CHAPITRE XIII
Les Frais de nourriture et d'entretien des enfants abandonnés.
Avant d'être mis en nourrice, chaque enfant doit posséder un trousseau dont l'entretien est assuré par la Dominicale. Le 27 avril 1570, elle invite « les nourrisseurs » à lui présenter leurs nourrissons pour voir s'ils ont besoin d'habits et de linge (1). Le 22 juillet 1571, elle accorde à l'un d'eux, âgé de deux ans, « une aulne et demi de draps, acheté à petit prix, pour lui faire deux habits, une aulne de toile pour la doublure, une payre de soulliers, des chausses et aullres menus habillemens, ensemble du linge pour faire des chemises ». Un autre est gratifié, quelques jours plus tard,de60s. dans le but de lui procurer des vêtements et du linge. Le 2 décembre suivant, un troisième, âgé de 4 ou 5 ans, reçoit : « une aulne de draps grys à raison de 25 s. l'aulne, plus une demie aulne de toile » et 5 s., prix de la façon du vêtement qu'on lui fera (2). Pour cela, il est employé, au début du xvii« siècle, de la revesche blanche à 1 1. 10 s. l'aune, de la serge à 20 s., du frizon de couleur à 1 l. 2 s. (3). Les dépenses de ce genre se retrouvent très fréquemment dans les comptes de l'Hôtel-Dieu.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 2.— (2) Bibl. Poitiers, cart.53, reg. 2. — (3) Bibl. Poitiers, çart. 53, reg. 4.
En 1787, quand un enfant va partir en nourrice, on lui remet un premier trou&seau comprenant :
6 langereaux, bons, chacun valant.. 2 1. cy 12 1.
6 drapeaux (1) 2 1. — 12 1.
2 brassières 11. — 21.
4 cliemises de maillot 12 s.— 2 1. 8 s.
4 béguins 6 s.— 11. 4 s.
3 mouchoirs de col 6 s. — 18 s.
2 petites couëtes et leur souille .... 91. — 18 1.
2 mantes 6 1. — 12 1.
1 quarteron d'épingles ^ 8s. — 8s.
1/2 livre de savon, environ 8s. — 8s.
Total.... 63 1. 6 s.
Parfois, quand le trousseau a besoin d'être complété, la nourrice reçoit quelque peu d'argent pour l'achat des objets qui peuvent manquer.
Le second trousseau comprend : une petite jaquette, un tablier, une jupe d'étoffe et deux autres de toile, deux paires de bas, une de sabots, trois chemises, deux ou trois méchants drapeaux, quand il en reste de ceux déjà donnés.
Comme nous l'avons vu, la recherche des nourrices est confiée aux soins des matrones ou des servantes qui lèvent les enfants. Ces femmes abusent parfois des fonctions qui leur sont confiées. Le 5 novembre 1684, le receveur delà Dominicale porte plainte contre la nommée Giraud, l'une d'elles, « qui prélève des contributions sur les quartiers des nourrices, ce qui leur fait préjudice (2) «.Le maire «st aussitôt chargé de procéder à une enquête,
La plus grande partie des nourrissons reste d'abord à Poitiers ou dans ses faubourgs^ mais quand leur nombre
(1) Bibl. Poitiers, cart. 54 .— (2) Arch. Hôp.
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augmente, on les envoie à la campngne jusqu'à IGou 18 kilomètres de la ville (1). Les nourrices n'en reçoivent généralement qu'un seul a la fois. Pourtant, quelques-unes en allaitent exceptionnellement deux (2). Tant qu'ils ne sont pas admis à l'Hôtel-Dieu et à l'hôpital général, les enfants restent chez leurs pères nourriciers ou sont placés ailleurs après qu'ils ont été sevrés. Ils demeurent ainsi, dans certaines familles, jusqu'à l'âge de 10 à 12 ans. Le prêtre Gouault en garde deux chez lui, au cours de l'année 1583 (3).
A partir du xviiie siècle, le Bureau des pauvres emploie des nourrices sèches, qui peuvent aussi en élever trois ou quatre jusqu'à l'âge de deux ans (4). Enfin, l'Hôtel-Dieu possède, le plus souvent possible, une ou plusieurs femmes capables d'allaiter les enfants qu'on y apporte, avant de les envoyer à la campagne (3). En 1727, elles louchent jusqu'à 12 1. par mojs.
Quand la nourrice et son mari viennent chercher un nourrisson, il leur est accordé une légère gratification. Les gages qu'ils reçoivent varient selon l'âge de l'enfant, ou la cherté des vivres. Parfois, la Dominicale les augmente dans
(1) On les trouve à Chauvigny, Venion, Vivonne, Celle-Levescault, Jazeneuil, Benassais, Veuille, Neuville, Vendeuvre et dans toutes les autres localités plus proches de Poitiers (Arch. Hôp.). — (2) Arch. Hop. Un correspondant des Affiches du Poitou préconise, le 4 janvier 1787, l'emploi du lait de chèvre pour les nouveau-nés, au lieu de les remettre à des nourrices mercenaires qui, « loin des yeux des parents, ne leur rendent pas tous les soins qu'on attend d'elles ». Des germes de maladies fâcheuses jieuvent leur être ti-ansmis. Quant aux hôpitaux, possesseurs de maigres revenus, ils y trouveraient un grand avantage au lieu de les confier à de pauvres femmes mal payées. — (3) Arch. Hôp. — (4) En 1763, une seule femme a 3 enfants et d'autres en ont quatre (Arch. Hôp.). — (5) Il en fut ainsi dans nomhre d'hôpitaux des grandes villes de France.
certaines circonstances et en particulier pendant l'hiver s'il est rigoureux.
En looo, pour un nourrisson de l2nQois,il est payé 81. chaque année, somme qui est portée à 10 l. trois ans après. Nous trouvons ensuite, au cours des années 1565 et 156.6, ces prix montés à 11 1., puis à 13 1., et enfin à 16 1.(1). Un enfant, placé dès sa naissance à 161. en 1571, dépense 22 l. plus tard, quand il atteint 6 ou 7 ans (2). En 1572, il est donné pour un an, entre 18 et 24 l.,en comprenant dans ce dernier chiffre une gratification de 6 l. (3). En 1581, la moyenne, qui se tient vers 21 et 22 1., varie, l'année suivante, de 20 à 80 livres.
Pendant toute la belle saison, chaque trimestre est compté 3 L, puis porté à 7 1. lO s. en hiver. Cette augmentation, maintes fois réclamée par les nourrices, devient définitive à partir de 1592. Le minimum de ce qu'elles reçoivent est de 20 l. par an ; le maximum de 40 1. (4). En 1591, l'âge du nourrisson joue un rôle moins importantau point de vue de l'établissement des prix qui se maintiennent entre 12 1. et 24 l. (5). Le tableau suivant indique les sommes versées selon l'âge des enfants :
1° Nouveau-né de moins d'un an 16 L par année.
2° Enfant de 2 ans 16 1. — id.
30 de4à5ans, de 12 1. à 16 1. et 20 1. id.
40 de 7 ans, de 12 Là 20 1. id.
50 de 8 ans, de 12 Là 24 1.(6) id.
60 de 10 à il ans 12 1. id.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 52 et 53. Marie Trouaud est placée à Auzance, en 1566, pour 14 I. par année. — (2) BibL Poitiers, cart. 52 et 53. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (4) BibL Poitiers, cart. 53 et 53 bis, reg. 4, cart. 54. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53 et 53 6is, reg. 4 et 8. En 1572, un enfant de 10 ans, « fort entretenu à l'escoUeoù il va ordinairement et assez joly garçon », reçoit 12 1. au lieu de 15 1., car il obtient plus facilement des aumônes personnelles. — (6) Ces sommes de 20 et 24 1. ne
Ces cliilTres restent les mômes en 1592, mais tendent à s'unifier vers 1594, tout en subissant une légère diminution (1). Au début du xvii" siècle, on les voit se maintenir entre 16 et 181. par an. Parfois, ils atteignent 20 et même 24 1. (2). C'est la somme de 20 1. qui est la plus généralement admise, avec parfois une légère gratification variant de 20 à 30 s.
A partir de 1725, cette gratification de 20 s. par trimestre devient permanente et porte les subventions annuelles à 24 1., payables à l'avance tous les trois mois (3). Le receveur de la Dominicale a bien soin de répéter à chaque nourrice, quand il la paye, que les 4 1. qu'on leur alloue doivent lui permettre de donner aux enfants une meilleure alimentation. Cette gratification n'est supprimée que deux fois, en 1732 et 1733. Les gages des nourrices tombent alors à 20 1. pendant ces quelques années.
Le 6 septembre 1755, Geneviève Charmeteau, matrone et directrice de la salle des enfants trouvés, se plaint aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu de la difficulté qu'elle éprouve à se procurer des nourrices au prix modique de 28 1. On se décide à les augmenter, mais cette augmentation n'a lieu que pour la seule année 1771. Elles sont alors payées 30 1., pour retomber l'année suivante à 28 1. (4). On les trouve encore à 30 1. en 1776, puis à 40 I. à partir de 1783 jusqu'à la Révolution.
Les nourrices reçoivent, en cas de besoin, des allocations
sont données qu'une seule fois dans l'année. — (1) Bibl. Poitiers, cart. 53. — Enfant d'un à sept ans, 12 1.; de huit ans, 121.; de neuf ans, 12 1. ; de onze ans entre 10 et 121.— (2) Bibl. Poitiers, cart. 54.— (3) Arch. Hôp. — (4) Arch.Hôp.On donnait encore des gratitications supplémentaires de 2 à 3 1. et même, de 10 1. par trimestre. Ces augmentations s'adressaient surtout à des familles chargées d'élever des orphelins.
personnelles. Le 4 mars 1571, Perryne Brigelle, se trouvant en mauvaise santé, obtient une avance de 2 1. 10 s. (1). Le 24 juin 1604, il est donné à Catherine Bonneau 40 L pour guérir ses mamelles (2). Un enfant étant mort, son père nourricier touche 70 s. afin de le faire enterrer (3). Quand survient un de ces accidents morbides, qui, pour être rares, n'en sont pas moins graves, la Dominicale vient largement au secours de celles qui en sont les victimes.
Le 12 août 1640, le maire raconte que Marthe Courivaud, de la paroisse Saint-Germain de Poitiers, doit cesser d'allaiter son nourrisson « au moyen d'une malladie qu'elle a prise de luy, en le nourrissant de ses mamelles, sans pouvoir dire quel mal c'estoit, ce qui auroit obligé de faire visitter lad. Courivaud et le petit enffent âgé de deux à trois mois, par chirurgiens qui l'auroient certiffié et assuré que c'estoit la grosse véroUe.Ce que voyant, icelle Gourrivaud se seroit résolue de faire le voyage de Madame Saincte-Rayne et y porter l'enffent (4) ». Le conseil de la Dominicale lui accorde 10 1., y compris le trimestre courant, pour la nourriture de l'enfant et les frais du voyage qu'elle veut entreprendre.
Un contrôle sérieux est toujours exercé sur les nourrices. Il n'est point inutile, car, en 1589, une femme abandonne simplement les deux enfants qui lui sont confiés après en avoir touché la pension (5). Une semblable
(1) Bibl. Poitiers, cart.o3. — (2) BibL Poitiers, cart. 52. — (3) BibL Poitiers, cart. 52. On réclame aussi parfois les sommes perçues en trop quand l'enfant meurt avant la fin du trimestre (Arch. Hôp.). —
(4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 12. — Alise Sainte-Reine, en Bourgogne, dont les eaux étaient fort renommées au xvn« siècle, —
(5) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 1.
accusation est portée, le 24 juin 1652, contre la nommée Cercler. On commence par la mettre en prison avec menace de 12 lieures de carcan si elle est reconnue coupable (1). Il en est qui s'acquittent si mal de leurs devoirs et négligent tellement les soins à donner aux nourrissons que la Dominicale se trouve parfois dans l'obligation de les reprendre. Enfin, d'autres ont l'audace de continuer à toucher des gages quand bien même ils sont morts.
Le 12 janvier 1586, ordre est donné aux nourrices de venir à la prochaine Dominicale déclarer les noms de ceux dont elles doivent prendre soin. Comme certaines de leurs déclarations paraissent suspectes, on invite, le 27 juin suivant, les pères nourriciers « à bailler deux honnestes voysins pour certifier du temps que les enfants seront en nourrice et ce, tous les premiers dimanches du moys (2). Pour lesquelles certiffîcations seront tenus lesd. sieurs se trouver à cest effect à la Dominicalle et ce, à faulte et jusque ad ce quilz y ayent salisfaict, ne sera payée aucune chose aud. nourrices des pauvres. Qui commencera dhuy à quinze jours, comme étant le premier dimanche de juillet et ce, pour obvier aux abuz que l'on est adverti qui se commectent en la distribution des aulmosnes qui sont faictes. Ce qui sera donné à entendre à tous les pauvres et nourrices et dont les secrétaires de lad. maison feront extrait d'iceux ce qui sera signifié et donné à entendre ». Enfin, le 24 juin 1591, deux bourgeois sont chargés de visiter spécialement les enfants exposés mis en nourrice (3). C'est ainsi que, le 7 juillet suivant, ils enlèvent l'un d'eux, âgé de 18 mois, des mains de Françoise Poutaiit, qui le
(1) Reg. dél. mun., no 103,p. 338. — (2) Bibl. Poitiers, c,art. 53 bis, reg. 8. — (3) Bib), Poitiers, cari. 53 bis, reg. 8.
soigne fort mal, pour le placer chez Perrine Goubillet.
En 1627, un membre du Bureau est spécialement désigné « pour avoir l'œil » au paiement des nourrices et à l'emploi des deniers qu'on leur verse tous les trois mois. En 1641, la Dominicale exige l'établissement de rôles qui resteront chez le maire et le secrétaire. En 1683, des visiteurs sont nommés dans le but d'aller voir les enfants, d'indiquer leurs noms et leurs âges, ainsi que ceux des femmes qui les allaitent (1). "Les procès-verbaux dressés par eux devront être conservés au greffe de la ville. Enfin, à partir de 1734, c'est le secrétaire de l'hôpital qui seul est chargé de ce contrôle.
Le receveur de la Dominicale et, plus tard, la directrice de l'Hôtel-Dieu doivent payer les nourrices chaque trimestre et à l'avance. Quand il est commencé, il n'est versé que la somme équivalente au temps qui reste à courir. Au xvin'' siècle, les mandats sont imprimés et revêtus de la signature d'un membre du Conseil et du secrétaire (2). Une fois payés, le trésorier les conserve pour la justification de ses comptes,
(i) Arch. Hôp. — (2) Ces mandais sont libellés de la façon suivante, en 1726 : « Il est ordonné que le Receveur de la Dominicale de cette Ville délivrera à de la Paroisse de la somme
de qui luy a esté ordonnée pour sa nouriture et ce pour
le quartier commencé à la Feste de et en rapportant par ledit
Receveur la présente Ordonnance signée de Nous, Controllée du Controlleur des Pauvres, et Quittance du Secrétaire de ladite Dominicale, ladite somme luy sera allouée dans ses Comptes. Fait à Poitiers le Je dénommée en l'Ordonnance cy-des
sus confesse avoir eu et reçu dudit sieur Receveur ladite somme de en témoin de quoy j'ay fait signer la présente Quittance au Secrétaire soussigné. Fait au dit Poitiers les jours et an susdits.
Plus tard ces billets sont simplifiés. Ils portent en tète Domi.mcale de PorriERS. En dessous : Paroisse, etc.. Le reste ne varie pas. Ils restent toujours soumis au visa du Contrôleur des pauvres et à la signature du Secrétaire, mais l'acquit du Receveur n'y figure pas (Arch. Hôp.),
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A partir du début de la Dominicale jusqu'à la création de l'hôpital général, les enfants trouvés restent, comme nous avons dit, chez des particuliers, tant qu'ils sont incapables de gagner leur vie par le travail. En 1630, l'évoque de Poitiers et les syndics des paroisses, dans le projet d'assistance publique qu'ils ont élaboré en commun, veulent qu'ils portent la marque de la ville et soient nourris et logés après leur sevrage dans les hôpitaux pour y être instruits jusqu'à l'âge de 10 ans (1). Ces sages dispositions ne sont mises en vigueur qu'à partir de 1657.
Vers 1720, Geneviève Gharmeteau, une des servantes de l'Hôtel-Dieu, obtient du Bureau la permission de leur réserver, après sevrage et à l'âge de 2 ans, une salle dans l'établissement. En 1760, ils occupent deux chambres qui dépendent de celle de Saint-Thomas. G'est là qu'ils attendent l'âge de 7 ans afm d'être admis ensuite àl'hôpital général. Les administrateurs de cette maison finissent par trouver la charge fort onéreuse (2). Le 23 juin 1788, ils déclarent ignorer en vertu de quel droit ils sont tenus de les garder et se proposent de demander des subsides aux seigneurs possédant des fiefs dans la ville ou dans les environs, qui légalement devraient en avoir le soin. Quand arrive la Révolution, deux commissaires désignés pour étudier cette question ne font aucun rapport, si bien que la situation ne subit aucun changement.
La Dominicale se débarrasse des enfants abandonnés aussitôt qu'ils sont en âge de travailler. De temps en
(1) Arch. Vienne, H'^-18, Min. Johanne. Les syndics des paroisses se réunissent, le 29 février 1630, chez le notaire Marrot et lui font écrire un règlement semblable à celui du clergé. — (2) Arch. Hôp. Le 13 décembre 1786, l'intendant Boula de Nanteuil envoya Jean Berlon, médecin de passage, pour inoculer les enfants à l'hôpital général.
temps^ elle fait procéder à un recensement dans le but de désigner ceux qui se trouvent en pareil cas. Le 24 février 1547, le maire ordonne « de les mettre à mestier (1) ». En 1565, huit d'entre eux, dont l'un est âgé de 10 ans, trois de 12 et quatre de H , sont placés comme domestiques. D'autres, plus favorisés ou plus intelligents, vont en apprentissage. Le 25 mars 1545, l'un d'eux apprend le métier de cordonnier, moyennant 8 l. et en plus 50 s. pour pot de vin (2). Le 29 juillet 1558, Jean Moreau reçoit un haut-de-chausse de toile avec la permission d'apprendre l'état de menuisier (3). En 1565, celui d'écardeur, peu long et peu coûteux, est choisi de préférence à tous les autres. C'est ainsi que le même patron peut prendre ensemble trois enfants (4). Certain couturier consent^ en 1571, il montrer sa profession pendant 4 ans, moyennant 24 l.,ou gratuitement avec une année en plus (5).
Les jeunes filles sont confiées à des couturières, qui les acceptent à raison de 5 l. (6). Le 24 septembre 1686, Ozanne Mathé, veuve de Pierre Clément, joueur d'instruments, se charge de nourrir et d'entretenir iVlery Sigougneau,âgéde 9ans, moyennant unesomme annuelle deSOl. et de lui apprendre en outre à jouer du violon (7). Ajoutons que les prix auxquels reviennent les apprentissages des enfants trouvés ne sont guère inférieurs à ceux que l'on exige à cette époque.
La Dominicale doit donner 51. en 1600 pour faire apprendre le métier de lingère. L'année suivante, celui de « coef-
(1) Rég. dél. mun., no 28, p. 130. — Bibl. Poit., cart. 49.— (2| Bibl . Poitiers, cart. 53, et Rég. dél. mun.,no 28, p. 130. — On envoyait aussi en apprentissage les enfants dos pauvres inscrits à la Dominicale. — (3) Hibl. Poitiers, cart. 54. — (4) Bibl. Poitiers, cart.54. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53 et 54, reg. 4. — (6) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (7) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 6.
feuse ') revient à 4 I. et celai de couturière à 9 1. (i). Un opérateur prend gratuitement avec lui un enfant de l'hospice pour lui enseigner son art (2). Les sommes à verser augmentent pendant le cours du xvii® siècle, La couture s'apprend moyennant 30 1. en 1643, la lingerie 4 1., dont moitié payable en débutant et le reste à la fin de l'année. Le métier de fileuse est montré pour 12 1. par an, en 1650. A partir de 1657, l'hôpital général, ayant la charge des enfants, procède de la même façon que le Bureau des pauvres pour le placement de ceux qui sont en âge de travailler.
Tant que dure l'apprentissage, il est encore nécessaire de leur venir en aide. Le 5 novembre 1640, un apprenti passementier, du nom d'Emery Graffard, reçoit un vêtement « d'autant qu'il est mal vêtu et presque nud et qu'il seroit bon de le vêtir (3) ». Parfois, ils obtiennent quelque peu d'argent. Ainsi, le 15 mars 1556, on donne une robe et 61. tr. à l'un d'eux (4). La même année, il est remis à un autre « un devantier en cuir, une chemise et des bots (5) ». En résumé, la Dominicale ne cesse de les secourir jusqu'au jour où ils peuvent suffire à tous leurs besoins par le travail.
Le nombre des enfants assistés par la Dominicale varie peu, tout d'abord, pour progresser ensuite d'une façon presque continue jusqu'à la Révolution. Il est difficile, au
(1) Bibl. Poitiers, cart. 54. — La coiffeuse est une fabricante de coiffes. — (2) Reg. dél. mun., n" 85, p. 157. — (3) Bihl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 10. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53. — Au xviir siècle, la Dominicale donne 121. aux enfants pauvres qui commencent leur apprentissage (Arch. Hop.).
début, de distinguer parmi eux les orphelins proprement dits d'avec les semi-orphelins et les abandonnés. Ces derniers nous paraissent cependant avoir été toujours en grande majorité, surtout au commencement du xviii* siècle.
En 1536, nous trouvons 6 enfants exposés dans les rues de Poitiers, puis 7 en 1372 et 6 en 1381. Ce dernier chiffre passe à 20 pour 1584 et à 19, dix ans plus tard. Le total de ceux qui sont inscrits à la Dominicale varie alors entre 30 et 40 par année (1).
Au début du xvii* siècle, le nombre des enfants assistés oscille depuis 27 jusqu'à 63. Parmi eux, il faut en compter de 16 à 21 qui ont été exposés. Le maire se plaint souvent d'en avoir trop à secourir. Le 13 octobre î636, il fait remarquer que ces abandons occasionnent de fortes dépenses (2). Le 22 juillet 1641, après avoir renouvelé ses observations, il ordonne de rechercher les parents coupables (3). Enfin, l'année suivante, il attribue le fait à des femmes étrangères, particuHèrement à des Irlandaises venues à Poitiers. Ordre est aussitôt donné de les chasser de la ville.
Depuis le début du xviii" siècle jusqu'en 1720, les enfants continuent à être inscrits sur les registres de l'Hôtel- Dieu sans distinction d'origine. Cependant, de i 703 à 1715, les notes de police nous signalent 8 à 10 expositions par an. Les orphelins dont les parents sont connus vont, à partir de cette époque, à l'hôpital général.
De 1721 à 1757, le nombre des enfants mis en nourrice, qui est d'abord de 15 à 16, passe ensuite à 22 et à 23. En comprenant avec eux tous ceux qu'on élève à l'Hôtel-Dieu
(1) Bibl. Poitiers, cait. 49 et seq.— (2) Reg. dél. mua., no 87, p. 67. — (3) lieg. dél. nmn., no 03, p. H.
depuis de 2 ans jusqu'à 7, la Dominicale se voit obligée d'en nourrir et entretenir, entre 50 et 93. De 1759 à 1770, ces chiffres varient de 44 à 98 chaque année. Ils augmentent très rapidement par la suite pour atteindre 112 (1). Annuellement, il faut en compter de 120 à 130, depuis 1770 jusqu'à 1789.
L'Hôtel-Dieu aurait eu à sa charge un nombre bien plus considérable d'enfants, si la mort n'avait pas exercé de terribles ravages parmi eux. Faute de documents précis, il est impossible de s'en rendre compte d'une façon absolument exacte. En 1711, le curé de Saint-Saturnin raconte qu'il a enterré plus de 30 petits enfants étrangers à sa paroisse pendant le cours de cette même année (2). De 1766 à 1770, la mortalité atteint 70 0/0 de moyenne. Entre 1771 et 1773, elle est de 84 0/0, puis de 94 0/0 en 1775. Elle redescend à 85 0/0 de 1776 à 1778, pour arriver à 82 0/0, entre 177<S et 1780. Ceux qui sont placés chez des nourrices succombent dans une proportion qui varie de 50 à 60 0/0 à partir de 1781 jusqu'à 1787.
L'assistance aux enfants telle que la Dominicale enlend la pratiquer est une lourde charge pour ses finances. En 1578, le trésorier vient dire: » Cette dépense est si considérable aujourdhuy que les pauvres malades en soullcent, ne pouvant, faute de ressources suffisantes, recevoir tous ceux qui se présentent (3). » En 1583, le budget des pauvres est grevé de la sorte d'une somme de 366 1. iMoins d'un siècle plus tard, en 1668, elle se monte à 1.580 1. pour
(1) Arch. Hôp. En 1776, il y en a 136. — (2) Bibl. Poit. Reg. oint. Saint-Satuinin, no 218. Les registres des paroisses pauvres de Poitiers indiquent de nombreux décès d'enfants de la Dominicale. — (3) Bibl. Poit., cart. 53. Le 4 juillet l.'i87, on ne peut finir de payer les nourrices, car il manque encore 48 1. pour le semestre de la Saint-Jean {id., cart. 55).
retomber à 1.349 1. en 1673, quand l'hôpital général reçoit les orphelins et les semi-orphelins.
Au commencement du xviii^ siècle, les dépenses de ce genre varient peu.D'abordà 1.850 1. de moyenne, on les voit tombera 1.044 l. en 1718. Un état de l'Hôtel-Dieu, fait en 1726, nous montre que les enfants trouvés lui coûtent environ 1.500 1. et parfois 2.000 1. chaque année. A partir de 1758, il faut compter au moins 1.186 l.,mais ce chiffre ne larde pointa subir une forte augmentation. Au début, il se maintient au-dessous de 2.0001., puisil atteint 2.332 1. en 1763. De 1770 à 1776, les frais occasionnés par l'achat du linge et des vêtements sontde 2.7251. et ceux qui concernent la nourriture, de 1.898 1. 12 s., soit par an environ 3.617 1. 16 s. de moyenne. D'après un autre état de 1774, les enfants trouvés reviennent à 4.800 1. d'entretien et de nourriture, sans compter les 4.000 1. que coûtent les trois servantes chargées de les gouverner, soit un total de 8.800 1., somme que les administrateurs exagèrent^ croyons-nous, dans le but d'obtenir quelques secours (1). Plus tard, pendant les années qui précèdent la Révolution, il est payé tous les ans environ 3.000 1. aux nourrices.
Le Bureau de THôtel-Dieu, composé en grande partie d'hommes de loi, n'ignore point que les dépenses occasionnées par les enfants trouvés incombent de plein droit aux seigneurs haut-justiciers. En 1726, il déclare que c'est par un simple usage, et sans y être obligé, qu'il veut bien s'en charger (2). Même observation en 1764. « C'est par un usage et esprit de charité, dit-il, sans aucune rétribution ny obligation pour cause de fondation et de legs et contre les lois de la coutume du Poitou qui ordonne que les sei- (1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp.
JUSQU'A L'AN V 2k;
gneurs suzerains seront chargés des enfants exposés dans leurs tiefs. » Il ajoute que les 38 élevés à l'hôpital, ainsi que ceux qui sont en nourrice, coûtent chacun une moyenne de 40 1. par année. Le total de cette dépense atteint 2.300 1., somme que le roi devrait payer. Comme elle ne peut en somme qu'augmenter, il demande une subvention annuelle de 6.000 1. à prendre sur les trois deniers par livre perçus dans la Généralité, dans le but de venir au secours des maisons de charité (1). Il serait alors possible d'admettre indistinctement tous les nouveau-nés à l'Assistance publique, de les faire nourrir au sein et de les élever jusqu'à l'âge de 7 ans. Inutile d'ajouter que cette demande n'obtint pas môme une réponse.
Le 2 juin 1774, les Administrateurs constatent encore que les enfants trouvés dépensent « plus des trois quarts en sus qu'il y a 20 ans, ce qui charge beaucoup le revenu (2) ». On a beau nommer des contrôleurs avec mission d'en rechercher les parents, les abandons deviennent de plus en plus nombreux. Le l*^' avril 1775, ils écrivent au ministre pour lui montrer la triste situation de Ihôpital, grevé par les frais qu'ils occasionnent, mais leur supplique n'est point écoutée. Enfin, le 5 novembre 1778, ils s'adressent directement au conte d'Artois, prince apanagiste du Poitou, en appelant son attention sur les dépenses considérables qu'il leur faut supporter. Elles sont telles « que les pauvres malades en souffrent et qu'on ne peut, faute de revenus, recevoir tous ceux qui ont besoin d'être secourus » .
Une réponse favorable est envoyée aux administrateurs, le 5 décembre suivant, par Elie de Beaumont, intendant des
(1) Arch. Hop. — (2) Arch. Hôp.
finances du comte d'Artois. A partir de cette époque, les sommes employées à l'entretien et à la nourriture des enfants trouvés restent à sa charge. Le 6 mai 1780, un registre est tenu spécialement pour les contrôler. Il comprend : r date du procès-verbal de la levée des enfants ; 2° l'endroit où ils ont été trouvés ; 3° nom des engagistes sur les terres desquels on les a déposés ; 4° nom du haut justicier ; 5° la manière dont ils ont été aperçus; 6° sexe du nouveau-né ; 7° son âge ; 8° noms des nourrices ; 9° leurs demeures; 10° les prix qu'elles reçoivent ; 11" observavations.
Ce système, qui consiste à rembourser l'intégralité des dépenses annuelles, comporte de nombreux aléas et semble être parfois fort dispendieux. CJest pourquoi le représentant à Poitiers du prince apanagiste propose de verser une somme fixe tous les ans. Le 10 janvier 1782, le Bureau accepte le changement, et l'indemnité annuelle est arrêtée à 2.000 l. Pendant deux ans, on néglige à la fois de confirmer cette entente et de verser ce qui est dû. Enfin, le 10 janvier 1784, l'acte suivant est passé avec le sieur Desminières, directeur des domaines en Poitou:
« L'administration des pauvres se charge de la nourriture, langes et entretien jusqu'à sept ans de tous les enfants bastards qui seront exposés, suivant le malheureux usage, dans les différents cantons et lieux de cette ville qui se trouvent dans les limites du fief de iMonbergeon, dépendant de l'apanage du prince. Lesquels enfans, suivant l'usage qui s'est toujours pratiqué, seront renvoyés à l'hôpital général à l'âge de 7 ans pour y être logés, nourris et pourvus d'états convenables à leur capacité. Pour laquelle nourriture, linge et entretien desd. enfans, le Bureau se contente
d'une somme de 2.000 I. par année, olîerte par led. sieur Desminières chargé des ordres du conseil d'administration de Monseigneur le comte d'Artois, à prendre sur ses revenus et domaines du Poitou,distribuée par demies années au premier janvier et premier juillet sur les exécutoires qui en seront donnés de 1.000 1. chaque année, par M. le Lieutenant général de police en exercice (1) ». Ce contrat est approuvé le 7 mars 1784, mais, par malheur, la somme qui doit être payée tous les ans ne couvre pas les dépenses occasionnées par le service des enfants trouvés.
Comme il existe un autre fief à Poitiers, celui d'Angutard, le Bureau s'adresse à sa suzeraine, Thérèse de la Chesnais, veuve de Charles-Albert-Marc Deraze^ comte d'Auzance. Le 24 juin 1787, elle consent a donner 24 1. par mois pour la nourriture des quatre enfants exposés sur ses propriétés, plus 6 l.pour le linge et les vêtements dont ils auront besoin. Passé l'âge de 7 ans ou en cas de décès, cette pension sera diminuée en proportion du nombre qui en restera.
Le 31 janvier 1788, ils ne sont plus que deux ou trois à l'Hôtel-Dieu. Le Bureau réclame en vain à la dame d'Auzance la somme de 600 1. qu'elle lui doit.A l'avenir, il veut bien les prendre à l'abonnement moyennant 200 1. par an ou 261. par mois (2). De son côté, elle ofïre de lui verser une fois pour toutes la somme de 1.000 l.,à condition qu'il ne lui sera plus rien réclamé pendant toute sa vie. Le 9 avril suivant, les deux parties transigent moyennant 1.200 1. et une pipe de vin.
Dans la seconde moitié du xvnf siècle, des dons particuliers sont affectés aux enfants abandonnés. Au cours de l'année 1761, ils se montent à 950 1. et, trois ans plus tard, (1) Arch. Hôp. — (2) Id.
en 1764, à 2.000. De 1765 à 1769, les aumônes de ce genre atteignent une somme de 3.539 1., avec, en plus, celle de 2701. destinée à l'achat desétoffes qui pourraient leurêtre nécessaires. Par la suite, tous les ans figurent sur les comptes de l'hôpital des dons de ce genre portant toujours cette affectation toute spéciale. Le l*"' septembre 1786, il est versé 300 1. par un anonyme, avec prière de les employer aux besoins d'un enfant exposé à la porte du curé de Jardres. Les directrices reçoivent cet argent et en disposent à leur gré.
Tant que dure la Dominicale, les sommes attribuées aux dépenses des enfants orphelins et abandonnés proviennent des aumônes des habitants de Poitiers. Pour ceux de cette dernière catégorie, ni les rois de France, comtes de Poitou, ni les princes apanagistes qui les remplacent ne leur viennent en aide, comme l'exigent les coutumes de la province. Quand, à la suite de pressantes réclamations de la part du bureau de l'Hôtel-Dieu, ils veulent enfin leur accorder quelques subsides, ils le fontavec mauvaise grâce, cherchant autant que possible à les restreindre. En résumé, cette assistance aux enfants trouvés pesa lourdement sur le budget de la Communauté des pauvres et l'obligea par cela même à diminuer souvent ses aumônes.