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L'irrégularité avec laquelle s'effectue le paiement des rentes ne permet point d'avoir une idée bien nette de chacun de ces budgets. En 1750-51, avec une recette de
18.602 I. 18 s., il reste impayé 3.324 1. 18 s. En 1755-56, le reliquat est de 8.957 1. 10 s. 6 d. pour une rentrée de 27.263 l. 3 s. 6 d.,et, en 1758-59, de 12.825 1. sur 31.472 1. 12 s. Pendant les années suivantes, jusqu'à la Révolution^ il varie entre 12,000 et 14.0001.
On pourrait croire a priori, en parcourant ces comptes, que la situation de l'hôpital fut au moins prospère^ sinon brillante. Malheureusement, nous n'en possédons que bien peu, car ils ne représentent pas même le tiers des budgets du xviu* siècle. Ceux des années de déficit ne nous ont point été tous conservés.
Le 6 septembre 1697, la sœur Gendreau vient déclarer au Bureau que les pauvres sont presque nus, et, comme l'hiver approche, il est indispensable de les vêtir. L'année suivante, le 28 novembre, l'intendant du Poitou prétend qu'on ne les renferme pas à l'hôpital, car ils l'importunent tous les jours de leurs demandes. Si l'on ne peut arriver à les empêcher de mendier, il donnera l'ordre de les mettre dans les toursde la ville. Le P. de Montfort constate, en 1 702^ que les habitants de Poitiers ne font plus depuis longtemps l'aumône aux renfermés.
Les mendiants augmentent tellement, en 1708, que la maison ne peut les contenir tous. On en refuse 67, faute de blé pour les nourrir. Le 9 janvier 1709^ l'Intendant écrit au Contrôleur général pour lui dire « que le souci avec lequel on s'occupe des deux mille trois ou quatre cents pauvres placés dans les hôpitaux à la charge de la ville fait que celle-ci se trouve dans la plus parfaite tranquillité (1) ». Ce qu'il ne raconte point, c'est que,pour obtenir
(l)Paulte, la Répression de la mendicité et du vagabondage sous Vancien régime (Paris, thèse, 1906).
un tel résultat, il doit prélever des taxes spéciales sur les habitants.
Le 7 octobre 1737, les administrateurs déclarent que « l'extrémité où ils sont réduits les oblige une seconde fois d'avoir recours à l'Intendant, car ils ne sont plus en état de nourrir les pauvres (1). Leur nombre croît sans cesse et le prix dçs grains augmente tous les jours ». Ils considèrent comme une ressource les aumônes de l'évêque et des Compagnies ecclésiastiques. Mais, ajoutent-ils. « M. l'évèque, qui n'a rien payé deouis qu'il est en place, persiste dans son refus et arrête tous les autres qui disent hautement qu'ils ne payeront point, qu'ils ne sachent que M. l'évèque n'ait satisfait. » Seul, l'intendant Lenain montre beaucoup de zèle et beaucoup d'activité pour venir en aide à l'hôpital. Aussi est-il prié d'intervenir dans le procès qui se plaide contre le clergé.
L'année suivante^ la situation reste la môme. Le maire propose d'avoir recours aux cotisations deshabitants et des Compagnies. Faute de ce faire, un emprunt deviendra indispensable (2). 11 fut possible d'éviter cet expédient, grâce à une entente survenue au cours d'une réunion tenue à l'évêché, le 27 novembre 1738. L'on prit la décision de faire renfermer les mendiants et les vagabonds et de venir en aide à l'hôpital. Au début de 1741, une situation semblable s'étant présentée, les administrateurs durent emprunter 60001. afin d'acheter le froment, le seigle et la baillarge destinés à nourrir les 200 individus que le président de l'Election proposait de placer dans l'établissement (3). 11 en fut souvent ainsi quand le nombre des indigents
(1) Arcli. Vienne, cart. Hol. — (2) Reg. dél. municip., n" 1;)8. — (3) Arcli. Vienne, cart. C:il.
augmentait subitement par suite de quelque famine. C'est pourquoi les administrateurs disent, en 1764, que, pendant certaines années, «on a été obligé d'emprunter et de faire des dettes, le revenu n'étant pas suffisant pour la subsistance des pauvres qui y avoient été reçus et que l'on ne pouvoit pas par cruauté mettre dehors (1) ». Cette situation se renouvelle à maintes reprises au cours du xviii'' siècle.
Il faut arriver au 2 mai 1780, pouravoir une idée précise de la situation de l'hôpital général telle que nous la donne, le 2 mai 1 780,Dansay,présidentdes trésoriers de France. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire textuellement le procès-verbal delà séance dans laquelle il déclare que « les comptes vus depuis 6 ans de la recette montrent clairement que la dépense monte beaucoup plus hautque les recettes » . Après examen, il attribue cette détresse aux admissions démesurées que la charité des administrateurs occasionne. « Le revenu est insuffisant pour nourrir le nombre de pauvres dont l'hôpital est surchargé. Depuis plusieurs années surtout, que les denrées de toutes sortes sont considérablement enchéries et que toutes les charités sur l'espérance desquelles on a entrepris l'établissement de cet hôpital, qui à proprement parler ne s'est soutenu que par leur secours jusqu'à ce jour, deviennent insensiblement si modiques
(1) Arch. nat. Ms. 677.— Le budget moyen de l'hôpital est ainsi indiqué à cette date ; 1° aumônes reçues par les lettres patentes de 1675 : 414 1. 12 s. ; 2° aumône par arrêt du Conseil, 600 1. ; 3» biens donnés par la révocation de l'édit de Nantes : 121 1.10 s. ; 4o aumôneries réunies en 1695 : 3.104 1. 5 s. ; 5° aumônes réunies, en 1725 : 4.623 1. 2 s. — Rentes sur l'Etat du roi, 1.242 1. 6 s. 6 d. — Rentes sur les aides et gabelles, 1651. — Rentes constituées, 2.9941. 15 s. Total : 13.265 1. 10 s. 6 d.
Dépenses : 1° entretien des bâtiments 1.500 1.; 20 rentes à payer 730 1. 5 s. 83. — Il n'est parlé du personnel et des messes à célébrer (jue pour mémoire.
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qu'il n'est plus possible de les regarder comme une ressource au soulagement des pauvres renfermés.
« On a écrit aux hôpitaux voisins pour savoir quels moyens ils avaient employés pour soutenir leurs maisons, mais par les réponses qu'ont faites les administrateurs de ces différents hôpitaux, le Bureau a vu qu'il n'y en a point qui aient si peu de revenus et moins de ressources que le nôtre, puisque tous les hôpitaux ont les uns 1501. elles autres 130 1., les moins à leur aise 120 1. par leste pour chacun de leurs pauvres, tandis que chaque individu de celte maison n'a pas 45 1. à dépenser par an. »
\ la suite. de ces représentations, le Bureau confie à plusieurs de ses membres le soin de tracer un nouveau plan d'administration destiné à éviter la ruine totale de l'établissement. Le 8 juin suivant^ cette commission déclare qu'il y a lieu d'établir les dépenses de la maison en conformité des recettes. Celles-ci comprennent surtout le blé, l'orge et la baillarge provenant des aumônes réunies. Les années pendant lesquelles le blé est très cher, la vente des grains peut rapporter plus de 10.000 l., somme insuffisante pour payer les 10.000 boisseaux nécessaires à la nourriture des pauvres dont le pain ne contient pourtant que deux tiers de froment.
Il y a donc lieu de fixer le nombre des bouches à nourrir à 300, ce qui fait 3 s. 2 d. par jour et par têle, pour le pain seulement. 11 reste encore 6.0001. de renies et de fermes destinées à parer aux autres besoins, ce qui permet une dépense de 1 6 1. 3 s. 9 d. par jour et pour chacun des trois cents renfermés 13 d. par tête, soit un total journalier de 3 s. 4 d., ou 45 1. par année.
Pour subvenir aux autres charges qui atteignent plus de
3610 1., il faut une somme supplémentaire que l'on ne peut espérer obtenir. Il serait nécessaire de diminuer les portions qui, en outre du pain, se distribuent à quelques pauvres, mais comme la chose est impossible, il vaudrait mieux les racheter au prix que les indigents les vendent, c'est-à-dire pour 3 s. à ceux qui en ont une seule par semaine et pour 6 s. ceux qui en ont deux.
Il est impossible de diminuer la portion de pain, car on a gardé le souvenir de la révolte qui se produisit au cours d'une année de détresse quand on voulut la réduire d'un quart. Beaucoup ne la mangent pas, mais aucun pauvre ne la refuse les jours de distribution. Les uns la vendent, les autres la laissent perdre, et, bien souvent, on en trouve les restes dans les privés, sous les fumiers, dans les eaux du jardin et dans le ruisseau qui sert à laver les lessives (1). Pour éviter un tel désordre, il serait bon de rétablir un ancien usage qui consiste à payer le pain aux pauvres à raison de 8 d. la livre quand ils en ont de trop et à en donner une quantité bien déterminée aux enfants.
Les portes du grenier resteront fermées et les marchandises ne pourront y être admises qu'après le visa de la supérieure.
Les propositions faites par la commission sont acceptées et l'on décide qu'aucun indigent ne sera reçu qu'après le décès ou le départ de deux pauvres renfermés, afin de réduire à 300 la population de l'hôpital.
Ce moyen d'arriver à balancer les recettes avec les dépenses, excellent en lui-même, ne put être malheureusement appliqué très strictement. La misère publique força maintes fois les administrateurs à l'abandonner et la maison conservera jusqu'à la Révolution une situation financière des plus précaires.
(1) Arch. Vienne, 11* 18 el G. 8ol.