CHAPITRE XII
Le budget de l'hôpital général et de l'hospice national.
(1789-1793 et 1793-1797)
La période de la Révolution que nous allons étudier se divise, d'après Camille Bloch, en deux parties (1). La première, qui va de 1789 à 1793, se rapporte surtout à la crise financière résultant de la suppression des diverses sources de revenus et des menaces contre le patrimoine hospitalier, comme appartenant au domaine ecclésiastique, mais excepté provisoirement de la vente des domaines nationaux. Pour suppléer aux pertes encourues, l'Etat vient au secours des hôpitaux d'une façon très imparfaite, parfois beaucoup trop tardive.
La seconde partie qui, débute en mars 1793, pour finir en l'an V, est purement révolutionnaire. La Convention va procéder à la nationalisation de l'assistance et compléter l'œuvre de la Constituante, en s'appuyant sur les idées en cours, vers la fin de la royauté (2). Elle décrète d'abord la vente des biens des hospices, puis hésite^ et, deux mois plus tard, rapporte cette mesure. Malheureusement, le mal est
(1) Camille Bloch, Instruction pour la publication des documents relatifs à r Assistance publique dans les départements. Paris, 1909. — (2) Camille Bloch, l'Assistance et VEtat en France, à la veille de la Révolution (Paris, 1908).
fait et les établissements hospil;ïliers traversent une crise terrible, qui ne s'arrête même point, tellement elle est profonde, quand la loi de Tan V vient remettre toutes choses en état.
Pendant les premières années de la Révolution, rien n'est modifié aux recettes portées au chapitre du casuel de l'hôpital général. Les aumônes des particuliers se continuent dans les mômes conditions. L'évêque abandonne les droits qu'il perçoit sur les chapelles domestiques (1). Ils atteignent 504 1. en 1789, puis descendent à 120 l. en 1791. Le travail ou retraite des dames a lieu chaque samedi de carême, à Saint-Porchaire par suite du départ des Augustins. En 1789, le montant des recettes est de 589 1. et de 736 1. l'année suivante, pour tomber à 260 1. 1 s. 2 d, en 1791. Cette antique et bienfaisante coutume se termine en 1793. Les citoyennes Crémier et Pavie, femmes de fabriciens, sont les dernières auxquelles le Bureau confie le soin de faire les quêtes.
D'autres ont lieu sous la Terreur, au profit de l'hospice national. Le 26 prairial an 111, la Société républicaine remet à l'administrateur Maury la somme de 440 1. provenant d'une collecte faite au cours de l'une de ses réunions, par des artistes de la comédie. Le 28 vendémiaire an III, la directrice du spectacle vient dire que, « jalouse de subvenir aux besoins des pauvres de la commune, elle se propose de leur abandonner la recelte du spectacle du décadi prochain et demande à qui il faudra la remettre ». Il est décidé que le receveur s'en chargera et que le spectacle commen-
(1) Chaque année, lors du service du grand maître célébré à l'église de Notre-Dame-la-Grande, 61 pauvres y assistent. On leur donne pour cela, en 1791, 100 aunes de serge grise à 2 1. 5 s., et 3 aunes de toile blanche à 2 1. 5 s. (Arch. Hôp.)
cera à 5 heures et demie (1) Tous les frais payés, le bénéfice atteint 498 1.10 s.
Les pauvres vont comme à l'habitude travailler au dehors. Le 6 juillet 1792, il est déclaré que l'on donnera deux chemises à ceux qui sortiront pour gagner leur vie. Ils pourront chaque semaine changer de linge, moyennant 30 s. tous les mois. S'ils viennent manger et coucher on exigera la moitié de leurs salaires. Le 20 août 1793, Etienne Godard, qui a refusé grossièrement de remettre
6 1. à la supérieure, est aussitôt renvoyé. Le 10 pluviôse an V, les vivres sont supprimés à la citoyenne Duparc qui travaille à l'extérieur et ne veut rien abandonner du prix de ses journées.
Le 3 septembre 1790, l'administration se décide à établir un métier destiné à tisser des étoffes de laine, ce qui a lieu par les soins d'Imbault, le 26 novembre suivant (2). Le 12 prairial an II, Pélisson père et Daloue se joignent à lui pour installer une fabrique de droguel, étoffe devenue fort rare à cette époque. I^e 27 juillet 1792, trois métiers sont ajoutés à ceux qui déjà servent à faire des toiles. L'un est pour le maître ouvrier et les deux autres pour les enfants, auxquels il doit apprendre à travailler. L'aune de toile de brin lui est payée 9 s., celle d'étoupe 8 s., et les « ferasses »
7 s. 11 lui est en outre interdit de prendre du travail en dehors de la maison. Le 3 ventôse an II, son salaire est porté à 1 2 s. au lieu de 9 en ce qui concerne le brin, à 1 1 s. les étoupes et à 10 s. les « ferasses ». Le 22 frimaire an III, nouvelle augmentation. Le brin est à 18 s. l'aune, le gros
(1) Reg. (léL inun. Période interm., n» 6, p. 27îivo. La loi du b frimaire an V établit, plus tard des taxes sur les spectacles au profit des pauvres, mais elles ne furent d'abord que provisoires. — (2) Même décision, le 25 pluviôse an III. (Arch. Hôp.)
a 15 s. et le droguet à 12 s. (1). Le filtoupierqui peigne le chanvre destiné à la consommation de la maison reçoit 1 s. 6 d, par livre.
Les manufactures de laine et de coton ne sont point brillantes, tant que dure la Révolution. Au début, elles laissent encore des bénéfices qui vont en moyenne à 1.200 1. par année. Les 6 premiers mois de 1790 rapportent à eux seuls 1000 1. Malheureusement, ces gains ne sont que fictifs. Le 3 février 1792, le fournisseur de laine veut être réglé définitivement de ce qui lui reste dû. On lui verse 20.038 l., mais en laissant impayé un reliquat de 16.4191. L'intendant de la manufacture lui signe un billet de 4.479 1. payable à trois mois, et promet de donner le solde de la créance lors du règlement définitif.
Le 4 décembre 1792, l'administration croit que, pour améliorer la situation de l'hôpital, il serait bon de remonter la manufacture de bonneterie et celle de coton (2). Faute d'argent, sans doute, aucune suite n'est donnée à ce projet. Le 13 septembre 1793, à la demande du conventionnel Piorry, les représentants Choudieu et Richard accordent 20.000 1. aux pauvres renfermés, dans le but de leur permettre de procéder à un nouvel aménagement de la maison. Le 4 germinal an IV, le citoyen Hindré, désireux de lui procurer des bras, propose d'y envoyer les femmes détenues en prison qui restent inutiles à la chose publique. Elles devront fournir une certaine quantité de coton filé par chaque décade (3). Cette proposition n'est pas prise en considération.
Cependant, le 13 floréal suivant, le Conseil général fait
(l) Les citoyennes qui travaillent à la couture ont Y) s. par semaine - (2) Arch. Nat., F'"', 280. — (.3) Arch. Vienne. L. 260. Reg. 60, p. 50.
réquisitionner de l.SOO à 2.000 1. de chanvre « pour occuper les bras oisifs de l'hospice et entretenir la lingerie de la maison )>. Cette réquisition a lieu surtout dans le canton de Châtellerault, qui, à lui seul, en fournit \ .000 livres que l'on transporte à Poitiers, moyennant 12 s. 6 d.
Comme le gaspillage sévit dans les fabriques de laine et de coton, les administrateurs décident, le 8 frimaire an III, qu'elles ne feront aucune fourniture à l'hospice sans une autorisation spéciale de leur part, qu'ils n'accorderont qu'après avis du commissaire ou de l'intendant, et remise d'un récépissé délivré par la supérieure. Le 8 frimaire suivant, ils veulent faire tisser avec de la laine propre à cet usage toutes les étoffes nécessaires aux habits des pauvres. Comme le travail du coton va diminuer par suite de cette décision, une seule personne devra le surveiller à la place d'une directrice, d'un commis et d'un membre du Bureau. A cette date, l'inventaire du matériel et des marchandises de la manufacture de coton se monte à 12.409 l. 4 s., sans compter une somme de 1.314 l. 9 s. restée entre les mains de la citoyenne Caron^ directrice.
Le 20 frimaire an IV, il est dit au Conseil que « les pauvres de l'hospice travaillent uniquement à la filature de laine et de fil, qui ne suffisent pas même à la fabrication des étoffes, bonnets, bas et toile nécessaires à la consommation de l'hôpital. On leur paye seulement une partie de la main-d'œuvre (1) ». Le procès-verbal de la séance ajoute : (( La rareté et la cherté des étoffes a obligé l'administration à employer tous les fonds de la manufacture à faire fabriquer des étoffes et toiles pour les vêtements des pauvres qui, malgré cela, se trouvent tous nuds. »
(1) Arch. Hôp.
Le 14 nivôse an V, le Bureau se plaint des soustractions faites à la filature de coton. On se décide à procéder à une enquête afin de savoir si le déficit est important et s'il provient des déchets ou des soustractions partielles et insensibles qui s'opèrent chaque jour. Les comptes arrêtés se montent à 1 .272 1. 2 s. 4 d. en argent plus 450 1. en assignats avec deux billets à ordre de 2.691 1. 3 s. et 150 l. non portés sur les registres (1). Le tout est remis à Pélisson père, nommé administrateur, et à son fils, qu'on lui désigne comme adjoint.
Le 14 pluviôse suivant, l'inventaire du matériel donne 1.034 1. 11 s. d'excédent sur celui de l'année précédente et le compte final se traduit par un bénéfice de 691 1. en assignats et de 150 1. en numéraire. Le tout est remis entre les mains de l'intendant. En résumé, le travail des pauvres reste, comme toujours, d'un maigre rapport au point de vue financier.
L'année 1789 débute mal, grâce à une mauvaise récolte suivie d'un hiver fort rigoureux. Selon l'usage dans de telles circonstances, les revenus restent en retard et il faut, en attendant leur rentrée, avoir recours à l'emprunt. Le 20 février, l'administrateur Laurence, tout en convenant que les dettes de la maison sont considérables, déclare qu'il est nécessaire de trouver 8.000 l.et pour sa part, offre de lui prêter 3.960 1. remboursables le 6 mars suivant.
L'année se continue dans une misère que les événements ne tendent point à diminuer. Le 4 décembre, le président du Bureau vient déclarer qu'il n'y a plus de blé et qu'il
(1) En 1831, l'iaveiitaire de la manufacture donne un total de 15.725 fr. 40 c. (Antoine Chartier, Observations sur l'administration des Hospices de Poitiers. Saurin, 1832.)
estimpossiblede s'en procurer à crédit. Le 10, il revient àla charge en ajoutant « qu'il étoit très instant d'y pourvoir, car on ne peut se passer de cette denrée ». Le receveur, consulté sur l'état de sa caisse, répond qu'il ne lui reste aucun fonds à toucher. On se décide alors à emprunter 40.000 1. pour une année. C'est l'administrateur Segris qui fournit cette somme destinée à l'achat de 1.000 boisseaux de blé. 11 est spécifié que ce prêt ne comportera aucun intérêt, mais sera remboursable le plus tôt possible.
L'année 1789 donne pourtant un revenu de 24.9951. 18 s. 7 d. Les aumônes rapportent 8.000 1. et les bénéfices de la manufacture 1.200 1. En somme, les recettes du budget atteignent un total de 34.195 1. 18 s. 7 d. (1). Cette somme, insuffisante en temps ordinaire, l'est encore plus pour nourrir 450 pauvres quand sévit une telle disette de grains.
Dès le début de 1790, l'hôpital général subit le contre coup du décret du 2 novembre 1789, qui met les biens ecclésiastiques entre les mains de la nation. Ceux des hôpitaux et autres maisons de charité ne leur sont pas enlevés, grâce au décret du 5 suivant.
Quant aux rentes provenant des aumônes réunies, une série de décrets du même genre, partant du 15 août 1790 pour aller jusqu'au 12 septembre 1792, lui en assurent la rentrée (2). Par malheur, ces rentrées, relativement faciles à faire dans la Vienne, grâce à l'appui du Conseil général, deviennent illusoires quand il s'agit des départements voisins. Elles se réduisent de la sorte, comme nous le verrons, à des sommes peu importantes.
Le 6 janvier 1790, Minoret, intendant des vivres, offre de prêter 450 l. à l'établissement pour six mois, afin de lui
(1) Arch. Nal, F»», 284. — (2) Cf. Camille Bloch, loc. cil.
permettre d'acheter des blés. Le 16 février suivant, la détresse est si grande et le crédit tellement épuisé que le président du Bureau prie les administrateurs « chacun en leur particulier de vouloir bien voir leurs connaissances pour tacher de procurer ù Pliopital les secours ou parties de secours dont il a un pressant besoin ». Séance tenante, une collecte produit 240 1. et, le 5 mars suivant, arrivent 589 1. d'aumônes. Le tout est employé à l'achat d'une petite quantité de grains.
Le 28 avril 1790, un nouvel appel est fait aux membres de l'administration. Le procès-verbal de la séance dans laquelle il a lieu ne manque pas d'intérêt, car il expose nettement l'état de misère dans lequel la maison se trouve. « Le Bureau, vlvementaffecté des difficultés qu'éprouve l'approvisionnement de cet hôpital, a considéré : 1** que la cherté extraordinaire des grains pendant ces deux années réduit nécessairement cette malheureuse maison à la plus afTreuse détresse, puisque la consommation de blé, pour environ 450 pauvres qu'elle renferme, a seule absorbé à peu près tout le revenu, montant à 21 . 000 et 22.000 1. ;
o 2° Qu'il serait cependant très cruel d'être obligé de mettre dehors une partie des pauvres lorsque la misère générale sollicite au contraire l'admission d'une foule d'indigents qui se présentent ;
« 3" Qu'il n'y a que des secours extraordinaires qui puissent mettre l'administration en cas de subvenir à la nourriture et aux besoins des pauvres;
« 4° Que, d'après la gêne à laquelle les citoyens se trouvent réduits et d'après les efforts qu'ils sont obligés de faire pour alimenter plus de 3.000 pauvres, hors l'hôpital, on ne doit pas raisonnablement compter sur les ressources de la
charité pour des secours extraordinaires dont cette maison à besoin;
« 5° Que l'administration a délibéré plusieurs fois des emprunts qu'on n'a pas pu effectuer, vu la rareté du numéraire.
«^ Le Bureau arrête que ceux qui doivent des rentes foncières de moins de 20 1. seront admis et invités aies rembourser sans plus d'autorisation. En attendant, les administrateurs sont invités à prêter, sans frais, chacun 150 1., qui leur seront remises le plus tôt possible. »
Aussitôt Maury Petit et Laurence ajoutent chacun 150 1. aux sommes déjà versées par quatre de leurs collègues.
Le 9 juillet 1790,lamunicipalité ordonne délivrera l'hôpital 200 boisseaux de froment, 20 de seigle et 36 sacs de farine. Le montant de cet envoi sera fixé plus tard et l'on s'en rapportera à la charité des fournisseurs. Le T' septembre suivant, le Bureau fait appel au Conseil général, car les subsistances continuent à manquer sans qu'il soit possible de s'en procurer, (^et appel ayant été entendu, il est alloué aux pauvres renfermés une somme de 3.000 1. à prendre sur les 30.000 l. accordées le 13 juin 1790 (art. 5 des lettres patentes), à chaque département sur les fonds de remboursements que plusieurs débiteurs de rentes dues à l'hôpital sont sur le point de verser à la caisse du District (l).Si ces remboursements n'ont pas lieu, l'administration sera autorisée à faire un emprunt.
Cette délibération, dont les effets ne semblent point immédiats, est loin de satisfaire les administrateurs. Deux jours plus tard, dans le procès-verbal de l'une de leurs séances, ils s'expriment en ces termes: « Délibérant sur l'élat déplora-
(1) Arch. Vienne, L. 67, reg. 1.
.Il'SQl-'A I;AN V 577
ble où rhôpilal général se trouve réduit aujourduy par les circonstances des temps, la cherté et la disette des bleds, depuis deux ans, tandis qu'il en faut environ 1.000 boisseaux pour la nourriture de ses pauvres au nombre de 450, les difficultés que font la majeure partie des communautés religieuses, abbés et autres bénéficiers de payer les arrérages échus des rentes, redevances et aumônes tant en bled qu'en argent, montant année commune à 17.0001. et dont ils sont chargés envers l'hôpital, sous le spécieux prétexte que les biens dont ils jouissent vont être vendus. Sans aucun secours d'ailleurs, pas même des charités ordinaires qui se sont retirées ; privés des rétributions que faisaient les corps, compagnies, maîtrises et autres droits qu'on ne perçoit plus, sans crédit, ne pouvant même payer 9.000 I. dues aux fournisseurs et pourvoyeurs de la maison qui refusent de continuer l'approvisionnement nécessaire et indispensable chaque jour. » Il faut cependant payer les nouvelles taxes imposées à l'établissement pour les tailles, le vingtième, les droits d'aides que les commis des traitants exigent à l'entrée de la ville sur les vins et autres denrées, au mépris des privilèges accordés par les rois de France.
Ces observations se terminent ainsi : « Dans cet état de détresse et de calamité où l'hôpital se trouve réduit et dans des circonstances aussi douloureuses pour les pauvres et pour l'administration, on ne voit pas d'autres ressources que d'avoir recours à la justice, à l'humanité et à la bienfaisance de l'Assemblée nationale et à la protection de messieurs des Directoires du département et du district de Poitiers et de leur demander : T un prompt secours pour la nourriture des pauvres ; 2° la jouissance des droits et pri-
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vilèges donnés par les rois ; 3° le maintien à M. Decressac docteur médecin, qui, depuis 37 ans, a visité et donné gratuitement tous ses secours aux malades sans aucune autre récompense que de jouir comme tous les autres attachés et utiles au service de l'intérieur de la maison, de l'exemption de la capitatioD et qu'il en soit déchargé pour 1790 ; 4° l'exemption des taxes sur les tailles et impositions autres que le vingtième. » L'avocat Petit, premier président du Bureau, et Couturère, conseiller au Présidial, sont chargés, séance tenante, de rédiger ces plaintes.
Le maintien de ces petits privilèges tant recherchés jadis n'est point obtenu et la situation de l'hôpital est loin de s'améliorer, comme nous l'indique une délibération prise par le District, le 10 novembre 1790, en réponse à une demande de l'Assemblée nationale désireuse de doter les maisons de charité, à l'aide de fonds provenant de la vente des biens nationaux. « L'hôpital général, dit cette délibération, doit de 10 à 12.000 1. et n'a que très peu de provisions, parce que, depuis deux ans, la seule fourniture de blé pour chaque, année a coûté de 5 à 6.000 1. au delà du revenu. Il renferme 450 individus, et 100 pauvres au moins demandent à y entrer. Les enfants exposés, qui d'abord sont portés à l'Hôtel-Dieu, y sont transférés lorsqu'ils ont atteint la septième année (1). Partout ailleurs on paye pour eux, mais l'administration de l'hôpital n'a pu parvenir à obtenir justice. La direction est confiée à 7 demoiselles séculièreset à 18 administrateurs qui sont pris dans chacun des corps de la ville. Il y a aussi un receveur et un aumônier. Le revenu annuel de l'hôpital monte au total de 21 à 22.000 1. il y a environ 900 l. de charges annuelles à
(1) Aich. Vienne, L. 2.";9,
déduire, tant en renies foncières que consliluées el viagères. Le revenu vient en outre d'être chargé d'impositions de tout genre et presque tous les articles périclitent par l'etïel de la Révolution.
<i 1» Il est du dans la paroisse de Boussageau une dîme alTermée 280 1. Elle est supprimée ; 2° il est dû une aumône annuelle de 600 1. sur l'Etat. Cette aumône est anéantie; 3° il est dû 2. 186 1., réduites ai .938 l.pour une rente sur les tailles et gabelles et sur les Etats de Bretagne. Cette rente est fort arriérée; 4" il est dû D30 l.de rentes constituées sur le Bureau des finances. Celte rente doit être liquidée ; 5*^ il est dû sur les biens nationaux des redevances en grains qu'on peut évaluer à 1 .400 1. année commune et 520 1. de rentes constituées. Les anciens possesseurs refusent de payer parce qu'ils ne jouissent pas. les receveurs des districts parcequ'ils ne sont pas autorisés et cette autorisation est difficile à obtenir parce que ces biens sont situés dans différents districts et même dans différents départements. Enfin, les biens nationaux seront vendus francs, et quittes de ces redevances. Le surplus des revenus consiste en soixante et quelques articles de rentes foncières montant à 150 livres. Quelques articles de rentes constituées, aussi dues par des particuliers, montant à environ 800 1. et 1.400 l. de domaines affermés. »
Le 10 décembre 1790, grâce au député Faulcon, une somme de 5.287 1. 4 s. 9 d. est envoyée de Paris aux pauvres de l'hôpital. Elle provient d'une ancienne ordonnance de l'intendant du Poitou, datée du 8 juin 1788.
Dans une requête adressée au Département, le Bureau se plaint, au début de 1791, de ce que laplupart des renies fournies par les aumônes réunies soient restées im-
payées. Les abbayes de Nouaillé, du Pin, de Saint-Benoît, de Montierneuf, le chapitre de Sainte-Radegonde, les Augustins de Montmorillon, les prieurs de Lathus et de Saulgé, les carmes de Mortemart, l'aumônerie de Menigoute, l'abbaye de Valence et les religieuses de Lencloître n'ont rien donné (1). Le Conseil général prescrit immédiatement aux receveurs des districts de faire leurs versements. Ils les adressent à l'hôpital dans les premiers jours d'avril. Les blés dus à Montmorillon sont vendus 2.253 1. 8 s. et constituent à eux seuls une bonne part des recettes. L'état des comptes pour les six premiers mois de 1791 nous donne le résultat suivant :
Rentes foncières payées 1.110 L 4 s. impayées 1.9121, 16 s. 8 d.
— constituées — 2.0961. 3 s. lOd. — 3.0391. Is. 2d.
Fermes des terres — 1.063 1.13 s. — 5681.
Aumônes réunies — 8.155 1. 4 s. 4d. — 1.9451.
Revenu casuel (dont 930 1. d'aumônes) 1.945 1.
Pensions 1.3061.14 s.
Reliquat du compte précédent 4.6251. 10 s. Total de la recette 21 .693 1. 12 s. 4 d. — de la dépense 19.831 \. 1 s. 10 d.
Reliquat 1.962 1.11 s. 6 d.
Reste dû des divers articles des rentes 8.772 1. 19 s. lOd.
Gebudget semestriel, qui semble se balancer avec un excédent, est établi au moment où les rentrées sont suffisantes pour permettre à l'hôpital de fonctionner sans trop de difficulté. Malheureusement, cette apparente prospérité ne dure point. Le 15 juillet suivant, le Bureau sortant, ayant déclaré que la maison possède assez de blé pour attendre le mois d'octobre,les nouveaux administrateurs s'aperçoiventbientôt qu'il n'en reste plus que pourtrois semaines. « Les pauvres,
(1) Arch. Vienne, L. 260.
JUSQU'A L'AN V , r.8i
disent-ils, sont au nombre deoOO et l.i caisse très modique. » Ils peuvent obtenir 2.000 boisseaux de froment et 1000 de seigle au magasin de la ville, à la suite d'une autorisa-tion que leur accorde le commissaire des guerres.
Ayant d'abord reçu du District une avance de 3.000 I., le Bureau se décide^ le 9 septembre 1791, à faire appel à la municipalité (l).Il lui demande de vouloir bien intervenir auprès du ministre de l'intérieur dans lebut d'en obtenir une subvention de 30.000 1. En attendant sa réponse, il se résout, le 14 du même mois, à faire emprunter cette somme en laissant au prêteur la faculté d'en réclamer le remboursement à sa volonté (2). A son tour, le Bureau du bien public expose au Conseil général la pénible situation dans laquelle se trouve l'hôpital et la nécessité qui le pousse à effectuer un emprunt immédiat de 8000 1. Il ajoute « qu'il est créancier de la Nation, d'environ 20.000 livres pour le paiement des arrérages dus (3) ». Pour cette raison, il est arrêté « qu'il sera fait un emprunt de 500 l. sur les fonds destinés aux traitements des ecclésiastiques dont le remplaceement sera effectué par la trésorerie nationale à l'hôpital afin de le rembourser des arrérages de rentes qui lui sont dues ».
Les débuts de 1792 ne sont pas très brillants, car^ le 13 avril, les administrateurs se voient encore dans l'obligation d'écrire à la mairie pour lui demander des vivres. Le budget des premiers mois indique une recette de 4.641 1. 4 s. 6 d. sur les domaines ecclésiastiques, sans compter la rente de 650 l. due par le prieur de Parthenay et celle de 599 1. sur l'Etat. Le 30 juillet, le Déparlement accorde
(1) Arch. Vienne, C. 3:>9, et reg. dél. mun., no 200, p. 134 vo. (2) Arch. Hôp. — (3) Arch. Vienne, L. 69.
1.000 1. aux pauvres, à cause « de l'urgente nécessité de l'hôpital » et oblige les religieuses de Lencloître à verser les 113 1, 3 s. qu'elles lui doivent.
Lors du passage des citoyens Audoin et Loiseau-Grandmaison, délégués pour la visite des établissements publics dans les 83 départements, le Directoire de la Vienne mentionne leur impression dans sa séance du 10 septembre 1792 : « Un objet les a vivement frappés, dit-il, c'est la détresse de nos hôpitaux. Quatre de ces hospices sont une ressource importante pour le peuple dans un pays que l'émigration et la déportation réduisent presque à l'indigence. Ces quatre hôpitaux, qui n'ont pour tout moyen de subsistance que des rentes sur le cy-devant Clergé, ont perdu et par la suppression des corporations dont ils étaient créanciers^ et par la vente en toute franchise des propriétés foncières qui leur servaient d'hypothèques, tout espoir d'assurer leur recouvrement (1). Propriétaires de plus de 60-000 1. de rentes avant 1789, depuis plus de trois ans, ils n'ont rien reçu. Pendant quelque temps, ils ont subsisté sur leur crédit et le zèle de leurs administrateurs et les moyens toujours insuffisants qu'ont employés les administrations. A la fin, la confiance des fournisseurs, souvent déçue, a fait perdre un crédit précieux » .
Il ajoute que l'hôpital général et autres maisons de charité, qui contiennent ensemble plus de 1.100 pauvres, « se trouvent dans un tel état de pénurie qu'à défaut de fonds l'administration est obligée de faire évacuer ces asiles de la misère et de l'infirmité et de jeter dans la société des êtres qui sous tous les rapports en deviendraient le fléau ». Le Conseil du département se décide à verser 18.0001- à la municipalité
(1) Arch. Nal., F'^' 280.
JrSOL'A LAN V r.83
qui les répartira entre ieshôpilauxpour parer à leurs besoins les plus urgents. Cette somme sera retenue sur les douze millions mis à la disposition du ministre de l'Intérieur.
Dans un état envoyé à Paris, le 4 septembre 1792, il est dit que le revenu net de l'hôpital général est de 24.993 l. 18 s. 7 d, et que les pertes éprouvées atteignent actuellement 21 . 542 l. 2 s. 5 d. Quant aux dettes, elles se montent à 39. 390 1.
Le 12 octobre 1792, les administrateurs écrivent au Conseil général pour lui exposer leurs doléances au sujet de rétablissement. Il contient 430 indigents, mais il est impossible d'en recevoir davantage, « grâce ù la disette et au malheur des temps ».
Le revenu, qui atteint environ 2.200 l., suffit à peine au service religieux. L'entretien des pauvres absorbe plus que ne rapportent les manufactures. Il existe dans les magasins beaucoup de marchandises, mais « le débit en est nul pour ainsi dire » (1). Depuis plus de deux ans, le pain seul destiné aux 430 hospitalisés revient à plus de 25.000 l. par an. Il en résulte que la maison doit 10.000 1. au moins, et reste sans aucun crédit. « Les fournisseurs et les administrateurs sont las de toujours avancer, aussi, pas moyen d'acheter des provisions. » Sur les 64 articles concernant les rentes foncières, il ne reste que 1.3301. Sur les 18 de rentes constituées, que 1.000 1. Sur les prix de ferme provenant des domaines, 1 .400 l. Il est dû plus de 800 l. sur les rentes foncières, constituées et viagères. Les administrateurs protestent ensuite contre la perte de leurs privilèges et demandent en dernier lieu que l'aumônier soit payé par l'Etat, comme les autres prêtres.
(1) Arch. Vienne, L. 200.
r)84 I/ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
Le 3 novembre 1792, les citoyens Thibaudeau et Conneau-Desfontaines se plaignent àla municipalité des pertes occasionnées à l'hôpital par la vente des biens ecclésiastiques et la disparition des différents corps et communautés. Ils n'ont pu obtenir du trésor national le moindre acompte sur les revenus de 1791, et ceux de 1792 restent entièrement dus (1). Il en résulte pour la maison un déficit de 30.000 1. et la perte de son crédit. « Les différents fournisseurs refusent aujourd'hui toutes les denrées de première nécessité et la maison est dénuée de tout secours pour la nourriture de plus de 400 pauvres. » Faute d'une prompte assistance, les administrareurs se verront dans l'obligation de démissionner et d'ouvrir les portes de l'établissement, ce qui entraînerait des malheurs incalculables. La mairie se décide alors à faire un emprunt de 30.000 1. Elle hypothéquera « ies sols additionnels » et le seizième qui lui revient sur la vente des biens nationaux.
Cette situation peu brillante nous est confirmée par un état des six derniers mois de 1792, dressé le 6 avril 1793. Les receltes comprennent la somme de 10.000 1. avancée par le déparlement, le 7 octobre. Celle de 4.643 1, 15 s. 6d. versée, comme indemnité pour les rentes dues sur les domaines ecclésiastiques, et enfin, un don de 12.000 1. fait par l'Etat. Le tout se monte à 29. 171 l. 8 s. 2 d. avec quelques recettes supplémentaires. Les dépenses atteignent 35.0861. 16 s. 5 d., laissant de la sorte un fort déficit. Le comptable ajoute : « La maison se trouve maintenant sans aucune espèce de provisions parce qu'on n'a pu en faire à défaut de fonds, de manière que si on ne venait promptement au secours de l'hôpital, les administrateurs seraient
(i) Reg. dél. mun., no 200, p. 124vo. — (2) Arch. Vienne, L. 219.
forcés d'ouvrir les portes et de laisser sans secours les 41 I individus que la misère y a conduits. »
L'élatde l'hospice national, donné au début de 1793, prévoit que les dépenses se monteront, pour l'année, à 75.007 l. 10 s., en supposant que chaque pauvre soit nourri à raison de 10 s. par jour, tant sain que malade. Il faudra, en plus, payer et nourrir 6 gouvernantes, l'aumônier, le chirurgien et le boulanger ; entretenir la pharmacie, les bâtiments^ acquitter les contributions et environ 900 l. de rentes annuelles dues à des particuliers. Ces seules dépenses pourront atteindre 40.000 l.
En outre des pauvres renfermés, il s'en présente journellement une quantité d'autres pour y entrer, mais on est forcé de les refuser, faute de ressources (1). En conséquence, afin d'arriver à boucler le budget, il est nécessaire de réclamer au ministre de l'Intérieur, en vertu de l'art. 2 du décret du 3 février 1793^ la somme de 40.000 1. qui permettra de subvenir aux dépenses des trois premiers mois de l'année.
Ainsi débute la seconde période du régime révolutionnaire. Les biens et revenus de l'hôpital général ont disparu à peu près complètement et l'hospice national ne pourra alimenter plus ou moins régulièrement son budget qu'en ayant recours à celui de l'Etat.
Le 11 avril 1793, le Bureau écrit au Conseil général : « Avant la Révolution, le revenu consistait en 6.342 l. 15 s. 2 d. de rentes foncières constituées, de 1620 i. prix de ferme, et de 10.250 boiceaux de rentes enblés de toutes espèces. Il est même prouvé par les anciens comptes que les quêtes et aumônes montaient annuellement de 5 à 10.000 1.
(1) Arch. nat., Fi = , 250.
Cependant, tout cela ne suffisait pas encore, puisque les administrateurs actuels ont trouvé des dettes considérables.
«Impossible défaire rentrer les revenus dus parle clergé et les corps supprimés depuis 1790 ; de sorte que les 6.342 1. de rente sont réduites à 4.812 1., même à 2.822 1., parce qu'on ne peut recevoir les 1.922 1. dues sur l'état du roy, les états de Bretagne, les aides et gabelles. Ainsi des 10.250 boisseaux de blé provenant des communautés religieuses.
« Les biens fonds ont également diminué. La dîme de Boussageau, affermée 2801., est supprimée. Une maison et un jardin loués 200 1. ont été pris pour faire un cimetière et les 140 1. de loyer de la pépinière ne sont pas payées depuis plus de deux ans. En somme, l'hospice, de ce moment, est réduit à unrevenu de 1.000 1. pour ses prix de ferme et à 2,822 1. de rentes en argent, avec 494 boisseaux de bled, parce qu'il n'est plus question d'aumônes.
« On ne peut aussi acquitter les 915 1. de rentes, payer les aumôniers, gouvernantes, employés et subvenir aux réparations et aux impositions.
« Depuis deux années, malgré denombreuses réclamations il n'a été touché que 9.2861. 4. d. et il restait dû, à Noël 1792, la somme de 47.924 1. 14 s. 9 d. Gomme secours, on n'a versé seulement que 12.000 l. conformément à la loi du 1 2 août 1 792- Celle du 3 février 1 793, ayant accordé quatre millions aux maisons de charité à charge par elles de présenter un état de leurs recettes et dépenses, l'hôpital général n'a rien reçu. Pourtant, des sommes considérables sont dues aux fournisseurs et tout crédit est perdu. C'est ainsi que 400 malheureux restent dénués de tout ». Aussi, le Conseil général est-il prié de donner les 47.924 1. qui res-
Il SQr A I;AN V ;)87
tent à percevoir sur les biens du clergé, en attendant les secours de la (convention.
Deux jours plus tard, le 13 avril 1793,1e Conseil départemental, ayant pris connaissance des demandes du Bureau et reconnu la détresse de l'établissement, vient dire : « Attendu l'urgence de ses besoins de tous genres. Iceux vérifiés, d'après les états de ses approvisionnements et de sa caisse, desquels il résulte que led. hôpital est dans un tel état de détresse qu'il ne lui reste de moyens que pour deux jours de subsistance. Le Conseil général déclare que led. établissement est digne par son utillité généralle et localle de toute sa sollicitujde.
« Que la détresse où il se trouve maintenant ne vient que du fait du manque de recouvrement de la presque totalité des revenus qui furent sa dotation et qui ont été supprimés ou retenus par la nation qui les doit au lieu du ci-devant Clergé. Que les administrateurs du ci-devant hôpital général ont épuisé toutes les ressources qu'une sage économie pouvoit leur permettre d'adopter.
« Que l'administration départementale n'ayant aucun fonds à sa disposition pour appliquer à cet établissement les secours de première nécessité.
« Considérant, d'un autre côté, que des vues d'économie et d'utilité publique ayant déterminé la réunion de l'hôpital de la Charité aud. hôpital général, pour être administré au même titre et sur le même régime, celui-cy étantpourvu de ressources abondantes, soit en argent, soit en approvisionnements, il est convenable que le surplus de l'un de ces établissements soit employé aux besoins de l'autre.
«Considérant enfin que le bataillon de l'Indre ayantlaissé pendant sa station dans cette ville, la quantité de 5.832
boisseaux de farines qui étaient destinées pour son approvisionnement, lesquelles farines d'après le procès-verbal de visite faite parle Conseil général de la Commune de Poitiers du 11 de ce mois, ont un principe d'avarie qui pourroit occasionner leur défection totale.
« Arrête, sur l'avis du citoyen Piorry, membre et commissaire de la Convention nationale et sur ce : ouï le Procureur général syndic, qu'en exécution de la réunion de l'hôpital de la Charité à l'hôpital général de cette ville les denrées et provisions de toutes espèces^ ainsi que les meubles, infîrmerie, or, argent, assignats et touttes autres choses destinées à l'usage dud. hôpital de>la Charité sont dès ce moment à la disposition des administrateurs de l'hôpital général, lesquels s'en chargeront sous inventaire qui sera fait en présence du chef du ci-devant hôpital de la Charité, d'un commissaire qui sera nommé pour le Conseil général de la commune pour le tout être employé aux besoins desd. deux hôpitaux (1). » Enfin, l'arrêté se termine en prescrivant l'estimation des farines, dans le cas où le département de l'Indre ferait des réclamations.
Le 22 mai 1793, le Comité de secours accorde une somme de 30.000 1. à l'hôpital. De plus, pour les 6 premiers mois de l'année, il est encore perçu un reliquat de rentes se montant à 1413 l. 2 s. Le total des recettes atteint pendant cette période la somme de 31.413 l. 25 et celui des dépenses 40.693 l. 3 s. 9 d., d'où un déficit de 9.280 l. 3 s. Il est vrai que l'on a remboursé 3.000 l. à Laurence et 2.000 1. à Dauvillier, trésorier général.
Le 17 septembre suivant, les conventionnels Choudieu et Richard, en mission à l'armée des côtés de la Rochelle,
(1) Arch. Vienne, L. 69, Reg. 1 et Aicli.Hôp.
Jl'SQU'A I;AX V 589
consentent, à la sollicitation de leur collègue Piorry, un prêt de 20.000 1. à Tliospice général, dans le but de mettre sa manufacture en état. Le citoyen Piorry est remercié avec l'espoir qu'il fera obtenir d'autres secours aux pauvres, après la pacification de la Vendée.
Le 10 octobre 1 793, Thibaudeau, procureur syndic du département, demande au ministre une subvention de 80.000 1. avec permission de prélever 10.000 1. sur cette somme, afin de rembourser les avances faites par le District (1). « Ce remboursement, ajoute-t-il, est d'autant plus urgent que la rentrée des contributions publiquesse fait avec beaucoup de lenteur dans les circonstances actuelles où tous les citoyens de 18 à 50 ans sont partis en masse pour disperser les brigands de la Vendée. »
Le 17 suivant, la Convention envoie aux pauvres renfermés une somme de 50.000 1. sur laquelle le trésorier général prélève 20.0001., empruntées <à la caisse de l'armée des côtes de la Rochelle. Le procureur général du département réclame aussi de son côté les 10.000 1. d'avances faites par le Conseil. Il ne reste plus alors que 20.0001. à la disposition de l'hospice. Les administrateurs déclarent, avec juste raison, qu'elles sont insuffisantes pour parer aux besoins les plus pressants, car la maison se trouve actuellement « dépourvue de toutes espèces d'approvisionnements et des objets les plus nécessaires ». Aussi s'empressent-ils d'adresser un nouvel appel aux représentants de la Vienne.
Le compte des 6 premiers mois de 1794, envoyé au conventionnel Creuzé, donne les résultats suivants :
I) Air.h. nat., pi-, 280.
Recettes 50.647 \. 10 s.
Dépenses 43.909 1. 10 s.
Reste 6.738 1. 00 s.
Comme il est impossible de se procurer des grains, même par réquisition, les administrateurs demandent, le 1" germinal an II, la permission d'en prendre dans le grenier d'abondance. Cette permission leur est accordée, ^t le citoyen Le Carrelier écrit le 9 messidor que le 25 prairial précédent, il a pu obtenir 50.000 1. liquides pour les pauvres (1). Cette somme est touchée le 7 thermidor suivant. En même temps, l'hospice reçoit du Comité révolutionnaire des effets, mantes, draps et linges trouvés sur les prêtres réfractaires menés à Rochefort. Le tout est estimé 2. 755 1.
Le 16 pluviôse an lll^ le Directoire, en adressant à Paris le compte des 6 premiers mois de 1794, le fait suivre de ces réflexions : « A la fin de 1793 et au début de 1794, on s'est trouvé dans une détresse considérable et on a laissé les anciennes dettes (2). Actuellement, la situation est encore plus critique, et au mois de juin il ne restait plus que 6.908 1. 18 s. 1 d. L'administration a encore depuis fait des dettes. Les fournisseurs ne veulent plus donner à crédit. Le vin coûte 300 l. les deux pièces au lieu de 1501. Il faut pour les dépenses indispensables une somme de 120.000 1. Chaque individu mange 15 s. de pain par jour et les 250 malades à l'infirmerie dépensent 30 s. La viande, à 10 s. au début de 1794, vaut maintenant 40 s. On ne peut avoir de chanvre par suite des réquisitions. »
Le 16 ventôse an III, le conventionnel Pascal Creuzé fait part aux administrateurs de ses démarches auprès du
(1) Arcli. Ilôp. et Arch. Nat., F* 2486. ~ (2) Arch. Vienne. L. 2(i0.
JUSQU'A 1;AN y Îi9i
Comité de secours. Il ajoute qu'il aura beaucoup de difficultés à surmonter, mais il est prêt à « braver tous les obstacles qu'il rencontrera pour procurer aux pauvres de cet hôpital la subvention dont ils ont besoin ». Le 30 suivant, il leur annonce que ses démarches ont été couronnées de succès (1). Une somme de 100.000 1., accordée le 5 ventôse, est mise à la disposition du Bureau chez le receveur général Jacques-Hubert Dauvillier.
Cette somme suffit pour les 6 premiers mois de l'année 1795, car le compte remis à Creuzé, le 3 prairial an III, donne les résultats suivants :
Recettes 100.0001.
Dépenses 85.018 1. 2 s. 6 d.
Reste 14.982 1. 2 s. 6 d.
Cet état, envoyé au ministère de rintérieur, est joint à une demande de 200.000 1. adressée au Comité de secours publics. Cette somme est obtenue le 15 prairial suivant (2). Elle doit servir surtout à solder les arriérés, en dehors des dépenses courantes. Aussi les administrateurs sont-ils dans l'obligation, le 7 thermidor, de s'adresser de nouveau à Creuzé en le priant de réclamer une nouvelle subvention de 800.0001. Le 1" complémentaire an III, le ministre n'envoie que 300.000 1. sous prétexte que parmi les pauvres il en est 300 qui peuvent parfaitement travailler. Il fait en outre observer que le compte du premier trimestre 1795 contient une erreur de 10.000 1. sur laquelle on devra donner des éclaircissements (3). Le 14 vendémiaire an IV, la somme accordée par le Comité de secours est réclamée au
(1) Arch. nat., F* 2486, et Arch. Hôp. — (2) Arch. nat., F* 2486. — (3) If}., fi Arch. Vienne. L. 260.
trésorier général^ qui ne veut la payer qu'en coupures de 10.000 1.
Le receveur de l'hospice refuse de les accepter sous prétexte qu'il est impossible de les changerafin de pourvoir aux menues dépenses et à l'achat des blés. Des démarches sont faites auprès de Creuzé dans le but d'obtenir des assignats de moindre valeur. Pendant que dure ce ridicule et inqualifiable contretemps, la misère est à son comble dans l'établissement.
Le 21 vendémiaire an IV, les administrateurs se cotisent pour avancer une somme de 60.000 1. destinée à l'achat des grains. Le 28 suivant^ ils écrivent au Département en lui disant que la maison en est entièrement dénuée. On leur répond qu'il est impossible de trouver de petits assignats.C'est alors que, pour la première fois, ils se décident à se servir des fonds de l'hôpital de la Charité dans le but de se procurer 100 boisseaux de froment et autant de baillarge. Le 22 brumaire, deux barriques devin sont acquises de cette façon moyennant 80 1.
Le 24 brumaire suivant, le Conseil général accorde 200 boisseaux de froment aux pauvres (1). Ce don est insuffisant, car, le 3 frimaire, le Bureau de l'hospice national prend la délibération suivante : « Attendu l'urgence, ny ayant ny argent ou assignats en cours^ ny bled dans les greniers, il a été arrêté que le plomb qui existe dans lad. maison sera vendu, sous la réserve de celui qui est de la plus urgente nécessité (2). » Il en est de même pour le fer, que deux commissaires se chargeront de mettre en vente.
Le 22 frimaire an IV, les administrateurs se décident
(1) Arch. Vienne, L, 7tj. — (2) Le 10 nivôse an IV, l'élisson déclare avoir vendu 2.8j8 I. de plomb, pour le prix de 571 1. 12 s.
<' à cause de la pénurie de la maison », à supplier le Département de venir à son secours. Le 22 suivant, l'un d'eux vient dire « qu'il n'y a plus assez de blé et de farine pour faire la cuisson du 27 courant. Cela provient : l" de ce que, depuis un an, il n'a été possible d'en faire que des acquisitions partielles; 2° que Ton n'a pas obtenu les secours demandés; 3° que les derniers n'ont été payés qu'en assignats de 10.000 l.,fort difficiles à placer, ce qui avait occasionné de nombreux retards dans les achats ; 4" le crédit de ces assignats ayant beaucoup baissé, il est impossible de les employer. Comme il n'y a pas d'argent, il est nécessaire de demander au Département la permission de prendre du blé dans les greniers de la République afin de pourvoir à la nourriture de 500 individus ; 5° que l'état déplorable de l'hospice soit constaté par le Conseil général (1) ». Ce dernier répond que, la commission de secours n'existant plus, il faut s'adresser au ministère de l'Intérieur. C'est ce qui a lieu et Creuzé, chargé de cette mission, reçoit un résumé des comptes allant du 2 thermidor an III au 10 frimaire an [V (2j. Ce résumé comprend :
Recettes 305.863 1. 12 s. 4 d.
Dépenses 359.580 1. 6 s. 8 d.
Déficit 53.717 1. 14 s. 4 d.
Par la même occasion, il est prié de vouloir bien demander l'autorisation de prendre des blés dans le grenier de la République : a Attendu qu'aucun propriétaire ou marchand quelconque ne veut recevoir d'assignats en paiement (3j. » Le 26 frimaire, le Déparlement adresse une pétition au ministre de l'Intérieur pour lui dire que l'hospice national est dans un état déplorable, « sans argent, sans
(1) Arch. Hop. — (2) Arch. nat. Pi^ 274. — (3) Arch. nal., F'^ 270.
assignats, sans bleds, sans provision d'aucune sorte et manquant de tout. Avec ses 512 pauvres, il n'a plus de pain que jusqu'à vendredi prochain (1) ». En attendant une réponse à venir, les administrateurs sont à maintes reprises obligés de puiser dans l'armoire aux trois clefs qui renferme l'argenterie confisquée aux religieux de la Chanté (2). C'est ainsi qu'ils peuvent tant bien que mal parer à cette crise qui faillit être fatale aux pauvres renfermés.
Le Département leur fait don de 300.000 l.en assignats, le 12 nivôse an IV (3). Le 29 pluviôse suivant, le mmistre de l'Intérieur accorde 1.810.000 1. aux hôpitaux de Poitiers, dont 1.100.000 à l'hospice national (4). Malheureusement, les assignats ont perdu beaucoup de leur valeur. Cette somme se réduit à 28.000 l. en rescription sans cours forcé, et à 254.000 en papier monnaie. Comme on ne peut acheter aucune denrée avec ce papier, le Bureau se décide de nouveau à écrire à Creuzé pour le prier d'intervenir. C'est alors que, le 12 ventôse, le Département se voit dans l'obUgation de prêter à l'hôpital 100 boisseaux de farine afin de lui permettre d'attendre le résultat des démarches du Conventionnel.
Le 18 germinal an IV, l'administration, se trouvant à bout de ressources, se décide à toucher la somme de 1.100.000 l. que détient le trésorier général. Celui-ci répond alors que le mandat est périmé et qu'il faut en réclamer un nouveau à Pans. Dans cet état de pénune, elle se résout à vendre pour 802 l. 6 d. le reste de l'argenterie des Charitains.
Le 30 germinal suivant, comme les besoins sont très
(U Pour :■. jours .le pa.n (Arch. Vienne, L. 2G0). - (2) Arch. Hôp. - ^ : ■ \r' I ~i t'i.\ \vc\\ nat F* 2486 et Arch. Hop.
(.■J) Arch. VicDue, L. /S. — (y) Aicii. nai., i
iisQrA i;ax V ^95
argents « tant en bleds, bois, vin et viandes ,,, le Bureau réclame encore des secours au Département. Ils lui sont accordes le 16 prairial, et 200 quintaux de blé avec 100 de seigle, mis à sa disposition à titre de prêt.
Le 7 messidor, 60.016 fr. 66 sont envoyés aux hôpitaux de Poitiers (1). Le 4 fructidor, on attribue 30.000 1 a 1 hospice national, mais quand le receveur Mauzé vient le lo du même mois, pour toucher cette somme, il lui est retenu 17.175 1., montant des frais occasionnés par l'achat et le transport du riz que la municipalité avait livré aux pauvres renfermés. Il ne reçoit donc que 12.825 1.
La situation restant la même, les administrateurs adressent une pétition au ministère de l'Intérieur dans le but de lui indiquer la détresse de la maison et de l'inviter à faire droit a leurs réclamations. Le 6 fructidor an IV, le Direc toire départemental lui écrit à son tour pour le prier « au nom de l'humanité souffrante, de vouloir bien procurer à cet hospice les plus prompts secours ».
Le peu d'argent qu'il a. été possible d'obtenir ne tarde point à devenir insuffisant. Le 22 fructidor an IV le Bureau déclare que la maispn est toujours dans la même nécessité et réclame de nouveaux subsides au ministre de I /meneur. En attendant, le Département lui fait don le i" complémentaire, de 166 boisseaux trois quarts de froment, avec autant de seigle et de baillarge (2). Le 13 bru maire an V, une lettre de Paris annonce que, le 9 précédent, il a été accordé à l'hospice une somme de 16 875 fr valeur métallique (S). Cette somme se compose ainsi • arrière 6.875 fr. et courant 10-000 francs.
(1) Arch. liât. F» 2486. — (2) Arch Vipnnp i -- .-m . , F» 286. vienne, L. i^. (.j) Arch. nat . ,
Le 15 brumaire suivant, le Conseil général fait remettre aux pauvres du- froment, du seigle et de la baillarge (1). De son côté, le receveur touche, le 25 pluviôse, 9.995 fr. comme compte courant, et, le 5 ventôse, 6.875 fr., représentant l'arriéré dû par la nation.
La loi du 16 vendémiaire an V, complétée plus tard par celle du 16 messidor suivant, rétablit les biens patrimoniaux des établissements de charité. En attendant ses résultats, le ministre verse encore à l'hospice^national quelques subsides (2). Le 7 ventôse an V, la somme de 1588 fr. 40 lui est allouée, et. le 2 prairial, celle de 15.000 fr. De son côté, le Département lui accorde, le 2 pluviôse, 200 boisseaux de froment, seigle, baillarge et orge, et le 4 ventôse, 50 autres de chaque (3). Ces secours permettent aux pauvres de passer cette période de transition sans avoir trop à en souffrir.
Le 19 brumaire an V, la municipalité écrit aux administrateurs pour les prier de vouloir bien établir, en vertu de l'art, iode la loi nouvelle, l'état des biens de l'hospice avant la Révolution. Ils s'y emploient avec activité, tout en faisant rentrer un certain nombre de rentes et de fermages restés depuis longtemps impayés et en recherchant les titres des biens non vendus (4), Jadis, les recettes des revenus fonciers atteignaient environ 20.000 l. En l'an V, il n'en reste plus que pour 1 .610 l. 3 s. De ce côté, la perte est considérable, mais il ne faut pas oublier que, dans un moment de détresse, les possesseurs de renies au-dessous de 201. furent autorisés à les rembourser.
(1) Arcli. Vienne, L. ll\.— [2) Arcli. nat., F* 2486. — (3) Arch. Vienne, L. 75. (4) Beaucoup de rentes cessent d'être versées à partir de 1793, sans avoir été amorties. (Arch. Hôp.)
irSOL'A L'AN V 597
Dans la répartition des biens do remplnoennent, il est tenu compte de la réunion de l'hôpital de la Charité à celui des pauvres renfermés. Le 4 nivôse an VIII, les administrateurs estiment que ces deux établissements pouvaient posséder ensemble le capital suivant :
Biens fonds 67.880 1. Perte 40.000 1.
Rentes en blég. . .
et capitaux. . . . 306.884 1. 22 s. — 300.000 1.
Rentes en argent
en capitaux. .. 228.668 1.2.^8. - 192.208 1.25 s.
Rentes en vin. . .. 1.984 1.
Les fonds donnés étant d'une valeur de 97. 229 1. 9 s. le déficit atteint un' capital de 507. 706 1. 5 s. pour les deux maisons.
La lettre suivante, que le Conseil général adresse au ministère de l'Intérieur en l'an V, nous donne un aperçu de l'état des hôpitaux de Poitiers pendant la 2" période révolutionnaire. « Les besoins se sont fait sentir dans tous les hospices, peu de temps après l'époque où l'on s'est emparé de leurs biens, mais aucun ne s'est trouvé dans une aussi absolue nécessité que ceux de Poitiers, dont la totalité de leurs revenus fut aliénée. Les trois hospices de cette commune renferment, y compris les vieillardset les enfants de la patrie, de 1 000 à 1 1 00 individus et c'est de leur nourriture dont nous avons journellement à nous occuper. Sans cesse assaillis des réclamations de leurs administrateurs, nous avons presque toujours été forcés de prendre sur nous le som d'y pourvoir (Ij. Les besoins étaient si pressants qu'il était impossible, avant de les satisfaire, de consulter le ministre. Nous leur avons fait délivrer des assignats et des grains
(1) Arch. Vienne, L. 75.
des magasins civils. Les circonstances^ l'humanilé nous en faisoient une loi impérieuse à laquelle il falloit se soumettre. Le ministre de l'Intérieur l'a si bien senti que notre conduite a été approuvée. »
En résumé, l'année 1789, qui marque le début delà 1'" période révolutionnaire^ commence fort mal pour l'hôpital général. Celle qui la suit n'est point meilleure, grâce à la cherté des grains. Vient ensuite la disparition graduelle de ses revenus, suivie de l'obligation d'avoir recours aux emprunts. A partir de 1793, la situation demeure encore plus précaire. La suppression totale des renies qu'il percevait, les secours du ministère toujours en retard et la perte énorme de valeur que subissent les assignats sont les principales causes de sa profonde détresse au cours de cette période.
Il est juste de rendre hommage aux administrateurs qui, pendant la Révolution, restent sans faiblir à leur poste, luttant avec ardeur pour améliorer une situation toujours difficile et parfois désespérée. Ils n'hésitent point à l'occasion, quand la misère devient trop pressante, à donner largement l'aumône aux pauvres. Parmi eux nous devons citer: Duchasteigner, Petit, avocat; Fradin,Imbault,Jouyneau-Desloges, Bobe-Moreau, Dumas, Sabourin, grand-vicaire , Piorry, prêtre; Montault,évèque; Marchelet, apothicaire; Caillé, Gaillard, Imbault, Conneau-Desfontaines, Daloue, Farran, CoussaudOiiboslet surtout Pélisson père qui nequitta point le Bureau pendant toute la période révolutionnaire et qui, longtemps après, fit encore partie de la commission administrative des hôpitaux réunis.
Il est facile de constater, en lisant les procès-verbaux des séances du Bureau, que le seul et unique souci.
des administrateurs fut toujours le bien des indigents. Tous, modérés ou jacobins, laissant leurs opinions politiques au seuil de l'bopital, refuge de tant de misères, n'apportèrent avec eux que l'unique désir d'assurer aux pauvres, par tous les moyens possibles, les secours dont ils eurent un si pressant besoin.