CHAPITRE VII
Les débuts de l'hôpital général et son budget (1657-1696)
Aussitôt son ouverture, l'hôpital compte, à la fin de septembre, une population qui varie de 80 à 100 pauvres. Cette population augmente pendant l'hiver et atteint le chiffre de 180. Pourtant, les professionnels de la mendicité, auxquels se joignent les gens de Poitiers qui les logent, ne voient point d'un bon œil cet établissement nouveau. Le 13 septembre 1637, un des échevins fait connaître les plaintes des archers « empeschez par les habitans, même avec menaces, de renfermer les mendiants (1) » . Une plainte semblable a lieu, le 19 novembre 1659, et le coupable, après avoir été mis en prison, se trouvant dans l'impossibilité de payer l'amende encourue, est d'abord réprimandé, puis chassé de la ville (2). Des visites sont faites dans les maisons servant àloger les vagabonds. La paille qu'elles contiennent est brûlée dans la rue et les meubles saisis, comme le prescrivent les ordonnances municipales.
Au début de l'hiver de 1659, les gueux prétendent qu'il n'y a pas de place pour eux à l'hôpital et, sous ce prétexte, continuent à tendre la main aux passants. L'hiver de 1660 amène une quantité de paysans des paroisses voisines « qui séjournent dans la ville et y mendient publiquement, ce qui
(1) Ileg. <lf-l. mun., n<» 108, p. 91.— [2) ld.,n<' JIO, p. 93.
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donne licence à ceux de Poitiers de choisir plutôt la gueuserie et mendicité ordinaire, comme cy-devant, que d'entrer à l'hospital (1) ». Le résultat de cet encombrement est que les habitants refusent de donner l'aumône aux renfermés.
Pourtant, malgrél'opposition faite, en 1662, par quelques personnes intéressées, la chasse aux mendiants semble se pratiquer assez sérieusement. L'un d'eux est fustigé dans la cour de l'hôpital. L'année suivante, un homme et une femme de Poitiers sont mis en prison. En 1673, pour rendre les recherches plus efficaces, deux administrateurs accompagnent les archers. Enfin, les lettres patentes de 1675 donnent au Bureau tout pouvoir pour la répression de la mendicité.
Le 5 mai 1687, il est ordonné d'arrêter les mendiants et de les conduire dans les prisons royales pour y être châtiés. Le 22 janvier de l'année suivante, on prescrit d'installer à l'hôpital deux prisons, l'une pour les hommes et l'autre pour lesfemmes.Les hallebardiers, qui jusque-là n'ont point accompli leur devoir, seront privés de vin tant que la ville contiendra des gens sans aveu et des vagabonds.
Les admissions à l'hôpital n'ont lieu, tout d'abord, que par ordre du Bureau, c'est-à-dire tous les vendredis. Quelques années plus tard, ce soin est conflé aux intendants qui s'en réfèrent aux certificats déhvrés par les curés. Ces derniers abusent parfois d'une telle latitude pour y introduire des étrangers contrairement aux prescriptions du règlement. En principe, il faut être de Poitiers, et même, pour s'en assurer, surtout quand il s'agit d'admettre des enfants, un acte de baptême est toujours exigé.
La population indigente secourue par l'hôpital est la
(1) Aicli. IIÙp.
même que celle inscrite au rôle de la Dominicale. Au début, se manifeste une certaine confusion entre ces deux institutions, car la nouvelle, à l'exemple de l'autre, donne également des secours à domicile. Aussi des pauvres se font-ils inscrire souvent aux deux.
On accorde aux indigents des aumônes en nature ou en argent. Il est donné du pain, en 1670, à Antoine Lamoureux et retranché 7 miches à une pauvre fille de la paroisse de Saint-Michel. Le 2 janvier 1691, un enfant reçoit 101. par semaine pendant un mois, et, le 26 suivant, une femme âgée de 70 à 80 ans, 21 1. pendant 3 semaines, à condition qu'elle ne se livre plus à la mendicité. Nous verrons cet usage, assez commun au début, cesser au siècle suivant.
Les admissions temporaires ou perpétuelles à l'hôpital ont lieu toute l'année, sauf pendant les vacances. Elles se font, comme nous avons dit, sur les propositions émanant des intendants ou du clergé. Quand un indigent désire passer la fin de ses jours dans la maison, il lui faut se soumettre à un examen médical constatant qu'il n'a aucune maladie contagieuse et prouver, en outre, que, depuis plusieurs années, son domicile habituel est à Poitiers. Tous ses meubles doivent entrer avec lui dans l'établissement, après qu'il a fourni la preuve bien constatée de sa pauvreté et de celle de sa famille. En général, cette catégorie de renfermés se compose surtout de vieillards qui, sans être atteints d'affections pouvant les rendre incapables de tout travail, n'en restent pas moins dans l'impossibilité de gagner leur vie.
Les réceptions provisoires sont celles qui dominent au début de la nouvelle institution. Elles comprennent naturellement les mêmes indigents que nous avons trouvés inscrits
àla Dominicale. Cesonttoujours des hommes oudesfemmes chargés d'enfants en bas âge, à la nourriture desquels i's ne peuvent subvenir (1). Les orphelins ou semi-orphelins y sont admis de droit avec les enfants abandonnés qui, à sept ans, cessent de faire partie de la Dominicale. Tous sont instruits et apprennent à travailler en attendant qu'ils soient capables de se suffire à eux-mêmes. Ceux que l'on reçoit dès le premier âge doivent être accompagnés de leurs parents. Ces derniers se voient soumis au travail comme les autres pauvres (2). Le 8 août 1675, plusieurs sont acceptés de la sorte et, parmi eux, l'horloger Rigommier avec sa femme et ses quatre enfants. Au nombre des admissions temporaires, figurent lesfemmes enceintes sur le point d'accoucher. Le 9 mars 1672, l'une d'elles reçoit du pain blanc tous les jours et le loyer de sa chambre luiest payé (3). Des secours sont dans le même cas distribués à domicile. Ils se composent de 3 1. de pain par mois avec le logement payé pendant un trimestre. Si la nouvelle accouchée ne peut allaiter son enfant, celui-ci est confié aux soins d'une nourrice en attendant qu'elle soit rétablie.
Enfin, l'établissement accepte des pensionnaires qui s'y mettent en viager ou lui abandonnent en entrant tout ou partie de leur fortune. Nous trouvons, en 1690, la dame Delaveau, qui donne 150 1, par an pour elle et 1001. pour Thérèse Letard, sa femme de chambre. De vieux prêtres viennent y terminer leurs jours. Ils payent de 80 à 100 1.
(1) Arch. IIôp. En J6o9, avant d'accepter une femme mariée, accompagnée de ses enfants, le consentement du mari est exigé. Les enfants qui, avant l'âge de 3 ans, perdent leurs parents, tombent à la charge de la Dominicale. — (2) Le l""" août 1659, un bâtard est admis, mais comme le père est mort, ses héritiers reçoivent l'ordre de donner quelque chose pour l'enfant sous peine d'être poursuivis. — (3) Arch. Hôp.
par année. Tous ont droit à la table des officiers, qui comporte l'usage du pain blanc et de la viande à tous les repas.
Pour être admis à l'hôpital il faut posséder des mœurs irréprochables. Les malheureuses accusées d'avoir eu des enfants naturels sont impitoyablement refusées. Le 20 février 1660, Marie Martin, accouchée depuis huit jours, est considérée, après enquête, comme une fille prostituée capable, en cas d'admission, de débaucher ses compagnes. On lui refuse l'entrée de la maison en l'engageant à s'adresser à la Dominicale. 11 en est de même, le 9 avril suivant, de Perrine Rocher, qui se dit avoir été abusée et, plus tard, de la femme Bonniot (1). Toutes sont invitées à se pourvoir en recherche de la paternité devant le juge de police.
Les individus atteints d'affections supposées contagieuses se voient impitoyablement renvoyés. Des visites spéciales sont prescrites de temps en temps pour les rechercher. Le 12 novembre 1671, le chirurgien reçoit l'ordre d'examiner tous les pauvres soit à l'infirmerie, soit au dehors. Il signalera ceux qui devront être mis au pain blanc et ceux qu'on ne pourra conserver comme atteints de maladies susceptibles de se communiquer. Le 23 septembre 1673, toutes les semaines il est tenu d'accomplir une semblable visite. En général, il s'agit surtout pour lui de rechercher les écrouelles, la teigne et la grosse vérole.
Au début de la nouvelle institution, le Bureau ne reçoit pas les gens qui ont des écrouelles, mais il leur accorde un peu de pain blanc tous les jours. C'est ainsi que, le 4 juillet 1639, Thénette Courtois et sa fille en reçoivent 10 l. par semaine. La fille Delalande, acceptée le 6 février 1660, est renvoyée, le 30 mars, à cause de celte affection. Cepen-
(1^ Arch. Hôp.
4r,6 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
dant, le sort de ces malheureux semble quelque peu apitoyer la municipalité. Le 20 juillet 1669, l'échevin René Dupont, ayant fait observer qu'à l'hôpital général se trouvent 12 ou 13 pauvres atteints de maladies de ce genre, qu'on désire mettre à part des autres, propose de les envoyer à l'hôpital des pestiférés en compagnie d'une femme chargée de les soigner au compte, du moins pour une partie, de la Dominicale. Cette proposition est acceptée, et deux chambres leur sont réservées. Par malheur, il ne semble pas qu'on ait donné suite à cette décision pendant les années suivantes.
Le 13 février 1660, les teigneux sont expulsés, mais ils reviennent plus tard, le 17 mars 1672. A la suite d'une visite faite par le chirurgien, le Bureau décide qu'on lui remettra 30 s. afin d'acheter des onguents destinés à guérir un enfant atteint de ce mal, tout en lui enjoignant de l'isoler. Après le départ de Grandville, ce sont les domestiques qui soignent les teigneux. En 1683, l'hôpital en contient 9 en traitement.
La grosse vérole entraîne invariablement le renvoi de ceux qui en sont atteints. Le 20 février 1660, Pasquier et sa femme se voient, pour cette cause, brutalement chassés. En 1675, un savetier et sa famille doivent également sortir pour la même raison, mais, par pitié, on leur accorde 3 l. de pain par jour.
Des renvois peuvent être prononcés pour divers motifs. Tout d'abord, quand les indigents sont reconnus capables de gagner leur vie. Quand ils se comportent habituellement mal, on les expulse temporairement ou d'une façon définitive. Certains préfèrent se sauver sans attendre cette puni-
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tion. Le 6 août 1672, deux renfermés s'échappent après avoir percé un trou dans la muraille. Le 18 février suivant, deux femmes s'évadent en sautant par-dessus un mur, avec l'aide d'une servante. Cette dernière est pour cela condamnée au carcan pendant 12 heures et au pain sec les 8 jours suivants. La privation de viande, le carcan et la prison sont les punitions habituelles données à ceux qui violent le règlement.
Toute permission de sortir doit être accordée d'abord par l'administration, plus tard, par un intendant, et en dernier lieu par la directrice ou l'économe. Ceux qui sortent autrement courent les risques de n'être plus repris, comme il arrive à Montigny, le 20 mai 1671. Ces permissions sont d'une durée plus ou moins longue. Le 3 septembre 1667, Jacquette Bonnin est autorisée à aller garder chez elle ses petits frères et ses petites sœurs, tant que sa mère sera en journée. Seulement, en rentrant, elle devra rendre compte de son travail.
En plus des secours destinés aux pauvres de la ville, il est d'usage, au début de l'hôpital, d'accorder des aumônes aux passants. Les pèlerins, comme les autres étrangers, reçoivent un sou marqué et un pain. Pendant les 6 premiers mois de son installation, cette distribution comporte en moyenne 16 pains et 16 s. par jour. Le 8 août 1659, les administrateurs se plaignent de la recrudescence des mendiants. Ils l'attribuent au passage du roi et de la cour, et déclarent que la quantité de pain distribuée est égale à celle qui est nécessaire aux renfermés. Des gens de la ville se joignent à eux et reçoivent induement des secours. Aussi, l'ordre est-il donné au boulanger de ne mettre désormais que 30 pains par jour à la disposition du receveur.
Les vêtements des pauvres sont faits de serge grise. Chacun d'eux revient pour les hommes à 10 1. et à 6 i. pour les jeunes garçons. Ceux des femmes et des jeunes filles atteignent 6 l. Tous doivent durer deux ans. Chaque année, les hospitalisés ont droit à 2 chemises valant 20 s. pièce et à une paire de bas de 25 s. pour les hommes et de 12 s. pour les femmes, filles et garçons. Les chaussures comprennent 4 paires de sabots par personne, au prix de 2 s. 6 d. la paire.
En outre de ce vêtement, dont la couleur restait commune à tous, les hommes désignés pour assister aux enterrements devaientrevêtir un costume bleu. Enfin, pour l'été, tous étaient habillés de toile blanche.
Au début de l'hôpital, la nourriture semble y avoir été assez confortable. Du 8 septembre 1657 au 29 suivant, il est acheté 3841. debœuf et 121 1. de mouton (1). C'est, avec un peu de lard ou de graisse, le régime que l'on suit les jours gras. Pendant les autres, il est servi aux repas des « naveaux », des fèvesgrises etblanches,des oignons, deschoux, des pois, de la morue, des sardines à 24 s le cent, des harengs et du fromage de forme. Les légumes n'ont comme assaisonnement que du sel et un peu d'huile de noix au prix de 10 à 15 s. le pot. Pendant six mois, il n'entre dans la maison que 6 l. de beurre à raison de 10 s. la livre. Le pain bis est fourni à cette époque par un boulanger auquel on remet la farine pour le fabriquer. Il est du poids de 16 L, mais on le coupe pour le distribuer en morceaux d'une livre et demie.
Ce régime ne continue point, faute de ressources suffisan-
(1) On se plaignait souvent de trouver beaucoup d'os dans la viande (Arch. H op.).
tes. La viande, même payée nu prix de celle vendue à l'Hôtel-Dieu, devient trop coûteuse. Le 26 mars 1676, l'on décide : « Attendu la nécessité, que les pauvres n'auront plus que trois fois la semaine de la viande, sçavoir, le dimanche, le mardy et le jeudy, et par chacun de ces jours 60 1. non comprise celle des officiers ». Le 13 décembre 1677, il faut se borner à n'en servir qu'une fois par semaine, le jeudi, maisles malades en reçoiventd'une façon permanente. Cependant.cette mesure générale subit des exceptions. C'est ainsi qu'il en est donné aux quatre grandes fêtes annuelles et au mardi-gras. Quant au pain, comme on le gaspille, les pauvres doivent, en 1 672, se mettre en rang pour le recevoir. En 1673, les ressources de lamaison étant devenues par trop insuffisantes, on le retranche aux huit pauvres de l'extérieur qui en sont encore pourvus.
Les vieillards, les malades et les officiers reçoivent seuls du vin(i). Ces derniers, comme les pensionnaires, ont particulièrement droit au beurre pour la préparation de leurs aliments, de même qu'aux poissons et aux œufs frais, les jours maigres. Les prunes sèches, dont il faut 30 boisseaux à 20 s. pièce, vers 1691, sont réservées aux malades. Tel est, en résumé, le régime que suivent les renfermés et le personnel de l'hôpital, au point de vue de la nourriture, entre 1657 et 1696.
Les jeunes garçons et les jeunes tilles, aussitôt qu'ils ont làge voulu, c'est-à-dire entre 11 à 13 ans, sont mis en situation de gagner leur vie^ soit en débutant comme apprentis, soit en allant comme domestiques servir des maîtres. En
(1) Le 30 mai 1674, les officiers reçoivent la permission de manger à l'heure qu'ils voudront, mais on indique 11 heures pour le matin et 6 heures et demie pour le soir (W.).
général, l'apprentissage est peu coûteux pour l'administration. De 1657 à 1660, les passementiers de la ville prennent des enfants à titre gratuit, sous condition de les garder 4 années. L'hôpital doit leur fournir des habits, du linge et leur donner 6 l. par an pour l'achat des chaussures et d'un chapeau (1). Le Bureau a soin de s'informer à l'avance du nom de ceux qui veulent en accepter et de s'enquérir s'ils sont « de bonnes vie et mœurs et ont du bien pour cet effet» . Il pense, avec raison^ que la misère est mauvaise conseillère et que les pauvres apprentis peuvent avoir à en soufrir encore plus que leurs patrons.
Des discussions s'élèvent parfois pendant la durée de l'apprentissage, et des plaintes sont portées départ et d'autre à l'administration. Le 8août 1660, l'apprenti placéchez Dousselain, tisserand, accuse son maître de le maltraiter avant de le renvoyer le soir coucher à l'hôpital. Le maître répond qu'au lieu de conserverie pain qui lui est donné chaquematin il s'absente pour le porter à sa mère. Cette absence, causée par l'amour filial, paraît excusable et la paix est facilement rétablie. Le Bureau ne se montre pas toujours aussi compatissant, comme il arriva le 14 mai 1660. L'intendant des mœurs et manufactures vient dire au Conseil que « la plupart des jeunes garçons et jeunes filles des renfermés, pour lesquels on trouve condition, soit pour servir en ville ou ailleurs, soit pour mettre en apprentissage, se rendent insupportables aux maîtres et maîtresses chez lesquels on les met et si peu serviables que on ne les y peut souffrir, ce qui arrive
(1) Min. Bourbeau, 9, 18 octobre et 17 septembre 1660. — Le 8 septembre 1659, Jehan Delorge reçoit 2 chemises, un habit et 6 1. à son entrée en apprentissage. (Min. Marchand.) — Le 2.3 novembre 1673, le tailleur Verdelet en prend un pour 5 ans, mais le nourrira et entretiendra gratuitement. (Arch. Hùp.).
par la facilité qu'ils trouvent d'entrer à Thospital, sans chastiment, où ils ont leur vie gagnée, sans rien faire bien souvent ». On ordonne immédiatement de ne les recevoir qu'après enquête et en connaissance de cause. Si l'on juge qu'ils peuvent y retourner, leur rentrée n'aura lieu qu'après avoir subi la peine du fouet que l'économe fera donner aux garçons et la gouvernante aux filles. Ils devront, en outre, observer le jeune et l'abstinence, au pain et àl'eau^ pendant huit, quinze ou trente jours, selon les cas. Cette décision resta désormais affichée à la porte d'entrée.
Les filles sont placées en condition, entre 10 et 14 ans. Elles doivent rester chez leurs maîtres, sans aucun espoir de retournera l'hôpital . Une délibération du 29 janvier 1671 le dit expressément. Toutefois, cette mesure n'est pas appliquée à l'égard de celles qui sont incapables de servir pour gagner leur vie.
Les pauvres obtiennent la permission d'aller travailler temporairement au dehors. En i675, plusieurs d'entre eux s'en vont à la campagne faire les moissons pendant deux mois.
Il en estde même pour les vendanges, mais à la demande de la directrice, cette autorisation leur est retirée le 8 septembre 1674. Les femmes peuvent parfois la faire des journées en ville. Ces absences répétées étant devenues nuisibles à la discipline, le Bureau les tolère difficilement d'abord, puis en arrive ensuite à les interdire.
En vertu du règlement, les pauvres sont tenus de travailler, selon leur force, à l'intérieur de la maison. Le but de l'administration est de leur donner, ainsi qu'aux enfants, l'habitude du travail, tout en procurant par ce moyen quelques ressources à l'hôpital. Les femmes et les filles filent de la
laine, du chanvre ou du lin, pendant que des compagnons bonnetiers ou tisserands enseignent aux hommes le métier qu'ils pratiquent. Le 6 février 1660, Marie Delapierre vient apprendre aux premières à coudre, broder, faire différents ouvrages, et particulièrement à servir les demoiselles (1). Elle se contente de la nourriture, du logement et d'un léger profit sur ce que gagnent ses élèves.
L'Intendant des mœurs et des manufactures est chargé de la haute surveillance du personneLavec,sous ses ordres, une directrice spéciale. En 1674, M'i^ Valençon dirige les petites filles, qui sont au nombre de 17. En 1676, il est dit dans un état de la maison : « La manufacture par chacun an dans l'hospital, pour le revenant bon dud hospital, tant pour la façon des bas de laine quy sy font par les hommes, garsons, femmes, filles que la fîllure de laine, lin, chanvre et grosserie et couture et façon d'habits de femmes qui sy font par chacun an, le fort portant le faible, se monte à 5001. (2). » Les jeunes filles, comme les jeunes garçons, abandonnent les trois quarts de ce qu'ils gagnent à l'établissement. Le reste doit servir à leur entretien. Il en est ainsi pour les hommes et les femmes, mais ils en touchent la moitié au lieu du quart.
Les résultats financiers du travail des pauvres paraissent peu importants. Les enfants employés de 7 à 12 ans sont trop jeunes et trop peu expérimentés. Les grandes personnes, souvent fort âgées, impotentes et habituées à la
(1) Le 20 février 1660, on fait des quêtes chez les marchands pour leur demander «quelques toilettes vertes, afin de couper des petits carreaux pour faire travailler les filles à la dentelle et autres ouvrages ». (Arch. Hôp.) — (2) Id. Le 28 mai 1660, un particulier offre d'occuper toute l'année les indigents, mais demande une avance de I.ÎJOO 1. pour lui permettre d'acheter de la laine, du fil et autres marchandises nécessaires. Il n'obtient pas de réponse.
mendicité plutôt qu'au travail, se montrent surtout disposées au repos et à la paresse.
Les mois d'octobre et de novembre 167!, laissent chacun un bénéfice moyen de 22 1. 5 s. Les filles produisent pendant le l^"^ trimestre de 1681 , la somme de 71 1. 11 s. 6 d.et celle de 88 1. 3 s. pour toute l'année 1682. Du 5 novembre 1680 au 20 mai 1681, les garçons fabriquent 560 paires de bas à 3 s. la paire. En réalité, c'est à peine si l'administration parvient à encaisser les 500 1. par an, dont il est parlé en 1676.
Les matières premières, lin, laine et chanvre, sont apprêtées en dehors par un filtoupier ou écardeur et une fois ouvragées, vendues à des particuliers. La bonneterie est, à cette époque, achetée par les marchands de la ville. La plupart ne se montrant point excellents payeurs, l'administration décide, le 22 avril 1689, qu'on les obligera à régler ce qu'ils doivent tous les trois mois, sans quoi, aucun travail ne sera fait pour le compte des retardataires.
L'hôpital des pauvres renfermés est établi, à ses débuts, sur une base bien peu solide, celle de la charité publique, et, comme jadis sa sœur aînée la Dominicale, ne tarde point à éprouver de nombreux déboires. Six mois après son installation, la bonne volonté des habitants s'est déjà bien refroidie, comme nous le fait connaître le pressant appel qu'on leur adresse le 12 mars 1658. « On espère que les troncs des églises, les boetes particulières des maisons publiques, les quêtes que les dames font es paroisses, offrant le pain bénit, les aumônes ordonnées par les confesseurs ou pour pénitence, ou pour restitution, les legs pieux des personnes mourantes, les amandes appliquées par les juges, lé convoy et assistance d'un certain nombre de pau-
vres aux enterrements et l'aumône que les personnes de condition devront faire à l'hôpital, au lieu des générales lors du décès de leurs parents feront un fonds considérable pour les pauvres et il est vrai qu'ils en ont ressenti quelques effets, mais ils ne correspondent pas à leur espérance et à leur besoin. »
Chaque renfermé coûte, de nourriture et de d'entretien, 3 ou 4 s. par jour, et comme il y en a 180, il faut trouver, en moyenne^ 15.0001. chaque année. Les quêtes à domicile pour l'entrée et l'ameublement des pauvres n'ont pas donné 5.000 l. et les contributions volontaires annuelles ne vont pas jusqu'à cette somme. Les uns les paient mal et les autres les diminuent. Les riches ne distribuent plus, comme autrefois, du pain, des draps gris et de l'argent, lors du décès de leurs proches. Personne ne veut consentir à être imposé d'une taxe fixe annuelle. Les troncs rapportent peu. En janvier 1658, il en a été retiré 90 l. en petite monnaie, ce qui indique des aumônes provenant de gens peu fortunés. Les pauvres sont oubliés depuis qu'on ne les voit plus, car, chose curieuse, l'établissement peut à peine actuellement se maintenir dans une ville qui nourrissait avant plus de 1.000 à 1.200 mendiants, libertins et vagabonds.
Cet appel n'est point écouté et les quêtes rapportent de moins en moins. Le 31 octobre 1659, les archers, en ramassant les reliefs du couvent des Jacobins, avec l'âne de l'hôpital^ sont molestés par les mendiants, qui brisent les cotterets. Le 2 janvier 1660, l'un d'eux déclare « que la plupart des maisons religieuses qui donnaient leurs restes refusent de continuer, sous prétexte qu'elles sont accablées de pauvres qui se présentent à leur porte ». Les enterre-
menls constituent un maigre apport, car, sauf quelques personnes riches, peu de gens y appellent les renfermés (1). Pourtant, s'établit à celte époque l'usage de faire célébrer une messe à l'hôpital, pour chaque personne qui lui laisse à son décès entre 50 à 100 l.
11 faut reconnaître que certaines communautés religieuses montrent plus de générosité que d'autres. Sainte-Croix envoie aux pauvres 7 pains par semaine; mais, à partir de 1660, ce nombre est réduit à 5. Les Jésuites leur distribuent chaque année, soil du vin, soit du méteil, jusqu'en 1678. L'abbé de Nouaillé promet de verser 300 1. par an, à partir de 1660, mais ne larde point à oublier sa promesse. Les dames de la Trinité, après avoir donné comme aumône, toutes les semaines, quatre grands pains, puis trois, cessent en 1675. En réalité, les couvents abandonnent difficilement l'habitude de faire la charité à leurs portes. Au début de 1670, les administrateurs prient le lieutenant général de les inviter à ne plus continuer. Le 24 février, ils se décident à écrire directement, pour ce même motif^ aux Minimes, Jacobins, Augustins, Cordeliers, Carmélites, aux filles de saint François, de Notre-Dame du Calvaire, de sainte Catherine et de la Visitation, aux abbayes de Saint- Cyprien, Sainte-Croix, de la Trinité et de la Celle. Toutes ces démarches restent sans résultat.
Il est cependant une aumône faite régulièrement par les chapitres et les maisons religieuses aux pauvres renfermés
(1) Le 26 juin 1659, les enfants de l'échevin Mayaud donnent 150 l. pour avoir demandé 13 pauvres. En outre, à chacun d'eux, une aune et demie de drap de bure grise. Le H juillet suivant, pour l'enterrement de la femme de Rigommier, 50 1. Le 3 octobre, pour celui de Daguin, 50 1. plus 4 1. à « chacun des quatre porteurs ». Le 27 février 1662, le médecin Pierre Fouqueteau les gratifie, pour la même cause, de 13 septiers (ou 32 boisseaux) de blé (Arcli. Hôp.).
pendant le carême, et surtout le jour du vendredi saint. Ceux d'entre eux qui doiventreprésenter les apôtres, lors du lavement des pieds, reçoivent depuis 15 s. jusqu'à 10 ou 12 1., mais jamais davantage.
Les quêtes faites chez les habitants ont lieu tous les trois mois. Pour cela, le Bureau désigne dans chaque paroisse, deux notables qui, accompagnés du curé et d'un administrateur, vont de maison en maison solliciter les aumônes Gomme nous l'avons déjà dit, ils n'obtiennent qu'un maigre résultat.
Aussi, le 17 octobre 1659, se décide-t-on à ordonner des collectes pour la Toussaint, « car, les charités de la plupart des habitans se refroidissent soubz prétexte qu'il y a quantité de pauvres par les rues et plusieurs personnes qui leur donnent publiquement ». Les protestants se plaignent également, de leur côté, d'être accablés de mendiants les jours de prêche.
Les habitants, pour ne rien donner à l'hôpital, invoquent l'obligation dans laquelle ils se trouvent de faire directement la charité aux portes. Le 21 novembre 1659, l'intendant des quêtes est fort mal reçu par l'avocat Jussant, qui lui refuse son aumône, « quasi avec injure ». En 1676, les collectes trimestrielles atteignent en moyenne 800 l. par an. Celle de la semaine sainte ou de « la blée » ne rapporte pas plus de 20 l. Les troncs des églises et boutiques, 150 1. Les amendes prononcées par diverses juridictions 800 1. (1). Les dons manuels, testaments et codiciles, 200 l.
(1) Ce sont celles que donnent le Présidial, les tr('soii('rs de France, les élus, les E;iux et Forêts, le conservateur des [)rivilèges de l'Université, le tribunal de commerce, celui de l'oflicialité, et certains juges
JUSQU'A l/AN V 467
Les aumônes en nalure, faites à l'hôpital général, au moment de sa fondation, se continuent pendant quelques années. Celles indiquées dans un état de 167G présentent la moyenne suivante :
Vins en fûts, environ de 10 à 12 pipes ;
En toile et vieux habits, plus de 100 aunes de serge ou de toile ;
L'évêque envoie 610 boisseaux de blé, seigle et méteil ;
Le chapitre de Saint-Hilaire, 50 septiers de seigle, blé et orge ;
Le chapitre deSainte-Radegonde,3 pains et 10 boisseaux de fèves ;
En plus, 50 septiers de mouture.
Autrefois, ajoute l'état que nous citons, ces diverses aumônes « atteignaient de 7 à 8.000 I., mais depuis Sou 4 ans en ça, elles ont beaucoup diminué ». En réalité, c'est à partir de 1672 et 1673 que le beau zèle du début commence réellement à se ralentir.
Cette situation financière fort instable n'échappe point aux administrateurs qui cherchent, lors de la création de l'hôpital, à lui assurer des ressources plus certaines. Le 21 janvier 1658, ils obtiennent du Grand Conseil le droit de détourner à son profit les aumônes annuelles que doit faire l'abbé de Montierneuf aux pauvres de la ville. Le 26 suivant, le présidial décide qu'elles se composeront de 52 septiers de blé, comprenant un tiers de froment, un tiers de
subalternes, comme les échevins, le sénéchal de Saint-Hilaire et celui de Montierneuf, etc.
Les legs, assez nombreux, consistent surtout en rentes qui varient depuis 6 1. jusqu'à 400 1. par an. La plupart vont entre 20 et 30 1., et montent rarement au-dessus de 125 1. Les sommes versées de la main à la main sont défiensées immédiatement pour les besoins journaliers de la maison .
baillarge, avec autant de seigle, plus une barrique de vin. Le tout, pour remplacer les distributions de pain qui ont lieu les mercredis et samedis, et de vin le jour de la saint Jean.
Cette rente, estimée 251 1. 17 s. 4 d., subit une réduction à la suite de l'entente passée le 25 juin 1678 (1). L'abbaye, renonçant pour l'avenir à tous ses droits de lods et ventes, soit 5 0/0 sur les achats que pourraient faire les administrateurs dans son fief, ne verse plus^ à partir du 13 juin 1695, que la somme de 54 1.
Au mois d'août 1659, Louis XIV, étant à Bordeaux, accorde aux pauvres renfermés une rente annuelle de 600 !., a prendre sur les finances du Poitou. Le 24 mai 1660, le lieutenant criminel et les gens du roi au présidial donnent 24.0001. à rhôpital,qui devra les placer en rentes. Ils ajoutent que, si l'établissement vient à disparaître, cette somme leur fera retour (2). C'est ainsi que les magistrats prennent toutes les précautions utiles pour se garantir contre un avenir qui leur paraît très incertain.
Les lettres patentes de 1675, en réunissant à l'hôpital toutes les aumônes distribuées à Poitiers, lui viennent sérieusement en aide. La Trinité doit lui envoyer chaque année 20 septiers de froment et une vache. A la suite de plusieurs procès soutenus au Parlement de Paris (1706-1708), les religieuses transigent, le 4 septembre 1709, moyennant une somme annuelle de 144 1. (3). Les chapitres de Saint- Hilaire et de Sainte-Radegonde lui continuent les dons en nature dont nous avons parlé. En résumé^ d'après l'état de 1676, les rentes mobilières et foncières atteignent 2.848 1. par an. Cette somme est tellement insuffisante que, le 2 mars
(l) Arch. Vienne IIt-18. — (2) Arcli. Hôp. — (3) Min. Decressac.
de cette même année, les administrateurs se voient dans l'obligation de faire un pressant appel aux corps et compagnies de la ville, dans le but d'obtenir d'eux les moyens de faire subsister les pauvres.
Lé 21 avril 1678, le Bureau, en présence d'une misère aussi constante, veut de nouveau essayer de faire taxer les habitants. Il écrit dans ce but à l'Intendant, avec prière d'obtenir un arrêt du Grand Conseil. Aucune suite n'est donnée à cette demande, mais la famine de 1683, en mettant sous les yeux de tous la situation précaire des indigents, permet d'obtenir quelques subsides. Le 9 avril de cette même année, a lieu à l'évêché une réunion de séculiers et d'ecclésiastiques, afin a d'établir un hospital général et y assurer la nourriture des pauvres ». On y vote une taxe de 9.000 1. dont le clergé devra payer un tiers (1). Un arrêt du Conseil d'Etat homologue cette décision le 30 avril suivant, mais réduit cette somme à 5,000 1 . et en laisse 2.000 à la charge de ce dernier. L'intendant Lamoignon de Basville déclare alors que les rôles seront établis en présence des députés des corporations, mais qu'il se réserve le droit de les modifier. Tous les habitants, privilégiés ou non, devant subir la taxe seront obligés de payer sous peine de saisie. Les impositions sur le clergé et les laïcs ont le même sort que celles établies jadis au profit de la Dominicale. Le premier fait tout d'abord ses versements avec assez de régularité. Comme, malgré ses protestations du 23 janvier 1685, les autres habitants ne continuent point, il commence lui aussi, à s'abstenir en 1686 et 1687, si bien qu'à la fin de cette dernière année, son arriéré atteint 3.500 l.Le 9 janvier 1668, le syndic chargé de ses intérêts est invité à solder (1) Arch. Vienne, G. 1612.
quatre années en retard (1684 à 1688), sinon le lieutenant général le poursuivra, en cas de besoin. Le 9 novembre 1690, l'évêque est prié de vouloir bien obliger ses prêtres à débourser ce qu'ils doivent. A partir de cette époque, les taxes des gens d'église se continuent et sont versées à peu près régulièrement jusqu'à la Révolution.
Les laïcs se plaignent, depuis 1687, de ce que l'on impose des personnes « extraordinairement pauvres «.Cette plainte n'empêche point, le 9 janvier 1688, d'envoyer les halebardiers, avec un sergent, pour les réclamer (1).' Ils devront mettre beaucoup de ménagements dans les réclamations qu'ils auront à présenter, sans quoi le Bureau les privera de vin ou retiendra leurs appointements pendant un, deux ou trois mois, et même, en cas de besoin, les chassera. Le 2 juin suivant, il est prescrit aux habitants, traités sans doute avec trop de mansuétude, de donner les aumônes qu'ils doivent, sous peine d'être poursuivis selon les rigueurs portées dans les lettres patentes de 1675. En réalité, il n'est point tenu compte de ces menaces et les laïcs ne payent, comme d'habitude, aucune taxe.
A la suite de la révocation de l'édit de Nantes, la Déclaration de 1689 ordonne la destruction des temples prolestants et la démolition des maisons habitées par les ministres. Elle prescrit en outre que leur emplacement, de même que les fonds consistoriaux appartenant aux pauvres de la religion, deviendront la propriété des hôpitaux. A Poitiers, une somme de 1.013 1. provenant de ces fonds avec l'empla-
(1) Les comptes devant être tenus très sérieusement, il est prescrit. 1" de les donner en double avec receltes et dépenses ; 2° de faire quitancer les paiements au-dessus de 10 1. ; 3" de défendre à l'intendant de la nourriture de passer des marchés sans en aviser le Bureau ; 4» d'obliger le receveur à déposer ses comptes tous les 8 jours.
cernent du temple et de la maison du ministre situés aux Quatre-Piquets,en haut de la Cueille-Mirebalaise, sont attribués à l'hôpilal général. Le terrain est immédiatement arrenté pour 24 I. Il en est de môme de plusieurs autres maisons qui donnent ensemble un revenu de 95 l. 10 s. (1). A Ciiauvigny, l'emplacement du temple est affermé 2 1. à l'apothicaire Doré et à son fils Pierre, chirurgien. A Sauzé, il rapporte 4 1. seulement (2). Quant à Civray, des administrateurs constatent, le 10 janvier 1687, que le mobilier et les matériaux de cet édifice religieux ont été enlevés. Les dons accordés par le roi sur les biens des fugitifs de Rochechouart ne sont point encore versés, le 7 mars 1698, et les recherches faites pour en trouver les traces restent inutiles. En résumé, la révocation de l'édit de Nantes ne procure que de minces revenus aux indigents de Poitiers.
Les édits de mars, avril et août 1693 disposent d'un certain nombre d'aumôneries et de maladreries en faveur des maisons de charité. Le 31 janvier 1694, des lettres patentes, données, après avis de l'évêque et de l'Intendant, sur l'emploi à faire de ces biens, les accordent à l'hôpital général. Cette donation, suivie d'un arrêt du Conseil de décembre 1695, est enregistrée au Parlement, le 9 juillet 1696 et au Bureau des finances de Poitiers, le 2 décembre 1699. Elle comprend toutes les propriétés et les revenus des aumôneries de Saint-Mathurin, de la Madeleine, de Saint-Jacques de la Vergne, de Sainte-Marthe, de Sainl-
(1) Le 24 mai 1672, Judicq Voultegeon, femme d'André Lejay, éc, sf de la Jestière, ayant donné une rente aux Protestants sur sa maison, celte rente futremise à 1" hôpital général, à la requête de Filleau, avocat du roi. — (2) Il existait au hameau de Sauzé, paroisse de La Trémouille (Rédet). Peut-être faut-il voir dans ce nom la désignation d'une localité plus importante, celle de Sauzé- Vaussais, en Poitou.
472 L'ASSISTANCE PITBLIQUE A POITIERS
Lazare^ situées à Poitiers et en dehors, de celles de Chasseneuil et Vendeuvre.
Toutefois, les administrateurs devront satisfaire aux prières et services de fondation qui leur sont imposées, et recevoir les indigents des deux dernières paroisses en proportion de ce que les biens de leurs maisons de charité pourront rapporter. La première recette, faite en 1700, donna, comme nous le verrons, la somme de 729 1.3 s. 8 d.
Les comptes tenus par les receveurs le sont d'une façon plus ou moins régulière. Le premier que nous possédions, celui de 1671, ne comprend que trois mois. En les prenant pour moyenne de l'année, on a une recette de 5.000 1. et une dépense à peu de chose près équivalente. Les pauvres renfermés sont, à cette époque, entre 159 et 190. Ils deviennent moins nombreux jusqu'en 1674 ; leur nombre oscille alors entre 150 et 157, pour remonter à 213 en mars 1676. Les années suivantes, ce dernier chiffre décroît, et descend à 100 en 1680. Il est vrai qu'il augmente les années suivantes.
Le compte de 1681 comporte une recette de 8.278 1., qui s'équilibre avec la dépense. Ceux qui suivent deviennent plus importants, grâce à l'apport du clergé et des laïcs. En 1684, les recettes et dépenses sont d'environ 10.804 l., laissant un boni de plusieurs centaines de livres. En 1684, elles tombent à 7.440 1. donnant un léger excédent. Nous les voyons augmenter quelques années plus tard. Du 20 juillet 1693 jusqu'au 20 juillet de l'année suivante, on trouve que le budget atteint 15.658 1., 4 s. 9 d. et laisse un bénéfice de 335 I.IO d. A cette époque, les laïcs ne donnent pas plus de 455 1. par an.
A son début, la situation de l'hôpital général est, comme
nous avons dit, plutôt misérable. Le 5 décembre 1660, les plaintes constantes des administrateurs n'ayant point été écoutées, il est question, au Conseil municipal, d'en ouvrir les portes et d'en chasser les pauvres (1).
Le 10 mars 1G76, le maire vient dire que, l'aumône ne se faisant plus, le Bureau a été obligé de refuser depuis quelque temps de recevoir qui que ce soit « car on ne sauroit plus faire substanter les indigens (2) ». Le 9 juillet 1678, la misère est si grande, que chacun des administrateurs est prié de verser 8 ou 10 1. afin d'acheter du pain, car il va bientôt manquer.
Le 20 novembre 1684, Lamoignon de Basville, intendant du Poitou, insiste, dans une réunion tenue à l'évêché, sur le grand nombre de mendiants qu'il est impossible de renfermer faute d'argent (3). Le 11 mai 1686, son successeur Foucault déclare que la misère oblige les habitants du Poitou, faute de pain, à manger de l'herbe bouillie (4). Pourtant il ajoute qu'il a pu, grâce aux ateliers de charité, à une grande économie, et au blé méteil amené d'Orléans, faire vivre tout le monde. A Poitiers, les miséreux ont été renfermés dans les hôpitaux.
Le 26 mai 1691, l'intendant de service à l'hôpital pour la nourriture déclare qu'il ne possède aucune provision. «Nombredepauvres,ajoute-t-il,sont nus. Comme il n'y a pas d'argent il faut emprunter pour avoir du blé et des étoffes. » En 1693, les riches sont imposés, et les pauvres, trop nombreux, vont, en partie, loger à l'hôpital des pestiférés (5). On est obligé de répartir les autres entre tous les habitants.
(1) Reg. dél. mun., no 112, pp. 132-160. — (2j Id., n« 125, p. 94. — (3) J(/., n" 127, p. 47. — (4) Boislille, Correspondance, t. I, no 247, p. 64, — (5) BiBl. Poitiers, ras. n° 347.
La situation déplorable du nouvel établissement est due au manque d'argent. Il est établi, au point de vue financier, sur des bases peu solides On voit ainsi se renouveler tous les errements du passé, ceux auxquels durent remédier, un siècle auparavant, les administrateurs de la Dominicale. Son budget s'augmente grâce aux largesses royales et grâce aux versements annuels du clergé. Quant aux laïcs, à part quelques dons, ils ne veulent point de nouveau s'astreindre à payer des taxes. Aussi, cette institution traverset-elle des heures pénibles. Elles sont adoucies, grâce à un personnel non rétribué qui fait toujours preuve d'un grand dévouement et à des administrateurs pleins de zèle et de sollicitude pour les pauvres.