CHAPITRE IX
Le règlement et le régime intérieur de l'hôpital général au XVIÏI« siècle.
Le règlement de l'hôpilal général, établi lors de sa fondation, ne répond point d'une façon complète et absolue à tous ses besoins. C'est ce que démontrent certains détails administratifs. Aussi, le 17 août 1676, le Bureau, muni de l'autorisation épiscopale, en établit un nouveau, destiné à remédier aux lacunes que présente l'ancien.
En ce qui concerne les hospitalisés, les heures du coucher et du lever restent les mêmes, mais la prière est désormais dite dans les dortoirs par les frères et sœurs économes. Le travail commence aussitôt après, puis vient la messe, qui se célèbre à 7 heures en été et à 8 en hiver (1). Le pain et le bouillon sont ensuite distribués à 9 heures, comme d'habitude, dans les salles, en attendant la construction de réfectoires. Ce repas est suivi d'une demi-heure de récréation,puis les pauvres se mettent à l'ouvrage jusqu'à 5 heures du soir. Après le souper, la prière est récitée par l'aumônier ou un frère économe et le travail se continue jusqu'à 8 heures un quart. La retraite sonne et tout le monde se retire dans les salles, pour se coucher, une fois la prière du soir récitée.
(1) Arch. Hôp.
Les dimanches et fêles, les pauvres assistent à la messe dans leurs tribunes, car la nef de la chapelle est réservée aux personnes du dehors. Le règlement édicté ensuite, de nouveau, l'obligation pour les renfermés d'aller à confesse tous les mois et de communier aux grandes fêtes.
L'autorisation de sortir n'est accordée que par le Bureau. Quand ses membres sont absents, les frères et sœurs économes peuvent la donner aux pauvres dont ils ont la direction, mais en ayant soin, au préalable, de les passer à la visite et de les conduire jusqu'à la porte. Quand ils rentrent, on examine tous les paquets trouvés sur eux.
En cas d'ivresse, l'entrant n'aura que la moitié de son pain, pendant trois jours, et, en cas de récidive, sera simplement renvoyé. Tout individu sorti sans permission ne pourra être admis de nouveau que par ordre d'un administrateur.
Le service de propreté sera fait par les renfermés. Celui qui s'y refusera devra être puni de prison.
Les disputes et les injures entraînent des punitions. Les hommes ne pourront aller dans le service des femmes, et vice versa. Les deux puits de la cour resteront fermés à clef. Une sœur ancienne et une femme devront veiller à ce que les enfants n'y jettent point d'immondices.
11 est interdit à ceux qui sortent de voler le pain, le linge et l'ouvrage des autres pour les emporter vendre et de mendier en ville. Celui qui aura du pain plus que ses besoins ne l'exigent pourra le remettre à l'économe, chargé de le racheter au prix indiqué par le Bureau .
Le linge sera changé toutes les semaines et lavé gratuitement par les femmes et les filles qui, en cas de refus, devront être renvoyées. Pendant qu'aura lieu la lessive^ la supérieure, ou une sœur, devra y assister pour empêcher
les laveuses de se quereller et de jurer. Les cendres employées seront conservées afin d'être vendues. La braise servira au chauffoir pendant l'hiver.
Tous les mois, se fera, dans les salles, une visite exacte des coffres, armoires, lits et paillasses, sous le contrôle de deux administrateurs, afin d'empêcher les vols. De plus, l'on procédera incessamment à la confection d'un inventaire du mobilier.
Quand les habitants demanderont des pauvres pour assister aux enterrements, les frères et sœurs économes les désigneront chacun à leur tour, sans que l'un d'eux puisse y aller plus de deux fois de suite. Si le nombre demandé est plus élevé qu'à l'habitude, ceux qui se trouveront en surplus porteront la livrée de l'hôpital au lieu d'habits bleus. L'aumônier et les enfants, revêtus de surplis, les conduiront avec la croix et deux chandeliers. Les rétributions accordées dans de semblables occasions resteront la propriété de l'hôpital. Si chaque pauvre ne reçoit que 10 s., il en gardera la moitié, autrement, le Bureau en décidera.
Les enfants et les fillettes qui commencent à travailler auront le quart de leurs gains, mais on les entretiendra de linge et de vêtements. Les femmes et les filles en recevront la moitié, à condition de s'acheter ce qui leur sera nécessaire pour s'habiller. Les infirmes incapables de travailler auront droit à l'entretien gratuit. Personne ne fera des travaux pour qui que ce soit, en dehors de ceux commandés par l'administration. En cas de désobéissance, les objets seront saisis et le coupable envoyé devant le Bureau.
Les habitants de la ville pourront faire venir des pau-
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vres pour travailler chez eux, mais ces derniers seront tenus de verser à la sœur écononme la moitié de ce qu'ils gagneront. Autrement, aucune autorisation de sortir ne leur sera accordée.
Tout indigent désireux d'entrer se présentera en personne, le vendredi, devant le Bureau. Il devra être muni d'un certificat de son curé indiquant son nom et depuis combien de temps il habite la ville ou les faubourgs. Un administrateur pris en dehors de sa paroisse fera une enquête, mais son admission ne sera définitive qu'après la visite d'un chirurgien. Enfin, sauf dans les cas d'urgence, chaque réception n'aura lieu qu'avec un billet signé du président. Les maris devront entrer avec leurs femmes et les femmes avec leurs maris ; les enfants avec leurs parents. Les orphelins seront admis au-dessus de 7 ans. Les étrangers auront à prouver qu'ils habitent Poitiers depuis trois ans; les femmes abandonnées depuis six mois pourront être reçues, mais devront être renvoyées, si leurs maris les reprennent.
L'entrée est refusée aux personnes atteintes d'affections susceptibles de se communiquer. Les pauvres qui se trouveront malades de la sorte seront isolés dans des chambres spéciales.
Le Conseil d'administration se tiendra tous les premiers vendredis du mois à l'hôpital et les autres Vendredis au Palais, à 2 heures après-midi en été et à 1 heure en hiver. Si c'est un jour férié, il aura lieu le jeudi. Au début, le secrétaire donnera lecture du procès-verbal de la précédente assemblée, puis le président énumérera les questions à l'ordre du jour, en demandant l'opinion de chacun, à commencer par les ecclésiastiques. On ne pourra rêve-
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nir sur une décision déjà prise, sans ia présence et l'avis des administrateurs qui l'auront votée.
Les portes d'entrée de l'établissement fermeront à 8 heures du soir en été et à 6 heures en hiver. Elles s'ouvriront, le matin, à 6 heures en été et à 7 heures en hiver. Les clefs resteront entre les mains de l'officier ou officière qui en aura la garde.
A 11 heures du matin et à 6 heures du soir, la cloche sonnera le repas des officiers. Ceux qui devront y assister sont : l'aumônier, le prêtre Sicault, une pensionnaire et trois directrices. Pendant le carême et les jours déjeune, une lecture sera faite pendant les repas. Le boulanger et son garçon, la dame Châtaine et le sieur Poirier auront, en qualité de bienfaiteurs, chacun une portion de viande. Les restes seront retournés à la cuisine pour être mis en ragoûts. A l'infirmerie, aucun malade n'en recevra sans une permission du Bureau.
Défense aux femmes d'envoyer leurs enfants à la porte de la cuisine et aux pauvres d'y aller faire tremper du pain. Tout le monde se tiendra dans les cours où se feront les distributions de bouillon, comme à l'habitude. Les servantes le donneront avec la viande, aux malades. De trois en trois mois, « quatre filles iront à leur tour servir à la cuisine sous les cuisinières, et deux a la couture sous la dame Lapatience, afin de pouvoir être en état d'aller en condition dans les maisons bourgeoises, lorsqu'elles y seront demandées ».
Un tableau des messes et services de fondation devra chaque semaine être affiché dans l'église.
Les officiers et officières présenteront tous les premiers vendredis du mois leurs registres de dépenses au Bureau.
Aucun d'eux ne couchera en dehors de Thôpilal sans permission. Ils devront vivre en bonne union, et ne jamais s'immiscer dans les services les uns des autres. L'ancienne officière sera remplacée, en cas d'absence, par la sousofficière chargée des filles ou par celle de Tinfirmerie. En cas de besoin, elles pourront se faire aider par les pauvres. Ces derniers auront alors comme paiement tout l'ouvrage qu'ils feront pour la maison.
Au décès de chaque frère ou sœur économe, il sera dressé un inventaire de tout ce qu'il possédera.
Le présent règlement restera affiché dans toutes les salles, et les administrateurs de service seront chargés de veiller à sa stricte exécution.
Quelques années plus tard, en 1704,1e P. de Montfort déclare à l'évêque de Poitiers qu'il n'a point été sérieusement observé à cause du changement des officiers et officières. Il indique la nécessité de maintenir les pauvres dans le devoir, et de bien spécifier à chaque sœur économe son genre d'emploi, pour qu'il n'y ait plus « de démeslé ny de brouhamini », les unes avec les autres. Il engage aussi les administrateurs à se pénétrer du contenu des lettres patentes et du règlement afin de ne recevoir personne en dehors des conditions voulues et de reprendre l'ancien usage de réciter des prières au début et à la fin du Conseil. C'est en résumé un rappel aux décisions prises en 1696.
Pour l'aumônier, il recommande le choix de saints prêtres ayant une conduite exemplaire, désintéressés tout en étant susceptibles de s'engager à catéchiser les pauvres, à célébrer les messes et services et à dire les prières de fondation. Quant à la messe des renfermés^ il serait préférable de la sonner à 6 heures et demie en été, à 7 heures en hiver
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et à Sheures, les dimanches et fêtes. Deuxfois par semaine, le catéchisme devrait avoir Heu dans la chapelle, ainsi que l'évêque l'a autorisé depuis peu de temps et, enfm, le chapelet être récité tous les soirs.
L'aumônier a sous sa direction tout ce qui concerne le spirituel. Il lui appartient de choisir, d'accord avec l'intendant des mœurs, les prédicateurs pour les fêtes et veiller à l'instruction religieuse ainsi qu'à la moralité de tout le personnel. En cas de difficulté, c'est à l'évêque qu"il devra s'en remettre. Il conduira les pauvres habillés de bleu aux enterrements et- services, veillera à la bonne observance du règlement et choisira des confesseurs pour l'hôpital.
Le grand reproche qu'il fait aux officières est de trop s'occuper les unes des autres, car, au moment où il écrit, il n'y a plus d'économe en chef. Le personnel de la maison comprend le maître d'école Bastard, qui s'occupe de l;i sacristie; M"" de la Fenêtre, supérieure; les trois sœurs Bourceau de la Touche, l'une placée à la salle haute, l'autre à l'infirmerie et la troisième qui a la charge des greniers et des caves; les deux sœurs Brunet, l'une à la salle basse et l'autre occupée à la direction de la couture; les deux boulangers,un tailleur, deux menuisiers, un directeur du travail, deux portiers et une portière.
Le P. de Montfort réédite nombre de prescriptions du règlement de 1696 et s'attache particulièrement à bien spécifier les devoirs des directrices ou économes (1). Il propose avec raison de faire distribuer le pain à 9 heures et le bouillon à 10 heures, dans des locaux munis de tables. Le soir, le souper aurait lieu vers 5 heures et un quart et
(l) Pauvert (abbé), Vie du vénérable Griçinon de Montfort. II. Uudin (Poitiers, 1876).
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même à o heures et demie, au sortir de la chapelle. Il termine en rappelant que nul pauvre ne doit demander l'auraône aux personnes qui visitent l'hôpital.
Ces indications fort intéressantes sont adressées Ti l'évêque, qui les approuve et les considère comme pleines de sagesse. Le saint homme ne peut arriver à les faire mettre en pratique, grâce, dit-il, aux intrigues et aux oppositions soulevées par la première directrice. Après son départ, la situation reste la même et le règlement de 1769, que nous ne possédons point, ne semble nullement avoir modifié celui de 1696.
L'état de l'hôpital général, dressé en 1764, nous fait savoir exactement le genre de population qu'il renferme. «■ On admet à 7 ans les enfants trouvés recueillis d'abord à l'Hôtel-Dieu, ceux du même âge de la ville et des localités d'où l'on retire l'aumône, àcondition d'être sans ressources. Ils sontnourris, vêtus et instruits (1). De même les vieillards qui, ne pouvant travailler, sont incapables de gagner leur vie. » Au début du xvni" siècle, le P. de Montfort parle de 400 pauvres hospitalisés dans cet établissement. Leur nombre augmente tellement entre 1725 et 1734, quand s'y établit le dépôt de mendicité, qu'on ne peut arriver à les loger tous. En 1740, une ordonnance royale prescrit de mettre dans les hôpitaux généraux les estropiés et les incurables sur simples certificats délivrés par les curés, les juges, les procureurs ou fabriciens des paroisses. Cette ordonnance ne nous paraît point avoir été exécutée à Poitiers qui, à cette époque, possède son hospice des incurables.
(1) Arch. nat,, ms. 677.
Le 28 février 1752, au cours d'une assemblée de toutes les corporations de la ville, il est décidé que l'on mettra les mendiants incapables de travailler pour vivre avec les pauvres renfermés (1). La note suivante, trouvée dans un état de la maison, dressé en 1764, nous dit qu'ils sont ordinairement de 500 à 600. « Le plus ou moins, ajoute-t-elle, dépend des circonstances du temps, que le bled est plus ou moins cher et que les charités sont plus ou moins considérables (2). » En 1 780, un second état nous fait savoir qu'on en compte en moyenne 700 (3). Ce chiffre nous paraît quelque peu exagéré.
Au début de chaque Conseil, les administrateurs reçoivent la liste des décès et par conséquent le nombre des places laissées vacantes à l'hôpital. Il est ensuite donné lecture des demandes envoyées par les indigents eux-mêmes, les curés des paroisses ou certaines personnes notables. En principe, tous les demandeurs doivent être de Poitiers ou des paroisses lui envoyant des aumônes. Cependant, parmi ceux qui sont admis séance tenante, il est facile de rencontrer bien des gens venus de loin et surtout des passants incapables de s'en aller pour cause d'infirmités.
Les admissions restent en principe toujours gratuites, mais cette gratuité cesse en partie, quelques années avant la Révolution. Tout d'abord, on exige une petite somme, comme droit d'entrée, des personnes venues du dehors. Plus tard, ce droit se généralise et s'applique à celles de la ville. Afin de leur permettre d'être reçues plus facilement, des gens charitables proposent à l'administration de les prendre moyennant un peu d'argent. Inutile
(1) Reg. cléL muii., no 107. — (2j Arch. aal., ms. 677. — (3) Arch. Vienne, cait. 01.
d'ajouter que celte taxe trappe durement les miséreux qui ne peuvent se faire aider par des gens charitables.
En outre des indigents dont nous avons parlé, l'hôpital accepte des femmes sur le point d'accoucher. On en trouve surtout pendant la durée du dépôt de mendicité. En 1726, il s'y produit 7 accouchements, et 5 l'année suivante. La matrone Jacquette Berthomé prend 41. pour chacun d'eux. La Limousine, qui lui succède, en 1735, les fait payer 5 1. La Pasquier augmente le prix et demande 6 1., en 1742. A partir de cette époque, les femmes enceintes ne sont plus admisesqu'à IHôtel-Dieu. De 1727 à 1738, on trouve une moyenne de 12 à 18 nouveau-nés en nourrice dans l'établissement.
En outre des enfants abandonnés ou très pauvres acceptés de droit, au-dessus de 7 ans, d'autres moins âgés peuvent également entrer à l'hôpital. Deux petites orphelines y sont reçues^ en 1775, moyennant 20 1., et un petit garçon de 5 mois, pour ôOl.L'administration accepte des bâtards, sous condition qu'il soit versé pour chacun d'eux environ 200 1. ou une pension annuelle allant de30 à 40et même à50 1.(1). Les exemples de ce genre se rencontrent assez souvent au xviii* siècle. Au surplus, l'hôpital devient, à l'occasion, une maison de correction dans laquelle des familles envoient des enfants, moyennant 12 l. par mois^ pendant quelque temps.
Un certain nombre de personnes viennent prendre pension dans la maison des pauvres. Ce sont, comme par le passé, des vieux prêtres ainsi que de vieilles dames et demoiselles. Au début du xviii^ siècle, on en compte de 4 à 6, puis, quelques années plus tard, de 6 à 8. Ce chiffre baisse pendant la durée du dépôt de mendicité, pour remonter,
(1; Arch. Vienne H*-18.
à 12 entre 1740 et 1750. 11 tombe à 7 en 1772, et atteint 21 en 1784. A celte époque, un certain nombre d'invalides y prennent leur retraite en abandonnant les 2 1. 15 s. par mois qu'ils reçoivent du ministère de la Guerre.
Le sort des fous n'est point meilleur à Poitiers que dans le reste de la France. Quand les familles ne les renferment pas, ils s'en vont au hasard dans les rues et ne sont mis en prison, avec menottes aux mains, que s'ils occasionnent des désordres ou accomplissent des actes de violence (1). Le 24 août 1645^ l'un d'eux est envoyé à l'hôpital des pestiférés, oià, sous prétexte qu'il est furieux, on le tiendra le temps nécessaire « en fers et enchaîné ;> . Le gardien lui donnera des vivres et de la paille « de fort loin qu'il advisera pour sa sécurité ». Les folles sont traitées plus humainement. Le 28 mai 1547, le maire déclare que, (' quant es folles, est d'advis qu'elles soient baillées en garde à leurs parens et aussy à aulcuns marys, si aulcunes en ont (2) «.Autrement, la ville devra les prendre à sa charge.
Le 5 août 1656, une malheureuse fdle séduite qui vient d'accoucher est atteinte de folie. On la place à l'hôpital de la peste en attendant que sa famille la réclame (3). Le procureur, de son côté, poursuit les parents d'une autre « réduite à périr de faim et de misère » , pour les obliger à la nourrir. Enfin, une nommée Aymée, atteinte de folie au moment de ses couches, est simplement admise à la Dominicale, tandis que son enfant reçoit une somme de 12 s. Il ne peut être élevé gratuitement, car, sa mère étant connue, il devient impossible de le mettre au rang des abandonnés.
(1) Reg. déL mun., n» 99, p. 33. - Id., n" 103, pp. 58, 84, 88. — Id., no 119, p. 118.— (2) W., n» 70, p. 32. BibL Poitiers, cart. 53 Ais. Reg.lO. — En 1G58, la Dominicale donne 4 1. par trimestre à une folle. — (3) Id., no 28, p. 166.
Le long du cimetière de l'hôpilal, l'administration fait construire une chambre contenant 4 lits, destinée à recevoir les épileptiques. On appelle ce très modeste établissement du nom de Château-Gaillard. A côté, se trouvent les loges réservées aux fous. Six sont construites par ordre de l'intendant pour recueillir ceux qui proviennent du dépôt de mendicité. Elles forment ce que Ton appelle le quartier de Bicêtre, dont il n'est guère parlé qu'à partir de 1777.
En 1779, les hommes s'y trouvent au nombre de 8 à 10 et même de 11 à 12, contre 2 à 3 femmes d'abord, puis 4 et même 6, vers 1784, Les fous passent ensuite de 14 à 25 pour tomber à 16 en 1790 et à 15, en 1791. Les folles subissent un accroissement semblable. Après avoir été entre 7 et 10, on n'en trouve que 6 en 1791 (1). De 1779 à 1786, nous n'enregistrons qu'un seul décès parmi ces malades, mais il en survient 8 l'année suivante et 2 en 1788. Pendant 12 années de suite, on ne constate qu'une seule sortie.
Malgré les minutieuses précautions prises par le règlement de 1696, la discipline est loin d'être strictement ob servéeà l'hôpital. Le 23 août 1697, les administrateurs prescrivent une enquête « sur les querelles et batteries entre les pauvres ». Une autre a lieu, l'année suivante, dans les mêmes conditions. Le 8 juin 1708, l'abbé de la Celle est chargé de réprimer les désordres qui se produisent dans la salle basse surveillée par M"« Louise ïrichet, avec ordre de renvoyer les femmes qui n'obéiront pas à cette directrice.
(1) Jusqu'en 1822, il n'y a dans un pavillon que 16 loges pour les femmes dont 8 au rez-de-chaussée et 8 au premier étage. Les hommes en possèdent 11 aurez-de-chaussée. Ce pavillon fut constiuit dans un terrain appartenant jadis aux Charitains, aux frais du Conseil général de la Vienne. — En 1828, on fit édifier de nouvelle loges pour les hommes. — En 1830, elles contenaient 28 fous et 18 folles. (Arch. Vienne, n' 3 liasse 17. — Bull. Soc. Agriculture de Poitiers, 1830.)
Aussi ne faut-il pas trop s'étonner de voir le P. Gri • gnon de Montfort écrire, en 17U2 : « C'est une maison de trouble où la paix ne règne point et une maison de pauvreté où le bien spirituel et temporel manquent (1). » Il s'emploie de son mieux à mettre un peu d'ordre dans les services. Ayant remarqué que les portions de pain distribuées chaque jour sont insuffisantes pour les jeunes gens et trop considérables pour les vieillards, il parvient à les faire modifier selon les âges et à obtenir qu'elles soient distribuées dans les réfectoires. Il se produit de la sorte une économie de 80 à 100 livres de pain par jour.
Cette réforme depuis longtemps attendue ne dure point. Les pauvres, loin de se grouper pendant les repas, ne cherchent au contraire qu'à les prendre isolément. Il est alors décidé de racheter le pain à ceux qui en ont de trop. D'après une décision prise en 1709, la farine employée à sa fabrication provient de 4 boisseaux de froment mélangés avec 2 de seigle et autant de baillarge.
Pendant longtemps, il n'est servi de la viande qu'une fois par semaine, le dimanche et aux grandes fêtes. A partir de la seconde moitié du xviif siècle, son usage devient constant (2). C'est ainsi qu'on en donne 4 livres et demie pour 12 pauvres, 12 livres pour 42, et 20 1. pour 60.
Dans ce milieu, qui comprend des enfants, des vieillards et des impotents mal nourris, sans hygiène età peine soignés dans leurs maladies, la mort fait de cruels ravages. Au début du xviii' siècle, et à partir surtout de 1706, les décès
(1) Pauvert (abbé), Vie du Vénérable Grignon de Montfort. (H. Oudin, Poitiers, 1876.) — (2) En 1699, il est acheté 16 L de viande par semaine à 8 s. la livre. En 1736, les 200 1. valent 60 L, soit 6 s. la livre. Les pois blancs sont payés 1 1. le boisseau. L'huile de noix vaut de 10 à 20 s. le pot, selon les récoltes. (Arch. Hôp.)
.irsur'A i/AX V su
sont de 15 à 20 par an. En 1709 on en trouve 98, dont 16 d'enlants âgés de G ù 10 ans (1). Ces chiffres augmentent graduellement pour se maintenir entre 30 et 40 jusqu'à la tîn de 1724. L'année 1713 offre un caractère exceptionnel, car, sur un total de 77, les enfants comptent pour 56, et, 6 parmi eux sont d'origine inconnue.
Avec le dépôt de mendicité^ la mortalité augmente dans des proportions énormes. En 1725, les décès, qui se montent à 145, comprennent 45 enfants, dont beaucoup de naissants. En 1726, sur 94 on en trouve encore 34, Ils passent à 186 en 1729, pour atteindre un maximum de 200, en 1731, puis redescendre à 148, avec encore 55 enfants de 1 à 60 jours. Ces chiffres diminuent à la suite du déport des vagabonds et se maintiennent généralement dans une moyenne de 50 à 60. Leur maximum est de 103, en 1766. Au cours des années qui précèdent la Révolution, ilssontd'environ 47, Nous devons remarquer qu'à partir de 1760 L" mortalité ne présente guère que deux unités, et encore, certcines années, tombe-t-elle à zéro.
Les vieillards meurent en assez grand nombre entre 70 et 80ans. Jacquette Charrier succombe le 18 janvier 1748 à 98 ans et François Audinet, le 5 novembre 1751, à 99, Celui de tous qui arrive à l'âge le plus avancé est Louis Frappier de Charrier, originaire de Charroux,Il décède le 17 décembre 1748, à 103 ans. On voit qu'ils étaient assez nombreux ceux qui, jadis, dans les classes les plus misérables de la société, atteignaient un âge fort avancé, comme nous le démontrent les registres obituaires de l'hôpital général.
En résumé, pendant le xviii" siècle, certaines modifications se produisent au règlement de la maison, au point de (1) Bibl. Poit., reg. 270,271, 272, et arch. greffe Tribunal civil.
vue de la distribution des aumônes. Les pauvres du dehors ne
sont plus secourus^ tandis qu'on élimine graduellement les Éj
enfants au-dessous de sept ans, de mêmequeles contagieux
et les incurables. On n'accepte désormais que les vieillards
ou les impotents susceptibles de se livrer à quelque travail.
L'admission, d'abord gratuite, ne s'obtient guère par la
suite que moyennant une petite somme d'argent.
Quelques années avant la Révolution, il est installé des loges pour les fous et les malades atteints du mal caduc. C'est ainsi que se complète le personnel des renfermés, dont le nombre augmente avec le temps. Ramassé pour une bonne part dans les bas-fonds de la société, il apporte en entrant à l'hôpital toutes ses tares physiques et morales.
Le désordre et la paresse sont toujours à redouter, etseule une discipline de fer peut, grâce aux administrateurs, maintenir un peu d'ordre et de régularité à l'intérieur de l'établissement.