‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 10 sur 33 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Régime intérieur et budget de l'Hôtel-Dieu ou hospice civil pendant la Révolution.

La situation intérieure de l'hôpital, au point de vue du mobilier et des malades qu'il renferme, ne se modiûe guère au début de la Révolution.

En 1789, l'administration ach ète 60 lits à une seule place pour meubler une des chambres du grenier. Les hommes se trouvent avoir de la sorte à leur disposition 26 couchettes, elles femmes 21(1). Les soldats sont placés dans trois salles qui peuvent en contenir, la première 23, la seconde 42 et la troisième 30, soit en tout 132.

Le 10 septembre 1792, l'hôpital renferme plus de 200 malades civils (2). Le ISjuillet 1793, ils sont tous renvoyés, à l'exception d'un seul pour faire place aux blessés de l'armée de l'Ouest tombés sur les champs de bataille de la Vendée (3). Cette situation ne dure que trois mois, car elle cesse aussitôt l'installation de l'ambulance du Grand-Séminaire. Le 18 thermidor an II, comme cette dernière « regorge de malades «^ l'ordonnateur des guerres demande que l'Hôtel-Dieu en prenne une partie. Le Bureau lui répond qu'il « viendra de tout son pouvoir au secours de

(l) Arch. Hop. — (2) Arch. Vienne, L. 2o9. — Les femmes restées aux hospitalières y sont transportées, le IIJ novembre 1792 (Arch. Hôp.). — (3)Arch. Vienne, L. 259.

ses frères malades et de l'humanité souffrante », mais qu'il ne lui sera possible d'en recevoir que 120, à condition toutefois que le prix des journées soit augmenté (1).

Au 1" nivôse an IV, l'hôpital abrite 17 hommes, 14 femmes en couches, 36 enfants abandonnés, et 8 nourrices qui en allaitent 8 (2). Le 1 1 nivôse suivant, ses 120 lits ne sont employés que pour 120 malades. Ils ne servent, chacun d'eux, que pour un seul, car, faute de ressources suffisantes, l'administration ne peut en admettre davantage (3). Le 3 fructidor de la même année, il ne s'en trouve que 88(4). Enfin, le 1" jour complémentaire, l'établissement, devenu hospice civil et militaire^ en abrite 90.

Le service des entrées ne cesse point d'être défectueux. Le 2 prairial an II, le Bureau arrête qu'il sera tenu un registre destiné à indiquer le nom, l'âge, le lieu de naissance et la date de sortie de chaque malade (5). Le 4 floréal suivant, il invite la Municipalité à n'accorder aucun permis pour entrer à l'hôpital et à lui faire connaître tous les dimanches les demandes qu'elle aura reçues (6). On ne délivrera de tels permis « qu'à ceux dont les infirmités et les principes révolutionnaires seront connus ».

Le 29 nivôse an III, un administrateur observe qu'autrefois personne n'était accepté sans un certificat de maladie délivré par le chirurgien de la maison, et que, de plus, les gens atteints de la gale étaient toujours renvoyés. Le conseil décide à l'unanimité qu'il y a lieu de ne pas les garder, d'autant qu'ils sont fort nombreux à cette époque. Enfin, le 10 thermidor an V, les médecins Fradin et Lamarque,avec

(l)Arch. Vienne, L. 280, reg. 14, p. 19, et Aich. Hôp. — (2) Arch. Vienne, L. 260. — (3) Arch. Vienne, L. 271, p. 59. — (4) Heg. déL mun., période int.,n'' 7, p. llO-v». — (5) Arch. IIôp. — (6) Arch. Hôp,

les chirurgiens Maury et Douzami, sont chargés de donner les billets des entrées (\). Ces dispositions ont toujours été suivies jusqu'à nos jours.

En dehors des civils, il est reçu, en 1789, des prisonniers malades, au même prix que les soldats (2). Le 24 brumaire an II, un membre de la Municipalité propose l'admission des femmes enceintes « que le peu de fortune dont elles sont pourvues expose à ce qu'elles ne peuvent, pendant leurs couches, se procurer des secours de première nécessité (3) ». Une fois rétablies, on les renverra chez elles. Un arrêté est immédiatement pris pour les autoriser à se faire soigner dans l'une des salles de l'Hôtel-Dieu. '

Nous avons déjà parlé des abus qui se commettaient au cours des visites faites aux malades par leurs parents ou leurs amis. Une plainte est portée au Bureau, le 9 floréal an III, <( contre ceux qui, sous prétexte de les voir, entrent à l'hôpital portant des aliments qui peuvent leur nuire ou prétextent de cette entrée pour prendre ce qu'ils peuvent joindre (4) ». Il est immédiatement prescrit de n'admettre personne sans la permission du Commissaire du mois. Ceux qui la recevront devront donner leur nom au portier chargé du contrôle.

La nourriture du personnel et celle des malades furent souvent, au cours de la Révolution, un problème bien difficile et parfois bien angoissant à résoudre. Le 22 vendémiaire an II, la première directrice et le boulanger déclarent au Conseil général que, s'ils ne reçoivent pas la permission d'acheter du blé dans ses greniers ou de s'en procurer autrement, le four sera fermé le lendemain et les pauvres privés

(1) Arch. Vienne, L. 203. — (2) Arch. Hôp. — (3) Reg. dél. mun., période int., n° 4, p. IGl. — (4) Arch. Hôp.

de p.iin (l).Leur demande est aussitôt accordée. I^e 19 brumaire suivant, paraît un décret ordonnant la fabrication d'une seule espèce de pain appelé le pain d'égalité, qui représente celui de seconde qualité fait avec différentes sortes de farines. Un mois plus tard, Malteste, membre du Bureau, est chargé de se procurer 300 ou 400 sacs de riz et un peu d'huile d'olive.

Le H pluviôse an II, le citoyen Cognac, boulanger, refuse de livrer du pain à l'hôpital « malgré les démarches les plus réitérées » faites par l'administration, La directrice observe « que le sort des malheureux qui lui sont confiés seroit effrayant, si le Bureau ne se hàtoit de lui en faire fournir» d'une façon quelconque. Deux membres délégués près des autorités ne tardent point à venir annoncer qu'il en sera envoyé une provision. Le citoyen Cognac est alors jugé infinimentcoupable et comme il importe « à l'existence des pauvres qu'il ne se joue plus de ses engagements, ce qu'il a fait jusqu'à présent », on ira trouver le maire pour l'inviter à sévir avec force, dans le cas où il recommencerait.

Ces menaces le laissent indifférent, car, le 18 pluviôse suivant^ il recommence, sous prétexte que les approvisionnements font défaut sur les marchés et que le Comité des subsistances ne lui délivre pas plus de grains qu'à ses confrères. En conséquence, il en manque pour le pain de l'Hôtel-Dieu (2). Malgré les condamnations qu'il a encourues de la part de la Municipalité, on l'invite à continuer encore trois mois ses fournitures.

Le 14 floréal an II, le citoyen Babin, qui l'a remplacé à

(1) Arch. Vienne, L. 09, reg. 1, p. 37-vo. — (2) Arch. Hôp.

condition de cesser, si bon lui semble, en prévenant trois mois à l'avance, délivre le pain de l'égalité, au prix de la taxe, ainsi que celui de pur froment. A partir de cette époque, c'est au Département ou au District qu'il appartient de pourvoir, dans les occasions urgentes, aux besoins de la maison. On s'adresse aussi, par leur intermédiaire, au pouvoir central, « Il "est notoire, dit une délibération du Conseil général, du 9 pluviôse an IV, que les magasins regorgent de bled, et qu'il y a des entrepôts considérables en des cy-devant églises qui en sont remplies jusqu'au comble. » Du 10 ventôse an IV au 5 ventôse an V, on distribue à l'Hôtel-Dieu 284 quintaux de froment, 120 de seigle et autant d'orge mélangée de baillarge (1). En réalité, pendant toute cette période, c'est l'Etat qui nourrit à peu près complètement l'hôpital.

La viande n'est pas toujours facile à procurer aux malades. Le 25 frimaire an II, le boucher Claude Gibault déclare que, sur ses deux garçons, l'un vient d'entrer à l'hôpital et l'autre est parti à l'armée. Le bétail qu'il achète à raison de 20 s. la livre, pris sur pied, est revendu 8 s. à l'établissement, ce qui l'expose à une ruine certaine (2). Ses doléances sont écoutées et le Bureau délègue deux de ses membres près du District pour l'inviter à choisir un autre fournisseur capable de donner de la marchandise au prix du maximum. Le 28 pluviôse suivant, ce même Gibault, ne trouvant plus de bœufs sur les marchés, se décide à laisser son commerce et réclame à l'Hôtel-Dieu la somme de 1.2521. 4s. 9 d. , qui lui reste due.

Son départ n'améliore point la situation, car le 21 nivôse

(1) Arch. Vienne, L. 280, rep. 14, pp. 79-100. — W., L. 75. — (2)Arch. Hôp.

JUSQU'A L'AN V mi

an II,un des administrateurs fait savoir au Directoire du district que le nouveau boucher ne peut acheter de bestiaux. Ils sont à des prix excessifs de sorte qu'il lui est devenu impossible, « sans perdre beaucoup», de suivre le tarif du maximum (1). La situation ne s'étant point modifiée, le Bureau s'adresse, le 14 vendémiaire an III, à la Municipalité. 11 lui demande « de prendre, en sa sagesse, le parti qui conviendroit le mieux, à cause des besoins pressants des malades (2) » . Malheureusement, grâce au maintien de la loi du maximum, et au refus des bouchers d'en vendre, la viande cesse à peu près complètement de faire partie de la nourriture des pauvres de l'Hôtel-Dieu.

Le vin devient également de plus en plus rare. En 1789, il débute au prix de 75 1. la barrique pour atteindre 85 1.

(1) Arch. Vienne, L. 36, rég. 65, p. 62. — La livi'e de viande, qui valait 10 s. au début de l'an II, ne monta qu'à 15 s. à la fin. En l'an III, elle fut d'abord à H s., puis enchérit graduellement de mois en mois pour atteindre 8 1. 10 s. En l'an IV, après avoir oscillé entre 8 1. et 12 1., on la vit se vendre jusqu'à 66 1. 13 s. en germinal, puis 5 fr. et 6 fr. 5 sous en numéraire pendant les derniers jours de l'année. — Les œufs, à 7 et 10 s. en l'an II, vont jusqu'à 2 1. la douzaine pour redescendre à 6 s. 5 d., valeur métallique, en l'an V. — Les pois débutent à 4 1. 10 s. le boisseau, en l'an II, pour atteindre 12 1. en l'an III et 100 1. en l'an IV ou 3 fr. 7 sous et 4 fr. en argent. — Le beurre, à 10 s. la livre en l'an 11, monte à 1 1. 10 s. en l'an III, pour redescendre à 18 et 20 s. en l'an V. — Les oies vivantes sont à 100 1. le couple en l'an IV et à 2 1. en l'an V. — Le couple de canards à 30 s. en l'an IV. — Les prunes de Saint-Julien à 3 1. le boisseau en l'an II et au même prix en l'an III. — Les choux à 1 s. pièce ou 1 s. la livre en l'an IV. — Les châtaignes à 3 1. 10 s. le boisseau, en l'an III. — En outre de ces aliments on donnait surtout [aux malades des moules, des sardines, des légumes, comme poireaux, carottes, oignons, navets, ail, pommes de terre, oseille pour bouillons rafraîchissants. Des fruits comme raisins, poires, oranges et pommes, qu'on appelait des» saveurs ». Les malades sérieusement atteints avaient droit à des maspains. En réalité, la viande se consomme en très petite quantité à l'Hôtel-Dieu pendant toute la Révolution (Arch. Hop.). — (2) Arch. Hôp. En l'an III, le tourneur Caillé fait payer 25 1. une jambe de bois et pendant l'an IV, la paire de béquilles vaut 6 s.

l'année suivante et 80 1. en 1791. Il se vend 115 1. en 1792 et 192 1. en 1793. Au cours de l'an II, on le trouve entre 175 et 200 l. Le 22 fructidor, il faut s'adresser au District pour le prier d'en réquisitionner 12 barriques, « attendu la consommation considérable qui s'en fait (1) ». Dans le cours de Tan III, son prix est de 62 1. valeur métallique ou de 282 1. en assignats. Au début de l'an IV^ il varie entre 55 et 106 L, valeur métallique, mais, plus tard, il monte à 1.214 1. etmême jusqu'à 3.000 l.en assignats. En l'an V, on le trouve d'abord à 100 fr. puis, en dernier lieu, à 150 fr. Fort heureusement, l'hôpital obtint quelque crédit de la part de ses fournisseurs sans quoi il lui eût été impossible d'en donner à boire aux malades.

Il fat difficile de se procurer du bois de chauffage, un peu faute d'argent, mais surtout faute de moyens de transport. Les réquisitions pour l'armée avaient enlevé presque tous les chevaux du pays^d'où l'obligation de recourir aux équipages militaires pour aller le chercher dans les bois deCroutelle ou de Vouillé. Il arriva même une période pendant laquelle il fit totalement défaut. Le 8 frimaire an III, un administrateur fait remarquer qu'il n'y en a plus dans l'hospice et que, pendant le jour, « on est obligé défaire brûler des ossements. Que, cette denrée de première nécessité manquant, le service ne peut plus se faire. Que l'on doit souffrir de voir des femmes en couches ne pouvoir réchauffer leurs enfants et sécher les langes (2) » . Aussi s'empresset-on de réclamer des chariots au Commissaire des guerres. Le 9 prairial an IV, les 200 bûches se payent 60.504 1. en assignats.

(1) Arch. Hûp.— (L')Arch. Hûp. Ahi mrme ('■poque.une main de papier vaut 120 1. t-n assiiiuats.

D'après un état dressé le 10 novembre 1790, l'IIôtel-

Dieu possède :

1" En rentes foncières dues pardes particuliers 435 1. 18 s.

2° llcntes constituées sur les communautés séculières et régulières par quelques particuliers 3.02G 1. Hî s. 5 d.

3o Dans la contribution annuelle du clergé

de Poitiers, dont le produit s'élève à. . 1.4631.

4" En renies dues parle roi et la municipalité de Poitiers, dont le produit s'élève à 3. 144 1. 8 s. 10 d.

5" En prix de fermes particulières de fonds de terres, maisons sises en cette ville et en abonnement fait avec Monseigneur d'Artois pour les enfants exposés 3.405 1.

Total des fonds en argents 11.405 1, 1 s. 3d.

En outre de cette somnne, existent des rentes en blé et des cens en volailles, soit 73 septiers et demi de froment, 30 septiers de seigle, 6 septiers de baillarge, 76 septiers d'avoine, 7 chapons et 1 s. d'argent (1). C'est avec un tel revenu que l'hôpital aborde la période révolutionnaire.

Du 1" janvier 1790 au 1" mars 1791, soit pendant 14 mois, nous trouvons :

Recettes 8.289 I. 10 s.

Dépenses 5.230 1. 10 s. 3 d.

Excédent 3.059 1. 3 d.

Ce budget est vérifié par Touchois du Belhoir, grandvicaire, et Dujacquelin, conseiller municipal.

(1) Arcli. vienne, L. 2IJ0. Le sepliev était de 8 boisseaux à l^oiliers. Le nirmi; jour, le Procureur syndic du district de Poitieis adresse une circulaire aux linpilaux en leur disant que les biens nationaux sont dcîstinésù les doter. Il réclame en rnèrae tcnq)S l'état de leur situai tion financière.

Quelques rentes sont encore payées au cours de d791. Le lo avril, les religieux de l'Etoile versent 2.263 1. pour les arrérages de cinq années. Les Carmes de Vivonne75 1. Le chapitre de Saint-Radegonde 110 1. et l'évêque avecles chanoines 1.500 1. (1). Le don annuel de 300 1., fait par Louis XIV, rentre plus difficilement, car, pendantdeux ans, il reste impayé. Les 14 juin et 1" juillet, le Bureau réclame les arrérages, échus depuis le 1" avril, des sommes dues par le clergé de France et autres corps. Une partie de ce qui est resté à percevoir pour le premier trimestre de 1792, sur les biens nationaux, soit 1.172 1. 19 s. 7 d., est touché par Pascal Creuzé, le 23 juillet 1793 (2). Cependant, ces recettes commencent à devenir insuffisantes et le Conseil général se voit dans l'obligation de voter 433 1. 3 s. pour venir au secours des établissements de charité.

Après la loi du 18 août, qui prescrit la vente des biens appartenant aux hôpitaux gouvernés par des religieux ou religieuses, vient le décret des 19-24 août 1793, dont l'art. 3 met dans une situation semblable ceux qui sont régis par des administrations civiles. C'est le début d'un régime nouveau, au cours duquell'Etat devra seul pourvoir aux besoins d'ordre financier de l'Assistance publique. Un second décret des 1 «'^-4 mai suivant en atténue les effets, car il prescrit d'arrêter les ventes. Malheureusement, les revenus de nos maisons de charité, établis pour une bonne part sur l'Etat, le clergé et diverses corporations laïques, ont déjà cessé d'être perçus depuis 1792. La mainmise sur leurs biens patrimoniaux achève la ruine de

(1) Arch. Vienne, L. 260. — (2) La loi des y-10 avrill791 ordonne le paiement des rentes et redevances aux hôpitaux d'une façon provisoire, jusqu'au 1«'' janvier 1792.

l'Hôtel-Dieu. Désormais, les administrateurs n'auront plus qu'à compter sur la bienveillance des pouvoirs publics.

Le Comité de secours doit venir en aide aux pauvres. Le ministre de l'Intérieur est chargé, d'après les états trimestriels des recettes et dépenses fournis par les hôpitaux, et vérifiés par les Conseils généraux, de leur envoyer l'argent dont ils ont besoin. C'est sous ce nouveau régime qu'ils fonctionneront à Poitiers comme ailleurs.

Le 2 juin 1792, Louis AUard, député à la Législative, est chargé de toucher 2.345 1., somme accordée à l'Hôtel-Dieu pourl'indemniserdela pertede ses revenus de l'année 1791. A partir du 5 juillet suivant, paraissent une série de lois qui mettent à la disposition du ministre les quelques millions destinés tous les ans aux établissements hospitaliers, avec mission de les répartir pour le mieux (1). C'est ainsi que, le 16 octobre, un état envoyé à Paris pour obtenir des secours nous donne exactement le budget de la maison, pour 1792. Nous trouvons :

Recettes 24.9541. 6 s. 3d.

Dépenses 22.968 1.

En plus, pour dettes aux fournisseurs à cause des soldats malades, 23.100 livres.

En résumé, déficit considérable, se montant environ au double des recettes, grâce au peu d'empressement que le ministre de la Guerre met à payer les journées des soldats hospitalisés.

Pendant le second trimestre de 1793, les recettes com-

(1) Lois des 5 juillet 1791, :U décembre 1791 , 19 janvier 1792, 12 août 1792, 3 février et 14 juillet 1793, etc.. Les sommes envoyées sont toujours remises en assignats. Dès le 6 septembre 1791, il devient difficile de changer, à Poitiers, un assignat de 300 l. sans perdre 10 0/0 de sa valeur.

prennent 9. 542 1. 15 s. provenant de Paris, et 200 1. versées par Tautorité militaire.

A partir de cette époque, les administrateurs tout en proclamant la nécessité d'une sévère économie et l'obligation de retrancher le superflu, s'occupent surtout de faire rentrer l'argent nécessaire pour le fonctionnement de l'hôpital. Des états sont adressés régulièrement au ministre, mais ses réponses se font souvent attendre. Le 29 floréal an II, le Bureau se réunit dans le but de trouver le moyen « d'accélérer la rentrée des fonds «et de conserver les droits de la maison (1). Le citoyen Bourbeau jeune est invité, quelques jours plus tard, à effectuer toutes les recettes qu'il pourra.

Le 5 frimaire an II, le budget des 10 mois et 5 jours écoulés, depuis le i" janvier 1793, se solde de la façon suivante :

Recettes. N 48.925 1. 10 s. 8 d.

.Dépenses 33.254 L 7 s.

Reste 13.671 l. 3 s. 8 d.

Ce budget, ainsi présenté, amène de la part du ministre l'envoi d'une somme de 2ô.u00 1. (2). Il juge cette somme suffisante pour faire subsister l'hôpital jusqu'au 1" janvier 1794, d'autant « que la fixation du prix des marchandises de première nécessité, qui vient d'avoir lieu », devra amener une baisse sur les denrées. En somme, il croit que la loi du maximum suffira pour modifier la situation du marché. Mieux au courant, le Bureau réclame 70.000 1., faisant valoir l'affluence des malades, particulièrement des

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. nat. Fi» — 274.

JUSQU'A I;Ai\ V 2U

militaires, (|ui lui coûtent 3 1. par jour, alors que le ministre de la (iuerre ne verse que 23 sous.

Le décret du 23 messidor an II réunit l'actif et le passif des hôpitaux au domaine national, tout en ordonnant la remise des titres qu'ils possèdent, avant le 1'-' nivôse suivant. Le 14 thermidor, un des administrateurs de l'Hôtel- Dieu fait observer « qu'il existe une loi qui met sous la main de la nation tous les biens meubles et immeubles des hôpitaux, qu'il en existe une autre qui appelle chaque pauvre à une pension annuelle pour le faire subsister, ce qui semblerait ne plus permettre à cet hôpital de recevoir des malades pauvres, à l'exception des enfants trouvés et des filles ou femmes grosses, aux besoins desquels l'humanité veut qu'il soit justement pourvu ».

Après cette observation, deux administrateurs sont chargés d'aller voir le Conseil général, pour lui annoncer que l'on ne recevra plus de malades pauvres à partir du 21 du même mois, « à moins qu'il en juge autrement dans sa sagesse (1) ». N'ayant point compris d'abord la loi nouvelle sur l'assistance publique, mais ensuite mieux renseignée, la Commission continue comme par le passé ses fonctions charitables.

Le montant des secours à réclamer atteint, pour le second semestre de l'an II, la somme de 26.511 1. Il est observé par le Bureau que^ ses revenus étant disparus, l'Hôtel-Dieu reste dans l'impossibilité de faire face à ses dépenses (2;. Le 21 vendémiaire an III, arrivent deux envois de 2.000 1., soit4.000 1. sur les 10.000 1. que doit le ministre de la Guerre. Les administrateurs se plaignent de l'inexactitude des paiements, d'autant plus que la maison est trop pauvre

(1) Arch. Hôp. — (2)Arch. Hôp.

pour faire de telles avances. Cependant, cette observation ne les empêche point de promettre de veiller, comme par le passé, aux besoins des soldats, qui paraissent fort contents d'être à l'hôpital. Aussi, ajoutent-ils, est-ce « une satisfaction bien grande, de voir ces braves défenseurs de la patrie satisfaits du soin que nous ordonnons pour leur procurer une prompte guérison » .

Le 19 frimaire an III, le District annonce que, sur les 25.511 1. demandées précédemment, la Commission de secours n'a donné provisoirement que 20.000 1. (1). Le surplus sera envoyé, quand certaines formahtés qui font défaut seront remplies. Le 9 germinal suivant, les administrateurs réclament de nouveaux fonds, car ceux déjà envoyés se trouvent insuffisants par suite de l'augmentation de plus des deux tiers de toutes les denrées (2). Le 19, arrive en complément une somme de 25.000 l., accordée par le ministre de l'Intérieur.

Le compte du 3' trimestre donne les résultats suivants :

Recettes 66.180 1.

Dépenses 59.504 1.

Reste 6.676 1.

A la fin de l'année, le l^rjour complémentaire, ilestattribué à l'Hôtel-Dieu 40.000 l. sur les 450.000 1. accordées aux hospices de Poitiers (3). En attendant l'arrivée de cette somme, il faut demander 30.000l.au Département « pour

(1) Arch. Hôp. — Le 28 vendémiaire an III, la directrice du Théâtre donne un spectacle au profit des pauvres. Tous frais payés, il est i-emis 418 1. 10 s. au citoyen Roy receveur (Ref^f. dél. mun., période interm., n» 6, pp. 27 v .31 v).— La loi du îi frimaire an V, prorogée tous les ans, établit une taxe au profit des hôpitaux sur les spectacles (Arch. Vienne, L. 259 et 263). — (2) Arch. nat. F^ 2486. — (3) Arch. nat. pi^ 274. — Id. F* 2486. — Arch. Hôp.

frayer aux besoins de la présente maison qui sont on ne peut plus pressants (1) ;). Le trésorier de l'hôpital se déclare, le 4'' jour complémentaire, dans l'impossibilité de changer les assignats de 2.000 et de 10.000 1. et d'effectuer les petits paiements. Fort heureusement, le marchand Maupetit, l'un des administrateurs, se charge de cette opération à condition qu'on les reprenne aussitôt que possible.

Le dernier trimestre de l'an III se solde de la façon suivante :

Don de la commission des secours publics 40.000 1.

Fonds pour l'entretien des enfants 25.000 1.

Fonds du Département (2) 60.000 I.

Argent prêté, provenant de la vente des

biens d'émigrés 150.000 1. 3 s. G d.

Total de la recette 275.000 1. 3 s. 6 d.

Dépenses 221 .229 1. 17 s. 1 d.

Reste 53.750 1. 6 s. 5 d.

Le décret du 2 brumaire an IV rend aux hôpitaux la perception et la jouissance de leurs revenus. Pour ceux de Poitiers, malgré les démarches incessantes faites auprès des administrations, ce décret n'apporte aucun soulagement à leur situation, devenue extrêmement précaire. A cette époque, chacun des employés de l'Hôtel-Dieu dépense, selon ses fonctions ou son sexe, la somme de 1.500 à 2.000 1. pour sa nourriture (3). Or, il en contient 17, soit 6 hommes et 11 femmes.

Le 1" brumaire an IV, comme il n'y a plus d'argent, le Bureau demande des secours au Département, qui lui accorde 25.000 1., à valoir sur ce qu'il recevra du ministère. Le

(1) Arch. Hôp.— (2) Arch. Vienne, L.262.— (3) Arcli. Vienne, L. 263.

18 suivant,on annonce l'arrivée d'une somme de 60. 000 1.(1). Le 19, elle est jugée insuffisante, et les administrateurs se trouvent dans l'obligation de s'adresser de nouveau au Conseil général. Celui-ci fait demander une avance au trésorier, qui la refuse sous prétexte que ses fonds sont engagés ailleurs par l'administration. Les membres de l'Assemblée se montrent « on ne peut plus affectés de ce refus », sans chercher le moins du monde à y remédier.

Lesadministrateurs invitent alors deux de leurs collègues, Bourbeau et Clément, à trouver un remède « aux maux qui les menacent, car ce seroit un grand malheur pour l'humanité d'être obligé de dire aux malados que l'on ne peut plus les nourrir ni les médicamenter » . Le 1 9 frimaire, ladélresse est à son comble. « Il n'y a plus de combustible et aucuns fonds. Ce qui reste doit être donné à la directrice. Il s'agit d'aviser au parti à prendre, dans une circonstance cruelle que l'on ne peut ny l'on doit abandonner la maison ; qu'il échoitd'employerlesmoyenspourse procurer des fonds(2).» Le Département répond qu'il faut attendre quelques jours. Cette attente n'est point longue, car le 20 frimaire il vote une somme de 150.000 1., qui est remise, le 22, à l'hôpital.

Le 21 frimaire an IV, l'état des revenus de l'Hôtel-Dieu, avant 1790, est envoyé à Paris (3). Pendant ce temps, la misère arrive. Le Conseil général écrit au ministre de l'Intérieur, pour le prier de venir en aide à cet établissement : «il est, dit-il, dans une pénurie tellement alarmante que la subsistance des 83 personnes, tant malades qu'enfants,

(1) Arch. Vienne, L. 75. — (2) Arch. Vienne, L. T.»). — (3) Cet état comprend : io argent placé, 11.464 1. 16 s. 3 d.; — 2" plus, or perdu, 10.991 1. 3 s. 9 d.; — 3° reste dû en argent, 673 1. 12 s. 6 d ;— 4° il y avait en grains, 147 sept., dont 75 en froment. Il en a été perdu 110 (Arch. nat. F'" 274).

JUSQU'A i;an V 21!;

n'est pas assurée pour huit jours seulement (1 ). Il (]oit à dilîércnts fournisseurs plus de 85.00U 1. et il ne lui reste en caisse que 4.4751. 3 s. 6 d. en assignats, c'est-à-dire un peu moins de 24 l. valeur métallique. » Poussé à bout, et dans l'impossibilité de pourvoir aux besoins des malades,à cause de la baisse énorme que subissent les assignats, le Bureau se décide à vendre la cloche de l'hôpital (2). Le 17 nivôse suivant, il réclame 150.000 L, que l'assemblée départementale lui accorde à titre d'emprunt, pour quelques décades. Enfin, le 10 pluviôse, il reçoit du ministre 310.000 L, somme déjà absorbée par ses dettes et insuffisante pour assurer l'avenir (3). C'est pourquoi, le 10 ventôse suivant, le Conseil général doit encore lui avancer 70.000 l. et 60 quintaux de froment, pour lui permettre de passer l'hiver sans trop souffrir (4).

Le premier semestre de l'an IV, donne comme dépenses le résultat suivant (5) :

Achat de 24 barriques de vin 72.000 1.

5601. de viande par mois à 101 33.600 1.

Epices, drogues, pois, beurre, graisse et légumes... 76.000 I.

Pain pour 6 mois à 3.800 1 . par mois 108 . 000 1 .

Autres frais 10 . 400 I .

Total 300.000 1.

Le 29 germinal an IV, deux membres du Bureau vont exposer au Département « l'état de pénurie oiî est cet

(1) Arch. Hôp. — (2) En nivôse an IV, on payait en assignats : la livre d'huile 100 l., le litre d'huile à brûler 200 1., une paire de souliers à doubles semelles 1.416 1. 15 s., un boisseau de blé 422 1., une paire de sabots d'enfants 107 1. (Arch. Hôp.). — (3) Arch. Vienne, L. 75. — Arch. nat. Fi^^ 274. — C'est alors que l'apothicaire Saisy remet aux administrateurs les 9GG 1. qu'il possède (Arch. Hôp.). — (4) Arch. Vienne, L. 75. — (5) Arch. Hôp.

hôpital, de toutes espèces de denrées et sans facultés, même pour en acheter et que le blé qu'il a accordé est tout consommé, en un mot, de bien représenter que^ sans de prompts secours, soit en blé, soit en papier monnoye, l'administration sera obligée, contre les vues qui l'ont toujours animée, de déclarer que, n'ayant plus rien à régir, leur présence et assistance devient inutile (1) ». Ils terminent en ajoutant que le pain manquera dans trois jours.

Le lendemain, 30 germinal, le Conseil général leur accorde' 60 quintaux de froment, ce qui permet de parer aux besoins urgents (2). Le 29 floréal suivant, dans une réunion, à laquelle assistent deux officiers municipaux, le président du Bureau « retrace le tableau vrayment alarmant de cet hospice qui, jusqu'à ce jour, a consommé toutes ses ressources, qui, dans le moment, se trouve dans une telle détresse qu'il ne peut même prévoir comment il sera possible d'acheter de quoy faire du bouillon et du lait pour les enfans. Que les administrateurs auroient désiré venir au secours de cette maison, mais le défaut de numéraire a contrarié leurs bonnes volontés. Que le Département a fait ce qu'il a pu et feroit même encore, si le payeur général vouloit payer d'après ses ordonnances, mais il a reçu du gouvernement des défenses positives. Qu'il prie le Bureau de prendre une détermination quelconque. Que tout est pressant et ne peut se remettre. — Arrête : qu'il ne sera plus désormais reçu aucun malade. Que l'on ne s'occupera plus particulièrement que des enfans que l'on pourra se procurer, soit en vendant le reste de l'argenterie ou autrement et que l'on donnera congé à tous les domestiques et infirmiers inutiles (3),

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, ;L. 75. — (3) Arch. Hôp. Le reste de l'argenterie, comprenant deux couverts, une grande cuillère et deux gobelets, fut vendu, le 9 messidor an IV, à Thoreau, orfèvre.

Qu'enfin on usera de lu plus stricte économie, en attendant que soient parvenus les secours que Ton sollicite depuis longtemps au gouvernement ». Le 2 prairial, la directrice déclare qu'il n'y a plus que 25 boisseaux de blé dans le grenier, ce qui représente quatre journées de pain pour des malades manquant de tout.

Le 24 prairial an IV, le Département remet à l'Hôtel- Dieu 44 quintaux de froment. Le 19 messidor suivant, 44 autres, prélevés au magasin de Nouaillé.Le ministre de l'Intérieur, après lui avoir adressé 60.016 fr. 66 c, le 5 du même mois, l'autorise, le 11 thermidor, à prendre dans les greniers de la République 55 quintaux de grains (1). Enfin, le 1" complémentaire, 90 autres quintaux, comprenant froment, seigle, baillarge et orge, lui sont donnés parle Conseil général.

Le Commissaire des guerres, sur l'ordre de son ministre, abandonne à l'hôpital une partie des provisions restées à l'ambulance du Grand-Séminaire. Malgré tous ces secours, la misère est grande et il faut faire argent de tout, si bien qu'on en arrive à considérer comme une aubaine la somme de 66 l. provenant de la vente des fumiers et des vidanges (2). En réalité, cette période 'de l'an IV est absolument désastreuse pour tous les hôpitaux de Poitiers.

L'an V ne débute point sous de meilleurs auspices. Bien souvent encore, le Bureau est obligé de réclamer des subsides de tous les côtés. Cependant, le 9 vendémiaire, il lui est envoyé de Paris 5.400 1. et le 14 brumaire suivant 25.300 1. (3). Le 15 du même mois, le Département

(1) Arch. Vienne, L. l-u — Arch. nat. F* 2486. — (2) Arch. Hôp. Le 22 messidor, un administrateur propose de faire curer les latrines. L'argent qui proviendrait de la vente des fumiers « viendrait,dit-il, au secours deriiospice,qui se trouve depuis longtemps sans ressources ». (3) Arch. nat. F^ 2486 et Arch. Vienne, L. 75.

adresse àThôpital 80 quintaux de grain, puis 90 le 2 pluviôse et enfin 100, le 4 ventôse de la même année.

Le 1 4 brumaire an IV, une circulaire ministérielle promet aux administrateurs que cette misère va bientôt cesser : « Jusqu'à ce jour, les hôpitaux civils, citoyens, ontété dans un dénuement absolu et le gouvernement, occupé à d'autres soins, n'avait pu encore fixer les azilles si prétieux de l'humanité, la loi de vendémiaire an V présente tous les avantages nécessaires pour remédier au passé (1). » Celte circulaire se termine par une invitation aux administrateurs d'avoir à faire connaître les revenus que possédaient leurs établissements avant 1790.

Le 5 frimaire an V, quand va disparaître le Bureau qui administra l'hôpital pendant la période la plus difficile de la Révolution, il reste en caisse 1.423 1. Cet argent est destiné à payer des dettes chez les fournisseurs, et des salaires dus depuis longtemps au personnel de la maison.

Malgré les belles promesses du Ministre, la nouvelle Commission n'est guère plus favorisée que les précédentes. Cependant, grâce à de nombreux dons en nature obtenus par le Commissaire ordonnateur des guerres, elle peut tant bien que mal faire face aux besoins des malades. Le 9 messidor an V, la Municipalité est encore obligée de venir en aide à l'Hôtel-Dieu ainsi qu'aux autres hôpitaux (2). Elle leur vote une somme de 15.000 livres.

Dans le procès-verbal de la dernière séance tenue par l'administration, le 4 thermidor an V, il est dit « que l'état actuel était très satisfaisant et, par un compte que le receveur a mis sur le bureau, il a prouvé qu'il était dû à

(1) Arch. Hôp. — (2) Reg. déL mun., période int., n» 7, p. 187 v".

l'hospice 1.800 et quelques livres et que Thospiee ne devait qu'une somme de 1.709 1. 18 s. à l^asquier, marchand de bois, et 150 1. au citoyen Gon, entrepreneur (1)». Fî^n résumé^ le vieil hôpital de Poitiers semble avoir liquidé sa situation sans laisser beaucoup de déficit, au moment où il va perdre son autonomie administrative.

Le 18 fructidor an V, le Bureau adresse à Paris un inventaire des rentes que la maison possédait avant la Révolulion :

[lentes dues par les chapitres, communautés et particuliers, avant 1790 11.464 1. 16. s. 3 d.

La vente des biens ecclésiastiques a occasionné une perte de 10.406 1. 3 s. 9 d.

Rentes hypothécaires sur les émigrés dont les biens ont été vendus 150 1.

Amortissements faits par divers particuliers 235 1.

Actuellement, il ne reste de toutes ces rentes qu'un total de 673 1. 12 s. 6 d.

L'état que nous venons de donner se rapproche assez de celui dressé en 1790, sans toutefois paraître tenir compte des renies dues en nature. Un second, du 4 nivôse an Vlll, nous indique en capital les pertes éprouvées pendant la Révolution (2).

Biens fonds anciens.. 27.801 fr. 8 c. — Perte. . . 23.400fr.00 Rentes en argent en capital de 182. 501 fr. 28 — Perte 75.334 fr.25 Rentes en blé au capital de 33 . 403 fr . 50 , — Perte 26 . 228 fr. 50

En 1790, l'Hôtel-Dieu possédait :

En biens fonds une valeur de 243.705 fr. 86

Actuellement 99.751 fr, 11

Perte subie 143.954 fr. 75

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, L.263.

A cette époque, les hôpitaux de Poitiers, réunis sous une même administration, reçoivent provisoirement quelques fonds, en remplacement de ceux que la loi du 23 messidor leur a enlevés, mais en général ils sont de minime importance (1). Le décret de l'an XIII et celui du 7 septembre 1807 leur en accordent de nouveau. Ce dernier les met en possession définitive de tous ceux qu'ils ont reçus jusqu'à cette date. En résumé, les établissements de charité de la ville de Poitiers ne peuvent réparer les pertes qu'ils subirent au cours de la Révolution. L'état de misère dans laquelle ils sont réduits à cette époque se continue pendant toute la durée de l'Empire et de la Restauration. Ils n'arrivent à le surmonter que grâce, encore une fois, à l'infatigable dévouement de leurs administrateurs.

La situation précaire dans laquelle se trouve l'Hôtel-Dieu à partir de 1791 est due à diverses causes. En premier lieu, à la disparition des communautés religieuses et à celle de certaines grandes corporations qui lui étaient redevables de nombreuses rentes. La vente de ses biens lui porte ensuite un coup sensible auquel son Bureau ne put parer tant bien que mal qu'en réclamant sans cesse de l'argent ou du blé au Comité de secours publics, au Déparlement, au District et à la Commune. Avec un budget plus qu'anémique, il lui fallut encore faire des avances au ministre de la Guerre, qui remboursa difficilement et avec beaucoup de retards le prix des journées que les soldats malades passèrent à l'hôpital. Il en fut de même pour les enfants abandonnés dont l'entretien et la nourriture restèrent à la charge de l'Etat, qui n'envoya point régulièrement le montant de leur pension.

(1) Arch. Hôp.

Enfin, la dépréciation des assignats porta la misère à son comble.

Fort heureusement pour l'Hôtel-Dieu que son administration se montra toujours à la hauteur de la pénible tâche qui lui incomba pendant les quelques années qu'elle dut pourvoir à tous ses besoins. Enfin, il faut rendre un juste hommage au personnel qui vint la seconder sous la direction de l'ex-religieuse Marie-Rose Lauray. Entraîné par l'exemple de ceux qui étaient à sa tête, il sut montrer un désintéressement, un courage et une abnégation de tous les instants. C'est ainsi que tous ces dévouements permirent à l'Hôtel-Dieu et ensuite à l'hospice civil de traverser sans trop de dommages la période la plus critique de la Révolution.

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