CHAPITRE IV Les aumôneries des monastères à Poitiers
L'aumônerie de Saint-Cyprien.
L'abbaye de Saint-Cyprien, fondée en 828 par Pépin I", roi d'Aquitaine, était située en dehors des'murs de Poitiers, sur les bords marécageux de la rivière du Clain. Celte situation fit qu'elle n'échappa point aux désastres occasionnés parles guerres. Détruite parles Normands, puis à plusieurs reprises par les Anglais au cours de la guerre de Cent Ans, elle le fut encore par les Protestants au xvi® siècle. Elle put, malgré tous ces désastres, atteindre la Révolution. Mais à cette époque, ses bâtiments furent rasés pour céder la place à une pépinière, à une magnanerie et à un jardin botanique.
Comme toutes les abbayes du moyen âge, celle de Saint- Cyprien dut posséder une aumônerie dès le début de sa fondation. On l'installa dans un terrain touchant d'un côté à la rivière et de l'autre au pont qui la sépare de la ville. Au cours d'un procès soutenu par l'aumônier, nous trouvons sur son emplacement les indications suivantes, à la date de 1.^14 .-«La pièce de terre etplace estans alentour des maisons etlogisde lad.aulmosnerie tiennent d'une part, lad. place, au chemyn tendant de la grande porte de lad. abbaye,
en tirant le long dud. chemyn couvert jusque au carrouer et au pré de l'église et couvent de lad. abbaye (I). Lequel carrouer est près de la ryvière du Glain tirant au long d'icelle ryvière retournant jusqu'au long du mur qui renferme la fontayne de l'aulmosnerye et est séparée et distincte dud. cymetière et non comprise enicelluy. » Le cimetièreen question.qui possédait un beaunoyerobjet du litige, n'était guère uliliséàcette époque autrement que pour enterrer les moines. Il servait aussi de dépotoir aux fumiers provenant de l'aumônerie, ce qui constituait une véritable profanation. Aussi l'aumônier fut-il condamné à les enlever. Ses fonctions n'étaient alors que purement honorifiques, et depuis longtemps il n'hospitalisait guère que de rares pèlerins ou des vagabonds.
L'état des bâtiments qui composaient l'aumônerie nous est donné, en 1562, après leur destruction par les bandes protestantes(2). Voici comment ils sont décrits dans le procès-verbal d'une visite faite à cette époque : « 1° Plus le logis de l'aumosnerye^qui consiste premièrement en ung grand corps de logis vers les ponts de lad. ville, qui a de longueur 12 thoises et de largeur 4 thoises et demy hors œuvre, ou y a deux estages de soliveaux, faicts a sept quartiers et couverts de thuille platte qui a esté bruslé et ruyné. Plus ung aultre petit corps de logis et la cave a deux estages, contenant six thoises de longueur et troys thoises de largeur hors œuvre^ couvert de thuille corgne, garny de garderobes, tant haut que bas, brûlées et ruynées. »
« Ung aultre petit logis nommé rOspïlal contenant quatre thoises et demi de longueur hors œuvre, a deux estages
(i) Arch. Vienne, H'-4. — (2) Dom Fonteneau, tome LVI, p. 780.
de traînes et sollivaux couvert de thuille corgne, bruslées et ruynées. »
En outre de ces indications, nous trouvons des détails sur le pressoir, la galerie, le logis de la chambrière, la cuisine^ le cuvier et enfin rétahle,avec son fenil. En résumé, ces constructions, situées, selon l'usage^ en dehors de l'enceinte claustrale, n'en sont pas moins entourées de murs. L'aumônerie de l'abbaye de Saint-Cyprien paraît avoir été, par ce que nous venons de voir, d'une réelle importance.
Deux ans plus tard, en 1564, une nouvelle visite nous fait savoir que les maisons formant l'aumônerie, établies « en dedans du circuyt de l'abbaye », consistent « en quatre corps d'hostel qui ont esté ruynez,bruslez et de présent sont sans aucune couverture ny charpente, sauf une partie de l'ung desd. corps d'hostel, auquel nous avons trouvé une chambre basse et une chambre haulte par dessus et la couverture, le tout nouvellement faict aux frais et despens de frère Claude Bonnefons, aumosnier de lad. abbaye, lequel nous a affirmé par serment avoir faict les fraiz desd. réparations, ensemble d'une cuisine estant a costé dud. corps d'hostel qu'il a fait recouvrir tout a neuf, le tout despuis ung ang (1) ».
Cet excellent aumônier avait d'abord pris ses précautions pour s'installer dans un logement convenable, complété par une cuisine. Pour le surplus, comme il ne pouvait guère toucher les revenus de son emploi, fortement réduits grâce à la guerre, et, par conséquent, venir en aide aux pauvres, force lui était de remettre à des jours meilleurs la construction d'une infirmerie pour les loger.
L'aumônier possède autour de son habitation un jardin
(1) Dom Fonteneau, t. LVI, p. 79.
de quatre boisselées, pour lequel il paye un cens de 20 s, par an à l'abbaye. De plus, il jouit de deux maisons à Poitiers, qui probablement durent, à une certaine époque^ servir à recevoir les indigents. D'après un acte de 1547, la première, « sise paroisse de la Celle, est appelée la Grande aulmosnerie, avecq ung petit jardin tenant à la maison d'Yves Lyé, affermé 6 1. par an » (l).La seconde, dite (( la Petite aulmosnerie, touchant à l'autre et à la maison de la Gallerie, est affermée 8 1. et doibt 20 s. à l'abbé de la Celle » .
Les travaux exécutés par Claude Bonnefons n'eurent point une longue durée. Après le siège de Poitiers, la municipalité se décida, en 1574, à faire raser l'abbaye. Les moines durent venir habiter la ville, dans la maison de la Roche-d'Argent, paroisse de la Celle. Près d'eux, l'aumônier prit pour logement la Petite et Grande aumônerie que, du reste, nous trouvons plus tard totalement ruinées en 1640, quand Louis de Lamiré l'occupe (2). Deux ans après, en 1642, ce même personnage abandonne sa chargea l'abbaye de Cluny.
Les moines, rétablis vers cette époque dans leur ancienne demeure, qu'ils durent peu à peu faire reconstruire, négligèrent, sans aucun doute, de lui adjoindre une aumônerie. En 1658, dans une visite de la maison, il est parlé du logis de dom Charles Fouqueteau sous-aumônier (3). Il comprend deux « chambres avec, au-dessus, un cabinet en galetas o .
L'aumônier de Saint-Cyprien, qui avait sous ses ordres un sous-aumônier, était considéré comme le premier ofti-
(1) Arch. Vienne, Hi-4. — (2) Id. — (3) Dom 'Fonteneau, t. LVI, p. 880.
cier du monastère après l'abbé (1). Son office fut cédé, comme nous avons vu, en 1642, par Louis de Lamiré à l'abbé de Cluny, puis Bénigne Brune, intendant et bibliothécaire du duc d'Orléans, consentit, comme abbé commendataire,à l'abandonner aux Bénédictins réformés qui occupaient l'abbaye (2). L'acte de cession, du 1" mai 1659, porte qu'il leur délaisse « la dépouille et cotte morte qui a appartenu aud s'^ abbé par le décès arrivé de frère Louis de Lamiré, religieux au monastère, pour en jouir en les subrogeant à tous ses droits d'abbé et aussi à ses charges et mesme d'employer le parsus des rentes à l'achapt d'ornements pour le service de l'église Saint-Cyprien ». L'abandon purement gratuit comporte que les armes de l'abbé seront placées au-dessus de la porte d'entrée du monastère. A partir de cette époque, le titre d'aumônier semble avoir été supprimé, car on ne le trouve plus dans les actes passés par les moines.
Aussitôt sa nomination, le nouveau titulaire de l'aumônerie reçoit en hommage une paire de gants de son métayer de Cusset, au Breuil-Maingot (3). 11 a le droit, en vertu d'une sentence arbitrale du mois d'août 1250, de prendre tout le bois nécessaire à la cuisson de son pain dans la forêt que l'abbaye possède àFontaine-le-Comte (4). Le 14 mars 1465, au cours d'un procès, l'aumônier Jean Dupont réclame à l'abbé Pierre de Chaumont a les restes demourans, tant de pain, vin que pitance de cher, poisson ou aultres qui sont servis par chascun jour es table de l'abbé et du couvent de lad. abbaye, à la réserve du seul
(1) Dom Fonleneau, t. LVI, p. 765. Lo sous-aumônier, dont les fonctions sont d'aider l'aumônier, lui succède souvent dans sa charge. — (2) Arch. Vienne, Hi-4, — (3) Id. — (4) Id.
meis ou plat servy par-devant l'abbé » . L'année suivante, il se déclare le premier en office après lui et demande encore, pour le distribuer aux pauvres, le relief des tables « sauf les meys ou plat dud. abbé ». Il demande, en outre, « cinquante-deux septiers de mouldure ethuict pipes devin ressoux appelé pinaulx, par chascun an, pour distribuer aux pauvres affluans à son aumosnerie, pour les substanter, norir et alimenter (1) ». Plus tard, en 1669, l'aumônier n'a plus droit qu'à quatre pipes de vm, mais il choisit la première, puis le sacristain, le chambrier, l'infirmier et le maître des œuvres en font autant. On recommence de la sorte jusqu'à ce que chacun en reçoive la part qui lui revient.
En 1516, l'aumônier Jehan Desmoulins prétend, à l'occasion du décès de deux novices, avoir « le droit de saisine qui se est quant aulcuns religieux, prieur, officier, prebtre et moyne profès de lad. abbaye, va de vye a trespas, de prendre et advoir après le décès advenu, par trente jours entiers, la portion ou vivres, telle comme a ung religieux de lad. abbaye, appartient, qu'ordinairement on appelle l'obit, pour icelle portion distribuer aux pauvres (2). Sçavoir est pour chascune portion et pour chascun jour, durant lesd. trente jours, troys pains blancs de l'abbaye, d'une livre de poix, ung pot de vin, mesure de lad. abbaye et la pitance selon le jour gras et maygre ». Le jour de l'obit ou livre {libéra) de l'abbé, on donne une miche de pain et une Hvre de pois aux pauvres. Cette distribution doit avoir lieu chaque année le jour anniversaire de sa mort.
En plus de ces prérogatives, l'aumônier a droit de justice sur toute la partie du couvent occupée par son aumô-
(1) Arch. Vienne, Hi-4. — (2) Id.
nerie. C'est la prétention qu'émet Jean Desmoulins, mais lui et son abbé, dans un procès avec le sénéchal de Poitou, n'obtiennent pas gain de cause (1). Plus heureux au Parlement de Paris, leurs droits sont reconnus par un arrêt du 4 avril 1515.
Au cours des longs procès qui suivent les changements apportés aux usages du monastère, l'aumônerie passe sous l'autorité des gens du roi (2). C'est ainsi que, le 23 août 1375, un arrêt du Parlement ordonne que tous les biens dont jouit Guy de Berton seront mis sous séquestre. Même chose arrive, en 1530, à Claude de Villars, nommé récemment à l'emploi d'aumônier. Il voit sa nomination confirmée par une sentence du sénéchal. L'abbé ayant fait appel il obtient encore gain de cause devant le Parlement et peut entrer de la sorte en possession de son bénéfice.
Avant de parler des revenus attachés au titre d'aumônier, nous allons voir d'abord les obligations qu'il lui impose à l'égard des pauvres de Poitiers ou d'ailleurs.
Dans une déclaration des domaines dont il jouit en 1547, Claude de Villars nous donne le détail des charges qui lui incombent : « Est led. aulmosnier, dit-il, chargé de donner par chascun jour, au son de la cloche, l'aumosne à tous allans et venans et de entretenir cinq lictz pour logier les pauvres, de nourrir une femme, luy donnant gaiges pour blanchir et alimenter lesd. pauvres, et donner le lundy de la Cène a treze pauvres; chascun d'eulx, deux pains poisans deux livres et demye, deux harents, deux platz de febvres et quatre deniers (3). A aultres six vingt pau-
(1) Arch. nat., Zi", n" 157. — (2) Id., no^ 61 et 66. — (3) Arch. Vienne, Hi-4.
vres, chascun d'eulx, un pain poisant une livre, un plat de febves, ung harent et d'entretenir une lampe ardente jour et nuict à l'église Sainct-Cyprien. » D'après un dénombrement fait en 1640, les dépenses du Jeudi-Saint et celles occasionnées par les distributions faites journellement aux indigents reviennent à loO 1. par an (1). Elles ne sont pas les plus importantes et ne grèvent point outre mesure le budget de l'aumônerie.
En juin 1522, l'aumônier de Saint-Cyprien est tenu de verser 60 1. pour lettres d'amortissement sur les biens du clergé. Cette somme lui est imposée par Geoffroy d'Estissac, évêque de Maillezais, Eymard de Boissy,abbé de Gluny, et Pierre Régnier, lieutenant-général à Poitiers (2). Plus tard, en 1640, un de ses successeurs déclare devoir un supplément de portion congrue aux curés de Liniers et d'Aslonnes, paroisses dans lesquelles on le considère comme principal décimateur. A cause de ses dîmes, il lui faut verser 80 1. d'impôt chaque année.
L'aumônerie de Saint-Cyprien verse aux pauvres de Poitiers une rente annuelle dont l'origine nous est inconnue. Cette rente consiste en 40 septiers de froment, 30 septiers de seigle et 30 septiers d'avoine, mesure de Poitiers (3). Elle n'est point donnée régulièrement, ce qui ne manque pas d'occasionner nombre de discussions entre les aumôniers et le Bureau des pauvres. Ainsi, le 24 juillet 1545, des arrérages restant impayés, le Procureur du roi est prié de poursuivre son titulaire et de faire saisir tous ses revenus. Le 18 novembre suivant, l'aumônier Charles Foucher déclare que la bourse des pauvres ne recevra rien de lui.
(1) Arch. Vienne, Hi-4. — (2) Id. — (3) Le septier se composait à Poitiers de 8 boisseaux.
d08 L'ASSISTANCE PUBLIQTIE A POTTIERS
« Il donnera à la porte de l'abbaye, aux indigents les plus proches de lad. abbaye qui méritent l'aumôsne, comme ils ont l'habitude défaire. » Sur la demande qu'on lui adresse de donner de l'argent à la place des grains, il refuse encore de s'exécuter. Pourtant, le 7 novembre 1547, il offre 100 septiers de froment, seigle et avoine, mais l'année suivante, plus rien du tout (1). Le lieutenant général doit intervenir pour l'obliger à s'acquitter de sa dette. Même chose se produit en 1551, car les 6 derniers mois de l'année précédente restent encore dus.
Cette rente en nature devient payable en argent, vers 1562, à la suite de l'édit de Henri II. A cette époque, l'aumônier est poursuivi, en vertu de cet édit, par le Procureur du roi et son nom ne figure pas au compte des recettes de la Dominicale. Il est taxé pour 100 1. depuis 1564 jusqu'à 1571 (2). Cependant Claude Bonnefons, invoquant les désastres de la guerre, demande, le 14 octobre de cette dernière année, une diminution de taxe pour lui permettre de reconstruire son aumônerie. Cette faveur lui est accordée et, désormais, il ne versera seulement que 80 1. par an.
Le 24 juillet 1583, le Bureau des pauvres trouve insuffisants les 20 écus qu'il donne, au lieu des 33 et un tiers auxquels il était jadis tenu (3). D'autant que « son aumosnerie est destinée pour les pauvres et vaut de 350 à 400 escus de revenus annuels ». A la demande qu'on lui fait d'augmenter ses versements, il répond que personne n'a le droit de l'obliger ù payer une somme quelconque.
(1) Reg. dél.mun., n» 20, pp. 63 et 06. W.,no29, p. 00. JfZ., no 31, pp. 73, 209.— (2) Arch. hôp. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4, p. 85 V.
Cependant, « si la nécessité le requiert », il est prêt ù faire des aumônes plus abondantes.
Les choses restent en l'état jusqu'à l'arrêt du Parlement du 25 mai 1619, obligeant de nouveau l'aumônier à délivrer, comme autrefois, 100 septiers de grains. Par une convention du 24 août 1654, il est tenu de les faire conduire à l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande (1). Jusqu'en 1717, nous trouvons de nombreux actes notariés reconnaissant cette dette (2). Ce sont toujours les 100 septiers de blé, qui^ parfois, sont remplacés, comme en 1765, par une somme de 100 1. (3). Tous les ans, jusqu'en 1790, les moines de Saint-Cyprien s'acquittent scrupuleusement de cette aumône due depuis de long siècles aux indigents de Poitiers.
Il est difficile d'évaluer d'une façon exacte les rentes annuellement dévolues aux aumôniers de Saint-Cyprien (4).
La plupart des dénombrements qu'il nous a été donné de consulter sont toujours incomplets et ne concordent pas les uns avec les autres. Un des plus récents, celui de 1640, nous indique un revenu annuel de 1 133 1. en argent, avec, en plus, une grande quantité de grains, seigle, avoine et froment, sans compter de nombreux chapons (5). Des
(1) Arch. Hôp. — (2) Min. Marchand, nre (i6o6). Min. Le Cacher, n^e (1707). — (3). Parmi les aumôniers de Saint-Cyprien, nous trouvons: Aimericus helemosinarius (1090). — Aubertus (1092). — Gausbertus (1100-1110). — Guillaume (1249). — Regnault (1276). — Hugo de Maulay (1289). — Guy (1313). — Aimeri de Vauroux (1338). — Hélie de la Celle (1358-1363). — Jean Jallet (1390). — Guillaume Baudius (1391). — Jehan Grand (1407). — Jehan Perraud (1412). — Guillaume IJaudin (14:i0). — Jean Dupont (1402-1489). — Jean Desmoulins (1497-1519). — Jehan de Villars, abbé de Saint-Jean d'Orbeslier (1520-1547). — Claude de Bonnefons (1547-1575). — Louis de Lamiré (1591-1059).
Lesquelques sous-aumôniers dont nousavons retrouvé les noms sont: Jean Desmoulins (1480). — Jacques de la Roche (1485-1489).— Jehan de Villars (1498).— (4)Arch. Vienne, H'-4.Piècejust.n<'l.—(o)Arch. Vienne, Hi-4.
no L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
dîmes assez importantes sont levées sur les paroisses de Baptresse, Vivonne et Château-Larcher. D'autres également, sur celles de Liniers,Charrais, Migné, Aslonnes,etc. Louis de Lamiré, le dernier des aumôniers en titre, termine ainsi l'inventaire des revenus dont il jouit : « Déclare qu'il n'a esté donné, légué, ne acquis aulchune chose à lad. aulmosnerie, depuis l'an mil-cinq-cent-vingt, jusqu'à présent, au moings que ce ne soit venu à sa cognoissance. Ains, au contraire, qu'il a esté toujours usurpé sur icelle aulmosnerie (1) » . On ne saurait mieux résumer ce qui se passa pour les établissements de ce genre, à partir du commencement du xvf siècle. Les édits royaux, en les taxant d'une façon spéciale, et les guerres de religion, en ruinant leurs propriétés, diminuèrent leurs revenus dans d'énormes proportions.
L'aumônerie de Saint-Nicolas.
Le monastère de Saint-Nicolas fut fondé, vers 1050, par Agnès de Bourgogne, qui, devenue veuve de Guillaume le Grand, épousa plus tard Geoffroy Martel, comte' d'Anjou (2). Ses fils intervinrent dans l'acte de fondation et se joignirent à elle pour doter le nouvel établissement de nombreux biens. Selon les usages de l'époque, une aumônerie vint compléter la fondation. C'est ce qui nous est démontré par le testament de Raymond de Contest, qui lui abandonna tout ce qu'il possédait à Montamisé et à Tron.
(1) Arch. Vienne H' 4. — {2)Arch.hist. du Poitou, t. I.Cf.A. Richard, Hist. des comtes du Poitou, t. I, p. 255.
Voici ce qu'il dicte au moment de sa mort : Placet igititr ecclesiœ Smicli Nicholalj que in foro Pictavensi sita est noviter edifficatie, conferre in elemosinam totam illam meorum fitndanim porciuncuhim qiiam in monte Tamisario et in ci/ià que Tnmx vocatur kabeo,iit in^pperpetuwn [sic) firmïter habeat^ sine villa mala alicujus consuetudine sicut ego hactenus tenui (1), Gomme il l'indique, cette aumônerie se trouvait située près du Marché de la ville, longtemps appelé iMarché-Vieil, puis place Royale, qui était à cette époque, en dehors de l'enceinte romaine.
Une bulle du pape Alexandre II, en mettant le nouveau monastère avec toutes ses dépendances sous la protection du Saint-Siège, fait l'énumération des revenus qu'il possède. Tous devront servir à vêtir et à nourrir les moines, à recevoir les hôtes de passage, c'est-à-dire les pèlerins et les pauvres (2). Malheureusement, cette institution, bien placée dans un endroit qui plus tard devait être le centre de la ville, n'eut qu'une existence éphémère. En 1086, Guillaume VIII, duc d'Aquitaine, renvoya les Augustins du couvent de Saint-Nicolas et fît don de son église à l'abbaye de Montierneuf (3). L'aumônerie dut disparaître en même temps, car il n'en est plus question à partir de cette époque. L'église resta simple prieuré jusqu'à la Révolution.
L'aumônerie de Montierneuf.
L'abbaye de Montierneuf ou Moustier neuf, fondée, en 1069, par Guy Geoffroy, reste pendant de longs siècles
{i)Arch. hist. du Poitou, t. I, p. 8. — (2) IfZ.,p. 11.— (3) M, p. 14.
l'une des plus importantes de Poitiers (1). Quelques années après sa fondation, Herveus Fortis la dote d'une aumônerie installée dans un moulin et de tout ce qui en dépend. Cette donation est ratifiée par le pape Calixte II, le 29 décembre 1619 (2). Il s'agit, sans doute, de l'un des deux moulins qui se trouvent sur la Boivre. Le premier, celui de Cottets, est placé non loin de l'endroit où ce ruisseau se jette dans leClain. On y accédait jadis, caril existe encore, par une ruelle aboutissant en face l'entrée du monastère. Le second, appelé des Pinagiiets, situé sur la chaussée d'un étang qui appartenait aux moines, se trouve à une centaine de mètres de la porte de Saint-Lazare (3). Celte situation voisine de l'entrée de la ville semble l'avoir plus particulièrement désigné pour recevoir les pauvres passants lors de leur arrivée. En tout cas, c'est le seul et unique document qui jusque-là mentionne cette maison de charité.
La véritable aumônerie deMontierneuf est conlruite dans son enceinte extérieure. Son existence se poursuit pendant de longs siècles. Elle n'est fermée que le 9 septembre 1709, àlasuited'un rapport dressé par dom Romain de Courroy, prévôt de Saint-Eutrope de Saintes, chargé de la visiter. Ses portes sont murées, des grilles placées aux fenêtres et lesservantes renvoyées (4). A vrai dire, elle ne rendait plus, à cette époque, et même depuis longtemps, aucun serv'ice.
En 1657, une demande adressée par les moines au grand Conseil nous fait savoir que jadis elle possédait habituellement 6 lits (5). C'était le nombre le plus ordinaire que l'on rencontrait dans ces établissements.
(1) Richard (A.), Histoire des comtes du Poitou, t. I, p. 324. — (2) Arch. Vienne, abbaye Montierneuf, rog. 20;;. — (3) Arch. Ilôp. — (4) Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 15. — (îj) ]d., liasse 14.
La chapelle afTectée aux services religieux célébrés spécialement pour les pauvres est sous l'invocation de sainte Catherine. Le jour de sa fête, ont lieu de grandes cérémonies accompagnées d'abondantes distributions de victuailles. Une note datée de 161 2 nous en donne les détails suivants : « L'aumosnier de céans doibt auxd. relligieux et officiers séculiers, la vigille de Saincte-Catherine, la collation après avoir cellébré vespres en la chapelle de lad. aumosnerie ou le lendemain de lad. feste, après avoir pour tous lesd. relligieux cellébré la saincte messe (1), le desjeuner bien honorablement aux sieurs relligieux et officiers séculiers, comme dict est, ce que led. aumosnier paie en espèces chascun an. »
Le service de l'aumônerie fut toujours confié à un moine ayant sous ses ordres un sous-aumônier et un domestique (2). Les deux premiers occupaient des offices claustraux. Parfois, le second succédait à l'autre, sans qu'il y ait eu de règle fixe à cet égard.
L'aumônier possède, comme le prévôt et le sacristain, le titre d'obédiencier (3). « Ils jouissent, dit un abbé, de plu-
(1) Id., liasse 103. — (2) Parmi les aumôniers nous trouvons :
Etienne Soulains (1403). — Geoffroy (1464). — Lambert Giraudet
(1464-1478). — René Caillet (loOo). — Barthélémy (1527). — Jehan de
Montberon (lo3o). — Charles Foucher (1544-1551). — Jehan de Massoi-
gne (1559-1561). — Pierre Toyon (1582). — Guillaume Toyon (1588-1597).
— Antoine Cokburn (1598-1616). — Claude Hevet (1616). — Nicolas Thevin (1679). — Michel Amassard (1649). — Pierre Rousseau (1652- 1695).— Benoît Rousseau (1706). — De Lalande (1706). — Charles-François Tubert (1771).
Parmi les sous-aumôniers sont : Louis Douzenac (1403). — Charles Fouschier (1505). — Toussaint Bitard (1540). — Charles Meschataing (1599). — Nicolas Thevin (1616). — Valentin Pellioux (1616). — Charles Fouqueteau (1647;. — Benoit-Jean Rousseau (1668). — Nicolas Citoys (1700i. — Joseph Laleu (1706). —François-Alexandre Dubourg (1731).
— Fallu des Guitardières (1755). — Jean-Louis Lablache (1771). (3) Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 13.
sieurs beaux droiclz et libériez, comme d'aller en ville et de dépasser lad. ville, pour leurs affaires et de cuire au four de notre abbaye, et aussy sont servis, tant absens que présens et sont appelez obédienciers à cause que tousnosd.relligieux leur doibvent porter honneur et obédience. »
Parmi ces droits, il en est un tout spécial qui nous est indiqué, en 1403, par le règlement de l'abbaye. L'aumônier peut s'emparer du drap mortuaire mis sur les cercueils de tous ceux qui décèdent dans l'enceinte du monastère (1). En 1555, un prêtre étant mort, Charles Pouschier, alors en charge, consent à transiger. Il abandonnera cet usage, mais le prévôt lui versera un écu sol ou 46 s. chaque fois qu'aura lieu un enterrement.
D'après ce même règlement de 1403, le sous-aumônier doit distribuer les aumônes de fondation. Quant à ses droits et prérogatives, il n'en est pas question (2). Le valet lui aide dans les distributions qu'il fait et, de plus, porte la croix, lors de la procession des « rousons ». Pour cela, il lui est alloué une somme de 12 d. tr.
Les aumônes que l'abbé confie aux soins de l'aumônier et de ses aides sont indiquées dans ce même document^ établi par Emerie de Coussy assisté de tous ses moines « pour aucuns petits différents, dit-il, entre nous et led. aumosnier ». Voici les articles qui concernent ce dernier :
« Premièrement. Despuis la Toussainct jusqu'au dimanche de Circumdederunt, par chascun an, neuf miches brunes, et tous les dimanches des avants et de caresme et touttes les festes annuelles, mondict seigneur doibt trois pots de
(1) Archives Vienne, Monlierneuf, liasse 13. — (2) Le barbier du couvent fait « la grande rature » tous les 15 jours et l'abbé lui donne pain, vin et pitance conrime aux autres religieux.
vin et trois miches blanches pour le mande des ladres, réservés les jours que aucun desd. prieurs font les dictes Testes ou festiages comme dict est aux quatriesme et cinquiesme pages, et doibt mond. seigneur, tous les quarente jours de caresme, les douze jeûnes doubles et touttes les vigilles portant jeune, trois miches blanches et trois pots de vin pour le mande à trois pauvres à qui on lave les pieds (1). Et aussi doibt tous les jours de Tan deux miches blanches avecq pitance d'un relligieux pour le plat à Dieu, lequel ce doibt transporter hors du couvent. Lesquelles dittes aumosnes se doibvent distribuer en la maison dud. aumosnier, et toutes lesd. aumosnes cy dessus desclarées, réservé led. plat à Dieu et le jeudy de la Cène. Et doibt led. aumosnier treize doubles aux apostres et vingt trois sols quatre deniers, à cause dud. prieuré de la chapelle, le tout pour distribuer aux pauvres par les mains de son sous-aumosnier, cy-dessus desclarez.
« Item. Frère Estienne Fontaine ausmonier susd. nous a dict et déclaré es présence de tous les dessud. au blanc de ce présent roolle ou page de parchemin, que, à cause de sond. office, il estoit tenu de faire distribuer toutes et chascunes ausmones de fondation par son sous-aumosnier et ung des régens de céans et ung des serviteurs dud. aumosnier. Lesquelles dittes aumosnes doibvent estre délivrées aud. aumosnier par chascun an es jours qui s'ensuivent : Le lundi de la Cène, sept ving trèze miches blanches, cent chopines de vin et trois boisceaux de fèves, sel et bois pour les cuire. Le vendredy bénist, le jour de la Pentecoste, le jour de mardi-gras, le vingt-quatrième jour de septembre
[ij Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 13.
lie L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
elle dixiesme de février, par chascun desd. jours, cent miches blanches, cent chopines de vin et deux boisceaux de fèves^ sel et bois pour les cuire. Lesquellesd. aumosnes se doibvent distribuer en la maison dud. aumosnier et doibt estre servi esd. jours, de pain, vin et pitance comme aux relligieux, outre son ordinaire. Et quant il faut amasser les raisins, es jeûnes doubles de Sainct-Michel, et aussi est servi esd. jours de rouzons, comme dessus est dict en treiziesme page. Et quant à la pitance que led. aumosnier demande pour faire fener l'herbe du préau, nous lui devo.ns que pain et vin seullement, comme appert par lesd. statuts, roolles de mond. seigneur et choses dessus dittes. »
Tous les jours, ceux qui assistent à la messe sont invités à sortir du monastère, et tenus de rester dehors tant que dure le repas de l'abbé. On leur permet de rentrer quand « l'eschille de l'aumosne est sonnée (1) ». Après qu'elle est distribuée, on la ferme de nouveau à l'heure de none.
Un second règlement fait en 1505 et transcrit en 1657 apporte peu de changements aux prescriptions de celui que nous venons de faire connaître. Il explique simplement les causes pour lesquelles les aumônes sont distribuées à certaines dates fixes.
Celle du 25 septembre est pour célébrer l'anniversaire de la mort de Guy Geoffroy, duc d'Aquitaine, qui fonda le monastère et voulut être enterré dans la grande nef de son église (2). Les 100 miches blanches, les fèves, ce qu'il faut pour les accommoder et les 100 chopines de vin, au lieu des 150 d'autrefois, sont remises à l'aumônier qui doit
(1) Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 14. — (2) Guy GenVoy,VIe comte du Poitou, mourut au château de Ghizé, le 25 seiilembre 1080. (A. Richard, Histoire des comtes du Poitou, t. I,p. 382.)
accommoder le tout et le faire distribuer aux pauvres par le sous-aumônier, aidé de son serviteur et du valet de l'abbaye. Pour sa peine, il a droit à la pitance d'un religieux en plus de son ordinaire. Il en est ainsi chaque fois qu'on lui confie la surveillance de ces distributions.
Le 10 février, jour anniversaire du décès de Guillaume le Jeune, qui avait voulu être enterré, comme son père, dans l'église de l'abbaye, de semblables aumônes ont lieu (1). A mardi-gras, mêmes largesses, mais le vin est omis. Le jeudi de la Cène, des miches blanches au nombre de 120 avec 100 chopines de vin, trois boisseaux de fèves assaisonnées et cuites sont donnés aux indigents par l'abbé, avec en plus 13 doubles de blé, que doit payer l'aumônier.
Le prieur de la Chapelle-Montreuil-Bonnin est tenu de bailler « aud. aumosnier 28 s. 4 d. pour les faire distribuer aux aultres pauvres. Et sy led. argent ne se puyt tout distribuer, icelluy jour, sera distribué le lendemain qui sera le vendredy-bénist ». Ce jour-là, les indigents reçoivent de l'abbé 100 miches blanches et 100 pots de vin. Il en est ainsi à la Pentecôte, avec en plus, la somme de 100 deniers.
Pendant les quarante jours de carême, les 12 jours de jeûnes doubles et toutes les vigiles de l'année, les pauvres ont pour leur « mande ou mandat » trois pots de vin et trois miches blanches.
Les ladres avaient droit, tous les dimanches de l'avent et du carême, ainsi qu'aux fêtes annuelles, à trois pots de vin et à trois miches de pain blanc. Le vin était fourni par celui des moines qui célébrait ce jour-là l'office divin, et le pain par l'abbé. Vers 15o0, au moment où la léproserie
(1) Guillaume-le-Jeune, fils du précédent, mort le 10 février H26, fut enterré dans le chapitre de l'église. (A. Richard, loc. cit.)
Saint-Lazare est abandonnée, l'aumône passe à celle de Notre-Dame-la-Grande (i). On ne la donne point régulièrement, si nous en croyons l'aumônier de cette maison qui se plaint parfois de ne plus recevoir depuis longtemps u le mende ou portion monachale » que doit l'abbaye de Montierneuf.
La charité se pratiquait largement dans cet antique monastère poitevin. Les moines y étaient fortement exhortés, si nous en croyons certain recueil manuscrit daté environ de 1500, dans lequel ils pouvaient puiser nombre de sages conseils (2). On y lit, par exemple, les vers suivants :
Réconforte les pauvres désoliez
Ceulx qui ont faim soient de vos biens soûlez
Les pellerins soient par vous retenuz
Pour les loger, et, revestez les nudz
Les prisonniers soient par vous visitez
Aux indigens, de vostre argent prestez
Donnez santé aux mallades débilles
Ne trompez hommes en vos causes civilles
etc., etc..
Lors de la création de la Communauté des pauvres de Poitiers, l'abbaye de Montierneuf est frappée d'une taxe de 150 1. Celle de son aumônerie se monte seulement à 10 1., mais elle ne paraît pas être versée d'une façon bien régulière. En 1570, l'aumônier refuse de la payer, de même qu'en 1572. Le 20 janvier de cette même année, on le voit donner pour raison a que les maisons de lad. aumosnerie ou l'on a accoustuméde loger les pauvres pelleryns,estoyent lors entièrement ruynées par terre, à cause du siège estant devant ceste ville, qui fust l'année 1569(3) ». La Dominicale
(l)Arcli. liôp. — (2)Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 14. — (3) Bibl* Poitiers, cart. 53.
JUSQU'A F/AN V ilO
lui fait remise des arriérés pour les employer aux réparations nécessaires à l'aumônerie. Ce n'est qu'à partir du 28 octobre 1584, quand ses revenus sont menacés d'être saisis, qu'il se décide à faire des versements annuels. Ceux qui lui succèdent suivent son exemple jusqu'à la Révolution.
Lors de la fondation de l'hôpital général, une bonne partie des aumônes de l'abbaye de Montierneuf lui furent attribuées en vertu de l'arrêt du grand Conseil donné le 21 janvier 1658. « L'abbé fera faire deux fois toutes les semaines les aumosnes aux pauvres, sçavoir, le mercredy etlesamedy et y fera employer chaque fois la quantité de deux septiers de blé et sera led. pain porté à l'hôpital général de nostre ville de Poictiers, tant et si longtemps que led. hospital subsistera, lequel venant à manquer, seront faictes lesd. aumosnes à la porte de lad. abbaye. Comme aussi sera tenu de donner en aumosne une pipe de vin ù la fête du patron (1). » Un arrêt du présidial, du 16 novembre suivant, liquida cette aumône à 52 septiers, tiers froment, seigle et baillarge, plus une pipe de vin, représentant, le tout, une somme de 251 1. \1 s. 14 d.
Cette obligation envers les pauvres renfermés n'empêche point l'aumône du Jeudi saint de se continuer. En 1772, elle se compose « de 13 pains de 2 1. chacun, de deux boiceaux de fèves cuites, assaisonnées à l'huile et au sel, de 13 harengs et de 2 s. pour les 13 pauvres, auxquels on lave les pieds » , sans compter les échaudés destinés aux
(1) Arch. Hôp. Le patron était saint Jean l'Evangéliste. Un arrêt du Conseil d'Etat du 30 avril 1683 réduisit la rente à 09 1. dont it) pour l'abbé et o4 pour les moines. Le 14 juin 169o,un autre arrêt liquida le tout à 54 1. payées par le premier jusqu'au 2iJ décembre 1790.
religieux et aux officiers séculiers de l'abbaye (1). Le 16 août 1779, un accord passé entre les moines et leur abbé commendataire, homologué parune ordonnance royale, vient confirmer cet usage, qui ne cesse qu'à la Révolution.
Les revenus de i'aumônerie ne semblent pas très considérables, le rôle de son titulaire étant surtout de procéder à la distribution des charités faites par l'abbé au nom du monastère. Elle possède le Prieuré de la Chapelle-Montreuil-Bonnin, dont le titulaire doit donner tous les ans, le jour de la Cène, 23 s. 4 d. aux indigents de Poitiers, et au premier janvier « pour l'augmentation de l'aumosne, cinq miches brunes pour les pauvres et l'homosnier doibt avoir la cure et sollicitude et les doibt distribuer par les mains du soubz-homosnier (2) ». Chaque année, il est également tenu de remettre à l'aumônier 80 verges ou petits bâtons que ce dernier fait « plumer » par son serviteur. Ces baguettes blanches sont ensuite distribuées aux moines, qui les portent à la main pendant la procession de Saint-Marc.
Dans le compte de la Prévôté de Poitiers pour 1466, une somme annuelle de 20 s. est attribuée à I'aumônerie de Montierneuf (3). En 1464, l'aumônier Geoffroy perçoit dans la paroisse de Pouzioux une rente de 6 septiers de froment^ 1 s. 6 d. d'argent d'une part, plus 6 d. et 2 chapons d'autre part (4). Il en touche également une
{{) Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 13. A cette époque, l'aumônier avait droit chaque année à 5 barriques de vin et à la cuisson gratuite de son pain dans le four banal du Monastère. — (2) Arch. Vienne, Montierneuf, liasses 13 et 14. En 1403,1e prieur de la Ghapelle-Montreuil, Etienne de Soulains, était aussi aumônier de Montierneuf. — (3) Bibl. iNat., ms ff. n» 24160. Comptes de la Prévôté fournis par Audeberl de Claveroclie. — (4) Arch. Vienne, Montierneuf, liasse 13.
seconde sur le fief Le Roy, paroisse de Paché. Elle comporte 274 boisseaux de froment, 73 boisseaux d'avoine, 4 boisseaux de noix, 17 chapons et demi et 3 1. 12 s. (1). Tels sont les revenus de cette maison de charité, qui, placée près de la porte de Rochereuil, dans un quartier excentrique de la ville, rendit longtemps des services aux passants et aux pauvres du faubourg. Ses aumônes se continuèrent, mais d'une façon obligatoire, quand les pauvres furent renfermés à l'hôpital général, de sorte que son action bienfaisante ne s'arrêta qu'à la Révolution.
L'auraônerie de Saint-Hilaire-de-la-Gelle.
L'abbaye de Saint-Hilaire-de-la-Gelle, fondée en 1403, prit la place d'un ancien Prieuré. Elle posséda, au xvi* siècle, quelques richesses mobihères qui disparurent en 1562, lors de son pillage par les protestants. A partir de cette époque, sa situation devint de plus en plus précaire. Elle en arriva à un tel point que Louis XIV dut prescrire, le 14 décembre 1651, son union à la congrégation des chanoines réguliers de Saint-Augustin, connus sous les noms d'Augustins de Sainte-Geneviève ou Génofévins, qui en restèrent possesseurs jusqu'à la Révolution.
L'aumônerie de Saint-Hilaire-de-la-Gelle dut être fondée en même temps que le monastère, mais faute de documents, disparus pendant les guerres de religion, nous n'avons aucune indication précise à cet égard (2). H est parlé pour la première fois de cette maison, en 1585, lors delà nomination, comme aumônier, d'André Nouzille
(4) Arch. Vienne, Montierneuf, ref?. 206. — (2) Arch. Vienne, H' 91.
à la place de Jacques Rieux. Il en est également question quelques années plus tard, en 1591 (1). La Communauté des pauvres fait alors saisir tous ses biens^ faute de n'avoir pu ou voulu payer la taxe qui lui est imposée.
Il faut arriver en 1650, au moment où l'abbaye va changer de possesseurs, pour constater l'état misérable dans lequel elle est tombée (2). C'est ce que nous démontre la déposition faite au cours d'une enquête, par le chantre Simon Vidoux, au mois d'octobre de cette même année : (( Les portes de l'église et du cloître, dit-il, sont ouvertes jour et nuit. Ces deux endroits sont continuellement fréquentez et remplis de femmes et filles, contre les canons. Des vols sont faits à lad. église, jardins et cloistres, appartenant aud. constituant, duquel on a coupé les arbres. Les bois de l'abbaye sont vendus. Des bâtiments sont faits dans le fond du cimetière de l'abbaye, au profit de l'abbé, sans le consentement des religieux. 11 est impossible de faire le service divin faute de livres, ornemens^ lampes devant le Saint-Sacrement, etc., etc.. »
Cette même enquête de 1650 nous donne quelques renseignements sur le personnage qui occupe alors les fonctions d'aumônier. C'est le nommé Jean Chapirault, « âgé de 60 ans environ, non prestre et incapable de n'estre mesme des moindres ordres, auxquels il n'a pu parvenir, depuis 40 ans qu'il est religieux et d'âge aune cure annexée à l'office (3) ». Cette cure est celle de Bignoux, près de Poitiers. Son revenu, d'après une autre enquête, ordonnée par l'évêque Gilbert de Clerembault, se monte, le 30 janvier 1563, à 13 1. par an. L'année suivante, le prélat juge
(1) Ribl. Poitiers, cart. !J3 bis, reg. 8. —(2) Arcli. Vienne, IIi 91. — (3) Ici.
nécessaire de réunir purement et simplement la charge d'aumônier aux autres offices claustraux.
Au point de vue de son fonctionnement, nous ne savons rien de cette aumônerie, si ce n'est qu'elle ne verse jamais la moindre somme à la Communauté des pauvres pendant tout le xvi' siècle. En 1695, l'aumônier « doit fournir les aumônes aux pauvres de la ville, l'hospitalité aux passans et celles qui se font aux prisonniers (1)» . Au siècle suivant, nous le retrouvons encore n'ayant « aucun revenu pour les devoirs de sa charge, mais seulement 10 1. 9 s. ».
Nous ignorons s'il exista dans l'intérieur du monastère un local particulier pour y recueillir les pauvres. En tout cas, la chose nous paraît peu probable, car, dans l'enquête de 1662, faite d'une façon fort minutieuse, il n'est pas question d'aumônerie. En résumé, son importance resta à peu près nulle. Seul, l'abbé fut tenu chaque année de verser à la Communauté des pauvres la somme de 70 1. Là semble s'être bornée, dans les temps modernes, la participation de l'abbaye au service de l'Assistance publique de Poitiers.
(1) Arch. Vienne, H« 91.