CHAPITRE VI
Li'installaiion de l'hôpital général et son personnel.
L'hôpital des pestiférés, qui vient de recevoir les pauvres, est quelque peu abandonné depuis 1638, époque pendant laquelle on vit pour la dernière fois la peste sévir à Poitiers. Son mobilier laisse beaucoup à désirer et le nouvel intendant desnaœurs, Nicolas Filleau, s' des Ageois,doit le compléter aussi rapidement que possible. Le 6 septembre 1657, quelques jours avant son ouverture, il y fait conduire « 26 chaslits de cinq pieds et demi de largeur sur quatre de longueur », payés 6 1. pièce. Pour compléter son envoi, il ajoute 50 matelas « de bourre d'Irlande » , avec autant de « cossins de plume de volaille », « des mantes marchandes de Bellac » et des paillasses (1). Pour les gouvernantes, des lits à quenouille, munis de garnitures vertes.
Gomme linge, 206 draps de toile grossière, 36 douzaines de serviettes, et, enfin, 32 chemises de femmes. La toile revient à 14 s. l'aune. Quant au reste du mobilier, il comprend, outre les lits, 2 bahuts ou coffres, des marmites,
(1) On avait acheté, en outre, pour ]a chapelle, 2corporaux, 2 purificatoires, un voile pour le calice et 6 aunes de galons d'argent destinés d être mis sur une cliasuble. (Arch. Hôp.) On acheta également, le 7 novembre lO'J'J, un devant d'autel « de taly Isabelle, garny de parremens en argent » (/(/.).
cuillers, 24 écuelles de terre, 12 couteaux et autant de ciseaux^
Les approvisionnements consistent en bois de chauffage et en chandelles destinées à l'éclairage. De plus, comme nous verrons, une mule blanche est achetée pour le transport des provisions. La plupart des objets qui composent ce mobilier proviennent de charités. On y ajoute une aumône de deux barriques de « vin vieil ». Avec ce qu'il contient de meubles, l'hôpital se trouve prêt à recevoir les indigents.
Le 16 août 1638, le bruit s'étant faussement répandu qu'il existait des maladies contagieuses dans l'établissement, il fut décidé qu'on réserverait pour ceux qui en seraient atteints deux chambres spéciales, l'une destinée aux hommes et l'autre aux femmes. Les personnes mariées, au nombre de 4 ou 5, en auront une pour elles seules. Les vieillards du sexe masculin coucheront deux par deux dans une grande salle, et les jeunes garçons trois par trois, dans une autre^ renfermant 23 ou 24 lits (1). Une troisième contiendra les femmes qui posséderont chacune un ht à part avec leurs enfants. Les vieilles femmes ou filles seront mises dans une quatrième et les jeunes filles, au nombre de 40, dans deux autres avec un lit pour trois.
Cette situation ne dure pas longtemps, car la municipalité n'abandonne point facilement ce qu'elle possède, même en faveur des pauvres. Le 26 avril 1663, le maire fait savoir aux échevins qu'il s'est entendu avec le président du Conseil de l'hôpital^général dont l'intention est d'acheter quelques maisons situées près des frères de la Charité pour y renfermer les pauvres. Il demande et obtient immé-
(1) Arch. Hôp.
diatement l'agrément de la municipalité (1). Les achats, les arrentements et les échanges commencent peu après et se poursuivent jusqu'à la fin du xvii® siècle. Tous les marchés ont trait à des terrains et à des maisons situés dans la rue des Naudins, qui va du quéroir au carrefour Milord, jusqu'à la porte de Rochereuil. Elles partent d'une impasse appelée alors ruette du Poizé, située près de ce carrefour, pour se terminer à celle des Gottets^ qui conduit au mouHn du même nom. Cette dernière séparera désormais les pauvres renfermés et les Charitains (2). Les acquisitions s'arrêtent à la Boivre, sur laquelle seront plus tard arrentés, puis achetés les moulins des Pinaguets et des Cottets.
Le 12 juin 1665, le maire fait observer au Conseil que les pauvres vont abandonner l'hôpital des champs et qu'il devient nécessaire d'inventorier le mobilier appartenant à la ville, dont ils ont eu la jouissance (3). Cependant, le déménagement complet n'a lieu que le 27 septembre suivant et deux échevins procèdent au récolement des objets prêtés.
L'état de lieu du nouvel hôpital nous est donné par une enquête faite le 18 juin 1677. Voici sa description telle qu'on la trouve dans ce document : « Situé à l'une des extrémités de la ville, du côté des Frères de la Charité, où les administrateurs ont arrenté, en 1660 et 1661, douze logis ou maisons, toutes se joignant, au milieu desquelles a esté faict une entrée quy conduict dans une grande cour de 100 pas au carré. A droite est la chapelle, le logement des chappelains, de l'éconosme et officiers. Dans laquelle
(1) Reg. dél. municip., n° 113, p. 170. En 16G0 et 1G61, des maisons avaientété déjà arrenLées par l'hospice général, l'une le 5 octobre 1060, à Mathurin Maury pêcheur, et l'autre à Claude Turquois, pour 100 1. (Arch. hôp.).— (2) Arch. IIôp. — (3) Reg. dél. mun., n" 115, p. 100 ; no 116, p. 03.
chapelle se célèbre tous les jours ki saincte messe et tous les autres sermons de l'église où tous les pauvres assistent quoyque séparés chascuns dans leurs appartemens, sçavoir : les hommes d'un coté, les femmes d'ung autre et les filles d-ung autre. Et ont chascuns leurs cours et autres cours nécessaires, avec les infirmeries, l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes et filles. Le logement du chirurgien et sa boutique oh sont les médicamens pour le soulagement desd. pauvres mallades. Dans tous lesquels appartemens il y a 130 lictz garnys avec tous les linceulx, chemises, nappes et serviettes nécessaires pour le soulagement desd. pauvres, ensemble les poisleryes, chaudières, marmitles, vaisselles et toutes choses de cette nature.
« Delaquelle grand 'cour, on entre dans un très grand jardin qui a 250 pas de large et 300 pas de longueur, duquel vous entrez dans un pré où il y a 4 à 5 chartées de foin à recueillir par an et deux fois l'année on coupe. Au bout duquel passe une rivière qui fait aller deux moulins à fouller le drap. Le tout, dans l'enclos dud. hôpital. Lequel jardin fournit tous les légumes, pour la cuisine, verjus, pois, febves, pommes, poires, prunes et autres fruicts et deux pipes de vin dans les voiliers qui sont tout autour du jardin (1). L'un des moulins à foulon est affermé 90 1. et l'autre frappé d'une rente foncière de 22 1., qui fait 112 1. à payer. »
Un tel hôpital, constitué par une quantité de maisons plus ou moins vieilles, ne peut être que provisoire. L'idée d'en construire un autre, émise le 22 décembre 1678 au cours d'une réunion tenue à l'évêché, prend corps au début de 1684. Le 20 mars de cette même année, l'Intendant du Poitou propose de faire mettre encore une fois (1) Arch. Hôp. et Arch. Vienne H* 18. '
les pauvres dans l'ancien établissement des pestiférés « jusqu'à ce qu'on aytbasty aud. hospital général un lieu capable de les contenir (1) ». Le Conseil municipal réserve d'abord sa réponse, mais comme il ne peut s'opposer à la demande formulée par ce haut personnage, il finit par donner un avis favorable.
La construction des nouveaux bâtiments ne commence que plus tard. Le 6 avril 1687, l'administration, après l'achat des matériaux nécessaires, passe marché avec André Martin, entrepreneur, qui doit édifier un corps de logis de 22 toises de long sur 3 de large, comportant trois étages de 10 pieds de haut sous poutre. Le tout sera terminé à la Saint-Luc, ce qui n'arriva point, par suite de circonstances imprévues, comme dut le constater le président du Bureau à la fin de l'année (2). Son achèvement eut lieu au début de 1688 et l'administration fut si satisfaite du travail qu'elle ordonna, le 3 mars de la même année, d'ajouter un nouveau corps de bâtiment à la suite du premier (3). Il fut achevé à la fin de 1668 et coûta 14.500 1.
(l)Reg. dél. mun., no 128, p. 93. — (2) On avait acheté un tombereau et un mulet pour faire les charrois (Arch. Hôp.). — (3) Arch. Hôp. Les deux corps de bâtiment furent longtemps séparés, totalement ou en partie, l'un de l'autre dans le but de laisser la place nécessaire à la construction d'une chapelle. Cet espoir ne se réalisa point et ils furent définitivement réunis par les soins de l'architecte Royer en 4889. Ils possèdent actuellement 92 m. 60 cm. de long sur la cour et 98 m. 15 cm. du côté du jardin. Au xviiie siècle, on y ajouta deux ailes. L'une adroite, donnant entièrement sur la cour, mais qui se prolongait, il y a quelques années, vers le jardin, a 48 m. 60 cm. de longueur extérieure parallèlement à l'ancien hôpital de la Charité et 40 m. 84 cm. pour la partie qui regarde la cour et la chapelle. Sa largeur est de 8 m. 40 cm. L'aile de gauche, restée encore intacte, est en potence sur le corps principal de l'établissement. La partie donnant du côté de la cour a 10 m. 90 cm.de long, sur 7 m. 40 cm. de large. Celle qui regarde le jardin, 10 m. de long avec une largeur de 3 m. 30 cm. Ces deux ailes sont un peu moins élevées que le reste, quoique possédant deux étages. Les murs du côté extérieur ont 0 m. 90 cm. d'épaisseur.
Pour le construire, il fallut démolir une partie des anciennes maisons, ce qui fit qu'on dut encore envoyer les pauvres à l'hôpital des pestiférés. Ils y allèrent à peu près tous, tant que dura cette seconde construction. Le 2 septembre 1688, le Bureau se décide à les faire rentrer dans le bâtiment neuf, avant la Saint-Martin et de réclamer à la ville le montant des améliorations faites à son immeuble, pendant le séjour des renfermés. De ce fait, il obtient 400 1. L'hôpital général renferme, en 1691 , une population de 300 individus couchés dans 150 lits.
Le Conseil se rassemble tous les vendredis d'abord et plus tard tous les jeudis. Il observe, selon l'habitude, le repos consacré par les vacances des vendanges en septembre et octobre, jusqu'au jeudi après la Toussaint. Cependant, ceux de ses membres qui, pour une cause quelconque, restent à Poitiers peuvent se réunir et valablement délibérer. En temps ordinaire, les administrateurs y assistent au nombre de 5 à S et même parfois de quatre, comme en 1691. Le 1*' et le 3' vendredi de chaque mois, l'on désigne par des billets qu'on leur remettes quinze délégués,chargés de faire les visites journalières.
En outre des intendants, le Bureau possède un secrétaire pris dans son sein. Il doit tenir le registre des délibérations, faire connaître les décisions prises, s'occuper des testaments, écrire les billets pour faire les quêtes, conserver précieusement les titres de propriétés, les jugements et les contrats de toute nature. Il a la garde du grand livre de l'aumône, renfermé dans l'armoire du Conseil avec les règle-
ments et les privilèges. Les autres registres dont la tenue lui est imposée comprennent : jl" l'état des revenus, legs et fondations ; 2° l'inventaire des titres ; 3° le relevé des charges et prières imposées aux pauvres par les bienfaiteurs ; 4° l'inventaire des meubles et ornements de l'église ; 5° la liste des officiers; 6° la liste des entrants, des sortants et des décédés; 7° quatre registres destinés à inscrire ce que font les quatre intendants ; 8° un état des procès en cours; 9° le livre des dépenses journalières de l'économat ; 10' le registre des châtiments et corrections imposés aux pauvres. Nous ignorons si le secrétaire, nommé pour un an et sans aucune rémunération, accomplit régulièrement une pareille tâche. Nous avons lieu d'en douter, car la plupart de ces registres, et même la totalité de certains, font défaut dans nos archives hospitalières.
L'avocat et le procureur doivent être choisis « entre ceux qui ont la meilleure réputation et qui sont versés et employés dans les affaires ». Chacun d'eux est chargé des instances, de dresser les clauses des contrats, de s'occuper des titres, de veiller aux testaments quand il en est parlé devant les tribunaux. Le procureur tient un registre spécial des affaires des pauvres qu'il doit produire chaque vendredi au Conseil. Il e§t assisté d'un huissier à gages qui, par an, gagne 60 1. en 1671, mais cette charge n'est que temporaire, tandis que les autres restent permanentes et gratuites jusqu'à la Révolution. Il est vrai qu'elles accordent à ceux qui les possèdent les mêmes privilèges qu'aux administrateurs.
Les officiers comprennent, au début^ le chapelain ou aumônier ainsi que l'économe payé 50 1. en 1691. Avec eux, il faut ajouter le chirurgien, les directrices, le maître
d'école, le boulanger, son garçon ot enfin les archers ou hailebardiers au nonibre de 2 ou de 4, selon les besoins. Ils sont habillés pour le prix de 58 l., y compris les souliers.
L'aumùnier doit tous les jours célébrer la messe et faire le catéchisme aux pauvres; veiller à ce que chacun d'eux apprenne ses prières, les dise deux fois dans la journée, entende la messe le matin et assiste au salut le soir; s'occuper des messes et services de fondation, faire réciter les prières pour les bienfaiteurs et le roi ; inventorier les ornements de la chapelle et enseigner là lecture ainsi que l'écriture aux renfermés en les prenant une heure avec lui au moment du travail. Il est logé, nourri et entretenu à l'hôpital, en récompense de ses services, mais le règlement néglige de parler de ses honoraires.
Cet emploi ne semble point avoir été fort recherché au début de l'hôpital général. Nécessairement, il fallut donner des appointements à ceux qui l'occupèrent (1). Le 20 septembre 1670, le nommé Donac, ayant succédé à Allery, reçoit 60 1. par an. Quelques années plus tard, le 7 mai 1675, le Bureau promet encore 60 1. et même 70 l. à Guigné pour qu'il le remplace. Bouchet est admis, le l®"" décembre 1672, moyennant 66 1. et une paire de souliers. La somme de 60 livres est allouée à Bobinet et à son successeur, après 1691 . Un seul de ces aumôniers fait preuve de générosité (2). Le 12 janvier 1680, l'abbé de la Coussaye consent à se charger de cette fonction, moyennant le logement et la nourriture, sans aucune autre rémunération.
Pour aider les pauvres à faire leur prière, il est décidé,
(1) A cette époque, on trouve comme aumôniers : Laplace (1668). — Allery (1670). — Donac (1670). — Bouchet (1672-1675). — Guignard (1675). — De la Coussaye (1679). — Bobinet (1690).— Guignard (1691). — (2) Arch. Hôp.
le 5 mai 1672, qu'il leur sera acheté 24 chapelets et 8 paires de « demyes heures ». Le 8 décembre 1681, une Vie des saints destinée aux lectures quotidiennes est fournie par Faulcon, libraire dans la salle du Palais, moyennant 7 1. 10 s.
En principe, les aumôniers sont tenus d'apprendre la lecture aux pauvres, mais en réalité il en est bien peu parmi eux qui veuillent se consacrer à cette œuvre charitable. Le premier instituteur connu à l'hôpital général est Loys Roquelet, qui instruit gratuitement les enfants, lors de son entrée en fonction. Le 18 juillet 1659, il réclame un salaire, puis, le 25 suivant, propose de leur montrer sa profession de sergetier, si l'on veut lui acheter un métier. Cette proposition est aussitôt acceptée et le métier mis à sa disposition.
Le 14 août 1670, c'est M. de Martonnet, pensionnaire de l'hôpital, qui veut bien faire la classe aux enfants. On lui donne la chambre destinée à cet usage et pareille pitance qu'à ses prédécesseurs. Le 2 juillet 1671, Mercier et Chambellan se disputent cette fonction. Après examen passé en présence de l'aumônier, le second est accepté. Il occupe peu de temps sa place, car, le 4 février 1672, c'est un moine, le frère Pierre, qui lui succède moyennant une nourriture semblable à celle des pauvres. Le 31 mars, soit deux mois après, Denis Costel, chargé d'apprendre à lire, écrire et prier Dieu, reçoit en plus deux chopines de vin et « de la viande honnestement, plus qu'un pauvre ». Le 30 juin, on lui accorde 20 s. par an. Le 14 juillet 1672, le domestique Jacquet, qui lui succède, est gratifié de 0 chemises et de 4 écus par année. Enfin, le 6 juin 1690, Jacques Tavernier, occupé depuis 33 ans à veiller à la manufacture, tout en
dirigeant aussi l'inslruction des enfants, obtient de rester à l'hôpital jusqu'à la fin de ses jours, d'être mis à la table des oftîciers et d'être servi comme eux.
Chose assez curieuse, cet enseignement, qui paraît plutôt médiocre, étant données les conditions dans lesquelles il a lieu, n'en attire cependant pas moins des enfants du dehors. Le 16 mars 1671, un porteur de chaises envoie son fils à l'hôpital, pendant deux mois, afin de le faire instruire. Le 28janvier 1672, Jean Tranchant, écuyer, seigneur du Plessis, y place, moyennant 20 l.par an, le jeune Chevalier pour qu'on lui apprenne à lire, à écrire et à prier Dieu. En réalité, au cours de sa première période, l'enseignement donné à l'hôpital par des maîtres plus ou moins capables^ et même par des domestiques, dut être plutôt insuffisant. Nombre d'entre eux ne firent que passer dans une fonction mal rétribuée et fort peu intéressante.
L'économe ou gardien occupe, dit le règlement, « la charge la plus importante de toutes, car c'est l'économe de qui dépend que l'ordre établi dans l'hôpital soit observé, puisque lui seul ala sous-intendance des quatre principales intendances ». Il doit être le premier levé, le dernier couché et faire observer les règles de la maison. 11 s'occupe de tout, aussi bien de la discipline que de la nourriture et de la dépense. 11 tient un registre des entrants et des passants étrangers, en indiquant l'heure à laquelle on leur donne la passade. Sa femme se charge spécialement des femmes et lui des hommes. La nourriture lui est accordée ainsi qu'à safamille, et, en 1659, ses gages se montent à 32 1. par an. Le premier qui occupe cette place se nomme Chapelain. En 1659, Proust lui succède, mais se retire à la fin de l'année, pour cause de maladie.
Les fonctions de l'économe sont trop importantes pour être confiées à une seule personne. Aussi ceux qui les occupent ne tardent-ils point à disparaître pour faire place aux gouvernantes qui, plus tard^ prennent ce même titre. A leur tête se trouve une directrice ou supérieure, chargée, en réalité,de diriger f hôpital. Toutes sont des femmes fort dévotes appartenant pour la plupart au Tiers-Ordre de saint François et se faisant appeler sœurs.
Elles se recrutent parmi les femmes de la noblesse ou de la bonne bourgeoisie désireuses de se consacrer au service des pauvres. En entrant, il leur faut d'abord payer une pension afin d'être admises à la table des officiers. Quoique généralement peu fortunées, elles arrivent presque toutes à verser chaque année les 50 1. qu'exige l'administration. Certaines donnent davantage, comme Françoise de Saulx d'Aubigny, qui, entrée en 1657, paye par an 120 1., et Geneviève Gendrault, 80 1. en 1679. Elles sont tenues d'apporter, lors de leur admission, un lit avec le mobilier complet d'une chambre (1), Cependant, Charlotte Delapierre fait exception. On la reçoit gratuitement le 6 février 1660, après qu'elle s'est engagée à enseigner la broderie, la lingerie,, la dentelle et autres ouvrages de femmes ou de jeunes filles.
(1) P. Rambaud, le Rôle des femmes au point de vue de rAssistance publique à Poitiers. (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 2« série.) — Parmi ces femmes dévouées nous citerons : Catherine Clievalier de Saulx, dame d'Aubigny (1657-1684) ; — Marie de la Porte, veuve de François Dumontier, éc, s'' de la Gagnerie (1667-1659) ; — Marie Girard (1659) ; — Isabelle Delousche (1660); — Vincende Carcaud,qui abandonne une borderie à Jaulnay pour sa nourriture (1672-1679); — Marie Valençon (1679); — Geneviève Gendrault (1679); — Mme Chaude (1671);— Charlotte Lapacience (1678) ; — Catherine Hourceau de la Touche (1668-1708); — Catherine-Tliérèse BourceaudelaTouche(1680-1725) etsessœursJeanne (1680-1722), Suzanne (1695-1715), Marie (1695). (Arch . IIôp.).
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Sous leurs ordres, viennent se ranger des servantes dont les gages sont de 20 1., des domestiques parmi lesquels il en est un qui sert gratuitement, un boulanger payé 45 1. et son garçon 15 1. avec son entretien et le droit d'être reçu à la maîtrise sans rien débourser. En outre du portier, nous retrouvons encore les chasse-coquins ou hallebardiers. Le 20 juillet 1659, plainte est portée contre ces derniers qui « ne vaquent pas avec fidélité et diligence à chasser les étrangers». Le 4 juin 1660, deux d'entr'eux s'étant battus, une enquête fait savoir qu'ils oht l'habitude « de tirer de l'argent des gueux, passans et mendians, sans ne rien dire {!)». En 1670, on ne veut plus les payer et chaque fois qu'ils sont trouvés en faute, leurs appointements sont suspendus. Malgré de nombreux changements, il se présente toujours de nouveaux candidats pour obtenir cette place. Elle est payée de 4 à 5 l. par mois en 1690, avec le droit de toucher du pain, du vin et des sabots à 3 s. la paire. L'année suivante^ les appointements de ces employés tombent à 3 1. 10 s. En réalité, ils se trouvent dans les mêmes conditions, ou à peu près, que leurs collègues de la Dominicale (2). Comme eux, ils finissent par être utilisés seulement au service intérieur de la maison.
Au début de l'installation de l'hôpital général, il fut décidé avec la communauté des chirurgiens, que deux d'entre eux y seraient de service pendant un mois et ensuite remplacés par deux autres à lourde rôle. En 1659, au cours d'une épidémie de rougeole qui atteignit les enfants, les admi- "nistrateurs se plaignirent de leur négligence et acceptèrent les propositions de Thévenet, l'un d'eux, qui offrait de se
(1) Arch. Hôp. — (2) Reg. dél. mua., no 116, p. 162.
charger seul de les soigner. I! n'y resta que peu de temps et l'on revint aux anciennes traditions.
Le 6 février 1660, un compagnon se présente pour remplir les fonctions de chirurgien, à condition d'être reçu à la maîtrise. Il n'est pas accepté. Le 19 mars suivant et le 3 mai 1667, on prie ceux qui sont de service de vouloir bien être plus réguliers, sous peine d'être remplacés. C'est ce qui a lieu, mais seulement le 13 novembre 1670, et Benjamin Mériaudeau de Grandville est accepté comme compagnon gagnant maîtrise (1). On lui accorde simplement son logement près de l'hôpital, à condition de fournir les drogues nécessaires aux malades, ce qu'il ne fait, du reste, que très incomplètement. Il est autorisé, en outre, à soigner les malades de la ville, et, à l'occasion, à se déplacer pour aller les voir à la campagne, sous condition toutefois de prendre un remplaçant.
Grandville occupe cette charge pendant 6 ans. Le !«■■ juillet 1677, on lui donne un certificat fort élogieux pour lui permettre d'être reçu à la maîtrise (2). Deux ans après
(1) Arch. Hôp. Cette nomination d'un compagnon gagnant maîtrise, acceptée jusque-là uniquement en temps de peste, fut fort mal vue des chirurgiens et des apothicaires qui menacèrent et insultèrent Grandville, ce qui occasionna une information de la part du Lieutenant général. Mériaudeau était fils de Claude Mériaudeau, éc, s'" des Costaux, et de Françoise Angevin. (Min. Royer jeune, 1687.) — Le 22 juin, l'infirrnerie reçoit du séné, du cristal minéral, etc. Le 16 juin 1676, on lui achète a 3 onces de tiriacq et 3 onces de confection dejacinte ». — (2) Ce certificat est aussi établi : « Nous soubzsignés administrateurs de l'Hospital général des pauvres enfermés, de cette ville de Poitiers, certiffions à tous ceux qu'il appartiendraque M. Benjamin Mériaudeau, sr de Grandville, en qualité de chirurgien à toujours très bien servy el sans reproche les pauvres dud. lieu, avecq assiduilté, pendant six ans et demy. Cette véritté est tirée du papier scribat d'icelle, par lequel il paroist de la réception et entrée dud. s"" Grandville aud. hospital qui feust le 13 novembre 1670. Pendant tout ce temps, Ton n'a jamais donné aucuns gages ny recompenses de plusieurs médicamens qu'il a fournis aud. hospital, ce qui faict que led. Grandville, a faict quel-
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son départ, le 16 juin 1679, le Bureau autorise les chirurgiens de la ville à envoyer un des leurs soigner les pauvres pendant deux mois, en attendant qu'ils présentent un nouveau compagnon suffisamment capable d'assurer le service, conformément aux lettres patentes de 1675.
Les maîtres ne mettent aucun empressement à faire le choix demandé, et les choses restent dans le même état jusqu'en 1698.
Pour parer aux inconvénients susceptibles de se produire en conservant à l'hôpital des malades gravement atteints, l'administration s'entend, le 4 avril 1684, avec la Dominicale, en présence de l'évêque et de l'Intendant. L'on se décide à réserver à l'Hôtel-Dieu quatre lits pour recevoir spécialement les hommes et autant pour les femmes (1). Leur admission sera gratuite et faite sur simples billets délivrés par le maire après visite du chirurgien.
Tel est le personnel chargé de diriger la nouvelle institution. Les avocats, trésoriers et secrétaires jouissent, grâce aux lettres patentes de 1675, des même privilèges que les administrateurs. Les économes disparaissent et sont remplacés par une supérieure qui dirige les services à l'aide de gouvernantes ou directrices. Les aumôniers qui doivent apprendre à lire et à écrire aux pauvres, et surtout aux enfants, abandonnent ce soin à d'autres personnes dont quelques-unes ne paraissent point désignées pour un tel
ques despances au service desd. pauvres, à cause de l'affection qu'il leur a porté continuellement jusqu'à huy. Si bien que nous pouvons attester avec juste raison, qu'il n'emporte pour toute récompense que la seule vertu d'avoir acquis par son esprit une parfaite expérience, suffisance et capacité par les fréquentes hopéralions qu'il a faictes à l'hospital général. En conséquence, luy avons donné le présent certifficat, etc. » (Arch. Hôp.) (ij Min. Cailler.
emploi. Comme d'habilude, les chirurgiens mettent peu d'empressement à prodiguer gratuitement leurs services aux indigents. 11 faut les menacer des compagnons gagnant maîtrise pour les amener à remplir ce devoir d'humanité. Bref, à côté d'un réel dévouemenl de la part des administrateurs de passage, des gouvernantes et de certains employés, le reste du personnel paraît plutôt flottant et sans attachement sérieux au service de la maison.