‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 22 sur 34 · CHAPITRE V Fondation de l'hôpital général · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Fondation de l'hôpital général

Dans la lutte contre la mendicité, un des moyens employés périodiquement pour la combattre consiste à renfermer les pauvres. Il est usité surtout en temps de peste ou do famine, quand ils viennent des environs et même de fort loin envahir la ville. La mairie et la Dominicale arrivent ainsi à éviter leur présence dans les rues, les églises et aux portes des maisons. Il devient plus facile de dresser les listes qui permettent de leur distribuer régulièrement des aumônes. De là, économie pour le budget de l'assistance publique, et possibilité de combattre tout danger de contagion.

Peu d'années avant la création de la Dominicale, le Parlement des Grands Jours de Poitiers ordonne, le 19 novembre lo3i, au maire et aux échevins « de faire mener et nourrir aux hôpitaux de la ville tous et chaecuns des pauvres qui seront mendians en lad. ville (1) ». Des prescriptions de ce genre, émanant plus tard de la municipalité, se rencontrent souvent dans les registres de ses délibérations et dans ceux de la Dominicale (2). Comme les aumôneries ne fonctionnent plus et ne peuvent contenir qu'une minime partie des indigents, on a soin de les parquer

(1) Arch. nat., Z'Q 18. — (2) Reg. dél. mun., no 4G, p. 4G6 ; no 63, p. 22 ; n° 78, p. 170 ; Bibl. Poitiers, cart, 53 et 54.

dans des granges situées, autant que possible^ en dehors de la ville. La question de la clôture des mendiants semble faire un pas en avant, quand est fondé l'hôpital général de Lyon (1). Le 4 septembre 1620, l'èchevin Jehan Pidoux vient dire au Conseil que les indigents « ont besoin d'une maison convenable, outre l'hospital de ceste ville (2) ». Il est, séance tenante, autorisé à en acheter une située près de la porte de Rochereuil, mais il n'y parvient pas, et la situation reste encore la même pour longtemps.

Le 9 janvier 1650, le maire propose de loger les pauvres au collège de Puygarreau (3). Le 4 février suivant, les quinze trésoriers de France viennent déclarer qu'ils donneront chacun 100 écus, si l'on peut obtenir du propriétaire la vente de cet immeuble. Par malheur, le lieutenant général chargé de l'acheter ne peut obtenir aucun résultat, grâce à la mauvaise volonté de l'Université qui en a la jouissance et à l'opposition irréductible du principal qui l'administre.

La question est reprise en l'année 1651, à la suite d'une lettre adressée par ordre du roi à la municipalité (4). Il y est dit que a sur l'advis que Sa Majesté à heu que l'on avoit cy devant heu intention de faire renfermer les pauvres et que mesmes on y avoit travaillé et faict des mémoires, a le désir que ceste bonne intention soit continuée et qu'à ceste fin l'on y travaille aultant que faire se pourra, en ayant à ceste fin escript aux autres corps » . La mairie, obéissant à ce désir, réunit toutes les corporations de la ville, le 21 février, au couvent des Jacobins. Malgré le refus d'un chanoine de Sainte-Radegonde d'accepter la place d'inten-

(1) Il fut fondé en 1614. — (2) lleg. dél. mun., n° 75, p. 34. — (3) Id., no 103, p. 171; Bibl. Poitiers, cart. 53 *«, reg. 10. — (4) Reg. dél. mun., no 103, p. 571.

dant, sans une autorisation spéciale de son chapitre, un règlement est proposé et adopté séance tenante (1). Le 23 du même mois, les éclievins en prennent connaissance et se décident à le soumettre au conseil municipal, qui l'approuve trois jours plus tard. Le seul inconvénient qu'il voit à la réalisation de ce projet est le manque continuel d'argent. Celte raison oblige encore la Dominicale, en attendant mieux, à loger une dernière fois les pauvres dans une grange des faubourgs.

Il faut des nécessités bien impérieuses pour que lamunicipalité fasse appel à la bourse de ses administrés. Malgré sa réserve, le moment arrive où elle ne peut reculer. Le 5 mars 1657, le maire déclare « que beaucoup de passans viennent en ville, et que la plupart y demeurent, ce qui cause beaucoup d'incommodités ». Il est à craindre qu'on en rencontre davantage, car Tours et Angers se décident à renfermer leurs pauvres. En terminant, il ajoute qu'à sa connaissance beaucoup de personnes sont disposées à donner de l'argent pour obtenir un semblable résultat. Aussitôt, sept membres du Conseil sontdésignéspour étudier la question. Le il mars, la Dominicale prie le clergé dénommer deux délégués pour s'entendre avec ternaire (2). Enfin, le 4juin, a lieu une réunion générale aux Jacobins, à laquelle assistent les représentants du clergé, de la mairie, de l'élection^ des trésoriers de France, du présidial, des marchands, des avocats et des notables habitants.

Une seconde assemblée se tient le 12 du même mois. Il y est déclaré que le règlement proposé « pour l'establissement de l'hospital des pauvres renfermés, des manufactures et

(1) Reg. dél. mun.,no 103, pp. 180-183-224; Arch. Vienne, G. 1603. — (8) Reg. dél. mun., no 107, pp. 145-190-197-198.

ouvrages pour servir en partie à l'entretien d'icelluy, signez Razes et Dupont, ont esté communiquez, concertez, veuz et agréez dans les corps et compagnies dont ilz sont députez et suivant leur consentement ». Le 20, l'on décide que les administrateurs seront pris parmi eux, et qu'à leur tête on mettra deux présidents (1). En attendant, les délégués iront avec les notables et les curés des paroisses, dans chaque maison, solliciter les offrandes.

Le 22 juin, se tient une dernière réunion aux Jacobins pour arrêter d'une façon définitive tous les articles du règlement et choisir ceux qui devront nommer un président pour six mois, un vice-président pour un an, ainsi qu'un secrétaire général et un trésorier pour le même espace de temps (2). Tous les membres composant le conseil resteront en fonction au début, les uns, pendant une année et les autres pendant deux. On tirera au sort les noms des premiers, à l'exception de ceux qui appartiendront au clergé. Ainsi fut constitué le Bureau de l'hôpital général renouvelable par moitié tous les ans.

(1) Reg. dél. mun., no 214. — (2) Le Bureau se compose des membres suivants: François Thomas, chanoine etauditeur de Saint-Pierre ; René Guirblanc, seigneur de la Nouhe, chanoine de Saint-Hilaire ; Pierre Fournier, seigneur de Monsalay, président élu à Poitiers; François de la Lande, seigneur de Vernau, trésorier de France ; Nicolas Richard, ec, seigneur des Groyes, bourgeois de Poitiers ; René Gitoys, seigneur du Breuil, élu; MaixentPoudret, ec, seigneur de Rimbault, conseiller au Présidial ; René delà Goussaye, ec, échevin ; René Lambert, ec, seigneur de Puysallé, notable; Bertrand Delapierre, marchand; Nicollas Filleau, seigneur des Ageois, receveur des tailles et bourgeois ; François de Razes, ec, seigneur de Ghé, échevin, nommé président pour 6 mois ; Guillaume Peultre, trésorier de France ; Anthoine Pélisson, procureur au Présidial ; Pierre Goutineau, avocat ; François Herbaud, marchand ; HélieMaxia, notaire ; André Armand, seigneur des Roches, notable; Florentin Roatin, ec, seigneur de Jougny, doyen et conseiller au Présidial, sous-|)résident; Jehan Dupont, avocat, secrétaire ; Honoré Jalais, marchand, receveur pour l'année.

En même temps, s'imprime un opuscule intitulé Pauvres renfermés^ qui indique au public les décisions et les règlements arrêtés par le Bureau. H y est fait appel à la population en la priant de les accepter ou d'en provoquer la modification s'il y a lieu (1). Le but recherché en instituant « la clôture des pauvres » et en créant des manufactures pour les occuper ne tend qu'à détruire la mendicité ennuyeuse et importune « aux églises, aux lieux publics, dans les rues, et aux portes des particuliers ; à l'instruction des pauvres dans la crainte de Dieu et à leur apprendre à gagner leur vie » . Tout le monde y trouvera son intérêt. Les ecclésiastiques ne seront plus troublés pendant le service divin, et leurs aumônes recevront toujours un bon emploi. Les Religieux mendiants feront des quêtes plus fructueuses et les habitants de Poitiers en retireront un bon profit.

Les voleurs, coupeurs de bourses et les miséreux qui, par « leurs ordures, saletés et yvrogneries, infectent l'air et causent des maladies », seront renvoyés. Tous ces individus, habitués, à force d'importunités, à extorquer des aumônes, une fois partis, laisseront à la ville la possibilité de réunir des ressources suffisantes pour venir en aide à ses pauvres. Quant à ceux auxquels incombera la surveillance et la direction de l'œuvre, comme ils seront nombreux et resteront peu [de temps en charge, leurs occupations habituelles ne pourront en souffrir. Enfin, l'établissement ne gênera aucunement les hôpitaux qui existent et auxquels il

(1) Le manuscrit du règlement de 1657 porte au début qu'il a été accepté « soubz l'authorité, adveu et du consentement de Monseigneur l'illustrissime et reverendissime evesque dud. Poitiers ». Cette indication ne figure plus sur les éditions de 1720 et de 1769, les seules qui nous soient parvenues. (Bibl. Poitiers ; Arch. Vienne ; Arch. Hôpitaux de Poitiers ; Arch. Soc. Ant. de l'Ouest.)

est d'usage de faire des aumônes, car son but est simplement de les compléter.

Les articles du règlement proposés par la Commission d'initiative sont indiqués comme étant pour la plupart conformes à ceux déjà acceptés à Lyon, Troyes, Rennes, Tours, Paris et autres villes du royaume. En réalité, ceux de Paris servent de base à tout le travail. Quelques-uns sont supprimés et plusieurs condensés pour être joints avec d'autres. C'est ainsi qu'au lieu d'être au nombre de 73 ils sont réduits à 48 pour Poitiers.

L'administration de l'hôpital sera confiée à 18 notables habitants, choisis dans tous les Corps et Compagnies considérables de la ville. Ils seront nommés sans avoir égard « aux rangs, séances et dignités » afférents aux offices qu'ils occupent. On en prendra 2 du clergé, 2 du corps des marchands, 4 du corps de ville dont 2 échevins et 2 bourgeois, 2 des trésoriers des finances, 2 des particuliers n'appartenant à aucune corporation, 2 des officiers de justice, 2 de l'élection, et 2 des avocats ou procureurs. On leur donnera les noms de directeurs, intendants ou administrateurs de l'aumône. Ils administreront les deniers des pauvres, auront la police, correction, châtiment des renfermés et pourront faire arrêter les mendiants, sauf en cas de crime, pour les renvoyer devant^les juges compétents .

Les membres du Bureau resteront, comme nous avons dit, deux années en charge et seront remplacés par moitié tous les ans. L'un d'eux, pris parmi les laïcs, présidera pendant six mois avec un vice-président pour le remplacer en cas de besoin. Son rôle, indiqué par divers articles du règlement, consiste à prendre au conseil les avis de chacun et à conclure à la pluralité des voix. Il doit donner le bon

exemple quand il s'agit du service des pauvres, les écouter avec patience et visiter souvent Thôpital. Aussitôt élu, il prête serment entre les mains de son prédécesseur, et, pendant les séances, recommande le silence sur les délibérations. On lui défend de prendre une détermination quelconque sans l'avis du Conseil. En résumé, son rôle est assez vague et dénué de toute initiative. Il en est ainsi de ses collègues du Bureau qui, pris isolément, en dehors des fonctions temporaires qu'on leur confie, ne peuvent rien entreprendre par eux-mêmes.

Après le président et le vice-président, viennent quatre intendants particuliers, plus spécialement chargés de l'administration journalière de l'hôpital. Le premier veille à l'instruction, à la piété et aux bonnes mœurs des pauvres. Il s'occupe, en outre, des réparations à faire à la chapelle et aux bâtiments. Le second est chargé de la nourriture, des vêtements et de l'ameublement. Le troisième, des ouvrages, manufactures et métiers. Le quatrième, des quêtes générales ou particulières et des aumônes aux passants. Ces emplois n'empêchent point l'administration de confier à tour de rôle ù chacun de ses membres le soin d'aller tous les jours, et même jusqu'à deux fois dans la journée, visiter l'hôpital au reçu d'un billet signé par le président. Le passage du délégué est inscrit sur un registre spécial, et, en cas d'absence, il encourt une amende de 10 s.

Les préséances au conseil sont réglées par le tirage au sort, sauf pour les deux ecclésiastiques qui occupent de droit les premiers rangs. Les élections du président se font tous les 6 mois en octobre et avril, aux fêtes de la Saint- Hilaire d'hiver et d'été, car ce saint est considéré comme l'un des protecteurs de l'hôpital. Chaque membre du Bureau

qui sort doit prévenir sa Compagnie pour qu'elle procède à son remplacement. Celui qui lui succède est présenté par son prédécesseur. Tous les deux sont invités, dans la circonstance, à faire l'aumône aux pauvres. En cas de décès d'un administrateur, son successeur est immédiatement désigné par le corps auquel il appartient.

En dehors des membres du Bureau, nous trouvons un secrétaire , un receveur général, choisis parmi les habitants, sans distinction de qualité, un économe ou gardien de l'hôpital, emploi qui est confié à une personne de la ville n'ayant aucune occupation particulière, un chapelain, un médecin, un chirurgien, un avocat et un procureur. On accorde à ces deux derniers voix consultative au conseil. Enfin, les officiers subalternes comprennent les portiers, chasse-coquins et autres employés pris selon les besoins. Tous prêtent serment, lors de leur entrée en charge, « de garder et observer ponctuellement les règlements et statuts généraux et particuliers de l'aumône, de procurer de tout leur pouvoir et en toute occasion le bien et utilité des pauvres renfermés et de garder le secret convenable des délibérations du conseil de l'aumône ».

Des privilèges spéciaux seront demandés au roi en faveur de l'établissement. Ils consisteront à le mettre directement sous la juridiction du présidial, afin qu'il puisse plaider sans frais sous le couvert et sous le nom de son procureur ; d'être dispensé des droits de francs-fiefs, des nouveaux acquêts et de la mainmorte.

En prévision de l'installation de manufactures, il faudra des artisans expérimentés pour les diriger. En conséquence, Sa Majesté sera suppliée de vouloir bien accorder à ceux qui dirigeront le travail et instruiront les pauvres pendant

trois ans, la faculté d'être reçus à la maîtrise par le maire, sans avoir à subir d'examen ni à payer des bouquets et des festins.

Pour obtenir la clôture définitive des pauvres, le règlement a soin de renouveler les anciennes prescriptions, si souvent et depuis si longtemps édictées par la mairie. Ordre aux mendiants valides ou invalides, fainéants, gens sans aveu, non originaires de Poitiers et n'y habitant pas depuis trois ans, de se retirer dans leur pays, sous peine de punition corporelle. Défense aux étrangers de résider en ville, sans permission expresse et par écrit du maire qui verra s'ils possèdent des moyens d'existence. Défense également aux propriétaires ou locataires des maisons de loger les mendiants et vagabonds, hommes ou femmes, plus d'une nuit et spécialement les femmes de mauvaise vie, sous peine d'une amende qui sera versée à l'hôpital. A tous, il est enjoint de ne plus mendier et de faire mendier leurs femmes ou filles, sous peine du fouet. Il sera interdit de donner l'aumône aux portes des maisons, dans les églises et ailleurs. Chacun des habitants devra déclarer, lors de la confection des rôles, les noms des personnes qu'il saura être dans le besoin. Enfin, 24 heures après la publication de cette ordonnance, toute personne trouvée à mendier sera renfermée par les chasse -coquins. Le Bureau décidera, dans le cas oii elle résiderait à Poitiers, s'il y a lieu de la garder. Aux étrangers, l'on donnera la passade, et le lendemain on les renverra.

Personne n'aura le droit d'entrer à l'hôpital s'il n'habite la ville depuis trois ans. Il sera informé de sa pauvreté, de ses mœurs, de son origine et de sa condition. Les hommes passeront la visite devant un chirurgien et les femmes

devant d'autres femmes. Leur mission consistera dans la recherche de certaines maladies incurables, comme maux vénériens, écrouelles ou teigne, ces affections ne pouvant être soignées dans l'établissement. S'il vient à s'en rencontrer, les malades seront mis à la Dominicale. Seuls, devront être acceptés les pauvres valides ou les vieillards caducs, et particulièrement les personnes bien portantes, mais incapables de travailler. On tiendra un registre indiquant les noms et surnoms des entrants, leur âge et leur profession, la déclaration de ce qu'ils possèdent et la valeur des objets qu'ils peuvent avoir. Aucun des renfermés ne jouira d'un bien particulier. Il n'aura droit seulement qu'au quart de ce qu'il pourra gagner par son travail à la manufacture. Il sera interdit aux pauvres de recevoir des aumônes personnelles de ceux qui visiteront la maison. Tous les dons devront être réunis et placés entre les mains des administrateurs ou de l'économe.

Les indigents ne pourront sortir sans la permission de l'économe et les habitants les recevoir chez eux, leur acheter du pain, de la viande ou autres choses, sous peine de punition exemplaire. Ceux qui, travaillant en qualité de domestiques, voudront avoir quelques-uns de ces ahments devront en faire la demande à l'administration. Après enquête, elle accordera ou refusera son approbation. Les hospitalisés auront toujours la permission de s'en aller, sous condition de prouver qu'ils ont moyen de vivre sans recourir à la mendicité.

L'hôpital général devant fonctionner grâce à la générosité de tous, des dispositions spéciales sont prises pour lui procurer des dons charitables. On placera un tronc près de la porte de la maison, afm que les visiteurs soient dis-

crètement invités à y mettre leurs aumônes. Tous les corps et communautés seront priés de bien vouloir cotiser en faveur de la nouvelle institution. Les particuliers devront désormais cesser de donner aux portes. Ceux qui, selon un vieil usage, font distribuer du pain ou de l'argent, lors du décès de leurs parents ou amis, pour la somme habituelle de 200 1. auront l'obligeance de les abandonner aux pauvres en y joignant les vêtements des défunts.

Dans toutes les paroisses se feront quatre quêtes par an : à Pâques, la Pentecôte, la Toussaint et Noël. Les dames de qualité qui offriront le pain bénit quêteront à découvert, chaque dimanche, à la fin de la messe. Les sommes recueillies de la sorte seront versées dans les troncs des pauvres, en présence du curé (1). Les jours de pardon ou d'indulgences, deux notables se tiendront à l'entrée de chaque église. Les aumônes données par les fidèles devront également être déposées dans un tronc. Des boîtes placées à la mairie, à l'évêché, chez le grand-vicaire et l'official recevront les légères amendes de police payées sans délai que donnent les échevins, et les charités de ceux qui demandent une grâce ou une dispense à l'Eglise. D'autres trouveront leur place au tribunal de commerce, dans les boutiques les plus fréquentées et dans les meilleures hôtelleries. On les ouvrira tous les trois mois et à la fin de chacune des semaines qui suivront les quatre grandes fêtes annuelles, en présence de l'Intendant, du clergé des paroisses, et des maîtres de la monnaie.

Les curés, prédicateurs et confesseurs recommanderont

(1) Le 6 octobre 1657,1e chapitre de Saint-Pierre, pendant l'absence de l'évêque, prescrit aux ecclésiastiques de recevoir les troncs envoyés par les administrateurs et de faire quêter les dames qui offrent le pain bénit. (Arch. Vienne, H* 18).

l'aumône à leurs paroissiens, auditeurs et pénitents. Les juges auront soin d'attribuer une partie des amendes à l'hôpital. Les notaires inviteront les testateurs à lui laisser des legs, sans toutefois « user de suggestion, les charités de chacun étant libres et volontaires ».

Tous les jours, vers midi, l'économe enverra des hospitalisés ramasser les restes de potage, pain et viande chez les habitants. Ils les placeront dans des « coterets » bien propres que porteront les chevaux ou les ânes de l'hôpital. Chaque quêteur revêtu de sa casaque avec ses marques et insignes passera de préférence, en agitant une clochette, devant les maisons importantes, dont les serviteurs et servantes seront invités à lui donner les restes.

Les personnes désireuses d'avoir des pauvres aux obsèques des parents ou amis qu'ils viendront à perdre pourront en demander le nombre qu'ils voudront. On les enverra en procession, accompagnés d'un prêtre, et précédés d'une croix de bois portée par l'un d'eux. Quand ils seront 12 ou 13, on donnera au prêtre au moins « un écu cinq sols », ou bien des draps, des robes et autres choses équivalentes.

Afin de mieux exciter la charité, il sera fait, à l'exemple de Lyon et d'ailleurs, des processions générales. Elles se dirigeront vers Saint-Hilaire^le jour de sa fête d'été, ou bien au tombeau de sainte Radegonde, quand la sienne se célébrera au mois d'août. Les pauvres s'en iront deux par deux avec le chapelain à la suite ou devant. Les ecclésiastiques désireux d'y assister par dévotion pourront se joindre au cortège. Des indulgences seront demandées pour ceux qui l'accompagneront.

Les hospitalisés porteront sur l'épaule gauche une mar-

que de toile ou de serge blanche et bleue, afin de les faire reconnaître. Cette marque sera également imposée aux portiers, quêteurs, chasse-coquins et autres officiers d'un rang inférieur. Tous devront obéissance aux administrateurs.

Telles sont les principales dispositions du règlement général du nouvel établissement^ proposées par le Bureau et acceptées par la population. On y ajoute quelques chapitres concernant les fonctions diverses occupées par les intendants et les officiers subalternes. En dernier lieu, viennent les règles intérieures que doivent observer les pauvres.

Le lever se fera, pendant les six mois d'été, de Pâques à la Toussaint, à 5 heures et le reste de l'année à 6 heures. Un quart d'heure seulement sera accordé pour s'habiller^ faire les lits et nettoyer les chambres. Aussitôt après, réunion à la chapelle, où l'aumônier 'de semaine récitera le Pater, Ave, Credo, Confiteoî\ etc. Il terminera par les commandements de Dieu, l'oraison à l'Ange gardien, les prières pour le roi, les bienfaiteurs, la ville et les trépassés.

Les pauvres iront ensuite à leur ouvrage en attendant l'heure de la messe, à laquelle tous assisteront sous peine d'être privés de la portion donnée à table. Pendant V Introït, ils chanteront le Veni Creator. A l'élévation, le Panyelinrjua, puis YExaudiat et, en dernier lieu, l'oraison pour le roi. La cérémonie terminée, le travail sera repris et continué jusqu'à 10 heures, quand sonnera le dîner. Tous étant rassemblés par quartiers ou chambrées, l'un d'eux fera la bénédiction de la table et les autres répondront : Edent pauperes. Le repas fini et les grâces récitées, aura lieu la récréation, qui durera une demi-heure.

Le travail reprendra aussitôt après et sera accompagné d'une lecture religieuse qui durera une demi-heure. Les pauvres pourront chanter en travaillant des « chansons spirituelles » ou les vêpres, jusqu'à 6 heures. Vient ensuite le souper suivi du Salut à la chapelle et d'une reprise du travail jusqu'à huit heures un quart. La retraite est alors sonnée, et chacun regagne son dortoir pour prendre part aux mêmes prières que le matin avant de se mettre au lit. Pendant les repas, se font des lectures qui doivent être écoutées attentivement.

Les dimanches, les renfermés remplacent les heures de travail par des exercices religieux. Seulement, ils ont en plus une heure de récréation après dîner et autant après souper. Ceux qui veulent apprendre à lire et à écrire peuvent consacrer chaque jour quelques heures à l'étude, pendant la durée du travail, mais après décision prise par celui qui est chargé de l'enseignement.

La confession et la communion sont obligatoires tous les mois pour ceux qui ont l'âge de les faire. Il est défendu de tenir de mauvais discours, de prononcer des paroles déshonnêtes, de jurer ou de blasphémer, sous peine de punition exemplaire.

Chaque matin, les salles, chambres, galeries et autres locaux seront lavés et nettoyés.

Les pauvres tiendront leurs vêtements propres et changeront de linge tous les huit jours.

Défense à chacun de sortir de son quartier pour aller dans un autre sans permission.

Ceux qui recevront l'argent de leur travail pourront s'en servir pour acheter du vin, s'ils ont obtenu la permission d'en boire, mais sous condition d'en user modérément.

Le corps de chaque pauvre est, après sa mort, porté sur une table spéciale, lavé, enseveli et mis dans une bière recouverte d'un drap noir, si c'est un homme ou une femme, et d'un drap blanc avec a un bouquet et chapeau de fleurs», si c'est un garçon ou une fille, puis porté à la chapelle par quatre personnes de son sexe. L'autel est tendu de noir ou de blanc, garni de cierges jaunes ou blancs. Le cercueil reste sous la garde de deux ou de quatre hospitalisés, en attendant l'heure de l'enterrement. Tous y vont, marchant deux par deux et chantant les prières des morts. La messe du lendemain est dite à l'intention du défunt.

Dans la première partie de ce règlement, il est facile de retrouver les anciennes ordonnances municipales qui défendent la mendicité et le vagabondage. On y retrouve également les procédés jadis en usage pour attirer les aumônes. Ces procédés d'une importance bien secondaire ne tarderont point, à leur tour, à se montrer d'une insuffisance notoire pour assurer l'existence du nouvel étabhssement.

Toutes ces dispositions prises, arrive le moment de les mettre à exécution. Le ["juillet 1657, le maire déclare à la Dominicale que la ville est disposée à prêter l'hôpital des pestiférés pour y loger les indigents, afin de leur laisser le temps de trouver un autre local (1). Seulement, un état de lieu sera préalablement dressé par les soins des administrateurs et de la municipalité. Cette formalité accomplie, l'hôpital général ouvre ses portes, le 9 septembre 1657, « pour le contentement, profit et utilité, tant spirituelle que temporelle, des pauvres et au soulagement et satisfaction du pubUc (2} ». C'est ainsi que Poitiers se trouve possé-

(1) Bibl. Poitiers, cait. ").i bis, reg. M. — (2) Un document de 1701 donne comme date d'ouverture de l'hôpital le 29 septembre au lieu

der, avant la plupart des villes de France, une institution réclamée bien souvent par la municipalité et la Dominicale.

La situation du nouvel établissement reste précaire tant qu'il ne possède point de lettres patentes destinées à confirmer sa fondation. En 1659, ses administrateurs s'en préoccupent et adressent à Paris une copie des règlements visée par l'évêque Gilbert de Clerembault. Cette démarche n'ayant pas réussi, on la recommence le 28 janvier 1672. Des renseignements sont pris un peu partout et particulièrement auprès du directeur de l'hôpital général de Paris (1). Un nouveau dossier plus complet est constitué et des mandataires spéciaux chargés de suivre l'afTaire. Trois ans plus tard, en mai 1675, le roi, étant à Saint-Germain, signe les lettres demandées. Elles sont enregistrées à la Cour des comptes le 18 septembre suivant, au Parlement le 6 mai 1678, à la Sénéchaussée du Poitou le 22 novembre, et au Bureau des finances de Poitiers le 25 du même mois.

Les lettres patentes accordées par le roi aux pauvres renfermés de Poitiers ne sont que la répétition de celles déjà données àjParis et ailleurs. Elles indiquent les diverses catégories d'indigents à recevoir dans le nouvel établissement, qui devra porter le nomd'' Hôpital général de la chanté de Poitiers. Cette inscription sera mise sur la façade avec un écusson aux armes de Sa Majesté. Seuls y seront admis les pauvres valides et invalides de tout âge et de tout sexe, aveugles ou incurables, dont les maladies pourront être soulagées^ afin de travailler aux manufactures. Tous devront être originaires de Poitiers.

du 9. Les comptes du boucher Audinet partant du 7 du même mois, nous croyons, pour le moment, que la date du 9 septembre doit être la plus exacte. (Arch. Hùp.) {{) Arch. Hôp.

La maison restera indépendante de la grande aumônerie de France, sous l'administration de 19 notables, au lieu de 18, qui prêteront serment à la Compagnie. Suivent les défenses habituelles de mendier et de faire des quêtes autres que celles destinées aux hôpitaux. Les administrateurs auront le droit, non seulement de gouverner les renfermés, mais encore d'avoir «poteaux, carcans et prisons ». En cas de crime, le lieutenant criminel restera seul à en connaître et à ordonner le fouet et lebannissement. Viennent ensuite les vieilles ordonnances, déjà connues, pour arrêter la mendicité dans la ville. En réalité, l'administration de l'hôpital se substitue, au point de vue de la police, à la municipalité et à la Dominicale, tandis que ses archers remplacent les chasse-coquins.

Pour l'entretien de l'établissement, tous les dons, les legs, les amendes ou aumônes quelconques revenant aux pauvres de la ville et ne portant aucune indication spéciale lui appartiendront de droit. Il jouira des biens et des revenus qui, jadis donnés aux indigents, leur ont été depuis plus ou moins longtemps usurpés. lien sera de même pour les aumônes de fondation qui existeront encore dans les communautés séculières et régulières. Toutes les corporations civiles et religieuses, à part les ordres mendiants, devront contribuer à sa subsistance. Des troncs pourront être établis partout où il sera jugé nécessaire. Enfin, le quart des amendes de police lui appartiendra de droit.

Les officiers civils reçus en charge, les apprentis et les maîtres des métiers, lors de leur réception, devront verser une taxe à l'économe de l'hôpital général. Les pauvres qu'on y admettra lui abandonneront leurs meubles, selon l'usage de l'Hôtel-Dieu.

Les administrateurs, pourront gouverner comme ils l'entendront les biens de l'établissement. En conséquence, jouir du droit d'intenter des procès, de s'approprier les terres et maisons voisines qui lui seront nécessaires, en les payant à leur juste valeur, d'acquérir des biens nobles, de construire des volières, colombiers et moulins dans ses domaines.

Les lettres patentes insistent sur les manufactures auxquelles on ajoute une certaine importance. L'hôpital général pourra en installer comme bon lui semblera. Des artisans apprendront à travailler aux pauvres. Au bout de six ans, ces instructeurs seront reçus sans frais à la maîtrise, mais il ne devra pas s'en présenter plus d'un seul par an, dans chaque métier. S'ils refusent la maîtrise, ils pourront prendre le titre de compagnon. Enfin, les enfants admis dans la maison devront être placés en apprentissage sans qu'on puisse percevoir aucun droit sur eux.

Les chirurgiens présenteront un compagnon pour soigner les malades. En cas de refus de leur part, les administrateurs en choisiront un. Au bout de six ans, il pourra, sans aucun frais, être reçu à la maîtrise.

Le nouvel hôpital sera exempt des droits d'entrée et de toutes les contributions publiques, y compris le logement des gens de guerre. Il ne devra pas figurer sur les rôles des tailles, taillon, subsistances et ustensiles. Les salpêtriers ne pourront y chercher du salpêtre, sous peine de punition corporelle. Tous les officiers de justice et notaires seront tenus de faire connaître les amendes et legs donnés en sa faveur. Son receveur siégera au Bureau avec voix délibérative, sauf en ce qui concernera ses comptes. Les administrateurs seront exemptés de tutelles, curatelles, guet, gardes aux portes et de toutes autres charges publiques

du même genre. Inutile d'ajouter que ces dernières faveurs aidèrent pour beaucoup à leur recrutement.

Ces lettres-patentes sont complétées par d'autres, le 15 décembre 1684. Elles lui accordent le droit d'amortissement, c'est-à-dire de prendre possession gratuitement, et sans rien verser à l'Etat, des héritages et acquisitions qu'il pourra faire dans l'avenir.

D'autres lettres patentes de conflrmation sont données à Versailles, en juin 1724, enregistrées le 7 septembre au Parlement et le 16 janvier 1725 à la Cour des Aides. Elles portent en particulier que les procès concernant les tailles seront désormais jugés en première instance à Poitiers et en seconde à Paris. La mairie et le présidial les enregistrent le 1" juin, le greffe de police le 18 janvier 1726^ et l'Election le 20 juin. Enfm, pour la dernière fois, l'hôpital en obtient d'autres en septembre 1775 qui lui sont accordées par Louis XVI, à Versailles. Elles reproduisent simplement les précédentes.

Telles sont les bases principales sur lesquelles s'établit l'hôpital général. Parmi les dispositions qui le concernent, nous en trouvons un grand nombre depuis longtemps préconisées et mises en prntique par la Dominicale. Celles qui le régissent au point de vue intérieur, existent à peu près identiques dans tous les établissements du même genre. Le travail et la prière avec en plus quelques occupations ménagères constituent l'emploi des jours ordinaires que l'Eglise ne consacre point au repos. La nouvelle institution va surtout modifier l'œuvre de la Communauté des pauvres, en amenant la suppression progressive de l'assistance à domicile et en lui substituant la clôture de tous les déshérités vraiment dignes d'être secourus.

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