CHAPITRE IX
Le personnel et le service hospitalier de l'Hôtel-Dieu ou hôpital civil (1789-1797).
Bien n'est modifié au cours des premières années de la Révolution en ce qui concerne le culte religieux. C'est à peine si l'aumônier Picoron peut vivre avec les 500 1. qu'il gagne par année^ car ,1e 7 novembre 1789, l'administration veut bien, sur sa demande, lui faire l'avance du trimestre de Noël. Le 27 juillet 1792, le maire Pascal Greuzé vient dire au Bureau que ce prêtre, étant fort souvent incommodé de la goutte, fait difficilement son service. De plus, (' il manifeste une opinion contraire à celle que doit avoir celui qui dirige des gens peu instruits qui, dans l'état de maladie, sont encore plus faibles qu'en état de santé » . A la suite de ces observations, son renvoi est aussitôt décidé. Les grands vicaires Lepeultre et Briquet reçoivent mission de s'entendre avec les vicaires de Notre-Dame-la- Grande. Ils les prient de bien vouloir remplacer Picoron en acceptant des prix inférieurs à ceux qu'on lui donnait, pour que les pauvres y trouvent un peu d'économie (I). Quant à ce dernier, devenu réfractaire et de plus en plus goutteux, le Département lui accorde, le 17 septembre suivant, la permission d'habiterune maison particulière, au lieu d'aller rejoindre les prêtres renfermés au Grand-Séminaire (2). Le (1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, L. 67. Reg. 1.
I/ASSFSTANCE PIHU.IQni': A POITIERS JESQU'A L'AN V 179
2 février 1793, ilréclameet obtient unreliquat de41 1.13 s., qui lui reste dû sur ses honoraires.
Ce changement ne produit point une économie bien sérieuse. Le 24 novembre 1792, il est payé aux vicaires un trimestre se montant à 75 1. (1). x\ partir du 1«'' janvier 1793, un seul d'entre eux occupe les fonctions d'aumônier. Le 20 septembre suivant, la directrice fait observer au Bureau que souvent il faut le déranger la nuit. Pour éviter ce dérangement, il serait à propos de le loger à THôtel-Dieu. Cette proposition est acceptée, mais, comme on tient compte de la valeur de son loyer, il ne lui est donné que 200 1. au lieu de 300, sans qu'il puisse exiger quoi que ce soit en fait de nourriture ou de blanchissage (2).
Le 14 pluviôse an 11, l'administration se voit dans l'obligation de faire des économies. De plus, elle pense que de maintenir un prêtre à l'hôpital « seroit y propager les principes du fanatisme ». Comme sa présence est inutile il est décidé « que le citoyen Tallery, cy-devant aumônier, se retirera de cette maison dans le cours de la prochaine décade et que ses appointements lui seront payés jusqu'à cette époque ». Il fut le dernier à remplir cette charge.
Quelques mois après son départ, le 15 floréal an II, une accusation est portée contre Minoret, ancien vicaire de Saint- Cybard et hebdomadier de Saint-Pierre (3). On prétend qu'il est entré à l'hôpital^ malgré toutes les défenses déjà faites, pour « fanatiser les malades et les confesser fortuitement ». Cette accusation lui vaut d'être condamné à la déportation.
(1) Arch. Hùp. — (2) Arcli. llùp. Le 19 brumaire an H, la directrice demande que le citoyen Tallery, qui déjà soigne les malades, lui soit adjoint. Il n'a en vue que d'èlre utile et se contentera seulement du logement, de la nourriture et du chaulTage,sans aucune rétribution. Cette demande est accordée. — (3) Arch. Vienne, L. 300, Reg. 60, p. GO.
C'est la dernière tentative qui ait eu lieu pour donner des secours spirituels aux pauvres.
Le service médical est assuré par le médecin Fallu de la Barrière, qui reçoit 200 1. d'honoraires par an. Comme il ne se montre point sans doute fort assidu auprès de ses malades, on se décide, le 2 février 1 793, à ne le payer désormais que d'après l'importance des soins qu'il leur donnera (1). Le 29 octobre suivant, le Bureau, désireux de voir les officiers de santé se munir d'un certificat de civisme, le prient, comme il n'en a pas, de vouloir bien se conformera cette décision. Pour toute réponse, un administrateur sort de sa poche une lettre de Fallu dans laquelle il donne sa démission. Séance tenante, Joslé est nommé à sa place.
Le 12 frimaire an II, Joslé accepte sa nomination et en remercie le Bureau (2). Ses appointements sont portés à 200 1. par an. Quelques mois plus tard, il devient suspect^ car, d'après ses écrits, « il semble équivoquer en Révolution ». Le 28 prairial de la même année, le C° Barbot est chargé de se procurer certaine lettre envoyée par lui à un prêtre « pour ensuite pezer dans la sagesse de l'administration la conduite qu'elle aura à tenir (3) ». 11 se disculpe et conserve sa place encore quelques mois.
Le 29 therm.idor an 11, Joslé vient exposer au Bureau « que quelque jaloux qu'il fût de prodiguer ses soins, ce qu'il n'avoit cessé de faire, aux pauvres que contient cet hospice il étoit forcé d'y renoncer. Que sa santé délabrée
(1) Arch. Hôp. Charles Pallu de la Barrière reçu docteur à Poitiers, le lo janvier 1748, devint plus tard doyen de la Faculté de médecine. (2) Arch. Hôp. Gilles Joslé, né en 17.59, reçu docteur à Montpellier, le 6 mai 1786, puis à Poitiers en 1789. Nommé, en 1806, professeur de l'école de médecine il mourut h; l*^r mai 1822, — ^3) Reg. dél. mun., période int. n" 6, p. 69 v».
JUSQU'A |;AN V IKl
et le nombre incalculable des malades qu'il visitoit chaque jour à l'hôpital militaire ne lui permeltoit plus de donner un seul moment à d'autres malades ». En conséquence, il envoie sa démission de médecin de l'hôpital civil (1). Elle est acceptée et les administrateurs le remercient de « ses soins et de son zèle près des malades ».
Lecitoyen Decressac,donton connaît «les lumières etl'humanilé », est nommé à sa place. Il accepte, le 3 fructidor, (' en faveur de l'humanité ». l^e 8 nivôse an III, son décès ayant été annoncé, le Bureau se met en mesure de remplacer ce médecin, qui « en mourant a emporté les regrets de tous les citoyens de cette commune, tandis que l'hospice a fait une grande perte. L'administration voulant donner à la citoyenne Decressac les marques des plus sincères regrets, il est arrêté qu'il lui sera écrit une lettre expressive de ses sentiments sur la mémoire d'un citoyen aussi vertueux (2) ». En même temps, il est procédé à la nomination de Fradin, avec la conviction que ce choix ne pourra qu'être agréable à la Municipalité (3). Cette dernière le confirme au conseil du 1.5 suivant, tout en exprimant ses regrets pour la mort de son prédécesseur (4). Le nouveau titulaire de cette charge soignait, un peu malgré lui, depuis plusieurs années, les prêtres renfermés au Grand-Séminaire.
(1) Arch. Hôp. Le 18 frimaire an III, Joslé reçoit une commission pour aller rejoindre l'armée de l'Ouest à Saumur (2) Decressac
(Vincent-François), reçu donteurà Montpellier, se lit adopter le iUjuin 17o3 par la Faculté de Poitiers. Marie à Marie Renaudin il eut : 1° Pierre {iln'^) — 2« Vincent (1757) — 3» Marie-Céleste (1768). (Reg. paroisses Saint-Porchaire et Saint-Didier). — (3) Fradin (Savin-Modeste) né le 14 avril 1763. Reçu docteur à Montpellier, puisa Poitiers, le 26 août 1789. Nommé professeur à l'école de médecine, en 1806. Mort le 18 août 1807. — (4) Arch. Hôp. — Reg. dél. mun. période int. n° G, p. 87 vo.
Le 6 prairial an III, un arrêté du Comité de Salut public prescrit de distribuer des rations de pain et de viande aux officiers de santé mis dans les hôpitaux. Le 25 prairial suivant, la mairie approuve cet ordre (1). Une semblable disposition est prise, le 29 thermidor an IV. Comme ils ne sont pas payés, quoique devant gagner 700 1. par an, en argent, les administrateurs se proposent de demander aux Commissaires des guerres d'accorder des vivres u à ceux qui consacrent leurs talents à la guérison des malades ». A cette époque^ l'Hôlel-Dieu reçoit de nouveau des soldats.
Le 19 brumaire an V,rhôpital militaire étant fermé ..Toslé, qui n'a plus d'emploi, s'entend avec Fradin pour faire à eux deux le service de l'Hôtel-Dieu. « Le Bureau voyant dans cette entente de la part du citoyen Fradin, officier de santé en chef de l'hospice, que des sentiments de générosité qui n'ont cessé de le gouverner dans tous les temps (2). Convaincu, d'ailleurs, que le service n'en sera que mieux fait, ce qui tournera au profit de ces malheureux frères malades, a consenti à cet arrangement et arrête qu'il sera donné connaissance à ces deux bons citoyens de cette décision, » Fradin touche 2o0 l.par an d'honoraires et, le 18 frimaire suivant, on lui accorde, ainsi qu'à son collègue, un appartement particulier dans le nouvel hôpital, pour s'y réunir comme ils en ont l'habitude.
Le service de chirurgie reste à l'Hùtel-Dieu confié à Maury, qui touche toujours 100 1. chaque année. Le 15 mai 1793, ilpasse en second, car le citoyen Alexandre, commissaire des guerres, lui faitsavoir queJuglard, commissaire de l'armée des côtes de la Rochelle, vient de nommer chirurgien en chef le citoyen Brissac, ancien chirurgien militaire. C'est
(i) Reg. dél. raun., période int. n° 6, p. 206. — (2) Arcli. Hôp.
un vétéran pensionné, que l'on avait chargé, le 28 novembre 1791, de présider aux examens de ses confrères qui désiraient servir dans la garde nationale.
Le Bureau, d'accord avec Piorry, représentant du peuple, proteste contre celte nomination. Il déclare que le marché passé les 15 et 27 mai 1791 avec le ministre de la Guerre lui laisse le soin de nommer les officiers de santé qui devront soigner les militaires. Toutefois, il accepte Brissac, quoique ne possédant aucun certificat de civisme, en attendant l'avis du ministre de la Guerre (1). Le nouveau venu prend immédiatement le titre de chirurgien major de la place et se met à la tête de l'ambulance du Grand-Séminaire. Il n'est plus parlé de lui par la suite dans les établissements hospitaliers de la ville.
En 1793, Maury,quine touche que 1001. par année, passe, le 12 frimaire an II, à 600 1. et, « en raison de ses travaux multiples et pénibles depuis plus d'un an, il lui est délivré une ordonnance de la somme de 200 1. par façon de gratification (2) ». Le 17 fructidor an III, notre chirurgien fait observer que son traitement « devient actuellement absolument nul, parle discrédit scandaleux des assignats ». En conséquence, il réclame et obtient une augmentation, de sorte qu'il est porté à 1.500 1. Cette somme passe à 700 1. en argent, au milieu de l'an IV. Le 9 germinal an V, il lui esl dû 1001., et, à partir du 4 thermidor suivant, ses honoraires se maintiennent chaque année à pareille somme.
Lors de la fermeture de l'ambulance du Grand-Séminaire, le chirurgien Canolle perd sa place (3). Le 3 thermidor an V,
(1) Arch. Vienne, L. 27. Reg. 5, p. 136 vo. — (2) Arch. Hôp. — (3) Canolle (André-Joseph), né à Roquebrussane (Var), en 1767, engagé aux volontaires du Var vient à Poitiers avec le 1er bataillon pour assister à la prise de Thouars par les Vendéens et y être fait prisonnier.
le Commissaire des guerres écrit aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu en leur disant» que plusieurs blessés militaires ont été soignés par le citoyen Ganolle, chirurgien. Qu'il seroit à désirer que ce citoyen pût continuer à panser les militaires blessés. Connoissant ses talents, il invite le Bureau à le recevoir, pour travailler de concert avec Maury ». Cette proposition est immédiatement adoptée puis confirmée le 19 fructidor suivant par le Conseil général. Avant de l'envoyer à l'Hôlel-Dieu, on lui accorde 300 1. « pour les bons et agréables services qu'il avait rendus aux malades et aux blessés ».
En plus des chirurgiens ordinaires, nous trouvons des aides qui sont placés sous leurs ordres. Le citoyen Maury ayant trop de travail, l'administration décide,le 18 thermidor an II, que le citoyen Rolland lui sera adjoint à raison de 50 1. par mois (1). Comme il n'est là qu'à titre provisoire, on le remercie de ses peines et soins, le 9 nivôse an III. Il lui est remis à son départ 300 1. pour le montant d'un semestre, « sans préjudice de plus forte somme, si la Commission de secours en accorde ». Malgré de nombreuses démarches, il ne put rien obtenir de cette Commission.
Au début de la guerre de la Vendée^ et quelques mois plus tard, une quantité de malades et de blessés encombrent l'Hôtel-Dieu. Le 2 février 1793, un membre du Bureau déclare qu'il fallait un certain nombre d'aides afin de « pour- Reçu docteur en chirurgie, le 18 fructidor an XL Nommé professeur à l'école de médecine en 1806. Mort en 1814. Publia de nombreux opuscules et parmi lesquels son cours sur les armes à feu, en l'an III (Cf. De la Bouralière. Bibliographie Poitevine (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. I,3esériej.
(1) Arch. Hôp. Rolland (François), né à Chinon, en 1733, reçu chirurgien, en 1739, s'établit à Poitiers après la Révolution (Arch. Vienne, Ms o4).
voir à leurs besoins elquc, pourceletïel,il proposaitle fils du citoyen Guignard, tailleur, pour être un de ceux qui se chargeront de cet emploi (1) ». Convaincus qu'il y avait urgence, tous les administrateurs le reçoivent « en qualité d'aide ou d'apprentif chirurgien, à condition qu'il coucheroit et mangeroit chez son père et qu'il seroit passé avec ce dernier, s'obligeant pour son fils, un compromis par lequel son fils seroit obligé de rester un temps déterminé, sous peine d'être privé du certificat ordinaire exigé, à défaut du compromis ci-dessus ».
Le 26 juin suivant, le citoyen Gagnard présente également le sien en qualité d'élève. Le civisme de la famille étant connu, on le reçoit en troisième (2). Le 18 fructidor an m, trois jeunes gens, les nommés Arnaudeau^ Dumureau et Doré, sont attachés à l'Hôtel-Dieu. Comme ils aident exactement aux pansements et veillent à l'exécution de toutes les prescriptions, on leur accorde une gratification de 50 1. , « afin d'animer leur zelle, mais cette somme sera retenue sur ce que la Commission de santé pourra leur allouer (3) ». Il en vint d'autres après eux qui, pendant toute la Révolution, se préparèrent à l'Hôtel-Dieu ou à l'ambulance du Grand-Séminaire au service des armées.
Le 12 juin 1793, le Procureur syndic du département adresse au ministre de l'Intérieur une réclamation des administrateurs de l'Hôtel-Dieu qui avaient confié, à la demande du Conseil général, la boîte de chirurgie au citoyen Bertault, chirurgien dubataillon de la Vienne à l'armée de Bressuire.
(1) Guignard (Louis-Auguste-Ilenri), né en 1771, reçu docteur en médecine, le :i brumaire an VII, à Montpellier. Mort le li Juin 1812. — (2) Gagnard (Laurent), né à Poitiers en 1781, reçu Docteur en chirurgie à Paris, le 18 fructidor an XI, mort le 28 juillet 1821. —
(3) P. Rambaud, l'Ecole de médecine de Poitiers A ses débuts. {Arch. médico-chirurgicales du Poitou. Année, 190G, p. 289).
Cette boîte étant tombée entre les mains des Vendéens, ils le prient, au nom de l'humanité, de vouloir bien la remplacer, car on soigne beaucoup de malades et de blessés recueillis à la suite des combats de Douai, de Montreuil-Bellay et de Saumur (i). La requête fut prise en considération et la boîte envoyée à l'hôpital.
Quand le Grand-Séminaire remplace l'ancien Hôtel-Dieu, ceux qui l'administrent sont forcés, faute d'argent, d'avoir recours à la plus stricte économie. Le 5 nivôse an V, il est prescrit aux chirurgiens de ne plus faire de pansements à la lumière. Eux seuls devront s'en charger, sans jamais les confier aux soins des élèves, afin de dépenser le moins de linge possible (2). Comme ces pansements exigent l'emploi de beaucoup d'eau-de-vie, il en sera demandé au Département.
Le local accordé aux officiers de santé au Grand-Séminaire, dans lequel ils donnaient leurs leçons de chirurgie, conserve la même afîectalion, en vertu d'une délibération de la Commission du 9 pluviôse an V. Le 9 floréal suivant, le citoyen Bertault, désireux d'y continuer ses cours, obtient la permission de prendre des cadavres, après toutefois avis favorable du Déparlement et de la Municipalité.
La pharmacie de l'Hôtel-Dieu est tenue par la supérieure des Filles de la Sagesse jusqu'au moment de son départ. Elle est remplacée par le citoyen Saisy. infirmier, dont nous avons eu occasion de parler. Ce n'est point un homme instruit ni un praticien de grande valeur, mais la science qui lui manque est quelque peu compensée par un dévouement sans bornes envers les malades. Le 9 pluviôse an IH, le
(1) Arch. Vienne, L. 260. — Bertault (Pierre-Charles) était établi, en l'an XI, officier de santé à Neuville (Arch. Vienne, M^, liasse i). — (2) Arch. Hôp.
Bureau constate qu'il sert depuis plus de 50 ans les pauvres et que, malgré son grand âge, « il est toujours très zellé et n'a rien diminué de son assiduité ». On lui accorde 100 1. par an d'appointements. Le 29 nivôse de l'année suivante, la misère est tellement grande à l'hôpitiil que cet employé d'une espèce rare lui abandonne les 1.656 1. en assignats qui constituent toute sa fortune ()). lïin l'an V, il refuse de recev.oir des gages et, le 18 frimaire de la même année, les administrateurs le remercient « des soins qu'il a de tout temps apportés au soulagement de l'humanité », Il continue son emploi jusqu'au retour des religieuses, en 1805, et meurt dans la maison, en 1813.
En même temps que Saisy, nous voyons le citoyen Mizac, apothicaire et chirurgien, venir à la pharmacie pour la diriger. Le 20 septembre 1793, il obtient la permission d'occuper avec sa femme une des chambres de la citoyenne Romanet. L'administration, désireuse de faire des économies, se décide, le 14 pluviôse an H, aies prier de se retirer, tout en rendant hommage à leurs services pendant la maladie de Saisy. Quelques jours plus tard, nouvelle invitation à partir, sous prétexte que le ménage coûte plus de 1.200 1. par an. La Municipalité veut bien par compassion les laisser en place, mais on lui objecte que, tous les officiers de santé se trouvantaux armées, Mizac peutbien suivre leur exemple. Du reste, le Bureau ajoute, le 29 ventôse an il, que le ménage « consommait sans fruit, le pain et les ressources des pauvres (2). » A la suite de ces discussions, l'emploi de second chirurgien est refusé au mari.
La Municipalité s'obstinant à le soutenir, le Comité de
(1) Cf. p. Rambaud, la Pharmacie du Poitou jusqu'à l'an XI (Mém. Soc. Ant. Ouest, l. XX.X, 2"! série). — (2) Ai-cli. llùi).
d88 L"ASSISTA>'CE PUBLIQUE A POITIERS
surveillance de la société populaire prend fait et cause contre lui. C'est pourquoi, deux jours plus tard, un revirement s'étant produit à la mairie, Mizac est invité par elle à s'en aller (1). il recevra 100 l. pour le montant de l'année échue, avec permission de rester quelques jours, en attendant que sa maladie soit définitivement terminée. Pendant tout ce temps, on le soignera convenablement et on nourrira sa femme. Il séjourne de la sorte à l'hôpital jusqu'au 14 floréal an II mais malgré une dernière intervention du Conseil municipal en sa faveur, il est prié de vouloir bien se retirer définitivement.
Des aides viennent temporairement travailler à la pharmacie. Le 14 août 1793, le Bureau se décide à s'en procurer un, auquel il sera donné le logement, la nourriture et 1 00 l. par an. C'est le citoyen Laroche, qui obtient cette place et l'occupe jusqu'au 18 thermidor an II. Quelques mois plus tard, le citoyen Houdy, qui le remplace, étant sur le point de partir, cède son emploi à Bonnin élève en chirurgie, renvoyé de l'armée pour cause de mauvaise santé et resté à la charge de sa mère, pauvre femme veuve, qui ne peut le nourrir.
Le 19 frimaire an lll, le citoyen Cholet, élève en pharmacie, reçoit une gratification de 100 1. tout en se livrant à l'exercice de la chirurgie (2) . Le 9 nivôse an IV, sa conduite laissant à désirer, le Bureau se voit dans l'obligation de l'astreindre à observer -un règlement spécial (3). Il devra suivre la visite des officiers de santé, et se lever la
(1) Reg. dél., niun., période inl, n» 5, pp. 75, 178. — (2) Cholet (Saturnin), né à Poitiers, resta 7 à S ans employé à l'Hôtel-Dieu comme chirurgien et pharmacien. Reçu officier de santé, le 19 fructidor an XI, il exerçait encore dans cette ville en 1818 (Arch, Vienne M^, liasse 4). — (3) Àrch. Hôp.
nuit s'il en est besoin.Nelaisser jamais la pharmacie seule, être doux et complaisant pour les malades, prévenir de ses sorties, et, dans ce cas, prendre un remplaçant. Enfin, rentrer de bonne heure, sans jamais découcher. Cet individu, ancien hussard, originaire du déparlement des Landes, avait délaissé, le 2^ jour complémentaire de l'an II, le service de la chirurgie pour se consacrer entièrement à la préparation des remèdes, Saisy ayant déclaré ne pouvoir faire seul tout son travail.
Les drogues sont parfois très rares à l'Hôtel-Dieu. Le 24 mars 1790, la supérieure les achète à des marchands de passage dans l'espoir d'y trouver quelque peu d'économie. Le 2 frimaire an II, la livre de rhubarbe coûte L500 1. en assignats. Le 9 messidor suivant, l'hôpital n'ayant plus de médicaments, deux de ses administrateurs vont en demander au Conseil général. Le 10 thermidor an IV, ils manquent de nouveau complètement, et le médecin Fradin se voit dans l'obligation d'en réclamer. Le 9 brumaire an V, le pharmacien vient dire que « le service de l'hôpital, faute de drogues, en souffroit, etqu'onauroit fait deux pétitions au commissaire des guerres, dans le but d'en obtenir (1) ». ■ Trois jours plus tard, le commissaire Goudot est prié de vouloir bien faire ouvrir les caisses de remèdes laissées par l'ambulance militaire. Grâce à cette réserve, il devint possible de parer quelque temps encore aux besoins urgents des malades. En résumé, le service pharmaceutique eut grandement à souffrir de l'état de pénurie dans lequel se trouva la maison pendant toute la Révolution.
(1) Arch. IIôp. Le 4 fiimaire an VII, une délibéralion du Bureau dit qu'à la suite des saisies faites dans les monastères les liùpitaux furent longtemps fournis de mtklicaments, mais (|ue tout disparut, laissant place à la plus entière pénurie (Arch. Hùp.).
La direction intérieure de THôtel-Dieu continue à être confiée aux Filles de la Sagesse, pendant les premières années de la Révolution. Venues trois en 1787, elles passent au nombre de quatre Tannée suivante, puis de cinq en septembre 1789 et de six à la fin de 1790. Les effets du nouveau régime se font bientôt sentir à leur égard. Le 1" février 1791, elles sont invitées à nommer leur supérieure à l'élection, et, naturellement, c'est la même que Ton choisit. Des événements d'un caractère plus grave ne tardent point a se produire. Le 25 mai 1792, les administrateurs, au cours d'un conseil auquel n'assiste qu'un seul prêtre, prennent la délibération suivante :
« Attendu que les sœurs grises, dites de la Sagesse, ne sont pas dans les principes de la constitution, qu'ellesn'ont de relations qu'avec les prêtres réfractaires et non assermentés, d'après le rapport de messieurs les commissaires du mois, qui ont la connoissance particulière des propos injurieux qu'elles ne cessent de tenir contre ceux qui l'ont opérée, ce qui est encore à la connaissance de messieurs Creuzé maire, et Motet. Qu'ayant toujours manifesté une opposition blâmable aux ordres des corps administratifs, en introduisant dans la chapelle, par une porte secrète que l'on a été obligé de faire fermer à demeure, une foule de gens opposés à la constitution (1). Considérant enfin que, par les conventions faites avec leur administration, elles resleroient autant qu'elles y conviendroient. Sur quoy, y ayant délibéré, tous messieurs ont été d'avis de renvoyer lesd. sœurs et de prendre des personnes capables. Comme
(l) Arch. Hôp.
ce changement ne peut avoir lieu qu'avec l'autorisation du Conseil général, messieurs Deméré, Dujacquelin, Barbeau et Motel ont étés commis à cet eiïel et priés de s'en occuper sans délai. »
Le G juin, ils apporlentrapprobation nécessaire, etimmédiatement on se décide à les remplacer. Le 15 suivant, au cours d'une autre réunion, il est fait part aux religieuses des motifs de leur changement, « desquels elles n'ont voulu départir ». On les renvoie immédiatement^ et, séance tenante, des laïques prennent leur place.
Le 3 décembre 1792, les cinq religieuses de chœur et une sœur converse déclarent au Département que le Maire leur a enjoint de se séparer et de changer de costume (1). Elles ne demandent pas mieux que d'obéir à la loi , mais étant sorties de l'hôpital, « absolument dénuées de tout secours, privées de toutes ressources >/, même des frais de déplacement que comporte le traité d'avril 1787, il leura fallu avoir recours à des âmes charitables pour obtenir « un coin >> destiné cà les abriter. Grâce à un peu de travail et à quelques secours, elles se sont réunies, tout en restant sans appui, « éloignées de leur patrie, de leurs parents, abandonnées pour ainsi dire du monde entier». Dans toute cette misère, elles ne regrettent qu'une chose, c'est de ne plus pouvoir se consacrer au service de l'humanité et d'être utiles à leurs malheureux frères. « Oui, s'écrient-elles, les jours que nous avons passés auprès d'eux sont les plus beaux de
(1) Ce sont : 1° de Kouars, dite sœur Joseph-Mai'ie. — 2" Surot, dite sœur Atanasie.— 3° De Limaigne,dite sœurCilinie.— 4o deLorme, dite sœur Véronique. — 5" Papiou, dite sœur Placide. — G» ClioUct, dite sœur Sapience (Arcii. Vienne, L. 257). Une autre, la citoyenne Yon réclame, le dO ventôse an III, la somme de 60 1. pour 20 aunes de toile apportées par elle à l'hospice. C'était à l'époque une religieuse de la Sagesse qui avait laissé l'habit (Arch. llôp.).
notre vie 1 » Leur pétition se termine par une demande de secours et de protection adressée au Conseil général.
La Municipalité, saisie à son tour de cette pétition^ répond que l'arrêté pris par les trois corps administratifs interdit aux religieuses de rester plus de quatre ensemble. S'il en était autrement, une telle réunion ne ferait « qu'alimenter le fanatisme et fomenter des haines contre la République ». Quant à la loi qui défend de porter le costume religieux, il leur est facile de s'y soumettre « en donnant à leur vêlement, très ample, une forme différente exigée par la loi ». Au surplus, cinq d'entre elles ayant fait des vœux simples peuvent retourner dans leur famille. Bref, la demande est renvoyée au District, qui donne une réponse favorable. Nous ignorons si ces démarches furent couronnées de succès, mais un tel résultat nous paraît fort douteux .
Le jour même du renvoi des sœurs, l'administration désigne pour les remplacer : Marie-Rose Lauray en qualité de supérieure, M"' Roy coquetière, M"' Boulet, M"* Roy, nièce de la précédente née à Bonneuil-Matours, et M"^ Serreau. Le 20 juillet 1792, Barbot les présente au Bureau, qui leur fait donner lecture du traité passé &vec les Sœurs grises et des conditions pécuniaires qu'il renferme. Toutes acceptent les mômes appointements pour le vestiaire, en témoignant « le plus grand désintéressement et promettent de s'acquitter des fonctions qui leur sont confiées avec le zèle le plus sincère ».
Le 3 août 1793. la citoyenne Roy, coquetière, ayant occasionné une dangereuse mésintelligence dans l'hôpital a où l'union est si nécessaire, entre directrices, pour opérer le bien », est immédiatement renvoyée. Sa nièce s'é-
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tant mariée en frimaire an II, c'est la citoyenne Flore Serreau qui la remplace. Après la mort de la citoyenne Boutet, chargée de la dépense, la citoyenne Poirier, de la section de la Liberté, occupe son emploi, en frimaire an II (1). Elle ne reste point longtemps à l'Hôtel-Dieu^, car, le 21 prairial suivant, s'étant, « par ses propos irréfléchis et sans fondements, attiré de la haine des autres », il fallut la renvoyer. En messidor an V, nous trouvons la citoyenne Bachelier et la d"° Bezeau. Quelque temps plus tard, celte dernière, '< ne reconnaissant aucune subordination et prenant elle-même un ton de supériorité et d'aigreur » à l'égard de ses compagnes, est priée de se retirer. Les directrices, payées 80 l. par an, ont leurs appointements augmentés, le 14 vendémiaire an III. Cette somme ne suffisant pointa les entretenir, il est accordé 150 1. à la citoyenne Lauray et 120 1. aux autres. Le 29 germinal suivant, on fait observer au Bureau que ce traitement ne leur procure pas même le nécessaire. Gomme la progression du prix des marchandisesde toute nature est effrayante, il convient de les augmenter de nouveau en proportion. La première directrice aura 200 1. et les autres 150 1. Les administrateurs déclarent à la citoyenne Lauray qu'étant satisfaits de ses services ils ont cru « luy donner ce témoignage de reconnaissance non par vue d'intérêt, étant bien convaincus qu'elle seroit plus flattée que l'on eût pensé à elle que de l'augmentation qu'on lui a donnée ». Elle répond en refusant cette augmentation, car son désir est de rester « au même taux » que ses compagnes, tout en remerciant le Bureau « du témoignage avantageux qu'il luy donne
(1) Arch. Hôp.
et qu'elle en est on ne peut plus reconnaissante et que c'est tout ce qu'elle peut espérer de plus flatteur ».
A la fin de vendémiaire an IV, il est attribué 150 1. par an à chacune des directrices. Le 12 frimaire, les membres du Bureau, au moment où ils vont tous se retirer, ne peuvent s'empêcher de reconnaître leur dévouement. « C'est pour la dernière fois, dit l'un d'eux, que nous nous trouvons dans cette enceinte en qualité d'administrateurs de cet hospice. Avant de nous séparer, il nous reste un devoir bien cher à remplir : celui de la reconnaissance. Vous avez tous connaissance du zèle qu'ont apporté les directrices dans l'exercice de leur mission. Vous savez quel désintéressement, quelle humanité elles ont montrés dans tant d'occasions difficiles. Nous serions ingrats, si nous leur laissions ignorer nos sentiments à cet égard. Je demande qu'on leur vote des remerciements. » La motion est aussitôt acceptée et les directrices invitées à se présenter au Conseil. Le président leur déclare alors combien la commission est satisfaite de leur gestion et les invite à continuer leurs soins aux malades.
La première d'entre elles, Marie-Rose Lauray, gouverne l'Hôtel-Dieu jusqu'au 27 pluviôse an XIII (1). A cette date^ elle donne sa démission, et les sœurs de la Sagesse viennent la remplacer.il est certain, comme écrit le D' Louis Delmas, « que ces directrices laïques et républicaines firent preuve de réelles aptitudes dans les circonstances pénibles
(1) Marie-Rose Lauray, née à Cbàtelierault, le 27 août 17S2, fille d'Arnault Lauray et de Marie Deslorges, prit, le 28 octobre 1770, l'habit de religieuse au couvent des filles de Notre-Dame. Sécularisée en 1792, elle obtint une pension annuelle de 33 1. 15 s. 10 d. Retirée dans sa ville natale, elle y mourut, le 11 juillet 1835 (Arch. Vienne, L. 277. — p. Rambaud, Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 3e série, p. 28).
qu'elles eurent à traverser (1) ». Ajoutons que leur désintéressement resta toujours à la hauteur du dévouement qu'elles apportèrent à soigner les malades.
Il ne nous reste plus qu'à passer en revue la domesticité del'Hôtel-Dieu. Le 2G mai 1790,le portier, étant trop vieux et ne pouvant rendre aucun service, abandonne son poste pour s'occuper de menus travaux dans la maison. Le citoyen Verrier, invalide, le remplace, moyennant sa nourriture et sans aucun traitement. Celui qui lui succède touche 40 1. par an, puis obtient une gratification de 20 1., le 29 pluviôse an III (2). Le 13 brumaire an IV, Pierre Vincent prend cette place à titre provisoire. Il reçoit 50 1. par trimestre et se retire le 22 nivôse suivant.
Au début de la Révolution, en 1790, les servantes sont au nombre de 8, dont 7 données à vie (3). Cette même année, elles reçoivent chacune 6 1. de gratification pour le blanchissage de leurs « coiffures ». La nommée Michelle, chargée de lever les enfants abandonnés en ville, obtient 3 1. de plus afin de s'acheter des chaussures. Lors du renvoi des religieuses, il en est parmi elles qui désapprouvent cette mesure. C'est pourquoi, le 27 juillet 1792, on déclare au Bureau « que deux des filles gouvernantes des enfants et aidant au service des chambres des malades, ayant manifesté une opinion contraire aux circonstances, il étoit nécessaire de leur faire observer l'erreur dans laquelle elles se laissoient entraîner, qui, nécessairement, si elles y persistoient,les metlroient dans le cas d'être renvoyées (4) ». Appelées à se disculper, les nommées Marguerite et Mag-
(1) 1)1' L. Dehïia.?,, Hisloirc de Vliôtcl-Dicu de Poitiers el de son hospitalisation militaire (Poitiers, Oudin, 1894). — (2) Arch. IIôp. — (3) Arcli. Vienne, I.. 2G9. — (4) Arcli. Ilùp.
deleine, après une paternelle admonestation et l'invitation à ne plus continuer, répondent avec fermeté que leurs sentiments sont et resteront toujours les mêmes. Inutile d'ajouter qu'on les pria de s'en aller immédiatement.
En germinal an 111, les servantes reçoivent 72 1. par an et la cuisinière 80 1. (l). L'année suivante, en vendémiaire, on les trouve au nombre de quatre, payées chacune 40 1. d'abord, puis 42 1.
Les infirmiers et les autres domestiques sont placés sur le même pied. Parfois^ ils ne s'entendent point entre eux et les administrateurs sont obligés de s'interposer comme nous voyons, le 13 juin 1789. Deux infirmiers régimentaires sont priés de se retirer, le 27 janvier 1793, comme étant inutiles (2). Leur départ occasionnant un trop grand vide, le chirurgien major vient s'en plaindre^ le 4 août suivant, et déclarer que ceux qui restent sont occupés à toute autre chose qu'à soigner les malades. Immédiatement, on les remplace. En nivôse an V, ils sont au nombre de neuf.
Le 6 messidor an II, un membre de l'administration vient dire que les deux infirmiers, ne gagnant que leur vie et leur entretien, ne peuvent se procurer par ailleurs ce dont ils ont besoin. «Pourtant, ils travaillent utilement et méritent un salaire quelconque (3), » Le Bureau, « considérant la pénurie des domestiques, arrête, quoique ceux-là aient attendu la veille du terme pour faire leurs réclamations, qu'il sera payé 25 l. par an à Franchineau et 30 l. à Barbier ». Quelque temps après, ils touchent 25 s. par jour, tandis que les domestiques n'ont que 60 1. chaque année.
Le 9 germinal an 111, le premier domestique obtient
(1) Arch. IIôp. — (2) Reg. dél. mun., période int., n" 3, p. 41. — (3) Arch. Hôp.
400 1. par an, plus une paire de souliers. Les autres reslent dans les mêmes conditions. Pourtant, comme le vin leur est supprimé à cause de sa cherté, en vertu d'une délibération du Comité de salut public, ils reçoivent, ainsi que les infîrmiers, une indemnité journalière de 10 s. d'abord, puis de 18 s. en Tan IV. Les servantes n'ont que 10 s. (1). Seuls pourront avoir droit à quelques portions, ceux qui porteront les enfants en nourrice.
A début de l'an IV, l'infirmier Carré est payé 50 1. et le domestique Louis Capiet,200 1. par an. A la fin de l'année, ils n'ont plus que 30 1. chacun en numéraire.
Les servans, gardes ou gagistes du Bureau reçoivent 3 l. par personne et par trimestre. Le 26 juillet 1792, l'un d'eux réclame en disant que les 12 l. annuelles qui lui sont attribuées pour le service des séances, porteries convocations et faire toutes les courses, deviennent par trop insuffisantes. « Il était autrefois indemnisé par le même vestiaire que celui accordé au servant du maire. » En étant actuellement privé, il préfère donner sa démission (2). Comme l'argent manque pour augmenter ses gages, on l'invite à se retirer. Ce qu'il gagnait seraajoutéau traitement de son collègue Fesneau. Ce dernier reçoit 24 l., en l'an II, et, à sa mort, sa veuve le remplace. Le 29 nivôse an III, il lui est alloué 50 1., car elle se plaint de ne pouvoir payer ses chaussures. A partir du l*"'" vendémiaire an IV, cette place semble avoir été supprimée.
L'Hôtel-Dieu possède un barbier chargé, à titre gratuit, de raser les malades (3). Le 6 juillet 1792, le nommé Fumare, qui occupe ce modeste emploi, se trouvant dans
(1) Au début do l'an IV, le vin vaut 1214 1. en assignats ou 5:il. en argent. A la fin de l'année, c'est 3.000 1. en assignats etlOG Cr., en nuniéraire, la barrique (Arch. Hôp.). — (2) Arch. Hop. — (;5) Arch.Hôp.
le besoin, reçoit une rémunération de 26 s. par mois.
Le 29 pluviôse an V,il est établi un planton à ThôpitaLSon emploi consiste à s'occuper delà bonne tenue et de la propreté de la maison, d'ouvrir les fenêtres le matin, de faire nettoyer les salles et les cabinets, d'empêcher les militaires de jetter quoi que ce soit dans les cours, d'entrer dans la cuisine ou dans le local des enfants, d'arrêter au passage les aliments ou le vin apportés du dehors et de veiller à ce qu'il n'en soit pas bu chez le portier (1) . Il devra empêcher les soldats d'entrer et de sortir sans la permission de la directrice et, pour ce travail, touchera 20 s. par jour.
Le fossoyeur, d'abord à la charge du District, passe à celle de l'Hôtel-Dieu, le 5 prairial an II. Le Bureau fait marché avec Boisson qui, selon la loi, devra toucher 3 1, 10 s. pour les grandes fosses et 30 s. pour les petites. Il aura la permission de se servir du brancard de Thôpital. Le 9 vendémiaire an IV, il demande de l'augmentation. On lui promet 10 1. par fosse indistinctement (2) . Le 19 ventôse suivant, comme les assignats perdent de plus en plus de leur valeur, il reçoit 9.200 1. pour 23 enterrements. Le 29 messidor an IV, il réclame les 141. 10 s. qu'on lui doit et s'excuse en disant que c'est le défaut de pain qui l'oblige à se présenter à l'administration. Il obtient 7 boisseaux de froment, « attendu qu'il n'y a aucun fonds dans iacaisse » . Enfin, le 29 thermidor suivant, le Bureau se décide à lui verser des appointements mensuels en remplacement des 25 s. en numéraire perçus pour chaque enterrement.
Le porteur d'eau ou évier, qui est à 120 1. par an, réclame une augmentation, le 26 juin 1793. Comme sa demande
(1) Arch. Hôp. — (2) Le 19 pluviôse an V, on achète 58 aunes de toile d'emballage à 17 sous l'aune pourfaire des suaires (Arch. Hôp.).
est juste, il aura 150 1. Le 15 messidor an II, la citoyenne Rose, qui occupe cette place, l'ait observer au Bureau que, tout ayant augmenté, elle ne saurait continuer au même prix. Quoiqu'elle réclame 200 1., les administrateurs, se basant sur la loi du maximum, ne lui accordent que J70 1., à la condition expresse qu'elle fournira exactement l'eau nécessaire, faute de quoi il lui sera fait une retenue proportionnelle.. Le marché est accepté, mais ne tarde pointa subir quelques modifications. Le29 nivôse an in,la porteuse d'eau reçoit 300 l. et le 19 germinal suivant 1 1 .000 en assignats. Le 29 germinal an IV, ses appointements se montent à 5. 6251. par trimestre (1). Quand les malades passent à l'ambulance du Grand-Séminaire, il n'est plus besoin d'évier pour fournir l'eau nécessaire;! l'hôpital et conduire le linge à la rivière. Aussi cet emploi est-il simplement supprimé.
Le personnel inférieur de l'Hôtel-Dieu ne subit point de grands changements au cours de la Révolution. Les seuls qui se produisent sont occasionnés, au début, par le départ des religieuses, qui amène la disparition des filles données. Les employés laïcs se montrent généralement pleins de zèle et d'assiduité à l'égard des malades. Les plaintes portées contre eux nous paraissent avoir été plutôt rares, et leurs renvois occasionnés surtout par des besoins urgents d'économie. Parfois, on constate qu'une certaine mésintelligence se fait jour entre eux sans nuire sérieusementau service. Tous les incidents de ce genre restèrent sans importance grâce à une administration vigilante, admirablement secondée par la première directrice pendant tout le cours de la Révolution.
(1) Arch. IIôp.