‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 27 sur 34 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le budget de l'hôpital général au XVIII« siècle

A la fin du xvii« siècle et au début du xviii', la situation financière de l'hôpital général est encore peu brillante. Ses recettes, qui atteignent, en 1697, un total de 8.802 1. 19 s. 11 d.,sontconstituées surtoutparles contributions annuelles du clergé, qui varient entre 1.600 et 2.000 1. (1). Quant aux laïcs il ne faut plus compter sur eux. C'est à peine si cette même année ils versent aux renfermés la faible somme de 275 1. Un collecteur, spécialement chargé de recevoir leurs taxes, peut difficilement, de 1696 à 1700, en obtenir 1.1 73 l, G s. Ce résultat, ayant été trouvé peu brillant, est cause qu'on le remercie (2). Seuls, les juges consuls donnent

(1) Quelques années plus tard, en 1701, certains curés de la ville sont taxés ainsi : celui de Saint-Cybard à 5 I. 6 d. — St-Porchaire à 6 1. — Sainte-Opportune, 4 1. — Résurrection, 3 1. — Saint-Savin, 4 1. — Sainte-Radegonde, 4 1. — Monlierneuf, 3 1. — Notre-Dame-l'Ancienne, 2 1. — Chambier, prêtre, 3 1. — Garnier, prêtre, 11. — etc. :

(2) En 1608, l'Intendant refuse de vérifier le rôle des laïcs. Le 5 janvier 1699, les administrateurs sont d'avis de ne point réclamer le reliquat de 1695 à 1698. Seule, cette dernière année reste exigible et Porcherie encaisse les arriérés, moyennant une légère remise. Plus tard en 1708, Guzeau, ofTre de s'en charger moyennant 150 1. plus2 s. par livre sur les sommes recouvrées au-dessus de i.500 1. Son ofîre ayant été acceptée sous la caution du notaire Darbcz, il abandonne son marché après avoir sans doute constaté l'inutilité de ses efforts. En 1701, les communautés laïques versent 616 1. puis 328 1., 17 s. en 170o, et

encore 100 1. par an, le jour de leur nomination. Au cours des nombreuses famines survenues au xviii* siècle, les Intendants du Poitou obligent, comme nous avons vu, les habitants à se cotiser en faveur des pauvres, mais ces cotisations ne sont que temporaires.

Les revenus qui proviennent des aumôneries réunies, des chapitres et des abbayes produisent, en 1697, la somme de i.263 1. 9 s. Le casuel est extrêmement variable chaque année, sans toutefois dépasser 597 1. par an. Il résulte surtout des charités particulières et des legs testamentaires.

Louis XV, désireux de faire cesser la mendicité en France, ordonne, le 18 juillet 1724, de renfermer les mendiants dans les hôpitaux généraux qui existent en province. En Poitou, ceux de Poitiers, de Niort et de Fontenay sont désignés pour les recevoir. Afin de subvenir à leurs besoins, un arrêt du Conseil, du 23 janvier 1725, vient déclarer que « toutes les aumônes, sans exception^ tant en argent qu'en pain^ grains et autres denrées que communautés religieuses, abbayes, prieurés, commanderies et autres maisons de piété étoient en usage et possession de faire et de distribuer à leurs portes, tant aux passans, pellerins et mendians que toutes autres sortes de personnes, indistinctement, seroient à l'avenir délivrés, selon l'allocation faite par les Intendans, selon les cartulaires, fermes et autres titres représentés par les communautés, abbayes, prieurés, commanderies ou leurs fermiers, dans la quinzaine du jour et à la diligence des administrateurs des hôpitaux, faute de quoi elles seroient évaluées par l'Intendant, sur les mémoires fournis par les administrateurs (1). Ordonne en outre

438 1. 10 s. en 1706. Ces versements proviennent surtout du Présidial et de l'Election.

(l)Arch , Vienne C. 61.

que les aumônes qui se faisoient dans l'étendue des élections de Poitiers, Confolens, Chàlellerault et Thouars seront appliquées k l'hôpital de Poitiers, et que ceux qui en sont tenus seront contraincts par les voyes ordinaires, à la requeste des administrateurs, chascuns en ce qui les concerne, de leur en faire la délivrance annuellement en un ou plusieurs termes, selon les conventions qui seront par nous appréciées. L'Intendant aura la connoissance de toutes les contestations qui pourront naître de ces réunions, et ses décisions seront exécutées par provision, nonobstant opposition, sauf appel au Conseil. »

En vertu de ses pouvoirs, l'Intendant Jean-Baptiste des Gallois se met en devoir, le 7 avril suivant, d'appliquer cette ordonnance, après en avoir été requis par les administrateurs de l'hôpital. Il s'adresse tout d'abord à Gilles Loistron de Ballon, abbé commendataire de Saint-Léonard de Ferrières, paroisse de Bouillé-Loretz, près de Thouars, et lui prescrit de donner chaque année, à la Saint-Jean et à la Saint-Michel, « 40 septiers de blé mouture valant seigle, mesure de lad. abbaye, soit à raison de 12 boisseaux au septier », Le subdélégué de Thouars est chargé de l'exécution de cette décision qu'il fera lire le dimanche au prône. Les habitants reçoivent l'ordre de ne pas s'y opposer, sous peine de poursuites.

L'abbé, après avoir été en appel et perdu son procès, le 10 janvier 1722, obtient cependant en partie gain de cause. Sa quote part est légèrement diminuée par un arrêt du 10 septembre suivant. Il ne devra plus donner aux pauvres de Poitiers que 30 septiers de blé au lieu de 40, car, depuis 3 ans que l'abbaye lui a été laissée en commandite, il a distribué chaque semaine et souvent chaque jour, à ses

vignerons, pendant l'hiver, une certaine quantité de grains. Comme ils travaillent à ses vignes tant que dure la belle saison, et ne gagnent sans doute qu'un maigre salaire, il faut les nourrir le reste du temps, sans quoi ils iraient gagner leur vie ailleurs.

Les ordonnances de l'Intendant concernant les contributions des maisons religieuses se renouvellent jusqu'en 1733, et même un peu plus tard. Si quelques bénéfîciers acceptent cette charge sans aucun murmure, d'autres, au contraire, s'y opposent, sous prétexte qu'ils ne doivent point d'aumônes, ou que ces rentes en nature sont trop élevées. Chacun d'eux est alors mis dans l'obligation d'exhiber les titres des anciennes donations faites en faveur des pauvres,mais la plupart viennent déclarer qu'ils sont perdus depuis longtemps. Des procès s'engagent avec les administrateurs de l'hôpital (1). On les porte d'abord devant l'Intendant, puis, en dernier ressort, au Conseil du roi.

Le 27 avril 1725, les moines de Valence prétendent n'avoir aucun titre concernant leurs charités, car elles ne sont que purement volontaires. Ils ne doivent rien en ce qui concerne les fondations, et leurs libéralités se réduisent simplement à une hospitalité honorable accordée aux passants, à quelques dislributions.de pain faites aux journaliers des environs ainsi qu'aux censitaires, quand ils en ont besoin. Les religieux n'ignorent pas que la loi du Seigneur oblige tous les fidèles à donner l'aumône. « Celles qui ont

(1) On trouve parfois d'étranges coutumes. Des abbés distribuent une certaine quantité de blé à la porte de leurs monastères deux ou trois fois par semaine ou seulement le dimanche. Ces distributions n'ont lieu que pendant 6 ou 7 mois, le plus souvent au cours du carême, et surtout delà semaine sainte. Le prieur de Saulgé se contente de donner un pain de seigle le jeudi saint, (kl.)

lieu, ajoutent-ils, dans leur maison et abbaye sont volontaires, pour assister les pauvres de leur voisinage, lesquels ne recevant rien de l'aumône qu'on porteroit à l'hôpital, ils seroient exposés à leur fureur qui les volleroient et brusleroient leur maison. Que, ces accidents estant desjà arrivés, ils ont tout lieu d'en craindre les suittes. Qu'ils sont prêts à faire le serment qu'ils n'ont aucun titre de fondation pour les aumônes. » Malheureusement, l'obligation qui leur incombe de distribuer 14 aumônes générales pendant le carême, deux fois par semaine, de la valeur de 100 1., est connue des administrateurs. C'est pourquoi on les condamne à donner tous les ans 132 boisseaux de blé et 20 1. en argent.

Le 31 janvier 1726, le prieur de Saint-Michel de Thouars prétend que son bénéfice n'est chargé d'aucune aumône. Il doit seulement loger et coucher quelques passants malades, ce qui lui coûte 20 1. pour en être déchargé. A leur tour, les administrateurs observent qu'il doit en outre donnerun morceau de pain à tout pauvre qui se présente et entretenir 15 à 20 lits avec un concierge dans son hôpital.

L'abbé de Saint-Laon de Thouars déclare n'avoir aucune aumône fondée, ni même être fixé sur la « quotité ou qualité » du pain à donner. Il en distribue à Thospice de la Miséricorde et aux enfants, mais jamais aux pèlerins, pas plus qu'aux mendiants.

Le prieur de Lathus fait librement ses charités sans y être obligé. Celui de Saulgé ne possède aucun titre ni aucun revenu pour cela, mais cependant donne aux pèlerins et aux passants. L'abbesse et les religieuses de Saint-Jean de Thouars, qui trois fois par semaine sont tenues de distribuer aux indigents « un pain de mouture de 4 pouces au

carré, pesant environ 3 quarterons ». ont depuis une vingtaine d'années abandonné cet usage. Elles se contentent de leur donner quelque peu de bouillon.

L'abbaye de Nouaillé faitl'aunaône deux fois par semaine, à la porte du couvent, à partir de Noël jusqu'àla Saint-Jean. Elle consiste dans un naorceau de pain de méteil « de telle grosseur et quantité que l'abbé et ses moines jugent à propos selon la fertilité ou stérilité des années » .

Du reste, elle n'est que volontaire et ils ne l'accordent qu'aux seuls pauvres de la paroisse.

Comme nous avons déjà dit, les administrateurs de l'hôpital, en présence de certaines mauvaises volontés et de certaines oppositions, se voient dans l'obligation d'intervenir. Ils discutent avec acharnement les intérêts de la maison en s'appuyant, faute de titres, sur des usages connus. Quand aucune entente amiable ne peut intervenir, ils n'hésitent point à demander la saisie des revenus des bénéficiers. Les procédures qu'ils entament se poursuivent une dizaine d'années de suite, mais généralement, sans qu'il y ait de leur part des revendications vraiment exagérées. Dans le compte de 1731-1732, on constate que 16 établissements religieux, sur 33, se conforment seuls à l'ordonnance du roi.

Le recouvrement de ces sortes de renies a lieu en nature ou en argent. Quand les grains proviennent de localités pas trop éloignées de Poitiers, il est d'usage de les faire transporter dans le grenier de l'hôpital. Autrement, des marchés sont passés avec les fermiers des abbayes et des prieurés, qui versent tous les ans une somme déterminée après entente par acte notarié.

Les aumônes réunies, comme on les désigne habituelle-

JUSQU'A 1;AN V bi9

ment, s'ajoutent, dans les comptes, à celles obtenues déjà, en 1 658 et 1 683. La plupart d'entre elles ne sont point régulièrement payées. Il arrive môme parfois que les pauvres ne les reçoivent point, quand les récoltes ont été mauvaises (1). Des procès en résultent, suivis d'arrêts ou d'ententes plus ou moins bien observés. Dans un état de 'i764, ces aumônes représentent une moyenne de 4.623 I. 2 s. Malheureusement, on trouve une petite note dans laquelle il est dit « qu'il y a beaucoup d'abbés et de prieurs qui se sont soustraits à l'arrêt de 1725 ».

Il est difficile d'évaluer exactement jusqu'à la Révolution ce que donnent les revenus de ce genre, car la plus grande partie des grains qui en proviennent est employée à la nourriture des renfermés (2). Ces grains ne figurent que pour mémoire au chapitre des recettes et il est impossible d'en établir la valeur réelle à une époque où elle éprouve d'énormes variations. Les sommes provenant de ceux qui sont vendus par les soins du Bureau ou par certains fermiers peuvent être seules mises en ligne de compte.

Voici quelques-uns des chiffres que peuvent atteindre les recettes de ce genre dans la seconde moitié du xviu*^ siècle.

Années Receltes

(1) En 1779, lesAugustins de Monimorillon donnent du vieux blé et du vieux seif,'le en mauvais état. Ils ne veulent le racheter que pour 22 s. le boisseau, au lieu de 23 s., prix qui leur est demandé.— (2) Pièce justif. no 9.

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Annoes Recettes

Il est facile de remarquer que ces rentes tendent à augmenter de valeur à mesure que l'on se rapproche de la Révolution. Quoique fort variables, on peut les estimer à une moyenne qui va de 10.000 à 12.000 1. Données en principe pour l'entretien des mendiants et vagabonds mis en 1725 à l'hôpital général, elles devaient cesser d'être perçues, le 1" octobre 1732. Un arrêt du Conseil du 19 août de la même année les prolongea pour tous les hôpitaux établis dans la généralité.

A côté de ces rentes, il en est d'autres du même genre qui proviennent de la location des terres et maisons des aumôneries de la ville ou des environs. Elles se montent, en 1700, à 729 l. 3 s. 8 d. Plus tard, on les voit augmenter et atteindre 1.151 1. en 1750-51. Cette augmentation se continue et les recettes en arrivent à 1 .2601. en 1762-63, puis à 1.375 1. en 1771. Elles tombent à 915 l. en 1780, mais étant donné qu'il reste 635 1. impayées, on pourrait considérer le total de cette même année comme étant de 1.550 l. Du reste, en 1784^11 est porté à 1 .619 l.avec en plus 7301. non rentrées. Les revenus de ces ^fermages sont habituellement fort variables et le plus souvent assez difficiles à percevoir.

(1) Non rer.n, 2024 1. — (2) Id., 2.2501. 12 s. — (3) Id., 2.490 1. — (4) Id., 1.685 1. — (5) Id., 3.403 1.

A côté des rentes provenant des biens fonds, il en est d'autres dites perpétuelles. Celles qui sont à la charge du clergé de Poitiers atteignent environ 2.000 1. par an. L'argent placé rapporte, en 1750-51, une somme 2.364 1. 17 s. 4 d., qui tombe à 2.299 1. 7 s. 4 d., en 1755-56. Ce chiiïre se maintient ensuite sans beaucoup de changements. Il est de 2.0181. en 1775 et reste à peu près le même jusqu'à la Révolution. Malgré quelques retards, le paiement de ces rentes s'effectue avec assez de régularité.

Le chapitre du budget de Thôpilal qui concerne les rentes constituées ou remboursables est un des plus importants de tous. Elles proviennent de deux sources bien distinctes. La principale résulte de legs ou de donations faites sur des terres ou des maisons par nombre de personnes désireuses d'obtenir des messes perpétuelles ou simplement les prières des pauvres pour le repos de leur âme. Des sommes d'argent sont aussi données dans ce but, mais à condition d'être placées chez des gens solvables. La seconde provient des bénéfices réalisés sur les dépenses annuelles. Ajoutons que ces bénéfices, plutôt rares, restent toujours fort peu élevés.

Les fonds disponibles sont surtout empruntés par les corporations, les communautés religieuses, les grandes administrations et même par l'Etat. En 1714, parmi les emprunteurs, nous trouvons les maçons et tailleurs de pierres, les selliers, les tailleurs d'habits, et,plus tard, en 1 870, les bouchers et les boutonniers (1). Les juges consuls figurent avec les procureurs au Présidial parmi les débiteurs de l'hôpital. En 1770, on trouve les aides et gabelles, les com-

(1) Pièce just., no 9.

missairès des guerres, le clergé de France, le bureau des finances, les étals de Bretagne, les Bénédictins de Poitiers avec ceux des Noyers et les religieux du Bois-d'Aslonne.

En 1751-52, les rentes de ce genre atteignent 6 079 1. 4 s. 8 d. En 1768, elles se montent à 11.549 1. 14 s. 10 d. pour descendre, l'année suivante, à 4.932 1. 17 s. 7 d. F^eur moyenne est, entre 1775 et 1780, d'environ 4.3001. Au reste, les débiteurs les payent assez irrégulièrement, ce qui occasionne de notables différences dans les budgets annuels.

Le revenu casuel, plus incertain que les autres, n'en est pas moins l'un des plus importants. Il est constitué par diverses recettes fort variables, dont la plupart découlent de la générosité des habitants. D'après les lettres patentes de 1675, ceux qui sont reçus à certains emplois doivent une taxe à l'hôpital général. Piorry, qui, le 14 juillet 1770, se fait nommer procureur, doit verser 6 1., ainsi qu'il est d'usage parmi ses confrères. Un receveur des tailles de Thouars est taxé à 24 1., de même qu'un contrôleur des finances. Les gens des métiers admis à la maîtrise donnent 6 1. Le H novembre 1770^ nous trouvons 10 réceptions à divers offices pour lesquelles il est payé 120 1. Les avocats sont taxés à 12 1. Notons, en passant, qu'on prélève ces sommes sur chacune des nominations de fonctionnaires faites dans la généralité du Poitou.

Les aumônes et les dons provenant des ecclésiastiques et des laïcs, en faveur des pauvres renfermés, sont assez nombreux (3). Plusieurs ont lieu de la main à la main par des donateurs qui restent souvent anonymes. Les administrateurs se montrent en toute occasion fort charitables sur-

(1) Un prêtre de Thouars, nommé René Morille, lègue 6.000 1., en 1704, à l'hôpital (Arch. hôp.).

tout quand les besoins de la maison deviennent trop pressants. Il semble que l'hôpital attire, au xvin* siècle, d'une façon très particulière, les aumônes des habitants de Poitiers.

Les évêques sont parmi ses plus généreux bienfaiteurs. L'un d'eux, Antoine Gérard, lui laisse en mourant tous ses meubles, qui sont rachetés ensuite par son successeur Jean-Claude de la Poype de Vertrieux, moyennant une rente de 400 I. En 1758, Jean-Louis de la Marthonie de Caussade lui lègue 4.8001. En plus de ces dons, il en est qui abandonnent aux pauvres quelques-unes des rétributions qu'on leur doit. Ainsi, les dispenses de bans de mariages payées de 3 à 101., les autorisations de se marier entre parents, qui sont taxées entre 15 et 60 l., les permissions de faire gras en carême, accordées moyennant 2 l. et 2 l. iO s., et enfin, le droit d'avoir des chapelles particulières, qui chaque année coûte 24 1. En 1776, ces sortes de chapelles rapportent seules 1.146 1.

Les aumônes des laïcs ne le cèdent point à celles du clergé. Le legs le plus important est celui fait par Mathurin Dubois de Carqueville, ancien trésorier général des finances à Poitiers, par son testament du 8 janvier 1720 (1). Il donne à l'hôpital 25 actions de la Compagnie des Indes et autant à l'Hôtel-Dieu. Une fois vendues, l'argent qui en provient, auquel on ajoute une somme de 49.0001. produite par la réalisation de rentes constituées et foncières, est malheureusement employé à l'achat de billets de banque. Après leur liquidation, il ne reste plus que 68.3271. 13 s. 4d.,que l'on prête ensuite au maire et aux échevins pour l'achat des

(1) Min. Junot, notaire à Paris. — Il fit aussi des dons à l'iiôpital général de cette ville.

charges municipales, moyennant un intérêt de 5 pour cent (1). Cet intérêt, qui est bientôt réduit à un pour cent, d'abord, remonte ensuite à deux pour cent. Un tel placement rapporte chaque année 1.242 l. 6 s. 6 d., payables sur les gabelles (2). En réalité, les pauvres subissent une première perte résultant de la faillite de Law et une seconde par la faute de la municipalité, qui n'hésite point à utiliser l'argent des pauvres à son profit.

Le 10 février 1710, l'évêque est prié par les administrateurs de vouloir bien écrire à Paris afin d'obtenir une loterie en faveur de l'hôpital. Le 18 mars de l'année suivante, elle est autorisée, et Desmarets, contrôleur général, écrit qu'elle sera de 200.000 1. On émettra 700 billets à répartir dans divers bureaux des généralités de Poitiers et de La Rochelle. Sur les trois lots les plus importants, qui sont de 30.000 l., 20.000 l. et 10.000 !.. les pauvres auront 15 0/0 sur le premier et seulement 10 Ô/O sur les autres (3). D'après ce barème, la somme qu'ils toucheront pourra atteindre 23.0001. Nous ignorons si cette loterie eut du succès. En tous cas, une seconde, faite en 1771, rapporta 1.200 l.

Un revenu plus certain est celui qui chaque année provient des aumônes que l'on fait au travail des dames de Poitiers ou bien au sermon des retraites de carême. Tout d'abord, les réunions se tiennent dans l'une des salles de l'hôpital où les travailleuses viennent s'asseoir sur des bancs. Il est acheté à l'avance une certaine quantité de toile qu'on leur donne à coudre, pendant qu'une quête a lieu au profit des pauvres.

Dans la seconde moitié du xviii^ siècle, les réunions de

(1) Min. Bourbeau notaire. — Ueg. dél. mun . n» 141. — (2) Pièce just,, n» 9. — (3) Arch. Vienne, H* 18.

ce genre se tiennent à Saint-Porchaire, où, par les soins des administrateurs, sont portées des chaises louées au profit de l'hôpital. Une annonce du 16 mars 1776, insérée dans les Affiches du Poitou, en parle de la sorte : «Voici le moment où vont commencer les assemblées édifiantes ou la vertu veut consacrer ses mains à l'indigence ; où des doigts accoutumés à s'exercer sur un tissu léger vont, pendant quelques heures, travailler la toile grossière ; où 200 femmes enfin se rendent secourir les pauvres et les hommes cèdent aux sollicitations des femmes. » Le journaliste avous son admiration pour cette vieille institution connue sous le nom de » travail des pauvres », mais il en ignore l'origine (1). Un correspondant anonyme lui répond que les assemblées avaient lieu jadis fort nombreuses dans une des salles du collège Sainte-Marthe. Des hommes de goût y prononçaient des discours sur des sujets de morale. Depuis^ des ecclésiastiques les ont remplacés (2). Il demande, en terminant, que l'on revienne aux anciennes traditions, avec, sans doute, le secret espoir de faire admirer son éloquence devant un auditoire composé de femmes appartenant à la plus haute société de la ville.

En 1780, le travail des pauvres est transporté aux Augustins, et le sermon d'usage prononcé dans la chapelle de ce couventparun prieur dont le nom nousestresté inconnu(3).

(1) Bibl. Poitiers. Aff'.du Poitou, année /775,p.45. — (2) L'abbé Bobe prétend que ce fut un officier du régiment du Roi qui proposa à l'Intendant de transporter cette Assemblée au collège des Jésuites et qui, le premier, fit l'exhortation pendant le travail. (Bull. Soc. Agriculture de Poitiers, 1830.) — (3) P.Rambaud, le Rôle des femmes de Poitiers, au point de vue de l'Afisistance publique. (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 3e série.) — En 1779, les recettes de l'hôpital général portent 18 1. pour chaises louées à Saint-Porchaire, Ce fut donc, en 1780, que le travail de charité débuta dans la chapelle des Augustins.

Bellin de la Liborlière parle ainsi de ces réunions : « Aux jours et heures indiqués par des billets imprimés et distribués dans les maisons riches, les dames arrivaient en foule et trouvaient tout préparé : du fil, des aiguilles, des toiles et étoffes de laine taillées d'avance pour confectionner différentes pièces d'habillement destinés à l'hôpital général (1). Pendant deux ou trois heures qu'elles employaient à cette œuvre de charité, un prédicateur les entretenait de la parole de Dieu, et d'abondantes aumônes étaient recueillies par des quêteuses distinguées» . Il termine en ajoutant que les femmes les plus élégantes de la ville assistaient à ces assemblées.

Les quêtes, faites d'abord par les supérieures de l'hôpital, rapportent, en 1710, la somme de 367 1. 2 s. 1 d. En 1718, celle de 219 I. 18 s., plus 2 1. pour location de chaises, puis 453 l., 2 s. 1 d. l'année suivante. En 1742, nous trouvons 642 L 2 s. 4 d. et, en 1745, seulement 529 1.3 s. En 1769, ces aumônes atteignent 603 1. 15 s., mais, en 1771, à cause de la misère publique, il est amassé 1.242 1. en février et 1713 1. en mars, sans compter un don de 1.200 1. fait par l'évêque (2). En 1775, le montant des recettes est de 1.091 l. et ne varie plus guère jusqu'à la Révolution.

Les troncs, même ceux que l'on met spécialement pour les enfants, ne rendent point beaucoup de services. En 1701 , ils rapportent encore 81 1. 6 s. 5 d. et, les années suivantes, plus rien du tout. En 1736, les administrateurs refusent même de les faire ouvrir, «jugeant qu'il n'y avait pas dedans

(1) De la Liborlière, Vieux souvenirs de Poitiers d'avant 1789, p. 10. — (2 ) En 1707, on achète pour quêter 12 boîtes de fer blanc moyennant 10 1. 16 s. (Arch. Hôp.).

de quoi les faire refermer ». Quant aux aumônes qui ont lieu à l'occasion du carême ou du lavement des pieds dans les églises el communautés de la ville, elles restent toujours les mêmes. Il en est ainsi de celles que l'on perçoit lors de l'assistance des pauvres aux enterrements. Les unes el les autres sont toujours peu élevés.

Les recettes provenant des pensionnaires de l'hôpital figurent également au chapitre du casuel. D'abord peu nombreux, ils ne versent que des sommes insignifiantes. Entre 1730 et 1753, nous trouvons 1.575 1. et 1.625 1. quelques années plus tard, en 1757. Après avoir atteint 2.3921. en 1758, le montantdes pensions s'abaisseà 1.5191. en 1765 et même à 1.3701. en 1770. Cette décroissance s'accentue pour arriver à 573 l. en 1773 et même 400 1. en 1774. La maison récupère une partie des pertes qui se produisent en hospitalisant, à raison de 6 s. par jour et par tète, le trop plein du dépôt de mendicité. Elle obtient de la sorte une encaisse supplémentaire, variant entre 1600 et 1.800 l. A partir de 1783, toutes les pensions réunies se montentà2.830 l. 4 s. pour arriver à 4.5531. 15 s. en 1784 et redescendre à 3.035 l. 6 s. l'année suivante (1). C'est ainsi qu'à la veille de la Révolution les recettes de ce genre prennent une certaine importance.

Dans le but de faire des économies, l'administration se décide, comme nous avons vu, à racheter aux pauvres le pain qu'ils ont en trop. Grâce au gaspillage qui se continue, celte mesure, ne donnant aucun résultat appréciable, finit par disparaître. Il en est de même pour la vente du vin à ceux qui ont la permission d'en boire. Cette vente porte

(1) Les pensionnaires sont de 15 à 20 à cette époque, sans compter les mendiants du dépôt. (Arch. Hôp.)

sur une moyenne de 50 à 60 barriques par an. A vrai dire, le liquide qu'on leur fournil n'est pas toujours de bonne qualité. En 1765, par exemple, on achète 9 barriques « de vin poussé » valant chacune entre 15 et 21 1. (1). En général, le rouge est de beaucoup préféré au blanc.

Chaque année se vend le son provenant du blutage de la farine, de même que la charrée ou cendres ayant servi aux lessives. Dans les bonnes années, une partie des légumes du jardin est portée au marché. Toutes ces ressources sont de minime importance. Il en est ainsi du produit de la vente des vêtements des pauvres décédés qui ne rapporte guère que de 10 à 20 1. par an.

Le but de Louis XIV en créant les hôpitaux généraux est non seulement de mettre un frein à la mendicité, mais encore de soumettre chaque pauvre à un travail approprié à ses forces. Il veut, comme il est dit dans un état de celui de Poitiers, dressé en 1764, « en bannir la fainéantise et contenir ceux qui les habitent dans l'usage du travail, plutôt que par intérêt ». Au reste, les administrateurs ne sont pas longtemps à constater que le produit retiré d'un tel travail reste toujours insignifiant.

Tout d'abord, les pauvres sont autorisés à se louer en ville pour y faire des journées. L'un d'eux obtient, le 12 juillet 1797, la permission de s'absenter de la sorte pendant 8 jours. En 1709, deux autres refusent de remettre au re-

(1) En 17G!'), le bon vin vaut 23 L la l)arriqu(3. En 174!), il est vendu aux pauvres 100 bouteilles du vin des caves de l'inlirmerie el 2 bouteilles d'eau vulnéraire pour 6 1. (Arcli. Hùp.].

irsQU'A i;a\ v oi»j

ceveur la moitié de la somme qu'ils ont louohéeet qui revient de droit à riiôpital. A partir de celte époque, l'on voit cette habitude se continuer régulièrement sans donner lieu à d'autres observations de ce genre.

En revanche, la manufacture occupe un personnel de plus en plus considérable. Elle comprend d'abord une filature de laine, de lin et de chanvre à laquelle s'ajoutent une fabrique de bas, de bonnets et de serge, puis, plus tard, une autre filature de coton. Elle reste toujours confiée à la haute direction d'un intendant ayant sous ses ordres une ou deux gouvernantes. Les marchandises qui en proviennent sont vendues soit directement au public, soit à des marchands de Poitiers (i). Gomme résultat, au début du xviii" siècle, les receltes, d'après les registres plus ou moins bien tenus par les directrices ou supérieures, ne laissent pas plus de 500 à 6001. de bénéfice, chaque année.

Les comptes, allant du 10 juillet 1745 au 9 juillet 1747, nous donnent un aperçu de la façon dont fonctionne la manufacture. Chaque semaine, pendant l'été, il est payé aux travailleurs une somme moyenne de 16 à 18 1. qui peut monter jusqu'à 43 1. et même à 70 1. (2). Pendant l'hiver, les feuilles de paye n'indiquent guère que 4 1. et parfois, mais bien rarement, 7 1. et 11 1. En réalité, les journées deprése'nce au travail ne produisent, pendant deux ans, qu'une recette de 2.054 1. 6 s. 6 d. au profit des pauvres.

L'achat des laines se fait à Poitiers, Châtellerault, Loudun, Le Mans, La Flèche et Châteauroux. 11 atteint, pendant les deux années dont nous venons de parler, une

(l)De 1704 à 1720, on trouve, parmi les noms do marchands, ceux qui suivent : M""; Huguet, Auriou, M""= Gautier, iJertholeau, Quinsay, Josereau, Sterlig, René Jourdain, Lavigne, Daniaud, Oliivier, Boutain, Lévêque. — (2) Arch. hùp.

6.267 1. 17 s. Les huiles et teintures à 934 1. 13 s. Les étoffes à 455 \. 3 s. et les frais divers à 864 1.

La vente principale des produits manufacturés avait lieu, au milieu du xviii* siècle, non seulement à Poitiers, mais encore au Mans, Amiens, Châteauroux et La Flèche. En réalité, ces contrées envoyaient, pour la plupart, leurs laines à l'hôpital et en recevaient à la place des marchandises ouvrées.

Le 9 juillet 1747, l'inventaire de la manufacture donne les résultats suivants :

Laine et marchandises en graisse 6.472 l. 9 s.

Bas, bonnets en premieretdernierapprêt. 2.457 L 12 s. 20 d.

Ustensiles de la manufacture 1.025 \. As.

Etofîe en magasin 827 1 .

Dettes actives 8.260 1.13 s. 6 d.

iSi nous examinons la répartition des profits obtenus, nous avons :

Moitié du produit du travail des pauvres. 1.201 1. 0 s. 1 d.

Moitié de l'ouvrage du dehors 476 1 . 15 s. 8 d.

Moitié du moulin à foulon 276 1.

Moitié de la bonneterie 1.206 1. 18 s. 5 d.

Le résultat total est le suivant:

Recettes 18.695 1. 7 s. 10 d.

Dépenses 10.577 1. 7 s. 6 d.

Reprise par le comptable 8.118 1. Os. 4 d.

Cette reprise comprend, pensons-nous, tout le matériel. Du reste, le compte donné par le marchand Jacques Brucelles, du 1" juillet 1754 au 1" juillet 1755^ est très net à cet égard.

Les recettes proviennent des marchandises vendues à

Bourges, Amiens, Beauvais, Rouen, Cormery en Touraine, Amboise, Orléans, Gournais, etc., se montent à 9.828 1. 7 s. Les dépenses pour la même année sont :

Feuilles de semaine et menus frais iMTS 1. 16 s. 4 d.

Dépenses particulières 1 9"^^ 1- 19 s.

Marchandisespour l'entretien des pauvres. 99;") 1. 8 s.

Avec l'achat des matières premières, telles que laines venues de La Rochelle, Saintes et Jonzac, les dépenses atteignent 8.827 1. 13 s. 4 d. Le bénéfice net ressort pour l'année à 1.000 l. 13 s. 8 d. C'est une moyenne assez ordinaire pour la seconde moitié du xviii' siècle.

L'inventaire du 5 mai 1769 nous indique en détail le genre de fabrication auquel se livrent les pauvres renfermés. On trouve dans les magasins :

39t> douzaines et 9 bonnets doubles communs pour hommes à 9 1. la douzaine.

81 douz. bonnets lins pour liommes. . . .

10 douz. bonnets dits communs à 8 1 ... . 190 douz. et 3 bonnets simples à •') 1

0 douz. bonnets cadits fins à 9 1

1 1 douz. et 3 bas cadits fins à 20 1

10 douz. bas de femme fins à IG 1

<j douz. et 3 bas cadits à 33 1

'.'} douz. bas de femmes très fins à 22 1.

2 douz. embures très fins à 10 1

2 douz. et îj paires de bas de femmes communs à9 1 22 1.

Viennent ensuite ces mêmes marchandises en premier apprêt ou en graisse, plus 2 pièces de serge en 72 aunes, à 30 s. l'aune; 200 «( d'échardons » ou chardons à foulon, à 11 1. le 1000; 4 1. de savon et de soufre. Le tout se monte à 16.476 I. 8 s.

î)32 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

Les ustensiles employés dans la manufacture sont estimés 500 1. Les presses, formes, rouets, etc., à 200 l.,soit un total définitif de 17.380 1. 8 s.

Des tentatives ont lieu pour ajouter quelques branches nouvelles à la manufacture de l'hôpital (1). Le 14 juin 1779, les administrateurs passent un accord avec Besson, tisseur en toile. Il recevra 7 s. 6 d. de façon pour une aune de toile de brin; 6 s. 6 d. pour une d'étoupe et 5 s. 6 d. pour une de troisième qualité. Le 18 janvier 1780, le nommé Galeu, d'origine flamande, après avoir travaillé à Cholet, est admis, à raison de 150 1. par an, et d'une (( honnête nourriture », à enseigner aux pauvres à filer le coton.

Le 10 février 1781, les Affiches du Poitou annoncent que l'inspecteur des manufactures et le subdélégué de l'Intendant proposent d'installer une filature de coton pour les pauvres valides, et principalement pour les enfants (2). Les artisans de la ville pourront désormais continuer la fabrication des bas ou bonnets de laine au tricot, sans avoir la concurrence des indigents qui, de leur côté, gagneront de la sorte les frais de leur nourriture. Des enfants des deux sexes ayant été instruits par l'ouvrier flamand iront augmenter le nombre des rouets, qui est actuellement de 25 à 30. Ils se serviront de dévidoirs tournant à 800 tours et faisant toutes les pelotes d'un même volume. Ils apprendront également à teindre en rouge. Aussi, les fileurs de laine

(1) En 1731, le maire constate qn'elle ne produit rien, les pauvres étant trop resserrés à cause du dépôt de mendicité (Reg. dél. municip., no 149). — Le 22 juin 1745 une Jeune fille lui reçue à la manufacture, moyennantaO 1. par an pour y apprendre à carder (Arch. Vienne, H^ 18). — (2) Bibl. Poitiers, Affiches du Poitou, 1780, p. 230. Le journal ajoute que l'on trouve à l'hôpital général un coton filé à G francs la livre. On espère en faire à 10 on 12 I. Le coton en laine vaut de 40 à 50 I.

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qui gagnent de 5 à 0 liards par jour, en plus de la nourriture, verront celte somme portée à 3 s., ce qui permettra d'augmenter le nombre des pauvres renfermés.

Cette manufacture fonctionne à l'hôpital général, quand deux industriels de Tourcoing, lesnommés Louageet Paulet, viennent demander à la mairie le droit de continuer l'exploitation d'une brasserie établie par eux, en 4779, à l'hôpital des Champs et d'y ajouter une filature de laine à la façon de Tourcoing, afin d'occuper la population peu aisée de Poitiers. Le 10 juin 1782^ ils passent avec la ville un bail à titre gratuit d'une durée de 30 ans (1). Seulement, les réparations restent à leur charge, et, à la fin du bail, ils sont tenus de verser à la municipalité 200 l. pour la location des 10 premières années.

Louage étant mort et Paulet parti en 1784, les administrateurs de l'hôpital général se décident à continuer l'exploitation de cette manufacture. Le Conseil leur consent un bail de 28 ans, lé 26 novembre 1784 (2). Ils empruntent 9.900 1. pour parer aux premiers frais et font venir, l'année suivante, un ouvrier spécial chargé de la diriger. Malheureusement, le résultat obtenu ayant été désastreux, ils sont obligés d'en convenir, le 13 février 1786, tout en ajoutant que l'essai a été fort préjudiciable à la maison. C'est pourquoi ils demandent la résiliation du bail, ce qui leur est accordé par la mairie.

En 1783, les filles chargées de la conduite de la manufacture touchent 2 s. par jour. Pendant cette même année il est filé 6..o20 écheveaux de coton moyennant 1 s. chaque.

(1) Min. Bourbeau, notaire. — (2) L'hôpital gai'de à son compte les fileuses de la maison Louage, jusqu'à concurrence d'une dépense annuelle de 1.0501,

S34 l/ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

ce qui rapporte 326 I. Le cardage, qui se paye 3 s. la livre, donne un bénéfice de 406 1. Les dévideuses ont 2 s. par jour, la peseuse t s. et la conductrice 2 s . Le coton en poil vaut 38 1. la livre. Bref, le montant des recettes atteint 1.990 1. 15 s. et celui des dépenses 1.986 1. 5 s. 3 d., laissant de la sorte, comme à l'habitude, un bénéfice à peu près nul.

Les marchandises fabriquées s'expédient un peu de tous les côtés. On les envoie à Loudun, Saint-Quentin, Orléans, Troyes. Angoulême, Beauvais, Tours, Châtellerault, Compiègne, Saint-Maure et Alençon. Bien entendu, les habitants et marchands de Poitiers en achètent une bonne part. Les recettes se montent à 14.2691. 13 s. 9 d., mais, à la fin de 1 783, il reste encore à recouvrer 17.3721. 16 s. 9 d.

La manufacture possède un matériel et des marchandises valant 38.480 1. 15 s. 5 d. Ses dettes atteignent 10.112 1. 3 s, 1 d. Le profit brut de la vente des marchandises, qui est de 3 . 058 1. , se trouve dépensé pour les besoins urgents de l'hôpital.

En 1784, l'inventaire du matériel comprend :

08 rouets estimés (jOO 1.

1 grand dévidoir 100 L

1 petit dévidoir 18 1.

1 pelotonnier 48 1.

1 comptoir 18 L

1 lable à 8 tiroirs 40 1 .

12 paires de cordes 24 1.

1 paire de balances 8 L

Y compris le reste du mobilier, le tout

se monte à 2 . 700 1 . 9s.

En résumé, le travail des pauvres n'est pas très rémunérateur, étant donné qu'il provient d'enfants en bas

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âge et de vieillards. Il a seulement l'avantage de les occuper et de bannir quelque peu le désordre et la paresse. Tel est l'ensemble des revenus désignés dans les comptes sous le nom de casuel. Ils sont très variables d'une année à l'autre. En 1097, nous trouvons 577 1. 8 s. 2 d. et 5.014 1. 12 s. 4 d. en 1701 . Ce dernier chilîre reste à peu près le même les années suivantes. Depuis 1707 jusqu'à 1741, les receltes de ce genre ne sont point séparées des autres. Elles atteignent 2.719 l. 7 s. 3 d. en 1750-51, pour monter à 5.869 1. 12 s, en 1757-58. A partir de 1769, grâce au trop plein du dépôt de mendicité, on trouve 9.303 l. 1 1 s. Cette somme varie peu par la suite, sauf quand se font des rentrées ou quelques dons testamentaires.

HP

La tenue des comptes de l'hôpital général laisse beaucoup à désirer. Ils débutent d'abord le 24 juin, jour de la fête de la Saint-Hilaire d'été, pour finir l'année suivante à la même époque ou parfois à la fin de juillet. Vers 1 727, le receveur Jacques Moreau ne les donne que tous les deux ou quatre ans, pendant toute la durée du dépôt de mendicité. A partir de 1735, ils redeviennent à peu près annuels. En 1741, le receveur reçoit l'ordre de les commencer le !"■ juillet et de les finir le 30 juin suivant. Il devra y inscrire tous les revenus portés sur le sommier, reçus ou non. Dans ce dernier cas, il notera à la fin de son compte les reprises des sommes impayées, dont il fera la déduction.

Ce système se poursuit jusqu'en 1779. L'avocat Petit, lors de son entrée en fonction, refuse de se charger de ce qui est en retard et se contente de le noter dans une colonne sépa-

r.30 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

rée. Les recettes comprennent alors : 1° rentes foncières ; 2° rentes constituées ; 3" prix des fermes en argent et en blé; 4° aumônes et rentes en blé.

Il est impossible de trouver des renseignements très précis sur chacun des comptes de l'hôpital. Les grains reçus, pour une bonne part en nature, ne sont jamais évalués à prix d'argent, sauf quand les fermiers se chargent de les vendre. Les reprises des sommes impayées qui restent des exercices précédents s'ajoutent sans distinction spéciale à la recette de l'année- Les directrices ou gouvernantes sont autorisées à encaisser directement le casuel et à l'employer pour de menues dépenses sans le faire figurer sur les comptes généraux. Malgré cela, en passant en revue les budgets d'un certain nombres d'années, il est possible d'avoir un aperçu à peu près exact de ce qu'ils furent au xviif siècle.

En 1697, les recettes et dépenses s'équilibrent, soit 8.802 1. 15 s. 1 d. pour les premières et 8.801 1. Il s. 9 d. pour les secondes. L'année 1700 laisse, avec des chiffres à peu près semblables, un déficit de 405 1. 7 s. 5 d. En 1701, les rentrées sont de 14.629 1. 7 s. 5 d. et les sorties de 13.761 1. 15 s. 8 d. Il en est ainsi jusqu'en 1725, époque de la création du dépôt de mendicité. Comme les aumônes réunies ne rapportent rien ou bien peu de chose au début, l'Intendant verse à l'hôpital des sommes importantes qui atteignent 20.000 1., en 1725, pour monter à 35.350 1. en 1720 et redescendre à 28.592 en 1727. Plus tard, elles sont de 14.000 1. en 1732, puis de 24.000 1. en 1733, et enfln de 27.000 1. en 1734. Toutes ces sommes viennent augmenter' le budget des pauvres et laissent des bénéfices assez importants à l'hôpital.

Après 1735, les receltes se mainliennenl fort irrégulièrement entre 30.000 et 40.000 I. pour passer à 50.000 1. vers 1750, et atteindre plus de 60.000 pendant les années qui précèdent la Révolution. Les dépenses les suivent d'assez près, mais elles sont difticiles à évaluer exactement. C'est ainsi que tous les placements d'argent se trouvent inscrits au compte des sorties. Malgré cela, sur les 28 budgets que nous allons donner, nous en trouvons 25 se soldant avec bénéfices et 3 seulement avec pertes.

Années Heeettes

Dépenses

Balance

Md.

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