DE LA CHARITÉ
La chapelle est construite sur trois caveaux, ayant le premier 4 m. 30, le second 4 m. 40 et le troisième 5 m. de profondeur sur 8 m. de largeur. Ils se communiquent tous les uns et avec les autres (1). Une grande baie s'ouvre entre celle chapelle et l'infirmerie, permettant aux malades desuivre delcur litle service divin. Elle devait contenir trois autels, dont le principal est disparu. Les deux autres sont conservés à l'hôpital général. Ils ont chacun un retable de 2 m. à 2 m. 25 de haut sur 2 m. 80 de large. Le plus intéressant contient deux tableaux représentant, le premier, saint Jean de Dieu soignant des malades, et le second, le même personnage à son lit de mort. Sur l'autre, sont peints le mariage de la Vierge et la fuite en Egypte.
En 1723, l'hôpital et couvent de la Charité comprend, église, infirmerie, office, réfectoire, apothicairie,cour,jardins et clôtures (2). Le logis du chirurgien Guyonnet,qui se trouve près de la porte d'entrée de la salle des malades à main droite, est adossé par le derrière au cloître. Le tout est situé sur un terrain dont l'emplacement nous est indiqué par une déclaration faite, en 1692, à l'abbaye de Montierneuf. Il y est dit i". L'église, bâtiment, jardin, clôture du couvent et hospital, tenant par le devant à la rue qui conduit du carroy Millord à la porte de Rochereuil, au petit ruisseau qui va de l'étang de Montierneuf à la rivière du Clain et pour l'austre costé à une petite ruelle appelée vulgairement
(1) Min. MaiTot. En 1663, l'Iiûtellerie donnant sur la place Montierneuf est donnée à ferme. En 1677,une maison est construite parallèlement à l'infirmerie pour loger les religieux.— (2) Arch. Hôp.
JUSQU'A i;an V aoy
des Collez, le loul dans la censive de l'abhiiye de Monlierneuf chargé de 30 s. de cens de renie à lad. abbaye, plus un boiceau de fronrient et 2 s. 6 d. de rente au curé de Monlicrneuf, 30 s. de rente à la fabrique de Saint-Didier, 23 s. aux R. P. Cordeliers et 20 s. aux chapelains de N.-D.de-Pitié fondé dans l'église Saint-Germain (1). » En réalité, ni les constructions de cet hôpital ni le terrain qu'elles occupent n'offrent une bien grande importance.
A partir de l'installation des Charitains dans leur nouvelle maison, la Municipalité désigne chaque année un de ses membres pour l'administrer. Celte nomination a lieu dans le courant de juillet, appelé le mois des offices. La délégation se compose de 2 échevins et de 2 bourgeois chargés en même temps de l'Hôlel-Dieu. Nous avons vu qu'elle n'eut point à s'occuper de ce couvent et hôpital et qu'elle cessa d'exister après 1734.
Les frères ou pères de la Charité, qui ne comptaient parmi eux qu'un petit nombre de prêtres, étaient sous les ordres d'un prieur nommé tous les trois ans au chapitre provincial tenu à Paris vers la Pentecôte (2). En cas de mort au
(1) Arch. Hôp. — (2) Parmi les prieurs nous trouvons : Olivier Digier (1619) ; Gabriel de la Sarte (1023) ; Claude Rivière (1628) ; Georges .Ghaudeon (1631) ; Augustin Gervaise (1633) ; François Lecot (1634) ; Antoine Musnier (1635); Raphaël Yuatine (1638); Ildefonse Leclerc (1640) ; Sébastien Mornet (1642) ; Ildefonse Leclerc (1640); Denis Cassin (1048) ; Christophe Lemaitre (1651) ; Raphaël l.emoine (1654) ; Gervais Livert (1657); Modeste Richcr (1660) ; Antoine Hue (1663) ; Archange Aubry (1665) ; Bernardin Mayeure (1666) ; Grégoire Roussel (1670) ; Bernardin Mayeure (1673) ; Silvain Ganot(1675); Théodore Chaslon (1677); Prosper Roi' (1668) ; Pierre-Grégoire Roussel (1681); Jérôme Lesturgeon (1683); Prosper Roi (1684); Ange Dupiii (1688) ; Maximien de la Châsse (1691) ; Norbert Guillyn(1093) ; Roch Flamand (1006) ; Doiialyen Thoynaud (1699);Eleazard Moite (1699)
cours de ses fonctions, il était remplacé par un frère désigné sous le nom de Vicaire supérieur en attendantla nomination de son successeur. Après lui^ venait un Procureur, chargé des affaires contentieuses, des contrats et de tout ce qui concernait Téconomat. Un dépensier s'occupait des achats, des ventes et du magasin contenant les objets nécessaires aux divers services.
Les personnes désireuses d'entrer en religion chez les frères de Saint-Jean-de-Dieu devaient avoir de 14 à 35 ans et n'apporter avec elles que le linge nécessaire au premier mois de leur séjour au couvent. On leur donnait l'habit religieux au bout de trois mois, puis, un an plus tard, onles admettait à faire profession. A Poitiers, les Gharitains furent peu nombreux. Parfois, on en compta jusqu'à 7, mais ordinairement pas plus de o à 6.
Les aumôniers de Ihôpital sont pris parmi les Pères possédant la prêtrise ou parmi les ecclésiastiques qui ne font point partie de la communauté. Au nombre de ces derniers figure Jean Nourry, né à Angers, qui, le 20 juin 1637, s'engage à servir le prieur, les religieuxx et les malades « comme leur père et chappelain, confesser durant une année, dire etcélébrer en la chapelle, chacun jour, la sainte messe,
Germain Lecoq (1702) ; Pacifique Levesque (1706); Léon Charpentier (1719) ; Seurin de la Vigne (1710) ; Auguste Malzert (1711) ; Laurent Borne (1712) ; Hippolyte Tore (1713) ; Bernardin Jumel (1720) ; Ferréol Mayet(172o); Alexis de laPlanche (1731); BriceDouceur (1731); André Durandeau (1732) ; Ursin François (1733) ; Silvain Combault (1736) ; Urbin Vaquette (1752) ; René Savoye (1752) ; Jean Michel (1757) ; Agricole Boursier (1764) ; Eustache Hédoin (1763-65) ; Louis Lambert (1768-71) ; Georges Bressieux (1773); Abraharjti Desnoyers (1774); AlphonseDuchêne(1781); Georges Bressieux (1783) ; Fidel Lei)lanc(1784); Malham Lemaire (1786): François-de-Paule Cagnard (1702).
soit busse, soit en nolte, ainsi qu'il sera ordonné par les Pères ou mellre à sa place un autre prêtre. Confesser les religieux, onsemblablement les malades de l'hôpital et leur administrer les sacremens, toutes les fois qu'il en sera requis (1) «.Le tout, moyennant 65 l.par an avec sa nourriture et l'obligation de continuer son service pendant deux ans et de prévenir deux mois à l'avance en cas de départ. Peu de temps après, Valentin Violeau le remplace pour 60 l.En 1679,run de ces aumôniers, Charles Linier, abandonne, en vertu de son testament du l''" août 1672^ tout ce qu'il possède aux Charitains (2).
Parfois, les vicaires de Montierneuf remplissent cet office comme le fait Guillon en 1757 (3). Enfin, au nombre des religieux possédant la prêtrise, on trouve Joseph Veluet (1639-1650), Pierre Dubois (1650) et Modeste Bernard (1784-1792). Ce dernier, arrêté en 1793, est envoyé au bagne à Rochefort. Revenu à Poitiers l'année suivante, il se cache jusqu'à l'an V. Arrêté de nouveau à l'hôpital général,^!! il est en traitement, le Directoire l'envoie mourir à la Guyane.
Le service médical et le service chirurgical sont surtout confiés à des chirurgiens de la ville. En 1628, Jehan Thevenet, simple compagnon, soigne un prêtre malade à la Charité (4). A partir de 1692, ils sont appelés à donner des soins aux soldats malades. En 1725, c'est Guyonnet qui prend la direction de ce service que nous trouvons en 1784, entre les mains de Dabon-Coupelle (5). Joseph Maury, après avoir été l'aide de ce dernier, le remplace en 1780 (0).
(1) Min. MaiTot.— (2) Min.Marrot. — (3) Min. Marrot.— (4)Min.Marrot. — (y) Arch. Hô|). Arcli. Vienne. Greffe du présidial. — (G) Arch- Hôp.
Des jeunes gens sont admis comme stagiaires en chirurgie à l'hôpital Saint-Louis. Ainsi, la V* Guéneau paye, en septembre 1782, la somme de 102 1. pour la pension de son fils en quahté d'apprenti (1). On en reçoit également après qu'ils ontaccompli leur apprentissage. En 1691 , Jules Chailler, ayant terminé le sien à Lusignan, entre dans la maison comme compagnon (2).
Charles Fallu de la Barrière, doyen de la Faculté de médecine de Poitiers, s'occupe, quelques années avant la Révolution, des soldats malades.
La pharmacie est confiée à l'un des Pères de la Charité. Située d'abord à l'entrée de la salle des malades, on la transporta, au début duxviii® siècle, dans une grande chambre placée à gauche du bâtiment principal. C'est là que se confectionnaient nombre de remèdes qui eurent un certain succès à Poitiers, en particulier ceux des PP. Sanson et Albert Au surplus, les apothicaires de la ville ne manquèrent point de se plaindre à plusieurs reprises de cette concurrence^particulièrement en 1789.
Aussitôt l'arrivée d'un malade, on lui lave les pieds en récitant quelques prières, puis on le couche dans un lit propre, bien chauffé s'il en est besoin et muni de tout le nécessaire. Chacun de ces lits ne doit en contenir qu'un seul. Celte installation terminée, l'entrant donne son nom, ceux de son père et de sa femme, s'il est marié, sa profession et le lieu de sa naissance. Ses vêtements sontensuite déposés dans un vestiaire.
Les visites du médecin et du chirurgien ont lieu au moins
(1) Aich. Hôp. — (2)MiH. Decressac,
JUSQU'A I/AN V :M:i
une fois par jour en connpagniô de l'infirmier et de Tapothicaire. Les médicanaenls sont délivrés à heure fixe.
Toutes les trois heures, on distribue aux malades des œufs frais, du bouillon, du consommé, des gelées ou des confitures, selon qu'il est nécessaire. La nuit, un religieux reste de garde auprès d'eux.
Aussitôt guéri, le convalescent change de chambre. Là, il finit de se rétablir, tout en étant tenu d'assister à un certain nombre d'exercices religieux.
L'hôpital Saint-Louis est de peu d'importance grâce au petit nombre délits qu'il possède, soit en tout de 10 à 12. Dans un rapport dressé par l'Intendant en 1780, il est dit qu'il est d'un grand secours pour les habitants de Poitiers tant au point de vue de la chirurgie que de la pharmacie, mais qu'il ne peut mettre que 6 lits à ladisposition des pauvres. Deux et demi de ces lits sont fondés par des particuliers (1). Les autres sont réservés aux pensionnaires.
Avec des malades civils ou militaires, les Gharitains reçoivent aussi des pensionnaires. Des soldats y sont admis en vertu des lettres données parle duc de Ghoiseul,le 2o mai 1764, à condition qu'ils lui abandonnent leur solde ou demi-solde. Quant aux civils, il en vient non seulement de Poitiers, mais encore de Niort, La Pvochelle^ Ghâtelleraultetmême de Paris. Leprixde la pension est variable. L'évêque paye, pour les vieux prêtres retraités, de 250 à 3001. Les personnes aisées versent entre 400 et 500 1. Les fous sont à 600 l. La journée de maladie se monte ordinairement à 2 l.,mais pour un officier à 2 1.17 s. Dans celle somme sont compris le chauffage, le blanchissage et les
(1) Arch. Vienne, C. 01. Pour l'under un lit, on devait assurer une vente annuelle de 150 livres.
soins du perruquier. La journée des simples militaires se paye de 14 à 16 s.
Entre 1757 et 1792, les décès sont au nombre de 1 à 12 par an avec un maximum de 14. Certaines années, comme en 1757 et 1792, on n'en compte aucun. Les pauvres sont enterrés dans le cimetière de Saint-Germain ou dans celui de l'hôpital ; les pensionnaires dans les caveaux situés sous l'église ainsi que les Pères (1 ). Il était aussi d'usage d'employer des Charitains à porteries cercueils aux enterrements de personnes riches, moyennant une petite rémunération.
Les comptes de la maison, tenus parle Prieur, sont arrêtés chaque mois par tous les membres de la communauté, puis vérifiés tous les deux ans par un délégué du vicaire général et enfin, tous les trois ans, déposés au chapitre provincial qui se tient à Paris. Ceux qui nous restent, comprenant en partie la seconde moitié du xviii^ siècle, ne nous montrent point la situation financière delà maison sous un jour très brillant.
Les legs ne furent ni nombreux ni surtout importants. Ils se composent de petites sommes se montant à quelques livres que de pauvres mourants lui délaissent. Cependant il enestun qui actuellement semblerait assez original (2). 11 s'agit d'un simple don de 192 1 . , que lui fit remettre, en 1779, la société des Francs-Maçons qui venait de se foncier à Poitiers. En présence de recettes si minimes, le provincial se trouve dans l'obligation d'envoyer à ses frères une somme annuelle variant de 3.100 1. à 3.223 1. pour leur permettre de boucler leur budget (2).
(1) Arch. Hôp. — (2) Em. Seguay, Etude historique de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu (Paris, Sagnier et Bray, 1854).
L'état financier de la Charité, qui nous est donné en 1764, comprend une moyenne de 10 annc(^s (1). Ilindi(jue comme receltes :
lo Des pièces de ferres labourables contenant 70 boisselées situées au village de la Bugellerie, affermées pour 40 boisseaux de froment.
2° Six maisons affermées 309 1 .
3° Trente-deux rentes foncières se montant à. 5o8 1. 6 s. 8d. 4* Aumônes de plusieurs maisons de l'ordre, 3.223 1. 3 s.
[)0 Rentes constituées 1.731 1. 17 s. Gd.
6° Autres renies et aumônes de différentes
maisons de l'ordre 800 l .
Total..., 0.G22 1. 7 s. 2d.
Les dépenses comportent:
1» Pour la sacristie 600 I .
2o Pour les provisions de bouche (2) 2.780 1. 4 s.
3° Pour les autres provisions non manduca-
bles ' 447 1. 19 s.
4° Frais deprocureet transport des religieux.. 523 1. 5" Pour les réparations des bâtiments et gages
des domestiques 407 1 . 15 s.
6o Pour les pharmacie et chirurgie 733 1. 17 s. 3 d.
70 Pour la garde-robe et entretien de linge. . . 676 1. 10 s.
Total 5.938 1. 5s.3d.
Les recettes excèdent les dépenses de 864 1. 7 s. 3 d.
Ces chiffres, d'après les comptes qui nous restent de 1798 à 1792, continuent, à peu de chose près, à rester les mêmes. Nous ferons toutefois remarquer que les sommes
(1) Arch. nal., M. 677. — (2) De 1685 à 1692, le boucher fournit à l'hôpital la viande de bœuf, mouton et pourceau à raison de 2 s. G d. la livre, plus, chaque semaine, une tète ou un ventre de veau et, dans le cours de l'année, le lard nécessaire à la cuisine, plus 12 langues de bœuf salées. De 1681 à 1697, le blanchissage du linge revient à 60 1. jjar an (Min. Marrot).
encaissées pour soins donnés aux soldats malades n'y figurent à aucun moment. Ainsi, en 1780, le Receveur général verse aux Charitains 2.400 1. pour la part que le roi leur doit et pendant le dernier trimestre de cette même année, celle de 1.2251. 2o s. 3 d. provenant des retenues effectuées sur la solde des militaires hospitalisés. En 1781 , celle de l'Etat se monte pendant quatre mois à 2.422 1. ils. 9 d. (1). Il n'est nulle part fait mention de ces recettes sur le budget de la Charité.
Dans un état dressé le 10 novembre 1790, il est dit que l'hôpital contient 10 lits et que son revenu comprend :
1° Une rente de 690 1. 8 d. constituant sa dotation annuelle; 2" Une somme de 283 1. provenant de locations de maisons. 3° Une renie de 40 boisseaux de froment ; 4» Une rente de 294 1. sur l'Hôtel-de-Ville de Paris et sur plusieurs états tels que ceux de Bourgogne et du Maçonnais; Soit au total 3.966 1. 1 s. 2 d.
Sur cette somme, la sacristie acquitte 300 messes st plusieurs services se montant à 445 l. 10 s. 10 d. Le reste est employé à la nourriture des passants, celle des 6 pauvres malades, des 6 religieux et des 4 domestiques à l'entretien desquels il faut également pourvoir.
Le dernier des Prieurs confirme cet état financier, quand il écrit le 4 mars 1792.
<( Il est à observer que l'hôpital est fort pauvre eu égard au nombre des malades qu'il y reçoit journellement, surtout les soldats allans et venans des armées de sa majesté ou qui séjournent par ses ordres en cette ville, n'ayant aucune fondation ny dottation particulière et ne possédant pour l(jus domaines que quelques maisons en cette ville qui
(1) Arch. Hôp. Pièce justificative n» 5.
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leur ont été données pour l;i subsistance des pauvres malades ou qui leur ont été faites, tant en ville qu'à la campagne qu'ils ont épargnées et mises en fonds et augmentation de lits au fur et à mesure qu'ils les ont reçus (1) ». A la fin de l'année, l'hôpital est fermé et ses comptes arrêtés le 12 avril 1793, par les commissaires de la Commune, da District et du Département.
Le 25 mars de cette même année, les Charitains implorent <c la justice et la charité du fJépartement, eux qui l'ont faite et donné depuis plusieurs années leurs soins aux malades (2) ». Il leur est accordé à chacun une rente de 800 1. par an. Seul, le P. Modeste Bernard, qui n'a point voulu déclarer son état civil, n'obtient aucune pension.
Le 13 avril 1793, le conventionnel Piorry, s'en référant à l'arrêté du 13 mars précédent, qui a uni la Charité à l'Hùpital-Général, décrète que tout ce que le premier de ces établissements possède en mobilier ou en argent deviendra la propriété du second après inventaire fait.
Cet inventaire, commencé le 12 avril 1793, se termine le 23 frimaire an II. On y trouve surtout relatés les meubles que contient la chapelle : une lampe d'argent avec sa chaîne ; couronnes d'argent garnies au dedans de fer-blanc ; un encensoir doré ; trois calices et leurs patènes ; 2 ciboiresd'argent doré ; 2 petites chaînes d'argent ; 2 croix de cuivre argenté ; une grande lampe d'église ; 14 chandeliers grands et petits de cuivre, etc. Tous ces objets, renfermés dans un magasin, sont en partie disparus, le 25 prairial an II, quand l'administration veut en faire le recollement (3). L'argenterie, vendue en l'an IV, vient en aide aux pauvres renfermés.
(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, C. (H. — (3) Arch. Ilnp.
Le 16 avril 1793, après avoir, sur l'avis de l'architecte Gon, renoncé à démolir les maisons placées entre les deux hôpitaux, on se contente d'ouvrir une porte pour permettre d'aller de Tun dans l'autre (1). Celui des Charitains reçoit des prêtres réfractaires, mais comme l'administration n'entend pas être responsable de leur garde, on les renvoie bientôt dans un autre établissement.
En résumé^ la maison des PP. de Saint-Jean-de-Dieu fut loin de prendre à Poitiers une extension bien considérable. L'assistance publique, y étant fortement organisée et administrée avec beaucoup de zèle par les délégués de la Mairie et des Chapitres, sut attirera elle la plus grande partie des aumônes des habitants. Il en résulta que cette institution, vouée uniquement au soulagement des hommes malades, n'eut aucune chance de réussir. Sans l'aide des autres hôpitaux de France appartenant au même ordre, son existence se fût arrêtée bien avant la Révolution.
(1) Arch. Hôp.
CHAlMTPiR 11
Le Couvent et l'Hôpital des hospitalières de Saint-Joseph.
Nous avons déjà longuement parlé des nombreux démêlés survenus entre la Dominicale et les Hospitalières chargées de gouverner l' Hôtel-Dieu. Considérant cette maison comme malsaine et inhabitable, elles obtiennent, en décembre 1655, un arrêt du Conseil d'état les autorisant à se retirer dans le logis que leur a vendu Peyrauddela Cheze(l). Elles pourront emporter en s'en allant tout le linge et tous les meubles qu'elles possèdent^ après visite faite du nouvel établissement parle Lieutenant général.
Les religieuses s'adressent alors au maire et aux échevins en leur disant que, depuis Jl ans, elles ont gouverné les malades de l'hôpital avec beaucoup de soin et « y ont souffert de grandes incommodités et contradictions avec grande patience, dans l'espoir d'en sortir par leur bonté et charité, mais que, leurs prières n'ayant pas été écoutées, désireuses de s'approprier et d'acheter une maison pour loger les pauvres femmes et filles malades envoyées par la mairie », elles demandent à être entendues par le Conseil, qui dressera l'inventaire des meubles de l'Hôtel-Dieu (2). Inutile d'ajouter que cette demande ne fut point écoutée.
(1) Bibl. Poitiers, cait. 11. — (2) Arch. Vienne, H. 02.
Le 3 juin 1656, la supérieure, Marie de l'Incarnalion, prie le chapitre de Saint-Pierre dénommer un de sesmembres pour, en l'absence de l'évêque, visiter le local acheté et y établir la clôture.
Ayant d'abord accepté cette mission et désigné un chanoine pour la remplir, il se ravise et répond par un refus^ce qui fait que les Huspitalières ont recours à l'archevêque de Bordeaux, primai d'Aquitaine. Ce dernier, sans tenir compte de ce refus, ordonne que, selon les lettres delà Reine, il leur sera permis d'agir comme elles le désirent. Immédiatement, le 25 du même mois, à 4 heures du matin, elles abandonnent l'HôteUDieu,
Le chapitre de Saint-Pierre, dont Taulorité reste ainsi méconnue, fait défense à Garnier, chanoine de Saint-Hilaire, auditeur de l'archevêque, d'accomplir un acte qui se trouve en dehors de ses fonctions, sous peine de censure pour lui et de renvoi pour les religieuses (1). Elles répondent à ces menace? par une sommation au maire d'avoir à procéder à l'inventaire des meubles de l'hôpital, tout en lui signifiant leur nouvelle installation dans l'.'incienne habitation de Peyraud de laChèze, conseiller au Présidial. Elles terminent en ajoutant que trois religieuses sont restées à soigner les malades.
Le lendemain de leur arrivée et sur leur requête, l'auditeur Jacques Garnier, conformément à son ordonnance du 20 juin, vient examiner la maison dont elles se sont rendues propriétaires (2). Il la trouve convenable et, en attendant la construction d'une église, désigne un local dont rentrée est située en face les Trois-Piliers, pour y célébrer le service divin. Il indique aussi la salle du parloir et se
(1) Arch. Vienne, H. 62.— (2) Arch. Vienne, H. 62.
retire en déclarant que l'immeuble est parfaitement choisi.
Les trois religieuses restées à l'Ilôtel-Dieu font aussitôt tout ce qu'elles peuvent pour l'abandonner. Le 7 juin 1657, un arrêt du Parlement les autorise à s'en aller (1). Le 29 juillet 1657, le roi se plaint au Maire des vexations qu'on leur fait subir. La reine-mère ordonne à son tour de les laisser sortir sous prétexte que l'hôpital est insalubre. Le 23 février 1658, un autre arrêt, donné contradictoirement, fait cesser l'opposition du chapitre de Saint-Pierre, car il prescrit l'exécution des lettres-patentes du 3 mars 1657 (2). Le 8 août, a lieu l'inventaire de l'Hôtel-Dieu, et les deux religieuses restées encore au service des malades s'empressent de partir. Le 13 du même mois, une lettre de jussion régularise nettement leur situation en ce qui concerne la justice civile.
Au point de vue purement canonique, plusieurs questions restent encore en suspens. L'archevêque de Bordeaux, représenté par son auditeur Jacques Garnier, est toujours considéré comme ayant empiété sur les droits du chapitre de Saint-Pierre, représentant l'évêque de Poitiers (3). Pour régulariser la situation, il est alors nécessaire d'avoir recours à Rome. Une bulle du pape Clément IX vient autoriser, le 8 octobre 1668, l'établissement des Hospitalières, et l'évêque Gilbert de Clérembault l'enregistre le 11 janvier
Pendant toute cette période de luttes, les rehgieuses ont successivement à leur tête, en qualité de prieures, Suzanne Coche, dite de la Conception, et sa sœur, dite de l'Incarnation. Ce sont les filles de Jehan Coche, apothicaire du Roi,
(1) Arch. nat. Z'", no 8. — (2) Areh. Vienne, H. 62. — (3) Arch. Vienne, H. 62.
et de Marie Dufour, qui, devenue veuve, se remaria avec Nicolas du Camps, sieur d'Herville (1 ). Une troisième est, en 1658, Louise de Cardaillac de Bourbon, qui dirige la maison à l'époque Oii elle a le plus grand besoin de la protection royale .
La Municipalité, toujours soucieuse de réserver les dons et les aumônes de la ville à ses seuls établissements de charité, ne pardonne point aux Hospitalières la création d'un nouvel hôpital (2). Quand, cinquante ans plus tard, elles veulent acheter les halles, le maire s'y oppose en déclarant « que la ville de Poitiers est plus des deux tiers remplie d'édifices ecclésiastiques et communautés, dont 19 sont placés tout autour, les cloistres allans jusqu'aux remparts, le chemin entre eux, sans presque de séparation entre ces 19 communautés que les rues qui conduisent aux remparts, et un tas de terre appelé les Giliers. Au dedans de la ville, il y en a 29 en tout, sans compter les chapelles particulières, 23 paroisses et leurs cimetières, ce qui fait 60 emplacements ecclésiastiques ».
Il ajoute que luiet les échevins « ont l'expérience de quels bien et utilité sont au public les services des communautés des frères de la Charité et des filles Hospitahères, les ayant appelés pour leur confier la conduite et régie de l'Hostel- Dieu de ceste ville, pendant 13 ou 14 années à chacune successivement, ce qui a occasionné l'établissement de ces deux communautés en cette ville qui leur fait connaître que jamais le public n'en recevra un secours considérable (3). Que la condition portée pour l'enregistrement au Conseil des frères de la Charité, par eux et par elles, ne sont exé-
(1) Arch. Vienne, H. 62.— (2) Arch. Vienne, H. 62 et 64. — (3) Arch. Vienne, H. 64.
cutées, qui est qu'ils sont obligés de recevoir les pauvres malades que leur envoyé le bureau de l'Hotel-Dieu, ce qui ne se doit pourtant faire que quand l'Holel-Dieu est remply et des malades non contagieux et communicables, n'ayant chacun qu'une salle de leur sexe et, dans une grande quantité de maladies, il est du devoir des administrateurs de faire double. Les Hospitalières ont regardé l'Hôtel-Dieu comme une habitation passagère^ comme il arrive dans tous les nouveaux établissements des communautés qui attendent une occasion favorable d'un établissement solide occupant les maisons à loyer, comme les filles de l'Union Chrétienne, qui ont habité deux ou trois maisons différentes en cette ville et autres de même. Les Hospitalières ne devaient pas rester à rHôtel-Dieu,car elles étaient parties de Loches pour les mêmes causes. »
Enfin, elles n'ont jamais reçu aucun des malades envoyés de la part de la Municipalité. Celle-ci, en appelant les représentants de ces communautés pour tenir son hôpital, ne pensait guère que c'étaient deux nouveaux couvents qui allaient s'installer dans une ville où ils se trouvaient déjà trop nombreux. D'un autre côté, elle ne pouvait leur pardonner d'avoir méconnu son autorité et d'avoir blessé son amour-propre.
Deux ans plus tard, le 7 mars 1712,1e maire rappelle encore le passé, ajoutant que les Hospitalières ont acheté la maison qu'elles habitent sous la réserve de l'abandonner^ après qu'on leur en aurait fourni une autre (1). Il continue à se plaindre de l'envahissement des communautés religieuses dans une ville « où elles occupent tous les emplacements.
(i) Arch. Vienne, H. 62.
Cela va au point que^ dans peu, il n'y aura plus que les faubourgs et personne dans la ville pour payerles charges » .
Le 6 août 1658, Louise de Cardaillac de Bourbon, supérieure des religieusesde Saint-Joseph, après avoir pris l'avis des architectes Jacques Servant et Jacques Mauberger, déclare au m* maçon Pierre Bellet qu'elle lui remettra dans 15 jours, à la fm des travaux qu'il a entrepris, la somme de 280 1. lui restant encore due (1).
Le 20 septembre 1659, les deux vicaires généraux du diocèse visitent la maison des Hospitalières et l'enclos qui l'entoure. Depuis la principale porte d'entrée, située rue de la Tranchée, en face des Trois-Piliers, le terrain comprend 100 toises de long sur 7 de large. Au milieu, sont les bâtiments placés entre deux cours (2), Ils occupent 7 toises de largeur sur 8 de profondeur et se divisent en trois corps, dont un possède des arcades.
Le premier jardin, avec les bois qui sont à côté, est large de 20 toises et long de 7. Le second, dans lequel se trouvent des arbres fruitiers, a de 33 à 34 toises d'un côté, sur 24 de l'autre. Aucune habitation voisine ne possède de vues sur l'intérieur du couvent. Pourtant, les cloîtres devront être surélevés dans quelques endroits. Le 1" décembre 1659, les religieuses font encore l'achat, moyennant 1 .600 !., d'une salle possédant deux fenêtres de 2 pieds de large sur 3 de haut (3). Cet appartement, si peu aéré, doit servir d'infirmerie pour loger les femmes malades.
(1) Min. Cailler. — (2) Min. Cailler. —(3) Arch. Vienne, H. 6.^. — Min. Darbez. Le 2i décembre 167;!, les Hospitalières font creuser un puits de 92 pieds et demi de profondeur. Il doit atteindre encore 6 pieds de plus, mais l'eau n'arrive qu'après être descendu deux ou trois
Le couvent ne tarde point à prendre de l'extension, grâce à des acquisitions nouvelles. Le 2 décembre 1703, c'est l'achat de deux parts que possèdent les enfants du sculpteur Jean Girouard dans la maison de leur mère (1). Il devient ensuite propriétaire des halles, que lui vendent Jean Irland, lieutenant général, et Marie Carlouet, sa femme. Le maire s'oppose à cette acquisition, mais le 3 janvier 1704 les religieuses portent plainte au ministre Ponchartrain en disant que la Municipalité « est haineuse » d'avoir manqué l'occasion d'en devenir propriétaire. Au reste, la ville n'a pas le droit d'employer cet immeuble plus de trois fois par semaine pour servir de marché aux grains (2). Elles n'en réclament guère, au surplus, que la possession d'une petite partie. Il restera comme il était avant, à la disposition du public, mais son entourage sera compris dans la clôture de leur maison, « azile des personnes de leur profession et des pauvres »>.
Malgré de nouvelles suppliques de la part des Hospita- Hères, dont celle du 27 mars 1706, le maire ne veut point céder. Il leur reproche d'avoir placé des pensionnaires depuis deux mois dans l'auberge qui reçoit les messagers et les voituriers (3). En 1710, il leur fait observer que si les halles viennent à disparaître, il n'y aura plus que « le marché-vieil qui sert pour les pailles, foins, bois ouvrés à bastir et à brûler trois jours par semaine et les vendredis pour les veaux, cochons, bestiaux, la boucherie et le poisson continuellement » . Enfin, l'achat s'effectue le
doigts plus bas. Le pied est payé à raison de 3 l.(Arcli. Vienne, H. 62). (1) Arch. Vienne, H. 04. — (2) Arch. Vienne, H. 64. — I-e 18 mai 1789, elles veulent les céder à la ville, moyennant 900 1. de rente quoique louées d'abord de 100 à 120 1., puis à cette époque 600 1. — Rég, dél. m. nos 153 et 194. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 11.,
17 avril 1714. Marie Carlouet, devenue veuve, cède sa propriété moyennant une rente annuelle de 200 1. (1). Les religieuses peuvent ainsi compléter l'enclos du couvent, sans pouvoir toutefois acquérir complètement l'habitation des Girouard, dont Jean le fils aîné et quelques-uns de ses frères refusent de se déposséder.
Le 20 octobre 1723, l'architecte Vangine visite le couvent et le trouve en mauvais état, de même que la chapelle. Il établit un plan pour reconstruire le tout moyennant une somme de 123.0001. (2). Le 29 novembre 1737, la supérieure Geneviève Nivard, dite sœur Sainte-Rose, reçoit un don de 2.000 1. pour « faire un hôpital ».
D'après Thibaudeau, on lisait sur la porte d'entrée du couvent et hôpital ces mots :