant à M. Tribert, ci-devant chanoine de Saint-Hilaire, à qui appartient le dessus de la chambre. Cette petite maison formant l'hôpital touche d'une part à la rue de la Tranchée, sur la gauche au mur du ci-devant doyenné Saint-Hilaire et de tous les autres côtés aux maisons appartenant au susdit Tribert. » Estimée 1.290 l.elle fut vendue 3.350 Là Louis Tribert, de Vouillé.
Cette aumônerie, puissamment soutenue par le riche chapitre de Saint-Hilaire, conserva, grâce à ses aumôniers, une direction uniforme à travers les siècles (3). Elle était certainement en mauvais état lors de sa disparition, car, dès 1769, l'aumônier Charles Pallu de la Barrière poursuivait son prédécesseur Jean-Louis Gouault,qui la lui avait aban-
(1) Actuellement, cet emplacement est occupé par la maison portant le n°6 de la rue du Doyenné. Elle fait le coin, à gauche, quand on entre dans cette rue par celle de la Tranchée. — (2) Arch. Vienne, L 10. — (3) Parmi les aumôniers de Saint-Antoine nous trouvons : Pierre Dailhé (1364).— .lean Antier (1464). — Michel de Rohan (1488). — Jehan Bideran (lo62).— Gilles Ferrand (i;i83).— JehanFaucher (lo90) . — Simon Dreux (1604). — Biaise Ferrand (1672). — Louis Gouault de Vallabon (1760).— Charles Pallu de la Barrière (1769).
donnée, en laissant à sa charge de nombreuses réparations à faire. Connme asile de nuit, pour recevoir les pèlerins et les voyageurs indigents, son rôle fut certainement utile quand, à partir du xviii« siècle, ils cessèrent d'être admis dans les autres établissements charitables de Poitiers. Seule de toutes nos fondations de ce genre, elle conserva l'ancienne physionomie de ces maisons de charité du moyen âge, et cela jusqu'à la Révolution.
L'aumônerie de Saint-Pierre.
L'aumônerie de Saint-Pierre, appelée, au xvii' siècle, aumônerie de Saint-Paul ou petite aumônerie, était située à main droite en descendant la rue qui va du palais de justice à la cathédrale. D'après certains actes, on pourrait la placer un peu avant la maison dite, à tort du reste, de Diane de Poitiers, qui fait le coin de la rue du Coq, car ses jardins arrivaient par derrière elle à border cette rue (1). Son cimetière, situé en face, de l'autre côté de l'ancienne rue Saint-Paul, joignait presque l'église Saint-Savin. Elle était donc sur la limite des paroisses de Saint-Paul et de Saint- Hilaire-entre-les-églises, sur lesquelles, tour à tour, on peut la placer, d'après plusieurs documents.
En 1538, son aumônier, François Gouracher, vient déclarer, au cours d'une enquête, qu'elle est absolument ruinée (2). Quelques années plus tard, le 13 décembre 1541, le lieutenant général René Daussure émet l'avis, au conseil
(1) Arch. Vienne. G 111-318-319. Années 1416-1485-1544-1593, etc. — (2) Arch. Vienne, G 1357.
JUSUr'A I/AN V 51
des échevins, qu il esl expédient « de faire droisser hosj)ital à Sainct-Pierre (1) ». Le 22 décembre de Tannée suivante, il préconise l'achat d'un jardin ou verger pour l'agrandir. « car, dit-il, c'est le lieu le plus commode pour mettre les pauvres »>. Le 17 mars 1544, il revient une dernière fois à la charge et veut la faire remettre en état. Les ouvrages sont commencés, « mais, dit-il, non sans amertume, les ouvryers qu'il auroit marchandé n'auroyent intention d'y faire aucune chose qu'ilz n'ayent argent d'avance». Comme le crédit de l'hôtel de ville est à peu près nul, il propose d'utiliser pour ces travaux les 100 livres que l'évêque de Poitiers, Claude de Longwy, cardinal de Givry, a données aux pauvres. Ce projet est remis à des temps meilleurs.
Le 17 avril suivant, René Daussure déclare de nouveau au conseil qu'il a marchandé les réparations à 60 s. la toise de muraille, en fournissant « toutes estofîes nécessaires », et en prenant le bois que le commandeur d'Aquitaine a donné à la ville. Il voudrait: « qu'on y logeast les pauvres vallides de lad. ville et iceulx employer à quelque œuvre manuelle qui pourroyt profiter aux habitans de lad. ville, lesqueulx pourroyent leur bailler en aumosne pour besoigner ». C'est ainsi que notre échevin préconise plus d'un siècle à l'avance cette belle institution des pauvres renfermés. Un de ses collègues appuie sa demande, car « c'est, dit-il, une œuvre charitable recommandée de Messieurs [du clergé] et ce qui a été entrepris par led. Daussure est pour l'honneur de Dieu (2) ». Les 100 livres réclamées ne sont point accordées, sous prétexte qu'il faut au préalable consulter les chanoines de Saint-Pierre pour savoir s'il est
(1) Reg. dél. mun., n» 24, p. 43. — (2) Id., no 2o, pp. 48, 366, 380, 381.
nécessaire de reconstruire, ou simplement de réparer leur aumônerie.
En 1556, malgré certaines réparations faites par Guillaume Sacher, pourla somme de 32 livres, nous constatons, au cours d'un procès entre l'aumônier et le receveur des droits des francs-fiefs, l'état misérable de cette maison. « Dans le temps passé, dit-on, y avoit une aumosnerie Sainct-Pierre de cette ville de Poictiers, qui estoit grande et spacieuse, qui y souloyt estre receuz de jour en jour plusieurs pauvres, tant sains que malades, fors que puis quelque temps en ça, par ce quelle est toute en ruyne et inhabitable, au moyen de ce que l'on a housté toutte la couverture et charpente d'icelle (1).» Si une partie de l'établissement resta fort endommagée, ses matériaux servirent, sans aucun doute, à effectuer certaines réparations aux autres parties. Le 20 juin 1559, le Procureur du roi, curateur aux pauvres, poursuit l'aumônier François Rabotteau pour lui faire abattre une forge « droissée puys nagueres, en la salle de lad. aumosnerie dud. lieu d'icelle, pour y mettre quatre lictz destinés a loger et retirer les pauvres mendians » . Ordre sera donné au forgeron de se retirer. Une visite a lieu après injonction du Présidial, le 1=' juillet suivant (2). Les Commissaires assistés des experts déclarent que cette maison de charité avait été jadis érigée par les comtes du Poitou et autres bonnes et notables personnes. « Elle avoit pour administrateurs des gens iaiz. Et, y souUoyent estre receuz, nourriz alimente;?^ toutes manières de pauvres, jusqu'à ce que lad. aumosnerye auroit esté ruynée par la faulte et coulpe de François Rabotteau qui auroit esté précédemment aulmosnier, qui n'auroyt tenu compte de l'entretene-
(1) Arch. hôp.— (2) Bibl. Poitiers, cart. 10.
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ment d'icelle. Et encore que ce soyt un lieu pileulx et religieux, led. Rabotteau a permis, permet et tollere que en lad. salle ou soulloyent estre les lictz des pauvres, qui est de longueur de quinze a vingt pas (l). A l'entrée, est une forge de serruzier et en l'autre boult, y ii un tet a pourceaulx et par le milieu, ung jardryn faict de nouveau, enquel l'on jecte ordinairement fumiers et bourriers. »
L'aumônier se contente de répondre qu'ayant pris possession d'une a grande place vague que l'on disoit estre Taumosnerie, il avoit faict construire sur le devant, vers la rue, une bouthicque pour louer à son prouffîct et à celui des pauvres ». En cela, il ne cause aucun tort à personne, « sauf aux voysins qui ont les oreilles tendres ;> et ne peuvent désormais déposer leurs bourriers dans le jardin.
Le 4 juillet 1571, l'aumônier Jehan Roy loue une partie de l'aumônerie de Saint-Pierre à Martin Gharret, sergent royal, pour une durée de 7 ans (2). Il lui concède une chambre, un jardin, et l'usage d'un puits avec toutes les issues qui peuvent y conduire. Ce puits sera commun avec un second locataire, Pierre Larmurier. Le bail est consenti moyennant la somme annuelle de 100 s.
Comme toutes les autres, l'aumônerie Saint-Pierre possède une chapelle. Le 6 octobre 1583,1e Bureau de la Communauté des Pauvres ordonne que «le chapelain de la chapelle Saint-Jacques, desservie en l'aumosnerie de Saint- Pierre, sera appelé pour déclarer cathégoriquement,s'ilveult faire réparer lad chapelle de portes, cloche, de vitrail et ornements de l'autel (3) » . Comme il délaisse tous les services exigés par les fondations, les gens du Roi seront prévenus
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg.3.— (2) Arch. Vienne, H< 18. — (3j Bibl. Poitiers, cart. 53, leg. 4.
pour aviser àlui faire enlever ses revenus qui pourront, de la sorte, revenir aux pauvres.
Les réparations furent faites à la chapelle, mais le service divin y cessa peu à peu. Le 31 décembre 1645,1a Dominicale se plaint de l'aumônier Guillon, qui le célèbre dans l'église de Saint-Pierre (1). S'il [retournait à l'aumônerie, des personnes charitables iraient la visiter et les pauvres en retireraient quelques profits. Malgré la décision prise d'en parlera l'évêque, les choses semblent ne subir aucun changement. Du reste, au cours d'une délibération municipale du 12 décembre 1650, il est dit qu'une Commission est allée voir l'aumosnerie Sainct-Pierre, qui est au devant de l'aumosnerie Sainct-Paul, et a trouvé un grand espace et a y a une grande chapelle sans charpente (2) ». Ce monument, complètement ruiné à cette époque, ne devait plus être réparé.
Les services rendus aux pauvres par l'aumônerie Saint- Pierre avaient pris fin dès le début du xvf siècle. Le 11 décembre 1506, on la trouve au nombre de celles qui n'en reçoivent aucun (3). Plus tard, elle est entièrement ruinée et presque démolie. Cependant, le 11 mars 1572, les administrateurs de la Dominicale ordonnent qu'un domestique qui s'y trouve malade sera conduit à celle de Notre-Damela-Grande (4). Probablement, on dut la réorganiser à l'occasion du siège de 1569, pour lui permettre de recevoir les blessés. Le 10 octobre 1583 les échevins ordonnent que pendant les réparations faites à l'Hôtel-Dieu « on y fera porter quelques lictz, chaslitz et autres meubles, pour y retirer les pauvres jusqu'à ce que lesd. réparations soient
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53., reg. 10.- (2) Reg. déL mun., n° 102, p. 126. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 12. — (4) Id:, cart. 54,reg. 3.
faicles (i) ». L'année suivante, le 28 octobre 1584, il est de nouveau prescrit d'avoir h l'ouvrir, à cause des nombreux malades qui sont dans la ville.
En 1536, la taxe que doit payer chaque année l'aumônier de Saint-Pierre à la Communauté des pauvres est fixée à 46 1. par an. En*1545, a la suite d'une saisie, le Commissaire chargé de l'administrer lui remet 30 I. dans l'espace de deux ans. Il en offre les deux tiers aux indigents, « attendu, dit-il, que lad, aumosnerie a accoustumée estre régie par gens sans comptable ne ordre, moyennant que le tout appartienne aux pauvres (2) «.Ceux qui furent chargés de l'administration des biens saisis sur les aumôneries ne semblent pas s'être acquittés de leur tâche avec toute la sollicitude et le désintéressement désirables, quoique les plaintes portées contre eux soient restées peu nombreuses.
Les aumôniers de Saint-Pierre continuent à payer chaque année leur taxe de 45 1. d'une façon assez régulière, sauf avec quelques retards occasionnés par les mauvaises récoltes.En 1584, Jean Roy, l'un d'eux, déclare ne pouvoir donner quoi que ce soit, car il n'a touché aucune rente, pas même celle de deux septiers de froment et de deux chapons sur une métairie située paroisse de Busserolles (3). Sa déclaration n'est point admise et le Bureau des Pauvres ordonne immédiatement la saisie de tous ses biens, s'il tarde à se libérer de cette dette. A partir de cette époque, et tant qu'elle existe, le titulaire de l'aumônerie verse fort exactement sa taxe annuelle.
Les revenus de l'aumônerie de Saint-Pierre sont pour la plupart restés inconnus, car la majeure partie disparaît peu à
(1) Reg. dél. mun., no 44 6is, p. 51 vo.— (2) Bibl. Poitiers, cart. 53. reg. 1.— (3) Id., reg. 4.
peu au cours des siècles et cesse d'être payée quand nous arrivons dans la période moderne. En 1269, Alphonse de Poitiers lui donne 100 s. de rente (1). En 1466, et longtemps auparavant, sans doute, elle reçoit une somme de 10 1. chaque année sur les domaines du roi en Poitou, mais d'une façon parfois fort irrégulière (2). Le 22 avril 1552, les Administrateurs de l'aumône sont forcés d'avoir recours au Bureau des finances pour en obtenir le paiement qui se fait attendre depuis 10 ans (3). Plus tard, quand Guy Roy rentre en possession des revenus 'de son aumônerie, il lui fautencore réclamer un arriéré de 10 ans (4). Cette rente passe ensuite à l'Hôtel-Dieu et cesse d'être payée vers 1687.
En 1421, Simon de Cramaud, évêque de Poitiers et cardinal de Reims, lui lègue 50 1. (5). Enfin, en 1433, un nommé Jean Bourgeois lui fait don d'un verger situé au Pré l'abbesse, à Poitiers (6). Le 12 mai 1536, une sentence de la sénéchaussée, donnée au profit de l'aumônier, nous fait savoir qu'il possédait dans la paroisse de Busserolles une rente de 18 septiers de blé^ dont un tiers froment, baillarge et avoine^ un chapon et un sol en argent (7). Un procès-verbal de septembre 1566 nous montre qu'une partie des terres frappées de cette rente se trouve entre Montbernage et Montamisé. Elle est contestée par Simon Jallais, conseiller au présidial, qui réclame deux septiers de froment et 2 chapons (8). Il ne dut pas avoir gain de cause, car,le 13 août 1570, les 18 septiers de blé sont affermés à Guillaume Baptreau, marchand (9).
(1) Ledain, Histoire d'Alphonse de Poitiers, p. 199. — (2) Bibl. nat., ms. ff., n' 24160. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 10. — (4) Id.— (5) Simon de Cramaud, archevêque de Reims (1409), puis cardinal (1412), devint pour la seconde fois évêque de Poitiers, où il meurt en 1422. (Arch. Nat., Zi", n° 11)8, f" 82).— (6) Arch. Vienn., Sainte-Croix, liasse 13, — (7) Arch. Hôp.-- (8) Bibl. Poitiers, cart. 70.— (9) Min. Morineau.
Nous trouvons encore une rente de 27 s. sur un jardin dépendant de l'aumônerie. Une seconde, fort ancienne, sur la métairie de la Noue Rebec, située dans l'ancienne paroisse de Pierrefilte, près deThouars. Elle consiste en 12 septiers de froment et 2 poules (l).Une troisième, noble et féodale de 4 s. sur une maison rue Saint-Paul, et une quatrième, qui remonte au moins à 146i, sur une autre appelée le Colombier, et plus tard le Portault, paroisse de Saint-Germain (2). Elle comprend sept septiers de froment et un chapon.
L'arrêt du 2o mai I6i9 dispose des biens des aumôneries de Poitiers en faveur de la Communauté des Pauvres, conformément à l'édit royal de 1561 et à l'arrêt des Grands-Jours de 1579. Deux d'entre elles sont seulement visées par l'arrêt et, parmi ces deux, se trouve celle de Saint-Pierre. Cette décision est confirmée le 7 décembre 1621 et le 6 mai 1622. A la suite de tous ces procès, l'aumônier Guy Roy se décide à passer une entente avec les Administrateurs du Bureau des pauvres (.3). Le 20 mars 1623, il est convenu qu'il leur remettra 400 1. et leur abandonnera tous les revenus ainsi que tous les titres qu'il possède sur cette maison (4). Il fut le dernier possesseur de l'aumônerie Saint-Pierre, mais le titre d'aumônier resta quand même attribué à l'un des chanoines du chapitre de la cathédrale.
A partir de sa réunion à l'Hôtel-Dieu, l'aumônerie Saint- Pierre et les terrains qui en dépendent, sont mis à ferme. En 1645,1e locataire est tenu d y faire toutes les réparations
(1) Min. Gervais. A cette date, elle était affermée pour 501. — (2) Arch. Hôp. — (3) Arch. Vienne, H+, 18. — (4) Parmi les aumôniers de Saint-Pierro, nous trouvons : Pierre de Cliauvigny (1433) ; Loys Beaupou (lli33) ; Médard Billaudon (1533) ; François Rabotteau (li)63) ; Jean Roy (1579); Guy Roy (1619) ; Guillon (1645) ; Ouvré (1654).
nécessaires (1). En 1683, le boulanger Pierre Guignard habile « la maison de Taumosnerie de la chapelle Sainct- Jacques de l'hospital Saint-Pierre (2) ». Ayant voulu demander une diminution de loyer, en 1686, il ne lui est rien répondu, mais ordre est donné de mettre « un escriteau », indiquant qu'elle est à louer.
Le 1*'' avril 1721, iMarie Thiboyeau, veuve de François Bontemps, prend à rente « un jardin, une cour où. est un puy et un petit logement, le tout situé rue et paroisse Saint- Paul, vis-à-vis le cimetière Saint-Paul, moyennant 25 liv. par an (3). Cette rente est rachetable pour la somme de 1.250 1. En 1770, la famille de Boisragon en devient propriétaire et paye 50 l. chaque année (4). En 1791, les héritiers de cette famille ayant émigré, leur part est saisie par l'Etat. L'un d'eux, M. de Mondion, étant resté en France, conserve seul la sienne et recommence, en germinal an X, à verser annuellement la somme de 16 1. 13 s. 4 d.
L'aumônerie Saint-Pierre, grâce à son étendue ainsi qu'à sa situation, fut sur le point, au xvi« siècle, de prendre une grande extension. Malheureusement, les réparations nécessaires pour la remettre en état parurent trop onéreuses à la Communauté des Pauvres. Au surplus, ses revenus étant peu considérables, elle n'excita point sérieusement ses convoitises, pas plus que celles de l'Echevinage.
— (1) Bihl. Poitiers, cart. 54. — (2) Arch.hùp.Il devait payer une rente de 40 Là Georges Leporlier, S"" de Saussay, gouverneur de Brouage et commandeur de la commanderie de l'Ordre du Carmel de Poitiers (Arch. Hôp.).— (3) Arcli. Hôp. —(4) Id.
L'aumùnerie de Sainte-Radegoiide.
La date de la fondation de l'aumônerie de Sainle-Radegonde nous est restée inconnue. Dans ce cas, dit encore une enquête de 161 6, on peut la considérer comme de fondation royale, ainsi que toutes celles qui se trouvent dans de pareilles conditions (1). L'église ayant été construite par les rois de France, elle semble posséder une même origine. Cette explication ne s'appuie malheureusement sur aucun document susceptible de nous fournir une certitude absolue.
L'aumônier choisi par le chapitre est un simple prêtre qui n'a point rang de chanoine. Ses fonctions et ses charges nous sont connues par cette enquête, du 11 juillet 1616, dans laquelle il vient lui-même faire les déclarations suivantes : « Lequel office est de distribuer le long du caresme principallement aux pauvres, l'argent, le pain ou lesfebves etautres choses que bon semble aud. sieur chappitre, leur faire bailler par leur recepveur en les allant quérir chez luy. Ycelles febves, faire trier, tremper, cuire et assaisonner, et, a cest effect, fournir d'eau et bois, de feu, de trepiez, de chauldron, pâlies et cuillers. Et cuittes qu'elles sont, les porter avec led. pain et argent au vieulx chapitre, scitué es cloistres ou tout le clergé de lad. église va processionnellement et chanter responds, antiennes, psalmes, verselz et coUectz pour bénir led. pain et febves et laver les pieds et les essuyer à 13 ou 26 pauvres, sellon le jour qui est. Led. aumosnier bailler a chascun desd. pauvres présents, manuellement et a la vuhe et en présence du clergé, double aumosne dud. argent, pain et febves, comme il luy
(1) Arch. Vienne, G. 1357.
est commandé de faire par led. chappitre, des restes dud. argent, pain et febves. il vient incontinent après le distribuer aux autres pauvres qui sont aux portes ou en la nef de lad. église. Et, pour ce faire, doit fournir de cousteaux et d'hommes pour mettre en pièces led. pain, et pour bailler pour icellui servir et transporter oii il appartient. Ensemble^ de linge et de bassins, de pots ou aiguières et d'eau pour laver et essuyer les pieds desd. pauvres et ce sans estre comtable d'aucune chose a personne que ce soit.
<( Comme aussi, doibt fournir, par chascun sabmedy de l'année, d'eau au grand bénistier et icelle faire bénir et mesmement, en aller quérir a Pasque et a la Pentecoste, de celle que le révérend Doyen et chanoine et chapitre de l'Eglise de Poictiers font solempnellement en l'église de Saint- Jehan dud. Poictiers et la porte et mettre un grand bénistier de lad. église Sainte-Radegonde-
« Doibt aussi led. aumosnier assister en habit clérical ausd. processions généralles et particulières et a quelques autres divers services quy se font en lad. éghse, pour lesquelles choses et autres faicts, led. Doyen et chappitre luy baillent la jouissance d'une petite maisonnette pour sa convenance, ensemble 9 septiers de bled froment, mesure de Poictiers, 5 1. s. 8 d. en argent par chacun an, de gage ou de pention annuelle. Sur quoy, led. ausmonier paye 35 s. de décimes ordinaires, sans compter les extraordinaires, et 50 s. ausd. pauvres de la Dominicalle de ceste ville, qu'on a eu bien soin de faulcement donner a entendre qu'en paiant lad. somme, les pauvres n'yront plus mandier aux portes. Tellement que led. tout claire et nettoire que led. aumosnier n'est qu'ung officier de Saincte-Radegonde, formé et gaigé par eux, pour distribuer le long de chascun caresme-
et toute Tannée, ce qu'il luy plaist luy bailler, pour le distribuer aux pauvres et faire aultres services a Dieu, a eux en leur église. Et par ainsy, le grand aumosnier du roy n'a droit a aulcune visite sur lad. aumosnerie et n'est led. aumosnier comtable a personne. »
Les fonctions religieuses qui incombent à l'aumônier pendant les offices sont plus amplement décrites dans un autre acte, en date du 22 février 1668. « Sa charge est de bénir l'eau, après en avoir fait préalablement remplir les béiuistiers et préparer le sel, faire aspercion d'icelle chasque dimanche de l'année, aux respons qui se chantent après les primes quy commencent par ces mots asperges. Dire ensuite l'oraison à la procession qui se faict aussitôt autour des cloistres, comme aussi toutes autres oraisons et collectes aux processions que la compagnie faicts, qui ont accoustumé de s'y dire par l'aumosnier (1). Le caresme, distribuer l'aumône ordinaire aux pauvres qu'on appelle apostres après en avoir faict la bénédiction devant la Croix qu'on porte à cet effect. Chanter le psalme Miserere, l'antienne Mandatum novum, ensuite dire l'oraison et faict autres cérémonies accoustumées à la distribution d'icelle. Aux rogations, porter le petit reliquaire qu'on prend à la paroisse revêtu de l'aube et chasuble et également, autres charges que doibt faire led. aumosnier. »
Nous terminerons l'aperçu de ces fonctions purement religieuses remplies par l'aumônier en ajoutant que si les processions de carême se continuèrent toujours sous les cloîtres, il n'en fut pas de même du lavement des pieds des pauvres (2). En 1651, le chapitre décida qu'il aurait lieu
(1) Arch. Vienne, G. 1602, p. 229 v».— {2)Id.
dans, la chapelle des apôtres et non dans celle du cloître, qui, paraît-il^ avait été profanée.
Les distributions faites aux indigents durant le carême proviennent d'une coutume fort ancienne. En 1472, pour les cinq samedis qu'elles ont lieu^ avant la semaine sainte, on donne deux deniers à ceux qui assistaient aux offices. Le jeudi de la Cène, une trentaine reçoivent, également chacun, 12 d. et, entre tous, est distribué un boiceau de fèves valant 20 s. pour leur mandat (1). En 1616, le mande du même jour comprend 7 boiceaux de fèves et de plus quatre autres pour les cinq samedis de carême (2). En 1653, l'aumônier a droit à 4 septiers et 4 boisseaux de froment, sous condition de distribuer des miches aux chanoines pendant cette période de jeûne (3),
A partir de 1657, les pauvres renfermés de l'Hôpital Général remplacent les mendiants recrutés un peu partout dans la ville. Lesadministrateurs certifient, le 26 mars 1676, qu'ils en envoient 13, chaque samedi, et 26, \q jeudi absolu, pour recevoir ce que l'on donne pendant le carême (4). Il est distribué, tous les samedis, un boisseau de fèves, trois pains de froment du poids de 16 1. et 2 deniers par personne. Le jeudi saint, 26 pains blancs d'une livre, deux autres grands de 16 livres, deux boisseaux de fèves et, comme précédemment, deux deniers. A la suite de l'arrêt du Conseil d'état, du 30 avril 1683, le chapitre cesse de donner cette rente en nature (5). Elle est remplacée par une taxe annuelle de 66 1. portée plus tard à 100 1. , payée régulièrement jusqu'à la Révolution,
Au début du xvie siècle, l'aumônerie de Sainte-Radegonde
(1) Arch. Vienne, G. 1530., reg.— (2) W., G. 1538.— (3) Id., 1540.— (4) Arch. Hôp.— (1) Id.
ne rend guère de services aux pauvres. En 1533, son revenu est mis sous séquestre (1). JJAumônier fait opposition en déclarant n'avoir aucun temporel, et ne servir que d'intermédiaire pour distribuer les aumônes de carême (2). A cette époque, il obtient gain de cause, quoique ne recevant aucun indigent dans sa maison, comme s'en plaint son confrère de Notre-Dame-la-Grande (3). C'est sans doute la raison pour laquelle, en 1563, ses biens sont de nouveau saisis et gérés par des Commissaires (4). Il ne manque pas de protester arguant qu'il ne pourrait vivre un mois de leur revenu, « tant ils sont de petite valeur ».
Une dernière fois, en 1616, l'aumônier Jean Loyseau doit encore lutter pour obtenir mainlevée des recettes de son aumônerie. Il fait remarquer qu'elle appartient en propre au chapitre et vient dire au lieutenant général qu'on doit la considérer comme un office purement ecclésiastique (5). Si elle a été saisie a la requête du procureur du roi en son grand conseil, à la demande de la réforme gérale des Hôpitaux, il n'en est pas moins vrai que ni le roi ni son grand-aumônier ne l'ont nommé à cette fonction « qui n'est qu'un personnat ou office ecclésiastique et honéreux a lad. église, baillé et donné de temps immémorial par les Prieurs, Chanoines et Chapitre de leur plein gré ». La saisie ayant été levée, aucune autre ne vint troubler les aumôniers dans la libre jouissance des biens qu'ils possèdent.
Chaque année, ils sont tenus, à partir de 1536, de verser la modeste somme de 50 s. à la Communauté des Pauvres de Poitiers. On les voit continuer de la sorte jusqu'au
(1) Arch. Vienne, G. 13o7. — (2) Id., G. 1100.— (3) Arch. hôp. — (4) Arch. Vienne, H+ 18.— (5) Arch. Vienne, G. 1357.
25 décembre 1790 (1). C'est le département de la Vienne qui en effectue^après saisie, le dernier versement, le 21 avril
L'aumôneriede Sainte-Radegonde, située près de l'église, paraît avoir été une maison très peu importante. Le 27 mai 1503, son possesseur Louis Chambon, sous-doyen du chapitre, met à rente « une partie ou portion de l'oustel de lad. aumosnerie contenant 12 pieds et demy de long ou environ, et 8 pieds et demy de large ou environ, et ce, non compris les meubles. Dans laquelle portion, en despendent une estable à ung cheval, ung retraict contiguz à la maison etjardrin de Villeneuve,chanoinede Saincte-Radegonde (2) ». Le marché est fait moyennant la somme annuelle de 2 s. 6 d.
Cette location peu élevée ne semble pas avoir suffi pour l'entretenir en bon état. Le 3 mars 1572, les échevins doivent, par mesure de police, faire abattre sa charpente qui menace ruine et peut occasionner des accidents (3). Cependant on la réparera, car, le 27 juillet 1 577, Jean Petit, laboureur à bras, la prend en location, avec sa cour, son jardin et autres « aisances », moyennant 20 1. tr. par an (4). Le bailleur se réserve au moins la moitié des fruits du jardin « soyt poyres, pommes, aigrestz ou verjus ». Le preneur ne pourra les cueillir qu'en sa présence.
Le 17 septembre 1604, les locataires qui l'habitent étant peu recommandables, le chapitre prescrit à Taumônier de renvoyer « les particuliers qu'il prétend mettre en lad. aumosnerie et lui est défendu de louer ce logis à des hôte-
(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, G. 1357. — (3) lieg. dé\. mun. no 39, p. 91. Elle avait été détruite sans doute pendant le siège de Poitiers, de 1569. — (4) Arch. Vienne, G. 1357.
liers vendant vin et au contraire devra le garnir de lits, partie des chambres pour y retirer les pauvres, ce qui est la véritable destination de son logis (1) » . Il n'est tenu aucun compte de cette juste observation. Le 11 juillet 1616, le titulaire en touche un loyer de 24 1. par an, « à condition de faire le service divin, administrer les sacrements aux pauvres qui sont de présent à l'hospital commung et publicq de ceste ville de Poitiers et non autrement, attendu qu'il n'y a fiucune maison ny hébergement en lad. aumosnerye pour héberger et retirer les pauvres, oultre qu'elle est affermée par l'aumosnier (2) » . Il se garde bien, à l'exemple de ses huit confrères, d'aller, à la demande du Procureur du roi, accomplir les devoirs de sa charge dans la grande aumônerie de Notre-Dame. Enfin, pour la dernière fois, il est parlé de cet établissement le 2 mars 1730 (3). 11 s'agit simplement d'une réparation à faire au mur qui le sépare du logis de la Grimace.
Les comptes d'Alphonse de Poitou pour 1269 nous indiquent que l'aumônerie de Sainte-Radegonde touche annuellement dOO s. (4). D'après un arrêt du Parlement, du il novembre 1421, le cardinal de Reims lui aurait légué 50 1. (5). En 1466, et années suivantes, elle est comprise dans le registre des dépenses de la Prévôté de Poitiers pour une somme de 30 s. réduite, avant 1687, à 20 s. seulement (6). En outre du loyer de sa maison, l'aumônier jouit, antérieurement à 1682, d'une rente de 4 septiers de blé et de 2 poules, au village des Roys alias la Galonné-
(1) Arch. Vienne. G. 1600.— (2) Id. G. 13b7. —(3) Id. G. 1043. — (4) Ledain {Histoire d'Alphonse de Poitiers. Poitiers, 1869, p. 199). — (5) Arch. >at. Z' n° 8, p. 80. —(6) Bibl. Nat. ms., n«> 24160.— Arch. Vienne, H' 18.
rie, près de Raboué, paroisse d'Andillé (1). Tous les ans, du moins de 1605 à 1621, le chapitre lui sert une pension de 104 s. 8 d. (2), Enfin, au cours de l'enquête de 1616, le Procureur du roi déclare qu'il doit chaque année verser un tiers, de son revenu à la Communauté des pauvres, et ajoute : « lad. aumosnerie vaut certainement plus de 200 1. (3). » Peut-être cette somme est-elle un peu exagérée à l'époque dont nous parlons.
Le 2 mai 1708, le chapitre décide qu'en cas de vacance de l'aumônerie on en profiterait pour la réunir à la vicairie, à cause de l'importance de plus en plus grande que prend la paroisse de Sainte-Radegonde. C'est ce qui a lieu le 18 avril suivant, par suite de la démission du titulaire, le chantre Guillot (4). Son successeur est tenu de remplir toutes les charges qui incombent à l'aumônier, avec droit à une place en haut du chœur, du côté gauche, à la suite de messieurs les hebdomadiers, et, de plus, la permission de porter l'aumusse après le curé, si on lui accorde cette place. Il ne pourra résigner son aumônerie et son vicariat sans la permission du chapitre. Ses appointements comprendront : 1° la location de la maison dépendant de sa charge qui touche d'un côté au cimetière et de l'autre au logis du curé de la paroisse ; 2° la place dans le baschœur, qui rapporte 100 1.; 3° le revenu de l'aumônerie qui consiste dans une maison affermée 40 1., plus 9
(1) Arch. Vienne. G. 1357. Jusqu'en 1767, il est souvent en procès à cause de cette rente. — (2) kl. G. 1357. — (3) Id. — (4) Parmi les aumôniers, nous trouvons : Jehan Bloin (1330). — Jehan Pineau (1409). — Louis Cliambon (1503).— Bernard de Liège (152G). —Yves Jouslain (1532). — Mande Ayrault (1533).— Guillaume de Tron (1534).
— Jehan Gilbert (1572).— François Ogeron (1581).— Loys Barod (1582).
— Jehan Guérin (1603). — Jehan Loyseau (1604-1657). — Echasseriau (1662). — Claude Bonneau (1662). — Zacharie GuilIoL (1707).
septiers de froment, 2 1. 10 s. donnés par l'église et 4 septiers de froment à Andillé. Comme dépenses, il aura à payer 5 1. pour les décimes, 2 1. pour la subvention du clergé, et 50 s. à la Communauté des pauvres (1). Au point de vue des cérémonies religieuses, il dira l'oraison à Sainte-Radegonde au retour de la procession, portera les reliques pendant les trois jours des Rogations, et enfin lavera les pieds des pauvres, tous les samedis de carême et le jeudi saint.
Le 26 mai 1786, le titulaire de celte double charge demande que les revenus de l'aumônerie soient réunis à la mense du chapitre, pour être ajoutés à la portion congrue des vicaires et des prêtres du bas-chœur qui remplissent les fonctions d'aumônier (2), Il s'agit, dans la circonstance, d'empêcher l'Etat de s'en emparer. Nous ignorons le résultat de cette démarche, du reste sans intérêt, à la veille de la Révolution.
En réalité, l'aumônerie de Sainte-Radegonde ne semble pas avoir possédé une bien grande importance, ni apporté par elle-même de sérieux soulagements aux pauvres de Poitiers (3). Il ne faudrait pas s'en tenir, toutefois, en ce qui concerne le chapitre, aux seules distributions de vivres faites par son ordre pendant le carême. Bien souvent, surtout à l'occasion des pestes ou des famines, il vint au secours des indigents, fort nombreux dans ce quartier de la ville et surtout dans le faubourg qui l'avoisine, comme nous le constaterons plus loin.
(i) Arch. Vienne, G 13u7. — (2) Id. — (3) Le 28 avril 1791, l'aumônerie de Sainte-Radegonde, occupée par le vicaire de cette paroisse, est mise en vente. Située sur le cimetière, elle comprend une cour, une buanderie, un cellier, une cave, un jardin, une cuisine, un salon, deux chambres hautes et un grenier. Elle est achetée 1500 1. par de la Badonnière, procureur. M. L. 4, n°317.
L'aumônerie de Sainte-Catherine ou aumônerie de Tabouleau.
L'aumônerie de Sainte-Catherine ou de Tabouleau, du nom de son fondateur, porte parfois celui de Saint-Martin, à cause de la fontaine qui se trouve située auprès d'elle.
Le terrain sur lequel on devait plus tard la construire appartenait aux chanoines de Saint-Pierre-le-Puellier (1). C'était une langue de terre contenant 20 pas de long, située près de la fontaine de Saint-Martin, bordant, d'un côté, la rivière du Clain et, de l'autre, le chemin qui va de Poitiers à Châtellerault. Par le bas, elle se terminait aux vignes de Jehan de Cenon. Le 3 mai 1423, Jehan Tabouleau^ clerc, prend le tout à ferme, moyennant une rente annuelle de 2 1. tr. et de 2 d. de cens, payables au chapitre le lendemain de la Toussaint. Il doit, en outre, lui abandonner la dîme des fruits qu'il pourra récolter.
Le 7 mai 1433, Jehan Tabouleau fait un testament dans lequel il dit entre autres choses : « Je veuil et ordonne est remis et ensépulturé, o le plaisir de messeigneurs de Saint- Pierre-le-Puellier, en leur église, ausquels j'ay délaissé et encores se mestiers est^ délaisse en approuvant le premier contract (2), mes maisons que j'ay faict faire en la place que autreffoiz je prins d'eulx a cens et a rente, pour intention de y tenir chappelle et aumosnerie en honneur et révérence de Dieu, de la Vierge Marie et de madame Saincte Catherine et les autres appartenances de lad. place,
(1) Arcli. Vienne G. 1775. — (2) Il avait sans doute fait une autre donation, qui nous (!st restée inconnue.
jusqiies tous autres acquêts, quelque pars quilz soient, pour aider et subvenir le faict de lad. aumosnerie.
« Premièrement, mes debtes payées, comme dict est dessus, 0 les condicions contenues aud. premier transport (1). c'est assavoir, que si lesd. choses n'estoient nectes,esclairées et approuvées, chapelle et aumosnerie, par le moien et intercession desd. Seigneurs dud. chappitre, que lesd^ choses puissent retourner de plein droict et qu'elles soient et demeurent perpétuellement a mes hoirs. » Dans ce dernier cas, ils seront tenus de payer une rente aux chanoines poiir qu'il soit enseveli dans leur église et participe à leurs prières.
Ce don testamentaire fut accepté, mais Taumônerie n'exista guère que de nom, faute de ressources suffisantes pour y recevoir les pauvres. Seule, la chapelle de Sainte-Catherine,susceptible de donner un certain rapport, occasionna un long litige entre le chapitre et le curé de Saint-Germain, sur la paroisse duquel elle était érigée (2). Il s'agissait, comme il arriva souvent, de savoir à qui devaient revenir les oblations. Le 9 août 1454^ les deux parties convinrent que les offrandes en cire ou en argent seraient divisées en trois parts, dont deux pour les chanoines et une pour le curé. Ce dernier, malgré ce partage inégal, fut tenu de participer par moitié aux réparations qui deviendraient nécessaires dans l'avenir.
Le 20 novembre 1499, le chapitre se décide à céder à Symon Mocquet, moyennant la rente perpétuelle de 17 s. 8 d. tr.^ d'une géline et de 2 d., « une petite maison et verger joignant à icelle, assise au fief Lecomte, appartenant ausd. Vénérables, près la chapelle de Saincte Calhe-
(1) Arch. Vienne G. 1775. — (2) Id.
rine de Tabouleau (1). Tenant d'une part à la maison de Jehan Rousseau dict Baudet, d'autre au chemin ou serite qui vient de la fontaine de Tabouleau, etc.»
La possession de l'aumônerie est revendiquée, le 9 novembre 1535, par Berthomé Bodin, licencié en théologie et curé de Saint-Germain. Pierre Billard qui l'occupe, comme locataire, ne voulant pas être engagé dans un procès,a soin d'en référer au chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier (2). Celui-ci obtient gain de cause et le curé se résigne à prendre à rente, moyennant 40 s. 2 d. tr. payables à la Toussaint, « le lieu de Tabouleau, ses appartenances, et ses deppendances, sis et siltuez en fief Lecomte hors la porte Sainct-Lazare,touchant la fontaine de Sainct-Martin «.Cette rente diminue avec le temps, car, en 1685, elle n'est plus que de 17 s. 8 d.
Pendant le cours du xvi* siècle, les administrateurs de la Communauté des pauvres cherchent à s'emparer de l'aumônerie de Tabouleau, pour la ramener à sa première destination. Jehan Aulbert, aumônier, en 1563, déclare la posséder effectivement, et non à titre de simple détenteur purement temporaire (3). Pour mieux le prouver, sans doute, ni lui ni ses successeurs ne versent la moindre taxe à l'assistance publique. En face du nom de cette aumônerie, figurent régulièrement sur ses registres les mots : «néant » ou « non taxé » (4). Pas une seule fois ceux qui la possèdent ne se décident à effectuer le moindre versement.
Une dernière tentative est faite par le Bureau des pauvres pour s'emparer de l'aumônerie. Le 17 février 1591, il est
(1) Arch. Vienne. G. 1775. — (2) Id. La fontaine Saint-Martin prit le nom de Tabouleau avant 1569. — (3) Arch. Vienne 11+ 10. — (4) Bibl., Poitiers. Gart. 53.
décidé, que « Loys Peyraud, bourgeois^ informera à la prochaine Dominicale des pièces de procédure par luy alléguées, touchant la chapelle et aumosnerie de Sainte- Catherine^ appeléeTabouleau .assise à la Cueille Mirebalaise, paroisse de Saint-Germain(l), consistant en ungbeau grand coteau, terres labourables, prez, rentes et aultres debvoirs. On verra si c'est une des aumôneries réunies en 1579» .Cette information ne donna aucun résultat et ses biens mis à cens et à rentes passèrent graduellement entre les mains de plusieurs particuliers. Quant aux indigents, ils n'en touchèrent absolument rien. Ainsi disparut l'œuvre charitable de Jean Tabouleau, sans laisser d'autres souvenirs que son nom donné à une fontaine à la place de celui de Saint- Martin.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis reg. 8. On en parle encore, en 1587, à propos d'une maison qui la touche (Arch. nat. Zi" no 370, p. 232).