JESUS MARIA JOSEPH
Cet hôpital a été fondé sous le nom d'Auguste
Sous la protection du glorieux saint Louis
Les fondations ont été consacrées sous Louis le Grand
Régnant heureusement en France.
La première pierre en avait été bénite le 1 7 septembre 1 689 par François-Ignace de Baglion de Saillant, évêque de Poitiers, et posée par Antoine Robert, ch., s' d'Homme, conseiller d'Etat, conseiller au Parlement et Intendant du Poitou (3). Bellin de la Liborliëre prétend que la porte d'entrée du couvent était à gauche dans l'allée qui conduisait au minage. Quant à Ch. de Chergé, il croit reconnaître celle de la chapelle dans une autre porte sculptée qui se trouvait rue des Trois-Piliers.
(1) Arch. Vienne, H. 64. — (2) Arch. Vienne,H. 62. — (3) Thibaudeau, Histoire du Poitou, t. III.
Les religieuses hospitalières de l'ordre de Sfiint-Augustin, sous la protection de la Sainte-famille de Jésus, nous ont laissé un règlement qui date de 1675 (1). Nous passerons rapidement sur ce qui concerne le caractère purement religieux de cette institution, ne voulant l'étudier qu'au point de vuede son rôle charitable auprès des malades.
La Prieure peut être renommée trois fois de suite et rester 9 ans en fonctions, mais il lui est interdit de prolonger son mandat sans une autorisation de l'évêque (2). A la suite de cet emploi, on en trouve un grand nombre d'autres. Ils se classent à peu près dans l'ordre suivant : T maîtresse des novices ; 2" mère sous-prieure ; 3° officière de salle ; 4" maîtresse de pensionnat; 5° sœurs discrètes; 6° l'aumônière ; 7° la dépensière ; 8° la directrice du chœur ; 9° la sacristine ; 10° latourière du dedans : llMa grenetière ou boulangère ; 12° ; l'infirmière; 13" la pharmacienne ; 14° la robière ; 15° la lingère ; 16° la cuisinière; 17° la sœur du réfectoire; 18° la sœur lectrice à table ; 19° la sœur qui sert à table; 20° la sœur qui réveille; 21° les sœurs converses; 22° la tourière du dehors.
(1) Bibl. Poitiers, Constitution, des religieuses hospitalières de la congrégation de Saint-Joseph de Poitiers, etc., 1675, par Jean Fleuriau, imp. à Poitiers, in-12 de 10 fT. prélim. et 276 p. — (2) Parmi les noms des Prieures ou Supérieures, nous trouvons : Marie deSaint-François(1046); Louise de Cardaillac (1658) ; Catherine Duboul dite Marie de l'Incarnation (1660) ; la sœur Antoine (1672-1679); la sœur de la Croix (1096); la sœur de la Visitation (1709) ; la sœur Madeleine (1709); la sœur Thérèse de la Nativité (1722); Thérèse Babinet (1722) ; Marie de Jésus (1728); la sœur du Saint-Sacrement (1733); Thérèse Babinet (1749); Monique des Francs (1753-1758) ; Marie Degenne (1763) ; Marie de Bretinault (1767) ; Françoise-Aimée Perreau (1775) ; Victoire Allaire (1782 1789); Anne Carreau (1789-1791); Victoire Allaire (1791).
Les communautés de religieuses hospitalières restent dépendantes des évêques placés à la tête des diocèses qu'elles habitent. Ils leur donnent des lettres d'obédience, leur choisissent des confesseurs, des prédicateurs et autres ecclésiastiques pour le service divin.
Les postulantes doivent, en entrant, posséder un revenu suffisant pour les nourrir et les entretenir. Ce revenu varie entre 200 et 300 l. par an. Il leur est en outre réclamé de 200 à 300 1. pour le trousseau, les habits de religieuse, l'ameublement d'une chambre, et les frais occasionnés par la prise du voile. Enfin, elles ont le droit de garder personnellement une somme de 10 à i41. afin de se constituer ce que le règlement désigne sous le nom de petite pension personnelle.
L'âge des entrantes va de 17 à 18 ans jusqu'à 33 ans. En général, il varie surtout entre 20 et 25 ans. Les premières jeunes filles de Poitiers qui prennent le voile à l'Hôtel- Dieu sont Catherine de la Salle, le 6 août 1645, en même temps que les sœurs Marguerite et Marie Milon, filles de Jean, s"" de Puychevrier. D'autres suivent cet exemple, et leur nombre augmente par la suite d'une façon constante. En 1655, le maire déclare qu'elles sont plus de 20. Quatre ans plus tard, on trouve 12 sœurs de chœur (1). En 1723, elles écrivent à Pontchartrain que leur maison en renferme de 50 à60, chiffre qui va bientôt diminuer. En 1776, elle n'en compte que 27. En 1780, 33 donnent leurs soins aux malades (2). Enfin, en 1791, il n'en reste que 29, avec en plus 6 sœurs converses.
Outre les religieuses et les femmes malades, la maison possède encore un pensionnat pour jeunes filles et loue des
(1) Aich. Vienne, H. 63. — (2) Arch. Vienne, H. 61.
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chambres à des clames âgées qui veulent s'isoler du monde. Les appartements ainsi occupés sont, en 1773, au nombre de M, dont le prix varie depuis 50 ou GO 1. jusqu'à 100 et 150 1. par an. Cette location constitue un des principaux revenus de la communauté.
Le pensionnat renferme entre 10 et 15 fillettes. En 1792, il comprend trois chambres et un grenier. Dans la première, sont des tables, chaises, trois bois de lits « à la Turcq », « des. palaisses », « des coistes catalanes », couvertures de laine, rideaux verts et mantes vertes. La seconde est meublée de sept lits, la troisième de six autres garnis de la même façon (1). Le grenier sert à loger les hardes et le linge destinés à leur service. Quant aux religieuses, elles se réservent quatre chambres avec une bibliothèque contenant une centaine de vieux livres de dévotion.
La salle destinée aux femmes malades renferme, d'après l'inventaire dressé le 18 septembre 1792 :
Neuf lits complets avec tentures d'hiver et d'été, une grande armoire à deux portes, ferrée et fermant à clef. Ouverture faite, s'y est trouvé cinq corbeilles remplies de mauvais linge pour les malades, un surplis et une étole, un registre d'ordre des entrées et sorties (2). Douze gobelets d'étain, neuf souilles de couestes, huit serviettes de grosse toile servant aux malades, neuf fauteuils de bois et treize chaises paillées en mauvais état. Une table à pliant. En bas du buffet, ouvrant à deuxbattans ferrés et fermant a clef, s'est trouvé vingt-quatre écuelles à oreilles, d'estain, vingt-quatre assiettes de même étain, une cuiller percée, vingtquatre écuelles et 'saussierSjSix poeslettes à saigner et deux grands plats, le tout d'étain. Une poislette de cuivre rouge étamée, une cuiller de cuivre rouge, le manche de fer,une esvière d'étain, une serviette et une nape.Huit rideaux en indienne à grand ramage à fleurs rouges, sept verges de fer, un tapis d'autel en indienne, une
(1) Arch. Vienne, H. 62. — (2) Arch. Vienne, H. 62.
table tournée. Un petit cabinet de sacristie dans lequel s'y est trouvé du linge servant à l'usage de l'autel de la chapelle de lad. salle. Plus une pendule de bois avec son boitier. Dans la cheminée, deux landiers, une pelle, une pincette et une crémaillière.
Vient ensuite l'inventaire du linge, que l'on trouve en grande quantité, sans compter les io8 chemises à usage de femmes.Quant à la salle au-dessus, elle ne contient que trois lits.
En réalité, les neuf lits placés dans la chambre des malades ne semblent point trop l'encombrer. Les sept fenêtres qu'elle possède peuvent leur fournir un cube d'air suffisant, malgré l'autel qui en occupe un côté. Le règlement de 1675 dit expressément que le lieu destiné à les recevoir doit consister dans une grande salle haute au moins de 12 à 15 pieds et percée à jour de plusieurs fenêtres afin de pouvoir l'aérer.
Les malades ne sont reçus que sur urje autorisation donnée par la Prieure. Elles ne doivent être atteintes d'aucune affection contagieuse ou incurable, comme « gouttes, pierres, caterres, écrouelles, mal caduc, grosse vérolle, teigne et autres ». On n'accepte ni les femmes enceintes ni les enfants.
Il est d'usage de laveries pieds aux personnes qui entrent et de les coucher ensuite dans un lit préparé à l'avance. Il leur est donné du linge blanc, une coiffe, une cornette blanche et une robe de chambre. En général, elles couchent rarement deux ensemble . En cas de nécessité, on choisit de préférence les convalescentes pour les mettre deux à deux tout en ayant bien soin de ne jamais placer une galeuse avec une autre qui n'a point la gale, et une frénétique avec une personne tranquille.
Les habits des malades sont mis dans une chambre à part et leurs papiers avec l'argent qu'elles possèdent renfermés dans un cotfre spécial. L'officière directrice du service inscrit le nom, la profession, le pays, en un mot, l'état civil de chacune d'elles, afin de pouvoir, en cas de décès prévenir sa famille. Elle les fait confesser dans les 24 heures ; on les met à la porte en cas de refus, sauf quand il s'agit de pauvres ignorantes.
Chaque lit de malade se compose d'un traversin, d'un oreiller et de deux couvertes. Au-dessus du dossier en bois, se trouve un petit meuble destiné à contenir une serviette une cuillère, un pot à eau, une tasse et un bassin à cracher. Le service de l'hôpital commence à 6 h. 3/4 en été et à 7 h. 1/2, en hiver. Les religieuses se rendent deux par deux, au son de la cloche, dans la salle et se placent près de l'autel. Ensemble, elles aspergent les malades avec de l'eau bénite, puis font les lits « avec allégresse ». La supérieure se réserve le soin de s'occuper des femmes dont l'état lui paraît le plus dangereux.
Après un nettoyage complet, les sœurs se retirent. Il ne reste plus que les semainières, dont deux sont de garde le jour et deux la nuit, sous les ordres de l'officière. C'est à elles qu'il appartient de surveiller les régimes, de distribuer les médicaments, les jaunes d'œufs,les confitures, les sirops et tout ce qui est formulé par les médecins. Ajoutons que des veilleuses doivent passer heure par heure dans la salle, d'une façon discrète, et répondre toujours aux appels des malades, même pendant leurs dévotions.
Le linge de corps est changé une fois par semaine ou plus souvent s'il est nécessaire. Les draps, tous les quinze jours. Auprès de chaque lit, sont placés « une chaire, un urinai, des
pantoufles et une robe de chambre (1). La nourriture ordinaire se compose de pain, de viande toujours chaude, de vin si c'est nécessaire et d'eau bouillie en hiver o pour éviter la crudité et lourdeur ».
Le médecin et le chirurgien sont choisis parmi ceux qui exercent dans la ville. Chacun d'eux est payé 130 1. par an pour visiter les malades une fois par jour ou plus souvent, en cas de nécessité.
La pharmacie est confiée aux soins d'une religieuse (2). Elle doit demander aux médecins et aux apothicaires de lui désigner les drogues qui peuvent être utiles ; quand il est nécessaire de les renouveler, la manière de composer les sirops et les médecines, de fabriquer des onguents, des confitures et autres choses du même genre, « qu'il est expédient de savoir». Elle enseignera» avec complaisance », aux profès et aux novices, ce qu'elle saura dans son emploi et suivra scrupuleusement les ordonnances des médecins, mais ne donnera quoi que ce soit, sucre^ confitures, tablettes ou autres préparations sans la permission de la Prieure. Tous les trois mois, les médicaments seront passés en revue, pour savoir s'ils se gâtent. Ils devront être soigneusement étiquetés afin d'éviter des erreurs dans leur emploi.
Lors de l'inventaire du 18 septembre 1792, le mobilier de la pharmacie paraît peu important : « Il s'y est trouvé plusieurs pots et quelques onguens. Quatre tamis en soie, un tambourg et 26 boîtes dans lesquelles il y a quelques sim-
(1) Il existe, au xviie siècle, une officière des pantoufles, qui les achète 40 s. la paire (Arch. Vienne, H. 62). — (2) La dernière religieuse qui remplit cette fonction jusqu'en 1792 fut Marie-Elisabeth Laurens de la Besge, née en 1758 et profès en 1777. Elle était également dépositaire et procureur.
pies. Deux poilelles en cuivre jaune et en cuivre rouge, plus 7 bocos dans lesquels estoient quelques poudres, trois petites armoires, une table, 12 gobelets d'étain, 2 petits mortiers de métail, 30 bouteilles de verre brun, un petit poiUon de cuivre jaune, 7 assiettes et un plat d'étain ».
Les femmes malades recueillies par les Hospitalières ne semblent point avoir été très nombreuses. La maison contenait babituellement de 9 à 12 lits ou tout auplus 13, comme l'indique Bellin de la Liborlière. Il prétend que tous étaient de fondation, ce qui ne nous paraît pas absolument exact. En 1792, il n'en est signalé que 7 appartenant à cette catégorie, tandis que les cinq autres restent à la charge des religieuses (1). Les sommes données pour ces sortes de fondations sont variables. Elles vont de 3.UOOà4.000, et même 5.000 1., produisant chacune un revenu annuel de 150 à 250 1. (2). En 1787, le couvent exige 4.0001. pour se charger de l'entretien d'une malade pendant le reste de ses jours.
Les Hospitalières ne soignent guère qu'une dizaine de femmes, en 1708, d'après le curé Bobinet (3). Il est probable que chaque lit n'en contient habituellement qu'une seule et rarement deux, comme il est prescrit par le règlement.
Le principal et le plus certain des revenus de l'hôpital est
(1) Arch. Vienne, H. 62. — (2) Le 23 mars 1740, Polixaine Chastaigner, protestante convertie, veuve de François de Harambure, lègue 3.0001. pour un lit destiné aux femmes et filles malades, non atteintes d'affections contagieuses ni surtout de pourpre. Elles seront plus spécialement choisies dans la paroisse de Saint-Porcliaire. — En 1769, Jeanne-Radegonde Letourneur, veuve de Louis-Mathurin Degennes, éc, juge au Présidial, leur laisse 5.000 1. en faveur des malades provenant des paroisses de Saint-Pierre-l'Hospitalier, Sainte-Triaize ou autres dépendant du bourg de Saint-Hilaire (Arch. Vienne, H. 62). — (;■!) Bibl. Poitiers, ms. no 347.
constitué par les dots des religieuses. Ces dots, payées en bonne partie au comptant, lui constituent un précieux fonds de réserve. Quant aux rentes promises par les parents des novices, elles deviennent parfois fort difficiles à recouvrer, malgré les hypothèques établies sur des biens qui leur appartiennent.
Les sommes amassées de la sorte sont fortement compromises lors de la banqueroute de Law. Le 2 octobre 1723. les Hospitalières écrivent au duc d'Orléans pour lui dire qu'elles sont cinquante ou soixante à la veille de manquer de pain et qu'une loterie faite en leur faveur pourrait seule les sauver (1). Le 31 du même mois, le curé de Saint- Porchaire les déclare à son tour « dans une extrême pauvreté et indigence par les remboursements qu'on leur fit des billets de banque ». Comme elles n'ont aucune terre, il les estime fort à plaindre.
En dehors de la rente annuelle de 500 l. que Louis XIV leur accorda et qu'elles touchèrent jusqu'au 26 juin 1792, les dons provenant des particuliers ne furent ni nombreux ni importants (2). Elles possédèrent un revenu foncier peu élevé qui provenait de la métairie de Beaulieu située paroisses de Saint-Secondin et d'Usson, ayant appartenu au sculpteur Hilaire Brossard. Elles recevaient également les loyers des halles de Poitiers et ceux d'une petite maison qui se trouvait à côté.
Le 22 mars 1792. les Hospitalières déclarent que tout leur revenu consiste dans le prix de ferme des Halles, dans celui des maisons de Staud et de Boutin, situées près de chez elles, plus 100 L de rentes sur l'Etat, 300 1. de fonciè-
(1) Arch. Vienne, H. 62. — (2) Arch. Vienne. Cette rente de 500 Lne fut soumise à aucun droit d'amortissement, à partir de 1706.
res et 3.000 1. provenant des pensions viagères dues par les parents des religieuses (1). Elles ajoutent que les débiteurs des rentes en réclamaient un cinquième et les débiteurs des pensions viagères un dixième, de sorte qu'il n'en restait qu'une somme très modique (2). 11 leur faut pourtant pourvoir à l'entretien des 12 lits toujours occupés par les femmes malades et infirmes de la ville; de plus, payer 260 1. de taxtes foncières dont elles veulent être déchargées, ce que, dureste, le District leur refuse.
Le 4 avril 1792, les religieuses déclarent que les revenus qu'elles touchent sont communs entre le couvent et l'hôpital sans qu'il y ait « de mense particulière ». De tout temps, ils ont été administrés par elles. Leurs charges consistent seulement en 35 messes qui doivent être célébrées dans la chapelle. Elles doivent entretenir trois lits, dont deux fondés à 5.0001, et un à 4.6001. Pour ce dernier, la fondatrice a fourni tout ce qu'il fallait pour l'installer. Enfln, une demoiselle Dupeux leur a laissé 1.500 l. dans le même but.
Le budget des recettes de la maison peut s'établir ainsi :
Rentes foncières 345 1 .
— constituées 3135 1. 3 s. 6 d.
loyers 1490 l.
Pensions viagères 3390 1.
Total 8360 l. 3 s. 6 d.
Elles ne tiennent point compte des deux pensions annuelles, l'une dé 500 1. et l'autre de 3001., données par le roi. « Ces gratifications, disent-elles, n'ont pas eu pour seul objet l'hôpital, mais principalement celles qui les gouver-r
(1) Arch. Vienne. — (2) Arch. Vienne, L. 360, Reg. 163.
naient. » Il n'est point parlé de ce que rapportent le pensionnat des jeunes filles ni les chambres louées à des dames.
Le 18 septembre 1792, le dernier inventaire des revenus des Hospitalières nous donne un total de 8.560 1.3 s. Cette fois, la location des appartements y figure pour la somme de 600 1. (1). Le 12 septembre suivant, il ne reste plus dans la maison que 28 religieuses, 3 associées, 6 converses, 2 jardiniers et 3 servantes.
Jusqu'au 1 1 avril 1793, nous dit le citoyen Fraigneau dans un factum justificatif qu'il adresse au Directoire du district, « la communauté des Hospitalières fut régie par des femmes que le fanatisme avoit décoré du nom de religieuses. Forcées d'opter entre laretraiteou le serment d'être fidèles aux lois de leur pays, elles préfèrent le premier parti (2). Elles aimèrent mieux s'abandonner à un désœuvrement perpétuel que de jurer obéissance à la patrie qui les avoit vues naître ». Pour les remplacer et remplir leur mission, il fallait, ajoute-t-il, à la personne qui en serait chargée « des mœurs, du patriotisme, beaucoup de bonne volonté et une grande exactitude ». Le lendemain,! 2 avril, c'est Fraigneau lui-même que l'on trouve digne d'occuper cette place. Il dirige la maison, qui compte 12 à 13 malades, 18 à 20 jeunes citoyennes, des locataires et des détenues en petit nombre. Pour lui aider, il s'adjoint ses cinq filles qui s'occupent surtout du pensionnat. Il prend en charge tout le mobilier valant de 1.700 à 1 .800 l., et reçoit une somme de 3.GO0 1. 6 s. pour les besoins de l'établissement.
Le revenu consiste alors seulement dans les recettes pro-
(i) Rég. dél.mun., période int., n» 4, pp. 141 w, 142 vo, 157 v, 160. — (2) Reg. déh raun., période inl., n» 4, p. 100.
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venant du pensionnat, de la location de quelques appartements et de la vente des légumes qu'on ne pouvait utiliser. Avec ces modiques ressources, Fraigneau se vante d'avoir pu faire soigner 15 malades, entretenir le personnel de la maison et celui de la pension sans compter l'amortissement de 3.500 1. de dettes contractées lors de son entrée. 11 encaisse 9.468 1. 16 s., et ses dépenses, y compris ce que devaient les religieuses, ne se montent qu'à 9.253 i. 1 s.
Accusé, le 6 vendéniaire an II, parle Comité de surveillance révolutionnaire d'avoir abusé de la situation lorsqu'il dirigeait cet établissement dans lequel se trouvaient un hôpital, un pensionnat avec des suspects en détention, la Mairie lui intime l'ordre de choisir entre la place de directeur de la maison de santé ou celle de directeur de la pension. Cette mise en demeure a pour résultat d'exciter sa colère, si bien que, le 20 brumaire suivant, il en arrive à insulter les administrateurs. Le même jour, lui et ses filles sont renvoyés elle citoyen (Cartier désigné pourprendre leur place (1). Fraigneau se défend avec énergie contre toutes les accusations de ses ennemis et arrive enfin à se disculper entièrement. Le 25 pluviôse an II, le Directoire du district reconnaît sa gestion comme étant valable et bonne. Il lui accorde une indemnité de 600 1. et donne 300 1. à ses trois filles.
Le 18 avril 1793, la Municipalité demande et obtient, comme nous avons vu, le transfert des femmes malades à l'hôpital civil, afin d'éviter les frais d'un personnel trop considérable (2). Le 4 mai suivant, les administrateurs de
(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, L. 69. Rég. 1, p. 135. — Reg. dél. mun., période int., n^ 4, p. 117.
THôtel-Dieu envoient une pétition à la Convention dans l'espoir d'obtenir la réunion de la maison des Hospitalières à leur établissement, mais n'obtiennent aucun résultat (1). Le 11 juin, le Conseil général décide que le couvent sera transformé en ambulance militaire avec 40 lits. Le 15 novembre de la même année, les malades sont évacués et les détenues mises ailleurs, tandis que Fraigneau est remercié (2). Ainsi se termine le rôle charitable de cet hôpital.
Le 13 brumaire an Ili, on établit chez les anciennes Hospitalières un magasin à blé et une caserne pour les vétérans, grâce aux transformations que l'architecte Pinchaud fait subir à l'immeuble (2). Le 25 floréal an IV, la Municipalité invite le Département à ne point aliéner les constructions qui touchent aux Halles de même que celles qui servent à la poissonnerie et à la boucherie sur la place d'Armes (3). Ces dernières sont considérées comme indispensables aux habitants de la ville.
Le 1" brumaire an V, un membre du Conseil municipal l'invite à demander au Département l'autorisation d'installer de nouveau le marché au blé dans les anciennes Halles faisant partie de l'hôpital que l'on utilise actuellement pour loger les vétérans nationaux de la section de Paris. Comme ce marché se tient d'habitude au devant, dans une rue fort encombrée par les charrettes et par le public, Userait préférable de le remettre là où il était. Au surplus, les religieuses n'ont jamais joui de cet emplacement, malgré leurs nombreuses tentatives pour y arriver. Celte autorisation
(1) Arch. Vienne, L. 69, Rég. 1, p. 59. — Arch. Hôp. — (2) Reg. dél. mun., période int., n. 6, pp. 43 v», 204 \">. — (3) Reg. dél. mun., période int., n° 7, p. 99 vo.
n'ayant point été accordée^ la nriairie n'insiste aucunement pour l'obtenir, grâce au beau marché public que le citoyen Boisson vient de taire installer aux Augustins.
Le 6 thermidor an VI, en exécution de la loi de brumaire an V et des décrets des 16 et 24 frimaire suivant, l'ancienne maison des Hospitalières, occupée parles vétérans, est mise en vente. Le premier lot trouve comme acquéreur, le nommé Pavie, qui le paye 240.000 fr. Le second passe entre les mains de Favre et de Demairé moyennant 203.000 fr. Le troisième est adjugea Lafond, Dessaux et Beaumontpourl70.000fr.(l). Le quatrième et le cinquième restent invendus.
L'hôpital tenu par les Hospitalières ne renferma, comme celui des Gharitains, qu'un petit nombre de lits. Il n'en resta pas moins utile pour les femmes que l'on plaça dans une salle assez vaste et assez bien aménagée. Elles y furent soignées avec intelligence et assiduité et chaque jour visitées par un médecin ou un chirurgien. En réalité, le départ des religieuses de l'Hôtel-Dieu ne causa aucun préjudice à cet établissement. Il lui permit au contraire de se décharger du soin de pourvoir aux besoins d'un certain nombre de malades, résultat qui n'était point à dédaigner, au point de vue de ses finances, parfois fort obérées.
(1) Arch. Vienne, Q. 2.
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Les épidémies de peste à Poitiers et les ni
priseij pfiu isoler la ville.
D'après Pierre Andié, mnî!
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