‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 11 sur 33 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'Assistance aux militaires dans les ambulances et à THôtel-Dieu

Pendant de longs siècles, la ville de Poitiers, en vertu de son droit de garde gardienne, ne reçoit aucune garnison dans ses murs. Les soldats malades ou blessés viennent isolément, comme les pauvres de passage, se faire soigner dans ses aumôneries.

Au cours des guerres du protestantisme si funestes au Poitou, il en arrive un grand nombre appartenant surtout aux armées catholiques. En 1569, lors du siège de Poitiers, les blessés sont recueillis et soignés dans plusieurs maisons particulières. Le collège de Géléasis en reçoit un certain nombre, confiés aux soins de MalhurinBarbotin, chirurgien barbier. Le curé de la paroisse à laquelle appartient cet établissement, réclame, le 4 mars 1571, la somme de 601. : et son « coustre », celle de 25 s. pour avoir célébré 63 enterrements (1). Il en est admis dans la plupart des aumôneries, et particuhèrement dans celle de Notre-Dame-la- Grande.

Les nobles se font soigner dans les hôtels qu'ils habitent. D'autres s'installent chez les chirurgiens^ comme c'est

(1) Bibl. Poitiers, cart 53, reg. 3. Les blessés cotnmeQcèrent à venir se faire soigner dès 1;J67.

L'ASSISTANCE PHRIJOIJE A l'OlTIRKS JUSQU'A l/AN V 223

l'usage à celle époque. L'Ilalien Enguillerme, mort chez Jehan Collas, Tun d'eux, eslenlerré aux Jacobins (1). Liberge nous a laissé une lisle de lous les genlilshommes lues ou blessés pendant le siège (2). D'après de Thou, « il y avoit des femmes eslablies exprès pour fournir aux blessés ce qui leur éloit nécessaire pour les nourrir et les panser ».

Le 2 août 1572, le maire vient dire ùla Dominicale que, « la semaine précédente, plusieurs pauvres soldats blessés et officiers malades, n'ayant pas moyen de vivre^ s'étaient adressés à lui(3). Il les avait envoyé à l'aumônerie de Notre- Dame-la-Grande ». Comme il est impossible de les garder, le Bureau décide qu'on leur donnera une aumône au moment de partir. Le chirurgien Mathurin Barbotin touche 100 s. par an, pour soigner ceux qui entrent de la sorte dans cette maison de charité (4). Il en est de même plus lard, quand la Sainte-Union est maîtresse de Poitiers (5). Le 19 août 1591, des soldats blessés étant logés chez des particuliers et dans des hôtelleries, la Municipalité décide que l'on placera des lits au collège de Montanaris pour les recevoir.

Le 17 août 1617, ordre est donné de mettre à l'hôpital des pestiférés les Suisses malades qui tiennent garnison à Poitiers, afin de les empêcher de contaminer les habitants (6). Le 30 novembre 1620, la mairie réclame 200 l. en plus des 74 1. versées par le Receveur des domaines, <( afin de traicter, médicamenter et subvenir aux nécessitez des malades qui arrivent de l'armée du Roy en ceste ville,

(1) Reg. bapt. Sainte-Opportune, no 237. — (2) Liberge, le Siège de Poitiers et ample discours de ce qui s'y est faict et passé es mois de juillet, aoust et septembre. Poitiers, Julian Thoreau, 1G21. — (3) Bibl. Poitiers, cari. 53. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (5) Reg. dél. mun., no 51, p. 37. —(G) Reg. dél. mun., n" 71, p. 135.

de tous costez (1) •>. C'est lapremière fois que nous voyons l'Etat payer les journées passées par les militaires à l'hôpital. Le 3 janvier 1628, il vient de l'armée de La Rochelle unetelle quantité de malades qu'ils remplissent l'Hôtel-Dieu et l'infectent de pourpre (2). On les envoie loger dans une grange, près de Saint-Cyprien.

Le 10 novembre 1636, la Dominicale trouve dangereux d'admettre à l'aumônerie les soldats de passage qui sont malades. Ils peuvent l'infecter d'un mal^quelconque ayant un caractère contagieux (3). Elle les envoie dans les faubourgs, où ils sont logés dans certains locaux mis spécialement à leur disposition.

En 1643, les prisonniers espagnols recueillis à l'Hôtel- Dieu reçoivent les soins de Pierre Thévenet, moyennant la somme de 100 1. (4). Le 10 décembre 1684, une plainte est portée à la Dominicale au sujet des militaires en congé « dont la plupart sont malades et que l'on retire à l'aumônerie où ils augmentent les dépenses de pain, de vin et de viande (5) ». C'est pourquoi ordre est donné de n'en plus recevoir. En résumé, jusque vers la fm du xvii® siècle, il semble que, sauf de rares exceptions, les soins qui leur sont donnés dans les hôpitaux et aumôneries restent à la charge des habitants de Poitiers et grèvent ainsi le maigre budget des pauvres malades.

Quand les troupes royales hivernent à Poitiers vers 1692, les soldats ne sont plus soignés gratuitement à l'hôpital, C'est ce que nous indique une délibération du Bureau datée du 12 juin 1728, parlaquelle il réclame l'augmentation du

(l)Reg. dél. mun., no 75, p. 63. — (2) Reg. dél. mun,, no 478, pp. 150-170. — (3) Reg. dél. mun., n» 87. — (4) Reg. dél. mun., u" 94, p. 205. — Id., 103, p. 117. — (5) Arch. Hùp.

prix de la journée, à cause de la cherté des vivres. L'année suivante, le régiment de Richelieu ayant eu beaucoup de malades et de décès, les servants de THôtel-Dieu reçoivent chacun 3 1. de gratification. En 1753, nous trouvons que la journée de présence est payée 10 s. Sur cette somme, 5 sous proviennent d'une retenue faite sur la solde du soldat hospitalisé. Le surplus est fourni par la caisse du régiment.

Les états de frais, quoique toujours régulièrement établis tous les trois mois, ne sont acquittés qu'après de longs retards. Ainsi, le 7 janvier 1764, reste-il à devoir 3036 l. 12s. 8 d. sur lesannéesl76l et 1762. Le2 décembre 1767, il est versé 4.8741. 8 s. 2 d. pour trois années échues au 31 décembre 1768, avec en plus 668 1. 1 s. 6 d. provenant des dépenses faites par des marins et des invalides pendant leur séjour à l'Hôtel-Dieu (1). En 1771, le Royal- Dauphin donne à lui seul 505 entrées.

A partir de 1774, le prix de la journée se trouve porté à 14 s. Les frais de maladie des militaires se montent en moyenne à 11. 767 l. par an (2). A vrai dire, ce chiffre ne se maintient que peu de temps. Il baisse quand les vivres diminuent de prix et que la paix est faite avec l'Angleterre.

En 1771, le ministre de la Guerre donne à l'Hôtel-Dieu une caisse comprenant tous les instruments de chirurgie qui peuvent lui être nécessaires. Ils sont destinés aussi bien aux malades civils qu'aux militaires (3). Défense est faite de les emporter au dehors. La première directrice en demeure responsable et doit les tenir toujours propres.

(l)Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp. — (3) Cette boîte contient : 1 couteau courbe, 2 couteaux droits, une scie avec sa feuille de rechange, 4 ligatures,2 garots,2 plaques de corne, 2 éguilles dans un étui, 2 tireballe à anneau, 2 grandes sondes à seton, 2 becs de corbin, un grand

Les états de solde sont dressés par le premier commis de l'extraordinaire des guerres. Le 6 mars 1 775, il touche 1 50 1. pour les 13 années pendant lesquelles ce travail lui a été confié (1). Par la suite^ il n'a plus droit qu'à la modique somme de 101. par an.

L'ordonnance du 3 mai 1871, sur le règlement du service de santé dans les divers hôpitaux du royaume, est soumise aux administrateurs de THôtel-Dieu qui en conséquence prennent la décision suivante : 1" les soldats jouiront des deux salles qu'ils occupent (2). Il sera construit un corps de garde aussitôt que possible dans l'intérieur de la cour. De plus, seront établis un contrôle et des gardemalades qu'on logera et nourrira au prix ordinaire. Ils seront pris en nombre suffisant, après entente avec le Ministre. Le Commissaire des guerres pourra veiller à la tenue des salles et aux réparations nécessaires; 2" quant à y recevoir des galeux, la chose est impossible, faute d'un appartement disponible(3). En cas de maladies contagieuses, les enfants pourraient facilement être contaminés.

Le 22 décembre suivant, l'entrepreneur Servant construit le corps de garde, un chambre mortuaire et des latrines près de la grande porte, moyennant 840 1.

Le marquis deSégurfélicitCjle I"août 1781^ les adminis-

et un petit troquart, 2 grandes et 2 petites seringues, un trépan composé de 15 pièces et une brosse, une lancette à abcès, 4 bistouris droits, un bistouri courbe, une sonde à incision, 2 feuilles de mirthe à pince, 2 spatules, 3 paires de ciseaux droits et une courbe, 2 pincettes à anneau, 2 scapels, 2 algalis d'argent et une sonde de poitrine. — Le tout dans une boîte à compartiments fermant à clefs et doux tourillons (Arch. Hôp.). — (1) Arch. Hôp. — (2) En 1733, l'intendant de Hlossac avait alloué 2.000 fr. sur les fonds de casernement du régiment du roi pour acheter des lits à l'hôpital. Au reste, c'est cà cause d'eux que fut terminée son aile droite (Arch. Hôp.). — (3) Arch. Hôp.

trateurs du zèle qu'ils montrent à faire soigner les soldats. fi^prix de [ajournée, établi à 16 s. en 1780, pour un an, sera continué (1). Les infirmiers passeront au compte du roi. Il en sera mis un pour 30 malades, Autantque possible, il conviendrait d'en conserver deux à demeure, afin d'en tenir toujours un sous la main. Le Bureau aura un commis aux salles, cboisi parmi les bas-officiers retirés du service. 11 sera. nourri auprix des soldats. Ces derniers posséderont chacun un lit, sauf en cas de foule. Les blessés gravement atteints ne seront jamais couchés avec d'autres malades. Les chirurgiens et aumôniers de la maison ne pourront être augmentés. Ceux qui s'y trouvent recevront des gratifications. La situation des infirmiers reste cependant quelque peu indécise au point de vue administratif. En 1783, le Commissaire des guerres veut les avoir sous ses ordres. Les administrateurs s'y opposent et en fin de compte finissent par les maintenir directement sous leur autorité.

Le marquis de Ségur prescrit^ le 1" mai 1784, de continuer l'augmentation des 2 s. accordés sur le prix des journées. Elles seront donc encore payées 16 s. au lieu de 14 s. Les infirmiers et commis qui ont eu leurs gratifications supprimées, le 10 décembre 1783^ en obtiennent le rétablissement. Le 25 novembre 1784, l'Intendant ordonne de tenir un registre journalier pour inscrire les entrées et les sorties (2). Il fait part au Bureau de l'intention qu'il a de signaler au ministre de la Guerre l'extrême propreté de l'hôpital et les soins dévoués qu'on y donne aux malades.

(1) Arch. Hôp. L'ordonnance de 1782 met 5 s. à la charge des soldats et 5 s. 6d. à celle des grenadiers, — (2) Arch. Uôp. A cette époque, Ségur veut réduire la Journée de 16 s. à 14 s. et le comte de Blossac est chargé de lui faire abandonner ce projet à cause de la cherté des vivres.

Son but, en agissant ainsi, est de lui obtenir de nouveaux subsides.

Le \() novembre 1787, les lits destinés à coucher deux soldats ensemble devront être diminués. Ils auront désormais trois pieds de large, ce qui permettra d'en mettre 24 ou 30 par salle. A cette occasion, une personne charitable fait don à l'hôpital de 300 1. afin d'acheter ce qui sera nécessaire pour les garnir.

En 1 788, les deux régiments de la garnison demandent à rhôpital de soigner les soldats malades par abonnement. Le Bureau y consent à raison de 14 s. par jour sans fournir le linge des pansements, la charpie, les remèdes et surtout de l'eau-de-vie, « article qui cause des abus difficiles à prévenir ». Au surplus, aucun engagement définitif ne peut être pris avant d'avoir examiné très sérieusement l'ordonnance du 20 juillet de la même année. De toute façon, il faudra demander un secours de 1.2001., car les modifications exigées coûteront 24.000 livres.

Les officiers des régiments de Rouergue et de Poitou acceptent en principe ces offres. Ils donneront 24 s. par journée de malade, et fourniront tout, sauf le logement, le couchage et la nourriture (1). Ils réclament seulement une nouvelle salle de 50 lits, que Ton installera au-dessus de celle qui est à droite en entrant. Un traité établi sur ces bases est passé, le 24 novembre, mais comme il n'y est fait mention ni du chauffage ni de l'éclairage, les administrateurs refusent de les prendre à leur charge. Cependant, ils veulent bien promettre une chambre dans laquelle sera placée la pharmacie et qu'habitera le sergent de garde. Le 22 décembre, les pourparlers continuent, et il est décidé

(1) Arch. Hôp.

que 140 lits resteront pendant un an à la disposition des troupes de la garnison. Les chirurgiens des régiments assureront le service médical et seuls les officiers supérieurs auront le droit d'entrer à la cuisine, sans pouvoir rien commander au personnel civil.

Le traité du 24 novembre 1788 comprend les articles suivants :

i° Les malades seront admis à l'Hôtel-Dieu, à raison de 14 s. par jour et le montant des journées payable à la lin de chaque mois ;

2° Le Bureau maintiendra dans les salles le nombre d'infirmiers jugé nécessaire;

3° Le personnel civil restera sous la direction des administrateurs. Les officiers ou soldats ne pourront, dans aucun cas, les punir ou maltraiter, mais seulement adresser leurs plaintes au Bureau ;

4" L'entrée de la cuisine restera permise seulement aux officiers supérieurs, aux membres du conseil d'administration, à l'officier chargé de la viande, des aliments et aux chirurgiens ;

5° L'aumônier donnera les sacrements et fera les enterrements aux frais des régiments ;

6<» Si l'un de ces derniers s'en va, le traité restera valable pour l'autre.

Les modifications et les adjonctions apportées à ce traité le 7 février 1789 sont les suivantes :

1° Les militaires seront soignés, selon les règlements, par les officiers de santé des régiments (1) ;

2° On fera de nouvelles constructions pour y loger les lits demandés ;

3° L'hôpital fournira l'eau-de-vie sur des bons délivrés par l'un des chirurgiens majors ;

4° L'administration fournira une chambre pour y installer la pharmacie ;

(1) Arch. Hôp.

50 Des poêles seront placés dans les salles, mais les régiments se chargeront de les entrenir et de les remplacer;

6° Un pan de briques divisera la première des salles en deux parties ;

7" Le Bureau fournira les meubles et les instruments de chirurgie, conformément à la liste présentée par les régiments;

8° A l'extrémité de l'une des salles on réservera une chambre destinée à TélèA^e chirurgien de garde. Elle sera meublée avec un lit, une table de forme longue, deux bancs et une armoire fermant à clef ;

9° Le prix de la journée devra être payé chaque mois après vérification ;

10° Le chauffage et l'éclairage resteront à la charge des régiments. Pour cela, illeur sera donné un local destiné à loger le bois ;

11'' Tous les objets primitivement fournis par l'hôpital devront être renouvelés par les régiments qui, à leur départ, les remettront en bon état ;

12° Ces derniers pourront, en cas de besoin, envoyer des soldats aider aux infirmiers, mais deux d'entre eux resteront seuls à coucher dans les salles ;

13'^ Les journées passées depuis le 18 décembre dernier seront comptées àraison de 18 s. chaque ;

14'^ En cas de départ des régiments, les malades laissés à l'hôpital resteront confiés aux soins des officiers de santé de la maison. Le temps passé par ces malades sera compté à raison de 18 s. la journée.

Ce traité n'est point modifié, le 16 juillet 1789, 'malgré le désir des officiers des régiments de Roussillon et d'Agenais de lui faire subir quelques changements. Pourtant, le Bureau ne le considère pas comme très avantageux. Un de ses membres s'en plaint même, le 1 1 mai 1790 et, à sa demande, il est décidé que des indemnités seront réclamées pour les réparations exigées par le contrat de 178S (1). L'alïaire est portée à la connaissance du

(1) Arcli. Hôp. Le 10 novembre 1790, l'IIùtel-Dieu est placé dans la classe des hôpitaux attachés au service militaire.

Commissaire ordonnateur des guerres, mais ne reçoit aucune solution.

A partir du l^"" août de la même année, le matériel de la pharmacie de môme que les médicaments sont abandonnés à l'administration de THôtel-Dieu. Une religieuse en prend soin, et la supérieure est chargée de toucher le prix des journées dues par l'autorité militaire.

Le 24 mai 1791, le Bureau se plaint de l'indemnité qu'on alloue 'pour les soldats malades. Il la trouve insuffisante à cause de la progression que subit le prix des denrées. Une demande d'augmentation, appuyée par la Commune et le Département, est adressée au Commissaire des guerres, dans le but de porter le prix de journée à 20 s. (1). Après une longue attente, satisfaction lui est accordée. Cependant, le 7 brumaire an II, la situation, comme nous avons vu, redevient plus mauvaise que par le passé, chaque soldat dépensant 3 1. par jour.

L'ouverture des ambulances militaires diminue la population de l'Hôtel-Dieu pendant l'hiver de 1793-1794. Les soldats ne tardent cependant point à y revenir, quand le Grand Séminaire « regorge de malades ». Sur la demande du Commissaire des guerres, on leur réserve 120 lits.

A la fin du dernier trimestre de 1793, il est dû par l'autorité militaire 9.689 1. 1 1 s. 3 d. à l'hôpital. Le Bureau, qui n'a touché que 4.000 1. sur cette somme, adresse une réclamation au Comité de secours. 11 lui est répondu que la situation sera bientôt mise au net et le prix de la journée établi définitivement (2). En messidor an II, la situation reste la même, car il est dû 9.546 1. 16 s. 2 d., dont 3.000 l. sont versées aux administrateurs, le 3 fructidor

(1) Arch. Hop. — (2) Arch. Hôp.

suivant. Ils réclament inutilement de nouveau, sans être écoutés par l'administration de la Guerre. La misère en arrive à un tel point qu'ils sont obligés de l'inviter à réquisitionner pour les soldats malades, le vin, l'eau-de-vie et le bois dont ils ont besoin et que Ton ne peut acheter, faute d'argent.

Les décès des militaires sont peu nombreux à l'Hôtel- Dieu entre 1688 et 1748. Certaines années n'en comptent aucun. Pendant les autres jls varient depuis 1 jusqu'à9, avec un maximum de 36 en 1729.11 faut dire qu'à cette époque la ville de Poitiers n'acommejgarnison qu'un seul régiment, qui n'y séjourne guère que pendant l'hiver.

A partir de 1758 jusqu'à 1779,1e minimum des entrées atteint 55 en 1759 et le maximum 679 en 1771 (1). La moyenne générale des décès varie entre 17 et 21 . De 1780 à 1783, elle est d'abord de 35, puis de 63 en 1783. Jusqu'à 1790, nous la voyons se maintenir à un chiffre qui oscille depuis 18 jusqu'à 32. D'après un calcul fait par le D' Delmas, médecin militaire, la morbidité dans les régiments établis à Poitiers avantla Révolution ressortirait à 82 pour mille hommes en moyenne. Il en conclut que les troupes royales étaient plus résistantes que celles qui vinrent après elles, sous la République et l'Empire . Ces derniers virent succomber à l'Hôtel-Dieu, entre 1794 et 1815, une moyenne de 13 pour mille de leur effectif.

L'hôpital étant insuffisant pour recevoir les malades et les blessés, il devint absolument nécessaire de chercher une

(1) Dr L. Delmas, loc.'cU. On connaît, à partir de 1698, les noms des 26 régiments qui ont tenu garnison à Poitiers jusqu'en 1791 (Bibl.Poit., rég. obit. Hôtel-Dieu, de 273 à 276).

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autre maison pour les loger. Le 11 juillet 1793, le Commissaire des guerres écrit au Département pour le prier de mettre à sa disposition le Grand Séminaire (1). Le 4 octobre suivant, le premier médecin de l'armée des côtes de La Rochelle, accompagné des officiers municipaux Hélion et Piorry, visite cet établissement et, avec lui, l'abbaye de la Trinité. Tous les deux sont jugés convenables pour y recevoir une ambulance. Le 9 suivant, l'apothicaire Chrétien et le médecin major Oorgy viennent présider à l'installation des services dans le premier. Cette installation n'est terminée que le !"'■ novembre.

Le nouvel hôpital doit renfermer 599 lits pris dans les casernes et chez les émigrés avec les matelas et les draps trouvés en leur possession. Il en est de même des baignoires qui serviront aux galeux. Une commission, composée de Fradin pour le département, de Lecarlier pour le district et de l'apothicaire Hélion pour la commune, est chargée, avec l'architecte Pinchaud, de mettre le tout en état (2). Son premier soin est de réclamer 480 1. pour acheter du pain aux malades, car le boulanger déclare n'avoir plus de farine.

L'établissement est ensuite administré par des membres du Conseil municipal. Ils sont au nombre de deux, qui changent tous les mois (3). A. sa tête se trouve un directeur appartenant à l'armée.

(1) Le Grand Séminaire ayant été attribué au département, son Directoire ordonna, le 25 août 1792, d'y conduire les prêtres arrêtés à Poitiers. On lui donna le nom d'hospice de sûreté. Il ne devait renfermer que ceux d'entre eux qui avaient plus de 60 ans. Le tribunal criminel, placé là, en partit le 6 septembre 1792 (Arch. Vienne, L. G7, no 1). — L. 81). — (2) Arch. Vienne, L. 69. Reg. 1, pp. 37, 38 v°, 41-43.— (3) On trouve parmi eux, en l'an H et l'an III : Benoist,Hé]ion, Dessaux, Servant, Maury, Broquereau, Toussaint, Marchelet, Thoreau, etc. (Regdél. mun., période int., no 6).

Les provisions viennent parfois à manquer, mais les réquisitions y pourvoient d'une façon suffisante. Il n'en est pas de même du linge, et surtout de la charpie, qui souvent fait défaut. Le 28 brumaire an II, le procureur syndic du département fait appel à la Municipalité et une affiche imprimée invite les filles et les enfants à en faire (i).Le 2 floréal an II, il est payés 1. à Lécuyer pour avoir loué un petit salon muni de bancs, afin d"y recevoir les citoyennes qui voudront travailler à cet ouvrage.

Les chirurgiens chargés de soigner les blessés ont avec eux des aides auxquels ils font des cours. Cet enseignement est confié d'abord à Piorry et à Bertaull,puis ensuite à Canole, chirurgien militaire de T classe (2). Les premiers l'avaient déjà commencé au début de 1791 dans la maison de la Celle. Ils le continuent à l'hôpital militaire, dans un petit pavillon réservé spécialement à cet usage au milieu du jardin. Nombre déjeunes gens de Poitiers et de la Vienne les suivent pendant une bonne partie de la période révolutionnaire. Après une année de présence à l'hôpital^ on leur envoie de Paris des questions à résoudre par écrit, en présence d'un délégué de la Commune. C'est ainsi que

(1) Arch. Vienne, L. 89, Cf. P. Rambaud, le Rôle des femmes au point de vue de Vassistance publique à Poitiers {Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 3e série). ^ (2) Piorry (Guillaume), fils do François, procureur au Présidial, et de Madelaine-Thérèse Letard, marié le 30 juin 17o3, oîi Catherine-Elisabeth Audinet, fille de Georges, marchand, et de Catherine Roy (Rég. paroiss. S. -Michel). Il eut de son mariage Jeanne- Elisabeth, baptisée en 1764. (Reg.bapt. Saint-Cybard).En 1758,il se présente pour la place de lieutenant du premier chirurgien du roi, mais, ne l'ayant pas obtenue, il insulte son concurrent, qui le poursuit au Présidial (Arch. greff. Présidial.) — Il fait ensuite la campagne d'Amérique et revient s'établir à Poitiers. En 1806, lors de la création de l'Ecole de médecine, il sollicite une place de professeur, sans l'obtenir. (Cf. P. Rambaud, VEcole de médecine de Poitiers à ses débuts (Arch. médico- chirurgicales du Poitou, années 1907 et 1908).

passent cet examen, Dorvault, Arnaudeau, Moricheau-Beauchamp (Pierre-René), Doré, Douzami, Dumareau, Chandor, etc. Ils sont ensuite incorporés aux armées, principalement à celle des côtes de l'Océan ou à celle des Pyrénées.

Vers la fin de la guerre de la Vendée, le 7 nivôse an IV, le Conseil général prend un arrêté déclarant que deux hôpitaux sont de trop à I^oitiers, car le dernier installé ne renferme guère plus d'un cinquième des malades qu'il pourrait contenir (1). Il décide qu'il y aura lieu de s'adresser à la Municipalité pour faire une enquête sur le personnel qu'il occupe.

Le maire répond le lendemain que les deux hôpitaux militaires établis dans la commune occasionnent d'énormes dépenses, par suite de la multitude des emplois et des fournitures qu'ils exigent. En terminant, il promet d'envoyer des Commissaires inspecteurs au Grand et au Petit Séminaire qui, lui, ne renferme plus aucun soldat (2). L'inspection faite, le H suivant, permet de constater que le premier n'a plus que 94 malades.

Le Grand Séminaire possède 258 lits à une place et 32 à deux places. En réalité^ il pourrait en avoir 400 (3). Son personnel comprend : un médecin, un directeur, cinq chirurgiens, trois pharmaciens, 13 employés et 30 infirmiers ou servants. Le 2 germinal an IV, Marchelet et Aurieau sont désignés par le Conseil municipal pour procéder à l'inventaire des meubles qu'il renferme aussitôt qu'on l'aura évacué (4). Enfin, le 15 thermidor, tous les soldats que s'y trouvent en traitement sont transportés à l'Hôtel- Dieu.

(l)Arclî. Vienne, L. 271. Rég. 10, p. Sa v», celui du Pelit-StMiiinaire. (2) Reg. dél. mun. Période int., no 7, p. 23 vo. — (3) Arcli. Vienne, L. 271, reg. 10, p. 59. — (4) Reg. dél mun., période inl.,n° 7, p. 00. —

L'ambulance installée chez les Hospitalières fonctionne en même temps que celle du Grand Séminaire. Le 11 juin 1793, le Conseil général se décide à en établir une dans cet ancien hôpital fermé par suite du départ des religieuses, d'abord, puis ensuite de celui des femmes malades transportées à l'Hôtel-Dieu. Il est convenu qu'on y mettra 40 lits, ou plus s'il est possible. On cherchera en même temps du linge, des couvertures et tout ce qui sera nécessaire pour le meubler. Un homme de l'art aura la charge de préparer les remèdes (1), Les sept prisonniers qui l'occupent seront envoyés à la Visitation. Seuls, deux impotents, dont l'un est aveugle et l'autre estropié, pourront encore y rester. Quant aux prêtres, ils iront au Grand Séminaire et les malades à l'Hôtel-Dieu. Le 13 juin 1793, un arrêté est pris pour exécuter cette décision.

Le 25 juin suivant, la Municipalité désigne une Commission composée de 6 membres pour administrer le nouvel établissement (2). Elle se compose de Dessaux, Guillemet, Dumas, Broquereau-Vivonne, Maury et Leblond. Le chirurgien Rolland est chargé de soigner les malades de cette ambulance qui, du reste, ne fonctionna que fort peu de temps.

Le Petit Séminaire, confisqué par arrêté du Directoire du départementale 18 juHlet 1791, sert également d'hôpital temporaire (3). Le 25 thermidor an II, quand il arrive

(1) Arch. Vienne, L. 69, p. 135. — (2) Reg. dél. mun., période int., p. 17. — (3) Arch. Vienne, L. 271. Reg. 5, p. 102.

150 malades des armées de la Vendée, on ne peut encore l'utiliser, car il renferme le dépôt d'un régiment de cavalerie (1). Ce dépôt est aussitôt envoyé, par ordre du District, à l'abbaye de Montierneuf.

Après son installation, cette ambulance ne tarde point à être fort encombrée de malades. Plusieurs soldats couchent ensemble dans un même lit, « ce qui empêche l'effet des remèdes, et le nombre des morts est très grand, ce que l'on peut autant attribuer à l'air méphitique qu'on respire qu'à la rigueur de lamaladie ». Le citoyen Duvernois, architecte, est alors délégué avec deux membres de la Municipalité pour rechercher les moyens propres à rendre son installation plus convenable.

L'ambulance ne renferme pas seulement des blessés, mais encore des galeux. Le 19 fructidor an II, la mairie accorde un certificat au citoyen Stadion, chirurgien de la cy-devant légion du Nord, pour y avoir soigné gratuitement 600 militaires atteints de cette maladie. Le 11 nivôse an IV, le Petit Séminaire possède 280 lits susceptibles de contenir 300 malades. Son personnel comprend un directeur, trois chirurgiens, un médecin, quatre infirmiers et quatre lingères (2). Le 6 thermidor suivant, un arrêté du Conseil général en ordonne la fermeture.

Nos anciennes armées contenaient toujours un certain nombre d'hommes atteints de la gale. En 1768, l'Intendant se préoccupe auprès du Bureau de l'Hôtel-Dieu des soins qu'on pourrait leur donner (3). Le 27 février 1772,

(1) Arch. Vienne, L. 260, reg. 61, pp. 104 et 108.— (2) Arch. Vienne, L. 260, reg. 5, p. 244. — (3) Arch. Vienne, L. 261, reg. 10, p. 59.

le Commissaire des guerres vient à son tour le prier de rechercher un local à part « afin de mettre les soldats galeux des troupes du Roy qui sont en garnison en cette ville ou y passent, pour éviter la communication de la maladie ». Il propose de leur donner la salle des enfants, mais craint que cette transformation ne dérange les services (1). Les administrateurs promettent de s'occuper de la question, ce que, du reste, ils négligent de faire.

Le 27 octobre 1788, le Commissaire des guerres réclame à la Municipalité un endroit particulier pour y traiter les galeux. Il n'est tenu aucun compte de sa demande (2). Le 31 vendémiaire an II, on les trouve à l'Hôtel-Dieu et, pour les soigner, le Département fait réquisitionner toutes les baignoires qui restent encore dans les maisons nationales (3). Le 4 ventôse suivant, ils prennent enfin possession de la salle des enfants.

Le 9 pluviôse an 111^ galeux et galeuses sont renvoyés de l'hôpital. L'un d'eux, ayant volé un drap, est incarcéré au dépôt de correction. A partir de cette époque, et jusqu'à son transfert au Grand Séminaire, on n'en admet aucun. Peu après qu'il y est installé, le citoyen Fay, commissaire ordonnateur des guerres, réclame, le 9 vendémiaire an V, un lieu propre à recevoir les militaires galeux. Le Bureau prend aussitôt la délibération suivante : « Considérant que cet hospice n'a jamais traité de semblables maladies; qu'il ne peut convenir qu'à un hôpital tenu généralement sur le pied militaire; que celui-ci n'est proprement qu'hôpital civil ; que, d'ailleurs, ces traitements occasionnent des dépenses que l'administration ne pourroit supporter »,

(1) Aich. Hôp. —(2) Reg. dél. mun., no 194. —(3) Arch. Vienne, L.260, reg. 61, p. 49.

refuse, en conséquence, la demande (I). Conformément à celte décision, la directrice reçoit l'ordre, le 16 du même mois, de ne plus accepter les militaires atteints de cette maladie. Plus tard, ces prescriptions étant tombées en désuétude, on les soigna de nouveau à l'Hôtel-Dieu.

Un autre hôpital fut sur le point d'être établi à Poitiers pour y mettre les personnes frappées d'affections vénériennes. Elles furent très nombreuses dans la ville au moment des guerres de la Vendée. Le 24 vendémiaire an II, un décret de la Convention ordonne d'envoyer dans les maisons de santé tous ceux qui possèdent des maux de ce genre (2).

Le 17 floréal an III, le Directoire du département prend à la demande de l'un de ses membres, la délibération suivante : « Le passage des troupes pour la Vendée, ayant attiré des femmes de mauvaise vie, elles ont apporté le mal vénérien qui frappe spécialement les jeunes défenseurs de la patrie et en met un grand nombre hors d'état de servir et donne la mort à plusieurs. Plusieurs citoyens sont aussi sans secours. Pour porter un prompt remède à ce mal et en empêcher la propagation^ il convient d'établir un traitement de celte maladie dans la maison de répression située en celle commune, d'autant qu'on y Irouveroit un local où des malades avoient été traités et gardés sans aucune communication avec personne. Les officiers de santé s'occuperoient d'effectuer un projet aussi utile pour le service des armées et pour tout le peuple. »

Le projet est ensuite adopté. Le Directoire considère qu'un tel établissement est nécessaire et peu dispendieux

(1) Arch. Ilop. — (2) Arch. Vienne, L. 265.

car les réparations à faire aux bâtiments ne coûteront pas plus de 3.000 !. D'un autre côté, les officiers de santé estiment que la dépense effectuée par :' ique malade ne se montera pas à plus de 330 l.au prix actuel des denrées (1). 11 sera demandé à la Commission de secours publics de vouloir bien établir ce nouveau service dans la maison de répression et de lui allouer des fonds pour lui permettre de fonctionner. Les représentants du département seront chargés de sa direction.

Celte délibération envoyée à Paris dut, croyons-nous, rester sans effet. Rien, dans les documents qui concernent la prison de la Visitation ou le dépôt de mendicité, ne peut nous indiquer qu'une telle institution y ait fonctionné.

Pendant une partie de la Révolution, les soldats résident en grand nombre à Poitiers. Ces jeunes troupes, provenant des levées récentes, fournissent, comme dit le D'' Delmas, un fort contingent de malades à l'Hôtel-Dieu. Il arrive un moment où il ne peut tous les recueillir et des ambulances deviennent indispensables pour parvenir à les loger.

L'hospitalisation des militaires, qui aurait pu venir en aide au point de vue financier à l'hôpital, lui fut, au contraire, plutôt onéreuse. C'est que les ministres de la Guerre et de la Marine ne remboursèrent les dépenses occasionnées par les soldats ou marins malades qu'à de longs intervalles et toujours tardivement. Aussi, l'établissement,qui se suffisait à peine au moyen de ses revenus, dutil parfois faire des avances considérables. Si nous poursuivions cette étude dans la période qui suit la Révolution, nous le constaterions, surtout entre 1808 et 1815, et nous

(1) Arch. Vienne, L. 271, reg. 8, pp. 81 v», 409.

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le verrions retomber pour la même cause dans une gène constante. Celte gêne se continua jusque vers le milieu du xix« siècle et fit longtemps le désespoir de ses administrateurs.

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