‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 4 sur 34 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les aumôneries à la nomination du chapitre de Poitiers

L'aumônerie de la Madeleine.

Au cours d'un procès intenté par le chapitre de Saint- Hilaire aux maire et échevins de Poitiers, qui avaient fait détruire une maladrerie située dans le faubourg de la Tranchée, les chanoines viennent dire, le 23 mars 1429 : « Cette maladrerie, fondée sur les terres de Saint-Hilaire, où ils ont droit de justice et sont en possession et saisine de pouvoir faire édifier, d'avoir et tenir maladrerie pour recevoir les pauvres ladres qui sont de leur bourg, seigneurie et terre en certain lieu estans en leurd. terre et seigneurie qui est par delà la chapelle de laMagdeleine près de nostre ville de Poicters, hors la porte de la Tranchée^ en possession et saisine de tenir iceulx malades es maisons ordonnées pour recepvoir lesd. ladres. Neantmoings, les maire, bourgeois, et eschevins de nostred. ville de Poictiers et aultres de par eulx et desqueulx ilz ont eu le faict pour agréable ou aultrement, mis hors certains ladres, lesqueulx par le congié et licence desd. complaignons se y estoient logez et retirez et en leur logis bouté le feu et iceulx faict ardoir et y ont faict plusieurs autres exploiz et excès a déclarer quand mestier sera. »

Cette plainte, qui nous révèle un acte de sauvagerie révoltant, fut suivie d'une enquête ordonnée par le Parlement(l). Nous ignorons quel put en être le résultat. Toutefois, un arrêt de la Sénéchaussée, en date du 14 mars 1432, vient déclarer que les chanoines ne pourront à l'avenir posséder une léproserie dans leur juridiction, tout en conservant par ailleurs tous leurs droits souverains.

Il est probable que cet excès avait été commis à la suite de conflits et peut-être de batailles survenues entre les ladres de La Madeleine et ceux de Saint-Lazare, au sujet des quêtes. Peut-être aussi les premiers avaient-ils été accusés d'avoir, en temps de peste, empoisonné les fontaines de la ville. A toutes ces questions, il est impossible de répondre autrement que par des hypothèses, faute de documents capables de nous renseigner.

Pour ne plus contenir de lépreux, l'aumônerie de la Madeleine, une fois reconstruite, n'en sert pas moins à recueillir les pauvres ordinaires. Dans un testament du 22 avril 1456, son aumônier, Pierre Négraud, chanoine de Saint-Hilaire, déclare qu'il veut donner a pour les besoins des pauvres du Christ affluans dans lad.aumosnerie^ 6 linceulx de chascun deux aulnes et demi, 6 soucoupes ou petits plateaux {sente lia), 2 petits plats ou assiettes {dh'cos), un pot, une pinte, le tout d'étain et deux landiers [andenas de ferro). De plus, pour le chapelain une rente d'un sepetier de froment, mesure de Poitiers (2). » Nous remarquerons en passant que ses successeurs possédèrent pendant longtemps des revenus particuliers attachés à leur fonction.

L'aumônerie de la Madeleine était située près la porte de

(1) Dom Fonteneau, t. LX, p. 293.Mem.5oc. Ard. Ouest (année 1858), p. 81. — (2; Dom Fonteneau, irf., et Mém. Soc. Ant. Ouest, id., p. 3ii2.

la Tranchée, à main gauche de la route allant vers Saint- Jacques. Par le derrière, elle confinait aux coteauxdu Clain(l). D'un côté, elle touchait aux murailles de la ville, dont le champ de Saint-Hilaire avec sa croix de pierre la séparait (2). Quant à son entretien, il dut souvent laisser à désirer, car les aumôniers qui la possédèrent ne prirent aucun soin pour la conserver en bon état.

Dans l'enquête de 1533, faite à la demande du Grand aumônier de France, on vient dire « qu'il y a de grandes ruines et réparations à faire » (3). Les ruines continuent à s'accumuler et deviennent presque complètes lors du siège de Poitiers, en 1569. Le 21 janvier 1371, le chanoine Emery Guillemard déclare « que cy devant lad. chappelle et aumosnerie avoient esté ruynées par les Suisses ou ilz avoientfaict très mal leur debvoir, parce que lad. chapelle et maison sont en ruyne et décadence (4). Requérons par ceste cause qu'elle feust visitée par les maistres des œuvres et gens ad ce cognoissans à ce que pour l'advenir il y ayt moyen d'y faire demeure et habitation, tant pour led.aumosnier que pour les pauvres qui sont accoustumez d'y estre logez et hébergez, mesmement les pauvres passans ». Cette requête, adressée à la municipalité, fut entendue et le maire, en compagnie d'experts, se chargea lui-même d'aller la visiter.

L'aumônier obtient alors la permission de ne verser que 41. par an au lieu de 20 à la Communauté des pauvres. De plus, nous trouvons dans les comptes de Guillaume Pelletier, son receveur pour l'année 1582, la mention suivante : « Aultres mises faictes par moy pour avoyr achapté des

(1) Arch. Vienne, G. Reg. d38, p. 378. —(2) Id., G. H, liasse 2. — (3) Id., G. HOO. — (4) Ribl. Poitiers, cart. 53, reg. 3.

estofîes afin de faire réédifier l'aulmosnerie de laMagdeleine assise en bourg deTéglise deSainct-Hillaire(l).)) Il dépensa, ajoute-t-il, une somme de 65 1. 9 s. pour les réparations exécutées par ses soins, malgré l'opposition des chanoines. Il est vrai que les revenus de cette aumônerie étant saisis et versés dans la caisse de la Dominicale, le receveur pat de la sorte y faire exécuter les travaux devenus nécessaires.

L'année suivante, le 27 septembre 1583, le bureau de la Communauté des pauvres, trouvant la salle de l'aumônerie trop basse par rapport à la rue, décide « qu'on y mettra de la terre sèche et non visqueuse ou vuidanges (2) » . Cette réparation comme les précédentes a lieu fort à propos(3). Le 29 janvier 1584, les indigents, devenus très nombreux, obligent la mairie à donner l'ordre d'abattre la cuisine pour permettre de faire communiquer l'établissement avec la maison voisine de la Ménardière.

11 est encore parlé de l'aumônerie de la Madeleine, le 4 décembre de cette même année, à propos de l'achat d'une pièce de terre de 4 boisselées, sise derrière le lieu « onquel estoit lad. chapelle et aumosnerie (4)». Cette indication nous porte à croire que cette dernière aurait été reconstruite dans un autre emplacement que celui qu'elle occupait avant le siège de Poitiers de 1569.

L'aumônier choisi par le chapitre de Saint-Hilaire fut toujours pris parmi ses membres (5). Il habita d'abord

(1) Arch. Hôp. et Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (3) Id. — (4) Arch. Vienne, G. 1357-1100 et reg. 138. — (5) Parmi les aumôniers nous trouvons : « Pierre Negraud (1456). — François Byton (1533). — François Guillemard (1553). — Emery Guillemard (1571). — Jacques Baron (1602). — René Bottreau (164i). — Louis Irland, chapelain ou aumônier (1649-1656). — André Bonnerier (1657).

son aumônerie, puis le logis da « Châtelet », situé auprès, dans la paroisse de Sainte-Triaise. Cependant, il dut abandonner cette dernière habitation avant 1650. Son rôle consista surtout à célébrer dans la chapelle les messes de fondation et à loger les pauvres. Ce dernier soin fut souvent abandonné à de simples gardiens.

Les chevaliers de Saint-Lazare s'en emparèrent, en 1676; puis plus tard, en 1693, elle devint la propriété de l'hôpital général.

L'aumônerie de la Madeleine n'est guère utilisée à partir du xvi^ siècle. En 1506, on la trouve au nombre de celles qui n'ont aucun emploi. En 1533, les Grands Jours de Tours nomment trois bourgeois pour la régir et distribuer ses revenus aux pauvres (1). Seulement^ elle est inhabitable, car « y a grandes ruines et réparations à faire ». Vingt ans plus tard, en 1553, l'aumônier de Notre-Dame-la-Grande la range parmi les établissements de ce genre qui, depuis longtemps, ne servent à rien (2). En 1564, elle est de nouveau saisie et affermée judiciairement, moyennant 60 1. par an (3). Sur cette somme, il est versé 20 l. à la Communauté des pauvres.

En 1571, l'aumônier Guillemard vient déclarer que son revenu n'est que de 30 1. , toutes charges payées . Il doit célébrer deux messes par semaine, et de plus, relever la maison et la chapelle entièrement démolies (4). Ces observations n'ayant point été admises il est tenu de donner encore ses 20 l. par an.

(1) Arch. Vienne, G. 1357-1100, reg. 1386. —(2) Arch. IIÔp. —(3) BibL Poitiers, cart. 57. — (4)7d. Le 30 décembre 1505, le trompette de ville Vermillon reçoit 6 s. pour avoir publié la vente des noyers qui se trouvaient dans la maison de la Madeleine,

Le 28 octobre 1584, le Bureau des pauvres décide qu'elle « sera traictée et régye soubz la main de la Dominicaille, attendu qu'elle est en ville et qu'elle n'est plus privilégiée que ne sont les aultres aulmosneries (1) ». La taxe de 20 1. paran est payée régulièrementjusqu'en 1673. Les chevaliers de Saint-Lazare, ayant refusé de la verser, sont condamnés par arrêt du Conseil, du 26 mai 1674, à donner seulement 16 1. Quand l'hôpital général s'empare de celte aumônerie, les paiements cessent et, malgré un accord passé, en 1737, avec les administrateurs de l'Hôtel-Dieu^, on ne les voit point reprendre.

La Madeleine, sous le nom d'Hôtel-Dieu de la Tranchée ou maison de la Tranchée, est inscrite pour 30 s. en 1486, sur les domaines du roi en Poitou (2). Cette somme passe à 40s. au xviii^siècle et ne se modifie plus jusqu'à la Révolution. Quant aux autres revenus qu'elle possède, nous n'avons sur eux que des renseignements incomplets jusqu'à la fin du xviii^ siècle. D'après certaines déclarations, faites en 1322, on trouve : 1° la rente de 7 s. 6 d. sur une maison dite de Beauvais, rue de Lengin; 2° celle de 16 s. sur une autre maison, rue de la Tranchée ; 3' enfin 15 s. sur une pièce de vigne située près de l'aumônerie (3). Le 7 août io83 le maire vient dire « qu'elle a plusieurs rentes, dont deux septiers de froment et deux chapons de rente foncière sur la métairie de Mezeau (4). Une autre de 7 s. 6 d., paroisse de Saint-Hilaire, et une dernière de 35 s. sur une pièce de terre appartenant à Mathurin Delacour ». Il ajoute

(l)Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (2) Arch. Vienne, HH8. — Bibl. nat., ms. f. fr. 24160.— (3) Arch. Vienne, G. Reg. 139.— (4)Bibl. Poit., cart. 53, reg. 4. Cette petite paroisse de Mezeau dut peut-être son nom, que l'on trouve, dès 1008, à un établissement de lépreux. Une partie de ses biens fut sans doute réunie à la léproserie de la Madeleine.

que tous ces revenus devant passer aux pauvres, leur rentrée s'impose, car aucun d'eux n'a été payé depuis plus de vingt ans.

En 1549, l'aumônier possède à titre personnel, pour sa fonction, la rente d'un boisseau de froment sur la terre des Giliers et, en 1607, une seconde sur certaine maison sise rue de la Tranchée (1). Il est vraisemblable qu'il dut en percevoir d'autres, mais elles nous sont restées inconnues.

Lors de la prise de possession des aumôneries par les chevaliers de Saint-Lazare, leur receveur Dauvillier s'empresse d'établir un sommier des renies dues par les établissements de ce genre (2). Ce sommier, passé plus tard dans les archives de l'hôpital général, nous a permis de connaître le revenu de la Madeleine vers la fin du xvn' siècle. Nous y trouvons les indications suivantes :

i° La rente de trois septiers de froment, trois septiers de seigle trois septiers d'avoine et deux chapons, à cliaque fêle de Saint-Mictielsur la maison et métairie appelée la Madeleine au village du Palais de Croutelle paroisse de Mezeaux. Le tout valant 35 s. IG d.

2° Rente foncière de 3 sept, de seigle, et deux chapons sur les terres de Belle-Joanne affermées à divers. Elles comprennent 24 boisseléesde terres en vignes et en prés situés au terroir des Coudres et des Rataudes paroisse de Sainte-Triaise, à droite du chemin allant de laporte de la Tranchée a laTorchaise. Touchant d'un côté à une pièce de terre dépendant de la métairie de la Bouralière appartenant àM.Letard, procureur et d'un autre, aux vignes des Ralaudes. Le tout valant , . 13 1.

3° Rente foncière de 51 1. sur un petit logis appelé le Ghastellet, ou faisait sa demeure l'aumosnier de la Madeleine, paroisse Sainte-Triaise, un jardin et trois pièces de terre hors la porte de la Tranchée. Cy 51 1.

4* Quatre pièces de terre à Vizay paroisse de Béruges affermées

(1) Arcli. Vienne, G, Reg. 139. — (2) Arch. liôp.

6 1. en 1640, puis cédées en 1747 à Fallu des Guillardières procu. reur du Roy aux eaux et forêts, pour une rente de 10 1. amortie plus lard.

o» Rente de 10 1. sur un logis où pend pour enseigne Saint- Louis, près la porte delà Tranchée, amortie le 31 août 1717.

6" Rente de 32 s. sur le coteau de Citre à droite du chemin par lequel on va de la porte de la Tranchée à la fontaine de Citre. Cy 1 1. 12 s.

7* Rente de 2 1. sur une pièce de terre appelée le Çhamp-Bourdon près la chapelle Saint-Jacques. Cy 2 1.

8° Bois taillis situés paroisse de Saint-André-de-Quincays-en- Saint-Benoit, contenant 50 boissellées de terre, sujets à la rente de 12 1.

9° Petit logis rue de la Tranchée, paroisse Sainte- Triaise, arrenté le 15 mars 1736 pour 5 1.

10° Rente de 3 1. sur une pièce de terre en coteau située hors la porte de la Tranchée, touchant à la « pierre huillière ». Cy. 3 1.

11° Rente de 1 1. sur un petit terrain paroisse de Sainte-Triaise, Cy 1 1.

12° Sur deux petits coteaux plantés en vignes situés à la Tranchée, rente foncière de 1 1.6s.

13° Rente de 2 1. sur deux bois taillis, l'un près du Fief-Clairet et l'autre près du Pas delà mule, d'après un acte de 1658. Resta impayée et perdue à la suite d'une délibération de 1707, considérant toute poursuite inutile.

14° Une pièce de terre et un jardin réunis au logis des Trois- Trompettes, paroisse Sainte-Triaize, le 23 avril 1652, moyennant une rente de 11.

lo" Pièce de terre dont la moitié en vigne, située dans l'enclos de Raguideau, contenant cinq journeaux et sujette à une rente de 15 s.

16° Rente foncière de 20 1. sur un logis paroisse Sainte-Triaize Cy 20 1.

17° Rente due par le roi à l'aumônerie de la Madeleine. 2 1. 18° Rente à la Maison-Dieu de la Tranchée dite la Madeleine 1. 1. 10 s.

Un relevé du revenu des aumôneries de France, fait par ordre du roi, au début du xviii* siècle, attribue à celle de

la Madeleine 260 1. par an (1). Nous voyons par l'inventaire ci-dessus que sa recette annuelle n'atteint pas plus de 135 1. 8 s. 16 s., soit à peu près la moitié moins. En réalité, cette maison, après sa destruction comme léproserie, ne semble guère avoir été utilisée pour les pauvres. Située hors de la ville, détruite lors du siège de 15()9, et faisant de plus double emploi avec celle de Saint- Antoine, elle rendit peu de services aux pèlerins et aux mendiants depassage.

L'aiimùiierie de Saint-Matlmrin.

]-.'aumônerie noble et féodale de Saint-Mathurin, appelée aussi de Saint-Saturnin, Sornin ou Saournin, du nom de sa paroisse, est à la nomination du chapitre de Saint-Pierre (1). Située dans un faubourg de Poitiers à l'embranchement des routes qui se dirigent vers le Berry et le Limousin, nous croirions volontiers qu'elle dut, comme celle de la Madeleine, servir au début de léproserie. Chose assez curieuse, quand les chevaliers de Saint-Lazare s'emparent, en 1676, des biens des aumôneries, seules les anciennes maladreries de Saint-Lazare, de la Madeleine, avec, en plus^ celle de Saint-Mathurin, qui leur est assimilée, continuent à payer une taxe à la Communauté des pauvres (2). En dehors de ces observations, qui se rapportent à toutes les trois, aucun document ne nous a jusque-là permis d'affirmer d'une façon absolue une telle hypothèse.

La situation de l'aumônerie de Saint-Mathurin, au point

(1) BibL nat., ms. f. fr. no 17608.

(1) Dans deux procès de 1353 et 1537, l'abbaye de la Trinité reconnaît l'aumônerie comme étant noble et féodale (Arch. llôp.). — (2) Arcb. H op.

de vue delà nomination de son aumônier nous est donnée par un acte de procédure, du 14 octobre 1621. Les chanoines de la cathédrale viennent dire : « Cette aumônerie est un titre de bénéfice qui dépend de plein droit du chapitre Saint-Pierre et dont la collation lui appartient et a celui des chanoines qui est au rang de porter chappes et en semaine, dans lad. éghse quand il vient à vacquer, et ne se conferequ'à unchanoine, tout aumoins créé adeffectum{i) Lequeld. bénéfice est personnat et dignité en icelle et a cause duqueld. personnat, il a de tout temps immémorial siège au chœur du côté droit, a maison canoniale en cette Ville proche lad. éghse, qui sont tous logis et bénéfices formels. Et que les maisons et bâtiments de lad.aumosnene avec la chapelle de Sainct-Mathurinestoit hors et proche les murailles de ceste ville, aux fauxbourgs de Saint-Saturnin avec le revenu dud. personnat de lad. chapellenie et aumosnerie. »

En 1306, son aumônier, Pierre de Sacierges,est invité à comparaître devantle sénéchal pour venirdéclarerpourquoi la maison ne reçoit plus d'indigents (2). Dès cette époque elle devait être ruinée, car, le 4 février 1515, il est dit aii conseil municipal : « que l'aulmosnerie Sainct-Sornyn soit rabiUée et que les pauvres y soient retirés (3) » . Il s'agit de l'utiliser pour recueillir les pestiférés.

En 1533, Saint-Mathurin ne cesse point d'être en mauvais état, mais il n'en est plus de même le 23 décembre 1571 car le lieutenant général à la police déclare que c'est une belle maison possédant un jardin (4).QueIques années plus

(1) Arch. Vienne, reg. 84, p. 9:i. (2) Bibl. Poitiers cart 9 - (V

tard, le maire vient dire à son tour la même chose, seulement, il ajoute : « Letout est grandement déformé et menace ruine (1). » Il termine en donnant la cause du mal : « Le bruict et raison est que l'on y tient mauvays trayn au grand scandalle et a laplaincte des voisyns,et que le service divin qui a accoustumé estre faict, dict et célébré en l'église de Poictiers a cause de lad. aulmosnerye ne sont faict aulcun et ne sçait qui sont à présent titulaires. » Immédiatement on procède à quelques réparations en installant des « garde-robes » avec une cheminée dans la grange pour la chauffer et l'utiliser en mêmetemps comme cuisine (2). Les portes et la couverture sont remises en état. Le total de la dépense se monte à79 1.14s.3d.

Ces réparations ne semblent avoir eu qu'une durée très éphémère. Le conseil municipal ayant appris la défaite de Joyeuse à Coutras se met en devoir de faire le nécessaire pour assurer la défense delà ville (3). Parmi les précautions qu'il doit prendre contre les ennemis de la Sainte- Union et assurer la sécurité de Poitiers, figure l'ordre d'abattre toutes les maisons et les murailles situées à la descente de Saint-Sornin, en y comprenant l'aumônerie de Saint-Mathurin. C'est ce qui, du reste, est exécuté en grande partie, sinon en totalité.

Le 6 août 1592, l'aumônier Jean Moreau se plaint au Bureau des pauvres de ce que les fermiers se soient emparés du jardin dans lequel était située la chapelle. La maison et la fuie, ruinées pendant la guerre, ne donnent plus aucun revenu (4). Ce qui peut en rester ne sert qu'au

(l)Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (2) Bibl. Poit., cart. 11. Les maçons furent payés 2 s. et 2 s. 6 d. par jour. Les tireurs et porteurs de pierre à raison de 10 à 12 s. la semaine. — (3) Ileg. dél. municip., no 47, p. 187. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 8.

JUSQL'A L'AN V 83

logement des locataires. Du reste, en 1595, de nouvelles réparations sont faites (1). La Dominicale se charge des deux tiers des dépenses, et l'aumônier de l'autre tiers.

Un acte de 1621 nous donne l'état de cet établissement au moment où il est menacé d'être réuni à l'Hôtel-Dieu. « Les bastiments et la chapelle ont esté bruslés et ruinés de fond en comble par le commandement de Messieurs les gouverneurs, maire, pairs et échevins de la ville lors du siège et que la chapelle a esté seullement construite par les précédents aumosniers et n'avoient pu remettre le parsus des bastimens a cause du peu de revenu et des procès qui ont esté poursuivis, ensuite de l'esdit de i561, contre les aumosniers qui ont esté contraincts, au lieu de ce faire, pour chascun an, de bailler et payer au receveur de la Dominicale pour les pauvres 90 1. et 6 charretées de paille, qui revient, avec les charges, à plus des deux tiers des revenus de lad. aumosnerie et les a empêchés de satisfaire à leur devoir et de les remettre comme auparavant (2). » La chapelle exista longtemps encore, car^ en 1697, l'abbé Cotelle, curé de Saint-Saturnin, y célébra les offices en qualité d'aumônier (3). En î770, on fit réparer la grange, la maison et la fuie, constructions déjà fort anciennes.

L'aumônerie de Saint-Malhurin reçut parfois des indigents, au XVI® siècle. Simon Leblanc, intendant des pauvres, vient dire au conseil, le 24 août 1586, « que la grande nécessité qui est à présent à laquelle il est impossible de pouvoyr fournir, sy les mallades qui sont a l'aulmosnerie de Noslre-Dame-la-Grande ne sont transportez a l'aulmosrie Sainct-.Mathurin ou il espère qu'ils seront beaucoup

(1) Bibl. Poitiers, cart, 53, reg. 9. — (2) Arcli. Vienne, reg. Sii.p. 95. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 11, et cart. 53, reg. 6.

mieux et en meilleur ayr et mesme qu'il y a dangier que la contagion ne prenne a l'aulmosmerie Nostre-Dame » (1) Une décision conforme à cette demande est adoptée immédiatement. Les réparations une fois terminées, les malades prennentpossession de la maison^le 2 janvier 1 587.

Le compte des dépenses qui se firent pendant tout le temps qu'elle fut habitée nous a été laissé par le receveur Simon Leblanc. Il nous fait connaître le régime alimentaire suivi dans une aumônerie de Poitiers à cette époque. On peut le diviser en deux parties bien distinctes. Le régime gras et le régime maigre, qui ne comprennent chacun de leur côté qu'un choix fort restreint d'aliments :

Voici quelques jours pris au hasard :

Le vendredi] P^ jour de janvier 15 87.

Une moulue (morue) xi s.

Deux douzaines d'œufz x s .

Une livre de beurre xii s.

Une chopine et demi d'huille xv s. vi d.

Sabmedij, IIP jour dud. mois.

Pour la chandelle et vin au gardien x s., ,yi rousseaux (2), VI cartz et ung cartier iv 1., vi d.

Mardy VP jour dud. mois.

VI rousseaux et ung cart lviii s.

Vendredy IX^ jour dud. mois.

Une moulue vi s.

IV douzaine d'œufs xx s.

Une livre de beurre x s.

Une chopine d'huille vu s. vi d.

Sabmed]) X^ jour dud. mois.

En cher, ix rousseaux, ix cartz et un carlier — m 1. xii s. Lundy XII« jour dud. mois.

II sommes de fagotz xvn s . vi d.

(1) Bibl. Poitiers, cari, 53, t. XV. — (2) Epaules de mouton.

Idardy Xllh jour dud. mois.

En cher, vi rousseaux, iing cartz et ung cartier lvii s.

Une chandelle et vin x s .

Mercredi! .

III charretées de gros boys vi 1. m s-

II charretées de fagotz cv s .

Vendredi] .

V I . de poisson x s,

V douzaines d'œufz xxv s.

En moulue ix s. vi d.

Une pinte d'huille x s.

Une livre de beurre x s.

Le carême elles jours maigres, fort nombreux dans l'année, sont observésreligieusement. Voici un aperçu des achats faits pendant le carême.

Une pinte d'huille xii s.

Une livre de beurre xii s-

Ung boiceau de febves xx s.

Ung boiceau de pois. xxx s.

VII 1. de poesson xiv s .

Ung cart de sel x s .

4 harens , xxx s.

III molues parées et une verte xx s .

En résumé, la viande de mouton fait seule tous les frais des jours gras. Pour ceux qui sont maigres, les œufs, le poisson, quelques légumes secs, assaisonnés au beurre ou à l'huile de noix, constituent la nourriture des pauvres. Quant au pain, dont il n'est point parlé, nous savons qu'à cette époque chacun d'eux n'en reçoit pas pfus d'une livre par jour.

Les malades soignés à Saint-Mathurin ne durent pas être nombreux^ si nous en jugeons par le montant des dépenses qu'ils occasionnèrent. Elles débutent à J23 1. 4 ?.6 d.pour

le mois de janvier, descendent à H2 1.14 s. en avril et se maintiennent dans des proportions à peu près semblables jusqu'en août. Elles se réduisent à 93 1.4 s. 6 d.enseptembre, à 60 1.3 s. 3d.en octobre, pour atteindre le minimum de 42 1. 9 s. en novembre et remonter à 57 1. 15 s. le mois suivant. Le total de l'année est de 935 1.6 s. Seul, le gardien reçoit une ration de vin, car il ne semble pas qu'il en ait été distribué aux pauvres.

Celte même année, l'aumônerie sert à héberger une petite troupe composée de 23 soldats accompagnés de leur barbier Mathurin et de trois femmes. Ils ont droit chacun au pain blanc et à quelque peu d'argent, soit 15 s. par jour pour toute la bande. L'un d'entre eux étant mort, tout ce qu'il possède est remis au receveur de la Communauté des pauvres (1). Il s'agit, au reste, d'une somme de minime importance.

Le 7 février 1588. le bureau de la Dominicale ordonne que pour, « héberger les enfans, l'aumosnerie de Sainct- Mathurin sera ouverte (2) » . Il s'agit dans la circonstance d'accorder un refuge temporaire aux malheureux orphehns dont les parents ont succombé à la peste.

L'aumônerie deSaint-Mathurinest,ensomme,peu utihsée pendant la plus grande partie du xvi* siècle. En 151 6, celui qui la possède est accusé de vouloir la céder au chapitre de Saint-Pierre afin d'en obtenir plus tard une prébende (3). La municipalité s'y oppose et l'affaire n'a pas de suite. En 1531, l'arrêt des Grands Jours de Tours ordonne qu'elle

(1) La gardienne trouva, dans sa poche, 4 écus en bon argent et un teston et demi en argent léger qui ayant été changé est revenu à un écu et cinq sols. (Bibl. Poitiers, cart. H.) — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 7. — (3) Reg. del. mun., no l!i, p. 242.

sera désormais administrée par trois notables bourgeois (1). C'est ce qui a lieu, et, deux ans plus tard, le nommé Herbaudeau la prend à ferme.

Mise de nouveau sous séquestre à la suite de Tédit de 1561, son aumônier prétend qu'elle ne constitue qu'une simple chapelle, dont il a le droit de s'approprier tous les fruits (1). Elle produit, en 1557 et 1558, un revenu annuel de 421., qui atteint 139 1. 10 s. en 1565(2). Le 18 novembre 1571^ son titulaire, Pierre Chessé, consent à en donner un tiers aux pauvres, à condition toutefois qu'ils participeront pour un tiers dans les réparations à faire aux bâtiments (3). Il lui est répondu, le 23 décembre suivant^ par l'injonction d'avoir à leur verser tous les ans, à la Toussaint, la somme de 80 1. A cette époque, l'aumônerie est louée, moyennant 120 l.,àBouin,hôte de Saint-Michel. Il en résulte que l'aumônier, après avoir payé sa taxe et ses décimes, ne peut guère tirer qu'un maigre revenu de son bénéfice.

En 1584, pendant l'absence de tout titulaire l'aumônerie Saint-Mathurin, avec les terres qu'elle possède, est mise à ferme judiciairement, à raison de 100 1. par an (4). Cette somme est versée dans la caisse des pauvres jusqu'au jour 011 les chanoines de Saint- Pierre remplacent Chessé.

Le 25 mai 1619, un arrêt du Parlement de Paris réunit les aumôneries de Poitiers à l'Hôtel-Dieu, et, le 30 octobre suivant, Pierre Mourault, sieur de la Vacherie, est désigné pour prendre possession de Saint-Mathurin. L'aumônier Claude Babin en appelle au Grand Conseil et pendant quel-

— (1) Arch. nat., Z»", 54 v». — (2) Arcli. Vienne, H* 18. — (3j Bibl. Poitiers, càrt. ij3. — (4) Id.

quës années les procès succèdent aux procès (1). Il prétend en toute occasion que le revenu qu'il en retire est insuffisant pour le faire vivre et payer le prêtre chargé de célébrer les messes et services (2). Enfin, le 23 août 1623, un arrêt du Parlement le maintient dans la possession de la chapelle et aumônerie de Saint-Mathurin avec le droit d'en toucher tous les fruits (3). Ce résultat n'est obtenu que grâce à l'appui très puissant des chanoines de Saint- Pierre.

L'aumônerie passe aux chevaliers de Saint-Lazare et du Mont-Carmel qui, par un accord passé, le 29 janvier 1693, avec THôtel-Dieu, lui versent une somme annuelle de 1001.(4).

En vertu de l'arrêt du Grand Conseil, de 1693, enregistré à Paris le 9 janvier 1 696, et au bureau des finances de Poitiers,le 2 décembre 1699, tous ses biens sont donnés à l'hôpital général^ qui les conserve en partie jusqu'à nos jours.

Un bail passé le 8 août 1579 nous fait connaître les possessions attachées à l'aumônerie de Saint-Saturnin (5) . Elles comprennent :

1° La grande pièce de Maupas, contenant environ 30 septiers.

2° Une pièce de terre située au terroir de Chalons, d'une contenance de 12 septiers.

3° Une pièce de terre assise à la Croix-Blanche, contenant 3 septiers environ.

4° 20 boisselées de terre à la Fosse-Séche.

S'' 10 b)isselées au coin de la Croix-Blanche.

6" 2 lopins de terre de 2 septrées environ.

1" 8 septrées de terre appelées les Grois et la Milletière.

(1) Arrêts des 6, 10 et 19 décembre 1G21. Requêtes des 1er et H juin 1622. Arrêt du 17 juin 1622, etc. (Arch. Vienne, reg. 8.) — (2) Reg. dél. mun.. n" 78, pp. .58, 284. —(3) Reg. dél. mun., no 8:i, pp. 125-127. — (4) Arch. Uôp. —(5) M.

8° 4 septrôes aux Trois-Boiirdons.

90 10 boisselées à Pimpaneau.

10* 10 autres au champ de la Couyne.

il* 12septrées de terre.

12° 1 septrée à la Roche-Mathieu.

Le tout, se montant à 82 septrées, est loué pour 50 écus.

Un second inventaire, fait le 20 mars 1680 par Charles Dauvillier, receveur des chevaliers de Saint-Lazare, nous donne quelques détails complémentaires, mais semble indiquer la disparition de plusieurs propriétés. C'est le même qui sert aux receveurs de l'hôpital général, à partir de 1699 pour recouvrer les revenus de ces biens donnés, par le roi. aux pauvres renfermés (1). Il en contient l'énumération suivante :

1" Pré des Rosiers, arrenté en vignes pour 1/6 des fruits et non en vignes, un tiers. Plus, pour chaque quatre boisselées de terre, un chapon et un denier de rente, en 1627.

2° Pièce de terre située proche la Justice ou fourche patibulaire. Arrentée pour 15 1. 2 d. et 2 chapons en 1634.

3" Pièce de terre, de 48 boisselées, aux Grandes Groyes, paroisse Saint-Saturnin, sur la route de Chauvigny à main gauche et une autre à main droite, arrentée le 10 mai 1676 par les chevaliers de Saint-Lazare pour 21 s. de rente noble féodale, par chaque quatre boisselées et la dîme qui est due. Ne pourront vendanger qu'au jour indiqué par le bailleur.

40 Pièce de terre de 9 boisselées, située au terroir de la Vallée de la Justice, arrentée, le 10 mai 1676, pour la rente noble féodale et foncière de 7 1. 1 d. de cens.

0° Pièce de terre au terroire de l'Homme Rouge, paroisse de Saint-Saturnin, sur le chemin de Poitiers à Bourresse, à main gauche, arrentée, le o août 1688, pour la rente foncière perpétuelle de 10 1.

6° Deux boisselées de terre au terroir des Grandes Groyes et trois autres au même terroir, arrentées, les premières à 30 s. la

(1) Arch. Hôp.

boisselée et les autres, pour 4 1. 10 s., le tout, en vertu d'un acte du 5 août 1726.

7° Huit boisselées de terre au terroir de la Justice, arrentées le 18 août 1726 pour 12 1.

8° Pièce de terre de 48 boisselées aux Petites Groyes sur laquelle la Trinité doit 6 d. de cens, affermée, en 1759,pour 700 1. et en 1703, pour 805 1.

9° Maison joignant l'église de Saint-Savin,arrentée le 23 janvier 1702 pour 92 1.

Une grande partie des propriétés est mise à rente par les aumôniers, les chevaliers de Saint-Lazare et les administrateurs de l'hôpital général. Seules, les 48 boisselées des Petites Groyesrestenttoujours àferme jusqu'à la Révolution. Elles rapportent U7 1. en 1697 et 224 1. 20 s. en 1717, soit vingt ans plus tard. On les trouve louées pour 600 1. en 1754, puis 9001. en 1781 et enfin 1100 1. en 1792(1). Ces chiffres montrent combien les possesseurs des biens de Saint- Mathurin commirent une grande erreur en les mettant à rente, sans se douter de la valeur qu'ils étaient appelés à prendre dans le faubourg d'une ville aussi importante que Poitiers.

L'aumônerie doit pourvoir perpétuellement avec ses revenus à la célébration journalière d'une messe (2). Aussi^ en 1760, tous frais déduits, elle ne rapporte que 790 l. par an.

A la Révolution, la plus grande partie des biens de cet établissement disparaissent. Seule, la maison du fermier, placée derrière le Calvaire du faubourg du Pont-Neuf, le long du chemin qui monte à la Pierre-Levée, reste encore

(1) Arch. llûp. Le fermier de raumônerie était exempté du logement des gens de guerre, conformément à une ordonnance de l'intendant Lenain, du H mai 1733, à cause des lettres patentes données à l'Hôpital général en iùlli. — (2) Arch. Hôp.

pendant quelques années la propriété des hospices. De même, des terres situées sur les routes de Ghauvigny et de Montmorillon, en face le cimetière de Poitiers. Le tout est affermé, en l'an V, pour la somme de 277 fr. 90.

L'aumônerie de Saint-Saturnin, dont la date de fondation nous est inconnue, semble avoir été l'une des plus riches de la ville. Ses aumôniers firent comme les autres, négligeant, à partir du xvi' siècle, et même avant, de venir sérieusement au secours des pauvres (1). Aussi Louis XIV répara-t-il les erreurs du passé en la remettant à l'hôpital général.

L'aumônerie Saint-Jacques de la Vergne.

L'aumônerie de Saint-Jacques fut fondée, vers le milieu du xiv' siècle, par Pierre de Lavergne ou La Vergne, chanoine de Saint-Pierre, qui l'établit en « Jarsin », autrement dit, rue Sainte-Oustrille, puis de la Sous-Chanterie, et actuellement des Carolus (2). Le frère du fondateur lui succéda comme aumônier, ainsi que nous l'indique un acte de 1581 (3). Après lui, ceux qui occupèrent cette fonction furent nommés par le chapitre de Sainte-Radegonde,dont ils firent souvent partie (4). Chacun des chanoines devait, en mourant, abandonner son lit aux pauvres de cette aumônerie.

(1) Parmi les aumôniers nous trouvons : Pierre Negraud (14bG). — Pierre de Sacierges (1506). — Pierre Fardeau (1533). — François Guillemard (1553). — Berthomé Aubert (1564). — Emery Guillemard (1571),

— Pierre Chessé(1571). — François Moreau (1577). — Bussereau (1580).

— Jacques Moreau (1592). — Jacques Barin (1599). — Jacques de Mareuil (1620). — Claude Babin (1621). — André Bonnerier (1667). — René Babin (1680). — Cotelle, curé de Saint-Salurnin(1697). — (2)Arch Vienne, G. 1554. — (3) Arcli. Hôp. — (4) Arch. Hôp.

Les fonctions de l'aumônier nous sont données par l'un d'eux, en 1575. Après avoir énuméré, avec plus ou moins d'exactitude, les revenus de cet établissement, il ajoute : « Est l'aumosnier tenu entretenir unze licts en l'aumosnerie y avoir gardien et gardienne pour recepvoir les pauvres y affluans et, pour* ce faire, leur bailler, y compris pour les entretenir, aussy nourrir et alymenter lesd. pauvres, si et quant sont menez au lict malades et faire faire les lessives pour nestoyer le linge desd. pauvres de draps et linge à lad. aulmosnerie, sans compter plusieurs aultres charges que par chacun jour y advient (1). » De plus, l'aumônerie doit une rente au curé de Sainte-Oustrille ou Austregesile. Cette rente de fondation, confirmée par le doyen de l'église de Poitiers, est pour le récompenser du soin qui lui incombe de porter les sacrements aux malades.

En 1506, l'aumônier de Saint-Jacques est accusé, comme les autres, de ne point remplir ses devoirs envers des indigents (2). Par arrêt du Parlement, du 27 octobre 1531, ses biens sont saisis, mais pour peu de temps (3). Le 22 mai 1545, le bureau de la Dominicale décide que l'aumônerie sera spécialement réservée aux « pauvres et aux pèlerins (4). » Nouvelle saisie est faite de ses biens, en 1565, conformément à l'édit de 1561. Ils ne tardent pas cependant à être restitués à leur possesseur sous condition qu'il versera tous les ans 60 s. aux pauvres, en vertu de l'accord intervenu avec la mairie, en 1535. Jusqu'à cette époque,

(1) Bibl. Poitiers, cart. 9. — (2) Arch. nat. Zi", n» 175, p. 54vo. (3) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (4) Id. En 1599, les chanoines de Sainte- Radegonde ordonnent au fermier de l'aumônerie d'en chasser les femmes « mal renommées qui l'habitent et y causent grand scandale ... (Ar<l). Vienne, G. 1598.)

les bâtiments semblent avoir été maintenus en bon état quoique restant parfois, sinon toujours, inutilisés avant d'être à peu près démolis (1).

La situation de l'aumônerie de Saint-Jacques l'expose, en 1569, aux coups de l'armée protestante. Elle est exactement placée à gauche, dans la rue qui va de Sainte-Radegonde à Saint-Simplicien. En .1610, Flandrine de Nassau achète de la ville la plus grande partie de cette rue, qui longe alors les anciens remparts romains, et l'incorpore aux jardins de Sainte-Croix, tout en laissant Saint- Jacques de La Vergne en dehors des terrains de l'abbaye. Cet établissement de charité se trouve dès lors immédiatement au coin de la rue des Garolus, mais à droite, en descendant vers les anciens remparts, actuellement boulevard du Pont- Neuf. C'est là que, dans des fouilles récentes, le R. P. Camille de la Croix a pu mettre au jour ses fondations, son puits et quelques tombes provenant de son cimetière.

En 1369, les canons des Protestants, établis à Saint- Saturnin, tout en battant les murs de la ville, envoient leurs boulets sur l'abbaye de Sainte-Croix, située exactement derrière l'aumônerie. De plus, cette dernière possède, dans ses jardins^ une batterie d'artillerie qui répond aux coups de l'ennemi et défend les remparts démolis, entre Saint- Cyprien et Sainte-Radegonde (2). Le voisinage de ces canons et leurs détonations lui causent le plus grand dommage.

Le 17 août 1572, l'aumônier vient déclarer au Bureau des pauvres que cette maison, jadis très bien installée, tant pour lui que pour les indigents, avait été « ruynée et desmolie au moyen du siège estant devant ceste ville ».

(1) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (2) Lieberge, le Siège de Poitiers. (Edit.Filleau, pp. 73, 75, 77, 81, 87.)

Le 20 août suivant, il est invité à venir s'expliquer « tant pour le faict du bastiment qui est tout ruyné et par terre, par le moyen des guerres que pour amasser estofîes et matières de charpente sur les appartenances de lad. aumosnerie,à la charge de bailler la rente au profit des pauvres (1) ». Il fait bien quelques difficultés, mais se résigne, en fin de compte, à donner une somme insignifiante à la Dominicale.

La taxe imposée au titulaire del'aumônerie Saint-Jacques ne futjàmais bien importante. Jusqu'en 1569, elle n'atteignit que 60 s. par an. Ayant cessé de la payer, il fut invité, le 10 février 1571, à la verser de nouveau sous menace de poursuites (2). Il vint déclarer que son revenu étant fort petit il l'abandonnerait tout entier par « dévotion » aux pauvres, si l'on voulait lui accorder un délai de quinze jours. Ces belles promesses ne furent suivies d'aucun effet. Rappelé de nouveau à remplir ses obligations, il essaya de se disculper, le 12 août 1572, en disant que, par suite delà guerre, il ne possédait qu'un maigre revenu, comprenant a les vignes assises à Byard qui sont en friche ». Quant au reste, comme il se montait à peine à 10 à 12 1., il offrait d'en verser 2 l, par an, ce qui lui fut accordé, en attendant mieux.

En 1853, sa taxe est remontée à 60 s., mais, s'obstinant à ne la point payer, on le menace, le 14 août, de faire saisir son bénéfice, d'une valeur annuelle de 4 à 5 écus. Les autres aumôniers versant chaque année les deux tiers de ce qu'ils touchent, il sera mis dans l'obligation de suivre leur exemple (3). Il répond qu'il lui faut donner 4 l. pour ses décimes et payer les réparations nécessaires à l'aumônerie. Ces

(1) Bil)L Poitiers, cart. 53, reg. 3. — (2) Id. — (3) Id., cart. 54 et Arcii. llù]"i.

JUSQU'A L'AN V 9b

raisons ayant été trouvées bonnes, le bureau de la Communauté des pauvres réduit ses versements annuels à 50 s., somme qu'il néglige de payer pendant longtemps.

A partir de 1583, la fondation de Pierre de La Vergne cesse de recevoir les pauvres et il n'est plus question d'elle jusqu'au jour de sa disparition.

En 1628, Flandrinede Nassau, abbesse de Sainte-Croix, constate que l'aumônerie, depuis longtemps inutilisée, est intercalée complètement dans l'enclos de son monastère. Toutes ses vues donnent sur ses jardins et rendent à peu près impossible aux religieuses l'accès des cloîtres. Aussi, demande-t-elle à l'échanger pour la maison du Petit-Marais, située rue des Carmes, que le propriétaire, Pierre Nau^veut bien lui vendre. Le conseil municipal, consulté à cet effet, n'hésite pas, le 10 avril 1628, à émettre un avis favorable en déclarant un tel marché fort profitable pour les pauvres (1 ). Une seule condition est imposée. Elle consiste à exiger que sur la porte du nouvel établissement soit mise une pierre portant ces mots gravés ; Aumônerie de Saint-Jacques de La Vergne. Les chanoines de Sainte-Radegonde, consultés à leur tour, ainsi que le lieutenant général, ne présentent aucune objection.

Le 4 juillet 1628, deux maîtres maçons font une visite de l'aumônerie et en dressent le procès-verbal suivant : « Le logis de lad. aumosnerie, jardin et appartenance d'icelluy, y joignant, contient en tout 22 toises de longueur et 11 toises et deux pieds de largeur. Autour duquel espace, y a un cellier, rocq qui va sous la rue tendant de Saincte-Radegonde à Sainct-Sulpicien et un puis. Ensemble, un logis consistant en une chambre basse de 18 pieds de long et

(1) Reg. dél. raun., n» 78, p. 225.

de large, une chambre haulte de même largeur sans cheminée. Dessus, un grenier faict en apentif, dans lequel faut entrer courbé. Et à costé, une estude de six pieds de long et trois pieds de large, joignant une petite estude, conférante à celle cy-dessuS;, tenant d'un costé à lad. aumosnerie et apartenances d'icelle. A la rue tendant de lad. église de Saincte-Radegonde à Sainct-Sulpicien et de tous les autres endroits aux jardins de lad. abbaye et bastimens d'icelle (!) ». Comme toutes ces constructions ne sont distantes que de 18 pieds du jardin de l'abbaye, « il est impossible d'empescher lesd. veuhes, quand l'on bastirait si hault que se soit, à cause que led. lieu a servi de plateforme à une batterie de canon qui fut mis pendant le siège, ce qui ébranla si fort les murs dud. bastiment qui menace ruyne » . Ainsi que nous l'indique cette vente, l'aumônerie deSaint- Jacques est plutôt petite et les 11 lits destinés aux pauvres peuvent k peine y loger. La maison pour laquelle on l'échange, habitée par Sébastien Piloton, sergent royal, occupe un emplacement bien plus considérable. Sa façade sur la rue des Carmes est de 4 toises 1/2, en dehors, sans y comprendre la cour qui la précède. Cette cour seule a 18 pieds de long, sur 6 toises 1/2 de large avec une muraille de 9 pieds de haut. Elle renferme un puits et donne entrée à l'escalier du premier étage. La longueur du logis est de 7 toises, avec une galerie de 8 pieds de large sur 20 de long. Le jardin, qui a 10 toisesde long et 5 toises 1/2 de large, renferme une écurie, un fenil et un petit toit. Sous la maison, se trouve un cellier voûté, de 26 pieds de profondeur et de 12 de largeur. De plus, 2 salles basses, de 20 pieds de long sur 1() de large, sans compter l'enrochement. Les chambres

(1) Aich. nat. S. 4880.

du haut sont semblables et toutes ont également des cheminées. Le jardin est entouré de murailles ayant 6 pieds de hauteur .

Après examen des lieux, l'aumônerie Saint-Jacques est estimée 1 .500 1. et la maison du Petit-Marais 2.700 1., ce qui constitue un marché fort avantageux pour les pauvres (1). L'acte d'échange est passé, le 4 juillet 1628, par Flandrine de Nassau, assistée de Catherine de la Tremouille, sa coadjutnce,et de toutes les religieuses, avec Pierre Nau, l'aumônier en titre (2). Le chapitre de Sainte-Radegonde, après avoir été favorable à cet échange, essaie de s'y opposer (3). Son opposition est levée le 7 juillet suivant.

Le Petit Marais ne fut nullement transformé en aumônerie et resta toujours une simple maison de rapport (4). Passée entre les mains des chevaliers de Saint-Lazare, leur receveur Charles Dauvillier, sieur de Basbourg,la meta rente (o). Transmise en mauvais état, en 1673, à l'hôpital général, elle recouvre à cette époque son titre d'aumônerie (6). Elle ne cesse ensuite de faire partie de cet établissement jusqu'à la Révolution (7). En Tan V, on la trouve affermée moyennant 45 1., soit 44 fr. 43 c.

Il est assez difficile de savoir ce que deviennent les revenus des aumôneries à travers les siècles. Au moment de

(1) Reg. del. mua., n* 78, p. 286. — (2) Arch. Vienne, Sainte-Croix, liasse 12. — (3) Arch. Vienne, G. 1357. — (4) Parmi les aumôniers de Saint-Jacques de La Vergne, nous trouvons : Pierre de La Vergne(138l).

— Arnault de Salgues (1440). — Thomas de Janoilhac (1436-1439). — Malhurin Pelisson (1490). — Jehan de Quesreu (1490). — Jehan Rideau (1492-1493).— Micheau-Dabert (1306). — Nicolas Orret (1322). — Hugues Mousnyer(1321-1344). — Michel Mousnyer (1361). — Sainte-Marie (1371).

— François Mousnyer(1372). — Ferruyeau (1373). — Pierre Neau (1393- 1628).—' Georges Mesnard (1638-1641). —Jean Brunet (1669).— Pierre Bordier (1670-1678). — (3) Arch. UÔp. — (6) Arch. liùp. — (7) Arch. Ilôp.

leur fondation, ils tendent à augmenter, puis disparaissent peu à peu avec le temps. En ce qui concerne celle de Saint-Jacques, nous trouvons les indications suivantes sur ce qu'il en reste auxvm^ siècle, dans le sommier des rentes de l'hôpital général.

1° Maison, paroisse Sainte-Austregile située en face l'ancienne aumônerie, puis achetée par Flandrine de Nassau moyennant une rente de 35 s .

2° Maison et métairie de la Rivière à Anxaumont qui, chaque année, devaient 5 sept, de blé, arrentées pour 12 1.

3° Rente féodale et foncière sur une pièce de terre située à Biard 20 s.

i° Rente d'un sept, froment et 1 s. 10 d. sur une terre au village de la Chapelle-Moulière, d'après un titre de 1407. Payée pour la dernière fois en 1571 » »

5° Rente sur un logis joignant l'auberge deSaint-Etienne. 4 1.

6o Rentes diverses sur des vignes situées au terroir des Sables 52 1 .

Il manque à cette énumération un certain nombre d'articles comprenant des rentes disparues avant le xviif siècle.

1° Rente de 7 sept, froment sur la maison de Lavau à Cissé. Cette rente, donnée en 1381, se continue jusqu'en 1595.

2» Rente annuelle de 40 s. sur une maison rue des Jacobins, d'après un titre de 1628.

3» Rente de 20 s. sur une maison située dans la rue allant de Sainte-Radegonde à Saint-Simplicien,près le cimetière des aumôniers. Cesse en 1575.

4" Rente de 30 s. due par l'abbesse de la Trinité. Cesse en 1571.

5" Rente de 33 s. sur des terres à Jaulnay. Cesse en 1571.

G» Renie de 101. sur le domaine du roi, d'après un inventaire de 1575.

7° Rente sur un pré de 7 journées, au fief Lecomte. Reste impayée à partir de 1571 .

8° Rente de 7 sept. 1/2 de froment et 12 d.sur des domaines au

Fief-Lecomte, avec redevance de 35 s. à Saint-Pierre-le-Puellier. Cesse avant 1575.

9" Ronte de 7 sept, baillarge., 6 sept, avoine, 1 chapon et 12 d. sur des domaines paroisse de Buxerolles, non payée en 1575.

10'' Rente de 2 sept, froment, 2 chapons, 1 poule (géline) sur des terres à Buxerolles. Cesse avant 1575.

11° Lits dus par les héritiers des chanoines qui décèdent, non payés.

A côté de ses revenus, il est juste de donner les charges que doit supporter l'aumônerie de Saint-Jacques. Elles sont les suivantes, en 1571 :

1'^ Au premier chanoine de Sainte-Radegonde la rente annuelle de 16. s.

2° Aux chapelains de Saint-Pierre 6 d .

3° Au curé de Sainte-Austregésile ou Oustrille, pour les décimes • 10 s .

Il est facile de suivre l'appauvrissement graduel de cette aumônerie. Ne rendant, comme la presque totalité des autres, aucun service aux pauvres, elle ne put attirer à elle les bienfaits des âmes charitables. Son rôle, terminé avant la fin du XV* siècle, ne reprit point dans la suite et ses biens ne revinrent à leur destination première qu'à partir du jour où il passèrent à l'hôpital général.

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