‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 25 sur 34 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'hôpital général et son administration au XVIIIe siècle (1696-1789).

En i696,l'hôpilalgénéral comprend, au dire de Bobinet, « deux ailes ou pavillons, pour le logement des deux sexes, chascun de trois grandes salles, l'une sur l'autre, et un espace entre les deux, pour y bâtir une église (1) ». Plusieurs constructions sont élevées par Tarchitecte Vareille à l'extrémité de l'aile gauche, en 1697. Quelques années plus tard, une infirmerie est bâtie perpendiculairement à l'aile droite. L'adjudication a lieu le 16 septembre 1720, mais les entrepreneurs, Pierre et René Poinin, abandonnent leur chantier pendant l'été de 1721 , sous^prétexte que les matériaux sont trop chers et qu'ils n'ont point reçu des avances suffisantes pour le continuer. Le 29 septembre suivant, le marché ayant été annulé, Boursault se rend à son tour adjudicataire du bâtiment et le termine en 1726, sous la direction de l'architecte Servant (2) . Le moulin à blé est réparé en 1736, par l'entrepreneur Ponchon, puis refait en entier, quelques années plus tard, avec celui à foulon.

La chapelle n'est point encore construite en 1696, dans l'espace qui lui est réservé entre les deux pavillons (3).

(1) Bibl. Poitiers, ms., n» 247. — (2) Arcii. Hôp. — (3) Les deux bâtiments, réunis d'abord par une construction plus basse, le furent complètement en 1889, par les soins de l'arclutecle Hoyer.

Cependant il en existe une à cette époque, dont l'emplacement semble avoir été, d'après la tradition, dans l'aile droite. Le 20 juin 1698, elle est ornée d'un tableau destiné à recevoir les noms de ceux qui ont fondé des messes et des services. On y enterre parfois des pensionnaires. Le 21 septembre 1719, Anne Thibault est ensevelie sous l'autel de Notre-Dame de la Providence. A partir de 1720, cet usage cesse complètement.

Après une première tentative, faite en 1740, l'administration se décide, en 1760, à construire une chapelle. Elle emprunte, deux ans plus tard. 2 000 1. à l'hospice des Incurables. Malheureusement, des besoins urgents et la venue de nombreux mendiants l'obligent à dépenser cette somme, avant d'avoir rien entrepris. En 1764, elle écrit à Paris pour faire connaître la situation, en disant : « La chapelle dud. hôpital et les bâtiments qui y estoient adhérents sont tombés dans une ruine totale, et il y a nécessité absolue de les rétablir, ce qui coûtera plus de 50.000 l. » Pour couvrir cette dépense considérable, l'hôpital ne peut rien faire. Ses administrateurs demandent à l'Intendant de leur accorder la maison qu'occupaient les ci-devant Jésuites dans la ville de Poitiers, dans le but de la donner aux Frères de la Charité. Ceux-ci céderaient leur établissement aux pauvres, ce qui pourrait avoir lieu sans aucun dérangement préjudiciable (1). « L'hôpital trouveroit dans la maison des Frères de la Charité, qui y joint immédiatement, la chapelle et les bâtiments qui lui sont nécessaires et qui y manquent^ et iesd. Frères de la Charité trouveront dans la maison des Jésuites plus de logement qu'il leur en faut. Tout cela peut s'arranger, si le Conseil et nosseigneurs du Parlement veu-

(1) Aicli. Nat.. ms. 677.

lent bien s'y prêter ». Personne ne voulut cet arrangennent, et seule la Révolution réunit plus tard les deux hôpitaux, après le renvoi des Cliaritains.

L'évèque Beaupoil deSaint-Aulaire eut aussi, à celle époque, l'idée de mettre lesGharitains dans le couventde Sainte- Catherine (1). Malheureusement, les quatre religieuses qui l'habitaient encore refusèrent de s'en aller, si bien que son projet dut être abandonné.

Les administrateurs installent alors la chapelle dans une salle située au-dessus de la cuisine, appelée la salle neuve. Elle se trouve au rez-de-chaussée du bâtiment élevé perpendiculairement à l'aile droite (2). Le 6 mai 1763, le Saint- Sacrement y est placé, en attendant des jours meilleurs. Le 3 mars 1771, elle est ornée d'un tabernacle à la romaine, grâce au produit d'une quête.

Le 17 mai 1783, il est décidé que la chapelle sera élevée sur d'anciennes fondations établies en mars 1740, et abandonnées au mois de décembre suivant. On appel est fait à la générosité et à la charité du public. Deux grandes dames, M"® de Blossac et M"" de Razes, comtesse d'Auzance, s'emploient avec ardeur à faire des quêtes. En plus des sommes versées par les habitants et les communautés religieuses, l'hôpital se trouve dans l'obligation de payer une bonne partie de la nouvelle construction. Sa caisse étant vide, iliui faut, le 3 août 1787, emprunter 6.000 1. pour acheter le blé nécessaire à la nourriture des pauvres et abandonner le bâtiment à moitié achevé.

La chapelle dédiée à saint Hilaire et à siinle Radegonde

(1) ¥onln['na.u\., Monofjraplde du Monastère des Dominicaines de Sainte- Catlierine a Poitiers (Mérn. Soc. Anl. Ouest, t. XXXVIII). — (2) Arch. hist. Poitou, t. XV.

fut consacrée, le 22 juillet 1784^ par un grand-vicaire, en présence d'une assemblée nombreuse et choisie. Trente des plus habiles musiciens de la ville vinrent embellir de leurs accords la cérémonie religieuse (1). Malheureusement l'édifice resta toujours inachevé et fort pauvre.

Le 8 août 1707, l'évêque de la Poype de Vertrieux bénit la cloche de l'hôpital. Une dame de Razes est marraine et rinlendant Doujat parrain (2). Le 30 juin 1735, une seconde est achetée au sieur de la Braye, vendeur de cloches. Enfin, le 13 mai 1786, les administrateurs obtiennent pour la chapelle, celle qui se trouve à la porte de la Tranchée.

Au début de l'hôpital, les indigents sont, après leur décès, enterrés dans le cimetière de Saint-Germain. Le 24 mars 1708, il est décidé d'en installer un que l'on place, selon l'usage, à l'intérieur de l'établissement (3). Le 8 juin suivant, il est béni par les soins de l'aumônier Vézien et, le 2 avril 1713, une croix y est élevée aux frais de Marie Rougier, pensionnaire et bienfaitrice de la maison. Le nouveau cimetière se trouve derrière le bâtiment de gauche.

Un état de l'hôpital général, dressé le 5 mai 1776, nous montre assez bien son importance à cette époque. Elle est du reste à peu près la même qu'au début du xvni" siècle(4).

(1) Arch. Imt. Poitou. Cette construction, un peu plus élevée qu'un étage ordinaire, a 20 in. Gij cm. de large sur 23 m. 30 cm. de profondeur. Les murs ont 0 m. 6") c. d'épaisseur. La principale entrée s'ouvre sur la rue de l'hôpital général et deux petites portes de côté sur la cour intérieure de la maison. — (2) Bibl. Poit. Reg., n» 191. — (3) Arch. IIôp. Le dernier qu'on y enterra fut l'administrateur Vincent Brumauld de Beauregard,mort le 31 mai 1822. La croix qui surmontait sa sépulture a été déplacée — (4| Le R.P. de Montfort écrit, en 1703 : «Une directrice gouverne la salle haute où sonfles filles, une seconde, celle du milieu où sont les femmes et prend soin de tous les apparteniens bas, incurables, prizons, sagesse et autres et une salle basse où sont les norissos. Une diroflrico surveiHc l'appaitcnuMit des hommes

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Tout d'abord, nous allons passeren revue les appartements destinés aux pauvres. Les hommes possèdent trois salles comprenant chacune24 lits avec, en tout, trente mauvais coffres ou boîtes et deux armoires. Ceux qui tombent du mal caduc ont quatre lits dans une chambre à part. Une autre, avec trois mauvaises couchettes, est réservée aux incurables. Les fous en ont quatre, garnies d'une mauvaise mante, d'une paillasse et d'un matelas. L'infirmerie comprend 12 lits complets et quelques meubles. Les salles des femmes renferment 13 lits, 19 couchettes, 24 chaises de paille et autant de coffres. L'infirmerie contient 30 lits munis de rideaux verts. Le dortoir des filles en a 34.

La salle des femmes tombant du mal caduc est meublée de 7 couchettes avec de très mauvaises paillasses. Pour les femmes, sont réservées 10 prisons contenant chacune une couchette avec un matelas, une paillasse et une mauvaise mante. Au premier étage, est un logis destiné aux folles, avec ses 9 couchettes, 9 paillasses et autant de mauvaise mantes. Un autre, semblable, ne contient que quatre lits. Enfin, la salle des enfants renferme 37 lits complets.

Chacune des religieuses a sa chambre à part, garnie sim-

pour avoir soin des lits. Les pauvres sont distribués en deux appartements séparés, l'un pour les femmes et enfants et l'autre pour les femmes et les filles. 11 ya dans chacun appartement une infirmerie et un endroit pour les incurables et un puits dans chacune des cours. On entre par Tappartemenldeshommes jusqu'à ce que l'hôpital soit en état de séparer les entrées. Du côté des femmes est la cuisine et la cave, le réfectoire des officiers. La buandrie du côté des hommes, où sont le four, la panneterie, la grange pour le bois et charbon, la sargetrie, la tixerie, la cuisine, la grande porte du jardin qui conduit au moulin jusqu'à ce que le dosme soit basty, au quel temps on mettra le passage du moulin dans la rue de Poizay, qu'on renfermera et on en laissera une de pareille largeur dans le jardin au-dessus, qu'il conviendra prendre n (.\rch. Hôp.).

plement d'un lit, de quelques chaises, pgrfois d'un prie- Dieu et de livres de piété (1). En dehors de ces appartements, nous trouvons: 1° la cuisine avec ses 12 chaudrons, ses poêlons, casserolles, briquets, poissonnières et ses trois broches, dont deux à poulies et une à main ; 2<> le réfectoire des officiers et pensionnaires, meublé d'une table- à huit tiroirs, de neuf chaises, de différentes armoires et coffres garnis de linge; 3° la lingerie, dont les trois armoires contiennent 700 draps de toile blanche ou commune, 50 nappes blanches, 42 douzaines de serviettes, des tabliers, mouchoirs, coiffures de tojle, bonnets d'hommes et chemises ; 4° rinfirmerie, meublée de 30 lits garnis de rideaux verts ou blancs, de plusieurs armoires, et de tout ce qui peut être nécessaire pour y célébrer la messe ; 5° l'apothicairerie, ornée de tablettes sur lesquelles sont des pots remplis de drogues, un mortier de marbre, un de fonte, deux petites paires de pezets avec leur poids, sans compter plusieurs livres fort utiles, comme la Pharmacopée de Lemery, et sa Chimie, un tome de Chirurgie complet et un recueil de remèdes faciles et domestiques (2). Enfin, trois

(1) Celle de la sœur Charité comprend : 1° l'Année sainte en 12 tomes, in-12 ; 2» Concorde des quatre évangélistes en un tome, in-8; 30 Des heures mauvaises, in-8 ; 4° le Docteur chrétien en 4 tomes, in-12 ; 50 les Homélies de Montmorille en 4 tomes, in-12; 6° quatre tomes de méditations de Boiscieux sur l'évangile, in-12; 7° un mauvais tome de l'Histoire de la sainte Bible, par Royaumont ; 8» un tome de la Présence de Dieu, par Gonnelieux; 9" un tome de la Conlîance en Dieu, par M. de Soissons ; 10 un tome du Nouveau testament; 11° un tome de la Perfection chrétienne, par Rodrigues ; 12" un tome des Réflexions du P. Croiset; 13° Imitation de Jésus-Christ. Dans la chambre d'une autre religieuse, la sœur Geneviève, on trouve également le Guide du pécheur; le Chemin du paradis ; Pensées sur la solitude chrétienne ; deux tomes des Souffrances de Notre Seigneur; une Semaine sainte; les Considérations sur les devoirs des personnes qui sont engagées par leur état à servir les pauvres, etc., etc. Nombre de ces ouvrages devaient servir aux lectures ordinaires faites aux pauvres. — (2) En 1753, la pharmacie possède 80 volumes et quelques appareils; une boîte à

autres de pratique générale de médecine, et quelques-uns du morne g:enre.en mauvais état.

En plus de la cave garnie de 26 barriques de vin, des greniers servant à recueillir les vieux meubles et autres objets détériorés, on trouve encore la boulangerie, la bluleriequi renferme 1500 boisseaux de farine, le grenier à blé, le bûcher, la chambre d'un pensionnaire et celle du précepteur contenant un lit garni de rideaux jaunes, une table, une armoire, un prie-Dieu et trois chaises. L'aumônier possède aussi la sienne, à laquelle est joint un petit cabinet.

Il existe un grenier spécial pour mettre les pois. La chapelle et la sacristie sont à part (1). Viennent, en dernier lieu, la saboterie, le moulin à blé, les deux cours avec chacune un puits et les jardins.

Les principaux bâtiments de l'hôpital général n'offrent aucune élégance et ne montrent aucune préoccupation artistique de la part de ceux qui les construisirent. Ils sont simples, édifiés à bon marché et d'une solidité relative. Malgré cela, grâce à de nombreuses et intelligentes réparations, ils ont pu se conserver en assez bon état jusqu'à nos jours.

La composition du Bureau est la même qu'en \ 696, mais le lieutenant de police qui, par l'édit de 1699, remplace le

fumigation, une i)OÎte à touniiquet pour hémorrhagies, une cassette contenant des objets de chirurgie. Au point de vue purement pharmaceutique, on y voit: 4 terrines garnies, un petit coffre à chandelles, 36 grands pots de faïence et d'étain sur une grande échelle, 36 sur une seconde, 10 sur une troisième, plus 92 boîtes et pots de faïence, 3 poelettes à saigner,;) pilons, des spatules, entonnoirs, bouteilles, écuelles, etc., etc. (Arch. Ant. Ouest, F. Bonsergentj. (1) Arch. Hop.

maire dans ses fonctions judiciaires, vient émettre, en 1701 , la prétention de le présider de droit.

11 s'appuie pour cela sur les ordonnances du 12 décembre 1698, et décembre 1700, qui ne s'appliquent point à Poitiers, dont l'hôpital fonctionne depuis 44 ans. Au reste, ne faisant point partie de Tadministration, sa présence permanente parmi ses membres ne peut être que contraire aux statuts. Le 25 février 1702, il revient à la charge, mais révêque s'oppose à ses prétentions et l'oblige à se contenter de la vice-présidence.

Le procureur du roi auprésidial veut plus tard, lui aussi, revendiquer la présidence, mais Jolly de F'ieury lui écrit, le 18 décembre 1738 : « Vous êtes administrateur des hôpitaux qui sont administrés suivant la déclaration du roy, de 1698, mais il y en a quelques-uns qui ont des règlements. C'est ce qu'il fautsavoir par rapport aux hôpitaux de votre ville (1). » Cette déclaration ne concernant que ceux ayant appartenu aux chevaliers de Saint-Lazare, notre procureur doit se résigner à n'être qu'un simple administrateur de l'hôpital général.

Les bourgeois membres du Conseil municipal cessent d'en faire partie après leur renvoi de la mairie, arrivé à la suite d'un long procès, en 1 771 . Ils sont remplacés, non sans empressement, parles échevins, qui peuvent de la sorte jouir des quelques privilèges accordés aux administrateurs par les lettres patentes de 1675 (2). Tous les ans, la moitié d'entre eux est sortante, car, selon la règle, ils ne doivent occuper cette fonction que pendant deux années.

Chaque membre de l'administration, en prenant place au Conseil pour la première fois, fait une aumône aux pau-

(1) Arch. Hop. — (2) Arch. Uôp.

vres. Le montant de cette aumône varie depuis l 1. 10 s. jusqu'à .■{ ou i 1. Aussitôt l'iieure arrivée et sans attendre les retardataires, la séance est ouverte, si les assistants sont assez nombreux. L'intendant des mœurs récite le Venisancte spintits et Yovdds^Ax Deus, // ni corda /idelliim,\)ms termine la réunion par le Siiù fiium prœsidium et le Défende^ qiix- ■iumus. Le premier président est élu, comme à l'habitude, par les membres du Bureau. L'évêque, devenu plus tard président-né, le remplace quand il assiste aux assemblées (1). Pour ne déranger personne, un fauteuil reste toujours vide, à sa disposition, au bout de la table, à l'opposé du secrétaire. Ce dernier se tient auprès du président habituel. Autour de lui se placent les ecclésiastiques et ensuite les autres administrateurs, sans distinction de rang ou de dignité.

Le président a le droit de convoquer des conseils extraordinaires, s'il le juge nécessaire. Quant aux administrateurs, ils continuent à s'absenter pendant les vacances des vendanges. Le 27 août 1784, il est décidé que trois d'entre eux pourront se réunir le samedi ou, le mercredi, mais à condition de prendre leurs délibérations à l'unanimité. Les intendants, désignés d'abord à tour de rôle, sont ensuite élus par le Bureau^ à partir du 2 juillet 1779.

Les secrétaires, pris comme à l'habitude parmi les notaires faisant partie de l'administration, changent d'abord tous les ans, puis, plus tard, restent plusieurs années en charge. Cependant, en 1779, Darbez, l'un d'eux, émet la prétention de revenir aux anciennes traditions. Le maire refuse de prendre part au débat qui se produit, sans amener aucun

1) Pauvres renfermés, Jacques Faulcon, Poitiers, 1720. (Arcli. Hùi).; Ribl. Poitiers; Arch. Ant. Ouest; Arch. Vienne.)

résultat (1). Nous voyons, par exemple, F'radin occuper cette place, restée toujours gratuite, depuis 1781, jusqu'à la Révolution.

Les receveurs sont choisis de préférence parmi les marchands qui appartiennent au Conseil (2). Leurs fonctions peuvent se continuer plusieurs années de suite, mais restent toujours gratuites. Cependant l'un d'eux, Jacques Moreau, qui occupe depuis longtemps cette charge, réclame, en 1739 et 1749, une légère indemnité. Pour cela, il glisse à la fm du compte decette dernière année la petite note suivante : « Sera alloué par messieurs les commissaires ce qu'ils jugeront convenable pour les peines d'avoir fait recepte et mise aussy pénible et aussy occupente qu'elle est. Le rendant ayant été obligé de payer celui qui a fait le double du présent cortipte. » Il demande, en conséquence, la modeste somme de 60 1., qui lui est accordée pendant 2 ans de suite, mais qui cesse de lui être payée en 1751. Son successeur, François Durand jeune, obtient une gratification de 100 l. pour ses peines et ses ports de lettres. En 1758, elle est portée à 115 l. et atteint 120 1. en 1763. Plus tard, en 1772, on ne parle plus de gratifications, mais bien d'honoraires, ce qui constitue pour le receveur une rémunération continue de son travail.

Le fils de Durand n'ayant pas voulu, le 22 janvier 1779, donner la caution de sa femme, lors de son entrée en fonction, on nomme pour le remplacer, le 22 février suivant, Jacques Petit, avocat au Présidial. Il occupe la charge de secrétaire dans les mômes conditions que son prédécesseur, jusqu'en 1790.

Après les membres du Bureau, les aumôniers et chape-

i\) Arch. Hùp. - (2) Arch. llôp.

lains tiennent une place importante dans l'administralion. iNoiis connaissons déjà les devoirs qui incomi)ent aux premiers, d'après le règlement de 1637. Les seconds célèbrent certains offices et touchent, en plus, 10 s. pour chacune des messes dont ils sont chargés. Leur situation est peu stable et les honoraires qu'ils reçoivent sont souvent modifiés pendant de longues années.

Vers 1752, le président du Bureau s'adresse à Tévêque pour lui faire observer que la plupart des aumôneries réunies à l'Hôtel-Dieu ne donnent plus de ressources suffisantes pour assurer la célébration des offices religieux dont elles sont chargées. Il demande qu'à l'avenir on ne tienne compte que de ceux qui.parsuite de donations, sont inscrits au registre des délibérations du Conseil. Pour ces derniers, il n'a été reçu que 7.266 1. en argent ou en biens fonds et qu'une rente de 24 1. 6 s. o d. Sur les 305 messes et les 2 services réellement fondés, 80 des premières et 8 des seconds figurent seuls sur le tableau. On ignore s'ils ont tous été payés et ce que sont devenus les fonds destinés à leur célébration. H existe en outre plus de 278 messes, dont les revenus donnés autrefois sont insuffisants pour pouvoir les chanter avec diacres et sous-diacres. Celles dont la fondation est bien connue se montent à 200. Ce nombre augmente rapidement, car, dans l'état dressé en 1764, il en est indiqué 2.000, avec seulement 9 services.

En 1696, l'aumônier touche 150 1. par an et 160 1. en 1714. En 1727, Guillon, vicaire de Monlierneuf, reçoit 2981. 10s., puis 300 1. en 1734. En 1742, Dubois n'a que 200 1., tandis que Lecesve,en 1754, est payé 350 1. Les honoraires de Touzalin sont de 400 I., mais, comme on lui confie, le 16 août 1782, la charge d'instruire les enfants, il obtient

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en plus le logement, la nourriture, le chauffage et le blanchissage. Celte soname de 400 1. est réduite à 80 1. , quelques années plus tard, quand, par s.uite d'infirmités, il ne peut continuer ses fondions.

Un certain nombre de prêtres viennent en qualité de chapelains seconder les aumôniers dans leurs pénibles fonctions. Il en est qui remplissent gratuitement celte charge. Ils habitent en ville ou restent à l'hôpital, comme pensionnaires (1). En 1697, l'un d'eux déjeune à la table des officiers. En 1715, ils touchent 100 1. et 120 1. en 172K Quand ils administrent les sacrements en l'absence de l'aumônier, on leur accorde une subvention de 4 1..3 s . , en plus des appointements qu'ils reçoivent. En 1734, ils ont droit à 200 1., et à 250 1. en 1742 (2). Ces modestes prêtres sont assez mal payés et ne séjournent pas longtemps avec les pauvres. Le plus connu de tous les aumôniers ou chapelains est le P.Grignon de Montfort,le fondateur de la communauté des Filles de la Sagesse, dont nous parlerons plus loin.

La charge d'économe semble être, d'après le règlement de 1657 et même celui de 1696, une des principales de la maison. En réalité, Jacques Tavernier, qui l'occupe à cette époque, n'est que simple directeur de la manufac-

(1) Ainsi font : Proust curé de Saint-Cybard (1721) et l'abbé de la Ronde, curé de Montierneuf (i780). (Arch. Hôp.)

(2) Parmi les aumôniers et chapelains, nous trouvons : Hobinet (1687-1705). — R. P. Grignon de Montfort (1702-1704). — Vézien (1704- 1707). — Sébille (1705).— Dubois (1706-1742). — Dutemple (1707-1714).

— Verdalle (1714).— Dupont (171u). — Moreau (1716-1719). ~ Beaudon (1716). — Delaunay (1718). — Guillemot (1719-1720). — Proust (1721).

— Grillet (1721). — Scabre (1723). — Michaud (1724-1736). — Jean Guillon (1727-1739). — Robin (1736-1737). —Jacques-François Leblanc (1738-1740).— De laVigne (1737). —P. G. Parât (1736-1742). — Lecesve (1742-1753).— Claude Dubois (1740-1756). —Nicolas Gratieux (1754- {-.82). — Touzalin (1779-1790). —De Veillecheze (1780). (Arcb. Hôp.)

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ture. Il dirige le travail des iiomrnes et des enfarvts et remet tous les mois au Bureau ce qu'ils ont gagné. H emploie les vieillards à lisser les laines, à tricoter, s'il savent le faire, ou à tel autre ouvrage qu'il juge à propos. Il récite tes prières malin et soir, achète le bois, la viande, le poisson, les bas, les bonnets, les broches ainsi que les sabots pour les enfants, et veille à l'entretien du jardin. Il distribue le pain et le bouillon aux pauvres placés sous ses ordres et s'occupe de leurs vêtements. Il tient un registre du linge apporté par les entrants, auxquels on le rend en bon état après l'avoir fait laver. Personne ne peut entrer ni sortir sans sa permission, mais il ne doit donner la clef de la porte d'entrée qu'aux heures réglementaires.

Quelques années plus tard, il est remplacé parBaslard, qui verse à l'hôpital 90 1. par an , pour être logé et nourri. Le 23 avril 1709, l'administration lui demande 150 1. Il meurt l'année suivante. Une des sœurs économes le remplace jusqu'à l'arrivée de Chesneau, en 1725. Cet individu n'est là qu'en qualité d'agent de l'Intendance, chargé du dépôt de mendicité. Ses appointements, portés au début à 1332 1. 4 s. 3 d. par an, tombent à 1 .000 1. en 1732, et à 500 l. en 1734. Il disparaît avec le dépôt, en 1736, et n'est pas remplacé.

L'hôpital continue à recevoir pendant une bonne partie du xvnf siècle des femmes charitables qui se chargent de son administration intérieure. La plupart, étant à peu près dénuées de toute fortune, trouvent à la fois le moyen de vivre économiquement et de faire le bien. En 1704, le P. Grignon de .Montforl écrit qu'il y a rencontré, en arrivant, comme gouvernantes, de pieuses veuves ou demoiselles sous les ordresdel'une d'elles. Cependant, il en est plusieurs qui pos-

sèdent quelques revenus (1). Au moment de leur mort et après de longues années de dévouement, on les voit souvent abandonner leurs biens aux pauvres.

Toutes ces femmes, appartenant à des familles bourgeoises plus ou moins aisées, sont tenues, pendant un certain temps, de verser à l'hôpital une pension annuelle dont le minimum est de 50 1. Presque toutes cessent de la payer quand elles passent au rang des directrices. Quelques-unes, comme Marie-Louise Trichet, ne donnent rien. Dans ce cas, elles sont nourries plusieurs années à la table des pauvres avant de passer à celle des officiers (2). Leur charge, restant assimilée à celle des sous-directrices, ne donne aucun droit à une chambre à part.

Le règlement de 1696 s'occupe spécialement des gouvernantes ou sœurs économes, dont les offices ne sont pas prévus dans celui de 1657. La plus ancienne de toutes, la sœur Gendreau, surveille les femmes, filles et enfants qui sont dans la première salle, du côté de la chapelle. Avec les clefs de la maison, elle a celles de tous les cofl'res et armoires. Elle s'occupe du linge et des vêtements, garde le registre des décès, mais n'en doit donner aucun extrait sans la permission du Bureau. Elle s'occupe de la chapelle, prend note des messes et prévient les parents des défunts pour qu'ils puissent y assister. Elle tient le registre des dépenses de la cuisine en fait d'huile, poisson, viande, beurre, légumes, poivre, sel^ pois, fèves., prunes sèches et autres denrées. Elle le présente au Bureau en même temps que la liste des hospitalisés. Elle fait distribuer le pain et le bouillon et

(1) Ainsi Anne Thibault (1714) el Radegonde Duchesne, veuve Simon (1742). — (Arch. Hôp.) — (2) Le G septembj'e 1708, la supérieure est priée de fournir à la sœur Trichet les hardes dont elle a besoin. (Jd.)

accompagne les sortants jusqu'à la porte, après les avoir visités. En résumé, son rôle est celui qui était réservé, en 1657, à l'économe.

Catherine Bourceau surveille l'ouvrage des filles et des femmes, tient le registre de la manufacture, empêche de travailler pour le dehors, accorde aux filles la permission de sortir, en les accompagnant jusqu'tî à la porte et dresse l'inventaire des meubles et vêtements que contient son service.

Marie Bourceau, chargée de l'infirmerie, fait les distributions de vivres aux malades et vieillards de l'intérieur ou de l'extérieur, inscrits sur une liste spéciale. Il lui est permis d'entrer à la cuisine pour y préparer les médicaments et veiller au bouillon de ses malades, avec le droit de commander aux cuisinières. Les restes de la table des officiers, qu'on ne peut conserver, lui sont remis. On la prévient chaque fois qu'un indigent est en mauvaise santé, afin qu'elle puisse le faire transporter dans l'une des deux infirmeries, en cas de nécessité.

Suzanne Bourceau, seconde infirmière, a les clefs du grenier et de la cave, ce qui l'oblige à tenir la comptabilité des farines et du vin. Elle pèse le pain apporté par le boulanger et le distribue aux officiers et officières, sans oublier que l'usage est de leur en donner une livre de blanc, au lieu d'une livre et demie de bis. Enfin, elle tient le registre de l'huile achetée pour le potage des pauvres.

La sœur Lapatience, avec les deux filles qui sont sous ses ordres, raccommode le linge et les vêtements de la maison. Si elle a trop d'ouvrage, la sœur Gendreau lui procure le secours des dames charitables de la ville. Elle ne doit, en outre, faire aucun travail pour le dehors sans en avoir la permission.

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Telle esl la situation de ces sœurs économes, intendantes, directrices ou gouvernantes, qui ne se modifia guère jusqu'en 1789. Elles devinrent plus nombreuses avec le temps, par suite de nécessités nouvelles. C'est ainsi qu'on en vit plusieurs à la tête des manufactures, quand elles prirent une plus grande importance. Le service de la dépense en réclama également quelques autres. Au lieu de 3 ou 4, nous en trouverons 6 en 1764 et même 7, à la veille de la Révo-lution .

La situation pécuniaire des directrices ne change point jusqu'à l'arrivée, le 23 janvier 1719, de Marie-Louise Trichet et de Catherine Brunet,les fondatrices des Sœurs de la Sagesse (1). Elles viennent reprendre leurs anciennes places sous les ordres d'une supérieure laïque, mais ne les occupent que jusqu'au 1®'" mai 1720. Pendant ce temps, chacune d'elles reçoit 40 l.par an, à titre de vestiaire (2). La dame Ribaudeau, qui les remplace le 9 juillet suivant, obtient, lors de son arrivée, une avance de 30 l.A partir de cette époque les directrices touchent, chaque année, une modeste rémunération.

En 1732, deux d'entre elles sont inscrites sur les comptes pour un traitement de 45 1. par an. Cette somme n'est plus que de 30 l. jusqu'en 1742^ puis tombe ensuite à 15 1. En 1748, les Sœurs de la Sagesse ou Mulotines, comme on

(1) Marie-Louise Tricliet, (ille d'un procureur de Poitiers, entrée à l'hôpital général en 1703, se met sous la direction spirituelle du P. de Montfort. Jusqu'au 22 mars ilVo, elle est directrice d'une salle et chargée de la dépense après avoir, en 1708, pris place à la table desofticiers, sur la demande de l'évèque. Elle abandonne l'établissement avec Gatlierine Brunet, i)our aller à La Rochelle, fonder la communauté de la Sagesse. Toutes les deux reviennent pour peu de temps à Poitiers en 1749. (G. P. Abrégé de la vie et des vertus de sœur Marie-Louise de Jésus . supérieure des filles de la Sagesse. Poitiers, J. -F. Faulcon, 1768.) — (2) Mohe-Moreau, Bulletin Soc. Agriculture de Poitiers, année 183, p. 161.

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les appelle, du nom du P. Mulot, leur supérieur général, reviennent à Poitiers. Elles reçoivent toutes ensemble, comme vestiaire, la somme de 2401. En 1764, 'chacune d'elles a droit à 501. (1). Cette situation dure jusqu'à leur départ, arrivé le lo mars 1777, à la suite d'une discussion avec l'aumônier.

Un nouveau règlement est élaboré lors de la rentrée des directrices laïques qui viennent remplacer les religieuses.

Elles toucheront721.par an et porteront un costume spécial, dont la description nous est restée à peu près inconnue. Elles auront droit à une retraite dans la maison et seront, dans ce cas, nourries ù la table des autres directrices, ou, si elles le préfèrent, dans leur chambre, avec deux portions par repas. En résumé, c'est la continuation du passé, car ces laïques servent les pauvres ù peu de chose près aux mêmes conditions que les Sœurs de la Sagesse. Elles sont jusqu'à la Révolution au nombre de 6, mais aucune n'est employée à titre absolument gratuit.

(1) Arch. Vienne, C. 61. — En 1752 ; une personne charitable donne 1.200 1. à l'hôpital pour avoir une sœur grise en plus. (Arch. Hôp.) — Parmi les noms de ces femmes dévouées, nous trouvons ceux qui suivent : Massé Julienne-Agnès (1707). — Marie-Louise Trichet (1703-1720). — Catherine et Marie Brunet (1704-1720). — M°>« Bodet de la Fenêtre (1705). — M""" Bonnet (1710).— Anne Thibault, Ve Drouault (1714-1745). — M""= Thevenet (1715). — M"« Collon (1716). — M"^ Fillustrear. (1715). — M°" Ribaudeau (1720). — Mii« Lyet (1732-1744). — Mlle Piimault (1716). — M"= Bureau (1732-1742). — M'^" Cardon (173.'i- 1738'. — M'i« Lizabois (1732-1744). — Radegonde Duchesne, V« Simon (1742-1744). — Mlle Simon sa fille (1742). — M'ie Dubois dite Congourdeâu ('1740). — MU" Coujour (1739-1740).— Marie Cancas (1744). — Les sœurs de la Sagesse, Claire, Bernardine, Charité, Certrude, Ange gardien, .Marthe et Geneviève (1748-1777). — M"^ Sabourin (1779). — M"'= Collinet(1779). — Francoise-Radegonde Thomas (1777). — M'ieRomanetfl779-1785). —Thérèse Guenaud (1788). — .M"« .lourdain (1779). — .M-"» Brayer du Pavillon (1781). — M"« Robert (1785y. (Arch. llôp.) C.-F. P. Rambaud, le Rôle des femmes au point de vue de l'assistance publique a Poitiers. (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, M série.)

Le règlement de 1696 met^ comme nous avons vu, la direction de l'enseignement à donner aux enfants entre les mains des aumôniers, dans le but de lui conserver avant tout un caractère religieux. En 1698, Jacques Tavernier remplit les fonctions de maître d'école tout en surveillant la manufacture. Il obtient à cette date la permission de continuer pendant le reste de sa vie. En 1704, Thomas Bastard lui succède et joint à cet emploi celui de sacristain. Au moment de sa mort, en 1709, il avait été remplacé depuis plusieurs années par Labrou, qui lui-même cédait ses fonctions à Alexis Trichet, le 24 juin 1708.

Pendant tout le milieu du xviii" si'ècle, il n'est plus guère question des maîtres d'école. Une demoiselle Proust, morte le 21 mai 1721 , avait quelque peu fait la classe aux enfants. En 1776, nous trouvons le nom de l'abbé iMoine, qui, pour remplir celte charge, touche 120 1. par an (1). Il la cède à Meunier, qui l'occupe à titre gratuit jusqu'en 1778. Ce dernier accomplit sans doute assez mal son devoir, car, le 14 août de cette même année, le curé de Saint-Germain constate que l'enseignement est fort négligé à l'hôpital. Il propose dereprendre l'abbé Moine, mais en le payant. Cette offre est acceptée. Il reçoit 120 1., commeavant, mais entre les leçons il est tenu d'assister aux offices et aux enterrements. En 1781, l'aumônier Touzalin le remplace et ajoute, ainsi que nous avons vu, à son traitement ordinaire de 400 1. la somme de 120 1. Il cumule ainsi les fonctions d'aumônier et de régent jusqu'à la Révolution.

Les hallebardiers, au nombre de deux ou trois, sous les ordres d'un capitaine, touchent 40 l. par an. Ils disparaissent en 1725, et sont remplacés par les archers de la maré-

(1) lîibl. Poitiers, reg. 273.

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chaussée, lors de l'installation à l'hôpital du dépiôt de mendicité. Après sa fermeture, à leur tour on les remercie et aucun agent spécial n'est appelé à remplir cette fonction.

Le personnel subalterne de la maison n'est point nombreux.En 1716, le jardinier est payé 54 l.,puis 301. en 1718, avec, en plus, 3 aunes de serge, une paire de guêtres, une paire de culottes et des souliers. En 1720, ses gages sont de 20 1. ; ils remontent à 45 1. en 1732. Son successeur André Yvonnet reçoit 84 1. en 1742. Le boulanger touche en 170J la somme de 36 1. par an et celle de 18 1. seulement en 1736, puis elle remonte à 60 1. en 1742. Il ne faut pas oublier que cet emploi, réservé à un compagnon, donne droit à la maîtrise. Le meunier reçoit 30 1. chaque année, vers 1727, puis 50 1. en 1732 et 80 I. en 1742.

La domesticité comprend, en 1764, 6 serviteurs et 2 infirmières, une pour les hommes etl'autre pour les femmes. Pendant tout le temps que le dépôt de mendicité est à l'hôpital général, les infirmiers et les 2 sous -infirmiers reçoivent 20 1. par an, de même que les nombreux pauvres employés comme valets ou servantes. En 1718, une couturière gagne 3 s. par jour pour faire les vêtements des femmes et apprendre aux filles à travailler.

Le personnel médical n'est, tout d'abord, composé que de chirurgiens. Après avoir été chargés d'aller, à tour de rôle, faire les visites à l'hôpital, ils finissent peu à peu par s'en désinléresser. C'est pourquoi nous voyons, le 28 octobre 1698, Gilles de Maupoux, intendant du Poitou, se plaindre de leur négligence. Ni eux ni les compagnons

ne fréquentent l'infirmerie, « car, ils s'adonnent plutôt àleurs autres affaires et ne s'y rendent que dans les temps qu'ils n'ont point d'autre occupation et que l'on a aucunement besoin d'iceux, ce qui a causé la mort de plusieurs des pauvres, faulte d'y avoir esté secourus dans leurs besoins par aucun desd. chirurgiens et faict que lad. infirmerie se trouve hors d'état de fournir son emploi, faute de chirurgiens )).Les administrateurs décident, comme parle passé, que, conformément aux lettres patentes, ils prendront un compagnon qui, au bout de 6 ans, aura droit à la maîtrise, moyennant qu'il se loge et nourrisse à ses frais. Enfin, les malades envoyés à l'Hôtel-Dieu y seront reçus malgré l'opposition que pourrait faire le chirurgien de cet établissement, et cela en vertu des ordres donnés par les échevins.

Le 19 décembre 1698, Jacques Cothet, s' du Tailly, demande au Bureau un certificat constatant sa récente nomination au poste de chirurgien des pauvres renfermés (1). Cette nomination est mal vue de ses confrères, car, le 25 juin 1707, il se plaint de ce qu'ils l'empêchent de travailler. C'est pourquoi il demande l'intervention des administrateurs dans le procès qu il doit soutenir contre eux. Cette intervention lui est immédiatement accordée.

Cothet, qui gagne la modeste somme de 20 l. par an, est remplacé par Joseph Delavault, le 23 juillet 1717 (2). Le 31 janvier de l'année suivante, ce dernier réclame à l'hôtel de ville la jouissance des privilèges que possédait son prédécesseur, offrant pour cela de servir gratuitement les pau-

(i) Jacques Cothet, marié à Louise Tx'iberl.a une lille, AaJi'ée, baptisée le 28aoLit 1701, à Notre-Darue-Ia-Petite. II apparlciiaità une vieille famille de chirurgiens. (Heg. bap., n° 44.) — (2) Jeau-Joseph Delavault, lils de Pierre, Me chirurgien et de Françoise |}arlût,sa second(^ femme, né en 1(578. (Reg. par. Saint-Geiniain.)

vres (h. li obtient celte faveur sans cesser de loucher ses 20 1. d'honoraires. Ils sont portés à 40 1. en 1727, puis à 80 1, et 100 I. lors de l'installation du dépôt de mendicité. Après sa disparition, on ne lui accorde plus que 40 1.

Son neveu, Pierre Hérault, ayant obtenu cette charge en survivance, le 14 août 1729, lui succède et, le 18 janvier 1740, réclame les privilèges attachés à son emploi (2). Il touche au début 40 1., avec promesse d'avoir 60 !, plus tard, si les malades augmentent.

Pierre Lechasseux, quil'aremplacé avant 1776, demande aux administrateurs, le 28 janvier 1782, l'autorisation de prendre deux cadavres pour ses leçons d'anatomie. Cette autorisation lui est accordée à condition « de les faire emporter à ses frais, le plus respectueusement possible ». Il choisira de préférence des hommes nés en dehors de Poitiers qui ne seront pas pensionnaires de l'hôpital. Enfin^ il ne les gardera pas plus de 3 à 6 jours et fournira les cercueils pour les enterrer.

Les médecins ont tous la permission d'aller visiter les pensionnaires malades qui les réclament et s'obligent à les payer. Les pauvres atteints d'affections sérieuses occupent les lits qui leur sont réservés à l'Hôtel-Dieu. Ils ne paraissent point y aller avec plaisir, car, le H juillet 1708, le Bureau les fait conduire par force, avec ordre de les expulser purement et simplement aussitôt guéris. En 1788, une contestation étant survenue entre les chirurgiens des deux établissements au sujet des réceptions, on décide qu'à l'avenir un de leurs confrères les départagera.

(1) Reg. dél. municip., no 137. — (2) Reg. id., n» 1ÎJ9. — Miciiel-Piene Hérault, rnaxié à Catheiine-Radegonde Hélie, eut un (ils, Antoine, baptisé le 19 septembre 1737, et une tille, Catherine-Louise, le 23 janvier 1741. (Reg. par. Saint-Michel.)

Le 9 décembre 1752, le jour même de sa réception au titre de docteur en médecine de la faculté de Poitiers, Vincent-François Decressac offre ses services gratuits à l'hôpital général qui les accepte (1). A partir de sa nomination, il soigne les pauvres avec le plus grand dévouement et le désintéressement le plus complet, pour ne cesser que peu de mois avant son décès, arrivé en l'an III.

Divers apothicaires et droguistes sont pris comme fournisseurs des pauvres, mais ne s'occupent nullement de la préparation des drogues, dont les directrices sont seules chargées (2). En 1750, René Gorry obtient la place d'apothicaire, et, après son décès, arrivé le 2 juillet 1777, sa veuve lui succède. Elle avait eu soin de faire nommer comme adjoint à son mari, le 16 juin précédent, son élève Pierre Buchey. Etant morte le 17 mai 1778 et ce dernier ayant acheté sa pharmacie, l'administration le nomme à sa place, le 28 août suivant. Tous les ans, les apothicaires comme les médecins et les autres officiers sont soumis à l'élection, ce qui ne constitue du reste qu'une simple formalité. Les charges de ce genre, qui donnaient, conformément aux lettres patentes, des droits à certaines exemptions fiscales ou autres, étaient généralement fort recherchées. C'est pourquoi nombreux sont ceux qui désiraient faire partie du personnel de l'hôpital général.

Pendant toute la durée duxviif siècle, jusqu'à la Révolution, l'administration ne subit aucun changement. Seules les fonctions de secrétaire et de trésorier prennent un carac-

(1) Decressac (Vincent-François), reçu docteur en médecine à Poitiers le 9 déceml)re 17o2, marié à Martlie Renaudin, dont il eut 10 enfants (mort en l'an IV). —(2) Ce sont : Pierre Cosseau (1674). — Ililaire llélie aine (1710). — La veuve de Thévenel (172G). — Léonard Ouintard (17:î.'i). — Thomas Mary (1774-1775). — Buchey Pierre (1778-179:^).

tère permanent. Les directrices remplacent les économes et dirigent l'intérieur de la maison sous les ordres des intendants. Ce sont d'abord des laïques qui servent gratuitement les pauvres. Après le départ des religieuses de la Sagesse, on leur attribue, sous le nom de vestiaire, de maigres appointements avec le droit de finir leurs jours à l'hôpital.Quant à l'enseignement, il semble avoir été mal établi, mal payé et sans cesse abandonné au hasard des circonstances.

L'administration, ne comptant plus sur la communauté des chirurgiens pour envoyer l'un de ses membres soigner les malades, se voit dans l'obligation d'en désigner un ellemême et de se l'attacher complètement, grâce à quelques privilèges accompagnés de très faibles honoraires. Un médecin et un apothicaire viennent ensuite compléter le service médical, qui fonctionne de la sorte jusqu'à la Révolution.

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