‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 29 sur 34 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L hôpital général et l'hospice national sous la Révolution.

(1789-1793 et 1793-1797)

L'hôpital général qui. à partir du 3 vendémiaire an II, prend le nom d'hospice national, en vertu d'une décision du conseil général de la commune, n'éprouve, au début de la Révolution, aucun changement au point de vue de son administration. Le Bureau se compose toujours de 18 membres avec le secrétaire, le receveur, l'avocat et le procureur. Ces derniers en font partie avec voix délibérative et jouissent des mêmes privilèges que les autres.

L'administration qui entre en fonction le 3 juillet 1789 est établie selon les formes anciennes. Le notaire Duchasteigner, un des deux notables, en est élu président. Les intendants et les autres officiers continuent^ comme par le passé, à remplir les mêmes charges.

Le 4 novembre suivant, on décide que le Bureau des vacances des vendanges, tenu tous les samedis, ne prendra que des délibérations provisoires et n'admettra des indigents qu'en cas d'extrême urgence. Ces admissions n'auront lieu qu'à l'unanimité des membres présents.

En 1790, le Bureau est installé le 9 juillet, comme à l'habitude, mais l'on voit, pour la première fois, une urne servir à recueillir les votes et à remplacer ainsi le chapeau

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du président. La mairie, sollicitée par les administrateurs sortants, refuse d'abord de désigner deux de ses membres pour en faire partie. Cependant, la veille du scrutin, elle se ravise (1). Couturier et Imbault sont chargés de la représenter, ce qu'ils font pendant plusieurs années.

Par suite du départ du maire Creuzé, la municipalité désigne Jouyneau-Desloges pour prendre sa placelel2 avril 1791 . En entrant, il ne manque pas de verser, selon l'usage, une aumône de 6 1. Le 20 juin suivant, le Conseil de la commune se préoccupe de la nomination du Bureau et, le 28 suivant, décide que le sort désignera, suivant la règle, la moitié des membres sortants (2). C'est ce qui a lieu au jour indiqué, et 41 d'entre eux sont invités à se retirer.

Le r-" juillet 1 791 , il est donné lecture des anciens règlements, et particulièrement des articles qui prescrivent le remplacement de la moitié du Bureau, le premier vendredi qui suit la Saint-Hilaire d'été. Ce renouvellement a lieu par suite de la désorganisation de certaines corporations chargées de nommer des délégués pour les représenter, l'Assemblée nationale ayant, en vertu de l'art. 16 du titre I de son décret du 23 octobre 1790, confié au Conseil municipal le droit de les désigner à leur place.

Pour la première fois, la mairie est appelée à faire l'application de ce décret. Le président, après lecture de la liste des sortants^ donne les noms de ceux que la municipalité a choisis pour les remplacer (3). Le Bureau est constitué

(1) Reg. déL mun., n» 197.- (2) Ici., no 199.- (3) En 1791, Jes membres du Bureau sont : Penin, Fréville, Fradin, secrétaire; Maury, prêtre; Chollet, Nicolas, Chevalier, Rigault, Duchasteigner, Granier, Sabourin, Bobe-Moreau, Delaunay, Legris, Imbault, Petit, ancien président; Gainbier, trésorier; Minoret, Joiiyneau, Dumas, Couturier, Ferrand.

Les autres entrants qu'on trouve encore en 1791 sont: Rampillon, Mon-

définitivement le 7 juillet. Jouyneau-Desloges est appelé à la présidence par suite du refus de Rampillon. Monrousseau, curé de Notre-Dame, est élu comme second président. A la fin de la séance, Fréville et Rigault, ayant démissionné, sont remplacés par Halle, curé de Saint-Porchaire, et Conneau-Desfontaines, qui versent chacun une aumône de 9 l.

Il esta remarquer que la constitution du nouveau Bureau est peu modifiée, au point de vue des membres qui le composent. Nous y trouvons par exemple quatre représentants du clergé : Monrousseau, curé de Notre-Dame; Halle, curé de Saint-Porchaire; Piorry, curé de Sainte-Radegonde, et, enfin, le grand-vicaire Sabourin. Leprésident Jouyneau-Desloges ayant cessé de paraître aux séances, la municipalité le remplace, le 21 juillet, par l'évêque Montault. Ce dernier, sur le refus de Monrousseau et à la demande de Sabourin, est nommé président le 28 juillet suivant.

Le 9 juin 1792, après tirage au sort, les noms des sortants sont envoyés à la municipalité, qui les renomme en grande partie (1). L'évêque Montault conserve la présidence tandis que Caillé-Bornière est désigné comme second président. Rien n'est encore modifié en ce qui concerne les intendants et les officiers.

A partir de cette époque, des changements s'opèrent au sein du Bureau, par suite du départ de quelques-uns de ses

rousseau, Dumas, Couturiei-, Ferran, Bobin, Gaultier, Clément, Marchelet, Chinon, Piorry, Conneau-Desfontaines, Halle. Nombre de ces membres chauffent dans le cours de cette même année par suite de démissions.

(1) En 1792 nous trouvons au Uureau : Montault, évêque; Monrousseau, Clément, Piorry, curé; Imbaull, March(;let, apothicaire; Halle, curé, Chevalier, .Maury, Dumas, Moreau, Sabourin, Cousseau, Gaultier, Conneau, Delaunay, Fiobin, Ferrand, Couturier; Granier, Caillé et Fradin.

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membres. Le 4 janvier 1793, les intendants démissionnent. Le 1 1 février suivant, plusieurs des administrateurs sont invités, par lettres spéciales^ à vouloir bien assister aux séances du Conseil ou à se retirer s'ils désirent ne plus remplir les obligations qu'ils ont contractées en acceptant leur nomination.

Le 20 juin 1793, on tire au sorties noms de ceux qui sont appelés à sortir. Parmi eux, il en est 7 parfaitement disposés à rester^ mais 4 autres qui, refusant d'en faire partie, sont immédiatement remplacés (1). Le citoyen Clément est élu président. Le 13 septembre suivant, les représentants du peuple Choudieu et Richard destituent l'évêque Montault^ ainsi que Fradin, officier criminel, et Conneau, procureur de la commune. Ces destitutions ont pour cause certaines incompatibilités établies par la loi du 5 août précédent.

Le 9 messidor an 11, le Bureau est renouvelé pour l'année suivante (2). Le 3 vendémiaire suivant, la Commune décide qu'aucun citoyen ayant des fonctions judiciaires à remplir ne pourra en faire partie. Plusieurs démissions ont lieu et d'autres membres viennent remplacer les démissionnaires, le 26 du môme mois. Le 7 brumaire, la nouvelle administration choisit Gaillard en qualité de premier président et Pélisson comme second (3). Rien n'est

(1) On trouve en l'an II : Piorry, Pélisson, Moiion, Dessaux, Caillé, Marchelet, Daloue, Abriou, Picault, Maury, Millon, Gaillard, Clément, Chénon, Deschamps, Farran, Imhaiilt, Dupesseau, Robert André, Granier, Gaultier, Fradin, Maupetit. — (2) En l'an III nous avons Gaillard, Pavie, Moutet, Mauzé, Pélisson, Morin, Métayer, Lefebvre, Caillé, Millon, Daloue, Mantin, Piorry, curé ; Ollivier. Marchelet, Avril, Faran, Abriou, Crujon, Doschanips, Cuisinier, Morin. — (:5) Pierre-Thérèse Pélisson, né le 2 août 17:^.'), fils de Pierre et de CaUierine Delaunay, marié, le 3 février 1757, à Anne-Gabrielle-Rose do la Garde, dont Picrre-Hené, ba|ilisé le îi février 170o. Pierre-Thérèse Pélisson mourut

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modifié en ce qui concerne les intendants et les officiers.

A partir de cette époque, le Bureau n'est plus renouvelé jusqu'au moment ou paraît la loi de l'an V (7). Nombre de ses membres disparaissent ou n'assistent plus aux séances. Certains ne pouvant y venir à cause des audiences du tribunal de commerce, il est décidé qu'il se tiendra chaque semaine le jeudi, à 2 heures, au lieu du vendredi. Ce changement de jour n'entraîne aucune modification dans les habitudes du passé. Le l*"" fructidor, il est observé en séance que plusieurs administrateurs, depuis leur nomination, ne sont venus que fort rarement et môme pas du tout à l'hospice. Il en résulte que les autres, ceux qui montrent du dévouement, sont surchargés de travail. Une lettre est adressée aux absents, pour les invitera se montrer plus exacts. Aucun renouvellement ne s'étant effectué en l'an IV, il arrive que le Bureau se trouve réduit à 8 ou 10 membres, qui seuls s'occupent sérieusement du gouvernement de la maison.

La loi du 16 vendémiaire an V prescrit qae^dans chaque commune, tous les hospicescivils seront administrés par une commission unique, composée de cinq membres nommés par la municipalité. La mairie de Poitiers, n'ayant point compris cette modification, en nomme trois, le 5 frimaire suivant, soit une pour chacun des trois hôpitauxqui existent dans la ville. Celle de l'hospice nationalse compose de Pélisson père, marchand, Cousseau-Dubost^ Petit, Buchey,phar-

le 26 décembre 1805, et son lils, le 8 mars 1836, à Chincé, commune de Jaulnay.

(1) Les membres du Huieau sont : en l'an IV : daillard, président; Daloux, Pélisson, Maii/é, Karand, Lefebvre, Abiiou, Milon, Cuisinier, Motet, Mantin, Morin, Métayer, Cailler, Marchelet, Dupesseau, Olivici-, Crujon, Pavie et Piorry.

macien, et Boncenne jeune. Le 3 nivôse, le citoyen Bourbeau procède à son installation au nom de la municipalité, et rappelle les sentiments de reconnaissance que l'on doit à l'administration qui vient de finir, dont la gestion a été parfois si difficile. Le 7 pluviôse, Dubost est élu président, et les offices sont répartis entre tous les membres du Bureau qui cherchent autant qu'ils le peuvent à remplacer les intendants et à continuer les traditions du passé (1). Le citoyen Rouillé est désigné comme défenseur officieux.

La nouvelle commission doit entreprendre un travail considérable pendant les quelques mois qu'elleexerce ses fonctions. Tous ses membres ont déjà fait partie de l'ancienne et savent, grâce à l'expérience acquise, se montrer, à la heuleur d'une tâche rendue bien délicate et bien difficile dans cette période de transition. Ils restent en exercice jusqu'au 3 thermidor an V, car la municipalité, avertie par le ministre de l'Intérieur de l'erreur commise, se résout à obéir aux prescriptions de la loi du 16 vendémiaire.

11 est facile de remarquer combien persistent, au cours d'une partie de la Révolution, les anciennes traditions, en ce qui concerne la constitution du Bureau. Le clergé y est toujours plus ou moins représenté et certains administrateurs,rompus aux afTaires de la maison, restent encore, pour la plupart en charge, pendant quelques années. 11 en est heureusement ainsi, comme nous verrons, pour le salut de l'hospice national qui, sans leur dévouement, eût couru bien des risques de sombrer pendant la tourmente.

Les secrétaires continuent, comme par le passé, à être choisis parmi les notaires de la ville. Cognac, qui vient

(1) Arch. Hôp.

après Gr.inier, en 1790, cède sa place à Clément, en 1792, mais la reprend de nouveau, le 4 janvier 1793. Le 3 brumaire an III, Daloue lui succède, puis se retire, le 3 nivôse an V. Le secrétariat est alors confié à Darbez fils. Ajoutons que l'on nomme, le 28 octobre 1791, le citoyen Pincheau. en qualité d'architecte de l'hospice, pour le remercier des services qu'il a rendus dans le dépouillement des dossiers concernant les rentes que l'établissement possède.

Le 5 janvier 1790, le receveur Jacques Petit donne sa démission, sous prétexte qu'il n'a plus le temps de remplir convenablement sa charge. Le Bureau l'accepte, tout en le priant de vouloir bien continuer à faire partie de l'administration à titre d'avocat, en témoignage de sa reconnaissance et des regrets de son départ. René-Augustin Gambier le remplace aussitôt, après avoir offert la caution de sa femme, Thérèse-Catherine Bardeau.

Le 7 janvier 1791, ayant rendu ses comptes, il vient déclarer que les recettes à faire et la comptabilité à tenir deviennent fort embarrassantes pour le moment. Comme il pense bientôt perdre le titre d'administrateur et les privilèges qu'il comporte, il invoque son manque de fortune et l'impossibilité dans laquelle il se trouve de négliger ses affaires pour se livrer à un travail aussi absorbant. Pour le retenir, le Bureau lui promet une augmentation à la fin de l'année^, mais, sans l'attendre, il donne sa démission le 1^*^ juillet suivant.

Le même jour. Clément prend le poste de receveur, sans déposer aucun cautionnement, « attendu sa solvabilité notoire >f. Il reçoit le traitement habituel de 120 1. par an, jusqu'au 27 juin 1792. Il est alors remplacé par le citoyen Conneau-Desfontaines, qui reste en charge jusqu'au 6 sep-

tembre 1793 (1). Le 20 suivant, les scellés sont mis chez lui, et Picault prend sa place. Ce dernier démissionne le 28 nivôse an II, en arguant de ses multiples occupations à la mairie.

Le \ i prairial de la môme année, Maury est choisi à titre provisoire, mais ayant été mis en arrestation^ le 16 messidor suivant, l'administration charge Coussaud-Dubost de le remplacer. Comme il ne fait point partie des membres du Bureau élus par le Conseil, il offre sa démission en ajoutant qu'il n'a accepté cette fontion qu'afin de montrer son zèle pour les pauvres et son dévouement à la République. Il se retirera si la municipalité ne lui accorde pas la permission de rester. L'administration le prie de n'en rien faire, car elle a l'intention de le conserver également comme secrétaire, en vertu de l'article 4 du règlement. Au reste, elle se passera dans cette occasion de la permission de la Commune.

Le 28 germinal an III, Coussaud-Dubost, prétextant à son lour ses trop nombreuses occupations, donne sa démission, et, le 6 floréal, le citoyen Mauzé lui succède provisoirement jusqu'au renouvellement du Bureau. Les services qu'il rend dans ce poste sont, sans aucun doute, fort appréciés, car il l'occupe tant que l'hospice national possède une administration particulière.

En 1789, l'aumônier est toujours Touzalin, qui remplit également, comme nous avons vu, les fonctions de maître d'école. Le 12 avril 1791, le Directoire du département, ayant, sur une demande qui lui a été faite, décidé de le

(1) Il devait rester 6 mois en fonction pour être remplacé par Deseaux, d'après une décision du 26 juin 1792, mais ce changement n'eut i)as lieu. (Arcli. Hôp.)

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renvoyer à cause de son refus de prêter le serment conslitulionnel, choisit pour mettre à sa place Maltesle, curé de Monlierneuf avec ses vicaires, Rigommier et Rivereau(l). L'évèque Montault, qui assiste à la séance, s'oppose à ce renvoi, en arguant qu'il est nécessaire de le garder et de venir à son secours, car depuis 13 ans il est à la tête d'un service fort pénible, et, de plus, accablé d'infirmités, sans même avoir les ressources suffisantes pour faire vivre sa malheureuse mère, âgée de 80 ans.

Malteste obtient, le 23 avril suivant, qu'aucune messe ne sera dite dans la chapelle de l'hôpital pendant les offices de la paroisse, de 6 à 7 heures et de 10 à 11 heures du matin. En même temps, il va les célébrer dans l'établissement en qualité d'aumônier. En ayant demandé le paiement, à partir de la fête des Rameaux, la municipalité lui répond, le 16 juillet, que son traitement de curé doit lui suffire (2). Cependant, après le renvoi deïouzalin, il obtient du Directoire du département, le 2 du même mois, la faveur de le remplacer et d'avoir désormais trois vicaires au lieu de deux. L'un d'eux sera spécialement affecté au service des pauvres sans augmentation de traitement. En réalité, cette décision n'est point exécutée, car ils font tous le service, comme il en avait été décidé une première fois.

Le 27 août 1791, le vicaire général Sabourin, membre du Bureau, vient déclarer qu'ils veulent être payés. On leur répond qu'ils ne doivent rien réclamer avant d'être remplacés. Le 27 septembre suivant, comme ils insistent de nouveau, les administrateurs prennent la déli-

(1) Cette décision était prise en vortu des décrets des il\ et 17 avril 1791. (Arch. Vienne L-271, reg. 1, p. 68). — (2) Ueg. déi. mun , n° J99.

béralion suivante : « Vu la nécessité de l'administration des sacrements dans la maison, pour ne pas néanmoins grever la maison d'une charge trop onéreuse, il pourroit être payé auxd. vicaires une somme annuelle de 300 1., à charge d'acquitter, outre l'administration des sacrements, la messe, instruction et catéchisme, les fondations portées au tableau pendant dans la sacristie de l'oratoire de la maison. »

Le 2 janvier 1792, Rigommier et Rivereau demandent à s'occuper du service de la chapelle, comme ils l'ont fait précédemment, mais à condition de recevoir 400 l.par an. Le Bureau accepte cette proposition et, le 22 février suivant, « le Directoire du département défend l'entrée des chapelles des hôpitaux à tous les prêtres, en dehors des aumôniers (1) )).En réalité, nous ne voyons guère par la suite que le nom de Rigommier figurer sur les registres des délibérations. Le 4 mai de la même année, il porte plainte contre plusieurs filles qui causent du scandale à la messe, pendant les sermons et surtout au moment de l'élévation. On le charge d'appliquer le règlement et de maintenir une bonne tenue durant les offices. On le trouve encore en fonction le 31 mai 1793 (2). Pour la dernière fois, il reçoit 200 1., montant des six derniers mois de son traitement. Parla suite, il n'est plus question d'aumôniers.

Cependant, les pauvres renfermés reçoivent quelque temps encore des secours spirituels. Le 15 floréal an II, le prêtre Minoret, ancien vicaire de Saint-Cybard ethebdomadier de Paris, est dénoncé au Directoire du district comme étant entré, malgré toutes les défenses, à l'hospice national « pour

(1) Arch. Vienne L-271, reg. 5, p. 162^0. — (2) En 1790, le sacristain, qui gagnait 3 s. par semaine, a ses appointements portés à 6 s., mais le chantre Verdon ne reçoit toujours que 3 s. (Arch. Ilôp.)

fanatiser les valides et les confesser furtivement » (1). Il est, séance tenante, condamné à la déportation.

Au début de la Révolution, c'est Taumônier Touzalin qui fait l'école aux enfants. Après son départ, le Bureau prend à sa place, le 3 juin 1791, un nommé Levrault, maître d'écriture, « lequel s'est obligé d'enseigner à lire et à écrire aux pauvres de cette maison moyennant une rétribution de 290 1. que l'hospice lui payera par an. Bien entendu que le sieur Levrault donnera deux exercices par jour, c'est-à-dire trois heures le matin et trois heures le soir et qu'il enseignera aussi le catéchisme ». Il n'y reste pas longtemps, car, le 2 décembre suivant, Marc Viaud, né à Béruges, demande à leremplacer. Il est accepté moyennant 60 1. par an. Il sera u nourrie la portion de l'invalide qui consiste en pain blanc, demi-septier de vin, matin et soir, et de la viande ». Il donnera quatre heures par jour d'exercices d'écriture, de lecture et de catéchisme, en hiver, et six heures, en été, moitié le matin et moitié le soir (2). Il aura le logement et l'éclairage dans l'établissement, mais servira tous les offices à la chapelle et ne sortira qu'en prévenant la supérieure. «Le présent engagement ne pourra être rompu sans motifs raisonnables qu'en prévenant le Bureau trois mois à l'avance. »

Le nouveau maître d'école voit ses appointements portés à 120 l, par an, le 5 juillet 1793. En revanche, il est tenu <( de faire les barbes qui peuvent être à faire à tous les pauvres, veiller à l'entretien et au nettoyage de la salle de l'infirmerie et faire le service de la chapelle, les dimanches et fêtes ». Il lui est attribué en récompense des services qu'il rend une gratification de 8 1. pour lui permettre d'ache-

(1) Arch. Vienne. L. 360, reg. 60, p. 61. — (2) Arch..Hôp.

ter des souliers et pour les deux mois qu'il a fait l'office de barbier. Nous ignorons combien de temps cet instituteur à la fois barbier et sacristain remplit ces diverses charges. En tout cas, le 30 ventôse an III, le Bureau nomme deux commissaires avec mission de se transporter devant le jury d'instruction pour le prier d'envoyer un maître d'école à l'hospice. Cette démarche reste sans résultat, car on n'en trouve aucun jusqu'à l'an VI.

Les directrices, après le départ des sœurs de la Sagesse, sont tenues de porter un costume spécial. Le 5 mars 1793, elles obtiennent la permission de le laisser pour sortir, et même d'enlever les rubans de soie placés sur leur coifîure. Elles se hâtent de faire venir des ouvrières du dehors pour travailler à leurs nouvelles toilettes, mais comme il en arrive un trop grand nombre on les invite à se retirer. En outre de cette gracieuseté, les appointements qu'elles perçoivent sont portés à 80 l. avec en plus, une gratification de 8 1., pour leurs vêtements. Au début de l'an III, l'hospice les fournit à ses frais, mais elles n'ont plus que 72 1. (1). Cependant, le 6 nivôse de cette même année, cette somme étant trouvée insuffisante pour les entretenir, elles reçoivent 100 l., avec obligation de se vêtir entièrement à leurs dépens.

En réalité, les appointements des directrices constituent ce que l'on appelle le vestiaire, c'est-à-dire les frais d'habillement qu'il est d'usage de verser aux religieuses (2). Les 100 l. qu'on leur donne ne tardent pas à être insuffisantes. C'est pourquoi, le 18 frimaire an III, on les augmente de 20 l.pour les porter à 150 l. le 3 floréal sui-

(1) Arch. Vienne, L. 260. — (2) Le 25 juin 1703, une infirmerie spéciale est instalh'-e pour elles dans une chambre (Arch. Hôp.).

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vant (1). Elles sont, du reste, assez irrégulièrement payées (2). Le 18 frimaire an V, la citoyenne Thibaudeau réclame ce qui lui est dû depuis deux ans. Il n'est plus question à cette époque des étrennes qu'on leur distribuait jadis au premier jour de l'année.

Les règlements qui les concernent ne sont point modifiés pendant la Révolution. Chacune d'elles doit donner à toutes les séances du Bureau la liste des pauvres de la salle placée sous sa direction. Avant de pouvoir sortir, la supérieure est tenue de visiter leurs vêtements. Cette façon d'agir constitue une règle applicable à tous les sortants sans distinction. Les administrateurs comme les officiers ont en principe le droit de faire ces sortes de visites.

Des changements s'opèrent parmi les directrices, selon les fluctuations politiques qui surviennent pendant la Révolution. Le 7 juillet 1791, celles qui étaient en service sous l'ancien régime sont remerciées et il faut avoir recours à la garde nationale pour éviter les émeutes qui menacent de se produire à leur sortie. Leur renvoi n'est point sans occasionner quelques plaintes parmi les renfermés. D'autres sont élues pour les remplacer. Elles prêtent en entrant le serment « de bien et fidèlement s'acquitter des fonctions qu'on leur confie » .

Le 5 novembre suivant, une femme Deslouches est expulsée pour avoir apporté le trouble et le désordre par ses mauvais conseils. Le 23 du même mois, cinq autres subissent le même sort sous prétexte « de s'être mal comportées envers les directrices en répandant des propos

(1) En 1793, il y avait h IHôpital générais directrices, la première à l'iO fr. par an et les autres à 100 fr. (Arch. Hôp.). — (2) Une ancienne religieuse, la citoyenne Victoire, ayant un traitement de l'Etat ne reçoit rien.

indécents à leur égard et avoir par leurs mauvais conseils cherché à mettre les pauvres en insurrection et à les soulever contre les directrices (1) ». Cette punition n'est point maintenue, et, le 16 mars 1 792. on leur permet de retourner à l'hôpital, à condition de se mieux comporter. Le 6 février de la même année, Catherine Pichault, dite Catuche, ancienne servante de la pharmacie^ élevée au titre de directrice, reçoit l'ordre de sortir le lendemain pour avoir semé de mauvais principes, et ne s'être point conformée à la règle de la maison. Ajoutons qu'elle retourne prendre sa place dans la maison, le 14 nivôse an II, en qualité d'infirmière .

Jusqu'à la réaction thermidorienne, les directrices se succèdent nombreuses à l'hospice national. Il en est parmi elles qui conservent encore les traditions du passé. Telle la citoyenne Jeanne Jahan-Belleville, qui, deux jours avant sa mort, le 16 fructidor an IV, vient dire dans son testament: v-( Dans le cas oii Dieu disposeroit de moy dans la maladie dont je suis atteinte, je donne aux pauvres de l'hospice ce qui pourra m'être dû de mes honoraires jusqu'au jour de mon dessais (sic) et prie l'administration d'en faire la distribution (2). Telles sont mes dernières volontés. »

Le 17 pluviôse an V, le président vient déclarer en pleine séance « que la commission, lors de son entrée, a vu avec douleur des abus de tout genre dans cette maison. Elle a su que ce désordre avait pris son principe dans l'incohérance, l'insubordination et la discorde établies entre directrices. Ce genre d'indépendance, de désunion, pour ne pas

(l)Arch. HAp. — (2) Id. En l'an II, elle avait été envoyée 24 heures au Dépôt de mendicité pour avoir fait fabriquer un pain blanc destiné à une malade, malgré l'ordonnance municipale concernant le pain de l'égalité.

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dire d'antipathie, gagnait chaque nouvelle gouvernante, et de là, des déplacements journaliers à faire parmi elles. Il en est passé 15 dépuis cinq ans et il n'en restait même au 1" pluviôse que trois pour remplir les six emplois habituels qui forment l'ensemble delà direction. De ces trois, deux auront à se retirer ». Il ajoute que l'on doit profiter de l'occasion « pour procéder à un renouvellement intégral et prendre des femmes habituées à la concorde, formées à la subordination et instruites au gouvernement des pauvres par la pratique et l'expérience ». Une seule parmi les anciennes trouve grâce devant la commission. Il s'agit de Catuche, jadis renvoyée puis réintégrée, « dont la bonne conduite et les talents sont connus ». Cependant, pour ne pas la mélanger avec les nouvelles, on lui fait donner sa démission, avec promesse de la garder dans la maison pour tenir un registre exact des blés que les habitants de Poitiers font moudre au moulin de l'hospice. Elle aura une chambre à part, la table des pensionnaires, 80 1. pour son entretien et le droit de sortir à sa guise, avec la certitude qu'elle n'en abusera point.

Les six nouvelles directrices que choisissent les administrateurs sont nommées le 13 pluviôse an V par le Directoire du département. Elles touchent 100 1. par an pour leur entretien et sont invitées à refuser l'entrée de la maison aux personnes suspectes et aux étrangers. Selon l'usage, un inventaire a lieu aussitôt leur arrivée.

Parmi ces directrices, il en est dont le dévouement fut estimé à sa juste valeur et auxquelles on donna, conformément au règlement de 1777, une retraite bien méritée. Le 10 janvier 1793, Marie Thoreau, étant fort âgée, obtient le droit de rester à l'hospice et de manger à la table des

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officiers, tout en se rendant utile selon la mesure de ses moyens. Si elle ne peut s'entendre avec les autres, il lui sera donné une chambre séparée. Marie Brayer du Pavillon, renvoyée en 1791, après 38 ans de bons services, obtient enfin, le 10 floréal an V, une retraite honorable (1). En dehors des questions religieuses ou politiques, la cause principale des changements qui s'opèrent parmi les directrices pendant la Révolution est l'éternelle discorde qui règne entre elles, comme déjà le constatait le P. Grignon de Montfort, au début du xviif siècle.

Les employés subalternes restent les mômes qu'avant 1789. Le meunier voit ses gages de 92 1. par an, portés à 130 1. le 12 juillet 1793, et à 200 1. le 28 germinal an IIL avec le droit de prendre 2 1. de pain par jour. Le G frimaire an IV, il conserve ce même traitement, mais, en outre des grains de l'hospice, on l'oblige à moudre ceux des particuliers, et à prélever c le moudurage » au profit de la maison, La soupe lui est trempée avec son pain. En l'an V, l'administration le nourrit et le paye à raison de 360 1. par

(1) Parmi les noms de ces directrices nous trouvons : Thérèse Guénaut (1789-1790). — M"e Darbez (1789). — MHe Romanet (1789). — Esther Lechasseux, fille d'un chirurgien (1789-1791). — M' le Héraul (1789). — Mlle Thomas (1789). — Françoise de Bure (1790-1791). — Marie-Madeleine Brayer du Pavillon (1789-1791). — Louise-Félicitr Michel née aux Sables-d'Olonne (1790).— MHe Doussaint (1789-1791).— Mlle Giraud aînée (1791-an III). — MHe Gibault (1789-1791). — Louise Girard la cadette (1791). — Jehanne Jahan-Belleville (1791-an IV). — Catherine Pichault, dite Catuche ('1791-an V).- MHe Berger (1791-1793). — Mi"e Latouche (1791-1792). — Marie-Anne Thoreau (179.3-an II). — Catherine Coquille d'Humières (1793, morte en l'an II).— La citoyenne .Joyeux (an II). — Victoire, ex-religieuse (an ll-an V). — La citoyenne Moreau (an III). — Marie Gouineau, veuve Lafosse (an Ill-an V). — La citoyenne Wambel (an IV-an V). — La citoyenne Caron (an Ill-an V). — La citoyenne Thibaudeau (an Ill-an V). — Aniéilée Lauvit née à Angoulème (an V). — Marie-Françoise Petit, née à Lorient (an V). — Françoise Guiilot, née à Saintes (an V). — Rose Arnouit, née à Nantes (an V). — Jeanne Benêt, née à Angers (an V). (Arch. Hôp.)

an, mais il est tenu de verser 120 1. pour son logement. Le garçon meunier a droit à la nourriture et reçoit 100 I. par an.

Le boulanger touche 72 1. en 1792. Les deux aides de cuisine sont nourris et reçoivent chacun 25 l. en argent, à partir de la même époque. Ils donnent quelques sous par semaine aux pauvres chargés de les aider, mais cette obligation ne leur est plus imposée, du 27 thermidor an III au 10 frimaire an V. En l'an III^ la couturière qui travaille à la lingerie touche 5 s. tous les deux jours. L'infirmier, en 1793, reçoit du pain blanc et ô s. chaque semaine. Le gardien des épileptiques a également 6 s. au lieu de 3 s. à cause « de ses peines extraordinaires ». Les infirmières, au nombre de 14, ont 25 1. par an (1). Le portier est payé 90 1. le 27 ventôse an IV et a droit au pain, à la chandelle et au bois de chauffage sans vin ni portion de viande.

Le médecin Decressac continue ses services gratuitement aux pauvres renfermés. Quand il perd les privilèges afférents à sa fonction, et qu'il doit supporter l'impôt de capitation, les administrateurs lui allouent, en 1791, la somme de 27 1. 15 s. pourl'indemniser. L'année suivante, ils lui attribuent 200 l. d'honoraires, par an. Quand, le 28 thermidor an II, on veut lui verser cette somme, il répond que, « depuis 43 ans, il voyait gratuitement les malades et les pauvres dud. hôpital, et qu'il remerciait le Bureau de la somme qu'on lui otTroit, mais qu'il en faisoit don aux pauvres (2) ». En considération de « son zèle et de son désintéressement » ,

(1) Arch. Nat. F'^, n» 272. — Les indigeats qui travaillent daus la maison reçoivent quelques sous chaque semaine, soit 5 s. avant Tan III, mais cette gratification leur est supprimée du 21 thermidor an III au 10 frimaire an V. — (2) Arch. Hôp.

on ordonne que mention sera faite au procès-verbal de cet acte de générosité.

Decressac quitte l'hospice national le 3 fructidor an III, pour aller à l'Hôtel-Dieu ou hôpital civil et meurt quelques mois plus tard. Le 21 juin 1793, on lui avait adjoint Jacques Lamarque, auquel on donnait des appointements de 2001. par an (1). 11 se montra lui aussi fort désintéressé, car il vint déclarer, le 22 floréal an V, que, sur son traitement de l'année, il voulait faire la remise d'une somme de 80 1. et que, désormais, il n'entendait toucher que 1201. par an.

Le successeur direct de Decressac est Delamazière, qui reçoit 1501. d'appointements annuels, en l'an IV (2). Le 22 frimaire an V, il reste inscrit au budget, pour la même somme (3). En 1819, on le nomme médecin en chef de l'établissement et il occupe cette place jusqu'en 1823.

L'apothicaire Buchey continue à surveiller la pharmacie jusqu'au 21 juin 1793. A partir de cette date, Marchelet, dont les opinions politiques sont plus avancées, le remplace à raison de 200 1. par an, tout en conservant ses fonctions d'administrateur (4). Le 22 frimaire an IV, ses appointements sont réduits à 50 1. L'année suivante, il est renvoyé et son prédécesseur remis à sa place (5). Le procès-verbal du Bureau, tenu le 29 floréal an V, dit expressément : « Buchey, l'un des administrateurs, a été reconnu comme

(1) Lamarque fut reçu docteur en médecine à Montpellier le 14 juin 1784 et à Poitiers le 3 juillet suivant. — (2) Delama/.ière (Marie- Pierre-Georges), reçu docteur à Montpellier,en 1758 et à Poitiers le 26 janvier 1759.— (3) Arch. Nat. F's, n° 274. En 1800, Lamarque n'avait pas touché ses honoraires depuis quatre ans. — (4) CL P. Rarabaud, la Pharmacie en Poitou jusqu'à l'an V. {Mém.Soc. Ant. Ouest, t. XXX, 2* série). On adjoignit à Marchelet un aide payé 10 s. par semaine. — (5) Arch. Hôp.

JLSQUA L'AN V 561

apothicaire de cet hospice et, attendu la détresse de cette maison, il a déclaré renoncer aux appointements pour tourner à l'avantage des pauvres, ce dont on le remercie. »

Selon l'usage, une des directrices est mise à la disposition de l'apothicaire afin d'exécuter sous ses ordres les préparations les plus usuelles et les plus faciles. Le 7 juillet 1791, l'administration charge Catherine Pichault, dite Catuche, née à Nouaillé, qui se trouve dans la maison depuis 35 ans, de s'occuper de la pharmacie. Une femme, choisie parmi les pauvres, lui aide, moyennant 6 s. par semaine, à préparer les médicaments.

Le 22 fructidor an IV, Catherine ou Catuche, nommée supérieure, est remplacée par la citoyenne Wambel, qui reste en fonction jusqu'au 30 pluviôse an V. Elle cède ensuite la place à Valérie Jouault,née à Châtillon. A partir de cette époque, rien n'est changé, et jusqu'en 1805, quand arrivent les sœurs de la Sagesse, c'est toujours une des directrices qui prépare les remèdes les plus ordinaires (1). lin résumé, la situation est la même que dans la plupart de nos hôpitaux de province, qui tous ou presque tous sont dépourvus d'apothicaires de profession.

Le chirurgien Lechasseux étant mort en 1790, le Bureau désigne, le 6 août de cette même année, Urbain Douxami pour le remplacer (2). « Il jouira des divers privilèges qui lui tenoient lieu de traitement et qu'on lui avoit donné la place à condition de faire les barbes (3). » Ces privilè-

(1) En 1803, Catherine Bichard, aide-pharmacien, reçoit 50 fr. par an (Arch. hôp.).— (2) Douxami, chirurgien du comte d'Artois en 1785, maître ès-arts en chirurgie. — (3j Le 29 germinal an II, le barbier Legris fait les barbes aux pauvres et aux détenus moyennant 100 1. par an, en fournissant les rasoirs et le linge. Le 5 fructidor suivant, lui et sa femme entrent comme pensionnaires à l'hôpital. Il est âgé de 60 ans

ges ayant été supprimés par l'Assemblée nationale, il recevra 60 1. par an , mais sera tenu d'apprendre à raser à deux pauvres de la maison, qui prendront alors sa place en même temps que ses appointements cesseront. Le 3 juin 1793, après l'avoir montré à trois d'entre eux et fourni une pierre à repasser, on lui accorde une gratification de 661. En 1791, ses honoraires ne sont point supprimés, car ils passent à 150 1. pour atteindre 2001. en 1793. En l'an IV, ils tombent à 150 1., somme qui reste longtemps impayée. Le 4 nivôse an V, le Bureau lui verse 550 l.,mais, à l'exemple du corps médical, il abandonne 360 1. aux pauvres.

La population de l'hôpital général est de 450 personnes, en 1790. Elle varie, pour 1792et 1793, entre350 et 411 et, le 5 avril de celte dernière année, l'administration déclare qu'il est impossible de recevoir davantage de pauvres, faute de ressources suffisantes pour les nourrir. Au cours de l'an II, nous en trouvons jusqu'à 600, mais ce chiffre descend à 476, le 10 pluviôse an III, pour remonter à 656 en l'an IV, et demeurer à peu près stationnaire en l'an V. Le 4 septembre 1792, les indigents hospitalisés se répartissent de la façon suivante :

Hommes et enfants 142

Filles et femmes (1) 213

Enfants bâtards sans comprendre ceux de plus

de 25 ans 12

Le nombre des lits mis à leur disposition est de 168, car le régime du couchage à deux ou à trois n'est pas encore

et y travaille depuis 40 ans. On donne à chacun une petite chambre et une portion de viande à condition que le mari fera gratuitement les barbes. (Arch. Hop.) (1) Arch. Nat. Fi" 248.

abeuulonné. Le 4 septembre 1702, comme ils sont trop à l'étroit, ' le Bureau demande à prendre possession de l'hôpital de la Charité, ce qui a lieu Tannée suivante.

Rien n'est modifié pendant la Révolution en ce qui concerne la façon de recevoir les pauvres, sauf bien entendu l'intervention des administrations nouvelles, la police, les sociétés populaires, comme le comité de surveillance révolutionnaire, sans compter les officiers municipaux. Cependant, les admissions devenant trop nombreuses, une commission composée de quatre membres est nommée par le Bureau, afin d'y mettre ordre (1). On accepte le plus souvent des personnes qui versent en entrant une petite somme variant de 12 à 24 1. ou qui abandonnent les maigres rentes ou pensions dont elles peuvent avoir la jouissance. Ainsi, le 24 germinal an III, Jean-Guillaume Berge, âgé de 60 ans, né à Bourges, lui délaisse la rente qu'il reçoit de la République et, le 2 floréal an V, la veuve <}ressin, un viager de 180 1.

Le nombre des pensionnaires est de 14, au début de 1794, et le prix des pensions reste le même que sous l'ancien régime. Il augmente à partir de l'an II, variant d'abord entre 250 et 1.2001., puis atteignant jusqu'à 3.000 par an (2). Pour les uns, il reste immuable, mais pour les autres il se modifie selon la valeur des denrées. Parmi les pensionnaires nous trouvons des femmes ou des enfants dont les maris ou les pères sont partis à la frontière. Avec eux, des orphelins de 7 à 10 ans, des vieillards, dont trois aveugles venus de la Vendée.

Les invalides versent, en 1792, une somme de 160 1., soit 261. 13 s. 4 d. tous les deux mois, pour être logés et

(1) Arch. Hôp. - (2) Ici.

nourris à l'infirmerie. En général, ils restent toujours fort peu nombreux.

Les malades logés à Bicêtre et au Château-Gaillard comprennent les fous et les épiletiques (1). Les pensions payées par les familles se montent de 500 à 800, et même 1.000 1. par an. Dans les temps de misère que Thospice traverse, l'administration exige que ces pensions soient acquittées en denrées. En l'an IV, les admissions n'ont lieu que si les familles consentent à fournir le pain, le vin, le bois, la chandelle, le linge et les vêtements, avec, en plus, 300 1. «en numéraire métallique ». Le 14 messidor an V, il en est d'admis moyennant 100 boisseaux de froment, deux barriques de vin rouge, 100 fagots de pieds à 2 réortes et 23 fagots de javelles, le tout rendu à Poitiers (2). De plus, selon la fortune des gens, une gratification variant entre 12 et 40 1. est versée à ceux qui soignent ces malades.

L'hôpital reçoit toujours, à partir de 7 ans, les enfants abandonnés et les orphelins. Le 4 germinal an II, le citoyen Hindré, membre du Directoire du département, fait observer qu'il est très important d'occuper les jeunes gens de l'un et l'autre sexe qui s'y trouvent. Il propose, en conséquence, de nommer des commissaires chargés de désigner ceux qui paraissent propres aux travaux des champs, afin de les placer chez les personnes qui voudront s'en charger. C'est la seule fois que le Directoire du département s'occupe des enfants naturels de la patrie ou autres, admis dans cet établissement. Gomme à l'ordi-

(1) Le 1'^'" mars 1793, les epileptiques sont au nombre de deux. — (2) Le 2 nivôse an IV, le département de la Vendée voulut envoyer trois fous à Poitiers, mais celui de la Vienne refusa de les recevoir. (Arch. Vienne, L. 265.)

naire, ils sont également mis en apprentissage pendant un temps plus ou moins long. On leur fournit le pain et on leur accorde le droit de venir changer de chemise tous les huit jours. En général, les patrons ne reçoivent aucune indemnité, sauf quand les apprentis les quittent sans avoir rempli les engagements qu'ils ont pris.

En 1793, l'hôpital doit se charger, comme avant la Révolution, du trop-plein du dépôt de mendicité et des prêtres, détenus à l'hôpital de la Charité. Le 13 septembre 1793, l'administration réclame le renvoi de ces derniers : Fallu de Bourgneuf et Gaultier. Le 16 messidor an II, il est déclaré au Bureau « que la maison étoit pour recevoir les pauvres de plusieurs communes. Qu'il y a des manufactures de laine et coton où plusieurs citoyens sont obligés d'aller et venir pour acheter des marchandises. On enverra une pétition au district pour le prier d'enlever les détenus de la maison, car il y va trop d'étrangers ». Marchelet ayant fait savoir que des gardes ont été envoyés pour assurer la sûreté de l'établissement, les administrateurs le prient d'insister et de remontrer que le local n'est ni clos ni sûr et qu'on ne peut y conserver des prisonniers. Leur départ dans les 24 heures sera exigé et le Bureau n'acceptera aucune responsabilité en ce qui pourra les concerner. Cette demande ayant été accueillie favorablement, l'hôpital de la Charité ne servit plus qu'au logement des pauvres.

Certains détenus, dont plusieurs prêtres, payaient une pension. Gaultier du Perron donnait 66 1. par moisetGuillet 800 l. par an. Loiseau de Grandmaison versait 1.000 l. pour son beau-frère, Pierre Houdard, curé d'Archigny (1).

(4) Ce prêtre mourut le 19 fructidor an II, ;i l'âge de 42 ans.

îif.e l/ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

En somme leur détention ne paraît point avoir été absolument gratuite.

Nous ne parlerons qu'en passant du régime alimentaire des pauvres renfermés tant que dura la Révolution. Il fut plutôt misérable. Le pain blanc n'y fit que de rares apparitions et le pain bis arriva presque à manquer. Nous voyons figurer pour la première fois dans le menu, 100 boisseaux de pommes de terre fournis par le citoyen Laurence- Dumesnii le 20 frimaire an IV. Les distributions de viande deviennentrares,car il reste toujoursun fort arriéré àsolder chez le fournisseur Nicolas Gibault (1). Il arrive même, le 10 nivôse an IV, qu'il en refuse la vente en assignats, ne voulant recevoir que du numéraire.

C'est sans aucun doute dans la crainte d'en être réduits à une alimentation par trop rudimentaire que certains pauvres se mettent à élever des poules et des lapins. Le 26 ventôse an V, ils doivent cesser cet élevage, mais on leur paye les volailles à raison de 20 s. la pièce. Quant aux lapins, étant considérés comme sans valeur, on donne l'ordre à leurs propriétaires d'en débarrasser la maison dans les 24 heures.

Gomme on vient de le voir, aucune modification sérieuse n'est apportée dans le choix des administrateurs de l'hôpital jusqu'en 1792. A partir de cette époque, le clergé en partie dispersé perd graduellement son influence dans le Bureau que nomme directement la mairie. Ses membres changent souvent, plutôt pour des motifs personnels ou religieux que par suite des fluctuations politiques. Ceux qui restent jusqu'à la réorganisation de l'an V connaissent admirablement les besoins de la maison et l'administrent

(1) Le 9 ventôse an III la viande valut 40 s. la livre et le 30 frimaire an IV 20 1. en assi£:nats.

avec un dévouement inlassable pendant les temps les plus difficiles de la période révolutionnaire.

Le personnel inférieur change souvent pour diverses causes, dont quelques-unes se rattachent sinon aux événements, tout au moins aux idées du moment. Les aumôniers disparaissent en l'an II, mais les médecins et chirurgiens conservent leurs fonctions. L'apothicaire Buchey, connu pour ses opinions royalistes^ cède la place au révolutionnaire Marchelet, tant que dure laTerreur, maislareprend en l'an V. Tous se montrent également dévoués au service des pauvres et font preuve d'un grand désintéressement.

Les indigents, grâce aux mauvaises récoltes, au départ des travailleurs pour la défense de la patrie, soit en Vendée, soit aux frontières, viennent nombreux se réfugier à l'hospice national (1). Ils y vivent assez mal, pour ne pas dire misérablement, tant que dure la Révolution.

(1) En 1810, l'hospice général renferme au 1er janvier 9 directeurs, 1 aumônier et 336 pauvres, dont 138 nés à Poitiers et 106 y ayant leur domicile. — Parmi eux, on compte 21 octogénaires, 49 septuagénaires, 6 sexagénaires, 37 enfants au-dessus de 18 ans et 80 vieillards caducs, 16 paralytiques, 26 aliénés. (Bobe-Moreau.)

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