CHAPITRE V L'assistance laïque à Poitiers
Aucun document ne vient indiquer qu'il y ait eu à Poitiers, pendant le moyen âge, une organisation laïque destinée à venir d'une façon continue au secours des pauvres. La municipalité se contente seulement de leur faire distribuer des grains une ou deux fois par an. Ces grains proviennent des aumôneries, des abbayes ou des terres appartenant à la ville. Parfois, ils sont donnés ou simplement avancés par les échevins dans les périodes d'extrême misère.
On trouve également, dès cette époque, une vieille coutume qui consiste à faire des quêtes pendant la semaine sainte au profit des indigents. Elles se pratiquent dans l'église de Saint-Pierre (1). On y distribue, le jour de Pâques, du pain ou du blé comme il est d'usage dans plusieurs villes de France, sous le nom d'aumône de « la blée ».
Une ordonnance de l'échevinage, du 25 décembre 1462, nous fait connaître que, chaque année, le jour de Noël^ une certaine quantité de grains est partagée entre tous les miséreux de la ville (2). Cette même ordonnance désigne quelques-uns des habitants pour veiller à cette distribution. Ils appartiennent à toutes les conditions. Un bachelier es
(1) Arch. Hôp. A Niort, on distribuait tous les ans, le jour de l'invention de la Sainte-Croix, l'aumône de labiée ou oublée. (H. Clouzot, Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXVII, 2-= série, p. 447.) — (2) Arch. Hôp.
lois en est chargé tout comme un boulanger du four du doyen de Saint-Pierre. Ce sont les nommés Jehan Brun^ Jehan Cormyer, Pierre Auffroy, Jehan Martin, Guillaume Breton, Jehan Dupuy, Simon de l'Abbaye, Jehan deBrilhac le jeune, Gilles Ratault, André Drolhart, Jehan Boussiot, Jehan Guybon fournier et Pierre Texier. Voici du reste le modèle des billets qui leur sont envoyés pour procéder à cette aumône : « Vous, Jehan Brun et Jehan Cormyer : distribuez la somme de quatre sestiers et demi de blez 011 vous verrez que sera le plus nécessaire es paroisses de Notre-Dame-l'Ancienne, Sainct-Hillaire-d'Entreglise, Sainct-Doudrille (Austregesile), Sainct-Supplicien et de Sainct-Jehan-Baptiste. Mestez [sur] le rôle les noms de ceulx auquels led. bled sera distribué, à combien à chacun et signez ce roolle et les faictes venir en la Maison de ville, mercredy prochain. » Ceux qui distribuent cette aumône dressent une liste des pauvres de chacune des paroisses visitées par eux, et, en face du nom de l'assisté, mettent la quantité de blé qu'il a reçue.
Chaque compte se termine comme le suivant : « A vous messieurs les eschevins de Poitiers, nous Jehan Brun et Jehan Cormyer bachelier en loix, en l'absence de mon père, certifions avoir le mieulx que nous avons peu distribué le bled susd. ès-pauvres, en ce roolle de commission escript, esquels l'aumosne est très nécessaire et bien employée. En tesmoin de ce, moy Jehan Cormyer susd. ay signé à présent rolle^ tant pour moy que à la requeste dud. Jehan Brun, le xxv^ jour de décembre, l'an mil IIIP LXII. — Signé : Cormyer, à la requeste dud. Jehan Brun. »
Les commissaires chargés des distributions ont plusieurs paroisses à visiter. Pour cela, ils vont deux ou trois
ensemble et presque jamais isolément. On donne à chacun des indigents un et quelquefois deux boisseaux de blé. En général, ces dons s'adressent aux femmes dans la misère et rarement aux hommes. Parmi les noms des premières, nous trouvons ceux de : « Jehanne la norrice. — La femme de Huguet Pasquier qui est en gésine de deux enfans. — Jehanne la barbière. — Denise houstesse de Joliz. — Loyse, la boutonyère et sa mère. — Catherine la norice. — La maîtresse de Tescolle (Saint-Porchaire) et sa fille. — Deux orphelins de père et de mère,etc... »
Il nous est facile, grâce à ce document, de connaître, à cette date, le nombre des pauvres de Poitiers, d'autant mieux qu'à Noël la misère commence à se faire durement sentir pour ceux d'entre eux qui sont malades ou manquent de travail.
Voici pour chacune des paroisses de la ville les chiffres qu'ils atteignent :
La Résurrection . 5
Saint-Simplicien 11
Saint-Palesme S
Notre-Dame l'Ancienne 6
Saint- Jean et Saint-Michel 4
Notre-Dame-la-Grande et Sainte-Opportune. ... 10
Saint-Etienne 6
Saint-Cybard 12
Saint-Germain 8
Montierneuf 17
Notre-Dame-la-Petite 6
Saint-IIilaire-de-la-Celle 11
Saint-Porchaire l-i
Saint-Grégoire 10
Sainte-Triaise 6
Saint-Pierre-Lousteau 4
La Chandelière 11
Total 1 io
A cette époque, le nombre des pauvres est déjà plus considérable dans les paroisses excentriques que dans celles du centre de la ville. Une exception doit être faite pour Seaint- Porchaire, mais cette exception ne tarde point à disparaître. Les autres, au contraire, en ont de plus en plus, grâce sans doute à la facilité que les indigents des campagnes trouvent à s'y loger et aux aumônes des grands établissements religieux, comme Montierneuf, Sainte-Croix, Saint-Pierre, Sainte-Radegonde, Saint-Cyprien et Saint- Hilaire auprès desquels ils habitent.
La distribution dont nous venons de parler n'est pas seulement faite aux miséreux, car sont compris avec eux les employés de la ville et même d'autres personnes. Ainsi, donne-t-on quatre septiers de blé à chacun des quatre sergents du maire, 4 boisseaux à Guillaume Lizabois qui a mesuré le blé, 2 septiers au frère Simon Morice, docteur en théologie, deux à Jehan de la Tour, receveur de la ville, quatre charges (48 boisseaux), au portier de la porte de Saint- Lazare, quatre charges à Guillaume de Cannac, échevin, pour avoir fait la garde à la porte de Saint-Lazare, le 23 mars précédent, etc.
Quelques années plus tard, le 28 décembre 1467, les échevins délibèrent « que l'aumosne de Noël, de blé, qui de toute ancienneté a accoustumé estre faicte aux pauvres ménages habitans lad. ville et laquelle led. André Chaillé recep- 1 veur a faict a ceste feste de Noël, du sien et de son blé, qu'il * a baillé pour lad. aumosne, et sera alloué à ses comptes en apportant les certifications qu'il a commis à distribuer (1). » L'aumône provenant des blés de la ville se continue de la
i sorte jusqu'au milieu du xvi*^ siècle. Elle est alors dis- (1) Reg. dél. mun., n° 0, p. 78.
tribuée par les soins du bureau de la Communauté des pauvres. A partir de cette époque, les grains, d'abord transformés en pains, sont ensuite simplement vendus, afm d'en répartir le montant avec plus de facilité.
En outre de ces aumônes, l'échevinage de Poitiers consacre une partie de ses ressources à doter des jeunes filles pauvres, pour leur permettre de se marier. C'est une œuvre pie, car les constitutions apostoliques prescrivent de marier l'orpheline nubile et d'apprendre un métier à l'orphelin. Dans son testament du 3 octobre 1254, le vicomte Aimeri de Thouars^ seigneur de Talmont, n'oubhe point ces sages prescriptions. Il lègue 300 1. de monnaie poitevine aux jeunes filles et orphelines à marier (1). Ses exécuteurs testamentaires ont la charge de les distribuer à leur gré, comme ils le jugeront convenable.
Cet exemple est suivi quelques années plus tard par le roi de France. 11 est dit dans un ancien inventaire des titres de la ville de Poitiers au sujet d'un legs fait en 1280 (2) : « Le jeudy après la feste de Sainct-Pierre-ès-liens le roy Philippe donna pouvoir à Guillaume Gabet, prévost de l'église de Poictiers, d'acquérir 200 1. de rente en fief et arrière-fiefs, pour eslre distribuées, d'illec et en avant, perpétuellement, par les mains du maire et eschevins delà cité de Poictiers aux pauvres fiUesà marier, nées dans la cité, et 100 1. aux pauvres habitans de lad. cité et faulxbourgs d'icelle. » Cette clause du testament royal reçoit son exécution. Guillaume Gabet étant mort avant 1287, son héritier Pierre Bourault consent, le lundi après l'oc-
(1) Item, lego trecentas libras Pictavenses ad pupillas et orphanas marltandas prout executores mei viderint bonum esse. {Mém. Ant. Ouest, Documents, p. 108). — (2) Bibl. Poitiers, ins. u° 12, p. 228.
tave de la Purification, à remettre les biens possédés par le défunt dans la paroisse de Mouterre-Silly,près de Loudun, entre les mains de la municipalité. Par malheur, grâce aux guerres qui désolent le Poitou à cette époque, le revenu de ces biens n'est perçu que fort inexactement.
En 1300, le dauphin Charles, alors régent du royaume, écrit au sénéchal de la province pour l'inviter à poursuivre tous ceux qui détiennent les rentes provenant du legs royal et, à l'occasion, à en ordonner la saisie (1). C'est le début d'une suite ininterrompue de procès qui nous sont mal connus. Le 30 mai i 441, les détenteurs des terres appartenant à la ville de Poitiers, Guillaume Audard ch. et dame Haustin, sa femme, sont condamnés à verser aux échevins tous les arrérages échus. Malheureusement, les recettes annuelles sont de beaucoup diminuées, grâce aux spoliations qui se produisent pendant la guerre de Cent Ans.
L'acte généreux du roi de France fut, sans doute, la cause initiale de la fondation de la confrérie de Saint-Joseph, administrée par le Conseil municipal^ dont l'un des bourgeois remplissait le rôle de trésorier. Nous ignorons aussi bien l'origine que la constitution et le fonctionnement de cette œuvre de bienfaisance. Elle ne s'est guère fait connaître que par ses bonnes actions, au moment de disparaître.
Le 7 août 1422, on trouve dans une délibération municipale : « A esté ordonné et délibéré estre donné à la fille de Jehan Barbarin, maçon, trois sestiers de froment pour l'aidera se marier (2). » Le 12 avril 1540, Tiphaine Reynaud, couturière, présente au Conseil une requête en faveur de la nommée Marie, demeurant paroisse Saint-Porchaire. S'étant engagée à lui verser une somme de 20 1. pour lui
(1 ) Bibl. Poitiers, ms. no 12, p. 228. — (2) Reg. dél. mun., n° 3.
permettre d'épouser un couturier, elle se trouve dans l'impossibilité d'exécuter sa promesse, et s'adresse alors à la « boisle de Sainct-Joseph » en la priant de lui donner telle somme qu'il plaira aux administrateurs (1). La municipalité^ toujours fort prudente et fort économe, déclare qu'il s'agit d'abord de savoir s'il reste de l'argent dans la bourse de la confrérie, puis ensuite de s'enquérir si la fille est en âge de se marier. Ces deux conditions se trouvant réunies, on lui offre la somme de 100 s.
Le 28 avril 1544, l'échevin Nicolas Le Roy déclare à ses collègues : « qu'il connoyt en ceste ville une confrairie de monsieur sainct Joseph de laquelle la maison de céans à l'administration pour distribuer les deniers aux pauvres filles à marier (2). » Comme Renée Texier, orpheline, « s'estoit honnestement gouvernée », ainsi qu'il s'en était enquis, et qu'elle vient de se marier, il demande au nom de François Gervais, s"" de Vouneuil, administrateur de l'œuvre, l'autorisation de lui verser tout l'argent qui reste dans la caisse. Cette faveur lui est immédiatement accordée.
Deux ans plus tard, le 14 juin 1547, ce même François Gervais^ sieur de Vouneuil, marieur incorrigible, invoquant cette fois sa qualité d'administrateur de la confrérie^ sollicite une aumône pour « une bonne fille qui se veult marier (3) ». Il est autorisé « à bailler l'argent de lad. confrérie, qui est environ la somme de 25 s., à lad. pauvre fille ». Comme la caisse est presque vide, il est impossible, pour le moment, de la mieux doter.
Enfin, pour la dernière fois, le 6 mars 1548, il est parlé au Conseil de l'œuvre de Saint-Joseph. C'est François Ger-
(1) Reg. dél. mun., n» 22, p. 30S. — (2) Ici, no 25, pp. 283-285. — (3) Reg. dél. mun., n» 28, p. 245.
vais, qui, fatigué de s'occuper de mariages, demande à être déchargé de la place d'administrateur delà confrérie (i). Le Conseil veut bien accéder à son désir, mais après qu'il aura rendu ses comptes. En attendant, Michel Gillet est désigné pour le remplacer. Désormais, il ne sera plus question de cette institution dans les registres de délibérations municipales. Elle dut à celte époque cesser d'exister. Le bureau de la Communauté des pauvres, qui fonctionnait depuis environ 10 ans, se mit naturellement à sa place, comme nous allons voir plus loin.
Nous trouvons, en effet, dans un registre des délibérations de l'assistance publique, à la date du 1*='" février 1545, la mention suivante : « Sera donné 100 s. à Madeleine Duhette, fille à marier, et aultres 100 s. à une aultre pauvre fille à marier, estant à l'aumosnerye de Nostre-Dame (2). » Non seulement on y soigne les filles malades, mais encore on les aide à trouver un mari.
Cette même année, le curé de Saint-Etienne vient dire au Bureau de l'aumône qu'il connaît une pauvre fille du nom de Radegonde Vineron, dont le père, Guillaume Vineron, et la mère, Marie Robelain, ont cinq filles à marier (3). En présence d'une telle charge, il est décidé que l'administrateur Jehan Crouzilles, s"" de la Lande, lui donnera 13 1. à prendre sur les sommes destinées aux charités de ce genre. Le dimanche précédent, on avait accordé 12 1. à chah cune des deux filles de Boisleve.
■ A partir de cette époque, on rencontre de temps en temps
■ de semblables aumônes faites par la Communauté des pau-
■ vres. En général, elles n'excèdent pas 100 s. C'est le chif-
■ fre que l'on voit presque toujours indiqué.
La ville de Poitiers devait encore, dans des temps plus modernes, doter pour la même raison des jeunes filles, à l'occasion d'une naissance princière. Le 20 septembre 1751 , le comte de Blossac, intendant du Poitou, annonce à la Municipalité quele désirduroi estde voir l'argentdestinéaux réjouissances publiques, ordonnées à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, employé à marier de pauvres filles choisies par le maire et les échevins. Un tel désir ne peut être qu'un ordre. Aussi est-il décidé de procéder au mariage de 12 d'entre elles avec 12 garçons reçus, à cette occasion, maîtres sans avoir aucun frais à débourser (1). La cérémonie a lieu le 14 octobre. Le maire et les échevins conduisent les mariées à la messe et remettent à chacune la somme de 100 écus. L'intendant se charge de payer le repas des noces. Une cérémonie du même genre est encore célébrée à Poitiers, en 1811, à l'occasion du mariage de Napoléon I^r avec Marie-Louise (2). Tel est la fin d'un vieil usage, bien français, que l'institution des Rosières a voulu perpétuer, sans du reste obtenir un bien grand succès.
Cette œuvre d'assistance n'est pas seulement l'apanage de la charité officielle. Nombre de particuliers, jusqu'au XVII® siècle, font figurer sur leurs testaments des dons en argent, linge, vêtements ou meubles, destinés à des jeunes filles à marier. Le 20 février 1460, Louis Chenu, chanoine de Sainte-Radegonde, lègue dans ce but 100 s. à « de pauvres pucelles » pour les aider à trouver un mari (3). Le curé de Saint-Saturnin-lès-Poitiers leur abandonne le tiers de ses biens, en vertu de son testament de 1451 (4). Le 13
(1) Reg. dél. mun., n» 167, et Arch. hist. du Poitou, t. XV, p. 403. — (2) Torné/.y, Bull. Soc. Ant. Ouest, t. I, 3' série, p. 74. — (3) Arch. Vienne, G. 1745. —^ (4) W.,G. 1401. II était chapelain de la chapelle des Gésines à Saint-Pierre.
mars 1503, Jean Badouilleau^ chanoine de Saint- Pierre-le- Puellier, veut que « la quarte partie de ses meubles soit baillée à 12 jeunes filles à marier pourveu qu'elles aient au moins 12 ans lors de son décès (1) ». Enfin, le 22 juillet 1541, Gilelte Grosdenier, demeurant paroisse de Saint-Saturnin, demande, que tous ses biens meubles et immeubles soient vendus et l'argent distribué « à pauvres femmes et filles orphelines, pour ayder à marier lesd. filles (2) ». Nombreuses sont les donations de ce genre, provenant aussibien du clergé que des laïcs faites dans le but de faciliter le mariage aux jeunes filles pauvres.
A côté de cette assistance aux indigents valides, il en existe une autre qui s'adresse aux malades et aux passants. Les aumôneries laïques, dans lesquelles on les reçoit, peuvent se diviser en trois catégories. Les premières appartiennent à la municipalité, les secondes sont simplement régies par elle, et les troisièmes constituent des propriétés particulières qui se transmettent par voie d'héritage,
L'Hôtel de ville possède une aumônerie, celle de Saint- Thomas, dont l'origine nous est inconnue. A la fin du x[V* siècle, il en fait don à Notre-Dame-la-Grande et la remplace par une seconde, dite de l'Echevinage, située dans l'enclos de la mairie. Les échevins l'administrent et désignent le chapelain chargé des offices religieux. Comme celles dont nous avons parlé, on la voit, dès la fin du xv° siècle, cesser de rendre des services aux pauvres. Ouverte au siècle suivant, pendant quelques années, elle reçoit surtout des soldats malades et blessés. Après, il n'en est plus guère
(1) Arch. Vienne, G. 1746. Un brave curé de campagne, François Guyureau, donne un écu s. à trois de ses paroisiennes de Brion pour les aider à se marier {id.). — (2) Arch. Vienne G» 121.
question. Ses revenus disparaissent et pas un denier n'en reste pour le soulagement des pauvres.
La mairie conserve une certaine autorité sur la léproserie de Saint-Lazare, quoique gouvernée par un chapelain et par la confrérie des frères ladres. Ces derniers, mécontents d'une telle direction, lui demandent, au début du XVI* siècle, de vouloir bien s'en charger. C'est ce qui a lieu pendant les cinquante années qui précèdent sa disparition. Ses biens passentà la Communauté des pauvres, puis ensuite aux chevaliers de Saint-Lazare et du Mont-Carmel. Enfin, en 1695, Louis XIV les donne à l'hôpital général, qui les garde jusqu'à la Révolution.
La seule aumônerie laïque appartenant à un particulier est celle de Sainte-Marthe, fondée au début du xni" siècle par Durand de la Charité (1). Elle reste à peu près ignorée jusqu'au jour où ses propriétaires, les Charlet; se trouvent comme les autres aumôniers dans l'obligation de plaider pour en conserver les revenus. Ils ne sont point considérables et ne servent guère qu'à payer au chapelain, choisi par eux, le prix des messes qu'il doit y célébrer.
Fatigué d'avoir à subir nombre de procès, son dernier possesseur, François Charlet, en fait don, le 14 mai 1607, aux PP. Jésuites, qui, sur son emplacement, élèvent une chapelle. Seulement, lors de l'union des chevaliers de Saint-Lazare avec ceux du Mont-Carmel, ils doivent leur abandonner tous les biens qu'elle peut encore posséder. En 1693, l'hôpital général s'en empare et ils deviennent ainsi réellement utiles aux pauvres.
Une dernière aumônerie, que nous croyons, sans preuves absolument certaines, avoir été laïque, est celle de Sainte-
(1) Mcm. Soc. Ant. Ouest, t. XX, 2e s., p. 22G.
JUSQU'A L'AN V 13b
Néomaie située dans le faubourg de Pont-Joubert. Elle n'appartenait à aucune église de Poitiers ni à aucun monastère. Etait-elle la propriété de l'ancienne cure ou paroisse de Sainte-Néomaie ? C'est possible mais douteux, car le chapitre de Sainte-Radegonde n'a laissé aucun document permettant de l'affirmer. On pourrait peut-être en attribuer la propriété à la famille protestante de la Duguie, qui possédait le fîef de Pimpaneau. En tout cas, dès le début du XVI* siècle, cette aumônerie n'existe plus que de nom, et son apport à la Communauté despauvres reste toujours absolument nul.
En résumé, l'assistance laïque à Poitiers pendant tout le moyen âge jusqu'à la Renaissance apparaît comme peu développée. La cause en est au manque de ressources de la municipalité et au peu de fortune des habitants. Seul, le clergé peut venir en aide efficacement aux pauvres, mais comme ses aumônes sont dispersées, et encore moins bien organisées que celles de la ville, le résultat qu'il en obtient est des plus médiocres.