CHAPITRE m L'isolement des pestiférés dans les hôpitaux
L'isolement des contagieux se pratique surtout à l'aide d'établissements installés d'une façon spéciale pour les recevoir. On les place toujours en dehors des villes. A Poitiers, il en est question pour la première fois, le 4 février 1516 (1). Le Procureur à la police déclare qu'il est nécessaire « de faire ung hospital pour retirer les pauvres frappez de la peste ou que l'aumosnerie Sainct-Sornyn soit rabillée et que led, pauvres y soient retirez ». Le 19 janvier 1517, le clergé est consulté à son tour et le chapitre de Saint-Pierre-lePuellier prend l'engagement de se conformer à l'avis qu'il donnera (2).
Le 26janvier suivant, le maire et deux échevins, chargés de visiter les endroits les plus favorables pour y installer un hôpital, en désignent deux. Le premier comprend la vigne et la maison que possède Joachim Tudert, situées hors de la porte de Hochereuil (3). L'autre consiste dans une simple habitation placée au bout du Pont-Joubert, en face delà fontaine au Pape.
Le 16 février suivant, il est décidé que deux commissaires iront trouver les Chapitres, les aumôniers et les par-
(1) Reg. dél. mun., nM5, p. M8.— (2) Reg. dél.mun., n'^ 15, p. 251. — (3) Reg. dél. mun., no 10, pp. 253,257,258.
ticuliers les plus riches de la ville pour en solliciter des aumônes. Les quêtes se continuent pendant plusieurs années, car,le 15 janvier 4519,1e maire François Fumée obtient des chanoines de Sainte-Radegonde une somme de 8 écus d'or (1). Enfin, le 19 mai suivant,les fonds recueillis paraissent devoir être suffisants. L'hôpital, avant même sa construction, est doté d'une rente annuelle de 361., provenant de la famille Clabat (2j. Désormais, il ne reste plus qu'à passer à l'exécution définitive du projet arrêté par l'Hôtelde-ville.
Le choix du terrain est conforme aux usages de l'époque. Le chirurgien Thevet écrit qu'en France l'habitude est de placer les hôpitaux qui doivent recevoir les pestiférés dans des lieux bas, marécageux, yvm? rfe^ rivières gui transportent ailleurs les germes du fléau (S). Il les voudrait très aérés, d'autant plus qu'ils sont généralement fort étroits, ce qui augmente encore leur insalubrité. Les personnes légèrement atteintes au début ne tardent point à devenir aussi malades que les autres. Les pauvres, frappés avant les riches à cause du peu d'air que renferment leurs demeures, doivent encore subir un inconvénient semblable, par suite de ces déplorables installations.
Telle sera la situation de la maison des pestiférés quand la vigne et les terrains marécageux de Joachim Tudert appartiendront à la Municipalité. Le 20 octobre 1520, le maire vient dire au Conseil qu'il l'avait « suplyé que son plaisir fust pour le bien de la ville, de octroyer lad. treille pour faire led. édifice ou la vendre (4) ». Comme la peste commence ses ravages, il devient nécessaire d'agir au plus vite.
(1) Arch. Vienne, G. 1594 — (2) BibL Poitiers, cart. rj;j. — (3) Thevet (Etienne), ioc, cit. — (4) Reg. déi. mun., n» 17, p. 262.
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Le 27 octobre suivant, ayant rappelé l'urgente nécessité d'avoir un local pour loger les contagieux, il déclare « que JoachimTudert ung desd. eschevins et Lieutenant particulier a une maison, et treilhe qui fust à feu maître Pierre Deau et par luy acquise, qui est assise près de la porte de Rocliereuil sur la rivière du Clain et en lieu fort propice pour faire lad. maison. Et, que sire François Doyneau ung des eschevins auroit voulu rendre aud. Thudert ce que lesd. maison et treilhe auroient cousté et offert les donner à la Maison de céans, pour y faire lad. maison pour les malades de la peste.— Lequel Doyneau, présent aud. Moys, dict quil est prest de bailler et payer aud. Thudert ce que ont cousté lesd. maisons et treilhes pour y estre faict maison et habitation pour mètre et retirer les malades de la peste. A ce, qu'elle soit employée, applicquée ne déduire à aultres chouses ne commectre en aultres usaiges (1) ». Si le nouvel établissement cessait d'être utilisé de lasorte,lui et ses héritiersenresteraient possesseurs, etsa donation serait annulée. Cette offre généreuse ayant été acceptée, le maire prie Thudert de vouloir donner ou vendre sa propriété. En cas de refus, la Municipalité cherchera un autre emplacement ailleurs.
Le beau geste de François Doyneau n'amène point Joachim Thudert à céder ce qu'il possède, surtout à prix coûtant. Le 7 janvier 1521,1e maire déclare de nouveau «qu'il est nécessaire de faire droisser ung hospital pour mettre les malades de la peste, ce que l'on ne pouvoit faire, sans l'aide des gens d'éghse avec lesquels il convient convoquer et parler pour sçavoir leurs aides (2) ». Le 19 mai suivant,
(1) Reg. dél.mun., no 17, p. 262.- (2) Reg. dél. mun., n" 17, p. 343.
il annonce que les collèges, églises et paroisses de la ville ont donné leurs aumosnes « pour faire Tospital de nouveau érigé pour les malades de la peste (1) *). Ainsi établi temporairement au cours de l'épidémie de 1521, cet établissement ne fera que précéder la création de celui qui va durer jusqu'à la Révolution.
Cette fois^ c'estl'ancien maire François Fumée qui renouvelle, mais avec plus de succès, les généreuses propositions de François Doyneau (2i. Le 2 janvier 1522, il rappelle la décision déjà prise d'acheter hors de la ville « ung lieu et place pour bastir ung hospital pour les malades de la peste et despuis on a reconnu que le lieu oii l'on devoit bastir l'ospital avoit esté acquis en son privé nom et de ses privez deniers et déclare que pour et afin que Messieurs de ceste ville et aultres habitans cognoissent qu'il est de bon vouloir, d'y faire le service de la chouse publique et aussi pour l'honneur de Dieu, il le donne à la ville pour estre employé à rospital seulement et non aultrement el demande qu'on le fasse bastir » .
Le 27 mars suivant, en vue des constructions projetées, il est enjoint aux procureurs et fabriciens « d'avoir boytes en leurs esglises, paroisses, pour mectre l'argent des au lmosnes qui seront faictes (3) ». Les travaux, commencés, sans doute, immédiatement, se terminent avant l'épidémie de 1531. Le 14 juin 1557. des réparations et même des réédifications étant devenues nécessaires, un bourgeois de THôtel-de-ville est prié de faire des quêtes chez les gens riches (4). Le 25 suivant, le clergé est à son tour sollicité
(1) Rcg. dél. mun., n° 17, p. 387. — (2) Reg. déL mun., n« 17, p. 512. — (3) Reg. dél. mun., nM7, p. 56S. — (4) Reg. dél mun., n* 34, pp. 441 ,442.
de prendre à sa charge une partie des frais que devront occasionner les travaux. Le lendemain, des échevins sont délégués afin de « scisciter avecq les gens de bien et aysez de la ville ce quilz voudroient donner pour lesd. réparations ».
Le siège de 1569 est aussi désastreux pour l'Hôpital des pestiférés que pour les aumôneries situées en dehors de Poitiers. Le 13 août 1570, le maire vient dire au Conseil « que la maison des pestifferez a esté presque ruinée et desmollie par les ennemys de Dieu et du roy nostre sire, durant le camp devant ceste ville, l'an 1569, de manière que les portes et couvertures dud. houstel sont par terre. Il est besoing et nécessaire de les remettre, en cas qu'il arrive de la peste (1) ». Le i"'' avril de Tannée suivante, il revient sur le même sujet et ajoute que des chambres devront être garnies, « pour aller au devant de la maladie contagieuse dont Dieu, par sa bonté infinye, veuille préserver et garder la ville ».
A partir de cette époque, on n'y exécute que de simples réparations d'entretien (2). Elles consistent surtout en nettoyages et en blanchissages des murailles (3). En 1751, un couvreur reçoit 18 1. par an pour réparer la toiture sans fournir de matériaux.
L'hôpital ou Hôtel-Dieu des pestiférés, également appelé hôpital Saint-Roch, et, plus tard, hôpital des Champs, se trouve situé en dehors du faubourg de Rochereuil, à quelques centaines de mètres de la porte des Champs, dont il prend le nom à la fin du xvii" siècle. Celte construction, telle
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (2) Reg.dél.mun., n" 66,p. 154; — irf., n'ôO, p.141; —id., n° 70, p.21.— (3) Reg.dél.mun., no 54 p. 189; —id., no 84, p. 113; — id., noSG, p. 55;— n/., n» 140;— id., no 170, Bibl. Poitiers, cart. 55.
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que nous la montre le peintre Nautré dans un tableau exécuté en 1619, représentant le siège de Poitiers, ne subit aucun changement sérieux jusqu'à la fin du xvii'' siècle (1). Robinet, curé de Buxerolles, raconte, dans son journal, que l'établissement en forme de corridor comprend un corps de logis et deux ailes, une grande cour divisée par un mur et la chapelle au milieu (2). C'est effectivement un simple corridor composé d'un rez-de-chaussée que surmonte un grenier.
L'aile centrale, située au bas du coteau qui descend vers le Clain et à une cinquantaine de mètres de cette rivière, domine de ce côté une terrasse de 2 m. de hauteur avec autant en largeur. Sur cette face, elle a 70 m. 80 de long et 56 m. 80 seulement sur celle qui regarde vers la cour d'entrée. Les murs, épais de 0 m. 62, atteignent 3 m. 10 de hauteur jusqu'au plafond. L'intérieur delà maison est large de 5 m. 20(3). Les deux ailes, semblables à l'autre, ont chacune une longueur de 34 m. 80 à l'extérieur et de 27 m. 80 à l'intérieur.
Dans un état de lieux dressé en 1687, la chapelle est indiquée comme étant placée au milieu de la cour, près d'un puits et d'une citerne(4). L'aile de droite comprend 7 chambres, dont une, servant de réfectoire, possède une cheminée. Elle joint aune seconde, spécialement réservée, à cette époque, aux vagabonds. Celle de gauche, située près de la
(l) Musée de Poitiers. Gravé par Bessé en 1910. —(2) Bibl. Poitiers, ms. rf.,n' 347. L'hôpital faisait partie de la paroisse de Saint-Jacques de Buxerolles. — (3) Nous adressons nos vifs remerciements à M. le président Maurice, qui tient d'héritage cette propriété, pour avoir bien voulu nous autoriser à la visiter.-— (4) Miu.Bourbeau. Le puits étant tari lors de l'épidémie de 1631, il fallut louer un bateau pour allei- chercher de l'eau à la fontaine de Tabouleau, de l'autre côté du Clain, en face de l'hôpital {Reg. dél. mun., n» 82, p. 149,. — .Min. Cailler).
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Jurande et de la petite porte par lesquelles on entre, n'a que 6 chambres, tandis que, dans la troisième, qui est au centre, on n'en trouve que deux au lieu de trois, eu 1684. Le grenier, peu élevé, est éclairé par de jolies fenêtres dans le style de la Renaissance, dont une seule subsiste encore de nos jours. Enfin, il existait dans la maison un logement particulier pour le chirurgien quand il désirait y habiter.
Le 15 novembre 1532, une personne remet 1001. au maire dans le but de faire construire une chapelle à l'hôpital. Le 2 février 1533, n'étant pas encore terminée,, le gouverneur est chargé de s'en occuper (1). Elle n'est guère importante malgré la flèche qui la surmonte. Le 20 juillet 1672, à la suite d'un violent orage survenu dans la nuit de la fête de Saint-Mathurin, il fallut lui faire pour 100 1. de réparations.
Pendant la peste de 1607, nombre de corps sont inhumés dans la chapelle. La recrudescence de l'épidémie oblige le maire à donner l'ordre de fermer les tombes déjà ouvertes pour en recevoir d'autres (2). Pendant celle de 1 631 , on enterre les morts dans un cimetière situé près de l'hôpital.
La chapelle semble avoir été ornée d'une façon fort rudimentaire. Le 2 mai 1644, on y place un tableau du peintre Gaignon, probablement celui qui représente saint Roch et saint Sébastien (3). Le 2 mai 1742, comme il est en mauvais état, on le remplace (4). Il en est acheté un second « sous l'invocation de saint Roch, enrichi de son cadre». Quelque temps après, un rideau neuf vient recouvrir le tabernacle, pendant qu'un manteau de la Vierge est payé
(1) Reg. dél.mun., n" l'.l, pp. 223,230. — (2) Reg. dél. mun., no 62, p. 170. — (3) Reg. dél. mun., no 95, p. 138. —Min. Cailler (1684). — (4) Reg. dél. mun,, O" 161 ,
\\ 1. o S. et un autre tableau 13 1. 10 s. (\). L'année suivante, le tourneur Baillet fabrique 4 chandeliers moyennant 4 l., pour mettre sur r.'iuiel.
Un inventaire de 1687 donne la liste complète des objets destinés au culte qui se*trouvent dans la chapelle (2). Ils comprennent :
Une nappe d'autel demye usée de toile blanche unie.
Deux crucifix de fonte.
Quatre petits chandeliers de boys demy usés.
Trois devants d'autel, l'un de coisty assez bon, un autre de vieille tapisserie, vieux et un autre de sarge rouge fort petit, usé.
Plus, deux canettes et un calice d'estain avec la plataine.
Plus un petit missel pour dire la messe, vieux.
Plus la jésuble avec l'estolle et le fanion, le tout de serge blanche, fort u.sé.
plus un roisinet.
Plus un vieux coffre fermant à clef.
L'ornementation de la chapelle de même que les objets du culte nous paraissent avoir été d'une grande pauvreté.
L'état du mobilier est des plus difficiles à connaître, quand il s'agit d'un hôpital habité toujours temporairement et à de longs intervalles. Tout ce qu'il en reste après chaque épidémie ne tarde point à disparaître, détérioré, faute de soins, enlevé pour être placé dans une aumônerie quelconque, ou simplement volé par les gardiens.
Selon l'usage, chaque malade doit en entrant faire apporter le lit dans lequel il couche. Quand il meurt sans avoir payé de pension, ce lit devient la propriété de la maison, autrement sa famille peut le réclamer. Le 3 mai 1631, les meubles de René Delaroche horloger ayant été inventoriés lors de son arrivée à l'hôpital, sa fille les revendique
(1) Bibl. Poitiers, cart. S5. — (2)Min. Bourbeau.
après sa mort et emporte un lit, un coffre et de l'argenterie (1). Le 25 février 1641, le bouclier Pierre Le Riche obtient de la sorte ceux de son père et de sa mère morts de la peste (2). Ils comprennent deux lits, deux draps et une couverture.
En cas de besoin, la Municipalité accepte pour meubler l'hôpital les propositions des compagnons menuisiers désireux- de gagner la maîtrise. Le 25 décembre 1582, celles de l'un d'eux sont admises. Le 13 avril 1587, un second offre de fabriquer un grand lit ou de verser trois écus. Le 23 novembre suivant, un troisième veut donner un lit double, mais comme il n'y a aucune épidémie on lui répond par un refus. Le 16 mai 1596, un quatrième, qui désire refaire les portes de l'hôpital, obtient la même réponse (3). Enfin, le 8 juillet 1628, un compagnon chandeher, espérant de cette façon acquérir la maîtrise, propose 60 !.. à condition de ne point passer de chef-d'œuvre. Le Conseil déclare que les maîtres du ;métier seront au préalable consultés.
Le 3 août 1554, le maire vient dire que « l'hospital des pestifîérés deceste ville a esté spoUié de plusieurs meubles, vesselles,litz et aultres ->. Aussi, veut-il y mettre ordre (4). Le 10 janvier 1558, il est décidé que l'on fera l'inventaire de ce qu'il renferme, en présence du garde chargé de remplacer celui qui s'y trouve. Ce dernier est accusé de ne vouloir pas ouvrir la chapelle pour la célébration de la messe (5). A partir de cette époque, ses successeurs sont tenus, lors de leur entrée en fonction, de remplir cette for-
(1) Bibl. Poitiers, cart. 55 — (2) Reg. dél. mun., n" 91, p. 123. — (3) Reg. (iél. mun., n" 44, p. 69; — id., n" 46, p. 277;. — id., n" 47, p. -232;— td.,n°55 6t.s,p. 112; — irf., n" 79, p. 13. — (4) Reg. dél. mun., n° 32, p. 437. — (5) Reg. dél. mun., n" 35, p. 184.
malité ( 1 1. Malgré les précautions de tout genre, les vols n'en continuent pas moins au cours des longues périodes qui séparent entre elles les épidémies.
Pendant ces mêmes périodes, les meubles se détériorent faute desoins convenables. Le H août 1550, le Prévôt de la peste déclare que les « coëtes » sont percées (2). Le 5 décembre 1588, le même fait se répète. « Les litz, meubles, linges et ustancilles s'abîment de jour en jour. » On se décide, le 2 mars 1589, à les mettre dans une maison « saine » avec l'espoir de les conserver pour ensuite les utiliser en cas de besoin. Le 7 juin suivant^ comme cette décision n'est point exécutée, ordre est donné de les placer dans le grenier de la mairie (3). Le Prévôt de la santé reçoit un blâme pour n'avoir point rempli son devoir.
Les réparations ne se font guère qu'au moment du besoin, quand la peste apparaît ou qu'elle vient de se terminer. Le 2 août 1627, il est prescrit de mettre en état de servir « les lits, linceulx, chaslitz et traversiers » et de réparer « les meubles gastés et rompus », afin de s'en ser-
(1) Reg. dél. mun., no 7o, p. 74. — Id. n" 53, p. 69. — (2) Reg. dél. rnun., no .31, p. 156. — (3) Reg. dél. mun., no 48, pp. 185, 335, 446. — Reg. dél. mun., n" 49, pp. 2, 10. — Dans un inventaire fait le 30 décembre 1620, on nous fait savoir qu'en outre des 61 lits et couchettes munis de 45 traversins et oreillers remplis déplume, on trouve encore : «16 méchantes couvertuies de fort peu de valleur, un grand coffre de chesgne fermant a clef, estant dans lesglise, 6 bonnes mantes, 5 nappes pour servir sur rhostel,l petite clochette, 3 livres pour servir sur l'hostel de l'esglise, 1 serviette, 3 nappes, 1 seringue ayant son estuy, 1 mortier avec son pilon, 2 cannettes pour l'esglise, 1 sallière, 1 broc et 3 pintes, 1 pinte, 7 escuelles d'estaing moyennes, 5 plats, 8 assiettes, 9 escuelles à oreille le tout d'estaing, 2 broches de fer, 3 poestes à queuhe, 1 grand plat, 1 grisle, 3 pâlies, 1 poeslon, 1 casse à 1 trépied, une grande poésie à lessive, 2 meschans chaudrons percés, 1 pone à faire lessive, 2 landiersde fer ayant au-dessus des chaufïretes, 1 table avec ses trétaux de boys de chesne, 2 grands coffres, 1 arche pour boulanger » (Min. Marrot).
vir s'il est nécessaire (1). Après la terrible épidémie de 1631, de sérieuses précautions sont prises pour leur conservation.
Le 30 octobre 1633, on ordonne de réparer les lits. Le 23 janvier suivant, de passer à la lessive et de blanchir quelques-uns d'entre eux, ainsi que les « mantes qui n'avoient pas encore esté nettoiées despuis le mal contagieux». Le 10 décembre 1635, on constate que les « coëttes sont gastées par la pluie et les rats et qu'il faut les rapiécer (2) ». L'année suivante, même observation au sujet des matelas et des couvertures. En 1640, comme le mobilier est rompu et en mauvais état, il est décidé que, sous condition de le réparer, et de l'entretenir, le nommé Bérugeau sera reçu gratuitement à la maîtrise (3). 11 devra « le raccomoder sa vie durant, de la main de l'ouvrier seulement », et en faire autant pour les portes et les fenêtres.
Une cause de déperdition de la literie, en plus du voisinage humide de la rivière, consiste dans l'habitude que l'on a de la déménager un peu partout en cas de besoin. Le 7 février 1588, la Dominicale demande 27 draps pour l'Hôtel-Dieu et, le 30 juillet 1600, une douzaine de lits qui en proviennent sont mis en dépôt au collège de Géléasis (4). Le 20 juin 1639, le gardien Denis Vincent rapporte que beaucoup de ces derniers ont été transportés à la Barre, à la Vincenderie et au Pré-l'Abbesse.Le 15 avril 1641, il se plaint de l'habitude prise par la mairie de les enlever très souvent de l'hôpital pour les placer ailleurs. C'est encore ce qui arrive le 31 août 1643. On en fait mettre un certain
(1) Reg. dél. mun., n» 78, p. 41. — (2) Reg. dél. mun., n» 84, pp. 67, 113; — id., no 86, pp. 88, 147. — (3) Reg. dél. mun., n" 90, pp. 94, 131. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 1. — Reg. dél. mun., no 56, p. 46.
nombre au portail de la Tranchée dans les chambres où doivent coucher les 12 officiers Espagnols pris àRocroy (1). L'année suivante, six autres, « avec leurs couvertures et mantes qui se perdent et sont mangées par les rats », vont meubler une des salles de l'Hôtel-Dieu (2). A partir de cette époque, les épidémies de peste ayant cessé, le mobilier qui servait aux malades disparaît complètement.
Le 20 septembre 1616, les lits que contient l'hôpital sont au nombre de 30, et de 61 en 1620. Par la suite, ce nombre augmente considérablement, si bien qu'en 1628 on ne sait où les mettre. Ils sont « bien blancs et bien nettoies », mais il est impossible de les utiliser tous car la maison ne peut guère en contenir plus de 00 à 80 à trois places chacun (3). En 1631, il est possible d'y loger 400 pestiférés.
L'ouverture de l'Hôtel-Dieu de la peste n'a lieu que dans de graves circonstances. Quand l'épidémie tend à prendre une grande extension et que la Municipalité se voit réduite à l'impossibilité de la cacher plus longtemps. Un procèsverbal du 30 avril loo4 nous fait savoir qu'en pareil cas elle hésite et que les opinions de ses membres sont partagées. Les uns réclament son ouverture, tandis que les autres s'y opposent énergiquement (4>. Le 2 mai 1556, un échevin est de l'avis des premiers, à condition qu'on la fasse secrètement ('5j. Deux jours après, il en est ainsi, sur l'annonce que le clergé se dispose à verser une partie de l'argent nécessaire pour l'entretien des malades.
(1) Reg. dél. muD., n'Ol, p. 145; — id., n» 95, p. 45. A cette époque, les lits étaient à trois places. — (2) Bibl. Poitiers, cait. 53 bis, rcg. 10. — Reg. dél. mun., n» 96, p. 70. — (3) Reg. dél. raun., no 71, p. 63. — (4) Reg. dél. mun., no 32, pp. 437, 438, 439. —(5) Reg. dél. mun., n° 33, pp. 70, 76, 77, 78. — En 1584, ou préfère attendre et mettre les contagieux « a l'écard de la ville » 'Bibl. Poitiers, cart. 55).
Le manque de fonds est également une cause de retard. Le 28 février i587, le maire annonce « que la contagion a recommencé et pululie dans la ville et quelques personnes sont mortes depuis plusieurs jours. D'autres demandent à entrer à l'hospilal des pestifferez, mais il n'y a pas d'argent pour les nourrir et entretenir ». Ce n'est que trois semaines plus tard qu'il est possible de l'ouvrir (i). En 1031, il faut, pour cela, attendre la rentrée des taxes (2). Lors de la peste de 1638, dont le début reste longtemps caché, pendant que les contagieux meurent misérablement dans les tourelles et les huttes du Pré-l'Abbesse, on ne se décide que le 9 août à les hospitaliser, dans la crainte d'infecter complètement la ville (3). C'est ce qui a lieu effectivement le 25 du même mois.
Tous les malades y sont d'abord reçus sans aucun contrôle, mais^ en décembre 134:6, le Bureau décide que l'on tiendra un registre des entrants. Il indiquera « leurs noms, leurs biens, demeures et capacités, pour sçavoir s'ils sont bien suffisants pour leur nourriture substantement et aultres nécessitez. Et, s'ilz sont trouvez riches, capables et puissans, pour eulx entretenir, seront nourriz sur leursd. biens et les aultres ayant aulcunbien, aux despens des pauvres (4) » . Les gens riches paieront non seulement pour eux, mais encore pour leurs domestiques.
Une ordonnance du 25 septembre 1531 dit expressément; « Si des serviteurs sont mis à l'hospital, ils resteront à la charge des maistres (5). » C'est après guérison ou décès que le paiement doit avoir lieu. Le 17 juillet 1585, les échevins
(1) Reg. dél.mun., n° 46, pp. 235, 247. — (2) Reg. dél. mun., no 81, [i. 187. — (3) Reg. dél.mun., n" 89, p. 41.— (4) Reg. dél. mun., a" 28, p. 71. — Reg. dél. mun., no 46, p. 262. — (5) Reg. dél. mun., no 19, pp. 51, 262.
déclarent que, pour les contagieux « ayans moyens et biens pour se nourrir et entretenyr, sera leur nourriture répétée par cy après sur leurs biens (1) ». Enfin, le 25 août 1603, les élrangersne sont plusadmis, par ordredelaMunicipalité, à y recevoir des soins (2). En résumé, sauf cette dernière, toutes les autres dispositions restent identiques à celles que l'on prend habituellement en ce qui concerne l'aumônerie deNotre-Dame-la-Grande.
Nombre de personnes acceptent difficilement l'obligation d'envoyer leurs parents à l'Hôtel- Dieu des pestiférés, "considéré comme un vaste charnier dont peu de malades sortent vivants. Le 22 juillet 1630, la peste ayant fait son apparition dans les rues de la Chaussée, de la Poire-Cuite et du (( Puys-ci-près », les habitants refusent d'ouvrir leurs portes et s'opposent, même par les armes, à l'enlèvement des contagieux. Ordre est donné, en cas de refus, de les poursuivre et de les condamner à l'amande. Le nommé Besnard,dit le sergent sons-peur, met l'épée à la main pour empêcher le départ de ses filles et de sa servante (3). Cet acte le fait condamner, le 5 août, à payer 450 1. Ordre est aussitôt donné '< à tous, de quelque condition et qualité que ce soit, s'ils ont quelques personnes malades, frappées de contagion, en leurs maisons, d'en faire avertir M. le maire au plus tost, pour estre traitées, soit dans leurs maisons^ s'ilz le désirent, soit à l'Hostel-Dieu, où ils seront menez ».
Deux questions troublent longtemps ceux qui, par leurs fonctions, doivent lutter contre le fléau. La première consiste à trouver un logement à part pour les convalescents.
(1) Reg. déL mun., n" 44 bis, p. i6;id.,no 4;), p. 75. — (2) Reg. dél. mun., no 61, p- 35. — Reg. dél. mun., n» 81, pp. 11, 33.
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La seconde, du même genre, pour ceux qui sont restés plus ou moins longtemps en contact avec eux.
Etienne Thevet constate qu'il est possible d'avoir deux fois la peste, contrairement à l'opinion admise à son époque. Il en résulte que les gens qui en ont été frappés peuvent, non seulement contaminer leurs voisins, mais encore rester sous le coup d'une récidive. Dans le but d'éviter un pareil danger, des tentes sont installées, le 20 juillet 1585, près de l'Hôpital des pestiférés. Il est payé à cette date 131. 1 d. pour le prix de 6 aunes et demie de toile, à raison de 6 s. l'aune, plus 29 s. pour la façon de chacune de ces tentes. Leur monture, faite en bois, revient à 100 s. (1). Quelques jours plus tard, il est encore procédé à l'achat de 07 aunes de même étoffe, moyennant20 l. 2 sous.
Le 9 octobre suivant, l'échevin Antoine Duval demande, en sa qualité de médecin, que l'on construise dans l'Hôtel- Dieu de la peste une maison pour retirer les convalescents afin « qu'ilz n'ayent occasion de fréquenter les mallades ». Il ajoute qu'un legsfaitpar Ghambon, abbéde Notre-Damela-Grande, peut serviràfaire l'achat d'un logis qui serait destiné à cet usage (2). j^e 26 juillet 1587, la Municipalité^, désireuse d'empêcher les contagieux arrivés au terme de leur guérison de fréquenter les autres habitants, se décide, « en attendant qu'on ait moyen de faire édiffier quelque lieu propre dans led. Hostel-Dieu, pour les retirer, de droisser les tentes que le s'' de Bormé, m^ d'artillerie du camp et armée du roy, conduite pour le maréchal de Biron,qui sont délaissées chez Florentin du Ruau, ancien maire (3) ».
(i) Bibl. Poitiers, cart. 5S. — (2) Rog. dél. mun., n» 34, p. 74.— (3) Reg. dél. mun., no 47, pp. 41,46. Une de ces tentes est vendue 3 écus à Florentin du Ruau.
Elles serviront de la sorte à mettre les pauvres, avant de les renvoyer chez eux.
Les convalescents, logés et nourris aux frais de la ville, s'y trouvent fort à l'aise. Aussi, le maire se plaint-il, le 1" septembre 1587, de ceux qui, étant guéris, «n'en sortent pas )> et dépensent beaucoup d'argent pour leur nourriture (1). Il est aussitôt prescrit aux Chirurgiens de les désigner au Prévôt de santé. Il les mettra dans l'obligation de s'en aller sous peine de poursuites. Le terrain occupé par les tentes était loué moyennant 6 1. à la veuve Allard.
La mairie se préoccupe également de loger les pauvres valides obligés d'abandonner leurs domiciles contaminés par la peste. Le 2 août 1547, l'échevin François Doyneau constate « qu'il est nécessaire d'avoir un lieu aultre que l'Hôtel-Dieu des pestiiïerez. pour retirer ceulx qui sont en dangier dans leurs maisons et ne sont pestifîérez (2) » Le. 22 juillet 1554, on pense qu'il faudrait « depputer ung Hostel-Dieu hors la ville pour retirer les familles de ceulx qui seront pestiiïerez, affin delesempescher de vaguer (3).» Le lendemain, il est particulièrement question de trouver « une maison pour les petits enfans qui sont imbéciles et non pour les familles et domestiques qui s'en pourront veuyder la ville ». Après discussion, on se décide à chercher un local dans lequel ils pourront être logés.
Le 20 octobre 1586, le maire fait observer au Conseil qu'il faudrait trouver sans retard un lieu propre pour retirer les pauvres valides qui ont été affligés de la peste et ceux qui habitent des maisons infectées. Cette mesure les empê-
(1) Reg. dél. mun., n» 47, p. 99. — Id., n" 47, p. 2->5.— (2) Reg. dél. mun., no 29, p. 23. — (3) Reg. dél. mun., n» 32, pp. 473,478.
Jl'SOC'A L'AN V :{S7
clicril, pendant quelcjue temps, de cornmiim()uer .ivec le public. Il ajoute que, pour cela, il serait possible d'utiliser le logis de la Folie appartenant à l'abbé de Monlierneuf. Ce logis, à peu près abandonné et presque ruiné, se trouve situé à un quart de lieue de Poitiers. Il çst bien aéré et par conséquent propre à remplir le but que l'on désire atteindre (1). Les écbevins se décident à le prendre k ferme pendant quelque temps afin d'y mettre, « par bonne volonté Qu par force, les pauvres guéris et autres ».
Toutes ces délibérations municipales donnent bien quelques résultats, mais ils ne sont que passagers. Le 20 novembre H]\2, le doyen de Saint-Pierre fait savoir à la mairie « qu'il y a ung honneste homme qui veult achapter la maison de Daniel Bonnyot située paroisse de Buxerolles, que l'on appelle Beauregard, en laquelle cy-devant on a mis les malades pestifferez qui sortoient dud.hospital lorsque le chirurgien les cognoissoit n'estre plus en peine et pour changer lesd. malades d'ayr, et que, partant, M. le Maire peut prendre la peine demander led. Bonnyotet dire sa volonté. Que cest honneste homme exécuteroit le désyr qu'il a d'achapter led. bien pour le donner à la ville aux fins de se servir d'iscelluy lieu, si et quantes seront besoin (2) » . Cette proposition est acceptée le 25 novembre et l'acte d'achat signé le 9 février 1613.
Le logis de Beauregard, appelé La Barre, à partir de cette époque, devient la propriété de la ville de Poitiers. Quant au généreux donateur, il ne se fait point connaître. L'hôpital des pestiférés utilise alors la somme de 1.200 1. que lui a léguée, le l^' novembre 1586^ Guillemette Le
(1) Reg. dél. mun., n" 44, p. 114. — (2) Reg. dél. nuui., no 6.S, pp. IJ6, 57, 78. — Min. Delafuye.
38S L'ASSISTANCE PUliMOlTE A POITIERS
Proust, veuve de l'échevin Hilaire Rogier(l). Cette somme prêtée, depuis le 15 septembre 1596, à Jean Picot, lui est retiré pour parfaire le paiement de la nouvelle acquisition.
La propriété de la Barre comporte, outre une maison d'habitation, des granges, un four, une cave, une étable, une cour, un grenier et quelques terres labourables (2). Des réparations lui sont faites^ en 1615. Le 27 janvier 1628, comme elle manque d'eau, il est décidé que l'on chargera une personne d'en apporter moyennant 5à 6 s. par jour (3). Le 4 décembre suivant, la Municipalité ordonne d'y creuser un puits.
Un état de lieux dressé en 1687, nous fait savoir que cette habitation est située à gauche, tout en haut de la côte qui monte de Lessart à BuxeroUes. Elle comprend, au rez-dechaussée, deux chambres, dans l'une desquelles se trouve une grande cheminée. Un bel escalier monte jusqu'au premier étage, qui se compose également de deux autres chambres. La muraille séparant la maison du grand chemin est longue de 30 toises (4). Ajoutons qu'elle domine les vallées duClain et de l'Auzance. Delà, son premier nom de Beauregard, bien mérité, du reste, car du haut de sa terrasse la vue est très belle sur ces deux vallées. Le 25 août 1721, la Municipalité, trouvant que le revenu de 1501. donné chaque année par les terres qui l'entourent
(1) Reg. dél. mun., no 46, p. 80. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 5ti.— (3) Arch. Vienne H* 18. — Les couvertures, souvent endommagées à cause des grands vents, sont réparées en 1632 (Reg. dél. mun., n" 82, p. 13o). — (4) Min. Bourbeau. La maison de La Barre a été démolie, il y a peu d'années, et remplacée par une construction moderne. Il n'en reste plus que les murs d'enceinte en mauvais état sur lesquels on voyait jadis des créneaux. Une tour, presque complètement rasée, existe encore.
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110 permet pns d'y faire des réparations urgentes, ordonne d'en démolir une partie (1).
Aussitôt son acquisition, la Barre est simplement mise h ferme. On ne la meuble qu'à partir de 1628. Le 26 juin de celle mrme année, il y est placé 5 à 6 lits pour des convalescents elle mois suivant, 15 ou 16 autres (2). Toutes ces dépenses d'ameublement se montent à 555 1. (3). Aussitôt la peste disparue, la maison et les terres sont louées à Pierre Moyne sous condition d'y rester pendant les épidémies qui pourront se produire, de mettre le mobilier à l'air, laver les couvertures et nettoyer les matelas. En 1638, il est dit que La Barre peut contenir de 50 à. 60 lits (4). Gomme d'habitude, tous sont à trois places.
Le 10 août 1638, la mairie veut y envoyer les Augustins sortis de l'hôpital des pestiférés, mais un échevin observe que les logements n'ayant été faits que pour des malades, il sera difficile de leur trouver des chambres convenables. Il n'y existe pas de chapelle pour la célébration de la messe, etl'administrationdes Sacrements. Le puits manquant d'eau, ilestimpossible d'en tirer pourboire et.« mettre le pot (5) ». On se décide alors à les envoyer ailleurs.
Pendant l'épidémie de 1628-1631 . La Barre ne peut contenir tous les pauvres chassés de chez eux avec les convalescents sortis de l'hôpital. Le 25 février 1630, le maire propose de meubler la maison de M*" Vincent, « qui est prosche dud. hospilal, laquelle on prendra en location, faulte du logis de la Barre occupé par plusieurs personnes de tous âges qui s'y sont retirez pour fuir le mauvais air
(1) Reg. dél. mun., n" 139. — (2) Reg. dél. mun., n» 78, p. 270. ~ Id., n» 79, pp. 12, 76, — (3) Arch. Vienne, H*-18. — (4) Reg. dél. mun., n° 89, pp. 47, 49. — (5) Reg. dél. mun., n° 89, pp. .^>3, 89.
qu'ilsypourroient contracter en leurs maisons deceste ville, où il y avoit des malades (1) ». En outre des meubles, il faut encore trouver des draps, car les regratliers en sont démunis après avoir envoyé ceux qu'ils possédaient dans les villes voisines atteintes delà contagion. 11 en sera emprunté à l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande, à laquelle on les remettra aussitôt que possible.
En -1638, les convalescents se trouvent encore logés à la Vincenderie (2). Il leur est défendu de communiquer avec les malades de l'hôpital, qui se trouve à une distance de 500 à 600 mètres. Le 16 octobre de la même année^ ordre est donné de les renvoyer chez eux aussitôt leurs maisons nettoyées et blanchies. Le 4 avril 1639, la Municipalité décide que la Vincenderie subira un fort nettoyage afin de pouvoir en ôter les lits et laisser le logis à la disposition de son propriétaire (3). En réalité, la Barre et la Vincenderie ne servirent simplement qu'au cours des deux dernières épidémies dont la ville fut atteinte . Ces hôpitaux n'en rendirent pas moins de grands services au point de vue des quarantaines que devaient subir les convalescents et les gens sains restés au contact des malades.
Malgré tous les moyens employés pour obtenir leur isolement parmi eux beaucoup parviennent à s'y soustraire. Le 29 mai 1532^ le Procureur à la police vient dire aux échevins « qu'à l'Hostel-Dieu des pestez y avoit 32 pestez dont aulcuns, par le commandement delà garde dud. Hostel-Dieu, alloient par la ville entre les sains dont estoient procédez des inconveniens, comme il est a craindre (4) ». Le 27 juillet 1537, c'est une jeune fille atteinte de la conta-
(i) Reg. dél. muD., no80,p. 169.— (2)Reg.déL mun., no 89, pp. 53, 89.— (3)Reg. (léL mun.,n° 89, p.l66. — {4)Reg.dél. mun., n° 19, p. 180.
JUSQU'A l/A.\ V 391
gion « qui va et vient parmi le peuple (1) ». Le 27 février 1547^ ordre est donné aux pestiférés de se retirer à l'hôpital do la peste, sous peine de fouet. Môme ordonnance, le 18 octobre 1585 (2). Il leur est fait défense de fréquenter, non seulement « les aultres manans et habitants »> , mais encore tous les contagieux convalescents ou guéris.
Les personnes qui soignent les malades ou qui logent avec eu-x ne doivent point sortir sans porter une baguette blanche à la main pour se faire reconnaître du public. Cette obligation de vivre et de se promener à l'écart du reste de la population est assez mal supportée, surtout par ceux qui se livrent au commerce. Le 15 juillet 1628, la dame Fontaine et la veuve Desmoulins demeurant en face les Minimes, pour avoir transgressé ainsi les ordonnances, sont invitéesà rentrer chez elles, sous peine de 24 heures de carcan, d'être ensuite chassées de la ville et renfermées dans une hutte faite à leurs dépens ou sous quelque roche des faubourgs (3). Le 4 août 1631, l'hôtelier de Saint-Martin fait enterrer sa femme morte de la peste « en présence de tous ses parents (4)». Comme une telle façon d'agir peut « perdre quantité de peuple », on le condamne à 50 1. d'amende.
Le 12 juillet 1638, il est défendu « à tous ceux qui seront trouvés dans les maisons contaminées d'aller et venir par la ville, et de fréquenter le monde, sur peine d'amende arbitraire et punition corporelle et même, permet le Conseil, de jetter des pierres et ofîenses pour l'interest public et empescherle mal qui enpourroitarriver etbrusler les meubles (5)». Les précautions de ce genre prises contre la propagation de
(1) Reg. dél. mun., n" 20, p. 294. — (2) Reg. dél. mun., n» 28, p. 108. — Id., n" 46, p. 180. — (3) Reg. dél. mun., n" 79, p. 102. — (4) Reg. dél. mun., n» 82, p. 44.— (5) Reg. dél. mun,, n-' 88, p. 2.32.
la peste auraient été, sans aucun doute, d'une certaine efficacité sans Tincurie du public et le désordre inévitable résultant des grandes épidémies. Le nombre des gardes chargés de la police fut toujours insuffisant. Enfin, comme dit Thevet, et comme nous le constaterons plus loin, les apothicaires et les chirurgiens, croyant la maladie peu contagieuse, ne se gênaient point pour enfreindre trop souvent les ordonnances municipales et donner ainsi le mauvais exemple.
CHAPITRI^ IV Mesures générales prises contre la peste.
Aussitôt que des bruits de peste viennent à la connaissance de la mairie, son premier soin est de s'enquérir de leur exactitude. Le 5 janvier 1517, le procureur à la police reçoit l'ordre de rechercher les maisons contaminées, de les faire marquer et d'y envoyer des sergents (1). Plus tard, elle a recours aux bons offices du corps médical. En 1566, des barbiers et des apothicaires « sont députez pour la Visitation, tant des frappez par la faveur dud. mal en ceste ville que de l'Hôtel-Dieu et hors la ville (2) » . Le 30 juin 1586, à la suite de décès suspects, il est prescrit de convoquer « les Docteurs en l'art de médecine, les apothicaires avec les échevins et les bourgeois pour aviser au soin d'arrêter la maladie (3) ».
Le 12 mars 1607, un chirurgien est spécialement chargé de rechercher et d'examiner les maisons susceptibles d'avoir contenu des contagieux (4). Le 20 septembre 1612, des procès-verbaux dressés par les médecins elles apothicaires indiquent que le fléau a débuté par la rue des Hautes- Treilles (5). Enfin, le 7 avril 1628, les premiers vont, en compagnie des chirurgiens, visiter les malades du faubourg de
(l)Reg. dél. mun., no K, p. 249. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 44. — (3) Reg. dél. mun., no 45, p. 423.— (4) Reg. dél. mun., n" 62, p. 81. — (5) Reg. dél. mun., no 68, p. 54.
Saint-Saturnin (l).En résumé, toutes les indications annonçantl'arrivée de l'épidémie sont fournies par des personnes particulièrement compétentes .
Le clergé n'est généralement point consulté au début de la peste. Cependant, le 26 mai 1533, défense est faite aux vicaires d'inhumer << aucun corps d'hommes, femmes ou enfans, sans s'être enquis de quelle maladie ils sont morts (2) » . C'est la seule fois qu'on leur impose une pareille obligation.
Enfin, les habitants sont tenus de déclarer les cas de peste qui peuvent venir à leur connaissance (3). En dehors de l'ordonnance de 1587, celle du 5 août 1630 prescrit à tous,« de quelque qualité et condition qu'ils soient, qui auront dans leurs maisons des personnes malades de contagion, d'en faire avertir monsieur le maire au plus tost pour les faire traicter, soit chez eux, s'ils en ont les moyens, soit s'ils le désirent, à Ihospilal des pestifferez, où ils seront reçus ».
Les constatations une fois établies, la première précaution que prend la Municipalité est de faire marquer les habitations contaminées , comme il est d'usage partout en France. Le 2 janvier 1522, elle ordonne « que, pour obéir aux inconvénients de la peste, il sera mis une c/'oir rouge sur les maisons où il y en a eu, et aux habitans, enjoinct par le procureur et sergent de le faire^ à peine d'amande (4) ». Le 15 septembre 1531. le Conseil municipal prescrit de marquer avec des signes les logis <« des pestez (5) ». Le chapitre de Saint-FIilaire, accusé pourtant de
(1) Reg. dél. muD., no 78, p. 222. — (2) Reg.dél. mun., n° 19, p. 275.
— (3) Rég. dél. mun., no 81, p. 33. — (4) Reg. dél. mun./n» 17, p. 507.
— (o) Reg. dél. mun., no 19, p. U.—Id., n'J 82, p. 44.
se désintéresser du fléau, prend lesmêmes mesures, de 1529 à 1534 (I). Il impose l'obligation de placer des croix blanches aux portes de ceux qui sont atteints de contagion.
Ces sages dispositions ne sont point toujours suivies avec une parfaite exactitude. Le 28 juillet 1631, plainte est porté contreun maréchal quia eiïacéla croix mise sursaporte(2). Pour ce motif, on le condamne à 10 1. d'amende avec menacé d'en avoir 50, s'il recommence. Le 4 août suivant, le Prévôt de la santé déclare que ceux qui habitent des maisons infectées les effacent « de leurs portes et boutiques , pour marquer qu'on se prenne garde d'eux » .
Les ordonnances contenant les précautions nécessaires pour arrêter la peste sont édictées aussitôt que le mal fait son apparition. Elles émanent tantôt du Conseil municipal, et tantôt d'un Bureau spécialement élu par les différentes corporations de la ville. Au xvi' siècle, tout en prescrivant l'isolement des habitations, elles insistent principalement sur les moyens à prendre pour assurer la propreté de la ville et la maintenir dans de bonnes conditions hygiéniques. Plus tard, on les voit s'occuper de l'assainissement des logements particuliers en ce qui concerne leur isolement et leur propreté.
Une des premières et des plus complètes ^Darmi ces ordonnances est celle du 23 juillet 1584. Elle divise la ville en plusieurs quartiers au point de vue des secours à distribuer aux indigents. Ensuite, elle prescrit le nettoyage des rues, la fermeture des logis contaminés, l'isolement des enfants des pestiférés et la levée des taxes nécessaires pour assurer les services en temps d'épidémie (3). On la retrouve
(1) Arch. Vienne, G. 1128. — (2) Reg. dél. mun., n° 82, pp. 37, 44. — (3) Reg. dél. mun., nu 32, pp. 478 et 483.
396 L'ASSISTA>'CE PUlJLigUE A POITIERS
à peu près toujours la même par la suite, principalement dans sa dernière partie. La Municipalité l'édicté dans les termes suivants :
A esté conclud. que ville sera partagée par quartiers, dizanier set centeniers qui auront la charge de la pollice d'icelle ville et de donner ordre aux affaires de la peste (1). Et, feront lad. description : sires Pierre Rat, Jehan Estivalle et Joachim Prévost.
Que monsieur le Maire depputtera chartiers et marchandera dès ce jourdhuy, pour oster les viscosittez et fumiers de la ville. Et que chascune maison d'icelle payera, le locataire ou propriétaire, ung denier par sepmaine pour le sallaire desd. chartiers.
Que les superintendantz et ayant charge de la peste y prendront garde de cadeuer ou faire cadener les maisons de ceulx qui seront pestiferez et ne vouldront vuyder et quant a ceulx qui vouldront vuyder et seront pauvres, leur sera baillé argent et sera trouvé maison pour petitz enfans des pestifferez.
Que pour ordonner et délibérer promptement des affaires concernans la peste, sont commys, advecque M. le Maire, vénérable messire Michel Michon, Jehan Poictevin et Berthoulmé Aubert pour l'Eglise. Et pour les laiz, sires Guillaume Rogier, Pierre Rat et Jehan Estivalle.
Que les deniers de l'Eglise, lesqueulx il convient collig-er pour lad. affaire, seront misés mains de vénérable M'* Philippe Chambon abbé de Nostre-Dame et ceulx des laiz es mains de sire Jehan Goislard et sera enjoinct aux Fabriqueurs des paroisses de faire faire collecte pour les pestifferez.
Pour obvier et éviter avecq l'ayde de Dieu, au mal contagieulx et pestillencieulx dont sont attainctz plusieurs bonnes villes, bourgs, bourgades et villages circumvoisins de cested. ville, a esté advisé que par cest effect on feroit quelques gardes aux portes pour empescher que les habitans desd. lieulx contagieulx n'y entrent et mesmemenl, les gueulx, coquins, câlins et gens vagabons qui, de jour et aultre, abordent en cested. ville. Et, que ceulx qui de présent sont estrangiers, seront mys hors d'icelle par le bastonnier ou sergent des pauvres. Auquel, sera faict injonctions de ce faire, a peine de punition corporelle.
(i) C'est une imitation de ce qui se faisait à Paris.
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De même, sera proclamé quo chascuns habitans aicL a lain; nestoyer les places et rulies (lavant leurs logis et maisons, dedans ':24 heures après lad. proclamation.
Et seront faictes inhibitions et désfences a tous, de non jecter et mectre èsd. ruhes et places aulcuns fumiers ou beurriers et viscosilez.
Comme aussi, delfenses ausd. habitans de ne nourrir pourceaulx ou aultre bestail qui pourroient infecter et engendrer corruption d'air en lad. ville et mesmemenl joignant les grans ruhes d'icelle.
Que les propriétaires ou loccataires des logis ou maisons esquelles il n'y a aysances, privez ou latrines, seront tenuz en faire le plus dilligemment que faire se pourra. Et, sera enjoinct aux maîstres de s'esmoyer et faire Visitation esd. maisons, pour rapporter au Conseil, affin d'y mectre ordre.
Le tout que dessus, a peine de grosses amandes qui seront taxées sur les infracteurs de la présente, par led. sieur Maire. Et, affin qu'elle soict stable, il a esté conclud et résolu que les dénonciateurs de ceulx qui iront au contraire, auront la tierce partie de l'amande qui sera taxée contre lesd. infractions. Et au contraire, ceux qui sçauroient ce que dessus et ne le dénonceroient aud. Maire, payeront la tierce partie de l'amande en laquelle les susd. infracteurs seront taxez, nonobtant opposition ou appellation quelconque et sans différer a icelles, d'aultant que c'est faict de pollice.
Il est alors décidé, le 12 décembre suivant, que la ville sera divisée en 32 quartiers (1). La surveillance de chacun d'eux, au point de vue du nettoyage, incombera à deux membres du Conseil municipal. Cette surveillance se continuera tant que la peste viendra ravager Poitiers.
L'année suivante, le 15 août 1585, les prescriptions édictées en temps d'épidémie ont trait à la vente de certaines marchandises, à l'assainissement des marchés et au nettoyage des rues :
(1) Reg. dél. mun., 44 bis, pp. 45,48.— Cette désignation avait lieu chaque année au Mois des offices.
Défense aux chamoiseurs et pelletiers de préparer les peaux à l'intérieur de la ville. Leurs boutiques resteront fermées sans qu'ils puissent vendre quoi que ce soit avant la Saint-Michel (1). Le tout, sous peine de 10 écus d'amende ;
Défense d'exposer en vente du poisson frais ou salé sur la place de Notre-Dame-la-Grande et au carrefour de la Regratterie ;
Défense aux taverniers, hôteliers et cabaretiers d'acheter le samedi de la volaille ou du gibier avant 11 heures du matin^ sous peine de 3 écus d'amende et de confiscation de leurs achats ;
Défense aux revendeurs et « revenderesses », poulaillers et voituriers d'acheter en ville ou dans les faubourgs, du gibier et de la volaille, sous peine de punition corporelle et d'amende (2). Il leur est toutefois permis de fréquenter les foires du voisinage.
Comme il y a « multitude de viscositez qui se trouvent par les ruhes et engendrent putréfaction et air corrompu, avons très expressément defîendu de non pousser devant les ungs les aullres, leurs fumiers, bourriers et immondicitez en quelque temps que ce soit, ains les feront porter incontinent et transporter chascun à son esgard, derrière les murailles de lad. ville et aux rempars d'icelle, à peine aux contrevenansdu 2 escus d'amande». Défense d'acheter plus que sa provision de sel aux marchands forains.
A cette époque, Poitiers, que gouverne entièrement la
(1) Ces marchands demandent, sans pouvoir l'obtenir, le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, la permission d'ouvrir de nouveau leurs boutiques {id., n" 43, pp. 79, 80, 108). — (2) Les ordonnances sur la peste sont imprimées chez Aymé Mesnier qui, pour cela, touche 100 s. le 27 juillet lo86 (Bibl. Poitiers, cart. 53).
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Sainle-Union, se trouve pour ainsi dire assiégée par les troupes royales qui battent la campagne dans son voisinage (1). iî^lles empochent les vivres d'y pénétrer, obligeant ainsi ses habitants à supporter la famine en môme temps que la peste .
L'ordonnance municipale du 5 juillet 1587 est la première qui organise d'une façon très nette et dans tous ses détails la lutte contre le fléau qui, depuis trois ans, ravage la vilte (2). Elle réunit nombre de prescriptions éparses dans les précédentes pour en faire un tout destiné ù ne subir désormais que de légères modifications. Ces prescriptions sont les suivantes :
Ordonnances générales faictes par Messieurs les Maire, Pairs, Eschevins et Bourgeoys de la ville de Poictiers pour obvier aux malladies de contagion, de laquelle les habitans d'icelle commencent à en estre affligés, dont chascun doibt prier Dieu de les préserver.
Seront les habitans admonestez se reconsillier à Dieu pour appaiser son ire,avecq detrences expresses de non jurer et blasphémer le nom de Dieu, à paine de dix escuz pour la première foys et de punicion corporelle pour la seconde.
S'il advient que quelque maison sçoit affligée de mal contagieulx, ceulx de lad. maison et leurs proches voisins qui le sçauront, en advertiront M. Hieraulme Guillon hoste des Troys lloys Provost de lad. santé, affin que led. Provost en toute dilligence y envoyé les chirurgiens et Basfonniers dud. hostel-Dieu, pour enlever les corps et mallades et passer par les ruhes moins habitées.
Se trouvera led. Provost tous les jours à six heures du matin, à midy et quatre heures du soir au Quartier de Sainct-Germain,
(1) Cf. Ouvré (Henri). — Essai sur l'histoire de la Ligue à Poitiers {Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXXI, fe série, p. 85.) —(2) Reg. dél. mun., no 47, pp. 37, 38, 39, 40, 46. Cette ordonnance fut, comme la précédente, imprimée chez Aymé Mesnier.
avecq ung des Bastonniers dud. Hostel-Dieu, pour aller quérir les Chirurgiens el aultres Bastonniers en toute diligence.
Et n'entreront lesd. Chirurgiens dud. Hostel-Dieu dedans la ville, sans qu'ilz soient appelez et conduictz par l'ung des Bastonniers ayant sa cassaque noire avecq la croix bleuve et la verge blanche en la main avecq la clochette au bout.
Toutes maisons où il y aura du mal contagieulx seront cadenées avec delTences aux habitans d'icelles de n'en sortyr que quarante jours, ne transporter leurs meubles en aultres lieulx de lad. ville à peine de la vie et confiscation desd. meubles.
Et leur seront distribuez ce dont ilz auront besoing par la dilligence des plus proches voisins en leur délivrant deniers, s'ilz ont moyens, sinon en adverliront l'Intendant des pauvres ou le premier Eschevin ou Bourgeoys qui a la charge du quartier, à paine de dix escuz d'amande.
Que les Chirurgiens et Bastonniers seront tenuz au premier advertissement aller au secours desd. mallades, sans attendre mandement dud. sieur Maire, avecq deffenses de non exiger aultre chose desd. mallades, si ce n'est de gré à gré.
Que led. Provost fera diligence faire cadener par le serruzier à ce commys toutes les maisons frappées du mal, après que les mallades en seront enlevez et tiendra registre desd. cadenaz.
Tousceulx qui ont fréquenté ou fréquenteront lesd. mallades ne pourront aller par la ville sans porter verge blanche de la longueur de quatre piedz, a peine du fouet et par après estre bannys de lad. ville et banlieue d'icelle.
Est defFendu à tous habitans de non loger en leurs maisons plus liault de troys locataires au plus, et de ne louher leur logis à aulcuns quaïmans, callains et gueulx estrangers. Et ou ils les auroient louhéeSjles faire incontinantvuyder,à paine de confiscation de leurs d. maisons.
Et ou y aura plusieurs locataires en une maison, les mallades seront enmenez aud. Hostel-Dieu ors que ce fussent les propriettaires desd. maisons et icelles cadenées pour les aultres.
Comme aussy est inhibé et deffendu à tous les bouchiers, bouquetiers et aultres de soutier aucunes chairs, soict bœuf, veau, mouton et aultres, sur peine de confiscation desd. chairs et de deux escu/. d'amande.
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Et soub/. mesme paiiie do no permecire icelles chairs csln; loiil'Iiées ou maniôos par ceulx qui on vouldroient achepler.
Seront faictz tous après (^apprêts) de peaulx, tueries et escorcheries de bestes hors des gransruheset placespublicques etenlieulx escartez et destine/ pour ce faire, à peine de dixescuz d'amande. Est enjoinct à tous lesd. habitans tenir les ruhes nectes chascun en son endroict et ny jetter aulcune ordure, soict en temps de pluye ou aullre, ains retenyr le tout en leurs maisons pour les faire emporter par les tombereaulx qui sur ce sont ordonnez. Et à ceste fin, enjoinct cà tous propriétaires de faire des privez ou fossez en ieursd. lo^ys à paine de cent ecus d'amande.
Et pour le regard des ordures qui à présent sont en places et ruhes publicques,serontostée,àladilligence et frauyzdes voesins, leur recours par après réservé contre ceulx qui les auroient mises qui y seront condampnez par l'attestation dedeulxou troys des plus proches voesins.
Est defïendu à tous cabarestiers de non recepvoir aulcunsdesd. habitans à boire ne manger en leurs maisons, comme aussy ausd. habitans d'y aller, à payne ausd. cabaretiers de dix escuz d'amande et ausd. habitans de deulx escuz pour la première foys et punition corporelle pour la seconde.
Comme aussy à tous lesd. habitans de ne tenyr pourceaulx, pigeons, conilz (lapins) et oyes, à paine de dix escuz d'amande et de confiscation desd. animaux.
Et de n'achapter ne vendre aulcuns meubles soit en camp publicq ou revente particulliere, sans permission et congé dud. sieur maire.
Les maisons où aura esté la contagion seront promptement blanchies et nestoiées et les immondices jectées en la rivière et non ailleurs aux fraiz et dillicences des propriettaires et locataires d'icelles. Et no pourront faire brusler aulcunes pailles ou immondices en quelque lieu que ce soit en lad. ville, à paine de XX escuz d'amande.
En chascune paroisse de lad. ville et faulxbourgs, yaurahomme depputé par les paroissiens pour avoir esgard à l'exécution de ce que dessus et recepvoir les plainctes des habitans de la paroisse pour icelles rapporter au conseil qui pour ce se tiendra au couvent des Cordeliers, troys jours la sepmaine, à neuf heures du matin.
Inhibitions et deffences sont faites àtoutes personnes de n'abandonner la ville, sans laisser en leur logis homme capable pour aller aux gardes des portes et murailles (1). En oultre, sans présenter aud. sieur maire ung notable marchant qui se charge pour eulx de payer les taux qu'il conviendra payer, tant pour les pauvres pestifferez que aultres fraiz des fortiffications d'icelle ville, à peine de x escuz d'amande contre les contrevenants et oultre mectre et loger en leurs d. logis ceulx qui seront frappez dud. mal et de confiscation de leurs meubles qui se trouveront esd. maisons.
Et par exprès, estdéffendu à tous capitaines, lieutenans, enseignes et aultres ayant charge des compagnies de lad. ville, d'icelle quicter et habandonner pour quelque occasion que ce soit, sur mesmes paines et oultre, de deschoir et estre desmys de leursd. rancz et grades, troys jours après leurd. départ.
Et seront ces présentes publiées à son de trompe et cry publicq et exécutées selon leur forme et teneur et ce, nonobstant opposition et appellations quelconques, sçavoir, celles des pestifferez par les Bastonniers de l'Hostel-Dieu et celles des aultres, par lesSergens ordinaires ausquelz avons enjoinct de ce faire.
Faict à Poictiers,au conseil tenu aux Cordeliers, pour remédier à la contagion de ceste ville, le xxv« jour de juillet, mil cinq cens quatre-vingt-sept.
Et le xxviie dud. juillet, lesd. Ordonnances ont esté luhes et proclamées au son de trompe et cry publicq, par les endroictzaccoustumez de lad. ville et oultre, affichez es cantons, places et aultres lieulx,affin que aulcun n'en prétendist cause d'ignorance.
La dernière ordonnance ayant un caractère général au point de vue de la prophylaxie de la peste paraît le 31 août 1638 (2). Elle reproduit en partie les règles précédentes, tout en laissant de côté certains points devenus inutiles à cette époque. Désgrmais, les chirurgiens devront entrer dans la ville aussitôt l'ouverture des portes, pour aller visiter les contagieux. Leurs visites terminées, ils feront transporter ceux qui seront [encore vivants dans les
(1) Reg. dél. mun., n» 89, p. 29.
hôpitaux el enterrer les morts dans les cimetières et non ailleurs, afin do pouvoir contnMer les décès, en cas de besoin. Les officiers chargés de visiter les m;iisons atteintes par le fléau ne devront exiger aucune récompense.
Les prêtres et les religieux pourront entrer h toute heure en ville, pour porter le Saint-Sacrement aux moribonds. Les personnes habitant des garnis n'auront le droit de les abandonner qu'à partir de Noël, sous peine de 50 I. d'amende. Aucun malade ne devra sortir de chez lui sans la permission du maire (1). Les convalescents ne retourneront en ville qu'après une absence de 40 jours. Pendant ce temps, leurs habitations seront nettoyées et blanchies.
Au point de vue de l'hygiène de la rue, les ordonnances municipales sont fort nombreuses et se rencontrent très souvent au cours des délibérations de l'Hôtel-de-Ville. Le 14 novembre 1546, il est dit que, « pour obvier àla corruption du maubvays hayr, injonction sera faicte aux manans et habitans de lad. ville de nettoyer les ruhes, chascun au droit soy, à peine de l'amende (2)». Le 7 avril 1628 il est prescrit « d'enlever les fumiers et vuydanges à peine de 10 I. d'amande ». Les tombereaux chargés de les porter au dehors seront payés en commun par les propriétaires des maisons (3). Le 22 janvier de l'année suivante, le maire récrimine contre ceux « qui jectent dans la rue et y retirent leurs fiens et immondices, desquels ils font gros amas pour s'en servir et les faire amener à leur commodité et à mesure, quelques-uns pour les vendre, tellement qu'ils y demeurent souvent trois ou quatre
(1) Rég. dél. mun., no 89, p. 29. —(2) Reg. dél. mun., n" 28, p. 54. — (3) Reg. dél. mun., no 78, p. 222.
mois (1) )). Inutile d'insister sur cette malpropreté commune à nos anciennes villes.
Les assemblées sont interdites en temps d'épidémie, l^e 24 juin 1516, les échevins décident que leur pèlerinage annuel à Sainl-Hilaire se fera « sans cérémonie à cause il y a bruict et dangier de peste en plusieurs lieux en lad. ville et environs (2) » . Le 20 octobre 1603, il est défendu de se rassembler et de danser le soir, sauf aux noces qui accompagnent les mariages (3). Le 3 février 1630, interdiction de se réunir et « de jouher haultz-bois et viol- Ions (4) ». Le 25 suivant, la Municipalité écrit à l'Evêque afin de le prier de vouloir bien mettre fin aux prédications qui attirent trop de monde dans les églises.
Le 28 avril 1631, le maire déclare « qu'une des principales causes de la contagion qui s'augmente et s'accroît estoit la fréquentation du peuple aux assemblées publiques (5) ». Il est aussitôt ordonné « que, pour osier l'occasion desd. assemblées publicques et mesmement celles du Palais ou les pauvres mendians et malades se jettent en grand nombre, messieurs du Présidial seront priez de cesser les audiences publicques et les Docteurs de l'Université et Recteur du collège des Jésuites de fermer leurs escolles et collèges pour le temps que le mal pourra durer (5) ».
Le clergé prend lui-même toutes les précautions qu'il juge utiles dans le but d'éviter la contagion. Le 1 1 août 1586, les chanoines de Sainte-Radegonde, afin de se garantir de la peste qui règne dans la Grande-rue du Pont-Joubert, déclarent que leur procession générale n'aura lieu que chez
(1) Reg. dél. mun., n° 79, p. 222. — (2) Reg. d»'-l. mun., no 15, p. 172. — (3) Reg. déL mun., uo 61, p. 6. — (4) Reg. dél. mun., n» 80, j.p. 132, 137, 172. — (5) Rég. dél. mun., no 81, p. 180. <f]
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eux el à Sainl-l*ierre. Le 25 du même mois, le maître de la psallelle demande que, pendant la durée du fléau, trois grands enfants de chœur assistent seuls aux offices.. Les petits resteront à la clianterie. Le 5 octobre, on se décide à « faire de rang, le service religieux )),pour ne pas séjourner trop longtemps dans l'église (1). Le 7 juillet 1603, comme toutes les habitations des chanoines sont contaminées, l'assistance régulière aux cérémonies cesse de plein droit sans qu'aucune retenue ne soit faite sur les prébendes (2). Enfin, le 22 juillet, l'entrée même du chapitre est interdite.
La Municipalité ordonne parfois d'allumer de grands feux dans les rues et les carrefours. Le 19 août 1585, « pour empescher la corruption de l'ayr en ceste ville, chascun habitant d'icelle sera tenu, par quelque temps, faire faire au matin en la ruhe, de devant sa maison, ung feu, à peine d'amande contre les contrevenans, qui sera proclamé à son de trompe et cry publicq à ce que aulcun n'en prétende cause d'ignorance (3) ».Deux ans plus tard, le 22 juillet 1587, il est prescrit d'allumer « au soir des feuz par les ruhes, elles habitans seront contrainclz de ce faire, à peine de telle amande qu'on advisera (4) ». Ces feux, entretenus avec de la paille humide ou du bois de genévrier, fort commun autour de Poitiers, ont lieu, comme nous venons de le voir, tantôt le matin et tantôt le soir.
Le chirurgien Etienne Thevet préfère ceux du matin, car,
(1) Arch. Vienne, G. 1595. Le 3 mai 1585, il avait été interdit aux chanoines de s'en aller de leur quartier avant l'arrivée de la contagion. On ferma les cabarets établis dans leur maison. Le maître de la psallette fut invité à tenir les enfants bien propres. — (2) Arch. Vienne, G. 1595. — (3) Reg. dél. mun., no 45, p. 94. — (4) Reg. dél. mun., no 47, p. 17.
pour les autres, les femmes et les enfants se réunissent autour tant que dure la soirée « comme on les voit d'ordinaire, jusqu'à 10 et 11 heures». Il ajoute qu'il vaudrait mieux les obliger à se retirer plus tôt « à cause du serin qui enrhume (1) ». Ces sages conseils nous montrent que ces feux provoquaient d'inutiles et dangereuses réunions entre voisins.
Telles sont les précautions d'ordre général prises contre la peste, quand elle commence à envahir la ville. Au premier rang se trouvent celles qui concernent les moyens à prendre pour chasser le mauvais air, considéré comme la cause principale du fléau. Elles s'ajoutent successivement les unes aux autres et ne prennent un caractère complet et définitif qu'en 1638, quand, pour la dernière fois, le fléau sévit à Poitiers.
(1) Thevet (Etienne), loc. cit.