‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 20 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Bureau de la peste et le Personnel sanitaire qu'il emploie.

A début de chaque épidémie, le maire et les échevins restent seuls à la combattre avec l'aide de la Dominicale. Quand celle-ci manque d'argent pour parer à des dépenses qui deviennent de plus en plus considérables, le Conseil municipal se réunit afin d'aviser aux moyens à employer pour s'assurer de nouvelles ressources. Il en est ainsi, le 15 novembre 1531, lorsqu'il s'agit d'ouvrir l'hôpital des pestiférés. Tous ses membres devront se trouver entre 7 et 8 heures à l'Hôtel-de-ville sous peine de 100 s. d'amende (J). Même réunion générale, le 22 mai 1556, car, dans des circonstances semblables, les échevins nese considèrent pas comme pourvus d'une autorité suffisante pour faire seuls appel à la bourse de leurs concitoyens (2). Le 27 octobre 1603, le bureau de la Communauté des pauvres charge, par exception, le Procureur du roi et quatre échevins de s'occuper de tout ce qui pourra concerner l'épidémie (3). Il leur prescrit, en conséquence, de tenir plusieurs réunions par semaine.

(1) Reg. dél. mun., no 19, p. 88. —(2) Reg. dél. mun., no 33, p. 62. — (3) Reg. dél. mun., n» Cl, p. 61. — Le 25 janvier 1532, trois e'chevins sont adjoints à Messieurs de l'Eglise pour s'occuper des aumônes {id., n° 19, p. 121).

Si l'on veut obtenir des subsides du clergé, il faut lui adresser une demande. Son consentement obtenu, il se réserve toujours la faculté d'en contrôler l'emploi. Le 'l**' août 1548^ le maire déclare que « pour la subvention et nécessité des pauvres et la conservation de la santé de lad. ville, l'on doit reprendre la forme ancienne, selon les arrelz de la court, et pour ce faire, assembler messieurs desChappitres et collèges de ceste ville (!)>'. Deux échevins et deux bourgeois sont immédiatement priés de faire des démarches auprès d'eux, dans le but d'arriver à composer un Bureau spécial chargé de combattre le fléau. Le 23 juillet l5o4, le maire annonce qu'il a fait appeler « les sieurs de l'église pour en avoir leur adviz et contribution de ce qui sera besoing pour la provision et soulagement de la ville (2) ».

Le 18 juillet 1585, chacun des Chapitres est invité à désigner un délégué, chargé d'aviser, avec ceux de la mairie, aux moyens propres à faire cesser le mal ^3). En 1628, ce sont quatre échevins et huit bourgeois qui se réunissent pour cela, tous les jeudis à une heure, à l'Hôtel-de-ville, en compagnie des chanoines (4). On observe dans ces assemblées les traditions qui sont en usage à la Dominicale. Le clergé s'assoit a la droite du maire, qui seul doit signer les procès-verbaux (8). Elles ont lieu une, deux ou trois fois par semaine et se tiennent au Palais royal, aux Cordeliers ou simplement à la mairie.

La première mesure prise par elles consiste à désigner un secrétaire, dont le rôle est assez eff'acé, et un trésorier^

(1) Reg. dél. mua., no 20. — (2) Reg. dél. mun., no 32, p. 478. — (3) Reg. dtU. mun., n» 44 bis, p. 18. — (4) Reg. déL mun., n° 78, p. 251. — (8) Arch. Vienne, H^-18; id., G. 1602; Reg. dél. mun., no 80, p. IGl; id., n» 47, p. 0; id., no 32, p. 490.

chargé de centraliser les receltes, d'effectuer les paiements et d'en rendre compte quand l'épidémie disparaît.

Cette dernière fonction, fort peu recherchée, est d'abord remplie par des chanoines qui ne tardent point à l'abandonner aux laïcs. I.o 22 juillet 1547, François Derazes déclare '( qu'il luy convient soy retirer pour le dangier de la peste qui estoit près sa maison (1)». Sa demande paraît fort naturelle et aucune difticulté n'est soulevée pour arrêter son départ. Au reste, le 20 août 1554, l'abbé de Notre-Damela-Grande en fait autant, et le bourgeois Charles Arnoul le remplace (2). En 1563, Toussaint Marchand étant mort pendant l'épidémie, son clerc est désigné pour mettre ses comptes en ordre (3).

i^e 2 juin 1628, Godefroy Chevalier, bourgeois de l'Hùtel-de-ville. est nommé receveur (4). Le 28 avril 1631, il est décidé que, pour l'entretien de l'hôpital de la peste, on fera une collecte dont le produit sera déposé entre les mains de deux marchands désignés par les notables de leur Corps. Le 4 mai suivant, sont nommés Paul Coustière et Pierre Barré « pour faire récepte et mise ond. hospital(5) ». Le S mars de l'année suivante, le maire invite les marchands à nommer de nouveau deux d'entre eux pour procéder à la recette des deniers, « comme ils ont dignement et charitablement faict l'année dernière (6) ». Il n'obtient qu'un refus et, malgré une nouvelle invitation à se réunir, aucune nomination n'a lieu.

En 1638, le Conseil municipal ayant de sa propre autorité désigné les marchands Barré et Sauzay, le Tribunal de

(1) Reg. dél. mun.,no 29, p. 15. — (2) Reg. dél. mun., no 32, p. 496. — (3) Bibl. Poitiers, cart. rj4. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 55.— (5)A/'c/t. Iiist. du Poitou, i. XV.— (6) Reg. dél. mun., no 82, p. 154.

commerce refuse, au nom de ses membres, d'accepter comme valable cette manière de procéder, non conforme aux usages. Aussi est-il prié, le 23 août, de vouloir bien charger deux juges consuls de faire « recette et dépense par chascun mois, des deniers qui leur seront mis entre les mains pour les nécessitez des pestifférez et de leur hôpital et en tiendront estât et compte (1) ». C'est ce qui a lieu quelques jours plus tard. Ceux qu'il nomme restent en fonction pendant un mois.

Les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu des pestiférés s'occupent non seulement de son administration, mais encore des secours qui doivent être distribués aux contagieux indigents. C'est en réalité sur leur intelligence, leur courage et leur dévouement que repose entièrement le soin de combattre directement le fléau. Le premier qui occupe cette charge est François Fumée, le généreux donateur du terrain sur lequel s'élevait Ihôpital. 11 remplit avec tant de zèle ses dangereuses fonctions, au cours de la terrible peste de 1531, que, le 19 mai d 532,1e maire déclare « qu'il est mallade et aussy qu'il a porté à faix longtemps et ne pouvoit plus faire, ainsi qu'il a esté remonstré par Pierre Rat (2) ». Il est aussitôt ordonné « que, durant le danger de peste, l'hospital des pestifférez sera gouverné par l'ung des autres eschevins de la Maison de céans et qu'il y en aura toujours ung commys pour ung mois, chascun en son ordre, qui recevra les aulmosnes qu'on fera et les distribuera tant pour le salaire du barbier, confesseurs et chappelains que pour la nourriture desd. pestez et ceulx qui gouverneront et aussi pour le salaire de la garde dud. Hostel-Dieu. Dès à présent, a esté baillé la charge à Nicole Le Roy » .

(1) Arch. hist.fhi Poitou, t. XV. — (2) Reg. déL niun., n» 19, p. 180.

.IIISQII'A (>'AN V 411

Le 15 novembre suivant, Pierre Boynet el Guillaume liogier le remplacent et reçoivent en dépôt 20 écus d'or, qui constituent toute la fortune de rétablissement (1). A partir du 2 février 1538, ce dernier reste seul en fonction pendant un an^ avec la charge de recueillir « les deniers et de terminer la chapelle ».

L'année finie, Guillaume Rogier continue tantôt seul, tantôt en compagnie d'un autre échevin,à s'occuper de l'hôpital. Le 26 août 1538, il est invité à rendre ses comptes, et prié de garder son emploi malgré ses menaces de l'abandonner si la gardienne n'est pas payée plus régulièrement(2). Charles Guillon, bourgeois, lui est alors adjoint, puis Jean Aruoul en 1554. Ce dernier reste seul en fonction de 1556 à l564.L'échevin Antoine Morlon lui succède alors pendant plusieurs années.

A partir de 1576, deux échevins gouvernent l'hôpital des pestiférés, mais, pendant l'épidémie de 1584-1586, Gaucher de Sainte- Marthe est seul à leur succéder. Il est remercié en 1587 « du bon debvoir et office qu'il a faicts en lad. charge (3)». Joseph L'îproust, s' de la Gellonnière, élu pour le roi et bourgeois de Poitiers, le remplace jusqu'en 1592. Après lui, viennent de nouveau deux échevins auxquels s'adjoignent deux bourgeois, entre 1617 et 1621. Parla suite, ces derniers restent seuls en fonction.

Le 19 août 1630,1e maire constate que la peste augmente tous les jours « malgré l'ordre qu'y apportent ceux qui en ont la charge, quoique travaillant nuict et jour (4) ». Sans tenir assez compte de leurs efforts, certaines person-

(1) Reg. dél. mun., n" 19, pp. 222, 240. — (2) Reg. dél. mun., no 20, p. 600. — (3) Reg. dél. mun., n° 47, p. 21. — (4) Rog. dél. mun., no 80, pp. 41, 46, SO, 83.

nés les blâment, si bien que l'un d'eux, Pierre Barreau, Procureur à la police, veut se retirer à la campagne pour ne plus entendre de criailleries. Sa présence étant indispensable, le clergé, qui l'accusait de gaspiller les vivres destinés aux malades, se voit dans l'obligation de déclarer hautement qu'il n'a mérité aucun blâme.

En raison de la difficulté qui existe à se procurer des administrateurs, le Bureau de la peste, au nom des officiers « qui ont le soing et travaillent pour les peslifférez au péril de leur vie », demande au Conseil, dans la séance du 28 août 1630, « qu'en cas qu'il arriveroit accident à leurs personnes leur place de bourgeois feut conservée au profict de leurs enfans ou héritiers, affîn de leur donner courage de continuer le soing qu'ils ont et la peine qu'ils prennent pour les pestifferez, sans espérance d'aucune aultre récompense, à laquelle ils renoncent volontairement au profict desd. pauvres pestiiïerez ». Cette proposition, acceptée déjà par la Dominicale, l'est à son tour par la mairie. On ordonne que ceux qui seront emportés par l'épidémie au service du public auront l'assurance de pouvoir disposer de leur place comme bon leur semblera (1). Même ordonnance est édictée le 25 juillet de l'année suivante, afin de les empêcher d'abandonner la ville, qui doit être encore défendue contre la peste et la famine.

Les échevins continuent par la suite à diriger l'Hôtel- Dieu des pestiférés, sauf pendant les années 1657-1658. Désignés au choix, tout d'abord, on suit, à partir de 1676, l'ordre du tableau. Chacun d'eux entre à tour de rôle en fonction le jour des Rameaux. Un seul membre

(1) Reg. dél. mun., n» Hi, p. 51; id., no 82, p. 35.

JUSQU'A I;aN V 413

de l'échevinage est alors chargé d'occuper celle place. Il la garde d'abord Irois ou qualre années de suile et, plus lard, jusqu'à dix ou quinze. Ainsi, les deux derniers, Pierre Augereau et Simon Doré, sont maintenus, le premier de 1740 a 1750 et le second de 1750 à 1765 (1). Le receveur municipal, qui tient les comptes de l'établissement, les remplace ensuite jusqu'à la Révolution.

Les administrateurs derHôpital-des-Champs en sontégalement les receveurs. Ils doivent, selon l'usage, présenter leurs comptes de gestion aux membres du Conseil municipal désignés par leurs collègues. En général, ils ne montrent aucun empresement à remplir cette formalité. Malhurin Roy et Pierre Ardon, en charge pendant l'année 1600, ne les font vérifier que le 12 septembre 1614. Ce cas est, à vrai dire, exceptionnel, car le délai moyen accordé par la mairie est de 4 à 5 ans.

Quand ils viennent à mourir avant d'avoir apuré leurs comptes, le soin en incombe aux enfants ou autres héritiers qu'ils laissent après eux (2). Dans certains cas, la mairie se montre généreuse. L'échevin Malhurin Roy étant redevable d'une somme de 1559 l. 17 s., il est décidé que l'on tiendra compte des services qu'il a rendus en temps de contagion et de l'argent qu'il a dû avancer pour les pauvres pestiférés. En conséquence, on le laisse seul juge de verser la somme qu'il voudra afin d'éviter toute contestation.

Le personnel inférieur destiné à combattre la peste est

(1) Parmi les administrateurs, on trouve les noms de la plupart des grandes familles municipales de Poitiers. — (2) Bibl. Poitiers, cart. :y.i. Bibl. Poitiers, cart. 55. — Reg. dél mun., n" 6.3, p. 160.

toujours choisi par le Bureau, après information supra vita et morïhus, comme le dit une délibération du 7 mai 1549 (1). Sa composition nous est indiquée d'une façon complète, à partir de 1606, pnr Poitevin, receveur de l'hôpital à cette époque (2). C'est le 7 avril qu'il adresse au Conseil municipal la note suivante :

1° Qu'il falloit establir ung Prévost de la santé, homme fidelle et charitable auquel on donnera les gages antiens de 15 1. par mois ;

±^ Plus ung prestre pour administrer et conférer les sacremens aux malades, qu'il faudra loger et nourir. Il avoit des gages antiennement, de 28 1. par mois ;

3° Plus ung chirurgien pour panser les malades qu'il faudra loger et nourrir. Il aura des gaiges, premier quel'hospital fusl ouvert a 60 1. tr. ;

4" Plus une femme pour servir et nettoyer les malades à laquelle on donnoit 61. par mois et sa nourriture ;

o» Plus, deux hommes pour servir de corbeaux ausquels on donnoit a chascun 8 1. par mois ;

6° Plus s'assurer d'un apolicquaire qui fournira de médecines. Pour ce faire, a esté mandé Pierre Cosseau, M<^ apoticquaire de ceste ville, auquel on a faict entendre qu'il y avoit contract faict avec luy pour les pauvres de L'Aumosnerie Noslre-Dame et hospital des pestifterés (3j. Et qu'il avoit esté receu M' apoticquaire aux conditions dont il est demeuré d'accord et a offert l'exécuter à son possible, pour le temps qui reste des 20 années qui ont commencé le 4 d'août 1613, pour ceux qui n'ont moyen d'en achepter et que pour ceux qui avoient des biens et commoditez suffisantz pour ce faire et traicter et médicamenter, il prétend en estre payé, dont il se rapportera à Messieurs de la Mairie ;

7° Fault avoir ung boulanger qui fournisse de pain à la livre et ung boucher qui fournisse de viande à la livre ;

8° Plus ung serrurier pour poser et attacher les cadenatz aux

(1) Reg. dél. mun., no 36, p. 2.32. — (2) Reg. dél. mun., n° 78, p. 222. — (.3) Cf. P. Rambaud, la Pharmacie en Poitou jusqu'à Van IX {Mém. Soc. Ant. Ouest, l. XXX, 2e série).

.Il'Snil'A LAN V 41 ;;

portes des frappez par la peste qui sera logé, nourry (;t payé par piesse qu'il attachera ;

O-^ Plus fault trouver ung concierge et gardien de riiospital auquel on donnoit anticnnement 8 l. par mois et ne payoit aulcuue location, ainsi jouissoit des terres qui en dépendoiont gratuitement;

10" Les chassecocquins de la ville sont tenus de porter les vivres nécessaires pour la nourriture des malades, à leurs portes.

Le surplus des mesures indiquées par Poitevin concerne le renvoi des mendiants et des vagabonds, ainsi que le nettoyage des rues.

Au mois de mai suivant, on nomme « des Officiers de •la santé, lesquels, oultre leurs gaiges, sont nourris (1) ». Ils comprennent :

Deux PP. Capucins.

Perreau, chirurgien (mort le vi aougst) LX 1.

Thévenet, chirurgien , LX 1.

Uené Pérusseau, gardien VIII 1.

La vefve Boistard, gouvernante VIII 1.

1 Mitault VIII 1.

„ , ] Jean Brunet VIII 1

Corbeaux < t ^ • »in i-

j Jean Tressiau VIII 1.

f Casteble VIII I.

Officiers qui ne sont pas nourris.

Jehan Belin, prévost de la santé XV 1.

Liphart Barillet, serrurier XII 1.

Fulgent Bault, concierge de la Barre VIII 1.

Total par mois d'honoraires versés. . . Ile. III 1.

Deux ans plus tard, le 15 mai 1631, il devient encore nécessaire d'ouvrir l'hôpital de la peste. Les Officiers tou-

(1) Arch. Vienne, H'»-18. Arch. lus t. du Poitou, t. XV.

chent les gages suivants, qui sont à peu près les mêmes que les précédents, pour chaque mois :

Pierre Thévenet, chirurgien LX 1.

Un garçon chirurgien X 1.

Jehan Belin, prévost de santé XVJ 1.

André Giraudeau, gardien de l'hôpital VIII 1.

Nicolas Giraudeau, son fils, pour servir dans

led. hospital VI 1.

La femme d'André Giraudeau, pour servir les malades, les blanchir, faire leurs litz et autres

choses nécessaires VIII 1.

A Louise Faure, pour faire le même office VIII 1.

! Emmanuel Dorange VIII 1.

Pierre Boursault VIII 1.

Isaac LescoUier VIII 1.

A Vincent Lambert, serrurier, pour cadenaquer, XII 1. par mois et oultre, luy sera payé VII s. pour chascune fermeture et aultres VIII s. pour ses peines et soins, sans y comprendre ses cadenatz.

A Jacques Faulcon, porteur de vivres XV 1.

Le Prévôt de la peste^ de la santé ou du sanital^ appelé, au xvi^ siècle, intendant ou superintendant de la peste, joue, parmi tous les employés que Ton recrute pendant les épidémies, un rôle qui est de beaucoup le plus important. Au début du fléau, il doit rechercher les maisons contaminées, renvoyer les personnes qui les habitent ou les faire « cadener » quand elles veulent y rester (1). Si le mal augmente, il fait transporter les malades à l'hôpital et donne leurs noms au maire et au chirurgien.

Le 5 août 1549, le prévôt Symon déclare au Procureur à

(1) Reg. df';l. iriiin., n" 2S, p. 71. — Reg. dél. mun., n» 29, p. 38. — Reg. dél. mun., n" 32, pp. 470, 490. - Reg. dél. raun., n» 47, p. 17. — Reg. déL mun., ii" 61, p. 307.

hi police qu'une femme est morte de la contagion et qu'il y a grand danger pour la ville (1). Le 23 juillet 1554, il lui est formellement interdit « de commercer advecques les pestifTerez, ains seullement les dénoncer et faire apposer les cadenatz à ce qu'il n'advienne inconvéniens à ceulx advecque lesqueulx ils commerceroient par après (2) ». Le premier de tous, il est désigné pour combattre la peste, et ne doit quitter son poste qu'après qu'elle a cessé.

l..es appointements du Prévôt sont très variables. Le 11 octobre 1547, Simon Auruet gagne 12 s. 6 d, par semaine. Mais quoique, selon l'usage, il doive être payé à l'avance, on oublie pendant trois mois de lui donner son dû. Il fait remarquer au Conseil « que sad. femme, qui souloit gaigner quelque argent à son estât de couturière, où elle estoit appelée en plusieurs maisons où de présent n'est appelée au moyen dud. estât et charge à luy baillée par lad. ville (3) ». Il est alors décidé qu'on lui accordera, pour le temps écoulé, 25 s. au lieu de 12 s. par semaine pour sa nourriture, celle de sa femme et de ses petits enfants « attendu qu'il a bien servi la ville ». Quand l'épidémie décroît, ses gages tombent à 12 s. 12 d., puis, l'année suivante, à 10 s.

Le Prévôt ou superintendant Pierre Aubert est gagé moyennant 20 s. par semaine « tant qu'il y vacquera (4) ». Le 8 juin 1585, Jehan Albert, dit Gacorne, touche à l'avance 18 l. par mois (5). L'année suivante, Jérôme Guillon,qui le remplace, est aux appointements de 301. et son aide David Robin, alias Trentemille,à ceux de 4 1. 15 s., à

(1) Reg. dél. mun., n" 31, p. 4. — (2) Reg. dél. mun., U" 32, p. 478, — (3) Reg. dél. mun., n" 29, pp., 38, 45. — (4) Reg. dél. mun., n» 32, pp. 470, \t2, 547. — (5) IJibl. Poitiers, cart. 55.

condition de s'occuper des besoins de l'hôpital de la peste.

Le 20 juillet 1587^ ce même Guillon, sieur des Trois- Roys^ est encore nommé Prévôt du sanital afin « d'y faire son debvoyr et servir de controlle pour ceulx qui entrent à l'Hostel-Dieu des pestifferez de lad. ville, moyennant quelques gages pour s'entretenir (1) ». On lui alloue d'abord 15 1. par mois, puis 12 l. à la fin de l'année. Son aide, Milhonneau, n'a de son côté que 7 livres.

Le 1" avril 1613, Clément Ferrand, Prévôt de la santé, reçoit 6 l. chaque mois (2). Pour les épidémies de 1606- 1607, et de 1628-1632, ces fonctionnaires sont tous, comme nous l'avons vu, aux appointements de 16 1. (3). Le 15 juillet 1638, rien n'est changé (4). Cependant, à la fin de la contagion, les aides obtiennent comme gratification chacun 31 l. et une paire de souliers.

Les corbeaux ou bâtonniers, ainsi qu'on les appelle au XVI* siècle, sont en nombre variable, mais généralement de 2 à 4 et rarement 3 (5). Le 20 juillet 1587, il est dit au Conseil des échevins qu'en plus des deux bâtonniers « on en mettra deulx aultres aux gaiges accoustumés, lesquels porteront casaques noires, avecq une croix bleufve, la verge blanche et clochette pour estre cogneuz du publicq (6) « . Le 27 suivant, on décide que la casaque sera de toile noire et la croix bleue placée devant et derrière.

Les corbeaux logent soit à l'hôpital soit en dehors, selon qu'ils sont plus ou moins nombreux. Le 27 juillet 1587,

(l)Reg. dél. mun., n° 47, pp. 8, 81, 122, 224, 250. — (2) Reg. dél. mun., !!• 68, pp. 09, 150.— (3) Reg. dél. raun., n» 81, p. 187. — (4) Reg. dél. mun., n" 89, p. 232, — (5) '"Arch. Vienne, H*— 18. — (G) Reg. dél. mun., n» 47, pp. 8, 44. Chacune des casaques coûte 1 L, en 1586 (Bibl. Poitiers, cart. 55).

deux d'entre eux pris en supplément doivent coucher toutes les nuits dans une maison louée à la veuve du cuisinier Verlier, près de Rochereuil (1). Ils transportent à l'hôpi-tal les contagieux avec les lits dans lesquels ils couchent. Pour effectuer ce transport, on leur avait déjà donné, le 10 mai 1525, « une chaire à porter les mallades et des sonnettes ». Elle coûtait 31. 15 s. sans compter la'ferrure, qui était de 16 s. En J631 et 1638, ce sont eux qui distribuent les vivres aux personnes renfermées chez elles (2). Enfin, ils doivent chaque nuit enterrer les cadavres de ceux qui ont succombé au fléau.

Le M juin 1563, les corbeaux chargés de transporter les malades touchent 10 s. par semaine (3). En 1586 et 1587, ils ont 15 s, plus une pinte de vin par jour (4). Au début du xviie siècle, et pendant la peste de 1638, leurs gages sont de 2 k (5). Une fois l'épidémie terminée, on les oblige, au xvr siècle, à rester un certain temps en quarantaine, hors de la ville « à peine de la hard (6) ». Plus tard, c'est dans la maison de la Barre qu'ils doivent se retirer « le temps nécessaire pour se purger (7) ». Ce sont les règles prescrites à tous ceux qui ont été plus ou moins en contact avec les contagieux.

Les corbeaux se recrutent généralement parmi des gens peu recommandables. Ils abusent parfois de leur situation pour commettre des actes d'indélicatesse. Le 25 août 1631, il est dit au Conseil municipal v^ qu'ils se livrent à de

(1) Reg. 'dél. mun., n° 47, pp. 44, 45. — (2) Bibl.Poitier.s, cart. 55. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 54. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 55. — Reg. dél. mun , no 47, pp. 16 et 182. — Les corbeaux sont, à cette date, René Chevrier, André Chardin et François Dansac. — (5) Reg. dél. mun., no 78, p. 222. — (6) Reg. dél. mun., n» 47, p. 49. — (7) Reg. dél. mun., n» 82, p. 68.

grandes exactions sur ceux qu'il faut porter à l'hôpital ou enterrer dans les cymetières de la ville et détournent les vivres et autres commoditez qui sont envoyées pour les malades. Jouent à des jeux defîendus et blasphèment le saint nom de Dieu et font autres choses indécentes qui obligent à y mettre bon ordre (1) ». Aussitôt est prise l'ordonnance suivante :

Quant aux corbeaux, il leur est expressément defîendu de venir en ville, que ce ne soit par commandement de monsieur le maire pour enmener les malades contagiez et enterrer les corps de ceux qui seront morts de contagion en lad. ville et fauxbourgs et, pour l'exécution des ordonnances et mandemans de THostelde-ville. Et, de ne perdre ne demander aucuns émolumens ne choses quelconques des corps qu'ils enterreront des pauvres décédez et des pauvres malades qu'ils porteront à l'hospital. Et pour les gens moyens, se contenteront de liuict cars d'escu, au plus, pour l'enterrement des corps contagiez en leurs paroisses ou pour les porter malades a l'hospital. Laquelle somme de huict cars d'escu, le Conseil leur a taxé et arbitré, avec inhibition très expresses de ne prendre ou exiger aucuns meubles, ne autres choses quelconques, dans les maisons oîi ils auront commandement d'aller, si ce n'est lictz, linceulz, couvertes ou seront gisans iesd. malades de contagion, pour porter à l'hospital. Tous lesquels meubles, ils ne pourront divertir à autres usages, Réemployer à leur profict particulier, non plus que les autres meubles dud. hospital.

Leur est aussi deffendu de ne divertir aucune part ou portion de vivres et autres choses qui seront envoyées à l'hospital, Ains, se contenteront de ce qui leur sera donné pour leur nourriture par le Père confesseur y résidant ou autre ayant ceste charge ou l'intendance, le tout sur peine, en cas de contravention ausd. deffences,d'estre privez de leurs charges et gages et mesmes harquebusez par les habitants de la ville.

Comme aussi leur est deffendu de blasphémer le nom de Dieu et leur est commandé de porter honneur et respect et obéissance

(1) Reg. déL raun., no 82, pp. 54, 58.

aux Pères confesseurs qui sont ou seront mis cy-après,dans led. hospital sur les mesmes peines.

Un mois plus tard, le 15 septembre 1631, le corbeau Dorange, marié récemment dans l' Hôtel-Dieu des pestiférés, est accusé, ainsi que sa femme, « de blasphèmes, rabisses et malversations dont on est suffisamment adverty ». Tous les deux sont cassés aux gages et envoyés en quarantaine à la Barre, avec ordre de n'emporter ni les meubles ni les vêtements des pauvres décédés de la contagion.

Quand ces modestes fonctionnaires ou leur famille sont dans la détresse, la mairie se fait un devoir de les secourir. Le 13 juillet 1585, elle accorde au bâtonnier Daillé la somme de 30 s. pour subvenir aux besoins de sa femme accouchée sous une roche du faubourg Saint-Saturnin. Pendant cette même année, chaque semaine figurent, au registre des dépenses du Bureau de la peste, les aumônes suivantes : « donné à la vefve de Léonard, bastonnier, mort à l'hospital de la peste, 6 s. ; — à celle du sergent des pauvres, mort de contagion, 3 s ; — à celle de Claude, bastonnier, 20 s. (1). » Le 23 juin 1628, on accorde 3 1. 14 s. par semaine aux deux orphelins de Brunet(2). Il semble que le fléau dut faire de nombreuses victimes parmi les corbeaux appelés de très près k le combattre.

Sous le nom de gardes ou de gardiennes de l'hôpital, il faut comprendre deux sortes d'employés, les uns servant de concierges et les autres de domestiques. Les premiers restent en fonction soit gratuitement, soit en qualité de fermiers, quand les épidémies viennent à cesser. Les autres, au contraire, sont immédiatement renvoyés.

(l) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (2) Arch. Vienne, IP^-IS.

422 L'ASSISTANCE PUBLIQL'E A POITIERS

Aussitôt que la Municipalité se décide à ouvrir THôtel- Dieu des pestiférés, elle se procure un gardien, quand il en manque, comme en 1531 (1). Son rôle est non seulement de soigner les malades, mais encore de veiller aux dépenses journalières, de s'occuper de la cuisine, de faire laver et nettoyer les linges et les meubles ayant servi aux contagieux. En temps ordinaire, il est tenu de labourer les terres et de cultiver les jardins qui font partie de l'établissement. Comme les autres employés, il a droit à une pinte de vin par jour.

Le 5 octobre 1531, la gardienne reçoit 50 s. chaque mois ; mais comme une autre femme ne demande que 25 s. on l'invite à se retirer (2). En 1538, étant fort mal payée, elle menace de s'en aller. R^n 1550, Catherine delà Cour, religieuse du tiers-ordre, obtient la permission de servir gratuitement les pestiférés (3). En 1585, le gardien Louis Mornet est aux gages de 6 1. par trimestre.. Deux années plus tard, Bernarde la gardienne touche comme son mari Bernard Gillyot, compagnon chirurgien, une somme de 12 l. (4). En 1587, ils sont encore chargés de ce service et reçoivent chacun 18 l. tous les mois en temps de peste (5). Cette somme tombe à 12 l. par an, en 1588, après la disparition du fléau (6). En 1602, 1628 et 1631 le concierge a 96 l.pour une année. Cette place est ensuite occupée par Denis Vincent, qui se qualifie de chirurgien de la peste.

(1) Reg. dél. mun., n" 19, p. 43.— (2) Reg. dél. mun., n" 19, p. 65.— Reg. dél. mun., no 20, pp. ^43, 000.— (3) Reg. dél. mun., n" 31, p. 137.

— Catherine de la Cour sera nourrie et logée comme les pauvres, « se vestiraà ses despens et tiendra honneste et religieuse vie ».Arch. Hôp. — (4) Reg. dél. mun., n" 47, p. 224, — (.'i) Bibl. Poitiers.cart. !>!>.

— (6) Bibl. Poitiers, cart. r>2, Reg. 1.

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Le choix des gardiens n'étant, au point de vue moral, guère supérieur à celui des corbeaux, les plaintes portées contre eux sont nombreuses. Le 7 mai 1549, il est déclaré à la Municipalité que Perot « s'y gouvernoit mal et faisoyl plusieurs abuz ». Le 12 octobre suivant, on ajoute que ceux « qui se sont en allez ont emporté une grande partie du mobilier et ustensiles (1) ». Perot et Coustard se voient accusés, en 1571, d'avoir « mal faict leur debvoir (2) » . Après le renvoi d'Antoine Laurent^ son successeur est convaincu, le 1" décembre 1625, d'être cause des dégâts survenus au logis et aux meubles « qu'il a vendus et fait brûler en partie (3) ». Les abus de ce genre se commettentsurtout dans l'intervalle des épidémies, quand la surveillance des administrateurs se relâche.

Certains de ces gardiens n'acceptent cette fonction que sous condition d'être admis gratuitement à la maîtrise. Le 16 juin 1686, l'un deux rappelle les promesses qui lui ont été faites à cet égard par l'ancien maire (4). Immédiatement, la Municipalité déclare qu'elle lui délivrera « lettres autentiques pour cest efîect et deffenses seront faictes aux maîtres jurez dud. mestier de texier de ne le troubler et empescher en icelluy à peine d'amendes en tel cas requis ».

Parfois, quand se terminent les épidémies, des aumônes ou des gratifications sont accordées à ceux d'entre eux qui restent dans la misère. Le 3 janvier 1556, Jeanne Lagaye, dont la tante, mariée au gouverneur de l'hôpital, est morte de la peste après l'avoir fait venir de La Rochelle, reçoit

(1) Reg. dél. mun., no 30, p. 232. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, Reg. 3. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 54. — Reg. dél. rnun., n» 45, p. 410. — (4) Reg. dél. mun., n" 45, p. 410.

50 1. pour lui permettre d'acheter des vêtements et de se mettre en service (1). Le 1" mars 1604, un ancien tisserand déclare que ceux « qu'il avoit l'habitude de servir de son estât craignent de lui donner de la besogne, pour gagner sa vie ». En attendant l'ouvrage à revenir, on lui accorde 3 1. par mois et un pain par semaine.

Le 6 mars 1616, un pauvre garçon, dont le père et la mère sont morts et dont la femme ne veut plus demeurer à l'hôpital^ obtient quelque peu d'argent pour s'en aller (2). En 1621, Antoine Laurent en réclame, « attendu, dit-il, le hazard etla peine qu'il a eu aud. lieu pendant longtemps(3) ». Denis Vincent, après avoir traversé les épidémies de 1631 et 1638, demande du secours, le 2 mars 1644. Comme il est avec sa famille dans l'état le plus misérable, on lui remet 30 s. par semaine (4j. Sa détresse ayant encore augmenté par suite « de grande infirmité et maladie » et sa femme nourrissant un enfant à la mamelle, il obtient 20 1. par mois.

Le nombre des servantes varie depuis une jusqu'à quatre. Elles soignent les malades, blanchissent le linge et font la cuisine. Ce sont en général de pauvres femmes, comme Marie Bonne et Barbe Béranger, ainsi désignées, en 1573 (5). En 1583, celle d'un bâtonnier, employée de la sorte, touche G 1. par mois ainsi que la Pelletier, Françoise Bersonne, la Limousine et Hillerette Joubert (6). Deux ans plus tard, une simple servante n'a que 31., tandis que les deux gardiennes sont à 6 et 12 1. (7). Enfin, à la même date, « Perette Pain, pauvre femme, pour ses sal-

(1) Arch. Hôp. — (2) Reg. déL mun., n» 70, pp. 140. —(3) Reg. dél. mun., n° 70, pp. 131, 140. —(4) Reg. déL mun., n" 95, p. 138. — BibL Poitiers, cart. 53 6t.s. Reg. 10. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (6) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (7) Reg. déL mun., no 47, pp. 81, 86, 139, 224.

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laires k porter ordinairement le pnin ot les vivres aud. Hostel-Dieu, pour la commodité des pauvres malades », doit se contenter d'un écu par mois.

A la fin des épidémies, la Municipalité vient en aide à ces malheureuses qui, tout d'abord, trouvent difficilement du travail. Le H janvier 1588, Françoise Desbordes, dite la Limousine, pour « avoir servi pendant la peste et après, avoir blanchi le linge, nettoyé les lits, les ustenciles et la maison, aura comme aumône « ung lict avecq son traversier, deulx linceulx et une mante (1) »>. Le i" novembre 1610, Françoise Basty, surnommée la Châtelleraudaise, demande un logement à l'hôpital, car elle n'a plus d'argent pour payer son loyer (2). Cette faveur lui est accordée, sous condition de nettoyer les lits qui sont dans la maison.

Parfois, des malades reconnaissants leur font quelques petits legs. Ainsi, le 25 novembre 1603, Marguerite Jussaulme dicte son testament en présence de Remy Dureau, prêtre administrateur des malades pestiférés, du chirurgien Pierre Bouchet, de Jehan Laurent, gardien, de Pierre Rabouard et de Denis Lacroix, tous les deux simplesdomestiques (3). Elle donne à Jehan Laurent, gardien, à Jehanne Grellier et à Marie Gaillard, servantes, chacun 9 1. pour l'avoir bien soigné pendant sa maladie. Un voisin de Jacques Mayaud, après guérison, se marie avec l'une des femmes dont il a reçu les soins à l'hôpital (4). Les mariages de ce genre ne sont pas très rares quand finissent les épidémies.

Les personnes saines ou malades, renfermées chez elles, doivent être pourvues de vivres et soignées par des infirmières quand il en est besoin. Le 14 novembre 1546,

(1) Reg. dél.mun.,n' 47 p. 300.— (2) Reg. dél. mun., no 6.^, p. 254- — (3) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (4) Reg. dél. mun., n° 80, p. 24.

le Conseil municipal décide que « ceulx qui pansent les mallades de peste seront marquez sur l'espauUe, ensemble tous serviteurs, et leur sera inhibé et desfendu se non aller es assemblées et parmener par la ville et marchez (1) ». Tous resteront soumis aux mêmes obligations que ceux qui habitent l'hôpital des pestiférés.

Quand la peste débute, les contagieux, isolés dans leurs maisons, sont confiés aux soins de leurs plus proches voisins. Une ordonnance municipale, du 10 octobre 1588, prescrit de distribuer des vivres à ceux qui sont renfermés au logis de l'Abbaye (2). Cette distribution se fera « à la diligence des plus prosches voisins ausquelz il est enjoinct de ce faire » , après quoi « ilz seront payez et satisfaictz, soict sur les biens des affligez, s'ilz ont moyen, ou autrement, ainsi qu'il en sera advisé ». Il en résulte que cette obligation incombe à Hieraulme Guillon, hôte des Trois- Rois, Jacques Rollandeau, procureur, et Marrot, notaire. En 1602, les chassecoquins sont chargés de ce service. Le 23 juin 1628, la femme Maconnier réclame quelques salaires « pour avoir fourni aux malades et à ceulx qui sont renfermés à Saint-Saturnin leurs vivres et nécessitez (3) ». Comme elle n'a encore rien touché, même après avoir avancé de l'argent « aux mallades et cadenacquez », il lui est accordé 18 1. et un pain chaque jour.

Si les personnes soumises à l'isolement ont besoin de gardes-malades, celles-ci sont tenues de porter une marque sur l'épaule sans pouvoir aller, ni dans les rues, ni dans les assemblées, ni même dans les marchés (4). C'est le maire

(1) Reg. dél. mun., n» 28, pp. 51 à 54. — (2) Reg. dél.mun., n° 48, p. 46. — En 1563, il est d'usage de donner à chaque pestiféré 5 s. par semaine (Bibl. Poitiers, cart. 55.) — (3) Arch. Vienne, Yi*-iH. — (4) Reg. dél. mun., n» 28, pp. 50, 51, 52.

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qui généralement les désigne. Le 29 juin 161 3, il fait« ciidener » la maison dans laquelle est mort le prieur de Saint- Saturnin et charge une femme de tenir compagnie à sa servante, qui désormais devra rester seule à l'habiter. La même année, il agit de la sorte pour les habitants d'une autre maison située rue des Arènes (i). La gardienne chargée de les soigner touche 10 l.,à condition d'y rester 40 jours.

Le 11 mai 1585, Jeanne Petiot, renfermée avec les malades restés au logis de Jehan Maingot, reçoit 3 s. par semaine (2). L'année suivante, il est donné 20 s. à Pierre Pasquier, à sa femme et à ses enfants, qui ont pris soin des pestiférés (3). Les gens riches sont tenus de payer euxmêmes les infirmières qu'ils emploient. Ainsi, Radegonde Bretin, pour être restée 40 jours avec la mère de Denis Négrier, obtient 20 1. en vertu d'un arrêt du Présidial (4). Comme elle n'a point été d'une probité exemplaire et qu'elle a emporté quelques effets, on ne lui accorde, après transaction passée le 29 décembre 1633, qu'une somme de 9 1.

Le personnel de la peste, recruté un peu au hasard des circonstances, dans un milieu d'une moralité plutôt inférieure, ne nous offre pas moins, à côté de quelques défaillances regrettables, certains dévouements dignes de tous les éloges. En somme, il paya un lourd tribut à la contagion, suivant en cela l'exemple donné par le maire Serizier qui, en 1631, fut emporté par le fléau.

(l)Reg. dél.mun., no 68, pp. 39, 116. Le 28 octobre 1631, Catherine Veillard, après avoir soigné et fait enterrer ses trois frères et sa sœur, est désignée par son père atteint de la peste, comme sa légataire universelle (Min. Pommeray). — (2) Bibl. Poitiers, cart. 5.^. —(3) Bibi.Poitiers,cart. 55. En 1831,1a femme Dumas soigne les pestiférés, de même que son fils, qui possède quelques connaissances en chirurgie (Min. Roger). —(4) Min. ChoUet.

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