‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 7 sur 34 · CHAPITRE VI Les aumôneries laïques · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Les aumôneries laïques

L'aumônerie Saint-Thomas.

L'aumônerie Saint-Thomas, appelée petite aumônerie ou Hôtel-Dieu de Saint-Thomas, est fondée, à une date restée inconnue, par la municipahté de Poitiers. Située en face l'église de Notre-Dame-la-Grande, elle fournit, en 1386, à Jean de Berry le terrain nécessaire pour la construction « du gros oreloge » (1). Cette construction terminée, l'Hôtel de ville en prend possession et, deux ans plus tard, en 1389, l'abandonne au chapitre de Notre-Dame-la- Grande, qui la réunit à son aumônerie (2J. Toutefois, il néglige de joindre à cette donation les revenus qui depuis plus d'un siècle lui sont affectés.

L'aumônerie Saint-Thomas eut cependant en partie la jouissance de la tour élevée par Jean de Berry, dont le porche lui servit d'entrée pendant longtemps, avant d'être transformé en boutique et loué à des marchands. Son premier étage fut également utilisé comme chapelle jusqu'à l'époque de sa démolition. Cette chapelle resta toujours desservie par un chapelain particulier, nommé d'abord par la ville, puis par le chapitre et l'aumônier de Notre-Dame-la-

(1) Bibl. Poit., cart. 34. — (2) Arch. Vienne, C. 61.

Grande. Ses fonctions ne consistèrent qu'à célébrer les messes et services de fondation. Le jour de la Saint-Thomas, les chanoines étaient tenus de s'y rendre en procession, revêtus de leurs chapes, afin d'assister à une messe solennelle, chantée avec diacre et sous-diacre (1). Cette cérémonie semble avoir cessé au xvn* siècle, quand eurent lieu les démêlés entre eux et le bureau de la Communauté des pauvres.

Derrière la tour de l'horloge se trouvait la grande salle de Saint-Thomas, qui servit longtemps à loger les mendiants et les pèlerins de passage. Plus tard, les hommes malades l'occupèrent et, à partir du xviii* siècle, les enfants abandonnés. Au-dessus de la salle basse s'en trouvait une autre dans laquelle on mettait les femmes. Une d'elles, la nommée Peyrot, y fit ses couches le 2 janvier 1625 (2). A cette époque, la maison étant en partie ruinée allait bientôt disparaître, ce qui arriva en 1654.

L'histoire de l'aumônerie de Saint-Thomas se confond d'une façon à peu près complète avec celle de Notre-Damela-Grande,dont elle fait partie d'une façon absolue, au point de vue de l'hospitaUsation des malades. Quand la Communauté des pauvres s'empare de cette dernière, en 1619, l'autre suit son sort. Seule, sa chapelle reste encore un bénéfice, et ce sont les chanoines qui conservent le droit d'en nommer les titulaires.

Nous ne parlerons pas plus longuement d'une aumônerie dont l'existence jusqu'en 1389 est peu connue et qui, plus tard, partage entièrement toutes les transformations que subit celle de Notre-Dame-la-Grande.

H) Arch. Vienne, G HOO. — (2) Reg. bapt. Notre-Dame-la-Grande.

L'aumônerie de rEcheviiiage.

Guillaume Le Bourguignon, serviteur et maître-école de Saint-Pierre, donne à sa mort, en 1291, aux pauvres de Poitiers, tous ses biens, y compris ceux que lui a légués sa femme Pétronille, fille de Guillaume Gallipeau. Quelques jours avant Noël de la même année, ou, comme dit un ancien registre de l'Hôtel de ville, « le mercredi avant la nativité », a lieu un procès entre Pierre, de La Susse, sous-chantre de Saint-Hilaire, et Pierre, recteur de Saint-Porchaire, contre la ville (1). Ils réclament l'exécution du testament de Guillaume et de Pétronille qui, disent-ils, ont légué « au maire et commune de Poictiers pour faire une aumosnerie et pour la subsistance et réception des pauvres, leur maison vulgairement appelée la C ouste de la ballaine et la grange, assises auprès du lieu vulgairement appelé la pierre pèlerine, avec leurs appartenances et tous et chascuns de leurs meubles, pourquoi requerent led. mairie que tous leurs biens soient délivrés et baillez pour accomplir le testament».

Le procès engagé avec les héritiers du testateur se termina par une transaction. L'Hôtel-de-ville, moyennant 100 marcs d'argent, devint propriétaire : 1* du logis de la Côte delà baleine avec tous les meubles qu'elle contenait ; 2» d'une maison la joignant avec son jardin; 3° d'une troisième possédant également un jardin, sise sur les coteaux dominantla Boivre; 4" de deux autres, situées près de celle du prieur de Saint-Porchaire, par conséquent dans l'ancienne rue de la Guillerie, ou de TAiguillerie.

(1) Bibl. Poitiers, cart. 9, reg. 12, pp. 292 et seq.

Jl^SQU'A L'AN V 139

En prenant possession de cet héritage, le Conseil donne aussitôt en location à Regnault Dugué et à Gillette safemme, fille de Guillaume Le Bourguignon, Thôtel de la Côte de la baleine, avec tous les meubles qui s'y trouvent et, de plus, les deux jardins situés auprès, moyennant la somme annuelle de 15 1. Il met également àferme les maisons touchant le prieuré de Saint-Porchaire, à raison d'une autre rente de loi. au profit de l'aumônerie de la ville.

Cette dernière condition imposée au locataire nous indique d'une façon certaine que, dès avant 1291,1a mairie de Poitiers possédait une aumônerie particulière, qui, sans aucun doute, ne pouvait être que celle de Saint-Thomas. Ce serait donc probablement vers 1389, quand cette dernière fut unie à l'hôpital de Notre-Dame-la-Grande, sous la mairie de Pierre Regnault, que la municipalité dut installer près de l'Hôtel de ville un nouvel établissement de bienfaisance pour la remplacer (1). Elle pouvait de la sorte l'avoir sous sa main et la faire administrer facilement à sa guise.

Le 20 février 1410, la Maison-Dieu, comme on l'appelle à cette époque, est donnée àferme. Son aumônier, Gillot Bourgeois, réclame à Jehan Bondonneau, fils de Lorent et de Colette, une partie des rentes et du loyer dus sur « deux maisons assises en la rue de la Guillerie,en l'une desquelles soulloit estre l'aulmosnerie ». Il s'agit de celles léguées par Guillaume le Bourguignon dont l'une a déjà servi à recueillir les pauvres et les passants.

Il faut arriver au 12 janvier 1454, pour voirie Conseil prescrire aux 25 échevins en exercice, d'avoir à verser chacun, entre les mains du maire, l'argent qu'ils doivent à la ville, afin de l'employer à la construction de l'aumônerie (2).

fl) Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XX.XIV. l^e série, p. i3.— (2) Reg. dél.

Cette construction ne fit qu'en remplacer une autre, car elle fut établie d'un côté près du porche d'entrée de la cour de la mairie, et de l'autre le long des murs du prieuré de Saint- Porchaire. Une de ses portes, ouvrant sur le derrière dans la cour de l'échevinage, permettait de gagner la rue des Grandes-Ecoles (1). Un gardien s'en étant servi pour verser dehors les « viscosités » de la maison, il lui fut interdit, le 13 octobre 1465, de continuer. Au reste, pour plus de sûreté, on la fit simplement murer.

Le 12 janvier 1579, la municipalité voulut bien consentir à laisser transporter son aumônerie ailleurs, sous le bon plaisir de l'évêque et du clergé (2). Cette décision resta lettre morte, car les malades qui s'y trouvaient une fois partis, il n'en fut plus question.

La direction de l'aumônerie resta toujours confiée à l'un des membres du conseil qui prit le nom d'aumônier, de garde, de recteur, d'intendant ou simplement d'administrateur (3). On le nommait pour un an, mais son mandat lui

mun., n» 4, p. 83 v°. Les revenus de la maison touchant l'aumônerie attribués encore en 1429, à cette dernière, produisaient 10 s. de rente (Bibl. Foit., cart. 15, n" 518).

(1) Reg. dél. mun., n° 42, f» 806. — (2) Parmi les aumôniers nous trouvons : Etienne Le Picard (avant 1308).— Etienne Verrier (1308). — Pierre Peconnis (1312).— Guillaume David (1322). — Jean de Moureuil (1360). — Jean Acton (1377). — Guichard (1384). — Pierre Regnault (1394).— Jehan Micheau (1402). — Gillet Bourgeois (1404). — Guillaume David (1428). — Jamet Gervais (1467). — André de l'Eschale (1483). — Boislève (1517). — Jehan Acton (1537). — Jehan Vidard (1587). — René Vidard (1588). — René Arnoul (1589).— Claude Garnier (1594). —René Arnoul et Mathurin Roy (1595). —Jehan Vidard (1597).— René Brochard (1600). — Etienne Baron, bourgeois et receveur (1619), etc., etc. (Reg. dél. mun.). — (3) Id., n° 6, p. 41.

était souvent renouvelé pendant de longues années. Jusqu'au xvi' siècle il fut choisi parmi les bourgeois de l'Hôtel de ville. Des échevins les remplacent, mais, à leur tour, cessent de la gouverner en 1616, quand elle devient officiellement une simple maison de rapport.

Ses administrateurs sont tenus de rendre des comptes de gestion, tant en recettes qu'en dépenses. Cette obligation, à laquelle s'astreignent difficilement nos bons échevins, leur est souvent rappelée par le Conseil, sans cesse à court d'argent pour les besoins de la ville. Le 22 juillet 1616, il constate que Jean et René Vidard, qui ont eu la charge de l'aumônerie de 1857 à 1594, ne les ont point fait examiner pas plus que René Brochard qui, pendant 16 ans,leur a succédé (1). Quand ils viennent à mourir sans avoir accompli cette formalité, ceux qui en héritent en restent aussi responsables. Fort heureusement pour eux que tout s'oublie avec le temps, ce qui fait que nombre de ces comptes ne sont jamais présentés ni vérifiés. Pour rendre hommage à la vérité, nous devons cependant dire que la plupart des aumôniers ou recteurs qui souvent restent de longues années en exercice savent, avant le xvi^ siècle surtout, augmenter sensiblement les revenus de cette aumônerie, soit en économisant sur ses dépenses, soit en lui faisant d'importantes donations testamentaires.

Selon la coutume, chaque maison de charité possédait une chapelle ou tout au moins un autel pour y célébrer la messe en présence des malades. Le 12 septembre 1397, le grand-vicaire, en l'absence de l'évêque, accorde la permission « de faire faire ung aultier et faire cellebrer la messe en lad. aulmosnerie de l'eschenivaige dud. Poictiers (2) ».

(1) Res. fU'l. mun.. n« 70, f. 42. —(2) Bibl. Poit., cart. 9, reg. 12.

A partir de cette époque^ on ne parle plus de la chapelle utilisée seulement quand la maison contient des malades. C'est ce qui a lieu pendant les guerres de Religion. Le 20 août 1579, ordre est donné à Jehan Collin, prêtre, de rassembler le linge nécessaire pour y célébrer une messe par semaine (1). Après le départ des pauvres, le service divin cesse aussitôt, si bien qu'elle est mise en location avec le reste de l'immeuble. Le 3 juillet 1593, un des échevins accuse, en plein conseil, « l'hoste qui est en l'aumonerye de la maison de céans de faire de la chapelle une estable et tenir ung jeu de boule » (2). Nos conseillers^ toujours prudents, ne répondent point à cette observation. Ils s'empressent de mettre la question de côté avec l'intention de ne jamais plus la soulever, dans la crainte de s'attirer des contestations avec le locataire.

Le 3 mai 1632, le procureur à la police est chargé « de faire nettoyer et bénir l'hostel et la salle de lad. aulmosnerie, pour y faire dire la messe tous les lundis que se tiennent les conseils ordinaires w.Le 9 du même mois, la chapelle est utilisée pour le service de l'échevinage (3). On décide de nouveau que le lundi matin, jour de réunion des échevins, une messe y sera dite. Ozée de La Lande est chargé des fonctions d'aumônier (4). On lui accorde son logement et, de plus, 30 1. par an, payables chaque trimestre, sur les revenus de la maison et « hors la recette ordinaire de la ville ». En 1639, son successeur Jacques Guérin

En 151)5, le clergé voulut mellre des décimes sur l"aumônerie. II lui fut répondu que c'était «une pauvre aulraonerye pour les pauvres passans et n'estant spiritualisée ne instituée en bénélice ». (Reg. dél. mun., n° 32, p. 633.)

(1) Arcli. llôp. Le 1" septembre liilG, l'ordre avait été donné à l'aumônier de « faire rhabiller le vitraille de la chapelle ». Ueg. dél. mun., no 15, p. 232. — (2) Reg. dél. muu., n° 54, p. 208. — (3) Id., n» 82, p. 180. — (4)Id., no 83, p. 194.

réclame à la ville ses appointements d'une année (1). Après lui, vient messire Boismoreau, en 1646.

Quelques années plus tard, le 28 août 1651, la chapelle, qui se trouvait située dans une salle du premier étage de la mairie, fut transportée au rez-de-chaussée, là où se tenait le parquet du maire. Elle céda la place au conseil municipal qui tint jusqu'à la Révolution, et même après, ses réunions dans la chambre qu'elle occupait (2j. Les Jacobins eurent la charge d'y célébrer la messe les jours de fêtes et les lundis, i)Our la même somme de 30 I. chaque année (3). Nous n'insisterons pas davantage sur l'histoire de cette chapelle. Au moment de la Révolution,',nous raconte Bellin de la Liborlière, on se souvenait encore qu'elle avait appartenu à l'aumônerie. Le rétable de l'autel^ qui se composait d'une boiserie dans laquelle étaient placés trois tableaux représentant le Sauveur sur la Croix, la sainte Vierge et saint Jean, fut transporté dans l'église de Saint-Hilaire et placé derrière le chœur (4). Il ajoute que, pendant la période révolutionnaire, cette chapelle, dépouillée de ses ornements, servit à loger les pompes à incendie et les accessoires des fêtes publiques.

Le service intérieur de l'aumônerie restait confié à un gardien et à une gardienne. En 1516, cette dernière étant malade, il fallut la remplacer. Comme il n'existait aucun fonds affecté à ce service, on dut prendre de l'argent sur les recettes du contrôle du poids, installé près de la conciergerie (5). L'année suivante, les surveillants de l'aumônerie ajoutèrent à cette fonction celle de concierge de l'Hôtel

(1) Refj. dél. mun., n° 90, p. 56; n° 91, p. 165; n» 98, p. 90. — (2) Id., no 103, p. 67.— (3) Id., n- 112, pp. 146, 148. — (4) Bellin de la Liborlière, Vieux souvenirs de Poitiers d'avant 1189 (Poitiers, 1846). — ' (5) Reg. dél. mun., nJ 15, p. 229.

de ville (i). Ils prenaient soin des malades, du blanchissage du linge, du nettoyage des lits et de la nourriture des hospitalisés. En 1565 et 1566 ils étaient payés la modique somme de 100 s. par an (2). Cet emploi semble avoir été souvent inoccupé, car l'établissement ne fonctionna que d'une façon fort intermittente.

On le trouve habité par des mendiants, des vagabonds, des gens de passage et parfois par des malades, selon les nécessités du moment. Le 18 mars 1540, les échevins se décident à le faire visiter, dans le but de l'utiliser pour y mettre les pauvres (3). Le 1" septembre 1586, il doit servir « à loger et habituer les mendians vallides » quand on l'aura fait ouvrir, nettoyer et garnir de lits « ainsy que antiennement il estoit accoutumé juxte et au désir de la fondation d'icelle (4) ». On l'emploie principalement, croyons-nous, comme dit l'échevin Philippe Arembert, le 20 août 1555, « à loger les pauvres passans (5) ». Il en vient <( une multitude » pendant l'année 1566, tant soldats que civils. Seulement, ni soins d'aucune sorte, ni aliments ne leur sont donnés pas plus qu'aux malades (6). Le 25 mars de l'année précédente, une pauvre femme, se trouvant dans ce cas, déclare « qu'elle vouloit estre portée et conduicte en l'aulmosnerie Nostre-Dame pour y estre nourrye, parce que les pauvres ne sont nourrys en lad. aulmosnerye deia ville ». Cette dernière traverse alors une période de la crise, pendant laquelle la municipalité ne peut lui venir en aide, faute de ressources, soit en blé, soit en argent.

A partir de 1567, elle devient plusieurs années de suite une véritable ambulance militaire, tout en restant un asile

1) Rég. déL mun.,p. 25. —(2) Arch. Hôp.— (3) Reg. dél. mun., n» 22, p. 286— (4) Id., n» 46, p. 61.— (5) Id. , n» 32, p. 633. — (6) Arch. Hôp.

pour les mendiants de passage. A cette date, lui arrive un premier soldat blessé à Jarnac et, l'année suivante, plusieurs autres, amenés du camp de Jazeneuil et du « doux d'Auzance », oii avait eu lieu un combat. En 1569, l'on y évacue quelques soldats atteints pendant le siège de Niort. Plusieurs habitants de Poitiers, également blessés ou malades, viennent les rejoindre.

Après une courte période de tranquillité, on y admet, en 1573 et 1574, un certain nombre de combattants obligés, à cause de leurs blessures, d'abandonner les sièges de Lusignan ou de La Rochelle (1). Cette fois, par ordre du lieutenant général Jean de La Haye, la municipalité leur fournit du pain, du vin, ainsi que des aliments de toute nature, en attendant leur guérison.

Le prix de la journée, en ce qui concerne la nourriture, varie de 5à 6 s. Un soldat, entré avec une petite fille fort malade, dépense 10 s. Quant aux enterrements, ils coûtent invariablement 6 s. chacun (2). Vraisemblablement, bien avant cette époque, le curé de Saint-Porchaire avait renoncé au droit que lui accordait le Parlement, le 22 décembre lolO, de toucher 5 s. chaque fois qu'un pauvre de l'aumônerie serait inhumé dans le cimetière de sa paroisse (3). Depuis de longues années, ni lui, ni même ses successeurs ne durent le réclamer, faute de décès dans cette maison.

Lesdépensesprincipalesdel'aumônerieconsistentsurtout, en outre des réparations, dans l'entretien des lits, couettes, paille pour les paillasses, draps servant à la fois à coucher

(1) Arch. Hôp. — (2) Id.W en mourut 14 de ceux venus de Jazeneuil — 14 des blessés du pont d'Auzance, — 3 provenant de Niort et 13 de La Rochelle. '—(3j Arch. Nat. 7J',no 8, p. 14 v».

les malades ou à ensevelir les morts, et enfin, dans le blanchissage du linge. Il est vrai qu'à l'occasion une partie de ces dépenses peut être récupérée quand les malades ou leurs parents les plus proches sont à même de rembourser les frais qu'ils ont occasionnés. Ce cas se présente fort rarement. Seuls, les revenus de l'établissement doivent suffire à ses dépenses, car la mairie a pour habitude de ne subventionner presque jamais les maisons de charité.

Les premiers bienfaiteurs connus de l'aumônerie de l'échevinage furent, comme nous l'avons vu, Guillaume Le Bourguignon et Pétronille, sa femme, qui lui léguèrent plusieurs maisons et jardins. A leur tour, les aumôniers, grâce aux économies qu'ils firent à maintes reprises et aux dons qu'ils reçurent, augmentèrent sensiblement ses revenus. C'est ainsi qu'Etienne Verrier lui achète^ en 1305, moyennant 20 l., une rente sur tous les biens de Mathurin de la Planche et d'Agnès, sa femme, situés à Scorbé.EUe se compose d'une charge de froment et de deux chapons (1). Une seconde acquise par le même, en 1316, à Jaulnay, comprend 2 septiers de froment et un chapon. Guillaume David, en 1330 et 1331, l'augmente encore de 4 septiers de froment et un chapon, etc., etc. Les placements d'argent et les arrentements se continuent de la sorte jusqu'à la fin du XV® siècle. On n'en trouve plus ensuite aucune trace.

A côté des économies qui vinrent augmenter la fortune de l'aumônerie, certains legs, quoique peu nombreux, lui furent également d'un grand secours. En 1310 et 1312. Doulce, veuve d'Etienne Le Picard, qui en avait été aumônier, lui lègue une rente de 6 septiers de froment, 2 chapons et une poule (géline) (2). En 1331, un de ses successeurs.

(1) r.ibl. l>uiliers. cait. 9, reg. -12. — (2) Id.

Pierre Préconnis, et Audarde, sa femme, ainsi que Guillaume, leur fils, lui abandonnent en mourant tout ce qu'ils possèdent.

En dehors de ces revenus et de quelques autres, qui peu à peu disparurent et dont les traces se perdirent au xvi« siècle, il en est un qui resta permanent. Chacun des échevins lors de son décès était tenu d'abandonner son lit complet à l'aumônerie mais sa famille pouvait le racheter moyennant la somme de 5 1. Une délibération municipale du 6 juin 1465 dit expressément « que les grands des vingt-cinq, qui sont alors de vie associés, n'ont point paie les lictz appartenans à lad. aumosnerie^ seront apoinctez chascun de 100 s. pour chascun lict (1). » En 1266, les Pairs de la commune avaient établi entre eux une confrérie comportant cet acte de charité qui fut loin d'être régulièrement pratiqué (2), Ainsi, de 1364 à 1581, décèdent 15 échevins, d'après les comptes d'Antoine iMorlon. Tous leurs héritiers payent, sauf ceux de Jehan de la Haye, de Pierre Rat et de Pierre Cuirblanc (3). Le 13 juin 1639, le maire vient dire qu'on a déjà réclamé aux veuves et aux héritiers des échevins morts depuis 30 ans, les 100 s. dus pour les lits^ « afin de les employer aux besoins de l'aumônerie », mais rien n'est rentré (4). Aussi, charge-t-on le greffier Rigommier de les réclamer aux débiteurs. Ajoutons que les recettes de ce genre, toujours effectuées, comme nous verrons, d'une façon fort irrégulière, sont versées plus tard à la Dominicale.

Pendant les 5 années qui vont de 1574 à 1579 le revenu total de l'aumônerie est de 534 1. 17 s. 6 d. Son budget annuel se monte à environ 108 1. non compris une rente

(1) Reg. dél. mun.,n»4, p. 2fJ6.— (2) Bibl. Poitiers, nis. no îil, p. 82 To. — (3) Arch. Hôp, — (4) Reg. dél. mua., no 8'J, p. 188.

de 10 septiers de froment restée impayée depuis 10 ans (1). En 1583, une seconde de 25 s. se trouve dans le même cas depuis 20 ans. Ce que perçoit la Maison paraît avoir été peu important, à la fin du xvi* siècle.

Le 28 novembre 1583, le maire de Poitiers recevant les arrérages d'une rente due depuis 1 1 ans, sur une métairie située paroisse de Mignaloux, se décide à faire un virement et à l'employer au paiement du bois de chauffage des corps de garde (2). Le 2 juillet 1584, l'échevin Antoine Morlon, ancien aumônier, ayant rendu ses comptes, le Conseil déclare que les 400 1. qui lui restent entre les mains seront remises « a quelques marchans solvables et a profict (3).)). A partir de cette époque, le budget de l'aumônerie n'est plus séparé de celui de la mairie.

En même temps que les revenus de cet établissement sont absorbés par l'Hôtel de ville, il ne va pas tarder lui-même à perdre sa destination charitable. Le 19 janvier 1584, les échevins ordonnent de transporter les lits qui s'y trouvent à l'aumônerie de Sainte-Marthe (4). Le 28 octobre suivant, ils réclament l'ouverture de cette dernière ainsi que de celle de Saint-Pierre, en ajoutant que la leur « est réservée poiir les serviteurs des pairs et échevins». Le l^»' septembre 1586, à la demande de la Dominicale, qui la trouve « inutile et sans proffict » , le Conseil décide que, « pour habituer et loger les pauvres mendians vallides, lad. aulmosnerye sera ouverte, nestoyée, garnie de lictz et aultres ustencilles pour retirer et héberger lesd. pauvres ainsy que antiennement on avoit accoustumé juxte et au désir de la fondation

(1) Arch. Hôp. On ofTrit à Jehan Guyureau de le libérer, moyennant tilO 1. (Reg. dél. mun., n» 42, p. 353). — (2) Reg. dél. mun., no 44 bis, p. 65 v°, — (3) 1(1., pp. 65, 136. — (4) Arch. IIùp.

d'icelle (1). » Comme nous verrons plus loin, celte louable intention du Conseil ne fut suivie d'aucun effet. Seul, un pauvre homme, nommé Roch Gomeslard, qui en était le gardien depuis i579, conserva sa fonction jusqu'au 4 mars 1588. A celte date, il fut renvoyé avec trois écus de gratification.

Le 22 juillet 1616, René Brochard, échevin, déclare « qu'il ne se retire point de pauvres en lad. aumônerie et y avoit peu de revenus, et qu'il est préférable de les faire toucher par le receveur de la ville qui, pour cela, ne prendra aucun droit de recette, car c'est chose pieuse (2). » Cependant, le 25 juin 1629, le bureau de la Communauté des pauvres les ayant réclamés pour les réunir à ceux de l'Hôtel-Dieu, la mairie pour éviter des ennuis ordonne d'en tenir « compte par estât et caïer séparé », ajoutant, de plus, qu'ils seront affectés « aux œuvres pies par messieurs les maire et échevins aux conseils ordinaires (3) ». Quelques jours plus tard, le 23 juillet ils servent à payer par moitié avec la Dominicale, les deux hommes mis aux portes de la ville pour chasser les mendiants et les vagabonds. En réalité, leur emploi n'est jamais déterminé d'une façon spéciale et ne figure point sur les comptes de la ville (4). Enfin, les registres des délibérations municipales nous montrent qu'ils ne sont utilisés que bien rarement au soulagement des pauvres.

La Dominicale, grâce au zèle de ses receveurs, ne perd

(1) Arch. Hôp. et Reg. dél. mun., n" 46, p. Cl ; id., n° 47, p. 375. — (2) Id., n° 70, p. 12. Le 16 décembre 1641, pour ne pas payer les décimes dus au clergé, le Conseil affirme que « son revenu n'est pas séparé des revenus ordinaires de la ville » [id., no 93, p. 85). — (3) Id., n» 79, p. 333.— (4) Id., no 80, p. 12 ; id., n° 73, p. 210. Le 2G Juin 1028, le receveur avance 250 1. pour les pestiférés, mais il devra en être remboursé (id.,no 78, p. 276).

point de vue sa demande du 25 juin 1629. Elle assigne le fermier de l'aumônerie à com.paraître devant le présidial pour le 5 mai 1632. Selon son habitude, la mairie prend fait et cause pour ce dernier et donne l'ordre, comme nous avons vu, de faire nettoyer et de mettre la chapelle en état d'y célébrer la messe (1). Grâce à ces subterfuges, elle croit échapper aux poursuites qu'on lui intente.

Nous ignorons quel fut l'arrêt du présidial, mais nous avons lieu de le croire peu favorable aux échevins qui, dans la circonstance, négligèrent de le transcrire sur les registres municipaux. De plus, le 26 juillet suivant, Hilaire Moriceau, chanoine de Saint-Hilaire et trésorier de la Dominicale, réclama au receveur Pierre Morin le loyer de l'aumônerie, en déclarant qu'il devait être versé dans la bourse des pauvres. Aussitôt, le Conseil, dans le but d'esquiver cette demande, désigna l'écbevin René Richeteau pour remplir les fonctions d'aumônier (2). 11 le chargea une seconde fois d'installer le logis afin d'y pouvoir célébrer la messe. Les réparations, arrêtées trois mois auparavant, à la date du 5 mai, n'avaient nullement été commencées.

L'aumônerie de l'échevinage ne passa point entre les mains de la Dominicale^ mais l'Hôtel de ville dut pourtant s'astreindre àun léger sacrifice en faveur des indigents. Deux membres du clergé ayant déclaré, le 3 janvier 1650, qu'elle appartenait au même titre que celle de Saint-Thomas à la Communauté des pauvres, cette dernière était en droit de percevoir à l'avenir les 100 s. destinés à payer les lits dus par les échevins après leur mort (3). Le Conseil, selon son habitude, ne répondit rien sur le moment, et se réser-

(1) Arch. Ilnp. et Reg. dél. mun., n» 82, p. 180. — (2) Id., n» 83, p. 21. — (3) Id., no 103, p. 117.

JUSQU'A L'AN V ir)l

va le soin d'étudier à loisir le bien fondé de la demande. Ayant été sans doute considérée comme juste, cette somme fut versée régulièrement par les familles des défunts dans la caisse de l'Assistance publique.

Il ne nous reste plus qu'à rechercher à quel usage on employa l'aumônerie chaque fois qu'elle cessa de recevoir les indigents et les malades. Dès 1520, le gardien en occupait deux chambres destinées d'habitude au logement de l'aumônier, et celui-ci se voyait dans l'obligation, pour être plus à l'aise, d'en affermer le grenier moyennant 30 1. par an.

En 1383, le maire étant venu déclarer au Conseil que cet établissement ne présentait aucune utilité, l'échevin Florentin du Ruau proposa de le mettre en location moyennant 16 écus et un tiers par an (1). Sa proposition ayant été rejetée, ce fut le cordonnier Roche qui vint, deux ans plus tard, l'habiter à titre gratuit (2). Le 31 août 1586, une délibération municipale prescrivit de la mettre à bail et de la donner au plus offrant (3). C'est ce qui eut lieu, et le locataire se servit de la chapelle pour en faire une étable, comme nous avons vu plus haut (4).

En 1621, elle est affermée à Pierre Moricet,qui met tous ses soins à l'entretenir en bon état (5). En 1629, son loyer est de 80 1. par an, mais une pauvresse, la femme Pain, avec ses trois enfants, en occupe une certaine partie (6). Elle paye d'abord 18 1., puis, à cause de sa misère, on réduit

(1) Bibl. Poitiers,cai-t. 53,reg.4. Déjà le 9 mars 1520,raumônier recevait l'ordre d'avoir à payer un loyer pour les deux chambres qu'il occupait. De même' le concierge donnait 30 s. pour un grenier {Id., n» 17, p. 175). — (2) Id. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 6. — li) Reg. dél. mun., n» 54,;p.208. — (o) Id., n« 75, p. 128. — (6) Id., no 80, p. 89, n» 81, p. 105.

cette somme à 12 1. Deux ans plus tard, en 1631 une autre indigente, Marie Philippe, s'y trouve hébergée gratuitement, tandis que Moricet, le locataire principal, paye 91 1. 8 s. chaque année (1). Une baisse de prix se produit, en 1639, car le sergent royal Dargenton ne verse plus que 80 1. chaque année (2).

L'aumônerie est mise de nouveau à ferme, le 26 septembre 1644^ avec cette observation que, sur le prix qui en sera payé, l'on retiendra la somme nécessaire pour l'achat d'un calice en argent, destiné à la chapelle. Son loyer atteint 98 1. en 1647 et reste le même lors de la location faite pour l'année 1655. Toutefois, il est spécifié d'une façon formelle', lors de cette dernière mise en adjudication, que le revenu qui en sera retiré demeurera toujours affecté au service de la chapelle[(3). Seule, elle rappelle encore le souvenir de l'antique Maison-Dieu. Quant aux locations, elles se continuent sans aucun doute, mais les registres des délibérations municipales ne les mentionnent plus,

Sur un plan de l'ancienne mairie, daté de 1768, on voit encore figurer l'emplacement de la faculté de Médecine, qui touchait jadis à l'aumônerie (4). Quanta cette dernière il n'en estpas question, cardes boutiques de marchands ont pris sa place dans la rue de l'Aiguillerie, l'une des plus commerçantes de Poitiers.

La mairie chercha surtout, comme nous verrons, après l'arrêt des Grands Jours de 1579, à mettre la main sur l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande avec l'appui la Dominicale. Toute son attention se porta sur cet établissement

(1) Reg. dél. mun., no 83, pp. 101 et 103. Une partie de la toiture est effondrée à cette époque. — (2) Reg. dél mun., n° 87, fo 141. — (3) Id., n° 96, p. îiO; n^ 98, p. 485; n° 106, p. 17. — (4) Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXXI V, ire série.

destiné à devenir l'Hôtel-Dieu de Poitiers. Quant à celle de l'échevinage, mal située dans un quartier trop populeux, elle ne possédait point le terrain nécessaire pour un agrandissement éventuel. Enfin, ses revenus avaient entièrement disparu, absorbés par des besoins d'un ordre purement municipal. Bref, à la fin du xvi* siècle, son rôle charitable souvent négligé, touchait à sa fin, comme celui de la presque totalité des maisons de ce genre que la ville pouvait encore posséder.

L'auniônerie Saint-Lazare.

Il y a tout lieu de croire que l'aumônerie de Saint-Lazare, destinée à recevoir les lépreux de la ville et de sa châtellenie,dut sa fondation, à une date encore inconnue, aux habitants de Poitiers. Elle existait avant 1267, et, comme tous les établissements de ce genre, se trouvait en dehors des remparts, près d'une des principales portes de la ville, celle qui s'ouvrait sur la route de Paris.

Certain acte, du 3 juillet 1707, indique exactement l'endroit sur lequel on l'avait jadis édifiée. Il y est parlé « du champ de la Maladrerie comprenant jardin, chenevière, pré, treilles et d'un emplacement au bout duquel, du côté de la maison du corps de garde, étoit autrefois la chapelle de Saint-Lazare, où est encore une croix de pierre renversée, tenant par le bout au pavé du grand chemin de Poitiers à Châtellerault et au corps de garde (1) ».Elle se trouvait donc

(l)Arch. Hôp. Sommier des renies. — Le 12 septembre 17ÎJ2, il est parlé à la mairie du portail « hors le dernier pont de la porte de Saint- Ladre, lequel touche d'une part à l'église dud. St-Ladre ». (lieg. dél. mun., n» 32, p. 13).

sur un terrain compris entre la route de Paris et les douves des remparts. Ce terrain partait delà porte de Saint-Lazare, située au bout de la rue de la Chaussée, pour se terminer, au bord du Clain, près du gué qui servait au passage de la rivière. Actuellement, il est entièrement occupé par la ligne du chemin de fer allant de Paris à Bordeaux.

Comme partout ailleurs, l'aumônerie se composait de chambres ou de cabanes isolées, car, sauf exception, les lépreux n'habitaient jamais plusieurs ensemble dans la même. C'est du reste ce qui nous est indiqué par l'un de ses administrateurs, l'échevin Hilaire Boisleve, quand il fait remarquer, le 13 décembre 1513, « qu'il y a dans la maladrerie plusieurs chambres libres qui tombent et qu'il faut réparer (1) ». Les réparations exécutées par les soins de la mairie jusqu'à sa complète destruction sont assez rares. En 1555, l'échevin Jehan Dupeyrat demande la permission de faire mettre en état un mur qui va tomber (2). Le 25 mai 1571, deux ans après le siège de Poitiers, le maire vient dire à la Dominicale « que, par suite de la guerre et aussi du camp devant la ville, la maison de la lèpre a esté démolie. Il seroit bon de trouver des charpentes et tuiles pour la recouvrir et logier des malades en cas de besoin, comme cy devant estoit » . Il ajoute que les travaux pourraient se monter ù la somme de 80 l. Ce projet est pris en considération, car, l'année suivante, le 17 novembre 1572,le Conseil vote 200 l. pour en assurer l'exécution (3). Malheureusement, l'Hôtel de ville ne réalise point ses projets. Le 12 septembre 1578, il se trouve

(1) Reg. des déL municip., no 13, p. 18. — (2) Id., n° 32, p. 785, — (3) Bibl. Poit., cart. 53, reg. 3. — Reg. dél. mun., n» 41, p. 36 ; no 42,

dans l'obligation de convenir que la léproserie est encore « une: logis tout ruiné par les guerres », incapable, par conséquent, de donner le moindre revenu.

La chapelle située près la porte de Paris, appelée autrefois porte de Saint-Lazare, ayant été détruite en 1562, fut remplacée par une croix de pierre dont les débris existaient en 1703. Elle dut être réédifiée au xviii' siècle, car, le 17 prairial an IV, nous constatons sa mise en vente avec, en plus, un jardin et une cave dans les roches, près de la porte de Paris, provenant, le tout, de la maison de ville de Poitiers (1). Depuis cette époque, on n'en rencontre plus aucune trace.

La maladrerie possède des jardins, comme tous les établissements de ce genre. Son cimetière, au lieu d'être autour de sa chapelle, se trouve de l'autre côté de la route de Châtellerault. En looi, il occupe un terrain placé entre cette route et le chemin qui monte à la Cueille Mirebalaise, à l'intersection desquels s'élève l'hôtel de Saint-Julien (2). On le désigne ainsi, en 1736, dans le sommier des rentes de l'hospice général : « Plus un emplacement appelé le cimetière de la maladrye, situé entre les pavez 'des grands chemins de Chastellerault et de la Gueille-Mirbalaise, étant au devant de la maison du nommé Chartier, vinaigrier. » Une bonne partie de cet emplacement ayant été occupée par les ingénieurs du roi pour élargir la route, le sieur François, qui l'avait pris à rente, en 1723, moyennant 5 l. par an, plus un pot de vin de 20 1., refuse de payer et l'abandonne. Aucun autre ne l'occupe après lui, et il reste dans le même état jusqu'à nos jours.

(1) Arch. Vienne, B. :j7, liasse 40. — (2) Arch. Vienne, G. H, liasse 2.

L'aumônerie Saint-Lazare fut mise a son début , comme beaucoup d'autres, sous l'autorité ecclésiastique, mais, le pouvoir civil, devenant de plus en plus puissant ne tarda point à prendre sa place, tout en maintenant un chapelain à sa tête (1). Ce chapelain préside le chapitre composé de tous les « seigneurs lépreux », comme l'indique un acte de 1267. Il remplit le rôle d'un aumônier ordinaire, célèbre les messes avec les services [de fondation et enterre les morts. Cette dernière prérogative lui est contestée, en 1384, par le curé de la paroisse de Saint- Germain (2).

Le 13 janvier de cette même année, le chapelain Pierre Saige est en procès avec le curé Pierre Thenon. Ce dernier prétend que « les oblations des malades à lad. faites à Saint-Ladre, par iceux malades, et autres droits de sépulture, dûs par iceux malades à ladite aumosnerie, lui dévoient appartenir, comme ayant charge des âmes de ceux de sa paroisse » (3). L'autre entend les conserver, mais veut bien consentir à lui abandonner celles qui se font aux enterrements, y compris le luminaire. Trois jours plus tard, une transaction est consentie de part et d'autre. Le curé aura les oblalions à tous les enterrements, plus le luminaire « qui seroit mis pour cause du corps du trespassé, ensemblablement, tel droit de sépulture que icelluy curé avoit et prenoit de ses autres paroissiens, pourveu que led. curé feut tenu de faire enterrer et sépulturer lesd. malades et supporter les frays, charges et services de leurs âmes, tant en leur vie que en leur mort ». Le chapelain, de son côté, n'administrera plus aucun sacrement aux lépreux et

(1) Cf. Lalleniand(Léoii), Histoire de la Charité,t.Ul.~ (2) Bibl.Poit., cart. 42, reg. 9. — (3) Arch. Vienne, G. 11, liasse 2.

le chapitre de Sainl-Lazare, quoique possédant chapelle avec cimetière, abandonnera les oblations.

Cette contestation se renouvela, en 1444, entre Pierre Constant, curé de Saint-Germain, et l'aumônier Jehan Assailly, dit Rover, qui refusait d'accomplir le contrat dont nous venons de parler (1). Nous ignorons quel en fut le résultat.

Le 15 janvier 1448, Pierre Jannot, chapelain et aumônier, est maintenu à son tour en possession des revenus de tout genre provenant de l'aumônerie (2).

Le 4 septembre suivant, Pregent de Goëtivy, amiral de France, fait appel au parlement d'un arrêt du conservateur des privilèges de l'université de Poitiers, donné en faveur de Jehan iMaçon. Il obtient que ce dernier^ dont les revenus sont saisis, en touche à l'avenir la moitié, à condition de célébrer le service divin et d'administrer les sacrements « aux infirmes de la lèpre qui sont ou seront dans la chapelle ou maison de Sainct-Lazare » (3).

Le 15 septembre 1507,leslépreux, se trouvant sans doute mal administrés, adressent une requête au conseil municipal pour le prier de vouloir leur choisir des directeurs pris parmi ses membres. Il est fait droit à leur demande et, séance tenante, Hilaire Boisleve avec Raoul Bricheteau sont chargés de les gouverner après avoir prêté serment de bien et religieusement garder les ordonnances (4). Plus tard, ils ont comme successeurs François Fumée (1520), Hugues

(1) On trouve ce même Jehan Assailly en procès au Parlement de Paris, en 1432, contre Colinet Barbier, receveur du roi (Arch. nat, Z"', no 76, p. 96).— (2) Id. S. 4480 etZ"i,no 51, p. 463 vo. Le 10 août 1430, un carme atteint de la lèpre obtient permission d'entrer à Saint-Lazare pour y faire son service de prêtre. (Reg. dél. municip., n° 4, p. 24.) — (3) Id. — (4) Reg. dél. mun., n" 9, p. 107.

Acton (1524), René Dausseure (1537-1547). Ceux qui viennent après eux ne font que régir les biens de la léproserie au moment où elle cesse de contenir des malades.

Quand la direction de Saint-Lazare passe aux mains de la municipalité, il s'établit une distinction très nette entre les revenus du chapelain et ceux de l'aumônerie proprement dite. Charles Brissonnet , nommé aumônier le 22 octobre 1522, vient dire à l'enquête de 1538, pour obtenir mainlevée de la saisie de son temporel : « La chapelle n'a rien de commun avec lad. maladrerie de lépreux qui est leurs maisons, chapelle et revenu et n'est tenu leurs biens administrer (1). Ains^ ung prestre nommé messire Antoine Basyn et receveur et conservateur et qu'il appartient à Messieurs de la ville de Poitiers y commectre. » Celte distinction se maintient pendant longtemps après la disparition de la léproserie, car Jacques Roy, chanoine de Saint-Hilaire, est encore désigné, le 26 juillet 1632, comme chapelain de Saint-Lazare, par moitié (2). Il touche ainsi une parlie de la rente que lui fait le roi. Cette rente passe aux chevaliers de Saint-Lazare et de Notre- Dame-du-Mont-Carmel, en 1673, puis, grâce aux ordonnances de 1695, aux pauvres de l'hospice général.

Les ladres constituent une confrérie dont le chapelain est le directeur. Il a pour le seconder un malade qui prend le titre de prieur. C'est ainsi que, le 7 octobre 1407, l'un d'eux, nommé Johannes Artus, alias Sauner, fait devant

'1) Arch. Vienne. G. 1100, p. 95. — (2) Ueg. dél. mun., n» 83, p. 19. — Arch. Vienne, C. 315.

JLîSQU'A L'AN V i59

l'Official un procès au chapitre et aumônerie de Saint- Ladre pour les contraindre à le nommer prieur, comme étant le plus ancien de tous les lépreux (1), Ce titre semble être le même que celui de doyen.

Tout individu atteint de la lèpre est tenu de le faire constater soit par le chapelain et les lépreux de Saint- Lazare, soit par les chirurgiens de la ville. Ces derniers prennent, en 1510, chacun 10 s. pour effectuer les constatations de ce genre (2). Elles ont lieu aux frais des seuls intéressés, qui présentent ensuite à THôtel de ville des certificats prouvant qu'ils sont bien dans les conditions requises pour entrer à la maladrerie.

Le maire doit s'enquérir, avant tout, si le demandeur est bien de la ville ou de la châtellenie, c'est-à-dire d'une paroisse voisine. Dans toutes les admissions, le lieu de naissance du malade est toujours nettement spécifié. Voici comment on libelle, le H avril 1477, une autorisation de ce genre, d'après le procès-verbal d'une séance du conseil municipal : « Demande de Jacques de Maire, atteint de lèpre, natif et demeurant à Poitiers, qui requiert une chambre à la maladrerie (3). Il a esté conclud qu'il sera mis dans la maladrerie. »

L'entrée de la léproserie n'est nullement gratuite. Le malade est tenu d'apporter avec lui son mobilier et de verser en outre une certaine somme d'argent.

(1) L'aumônier Philotus Aubertus (Arch. Vienne, G. 11, liasse 2). — (2) Rambaud (P.), Fondation de la léproserie de V ouille. Société française d histoire de la Médecine, Année 1909. BuIL VII, p. 193. — Bibl. de Tours, ms. n» 81j4. — (3) Reg. dél. municip., n° 7, p. 304. Le 8 Juillet 1449, Guillaume Pignon, meunier, « requiert de loger à Sainct-Ladre. — Sera admis, attendu qu'il y a longtemps qu'il demeure en la ville de Poitiers et faict office de meunier ». — Le 16 novembre 1450, Jehan Robert, natif de Saint-Benoît, obtient la même faveur ainsi que Jehan Cenon, en 1460. {Id., n° 4, pp. 16, 25, 32.)

Le 19 septembre 1475, Jehan Colinet « requiert entrer à la maladrerie, car il est de la ville, offrant par ce le devoir accoustumé, quand il aura de quoy (1). A esté appointé qu'il sera présentement mis et reçu en lad. maladrerie, comme l'un des aultres malades, qu'il sera tenu payer ie devoir accoustumé a paier pour l'entrée d'un malade, quand il aura de quoy faire ». Il est vraisemblable que l'on comptait sur l'argent qu'il devait recueillir en allant mendier chez les personnes charitables.

La municipalité se montre souvent clémente pour les malheureux atteints de cette affreuse maladie. Dans certains cas elle les admet à l'aumônerie, quand ils ont habité longtemps la ville. Ainsi, le 8 juillet 1513, Philippe Ballet, maréchal, auquel il a été enjoint et ordonné « de vuyder la compagnie des gens sains », vient déclarer au Conseil que les ladres n'ont pas voulu le recevoir « sans grant somme de deniers, comme estrangier » , car il n'est point natif de la châtellenie. Le malade habitant Poitiers depuis 10 ans, en qualité de m* juré, de plus, marié et chargé de nombreux enfants, le maire et les échevins ne tiennent aucun compte de celte opposition et ordonnent qu'il sera admis aux mêmes conditions que ceux de la châtellenie « pour illec vivre et eslre entretenu des aulmosnes, proffitz, revenuz et esmolumentz donnez et qui appartiennent à lad. aumosnerie ». Seulement, les fabriqueurs et les paroissiens de Saint-Porchaire,où demeure le lépreux, seront tenus de payer à sa place les droits d'entrée, et le premier sergent du maire chargé d'y veiller (2). Le 14 novembre suivant, le malade ayant amassé la somme voulue, moins 100 s. que lui doit le procureur de la fabrique, reçoit l'ordre de « porter la

(1) Reg. dél. mun., no 7, p. 199. — (2) Id., n» 12, p. 17; n" 13, p. 7.

JUSQU'A L'AN V 16i

tunique et enseigne de lépreux à peine de vuyder la mala^ drerie et de le priver d'aller par la ville ».

Les personnes étrangères peuvent aussi entrer à Saint- Lazare, mais la taxe qu'on leur demande est plus considérable. Ainsi, le 2o juin t520, le maire déclare que v Jehan Fouchier, gentilhomme qui est malade de la lèpre et auroit plusieurs biens, supplyoit la Maison de céans qu'on le voulost recepvoir en la maladrerie de ceste ville et qu'il offroit payer les deniers et bailler la somme de 30 écus sol, pour estre employée au prousfict de lad. aumosnerie ». Le Conseil pense qu'il y a lieu de l'admellre, après avoir pris, toutefois, l'avis de l'administrateur François Fumée (1). Pour les malades peu fortunés, les conditions imposées sont encore bien moins rigoureuses. Une femme de Lussac peut y être reçue le 12 décembre 1513, moyennant lo 1. (2). Un homme de Lusignan ne doit à son tour verser que 20 1., le 3 juin 1543 (3).

Nous croyons, d'après ces dernières indications, qu'à Poitiers, comme dans le reste de la France, les droits d'entrée à la maladrerie devaient être de 15 à 20 l. par personne (4).

Quand les lépreux étrangers manquent d'argent pour payer leur admission, le Conseil les renvoie chez eux. C'est ce qui arrive à une pauvre femme de Lusignan, le 10 octobre 1476. On l'engage à retourner dans son pays. Cependant, elle sera reçue à Saint-Lazare si la léproserie de sa paroisse ne peut l'admettre, mais en payant les droits accoutumés (5). Le 5 août 1543, Etienne Régnier, venu de Vivonne, est obligé de s'en retourner sans être accepté, et

(1) Reg. dél. mun., no 17, p. 178. — (2) Id., u° 13, p. 17. — (3) Id., no 25, p. 226. — (4) Id., n" 7, p. 223. — (5) Id., no 25, pp. 281-282.

perd ainsi la somme de 18 s., montant du prix desa requête. Au reste, une délibération municipale prescrit pour la dernière fois, le 10 novembre 1556 (1), qu'il ne sera admis aucun ladre dans l'aumônerie s'il n'est, conformément aux ordonnances, de lachâtellenie de Poitiers.

L'aumônier, lui-même, ne peut y faire entrer un malade étranger, pas plus du reste que le chapitre des lépreux. C est ce que nous fait connaître une délibération municipale du 24 janvier 1475, dans laquelle il est dit : « touchant ung malade de lèpre que l'aumosnier de la maladrerie de cette ville s'efforce de mettre en lad. maladrerie, malgré qu'il ne soit de cette chastellenie, qui est contre les privilèges et ordonnances de la ville (2). Surquoy,a esté appointé et conclud que inhibition et déffence sera faicte aux malades de lad. maladrerie, sur les peines en tel cas requis, de ne recepvoir led. malade et s'ils l'ont receu, de le faire vuyder reaument et de faict. Et a esté de rechef ordonné que doresnavent aucun malade ne sera receu en lad. maladrerie, s'il n'est natif de lad. ville et chastellenie. » A Poitiers comme ailleurs, les lépreux ne sont acceptés dans l'aumônerie qu'à la suite d'une cérémonie religieuse spéciale, sorte d'enterrement qui les sépare pour toujours du monde des vivants. Les prières ou oraisons à réciter en semblable occurrence sont consignées à la fin d'un manuscrit du xiv^ siècle ayant appartenu à l'église de Saint- Martin de Tours. Il s'agit d'un cas de lèpre blanche, au dire des lépreux de Saint- Lazare de Poitiers (3).

Une fois la léproserie de Saint-Lazare complètement délaissée, les ladres ne sont pas pour cela abandonnés à leur

(1) Reg. dél. mun., n" 34, p. 107. — (2) Id., n'I, p. 43. — (3) BibL Tours, ms. 854.

triste sort. Assurément, la municipalité ne met aucun empressement à venir à leur secours, mais le grand-aumônier de France se charge, chaque fois que l'occasion s'en présente, de la mettre à la raison. Le 12 septembre 1578, Clémence Martineau.ne pouvant entrer dans l'aumônerie depuis longtemps inoccupée et, de plus, ruinée à la suite du siège de Poitiers, fait condamner la mairie à lui verser une rente annuelle de oO 1. Cette somme doit être prise sur les biens qui appartiennent à la léproserie (2). En 1588, un ladre reçoit une annuité de 20 1. pour payer son logement. C'est le fermier de la maladrerie qui est chargé de lui verser cette rente. En 1609, un long procès est intenté à la ville par Charlotte Esnon, pauvre femme, avec l'appui du cardinal Jacques du Perron, archevêque de Sens, et grand-aumônier de France, contre un autre fermier, Jacques Aymar, qui est condamné à lui verser 60 1. par an, à partir du 6 juin de la même année (2). De plus, le 24 mai 1610, il est enjoint à la mairie de rendre compte annuellement à la grande aumônerie des revenus qu'elle perçoit sur Saint-Lazare. A partir de cette époque, il n'est plus question de lépreux à Poitiers. En résumé, les ladres, nombreux au xv* siècle, le sont de moins en moins à partir du xvi®. Au milieu de ce dernier, ils deviennent si rares que, la léproserie n'ayant plus raison d'être, la municipalité juge à propos de la fermer. Quand Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt, imprime ses Serées, en 1584, c'est à peine s'il en existe un ou deux qui touchent des rentes de la ville et dont le sort, ainsi assuré, rend jaloux presque tous les indigents (3). Cet auteur poitevin

(1) Reg. déU mun.,n° 42, pp. 271 et 297. Hibl. Poit., cart. 53 bis, reg. nM. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 51. — Reg. déU m., n» 65, p. 152; no 67, p. 89.— Arch. Nat.,S. 4880.— (3) Bouchet (G.), /es Serées (Poitiers, I58i;. Réimprimées nombre de fois, dont la dernière par Roybet.

constate que^ de son temps, les fabriciens des paroisses ne recueillent rien pour les lépreux, car les habitants les considèrent presque comme des gens riches. Il en est de même de leur quêteuse, qui volontiers répète « qu'on ne vouloit rien bailler, parce qu'ils disoient qu'il n'y avoit personne à la maladrerie ».

Cependant, malgré leur disparition, les ladres inspiraient toujours de la frayeur. Pendant les guerres du protestantisme, les campagnes étaient parcourues par des gens armés pillant et massacrant tout sur leur passage. Pour leur faire peur, « il n'y avoit point, dit Bouchet, de maison qui ne fût garnie d'une croix et d'une cloche et, devant la porte, d'un tronc avec les armoiries des ladres, la cliquette et le baril » . Cette précaution, fort utile au début, devint plus tard assez néfaste, car les lépreux, considérés comme étant des gens riches^ devinrent une proie facile pour des soudards que la crainte du mal n'arrêtait point. Enfin, notre auteur finit par dire qu'à son époque le Poitou n'est guère « entaché » de ladres à cause de la région qui est tempérée; « que s'il y en avoit que c'étoit ladres blancs, appelez cachots, caquots et gabots, qui ont la face belle, que s'ils sont ladres, ils le sont en dedans du corps (1) )>. Bref, les individus de ce genre, à la maladie desquels le bon public croit encore, ne sont, en somme, pour la plupart, que de vulgaires mendiants.

Les règlements intérieurs de Saint-Lazare nous sont restés en grande partie inconnus, mais quelques-uns de leurs

Paris. (A. Lemerre, 1873-1882,6 vol. in-8o.) — Le chapitre concernant les lépreux est le 36e de l'ouvrage et se trouve au t. V. de cette dernière édition.

(1) Bouchet pose aussi, sans la résoudre, la question des capots de Gascogne et se demande s'ils sont de véritables ladres.

articles parvenus jusqu'à nous paraissent identiques à ceux admis dans nombre d'établissements du même genre, et particulièrement dans la léproserie de Troyes (1). A l'intérieur de la maison, les paroles injurieuses, les blasphèmes, les voies de fait, de même que le jeu, sont interdits, sous peine d'amende. Tout acte de désobéissance doit être dénoncé par celui qui s'en aperçoit, s'il ne veut pas être puni comme le coupable. Obligation absolue d'assister aux messes, vêpres et services célébrés dans la chapelle, pour ne pas encourir la privation de pain à tous les repas du jour. Défense de se marier sans permission, ce qui entraîne l'exclusion. Défense d'entrer dans la ville, car seules les chambrières peuvent aller y acheter des provisions, sans du reste avoir le droit d'y toucher. Elles sont tenues de porter sur l'épaule un morceau de drap rouge pour se faire reconnaître. En dehors des jours oii se distribue le pain (lundi et vendredi à Troyes), il leur est interdit d'entrer dans la boulangerie et, quand ellesy pénètrent, elles .ne peuvent prendre que celui qui est destiné aux lépreux. Enfin, elles doivent être étrangères à la ville. Gomme nous avons dit, nul malade ne peut se voir- admis sans payer « le régual de la bien-venue » .

Nous allons voir par quelques exemples que la plus grande partie de ce règlement s'applique à Saint-Lazare. Une ordonnance municipale du 11 août 1512 nous fait connaître une plainte portée par les ladres contre Guillebault, l'un d'eux, « à cause du grand bruyt et scandalle qu'il faict en lad. maison et es pauvres mallades d'icelle, lesquelx il bat et frappe et ne peuvent durer avec luy ». Le maire et

(1) Théry (René), les Léproseries de l'ancienne France (Thèse Paris, 1896). — <ùf. Lallemand (Léon), Histoire de la Charité, t. IIL

les échevins, dans le but d'obtenir la paix, se trouvent, le 11 septembre suivant, obligés de le faire chasser, si c'est possible, et de le faire poursuivre par le procureur du roi (1). Deux ans plus tard, le 14 octobre 1514, Jehan Vaslet s'étant montré indocile, l'administrateur Jehan Boisleve « le blasmera et luy remonstrera sa mauvaise conduite ». Entre ces mendiants de profession, les disputes et les rixes ne devaient point être rares.

Chaque lépreux possédait une chambre particulière, mais parfois il était fait exception à cette règle. Ainsi le 1 1 avril 1477, lors de l'entrée de Jacques de Maire, la maladrerie étant encombrée, on dut loger le fils Triflet avec son père (2). On n'agissait de la sorte qu'à défaut absolu de logements séparés pour les malades.

Certains ladres, pour ne pas rester isolés, cherchaient à se marier. Pour cela, il leur fallait une autorisation spéciale, car les enfants à naître de ces sortes d'unions étaient considérés comme devant être atteints de la maladie, et, en conséquence, tomber eux aussi à la charge de la ville. Le 24. juillet 1474, le maire fait savoir à un jeune lépreux, nommé Maurice, « naguère marié en enfreignant plusieurs défenses à lui faites de se marier », qu'il sera chassé de la léproserie (3). Ayant demandé, le 27 juillet suivant, à y retourner, il n'obtient qu'un refus. Un second, qui se trouve dans de semblables conditions, est invité à partir « pour double des inconvéniens qui en pourront venir ». Enfin, le Conseil se décide à procéder de la sorte contre tous ceux qui sont dans le même cas.

C'est ce qui a lieu, le 18 juillet 1511, quand Pierre Guil-

(1) Reg.dél. mun., no 11, p. 324; id., no 14, p. 57. — (2; Id., n" 7, p. 304. — (3) Id., n" 7, p. 125.

lebault demande au Conseil la permission d'épouser « une fille entachée de lèpre » ou bien de le pourvoir de femme pour « le gouverner dans ses necesitez ». Il est décidé que l'échevin Hilaire Boisleve le verra et lui remontrera que^js'il ne cesse pas ses insolences, il recevra l'ordre de sortir après qu'on lui aura remboursé son droit d'entrée (1). Cependant comme il persiste à vouloir se marier, il est arrêté, le 18 août, qu'il pourra choisir une femme parmi celles qui sont malades à la léproserie. Bref, comme ce genre de mariage ne lui convient pas et qu'il continue ses criailleries, il est prié, le 17 novembre suivant, de vouloir bien quitter la maison, ce qu'il ne fait point, du reste, comme nous avons vu plus haut.

Les servantes attachées spécialement à la personne de certains malades n'étaient guère tolérées dans les léproseries. Le 27 juillet 1474, on dénonce aux échevins « deux religieux qui sont en lad. maladrerie, habitant charnellement avec certaines femmes qu'ilz ont fait venir pour les servir (2)». Ordre est donné de les renvoyer. Quant aux femmes, il leur est permis de rester, à condition de servir les malades de Saint-Lazare ou ceux du même genre habitant d'autres villes, sinon d'avoir à quitter la châtellenie. Le 21 juillet 1511, un lépreux fort impotent, qui tient près de lui « une jeune fille, sa chambrière » devra donner des explications aux deux échevins chargés de l'interroger (3).

(l)Reg, dél. mun., no H, pp. 31-16-76. — (2) Reg. dél. mun., n» 7, p. 12a. — Le 30 février 1640 on baptise à Saint-Maixent un enfant naturel né dans lamaladrerie, de Jehanne Lafond, âgée de 22 ans environ, et de Pierre Gautier, M« paveur, qui s'était sauvé en voyant cette iiile enceinte. Un nommé Heli avait déjà baptisé le nouveau-né en lui jetant sur la tête quelques gouttes d'eau bénite à l'aide d'une branche de romarin. (Reg. bap. Saint-Saturnin de Saint-Maixent.) — (3) Ueg. dél. mun., n° 10, p. 133.

En somme, on peut les tolérer dans certaines circonstances particulières, quand la santé du ladre l'exige, autrement elles sont impitoyablement expulsées.

Les seules servantes acceptées dans les léproseries sont celles employées spécialement au service général de la maison, La dernière d'entre elles est, à Poitiers, une nommée Perette Pillet, que l'on met dehors quand on ferme définitivement la maison. La malheureuse femme, comme récompense de ses services, se trouve sur le point de mourir de faim. Elle s'adresse, le 29 juin 1554, au Conseil et «le supplie, attendu sa pauvreté et vieillesse, qu'elle ne pouvoit trouver à servir à présent, obstant que chacun la degecte et fuit sa compagnie, au moyen de ce qu'elle a esté au service desd. ladres, tellement qu'elle demeure deslogée, preste a mourir de faim (1) ». On lui accorde la permission de retourner à Saint-Lazare, où elle reprendra sa chambre et y sera nourrie le reste de ses jours.

Les ladres sont tenus de mettre sur leurs habits une tunique blanche et d'avoir à la main une cliquette, pour se faire reconnaître des passants. Il faut de temps en temps leur rappeler cette obligation. Le 3 juin 151 !, ils reçoivent l'ordre de porter ce costume et de ne point converser avec le peuple (2). Même recommandation, en 1523, avec menace d'être renvoyés en cas de désobéissance. Le 11 avril de l'année suivante, comme ils n'en tiennent pas compte, l'échevin Hugues Acton offre « de prendre la charge de les leur bailler et faire porter et rallier et faire venir comme ilz doyvent (3) ». Le maire qui conserve les tuniques chez lui devra les lui remettre afin qu'il puisse les dis-

(1) Reg. dél. mun., no 33, p. 463. — (2) Id., no 10, p. 49. — (3) Id., no 13, p. 328. — Reg. n» 18, p. 481.

tribuer et en imposer le port aux malades de la léproserie.

Pour subvenir à ses besoins, le lépreux mendie dans un rayon déterminé qu'il ne peut dépasser qu'à ses risques et périls. « Il s'en va, dit G. Bouchet, avec souquenille et rouillard ou baril [pendu à son côté, car la lèpre, maladie chaude, donne la soif. » Les habitants de Poitiers et sa châtellenie doivent pourvoir à toutes ses nécessités. Cependant, il lui est généralement interdit d'entrer en ville, surtout quand on y célèbre de grandes fêtes ou que les chaleurs de l'été font craindre des épidémies. Une ordonnance du Conseil, du 16 août 1441, défend aux ladres d'aller dans les rues, sous peine de 15 s. tr. d'amende, dont 5 s. pour ceux qui les arrêteront. La femme du boatonnier Michelet est particulièrement invitée à ne pas l'enfreindre. En 1463,1a municipaUté renouvelle à trois reprises cette prescription. Une fois seulement, elle agit de tolérance envers ceux de Saint-Lazare, à condition qu'ils aient leurs « tinnelles » à la main (1). Quant au sacristain de Montierneuf, atteint de lèpre, il lui sera interdit de fréquenter le public.

Le 25 janvier 1459, au moment d'une grande fête ou pardon, le Conseil déclare que « veu les inconvéniens qui s'en peuvent ensuivre, quilz ny entreront point et quilz demeureront aux portes et que on louera des gens aux despens de la ville qui auront des tannelets (crécelles) et des cliquets, qui seront mis à Saint-Hilaire es lieux ou ont accoutumé lesd. ladres, lesquelles aumosnes- leur seront depparties a chascun ladre par teste et si l'on veoit que lesd. questes ne sont de suffisante valeur, on leur donnera et départira par égal pour ce, la somme de 100 s. des de-

(1) Reg. dél. mun., n° 3, p. 81; n» 4, p. 26 ; no 6, pp. 16 et 17.

niers de la ville (1) ». Les 1" et 21 juillet suivant, la même défense a lieu. Un homme revêtu d'une robe ou « doublans », sorte de cotte de maille, sera seul autorisé à faire la quête pour eux (2). [Le 24 mars 1460, il est interdit aux lépreux étrangers de parcourir les rues, sauf le vendredi à la nuit ou en cas d'urgence, comme mort ou maladie (3). Les délibérations municipales de ce genre (4) se répètent souvent. La cause en est surtout la crainte constante des maladies épidémiques.

Comme nous l'avons dit, les lépreux vivent surtout de mendicité, et envoient par la ville chercher la nourriture dont ils ont besoin. Le 14 juillet 1451, une personne charitable leur donne 30 s. pour acheter un âne destiné à porter les provisions delà maladrerie(5). Ce sont les servantes qui surtout sont chargées d'aller les chercher, en observant certaines précautions. Une délibération municipale du 24 juillet 1474 nous les indique ainsi : « Item. Touchant aucunes femmes qui servent les ladres et quand elles leur vont achapter cher, poisson ou aultres vivres, elles les manyent parce que on ne les cognoist d'entre les aultres femmes. — A esté appoincté et conclud que deiîense sera faicte auxd. femmes, a la peine de 60 s. de ne se aller de la maladrerie, ne aller par la ville ne ailleurs, que elles n'ayent sur elles une sousquye (souquenille) de toille blanche telle que on accoustumé porter les ladres et que quand elles voudront achapter quelques vivres, elles n'y toucheront à la main, mais monstreront avec une verge de boys ce quelles vouldront achapter (6). Et leur sera spécifié que si elles sont

(1) Reg. dél. mun., n» 4, p. 139. — (2) Jd., no 4, pp. 107 et 143. — (3) W., no 4, pp. 167-68. — (4) Id., n» 44, pp.l90-23:i-260. Reg. no ll,p.468.— (S) Bibl. Poit., cart. 32. — (6) Reg. dél. mun., no 7, p. 125.

trouvées demourans hors lad. maladrerie, elles seront badny de la chastellenie de Poitiers. » Le 26 juillet 1523 les lépreux se plaignent de ceux qui leur fournissent « des vivres et alimens ». Ils les accusent de les tromper, ce que les échevins se chargeront de vérifier (1). Parfois, il leur arrive une aubaine comme celle du 16 mai 1517 (2). Le boucher Conjour, ayant été condamné à tuer sur la place de Notre-Dame-la-Grande un pourceau de la valeur de 25 s. à cause d'un vol de 40 s. qu'il a commis, reçoit l'ordre d'en livrer la viande à Saint-Lazare.

Il n'est point d'usage, malgré les nombreux remèdes dont nous parlerons plus loin, de voir de la lèpre se guérir. Cependant, le 21 juillet 1459, le nommé Jehan Amyot, suspecté d'être atteint de cette maladie, prétend ne plus l'avoir et réclame la visite d'un chirurgien afin de pouvoir s'en aller chez lui. Cette autorisation lui est accordée mais à condition d'en payer les frais (3). Le 16 octobre 1565, le chirurgien Parthus donne au receveur du Bureau des pauvres une quittance de 4 écus sol « pour avoir pansé et guéri ung pauvre garçon malade de la lèpre, nommé Pierre Pasty, fils de Estienne Pasty, pauvre homme de bras, demeurant près la Trinité (4) ». Nous croyons volontiers que notre chirurgien s'était trompé de diagnostic ou trompait les administrateurs des pauvres et qu'il ne le guérit point, malgré l'emploi des diverses drogues qu'il pouvait avoir à sa disposition, si nous en croyons la longue nomenclature que nous en a laissée Guillaume Bouchet.

Tout d'abord, il croit, comme ses contemporains, que la lèpre est un mal héréditaire. Celui qui en est atteint reste,

(l)Reg. dél. mun., no 18, p. 328. — (2) Id., n» 15, p. 271. —(3) Id., n" 4, p. 143. — (4) Bibl. Poit., cart. 54.

ainsi que les sorciers, insensible à toute piqûre, même à celle qui lui est faite à la plante des pieds. On peut guérir le mal en buvant du sang de tortue et en mangeant des grenouilles ou des coquillages. Des bains pris dans l'eau de mer ou dans l'eau qui a servi à laver des enfants naissants sont fort rccommandables. La chair de vipères est, comme toujours et en toute maladie, absolument infaillible. Il conseille l'emploi de la menthe sauvage, du calament, des apothicaires, de la racine d'asperges cuite avec du vinaigre, des infusions de bois de carix (mélèze d'Europe), de l'huile de cèdre, du jus ou de l'eau de feuilles de véronique appelée herbe aux ladres, qui passe pour combattre tous les venins et dont on fait, au xvni® siècle, le Thé de r Europe^

Les boutons, taches de ladrerie et plaies sur le visage, disparaissaient au moyen du jus de fraises. Cette eau doit être mise au préalable dans un vase en verre, à infuser sur un fourneau. Inutile d'ajouter que l'auteur des Serées néglige de nous signaler les guérisons obtenues à l'aide d'une telle variété de drogues.

L'aumônerie de Saint-Lazare est^ comme les ^autres, soumise aux nombreuses enquêtes qui ont lieu au xvf siècle sur les établissements de ce genre. Le 21 janvier 1544, François Doyneau, lieutenant général, déclare que, pour obéir à l'arrêt du Parlement, du 31 décembre 1543, sur le fait des léproseries du royaume, il faut « exhiber les fondations lettres, papiers et enseignemens concernant les malladeryes de lèpre de ceste ville, leur revenu direct et de

nommer tant pour eulx que pour les habitans de lad. ville, deux personnages ydoines et suffisans pour réagir et administrer le revenu (1). » Selon son habitude, le Conseil ne prend aucune décision quand des affaires de ce genre l'embarrassent par trop. Pourtant, le 4 décembre 1553, Martin Buzé, conseiller au Parlement, délégué pour procéder à la réforme de ces établissements, réclame des comptes au lieutenant général, l'échevin René Daussure qui, du reste, l'a dernièrement administré (2). La mairie fait opposition, sous prétexte qu'il lui faut « sustenter les pauvres qui sont en lad. maladrerie ».

Cependant, le 26 octobre 1556,1a municipalité est informée que les administrateurs seront tenus de rendre leurs comptes et d'envoyer les titres de fondation au grand aumônier de France, conformément aux arrêts des Grands Jours de Poitiers, de 1531 (3). Elle décide que l'on fera le nécessaire, tout en gardant une copie vidimus des pièces envoyées à Paris. Aucun de ces titres n'a été conservé, ni à Paris ni à Poitiers.

Le grand aumônier de France manifeste inutilement le désir de savoir ce que devient le bien des ladres au moment où disparaissent nombre de léproseries, car, à Poitiers, cette disparition est à peu près complète. Le 14 janvier 1550^ René Daussure déclare au Conseil « qu'il a esté nommé pour le revenu des ladres et que pour aujourd'huy ny en avoit aucun en la maladrerie. En conséquence, il a fait dire que le revenu seroit baillé au plus offrant et dernier enchérisseur »> . Le montant de la location doit être employé, comme on l'avait décidé huit jours avant, au « service des

(1) Reg. dél. mun., n» 2o, p. 351. — (2) Reg. dél. mun., n" 32, p. 346. — (3) Reg. dél. mun., no 34, pp. 37, 78, 84, 107.

pauvres, ainsy qu'on verra, en l'honneur de Dieu (1). » Il ne se présente aucun locataire pour prendre la maison. Quant aux terres, sans doute affermées, l'argent qu'on en retire est mis à la disposition du maire. Jean Dupeyrat refuse la charge « de faire faire l'inventaire des meubles, pour les déposer, une partie à la Mairie et garder le reste (2) » et un notaire le remplace.

Le prix de ferme de la léproserie est de 30 l. par année, àpartirde 1554. En 1570 et 1571, il atteint 45 1., puis 48 1. de 1584 à 1594. On le voit redescendre à 36 1. en 1596, et remonter à 59 l. en 1598. Pour l'année 1600, il est de 69 1. et de40 1. seulement en 1608 (3). Les sommes recueillies de la sorte sont versées intégralement dans la caisse des pauvres. Le 4 décembre 1672, un arrêt du grand conseil donne les biens des léproseries aux chevaliers de Saint-Lazare et du Mont-Carmel. Ils les conservent jusqu'au 31 janvier 1693. A cette époque, une ordonnance royale les fait passer à l'hôpital général qui en demeure propriétaire jusqu'à la Révolution.

Nous avons vu que les quêtes furent une grande ressource, sinon la principale, pour subvenir à l'entretien et à la nourriture des ladres. Elles prirent naturellement fin au moment de leur disparition.

L'aumônerie posséda quelques revenus fixes. Le plus ancien de tous nous est connu par un acte du 23 avril 1267 (4). Cet acte nous apprend que, durant une foire annuelle^ appelée la foi?'e des ladres^ il était perçu à leur profit divers droits de vente et de péage sur les marchan-

(1) Reg. dél. mun.,no 31, pp. 91, 99. — (2) Id., n° 32, p. 46. — (3) Id., n» 32, p. 667. Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — Çart. 49. En l-i83, le fermier était Michel Goboy, curé de Saint-Germain. — (4) Bibl. Poit., cart. 9, no 264. — Giry, les établissements de Rouen, t. I, p. 417.

JUSQU'A L'AN V 17a

dises qu'on y amenait. Ils jouissaient, pendant sa durée, des privilèges ordinaires possédés, en tel cas, par les seigneurs suzerains. C'est ainsi que la justice était rendue en leur nom et que les amendes prononcées par les juges criminels devenaient leur propriété. Le maire et les échevins de Poitiers^ ne voulant plus tolérer un tel usage, l'abolirent moyennant une rente de 8 1 . payée tous les ans aux lépreux. Inutile d'ajouter que le paiement de cette rente cessa le jour où la mairie mit définitivement la main sur la léproserie.

Nous trouvons ensuite une autre rente de 15 I. donnée, à une date inconnue, à Saint-Lazare. Sur cette somme, 10 1. reviennent à l'aumônier ou chapelain (1). Elle est payée, en 1466, sur les fonds de la Prévôté de Poitiers et se continue, même quand les biens de la maladrerie passent aux chevaliers de Saint-Lazare, puis, en dernier lieu, à l'hôpital général.

En IodI, les lépreux touchent la somme de 100 s., payable, chaque année, sur l'hôtel de Saint-Julien, qui occupe un terrain leur appartenant, au coin de la rue de la Cueille- Mirebalaise et de la route de Paris (2). Au xviii* siècle, le sommier des revenus dus à l'hôpital général nous donne les indications suivantes en ce qui concerne les biens provenant de la donation faite par Louis XIV.

r Moitié des dîmes de Boussageau dont l'autre moitié est au sous-doyen de Saint-Pierre. Ces dîmes sont assises sur des terres comprises dans les paroisses de Saint-Genest-d'Amberre, Doussay et Celliers. Elles doivent hommage lige d'un cheval de service du prix de 60 1. à la famille de Moulins

fl) Bibl. Nat.,ms. f. fr., n° 24, 160.— Arch. Vienne H* 18.— (2j Arch. Vienne, G 11, Liasse 2.

17f) L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

de Rochefort. La dîme, affermée 180 1. en 1687, descend à 140 1. en 1715, pour remonter à 210 1. en 1739 et redescendre à 180 1.- en 1758;

2" Terrain appelé le champ de la maladrye de Saint-Lazare, consistant en jardins, treilles, pré, chenevières, avec un emplacement au bout près le corps de garde où était autrefois la chapelle Saint-Lazare (1). Le tout borné par le chemin de Poitiers à Châtellerault et la rivière du Glain, où se trouve le gué ;

3° Un emplacement appelé le cimetière de la maladrye, situé entre les pavés des grands chemin de Châtellerault et de la Cueille-Mirebalaise ;

4° Une rente de 30 s. par an, sur la forge d'un maréchal, placée au même endroit. Le tout donne un revenu de 66 1. et une barrique de vin blanc à la Saint-Michel. En 1746, ce revenu n'est plus que de 58 1.

En résumé, les lépreux de Poitiers ne furent point riches et, sans aucun doute, eurent grandement besoin des aumônes publiques pour vivre. Malgré cela, Guillaume Bouchai ne les crut point si pauvres. Il estima qu'il leur était facile de gagner quelque argent, car « il leur suffisait^ dit-il, pour lever boutique de mettre sur un petit mouchoir leur baril et tenir dans une main un ayguillier de Croustelle (2) » . En somme, ces malades, qui inspiraient à la fois de la terreur et de la pitié, se livraient à la mendicité sous le couvert d'un genre de commerce pratiqué ordinairement par les mendiants et les vagabonds. Ces derniers, dans nombre d'occasions, se firent passer pour lépreux. Ils continuèrent souvent ainsi, jusqu'au jour où le mot de ladre n'eut plus

(1) Arch. Hôp. — (2) Cf. Clouzot (Henri), les Tournures de Croutelles (Paris, 1907).

aucune signification pour les gens des villes et des campagnes et cessa d'attirer leur compassion.

L'auinônerie de Sainte-Marthe.

L'aumônerie de Sainte- Marthe fut fondée au début du xine siècle par Durand delà Charité (1). Il l'établit près de la porte Maingot où nous la trouvons, citée pour la première fois, dans un document daté de 1220, à propos d'une donation de 20 s. de rente qui lui est faite par Geoffroy de Lezay, chanoine de Saint-Pierre (2). Cette rente est due sur le terrain qu'elle occupe (3). En 1 226, ce môme chanoine confirme sa libéralité. Quelques années plus tard, Pierre de la Charité obtient de Martin, chanoine de Sainte-Radegonde, le désistement de toutes ses prétentions sur les terres de Pordoux et de la Cour, appartenant au nouvel établissement.

Selon le désir de son fondateur, l'aumônerie doit être administrée par ses descendants de père en fils. C'est naturellement à l'aîné qu'en revient la charge. Tout en restant une maison laïque, elle compte plusieurs prêtres ou chanoi- ".nes parmi ses aumôniers ou chapelains.

Il faut arriver au 16 avril 1468, pour trouver de nouveau les traces de cette fondation. A cette date, Guillemette

(1) Il y eut à cette époque à Poitiers: 1° Guillaume de la Charité, maire de la ville (1228-1229); 2» Pieri'e de la Charité, qui achète une maison près du Marché-Neuf (1219); 3° autre Guillaume de la Charité, chanoine de Saint-Pierre-le-Puellier (1214) ;4o Bonne de la Charité, qui achète une maison près de Saint-Paul (1252). (Ledain, Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XX, 2° s., p. 220.) — (2) La porte Maingot devait être celle qui se trouvait au coin de la rue de la Celle, près du Puygarreau. A cette époque, l'enceinte romaine de la ville était désaffectée, mais cette porte pouvait encore subsister. — Cf. Chergé (Ch. de), le Guide du voyageur à Poitiers. — (3) Mém. Soc. Ant. Ouest, Documents (1878).

Giraud, veuve de Thévenin Bonnet, bourgeois de Poitiers, teste en faveur de Taumônerie (1). Elle veut être ensevelie dans la chapelle de Sainte-Marthe et occuper le même tombeau que son père. Le drap noir qui recouvrira son cercueil restera la propriété des pauvres. A son enterrement devront assister six enfants tenant une torche à la main. Ils auront chacun deux aunes de drap noir avec lesquelles on leur fera des robes. Ce jour-là et par la suite, à tous les anniversaires de sa mort, il sera distribué aux pauvres le pain qui proviendra des huitseptiers de froment, mesure de Poitiers, qu'elle leur abandonne.

La partie la plus importante de ce testament est la suivante : elle veut que son petit-fils Yves Charlet, né de sa fille Guillemette Bonnet et de Jehan Charlet, ait le gouvernement de l'aumônerie Sainte-Marthe (2). Il devra l'entretenir et y recevoir les indigents. Il aura soin d'en continuer la garde aux frères Minimes, comme le firent ses prédécesseurs. Dans une chambre spéciale, qu'il faudra réparer, seront logés, selon d'anciennes habitudes, les Carmes qui d'ordinaire y viennent en passant (3). Seulement, à chacun de leur passage, ils devront réciter un de profimdis pour le repos de son âme et de celles de ses parents.

Elle veut qu'il soit fait une cheminée dans la petite cuisine de l'aumônerie et une seconde dans la salle servant aux pauvres comme lieu de réunion, afin qu'ils puissent se chauffer (4). A cette époque les cheminées sont plutôt rares dans les établissements de ce genre.

(1) Arch. Vienne, D. 188. — (2) Yves Charlet, s*' du Château, marie à Catherine BoisJève, en 1486-87 (B. Filleau). — (3) II s'agit des Carmes de Fougère, près de Queaux, auxquels elle donne la somme de 5 écus. (Arch. Vienne. D. 188). — (4) Le 9 mars 1523, la municipalité ordonna d'y installer des latrines. (Reg. dél. mun.,no 18, p. 200.)

Enfin, après avoir institué une messe basse « de Sainte Croix », tous les vendredis, pour le repos de son âme, elle fait don à Sainte-Marthe de son habitation de la Giraudrie à BusseroUes, d'une dîme sur une maison située paroisse de Saint-Palesme, touchant d'une part au cimetière et de l'autre aux murailles delà ville, afin d'aider à payer l'entretien du linge de l'aumônerie. A toutes ces largesses, elle ajoute une rente sur sa métairie située près d'Avanton. Cette rente consiste en deux septiers et six boisseaux de baillarge, deux boisseaux de fèves, deux chapons et une oie grasse.

Un autre testament fait par Jacques Charlet, chanoine de Saint-Hilaire, fils du précédent, n'ajoute rien aux donations de son aïeule. Le jour de son enterrement, seront dites 100 messes, dont c troys a notes et le reste à secret ». Treize pauvres, portant chacun une torche de cire et revêtus de trois aunes de drap, devront accompagner son cercueil. Tous les ans, les religieux de l'abbaye de la Celle viendront célébrer la fête de la Trinité dans la chapelle de l'aumônerie érigée sous cette invocation (1). Enfin, il désire être enterré per noctem, ainsi que l'ordinaire le porte. Quant aux fèves, il entend qu'elles soient mangées et « non commuées en argent sans grant nécessité ». C'était alors l'usage de faire distribuer des plats de fèves bouillies aux pauvres après les cérémonies mortuaires.

L'aumônerie Sainte-Marthe, située sur l'emplacement qu'occupe actuellement le lycée, ne paraît pas avoir été bien importante. Après la mort de Guillemette Giraud, ses descendants s'en désintéressent, sans toutefois négliger d'en percevoir les revenus. L'un d'eux, Etienne Charlet, con-

(1) Arch. Vienne, D. 188.

L'ASSISTANCE t»UBLIQUE A POITIERS

seiller da roi au Parlement, donne à ferme, moyennant 14 1. une petite maison qui en fait partie. Le fermier sera seulement tenu de veiller à l'entretien de la chapelle, servant encore à la célébration du service divin (l).Dans un acte de 1674, il est dit que « l'aumônerie est restée sans aucun bâtiment ny espace, ains seullement led. oratoire ou église qui est dedans l'église desd. jésuites qui confrontent au jardin de la maison dud. du Reynier. L'aumônerie comprenait, avec l'oratoire, plusieurs bâtiments, chambres et cuisines, four, caves, jardins et autres choses qui lui étaient nécessaires. Le tout, proche et contigu à l'église et collège Sainte-Marthe (2) ». Ce document et d'autres du siècle précédent nous montrent l'entière disparition, au xvii« siècle, de cette antique maison de charité.

Sainte-Marthe, comme nous avons dit, cesse d'être utilisée pour le logem.ent des pauvres à la fin du xv* siècle. Le il décembre 1506, elle est au nombre des aumôneries qui ne reçoivent aucun indigent (3). Le 27 octobre 1531, un arrêt du Parlement ordonne à son aumônier de remettre ses titres de fondation et de propriété à trois notables bourgeois chargés d'en prendre la direction (4). Deux ans plus tard, Jacques Gharlet, chanoine de Saint-Hilaire, déclare à des commissaires enquêteurs que « led. lieu de Saincte-Marthe n'estoyt que maison oratoyre ou chapelle^ fondéepar les prédécesseurs dud. Charlet, et que de ce il y en avoit litis pendant en la court de Parlement de Paris sur sa requeste et celle de son frère Jehan Charlet, conseiller de Parlement à Paris, et qu'un arrêt du 11 mai 1532 ordonne une enquête ». Les enquêteurs ayant constaté que, ce dernier

(1) Arch. Vienne, D. 188. — (2) Ici. — (3) Hibl. Poitiers, cart. 9. — (4) Arch. Nat. Zi°, no 8, p. 54 vo.

étant mort depuis un mois, il y avait lieu de poursuivre son autre frère Geoffroy pour lui réclamer les titres de Sainte-Marthe. Le résultat de ces poursuites nous est inconnu, mais il est vraisemblable que rien ne fut modifié aux errements du passé.

En 1501, Taumônerie est saisie de nouveau et remise entre les mains des commissaires chargés d'en percevoir les revenus (1). Cette saisie ne dure pas longterhps, car, le 6 février 1564, le logis appelé la petite aumônerie est mis en location par Pierre Charlet au nom de son frère Etienne (2). Ce dernier loue également, deux ans plus tard, les dîmes de BusseroUes et les rentes d'Avanton(3). Il obtient confirmation de ses droits sur Sainte-Marthe en 1575, devant le Parlement de Paris, à la suite d'un procès soutenu contre les héritiers Rozier (4). Enfin, en 1577, la possession de cet établissement et de ses revenus lui est encore reconnuepar une ordonnance del'Official de Poitiers(5). Jusqu'à cette époque, ses propriétaires n'ont pas trop à souffrir des arrêts du Parlement et des ordonnances royales.

L'arrêt de la Cour des Grands Jours de Poitiers, donné en 1579, ouvre de nouveau la question des aumôneries. Celle de Sainte-Marthe est mise sous séquestre, de même que toutes les autres, et le bureau de la Communauté des pauvres veut en percevoir les revenus. Le 27 novembre 1583, il déclare qu'elle lui versera tous les ans 248 écus et deux tiers, puis, le 11 décembre suivant, donne l'ordre de poursuivre ceuxquine payent pas les fermes échues(6). En même temps, comme le prieur de la Celle ne rempht point ses engage-

(i) Arch. Vienne, H» 18. — (2) Arch. Vienne, D. 188. — (3) Arch. Vienne, D. 188. — (4) Arch. Nat. Zia, n" 280, p. 225. — (5) Arch. Vienne, D. 188,— (6) Bibi. Poitiers, cart. 93, reg. 4.

ments et néglige de faire son service à la chapelle, malgré les 16 1. annuelles qu'il touche, on portera plainte immédiatement contre lui.

Le bureau de la Dominicale a l'entière possession de Sainte-Marthe à cette époque. Le 10 octobre 1583, l'échevin René Arnoul propose d'y placer les pauvres pendant que dureront les réparations de l'Hôtel-Dieu (1). Le 22 janvier de l'année suivante, comme ils deviennent de plus en plus nombreux, la municipalité décide qu'elle sera ouverte et meublée « de lictz et chaslitz » pris dans l'aumônerie de l'Hôtel de ville (2). Cette décision est exécutée, car^le 29 suivant, il est dit au conseil de la Dominicale que ces derniers sont « logez, couchez et hébergez (3) ». Il ne s'agit alors que de se débarrasser de mendiants qui encombrent Poitiers.

L'année suivante, le 1 "janvier 1586, l'ordre est donné de les envoyer dans la grange de Sainte-Marthe, située près de l'église Saint-Savin (4). Pour les recevoir, il faudra la garnir de paille et de lits. On les trouve encore là en 1587, car la Dominicale y fait envoyer une charretée de gros bois. Ils restent installés de la sorte pendant les trois années que la peste sévit à Poitiers.

Le 22 janvier 1591 , Antoine Paillé, solliciteur de la Communauté des pauvres, lui remet les clefs de Sainte-Marthe en demandant qu'elle « soit vue et visitée et y loger et héberger les pauvres, suivant les fondations, pour la nécessité urgente des affaires qui se présentent et affluence desd. pauvres qui auroit esté signifiée aud. Paillé, le 29 décembre dernier (5) ». Il reçoit l'ordre, ainsi que le fermier

(1) Reg. dél. mun., n» 44 bis, p. 51-vo. — (2) Id., p. 97. — (3) Bibl. Poitiejs, cart. 53, reg. 4. — (4) Id. — (5) Id., cart. 53 bis, reg. 8.

qui en a la jouissance, de la tenir ouverte, faute de quoi les ferrures des portes seront brisées pour permettre de la visiter.

La visite dut montrer qu'elle était fort utilisable, car, le 21 juillet suivant, il fut décidé qu'on y installerait les soldats blessés pendant les escarmouches et les combats livrés autour de Poitiers (1). Les ecclésiastiques et les laïcs ne manquèrent point d'être invités à venir les secourir, en même temps que des personnes charitables reçurent la mission de faire des quêtes dans la ville.

L'aumônerie cesse, à partir de cette époque, de loger de malades et des indigents. Toutefois, la Communauté des pauvres en perçoit les revenus, car elle ordonne, le 14 mars lo93, de la mettre à ferme, en vertu de l'arrêt des Grands Jours de 1579 (2). Cependant, à la suite d'une opposition, elle se voit,le 18 juin 1595, dans l'obligation d'en revendiquer de nouveau la jouissance et de demander que des bourgeois soient chargés de la régir.

Un procès s'engage et François-Charles Charlet, « écolier en la court de Parlement », réclame, le 30 juillet suivant, l'administration de Sainte-Marthe dontil se dit aumônier (3). Cette réclamation n'empêche point les revenus de la maison d'être versés, en 1596^ dans la caisse de la Dominicale (4). La mairie soutient les prétentions du bureau de la Communauté des pauvres. Quant à Charlet, nous allons le voir bientôt abandonner la partie et céder son aumônerie aux Jésuites.

Pendant tout le xvig siècle, Sainte-Marthe n'est réellement utilisée qu'à partir de l'arrêt de 1579. De plus, la taxe

(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 8. — (2) Id. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 8. — (4) Reg. dél. mun., n» 55 bis, p. 112.

qui lui est imposée au cours de cette période reste toujours impayée. Ses propriétaires n'en prennent aucun soin, car ils habitent loin de Poitiers. Quand les revenus qu'ils ont l'habitude de toucher passent entre les mains des pauvres, ils protestent, renient le but charitable de la maison, et la représentent comme une simple chapelle ou oratoire (1). Le fait est constaté par les Jésuites, qui disent, le 7 avril 1634 : « Lesd. Yves et Jacques Gharlet père et fîlz ayant le gouvernement de lad.aulmosnerie s'approprioient par eux et leurs successeurs, sans faire mention de l'aulmosnerie, les rentes subjectés a icelles, données par lad. Giraulde (2). »

Le '14 mai 1607, François Charlet, sieur des Garennes, d'Asbly, de Tournois et de l'aumônerie de Sainte-Marthe, fait don de cet établissement à la Compagnie de Jésus installée l'année précédente à Poitiers, dans le but d'y fonder un collège. Cette donation nous apparaît comme un moyen de se débarrasser honorablement d'une propriété qu'il pense ne devoir point rester longtemps entre ses mains. Partout les Communautés des pauvres, fortement soutenues et favorisées par le pouvoir royal, commencent à s'approprier les anciennes fondations de ce genre. A Poitiers, les aumôniers sont sans cesse obligés de plaider, pour en conserver tant bien que mal les revenus, fort amoindris, dont ils ont encore la jouissance.

L'acte de donation porte que les Jésuites demeureront propriétaires, non seulement des bâtiments de l'aumônerie, mais encore de tous les revenus qui lui appartiennent. Comme conditions particulières, ils ne devront « changer, ni divertir la chapelle dud. lieu et aulmosnerie, en d'autres offices^ usages que chapelle et oratoire, comme elle a esté

(1) Reg. dél. mun., no 56, p. 12. — (2) Arch. Vienne, D. 188.

de tout temps et antienneté, ni desmollir ou transférer le tombeau et sépulture de M® Yves Charlet vivant maire et échevin de Poitiers et de Catheriene Boisleve^ sa femme >). A la mort des aînés des Charlet, il y sera célébré un service à leur intention. La cérémonie terminée, tous les élèves du collège chanteront un de profundis.

Les Pères assumeront l'obligation de continuer les fondations qui existent et feront placer un tableau de marbre ou d'airain au-dessus de la porte de l'aumônerie qui s'ouvre sur la rue, afin d'y mettre, avec les armes des Charlet, une inscription qui mentionnera cette donation (1). Enfin, si le collège est abandonné par ceux qui l'occupent, cette donation restera nulle de plein droit et le tout sera restitué aux anciens possesseurs.

Cet acte est confirmé par le pape Paul V, en vertu de lettres pontificales datées du 3 décembre 1607 (2). Les Jésuites englobent dans leurs cours, jardins et constructions tous les terrains de l'aumônerie à l'exception de la chapelle des Charlet. Celle-ci s'ouvre par une porte dans l'église qu'ils font construire entre 1606 et 1608 (3). Actuellement elle n'existe plus, mais l'on voit encore cette ancienne porte de communication, avec ses fines moulures, qui permettait de pénétrer dans la chapelle du Sauveur.

Nous ne possédons guère de renseignements sur les revenus que Durand de la Charité affecte, lors de sa fondation, à l'aumônerie Sainte-Marthe. Nous la trouvons pourvue, en 1466, d'une rente de 30 3. tr. sur la Prévôté de Poitiers (4). C'est à Guillemette Girault qu'il faut attribuer

[{) Arch. Vienne, D. 188.— (2) Ici.— (3) Delfour, lea Jésuites à Poitiers (Thèse iOOi, p. 56). — (i) Hil.l. Nat., ms. f.fr.n" 24160. « La Maison-Dieu de la Charité de Poictiers, nommée de Saincte-Marthe. ->

toutes celles qui sont conservées jusqu'à la Révolution.

Les Jésuites, devenus propriétaires de l'aumônerie par suite de la donation de François Charlet, obtiennent, le 4 décembre 1612 et le 15 mai 1615, deux arrêts confirmatifs, au sujet des terres qu'elle possède dans la paroisse d'Avanton (1). L'édit du 16 décembre 1672 les fait ensuite passer entre les mains des chevaliers de Saint-Lazare et du Mont-Carmel (2).

Après un long procès, les Pères peuvent, en vertu d'un arrêt du 31 août 1684, maintenir leur droit de propriété sur les terrains qui ont servi à la construction du collège et de sa chapelle. En 1692, l'hôpital général étant devenu propriétaire de tous les biens provenant de Sainte-Marthe, ils plaident de nouveau l'année suivante avec l'espoir de s'en emparer (3). Un arrêt de 1695, rend enfin aux pauvres de Poitiers ce qui reste des aumônes données jadis par Durand de la Charité et par ses descendants.

Le sommier des rentes de l'hôpital général nous fait connaître la liste, sans aucun doute fort incomplète, des anciens revenus de Sainte-Marthe.

« 1° Rente de 2 septiers et 6 boiceaux de froment, 10 boiceaux de seigle, 8 boiceaux de baillarge, 2 boiceaux de fèves, 2 chapons et 1 oie grasse a chaque fête de la Saint- Michel, en vertu de la sentence de la cour conservatoire du 12 mai 1615, au profit des Jésuites contre M® François Charlet, maître des requêtes (4). Cette rente est due sur la maison de laThibaudière, membre dépendant de la maison d'Avanton. Elle fut évaluée d'abord à 27 1. 12 s. en comptant le chapon à 20 s., l'oie grasse à 16 s., puis portée en

(1) Arch. Vienne, D. 188. — (2) Arch. Vienne, D. 188. — (3) Id. — (4) Arch. Hôp.

1740, à75l.Le capital de cette dernière somme, se montant à 1500 !.. fut placé au bureau des finances pour son amortissement.

« '2o Rente de 35 1. sur la maison de la Salamandre, dans le cul-de-sac derrière l'église Notre-Dame, contre l'église Saint-Etienne. »

Il est facile de constater que certains revenus, comme ceux de Busserolles, en particulier, ont disparu depuis longtemps. Au reste, à partir du xvi* siècle, l'aumônerie de Sainte-Marthe, de même que les autres maisons de charité, ne rend de services aux indigents qu'au moment oii ses biens sont saisis et gouvernés par des commissaires. C'est à cette seule condition que la Communauté des pauvres peut en tirer un léger profit.

L'aumônerie de Sainte-Néomaie.

Cette aumônerieportaindistinctementles noms de Sainte- Nommaie ou Nommois (1533-1589), de Sainte-Laumoy (1565), de Sainte-Cléomaye (1584) et de Sainte-Lermois (1645). Elle compta parmi les plus anciennes de Poitiers comme la paroisse dont elle porta le nom. Cette paroisse depuis longtemps disparue avait son église et son cimetière placés près de Sainte-Radegonde, qui, dureste, la remplaça lors de sa disparition.

Deux actes, l'un du 7 juillet 1466 et l'autre du 14 mai 1485, nous indiquent à peu près la situation de celte maison de charité. Dans les deux il est parlé d'un pré « assis auprès de la fontaine de Pont-à-Joubert, près de Poictiers, devant l'ausmonerie de Saincte-Néomaye », dont il est séparé par

le chemin qui conduit au moulin de la Celle (1). Elle aurait donc été placée dans la rue qui part du Pont-Joubert pour aller à Montamisé sur le côté droit, presque vis-à-vis l'ancienne fontaine au pape.

En d645, elle n'existe plus depuis longtemps, car il est dit à propos d'un logis : « l'aumosnerie Sainte-Lermois ruinée à cause des guerres (2). )> Ce logis, qui lui était mitoyen^ portait l'enseigne du « Chapeau polonois » .

Sainte-Néomaie est au nombre des anciennes maisons de charité qui, à partir du xvf siècle^ ne rendent aucun service aux pauvres. Son nom, déjà en partie oublié, ne figure point parmi ceux des établissements de ce genre, dont les titulaires sont accusés de ne pas accueillir les pauvres (3). Cependant, le 1 5 septembre 1533, Jehan Pesly, qui la dirige, est invité à rendre ses comptes de gestion (4). Nous ignorons s'il répondit à cette requête, mais, en tout cas, on ne le met pas en cause, lors de l'enquête de 1538.

En 1553, cette maison ne renferme encore aucun indigent (5). Cependant, en 1565 et 1584, on la trouve régie, tout au moins nominalement, par des commissaires (6). Plus tard, en 1596, le receveur de la Communauté des pauvres reçoit l'ordre de prendre les mesures nécessaires pour la faire saisir. Le résultat qu'il obtient reste nul, car dans ses comptes, comme jadis dans ceux de ses prédécesseurs, figurent sans interruption, en face du nom de l'aumônerie, ces courtes mentions : « néant » ou « pas taxée ».

Tels sont les très maigres renseignements qu'il nous a été donné de rencontrer sur cet établissement. Il ne fut point la

(1) Arch. Vienne, H-IG. Dans un semblable dénonabrement fait en 1617, il n'est plus question de l'aumônerie. — (2) Arch. Vienne. G. 1366. — (3) Bibl. Poit., cart. S. — (4) Arch. Vienne, H-llOO. — (5) Arch. Hôp. — (G) Bibl. Poitiers, cart. r)3.

propriété d'un chapitre de Poitiers ni, sans doute, du prieur ou curé de la paroisse de Sainte-Néomaie. Dans ce dernier cas, il eût passé avec elle entre les mains des chanoines de Sainte-Radegonde. Nous croyons volontiers, d'après sa situation, qu'on peut le considérer comme faisant partie de l'ancien fief de Pimpaneau. Or, une note trouvée aux archives de la Vienne nous parle de « M' Antoine de la Duguie, s' de Pimpaneau. protestant en fuite, après les guerres civiles, pendant lesquelles on a perdu tous les titres de la seigneurie (1) ». Cet Antoine de la Duguie, docteur es lois et doyen de la Faculté de droit, dut, pourcause de religion, abandonner Poitiers, en 1585, afin d'éviter les persécutions des partisans de la Sainte-Union (2). Ses papiers ayant disparu, on ne trouve actuellement aucune trace sérieuse de l'aumônerie dont nous venons de parler. Elle paraît avoir été d'origine laïque et peut-être la propriété de cette famille, fort dévouée au protestantisme.

(1) Arch. Vienne, Sainte-Radegonde, H-16. — (2) Antoine de la Duguie ou Dugnie fut reçu docteur en droit, en 1548.

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