‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Couvent et l'Hôpital royal de Saint-Louis de la Charité.

Le 5 août 1619, les PP. Charles-Gabriel de Lessart et Pierre-Paul Ferrand, religieux « de l'ordre de la Charité du bienheureux Jean-de-Dieu, soubz la règle de saint Augustin », sollicitent de la mairie la permission de s'installer à Poitiers (1). Elle leur est accordée le 12 suivant, à condition « de ne point demander logement, dotation ou fondation à la maison commune, mais de recepvoir seulement les libéralités et bienfaits que chascun particulier leur voudra faire^ pour ayder et favoriser leurd. establissement, logement et fondation et leur donner moyen d'y vivre, recepvoir, nourrir, traiter et médicamenler les pauvres malades et blessés tant de ceste ville qu'aultres passants, suyvant leur institution règle et constitution ». Le 7 octobre, ils reçoivent la permission d'habiter un logis situé à main droite de l'entrée de l'Hôtel-Dieu (2). Ils pourront

(1) Reg. dél. mun., no Ti. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 12.

s'y installer en tel nombre qu'ils voudront pour soigner les malades de l'hôpital, conformément à leur règle.

^ Les Charitains ne séjournent que peu d'années à l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande. Le 4 juillet 1625, ils font connaître leur projet de s'installer ailleurs et demandent à la mairie un logement, des meubles avec tout ce qui peut être nécessaire pour leur entretien. Ils proposent également de se charger de faire des quêtes en ville et d'en répartir le montant entre tous les pauvres. A cette requête est joint un projet de traité.

La Municipalité confirmera les privilèges dont ils jouissent depuis 1602, renouvelés à maintes reprises, et particulièrement le 20 mai 1620. Ils toucheront chaque année 1.500 l., pour l'entretien de six religieux, les gages des chirurgiens et les soins à donner à 16 malades. Si le nombre de ces derniers augmente, la ville devra y pourvoir. Ils conserveront tous les dons et aumônes faits par le roi et la reine. Les sommes qui en proviennent (200 1. de rente) serviront à la construction du couvent et hôpital qu'ils se proposent d'édifier. Enfin, ils auront droit chaque année à la moitié du linge qui se distribue à la mairie, le dimanche de la Quasimodo.

Le Conseil n'accepte point un tel projet, mais en propose un autre, le 4 juillet suivant (1). Il autorise la création du nouvel établissement aux conditions suivantes : 1° les religieux recevront tous les malades que le maire leur enverra et, s'ils en reçoivent d'autres, il devra en être averti; 2° ni la ville ni la Dominicale ne seront tenues de verser quoi que ce soit pour leur entretien. Ils n'auront droit qu'aux aumônes ayant un caractère purement volontaire ;

(1) Arch. Hôp.

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3" ils ne pouiTont en .'lucun cas quuler en ville, mais seulement recevoir chez eux les dons des particuliers, à condition de les destiner entièrement aux pauvres malades, et cela sous peine d'être chassés ; 4" ils construiront leur hôpital à une distance de cinquante toises au moins des remparts pour ne pas gêner la défense de la ville; 5" ils donneront les nomsetprénoms de tous les religieux de la maison afin qu'il soit possible de se rendre compte si les ressources dont ils disposent sont suffisantes pour leur entretien et celui des malades ; 6" enfin, en toute occasion ils reconnaîtront l'autorité du maire, du corps de ville et de la Dominicale,

Un tel contrat n'était point destiné à recevoir intégralement son exécution de la part des religieux. Le 27 mai 1627, le maire déclare que ces derniers ont refusé d'admettre un pauvre malade qu'il leur avait envoyé (1). Invités à s'expliquer, ils déclarent, le 1" septembre suivant, qu'ils ont agi de la sorte par suite du manque de place. Ils sont au reste toujours disposés à soigner tous ceux qui se présenteront chez eux, sauf toutefois les vieillards et les incurables. En présence de cet acte de bonne volonté, le Conseil consent à ne point les surcharger d'indigents.

A la suite de ces tracasseries, les Charitains demandent l'appui de la reine-mère. Celle-ci adresse alors une lettre à la Municipalité en la priant de venir à leur aide. Ils pourront de la sorte « plus librement vaquer à leur fonction et vivre dans l'observance de leurs règles », comme ils font ailleurs (.'',). Enfin, grâce à cette protection, les religieux finissent, en 1628, par obtenir des lettres patentes du Roi, qui confirment le nouvel établissement qu'ils ont fondé.

(l)Reg. dél. mun., no 77, pp. 138, 139. — (2) Thibaudeau, Histoire du Poitou, éd. St-Ilermine, l. ni,p. 345.

En attendant qu'elles soient enregistrées, les échevins leur cherchent encore querelle. Le 23 octobre 1628, ils les accusent de nouveau d'avoir refusé des malades quoique possédant chez eux des lits vacants (1). Plusieurs Conseillers sont chargés de « visiter les logis, meubles et commodités qu'ils ont pour loger et retirer les malades », pourquoi ils refusent les indigents qui leur sont adressés et enfin, s'ils veulent à l'avenir s'entendre avec la ville et observer les règlements qu'ils ont reçus d'elle. Le 30 octobre, les délégués rapportent que, sans avoir eu entière satisfaction, ils espèrent que l'état actuel pourra s'améliorer dans l'avenir.

Il ne s'améliore point, car, le 13 novembre suivant, le maire déclare que les religieux veulent bien être priés de soigner les pauvres, mais n'entendent point recevoir d'ordre (2). Au surplus, ils se considèrent comme nullement obligés de les accepter.

Les choses restent sans aucun changement aucours des années qui suivent. Il faut attendre le 12 septembre 1634, pour voir les Charitains assigner la Municipalité au Grand conseil afin de l'obliger à cesser son opposition à l'enregistrement des lettres-patentes données par le roi (3). Le 2 octobre suivant, ils viennent déclarer ouvertement que le contrat passé par eux avec la ville « n'avoit point été approuvé par leurs supérieurs et chapitres provinciaux ». Ils offrent toutefois d'exécuter tout ce qu'il contient de raisonnable et de conforme à leur règle. En fin de compte, ils proposent de s'en rapporter à l'Intendant du Poitou. Nous ignorons les décisions prises par ce dernier, mais

(1) Reg. dél. mun., no 79, pp. 134, 142. — (2) Reg. dél mun., n» 79, p. 160. — (3) Reg. dél. mun., no 85, pp. 39, 60, 80."

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l'opposition de la mairie ne dut point s'arrêter, Aiissi^ grâce à elle et à la mort de la reine-mùre, les lettres patentes ne furent-elles enregistrées que plus tard.

Nous ne parlerons pas de nouveau du projet formé par l.ouis XIV, lors de son passage à Poitiers, de laisser aux frères de Saint-Jean-de-Dieu le soin de soigner les hommes malades et de confier les femmes aux Hospitalières. Nous savons qu'après avoir accepté le prix de journée de 5 s. par personne, la permission de faire des quêtes, le droit de prendre des meubles ou du linge à l'Hôtel-Dieu, ils refusèrent le marché pour ne pas se soumettre à la juridiction de l'évêque et à celle de la mairie.

Quelques années plus tard, le 19 juillet 1655, des plaintes sont de nouveau portées contre les Charitains qui ont renvoyé un enfant malade avant sa complète guérison. On les accuse défaire des quêtes dans la ville. Deux échevins délégués par le Conseil vont s'entendre avec eux, car on ne sait au juste quels sont les droits de la ville àleur égard (1). Ils viennent déclarer que les religieux « désirent les bonnes grâces de celte compagnie » et qu'ils mettent trois lits à sa disposition en la priant de bien vouloir s'en contenter tout en s'engageant à les traiter comme les membres des autres communautés de la ville.

Cette situation, mal définie, ne va point tarder à prendre fin. En novembre 1656^ les religieux s'adressent à la reine qui leur obtient de nouvelles lettres-patentes que le Parlement enregistre le 22 janvier 1657. Aussi, quand, le 15 septembre 1659, un échevin veut se plaindre des empiétements qu'ils font sur la place du Château, ils se contentent de lui

(1) Voyez, pp. 48, 49.— Reg. dél. mua., no 107.— Bibl. Poitiers, cart. no 11.

répondre que Thôpital ne tient en rien de la Maison commune (1). Comme preuve, les lettres patentes sont immédiatement mises sous les yeux de la Municipalité.

Le 21 avril 1625, Jean Forest, éc, sieur des Brosses, et Françoise Leproust, sa femme, vendent au prieur du couvent et hôpital de la Nativité de Notre-Séigneur, de l'ordre du bienheureux Jean-de-Dieu, les maisons qu'ils possèdent» en allant du Quairoux de Montierneuf au Quairoux Millon à main dextre venant de Rochereuil, tenant par le derrière au jardin du château de ceste ville, la rivière entre eux (2)». Le marché est consenti moyennant 3.000 1. données comptant avec l'obligation d'usage, pour l'acquéreur, de payer les cens et rentes.

Cet achat est suivi de plusieurs autres, qui ont lieu entre 1628 et 1631, puis entre 1650 et 1657 et enfm de 1699 à 1718 (3). Ce sont en général des maisons de peu d'importance quitouchent au domaine des religieux. A peine si, parmi elles, il s'en trouve quelques-unes qui atteignent de 1.000 à 1.500 1. La plupart ne se montent guère au plus qu'à 200 1., pour descendre à 50 l. Comme elles sont en assez mauvais état, le maçon Jehan Rullier est chargé de les réparer (4). Pour cela, il touche une somme de 2.000 1. le 8 mars 1628. Cette somme venait d'être versée à l'hôpital par les Trésoriers généraux sur l'ordre du roi.

Quelques années plus tard, le 3 février 1632, ce môme entrepreneur est chargé de construire un bâtiment neuf au niveau du cloître. Il comportera 5 toises de large en façade

(I) Reg. dél. mun., no 110, p. 80. — (2; Reg. dél. raun., n° 110, p. 80. — (3) Arch. Hôp.— (4) Arch.Hôp.

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B"r la place de Monlierneuf .l -'i loises le lon<^ ,lo 1, ruelle des Couels. Ses assises auront 5 pieds hors de .e„e' Un porlad de 7 pieds de large sur 9 de haut s'ouvrira sur celte même place. Il sera surmonté d'une niche de 3 pieds e , de plus, de pierres d'attente pour y sculpter les armes de rance. Deux cœurs enflammés orneront les deux côtés du ironton.

Une porte de 7 pieds de haut fera correspondre l'édise

Tnie ',1™"" " ' ""'"^•'°"' ''"' ''' ' P-<^' <" -e de ' P;ed 1/2, s ouvriront sur le cimetière. Elles seront rondes a I extérieur et carrées à l'intérieur. Les fenêtres auront 7 pieds de hauteur avec 4 de largeur et se termineront „ en rond ou anse de panier ,..Le portail coûtera 90 I. elles portes dl 1. chacune. Les religieux fourniront les matériaux et donneront une avance de (50 1. au maître maçon, qui sera paye du reste, au fur et à mesure que le lrav;il avancera Les ouvriers se mettent à l'ouvrage, mais comme les matériaux manquent, les Charitains demandent au maire de vouloir bien leur permettre d'employer les ruines du château (li. Ils n'obtiennent qu'un refus.

Les constructions n'avancent point faute d'argent. Le n septembre 1633, le prieur de l'hôpital de laCharité de

deSdO . 2). Le 24 septembre 1634, le P. François Lecot charge le frère François Barbelevée d'aller au Parlement de 1 ans ..afin d obtenir l'union et annexion de quelques ,aulmosneries ou béneffices aud. couvent et hospital pour l'eni'elien des pauvres qu, journellement abondent en icell"y (3) ». Il ne dut rien obtenir, car, le 18 février 16.37, le

(1) Min. Mairot. — ^2) Rpo- h.w .v. Boulard, notaire à Paris "" " '''""•' "° ^~' P- '^- - (■') Min.

prieur fui oi)ligé de mettre à ferme un logis dépendant du couvent « dans lequel y a une aulmonerye commencée à construire devant le querroy Montierneuf (1) ». Même location, le 8 mars 1639, mais cette fois le locataire devra sortir après avis donné trois mois à l'avance, si les religieux veulent continuer leurs travaux.

C'est ce qui arrive le 4 février 1640. Un nouveau marché est passé avec Pierre RuUier et son neveu François Rullier, tous les deux maîtres architectes. Les constructions devront coûter 15.000 1., somme accordée par le roi, et se terminer le 4 mai 1641. L'infirmerie aura 22 toises de long sur 5 de large et les murs 4 pieds de large en bas, trois et demi au-dessus du premier étage, puis deux et demi au faîte. Chaque étage comprendra 15 pieds d'élévation. L'église sera longue de 14 toises et large de 6. Une montée de 2 pieds, établie à droite, du côté du cloître, permettra d'y accéder. Le rez-de-chaussée s'élèvera de 2 pieds au-dessus de la place de Montierneuf. Les religieux fourniront les moellons et les pierres des Lourdines qui seront nécessaires. Us paieront 100 s. par toise pour les murs ordinaires et 6 1. pour le parpain.

Les travaux ne durent point avancer bien rapidement. Le 11 avril 1651, les Gharitains demandent de nouveau à la mairie les pierres du château tombées dans le Clain (2). Elle refuse, trouvant « cette prétention inadmissible » . Pourtant, le 1^'' mai suivant, elle leur permet d'enlever le haut d'une tour qui menace ruine. Les matériaux de charpente sont achetés à Jean 'V^areul, le 18 juillet 1646, mais la couverture n'est donnée à faire qu'en 1651, à Antoine

(1) Min. Marrot. — (2) Min. Mair

Lîimoureux, à raison de 20 s, la toise. li^ntin, en septembre Hi;).'^, François llellet, m' maçon, se charge de construire un pignon de 12 pieds de largeur avec autant de hauteur pour séparer la chapelle de l'infirmerie (i).

Tout est terminé le 3 décembre 1656, ce qui permet à François Thomas, chanoinede Saint-Pierre, de bénir la nouvelle construction par suite de l'absence de l'évêque de Poitiers. Le notaire Marrot en rédige l'acte suivant : (( x\uj6urd'huy huitiesme jour de décembre mil six cens cinquante-six, feste de Nostre-Dame, en présence de moy notaire apostolique soubsigné, résidant en ceste ville do Poictiers reçu et immatriculé suivant l'édit^ et des témoings cy bien nommés. L'infirmerie et chapelle de Saint-Louis de la Charité du bienheureux Jean de Dieu, bastie et construite de neuf audevantdu canton de Montierneuf de ceste ville, a esté beniste avecq les cérémonies au cas requises par noble et vénérable M'° François Thomas, prêtre chanoine, grand pénitencier et auditeur de l'église de Poictiers, comme députté du chapitre de lad. église, le siège épiscopal vacant. Dont a esté octroyé acte au R. prieur et religieux de lad. Charité, en requérant pour leur valoir et servir que de raison (2). » Suivent plusieurs signatures, dont celle de Pierre Debien^ joueur de hautbois du roi.

La façade extérieure de l'infirmerie, donnant sur la place de Montierneuf, porte encore les inscriptions suivantes placées au-dessus d'une petite statue de saint Louis, roi de France, dont la figure a été brisée sous la Révolution.

(1) Reg. dél. mun., no 79, pp. 134, 142. — (2) Le 3 novembre 1659^ un lambris de chêne fabriqué par Martin Bellet,Mc menuisier.qui en avait fourni le dessein, est placé dans la salle du réfectoire qui renferme un tableau représentant la eène de N. Seigneur avec les apôtres (Min- Marrot).

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