CHAPITRE III
L'installation de la grande Aumônerie
ou Hôtel-Dieu de Poitiers
Les démarches entreprises pour acheter un terrain près de la porte de Rochereuil afin d'y installer un nouvel hôpital n'ayant pointréussi, la Dominicale n'en continua pas moins à négliger entièrement l'entretien des vieux bâtiments de l'aumônerie. Leur état, fort misérable, ne fit que s'aggraver. Aucune réparation importante ne vint les consolider avant l'arrivée des Hospitalières en 1644,
Le 27 mai 1645, l'intendant Pierre Guyon de la Vatre demande que l'on construise « un corps de bâtiment à l'aumônerie de Nostre-Dame-la-Grande et Saint-Thomas, affin d'y loger les pauvres qui sont à l'estroit et mal logez (1) >>. Cette proposition ayant été mise à l'étude, le maire est invité, le 25 avril suivant, à s'adresser à l'intendant du Poitou pour qu'il puisse, après visite faite de la maison, demander au roi des subsides. Plusieurs habitants de Poitiers ayant offert de l'argent en vue de celte construction il sera bon de s'assurer si les travaux peuvent être immédiatement entrepris.
Le H juin 1645, le maire annonce qu'il a fait amasser
(1) Reg. dél. mun., ii" 96, pp. 149-1?)!.
une certaine quantité de pierres, pour permettre aux maçons de les commencer (1). Quelques jours plus tard, le décès du chanoine Pierre Thomas est cause qu'il entre, dans les caisses de la Dominicale, une somme de 2.006 1. destinée à la construction d'un logement commode pour abriter les pauvres de l'aumônerie de Saint-Thomas (2). En attendant, cet argent est placé entre les mains de gens solvables.
Il semble que tout marche à souhait et que, bientôt, un nouvel hôpital s'élèvera sur l'emplacement de l'ancien. Malheureusement, il n'en est rien. Le projet reste abandonné pendant de longues années, pour des raisons que nous ignorons. Pourtant, en 1647, un parloir est construit à la demande des Hospitalières (3).
Le 9 mars 1649, le maire consulte la Dominicale sur l'achat, depuis longtemps proposé, de la maison de Brochard de la Clielle (4). Les avis restent partagés, car plusieurs échevins sont partisans d'une nouvelle construction à la place des anciens bâtiments. Cette divergence d'opinions est cause que la question reste en suspens.
Cependant, la situation devenant de plus en plus critique, le Bureau de la communauté des pauvres se décide^ le 9 janvier 1650, à prendre deux résolutions (5). La première consiste à prier le lieutenant général de vouloir bien rechercher les moyens convenables pour arriver à renfermer les pauvres au collège de Puygarreau. La seconde est de former une commission qui, en compagnie du P. Famin, bénédictin, du P. Delavault, Jacobin, et du médecin Engaigne
(1) BibL Poitiers, cari. 53 bis, reg. no 1 . — (2) BibL Poitiers, cart. 53 bis, reg. n° 1 . — (3) Reg. déL mun., no 99, p. 37. — (4) Reg. dé], mun., no 101, pp. 4, 47, 48. — (5) BiW. Poitiers, cart. 53, reg. n» i.
visitera la grande aumônerie. Elle décidera s'il est nécesnaire de la reconstruire. La visite a lieu le 23 janvier suivant, et les Pères déclarent que l'endroit « est fort malpropre pour bastir et on ne pourroit avoir ce desse\ng, sans de fraictz extraordinaires, à cause de la situation du lieu ». Il est aussitôt décidé que l'on recherchera un autre emplacement plus convenable.
Le 7 août 1650, la Dominicale désigne deux chanoines el deux échevins pour procéder à ces recherches, car les Hospitalières veulent à tout prix voir l'établissement installé ailleurs qu'au centre de la ville (1). En attendant, celui des bourgeois qui est chargé de l'intendance de l'hôpital réclame d'urgentes réparations. Elles sont absolument indispensables, comme nous l'indique une délibération municipale du 21 novembre suivant, dans laquelle il est dit : « Qu'un pan de mur est tombé, salle Saint-Thomas et un autre salle Saint-Jean, ce qui pourroit entraîner la ruine des pauvres qui y sont au nombre de 60, dans un état pitoyable. Ces ruines, arrivées salle Saint-Thomas et dans les deux chambres sous le toit d'icelle, ont obligé de les mettre dans le cellier occupé par le boulanger, où ils sont tellement incommodés qu'il faut tenir les portes ouvertes jour et nuict pour y donner de l'ayr et de crainte qu'ils n'estouffent, de sorte qu'il est grandement à craindre, el messieurs les médecins qui les ont vu en leur estai apréhendent q ue le mal contagieux ne s'y mette, y ayant déjà paru du pourpre qui faict juger qu'il seroit à propos de ne différer davantage l'exécution des résolutions cy davant prises pour échanger les pauvres en quelque autre lieu plus commode, veu mesraement qu'il se trouve une personne qui veut traitter du corps
(1) Bibl. Poitiers, cari. 53 reg. n» 1.
du logis où les pauvres sont de présent, qui est un homme notable (1). » Immédiatement, le Conseil décide que l'on s'occupera de l'achat du collège de Puygarreau. Le propriétaire voulut bien consentir à vendre son immeuble, mais les Hospitalières « montrèrent quelques répugnances pour cette maison (2). » Quant au principal, il refusa nettement de démissionner et d'abandonner sa place.
Il fallut chercher d'autres locaux. L'on mit en avant le logis de la Clielle situé au-dessous du Moulin à vent, les terrains, jadis convoités, de la dame Rougier, près de la porte de Rochereuil et enfin, la maison de M"^ de la Guillonnière. En attendant, les malades durent être placés dans la salle Saint-Thomas réservée jusque-là aux passants.
Tous ces locaux avec, en plus, l'habitation du président de Brilhac sont examinés avec soin. Le logis de la Clielle, qui touche à la maison canoniale de Saint-Pierre, est trop petit et ne peut subir aucun agrandissement. Il en est de même de celui de la demoiselle Rougier. Le choix s'arrête sur l'habitation de Brilhac de Nouzières, dont le prix peut se monter à 18.000 1. (3). En attendant qu'il soit possible de l'acheter, des réparations seront faites à THôtel-Dieu et l'on s'occupera une dernière fois d'obtenir le collège de Puygarreau.
Après de longues réflexions, la Dominicale et les échevins, devant l'impossibilité de transporter l'hôpital ailleurs, se décident, le 27 mars 1631, à faire construire un corps de bâtiment. Le 7 mai' suivant, il est passé contrat avec un entrepreneur (4). En même temps, des commissaires sont désignés pour surveiller les travaux.
(1) Reg. dél. mun., no 102, pp. 107 et 113. — (2) Reg. dél. mun., pp. 116, 118, 122, 126. — (3) Reg. dél. mun., pp. 128, 129, 151. — (4) Reg. dél. mun., pp. 22''), 2o.">, 299.
Les débuts de l'entreprise paraissent plutôt assez pénibles. Il faut refaire une partie des niurs et la Municipalité se voit dans l'obligation, le 5 juin 1651, de nomnier Pierre Boutaut pour surveiller les ouvriers (1). Ces derniers reçoivent l'ordre de lui obéir avec « deffence de luy niesdire, à peine de punition ». Pour avoir la pierre à pied d'œuvre, les entrepreneurs demandent la perniission de tirer du « moisin » dans la cour. Il serait alors possible d'y creuser un puits et de ne plus acheter l'eau qui coûte fort cher. Cette offre est acceptée avec ennpressement par le Conseil. Les travaux se continuent ainsi pendant toute l'année avec quelques modifications apportées au plan primitif (2). Malgré l'activité qu'on y met, ils ne s'achèvent point rapidement.
Les Hospitalières, adversaires résolues de la nouvelle construction, profitent du séjour de la reine Anne d'Autriche à Poitiers pour l'amener à demander le déplacement de l'Hôtel-Dieu. Elle réunit, le 18 décembre 1651, les membres de la Dominicale au couvent des Jacobins et leur déclare que rétablissement projeté devant manquer à la fois d'air et d'eau il était nécessaire de le transporter ailleurs. Si ce changement peut avoir lieu, le roi versera une rente annuelle de 1.000 l. aux pauvres de Poitiers (3). Les désirs de la Souveraine étant considérés comme des ordres, il est décidé quelques jours plus tard, que tous les bâtiments seront mis en ventera l'exception de la grande salle du bas, celle de Saint-Thomas, qui pourra servir à loger les petits bouchers ou autres marchands, afin de débarraser la place de Nolre- Dame-la-Grande, toujours trop encombrée.
(1) Reg. dél. raun,, reg. 102, pp. 285. — (2) Reg. dél. mun., reg. 103, pp. 41, 53. — (3) Reg. dél. mun., p. 180. — Le roi partit dans la iniit du 3 février pour aller à Loudiin et, de là, à Saumur.
Le 1^' février 1652^ le maire et deux échevins « estant allés au Louvre )^, représenté par l'hôtel de Sainte-Souline, près de Saint-Didier, la reine leur déclare de nouveau qu'il faut mettre les pauvres malades dans un endroit plus commode, ayant de l'air et de l'eau. Elle ajoute qu'il serait désirable de voir les sœurs hospitalières se charger des femmes et les Charitains des hommes. Les religieuses et les religieux, prévenus par ses soins, demandent à réfléchir. Comme il lui faut une réponse avant son départ, tous déclarent qu'ils sont au préalable obligés d'attendre la décision de leurs supérieurs. Sur de nouvelles insistances de sa part, et sur son désir hautement manifesté de voir cette affaire se terminer dans quatre mois, l'échevin Jacques Mayaud promet que la question sera tranchée au bout de trois semaines, si le roi consent à donner 1.000 1. par an à la Dominicale (1). Lors de son audience de départ, Louis XIV fait appeler les Capitaines et les Sergents-majors de la ville, qui lui prêtent serment de fidélité ainsi qu'à la Reine en présence du cardinal Mazarin et du garde des sceaux. Il leur parle ensuite des 100 malades soignés à l'hôpital et promet de verser pour eux une rente annuelle de 1.000 l., qui sera partagée entre les Hospitalières et les Charitains. Il ordonne même, séance tenante, de leur en expédier le brevet.
Les désirs de la reine, déjà difficilesà réaUser, rencontrent de nouveaux obstacles par suite de l'opposition irréductible des religieuses au projet de refaire les bâtiments de l'hôpital Le 10 février \ 652, elles offrent à la mairie d'acheter un autre logis avec l'argent qui provient des dots que les postulantes leur ont versé en entrant àla communauté. Jac-
(1) lleg. dél. muu., u^ 103, pp. 109, 200, 209.'
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qiies Mayaud el les autres échevins refusent celte proposition tout en se disposant à faire continuer les travaux de construction depuis longtemps abandonnés (1). Par suite de ces retards, d'énormes dégâts se produisent à l'aumônerie si bien que la chambre de l'éveque « est toute fondue ». Les malades qui l'occupent sont, pour cette cause, transportés à la chapelle.
Le \S mars 1652^ l'entente paraît résolue entre la Municipalité, les Charitains et les Hospitalières. Ces dernières abandonneront, après le départ des hommes, la grande salle dont la construction est commencée (2). Il leur sera donné 4 s. par jour pour chaque femme malade qu'elles auront à soigner. Elles toucheront en plus 500 1. représentant la moitié de la somme promise par le roi, mais n'auront plus droit qu'à 100 1. et à 40 septiers de blé chaque année. Tout semble bien aller de côté, quand les frères de Saint- Jean de Dieu viennent annoncer qu'ils refusent de traiter, ne voulant pas se mettre, au spirituel, sous l'autorité de l'éveque. Le 8 avril suivant, les religieuses ayant exigé que les 500 1. à prendre sur 1.000 l. accordées par le roi à THôtel- Dieu, leur soient garanties par la ville, reçoivent pour toute réponse un refus qui met fin aux pourparlers.
Le 21 avril 1652, la Dominicale en présence de l'attitude des Hospitalières ordonne de continuer la construction du nouveau bâtiment, a sans user de négligence comme on a faict cy devant ». L'architecte Rullier et sesassociés seront appelés et recevront les ordres nécessaires pour l'achèvement des travaux, conformément au marché passé avec eux, lé 20 juin 1651 (3). C'est ce qui a lieu immédiatement. Le
(l)Reg. dél., mun.,pp.213,220. — (2) Reg. dél. mun,, no i03, pp. 167, 193, ■200i"203, 272, 278. — (3) Reg. dél. mun., pp. 290, 31 7, 319, 323, 328, 334, 336, 339, 358, 363. —Id., reg. n» 104, pp. 14, 29, 32, 48, !iO, 73, 77, 86.
18 septembre suivant, un contrat spécial est conclu pour l'installation 'd'un escalier (1).
Tout marche avec une déplorable lenteur, comme nous l'indiquent plusieurs délibérations municipales. Le 16 septembre de cette même année 1652, le maire déclare qu'il a déjà obtenu trois jugements contre les entrepreneurs Huilier, Tabarit et Servant, le chartier Rozet et le charpentier André Mesnier, de Gençais, qui n'a pas fourni le bois de charpente (2). Au cours de l'hiver, le travail cesse pour ne recommencer que fort irrégulièrement au printemps (3). Le 13 mai 1633. les intendants se plaignent amèrement de la situation des malades logés trop à l'étroit dans un local insuffisant. Il en meurt un bon nombre chaque jour, pendant que les ouvriers vont sur d'autres chantiers (4). Le maire, poussé à bout, fait comparaître devant lui les trois entrepreneurs et ordonne aux sergents de les tenir en prison tout le lemps qu'ils abandonneront la construction du bâtiment neuf.
Malgré ces ennuis, le travail est terminé deux ans plus tard. Le 18 avril 1656, le maire peut dire qu'il a dépensé jusqu'à ce jour plus de 12.000 l. à édifier 'deux salles très belles, très carrées et très commodes pour le logement des pauvres. Ces deux salles sont situées dans le lieu le plus fréquenté de la ville. Lors d'une enquête faite le 2 février 1657, il prétend que leur construction revient bien à 15.000 ou 16.000 l.Au surplus, ces chambres sont fort salubres, étant exposées au septentrion, « oij est le vent le plus épuré et salutaire qui ne peut être détourné par les maisons voisines
(1) Reg. dél. mun., n» 103, p. 84. — Min. Barreau. — (2) Reg. dél. mun., no 104, pp. 3, 9, 110, 112, Ho, 119, 120, 121, 122, 142, 146, 147^ 457, 160, 167. — (3) Le 26 mai 1653, on établit des lieux communs avec l'aide du Maître des œuvres de la ville (iY/.,pp. 221,222). ~ (4) Reg. dél. mun., no 104, pp. 214.
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toutes plus basses ». Une cour de 25 toises au carré les sépare du reste de Taumônerie.
Le bâtiment nouveau, appuyé par un bout à la tour dp la grosse horloge, renferme une salle basse de 13 toises de long, sur 22 pieds de large et 14 de haut. Elle est éclairée par sept demi-croisées vitrées hautes de 9 pieds et larges de 2 piedsS pouces. Son entrée, qui correspondait à celle de la tour, dut être abandonnée. Elle fut construite à dix pieds à droite de l'ancienne, sur la place de Notre-Dame. Enfin, le fait se trouve indiqué par le passage suivant d'une visite de l'hôpital qui eut lieu en 1657 : « La porte d'entrée n'est pas la vraie qui se trouvoit sous la voulte de la tour du grand horloge par deux grandes portes qui répondoient visà-vis celle de Nostre-Dame-la-Grand. «Cette salle possédait une cheminée de 8 pieds de large et pouvait contenir 20 Hts.
Une autre, placée au-dessus, a les mêmes dimensions. On y trouve autant d'ouvertures qu'en bas^ avec, en plus, cinq fenêtres ou « abajours » de 4 à 5 pieds de haut seulement. Au bout de celte salle, du côté de la place de Notre-Dame, se rencontre la chapelle de Saint-Thomas l'apôtre placée au premier étage de la tour de l'horloge. Des 20 lits occupés par les malades, il est facile d'en voir l'autel et d'assister aux offices.
A l'extrémité de chacune de ces pièces sont installées des latrines. Enfin, la partie supérieure du bâtiment se termine par des greniers. Telle est la construction nouvelle qui nous donne un léger aperçu de ce qu'est alors l'Hôtel-Dieu. Pour mieux le connaître^ nous allons parcourir l'étal de lieux dressé en 1657, sousla surveillance de Florentin Roualin^ sieur de Jorigny, doyen duPrésidial.
o2 L'ASSISTANCE PUBLIQrE A POITIERS
Au bout de cette construction, du côté opposé à la place de Notre-Dame, se rencontre une grande maison qui va rejoindre la rue appelée « la Petite Roue des offices ». Elle comprend 10 toises de long et 4 de large, avec, au premier étage, une grande salle vide.
En face la porte d'entrée de l'aumônerie, dans le fond de la cour, est un autre bâtiment ayant vue sur l'orient. Son rez-de-chaussée comprend la chapelle et le chœur des religieuses. Le tout fait 7 toises de long, sur 16 à 17 pieds de large. Au-dessus, se trouvent deux chambres séparées par un cabinet avec une galerie de 42 pieds de long, donnant du côté de la rue de la Petite-Roue. Aurez-de-chaussée sont des latrines.
A droite en entrant dans la cour, est placé le corps de logis appelé Saint-Jean, qui comporte deux salles en bas et deux en haut. Le reste de l'hôpital renferme encore l'ancienne aumônerie désormais abandonnée, le four, le fenil et le logement du boulanger (1). Cette dernière partie de l'établissement est mise à ferme moyennant 50 1. par an.
Le 27 janvier 1659, la Municipalité se décide à installer un escalier de pierre dans le bâtiment neuf. Pour mener à bien ce projet, il est convenu^ le 12 janvier 1660, que les échevins, au lieu du banquet qu'ils doivent offrir, quand ils sont nommés, verseront 100 1. pour aider à le payer. Les bourgeois seront taxés à pareille somme sans avoir à donner les bouteilles de vin dues pour la même raison i2). Cette installation semble faite, en bonne partie, aux frais des membres de la Municipalité.
Le bâtiment neuf ne tarde point à paraître insuffisant,
(l)Arch. Vienne, H. 62. — (2) Reg. dél. mun., n» 109, p. 119; — no 110, pp. 121-187.
quoique venant s'ajouter aux anciens (l). Aussi, fievienl-il nécessaire de se remettre à construire.
Le H janvier 1664, le maire «représente au Conseil une figure de ce qu'il convient faire à l'aumôsnerie (2) ». Le 10 février suivant, René Mauberger, auteur du projet, le montre à la Dominicale, qui lui attribue 36 1. par mois « pour conduire l'ouvrage (3) ». Le 11 mars, les ouvriers commencent le travail, « mais comme les frais sont grands, les bourgeois nouvellement reçus, au lieu de bouteilles de vin, donneront de nouveau 100 L, afin d'aider à la construction (4). Le 16, cinq jours après, le bureau de la Dominicale prie le maire et le chanoine Peyrault de vouloir bien inviter l'évêque à poser la première pierre.
Rien de particulier ne vint, comme la première fois, arrêter les travaux qui auraient été exécutés, au dire d'une inscription placée à l'une des fenêtres de la façade, sous la surveillance de Jacques Audebert, s"" de la Rouille, conseiller au Présidial, échevin et ancien maire de Poitiers (5). La nouvelle construction placée au fond de la cour, sur l'emplacement occupé par le logement et la chapelle des
(1) Le 11 juin lG61,le inaire fait retenir au port Saint-Lazare liuit milliers d'ardoises, à 28 1. le millier, pour réparer les toitures (Bibl. Poitiers, cart. 53 6*8, reg. 11). — (2) Reg. dél. mun., n» 114, pp. 121-131.— (3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, Reg. 11. — (4) Reg. dél. mun., n° 114, p. 145. — Le 15 mars 1604, un coin de l'Hôtel-Dieu étant démoli près de laPetile-Roue et ayant détérioré la maison du marchand René Souchay, il fallut en restaurer les murs (min. Royer aîné, notaire). — Le 4 juin suivant, marché est passé avec Sébastien Groussin, charpentier de la Maison de ville, pour faire la charpente du logis commencé et à présent sorti de terre, joindre la couverture à celle de l'autre corps et la faire semblable. Les bois de toute dimension et grosseur seront payés à raison de 6 s. le pied (id.). — (5) Sous l'une des deux fenêtres situées au premier étage, à droite et à gauche de la porte du milieu, on lit : Meos quasi cervorum et super excelsa deducet me Habac. (Texte d'Habac, V, lit). Sous la seconde : « J. Audebert, ce, seu/neur de Rouille, maire, 1640, et encore 1673, qui fust par ses soings construict ce bastiment. » (Em. Ginut, Bidl. Soc. Ant. Ouest, t. IX, 2« série, p. 625.)
Hospitalières, et situé perpendiculairement à la première, constitua plus tard l'aile centrale de l'aumônerie.
Cet agrandissement ne semble pus avoir été utilisé avant 1668, car un état de lieux, dressé vers cette époque, nous parle toujours des deux salles qui sont réservées aux malades, l'une servant aux hommes et l'autre aux femmes. « Les 40 lits, qu'elles renferment restent perpétuellement remplis et, bien souvent, on est obligé de les dédoubler, suivant le nombre des gens qui se présentent, parce qu'on ne refuse personne à moins d'être incurable (1). » Il faut ajouter que, malgré l'installation de l'hôpital général, une chambre y reste encore spécialement réservée aux passants.
En 1686, la Dominicale, désireuse d'agrandir l'établissement, se décide à faire l'achat d'une maison appartenant aux héritiers d'un sieur Honoré (2j. Cette acquisition ne fut sans doute guère importante, car en 1708 Bobinet nous raconte que l'Hôtel-Dieu, appelé aumônerie de Notre- Dame, comprenait deux corps de bâtiments ou salles pour l'un et l'autre sexe (3). A cette époque, son organisation ancienne est reprise. Les hommes logent à gauche en entrant et les femmes, au fond de la cour.
Le 20 août 1718, le Bureau se met à faire bâtir une troisième aile, celle qui se trouve située à droite de l'entrée. Le chanoine Thevin de Châtonneau est chargé de tenir les comptes des travaux, dont la direction reste confiée à l'architecte Pierre Broussaud. Faute d'argent, la construction se poursuit avec une extrême lenteur. Cependant, toute la maçonnerie est terminée à la fin de 1723.
Le 19 février 1724, le chevalier Jean-François de l'Epée,
(1) Arch. IIôp. — {2) Aich. Hùp. — (3) Bibl. Poitiers, ms. n» 346.
JUSQU'A L'AN V o5
ini^énieur des ponts et chaussées, est prié par la Dominicale de vouloir bien lui présenter un devis pour « des ouvrages de maçonnerie^ charpenterie, couverture, menuiserie et vitres, qu'il convient faire tantpourles desdans du nouveau bastiment de l'Hôlel-Dieu de la ville de Poicliers que pour le mur de closture sur la rue, avec une grande porte en pierre de taille et pour les lieux communs dans la petite cour derrière le bastiment (1) ». Le total des travaux à entreprendre atteint 4.613 1. 2 s. 8 d. Ils sont mis à l'adjudication et, le 2 mars^Pierre Broussaud se charge de les exécuter moyennant 3.500 1.
Faute d'argent ils ne tardent pas à s'arrêter, si bien que, le 19 décembre suivant, le maire Thibault Forien déclare à la Dominicale « qu'il voit avec beaucoup de mortification le bâtiment neuf avancer avec lenteur, que cependant il croit qu'il est d'une conséquence extrême de ne pas laisser ce bâtiment imparfait non seulement par rapport au nombre des pauvres que par augmentation on pourrait recevoir et soulager, mais encore pour ne laisser point périr ce qu'^ est déjà construit ». Après avoir répété les plaintes des ouvriers payés irrégulièrement, constaté le manque de ressources de l'hôpital, il offre de lui prêter 2.000 1. afin de permettre la continuation des travaux (2). Cette somme lui sera rendue au moyen des 500 l. que le roi donne chaque année aux pauvres sur les tailles. Sa proposition est acceptée et ses avances remboursées plus tard, le 16 mai 1727 ,
Les travaux durent marcher assez vite, car, le 29 avril 1726, le chevalier de l'Epée réclame le sol par livre qui lui est dû pour les avoir conduits à bonne fin. Il est prélevé
(1) Cet ingénieur mourut subitement à Poitiers, leHl juin 1726 (Reg. par. Saint-Didier). — (2) Arch. Hôp.
200 1. sur les 300 qui restent dans la caisse de la Dominicale. Cette somme lui est remise immédiatement. Quant à Pierre Broussaud, architecte et entrepreneur, il ne perçoit la fin de son compte qu'en 1730.
Le nouveau bâtiment, moitié moins grand que celui de l'aile gauche, dont il est parallèle, revient à iO. 746 1. une fois terminé. Il comprend deux salles, pouvant contenir chacune 10 lits. Nous verrons que l'une d'elles, celle du bas, fut affectée plus tarda un autre usage.
En 1750, la Dominicale se décide à augmenter du double celte construction, de façon à la rendre symétrique avec celle qui lui fait face. La direction des travaux est de nouveau confiée à l'architecte Pierre Broussaud, qui prend un nommé Rabier comme entrepreneur. Le 23 mai 1751, on ordonne de démolir le mur formantlepignon delà première moitié du corps de bâtiment, pour le réunir à la nouvelle construction «faite à sa suitte (1)». De cette façon il n'y aura seulement qu'une salle haute et qu'une salle basse, beaucoup plus belles et plus commodes à desservir. Cette nouvelle installation évitera des dépenses de chauffage, de luminaire et de domesticité. Les travaux, terminés en 1753, coûtent environ 8.000 1. Cette somme est payée à la veuve de Broussaud, le 4 août de cette' même année.
La porte principale pour entrer dans l'ancienne aumônerie se trouvait, comme nous avons dit, sous la tour « du gros horloge». Quand l'aile gauche vint s'appliquer un peu en dehors de cet édifice il fallut la placer à côté. Le 6 décembre '1634 l'on fait démolir un petit logis en façade sur la place
(1) En 1732, les chanoines voulurent faire mettre les armes de l'évêque sur la porte d'entrée du nouveau bâtiment, mais les échevins s'y opposèrent (Reg. déi. mun., n» 168).
Notre-Dame, pour permettre de la construire (1 ). Le 10 novembre 1660, elle est en si piteux état que les passants peuvent entrer « à toutes les heures de nuict et pourroient y faire telle vie libertine qu'ils voudroient, et que mesme est à craindre qu'ils y mettent le feu, joinct qu'on est pas en sûreté dans les salles quand on y va (2) ». Le 4 décembre 1676, l'aumonier Pierre Boin ayant abandonné, moyennant une rente de 120 \. par an, la maison qu'il possède près de la tour de l'horloge, une partie en est démoliepour faire une grande porte tandis que sa cour est simplement réunie à celle de l'hôpital (3).
En 1724,1e chevalier de l'Epée présente à l'administration un plan pour la construction « d'une grande porte en pierre de taille avec pilastre couronnement orné d'architecture, estimée à 3001. «.Quant àla menuiserie, elle se monte 1 à 20 l.Le 19 décembre suivant, tout est terminé et le sculpteur Hilaire Lecomte reçoit 100 1. pour son travail « à la charge qu'il passera en huille et blanc de seruze tout l'ouvrage dans le temps et de la maçonnerie qu'il sera convenu avec luy et qu'il dorera les lettres de ces mots : HOTEL- DIEV, en luy fournissant pour le tout les matériaux nécessaires (4^ ». Quelques années plus tard, le 1" novembre 1734, la gouvernante Devois fait mettre, dans une niche placée au-dessus, une statue de Notre-Dame de la Providence, d'après une note laissée par l'aumônier Duperron (5). La note ajoute que cette pieuse personne se montra, en toute occasion, très vigilante « h procurer la gloire de Dieu et le bien de cette maison » .
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11 : — On employa 14 journées de maçons, payées chacune, 12 s. — (2) Ici. Le 4 décembre 1676. — (3) Min. Royer jeune, notaire. — (4) Min. Royer jeune, notaire. — (5) BibL Poitiers, reg. des décès de l'Hôtel-Dieu.
Pendant la période que nous étudions, IHôtel-Dieu possède plusieurs chapelles. La plus ancienne, celle de Saint- Thomas, semble avoir toujours été placée au premier étage de la tour de l'horloge avec une ouverture sur la salle occupée par les hommes. Cette salle faillit, en 1626, être louée par les juges consuls (1). Les malades, quand la vieille aumônerie ne fut plus qu'une ruine, y restèrent encore après le 22 décembre 1646. Gomme ils gênaient les religieuses qui voulaient aller faire leurs dévotions â Saint- Thomas, on les descendit dans la chambre basse réservée jusque-là aux passants (2).
A partir de cette époque, l'emplacement de cette chapelle resta le même jusqu'à sa destruction, arrivée en 1787. Elle avait 25 pieds de large sur 12 de long, avec une voûte à sa partie supérieure. Lors de la chute a du gros horloge », on la transporta au fond de l'aile droite près de celle dédiée à saint Charles.
' En 1645, les hospitalières demandent à échanger « une esguiere et une escuellepour un calice d'argent », ce qui leur est accordé (3). En 1654, Pierre Ravaud, procureur à la police, donne les objets suivants à la chapelle : « 1° Une table de marbre noir, sacrée par défunt Mgr de Poictiers pour mettre sur l'hostel ; — 2° plus ung beau tableau d'un crucifix peinct enhuisle avecq son chassi peint et doré qui a esté posé sur la hautdu milieu de lad. chapelle ; — 3o plus uny beau missel in-follio^ à l'usage de Rome, couvert de cuir avec une bozanne au dessus ; — 4° plus deux petits oreillers de semblable estofîe pour mettre sur led. hostel; 5° Plus une belle carte pour servir sur led. hostel — ; 6° Plus
(1). Reg. dél. mun., no 77, p. 239. — (2) Arch. Hôp. — (3) Reg. dé .• mun., n° 96, p. 87.
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deux chandelliers d'or pour servir sur led. hoslel et deux cierges de cire jaulne (1) ». En 1776, le ctianoine de Lauzon de la Poupardiùre lui fait don d'une table de communion, qu'il achète 120 I. (2). Tel est, sommairement,' ce que contient l'oratoire de Saint-Thomas l'apôtre jusqu'à sa disparition.
Le 9 avril 1673, Pierre Millet, chanoine massicot de Notre-Dame-la-Grande, abandonne tous ses biens à l'Hôtel- Dieu à condition que l'on dise chaque jour à son intention une messe à l'autel qui sera dressé au bout de la salle des malades (3). C'était jadis un usage constant de placer ainsi des autels pour y célébrer l'office divin en leur présence. L'année suivante, cette fondation est mise sous l'invocation de la Sainte-Vierge et installée dans l'aile centrale où sont logés les hommes.
La chapelle de Saint-Jean, spéciale aux religieuses hospitalières, disparaît lors de leur départ (4). On la remplace plus tard par une autre située au fond de l'aile droite oîi se trouve une porte d'entrée donnant sur un grand vestibule. Bellin de la Liborlière, dans ses Souvenws de Poïliers d'avant I7S9, nous en parle ainsi: « 11 reste encore, dit-il en 1846, dans la salle de réunion des sociétés savantes quelques arcades qui en dépendent. » Depuis plusieurs années, ces arcades ont disparu.
Cette chapelle fut bénite, avec la salle des pauvres, le
(1) Bibl. Poitiers, cari. 53 bis, reg. 11. — (2) Arch. Vienne, II. 62. — (3) Arch. IIùp. — (4) Au départ des Hospitalières, en 165G, à la requête de sœur Nicole de Saint-Joseph, un inventaire est fait de cette chapelle. On y trouve: <( un soleil sans pied, d'argent doré, un ciboire d'argent doré, un calice avec sa plataine d'argent et son étui, une bourse de futaine garnie d'un voile de satin, à fleurs,, un corporal de bathiste et dentelles. Et au tabernacle, huit chandeliers de bois, des marches de bois à trois étages, trois tableaux à crucifix, deux autres petits, une paire de cannettes et un bassin d'étain, etc., etc. » (Arch. Vienne, II. 62.)
3 novembre 1731, par l'évêque Louis -Jérôme de Foudras de Courlenay, coadjuteur de Jean-Claude de la Poype de Vertrieux. On la mit sous l'invocation de saint Charles Borromée, en présence de Charles Toreau, chanoine de Saint- Pierre, '( qui, par son zèle et sa charité, fit à ses frais lad. chapelle (1) ». Dans son testament du 22 mars 1728, Jean Penin, chanoine de Saint-Hilaire, lui avait déjà donné, pour en jouir après sa mort, « une tenture de tapisserie d'haulte lice, composée de 9 pièces représentant différentes chasses, avec un tapis fait à l'aiguille ». Il ne voulait pas que ces objets fussent vendus après sa mort (2), Cette tapisserie remise à l'hôpital, le 14 août J 729, par Gilles Penin, aussi chanoine et neveu du testateur, se retrouva plus tard dans l'inventaire de 1740.
Cet inventaire nous fait connaître d'une façon complète la liste des objets du culte qui s'y trouvent. Ce sont :
« Deux calices avec leurs patènes d'argent, un encensoir et sa navette d'argent. — Deux burettes et le bassin, le tout d'argent neuf. — Un soleil, un ciboire et une petite custode d'argent, le tout presque neuf. — Deux chandeliers neufs d'argent, deux paires de burettes et leurs bassins d'étain^une fontaine avec son bassin de cuivre jaune, deux petits miroirs, deux tableaux, deux missels, un livre de chant nothé, deux bras dorés, deux chappes, l'une d'un damas blanc, presque neuve, et l'autre d'un satin reteint et usé, une chasuble de damas blanc et les dalmatiques, les étoiles, manipules, bources, voël de satin brodé en soye. — Uneautre chasuble de damas blanc assez bonne, une chasuble manipule neuve d'un millefleurs avec des gallons d'or. — Etoile, bource. palle, voël. — Deux autres chasubles d'étoffe
({) Bibl. Poitiers, reg. des décès de l'Hôtel-Dieu. — (2) Arch. Hôp.
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fond blanc, avec des fleurs d'or et soye rou^e et verte assez bonne avec leur suilte. » Des ornements du même genre, noirs, rouges ou verts, plus ou moins usés, viennent à la suite.
Ce sont encore, après neuf corporaux, les six amicts de couleurs diverses et les soixante autres assez bons, les soixante purificatoires, les quarante lavabos et les dix-huit nappes d'-aulel, dont dix de toile commune (1).Les surplis, au nombre de sept, sont également de toile commune et quelques-uns de grosse toile, tous plus ou moins usés. Il existe vingt-huit aubes, dont cinq de dentelle, un drap mortuaire, quatre prie-Dieu et un tapis fort usé. Des rideaux d'indienne ornent le tabernacle et les fenêtres. Quatre autres d'étoffe verte garnissent les balustrades. La chapelle Saint-Thomas, placée tout auprès, mais à un étage en dessous, renferme une tenture de haute lisse en cinq pièces, deux tableaux, deux bénitiers, une écuelle et un petit pot d'étain servant pour donner l'extrême-onction.
La chapelle de Saint-Charles Borromée possède une confrérie qui porte son nom (2). Plusieurs de ses membres lui donnent différents objets destinés à l'orner, dont un tableau qui figure actuellement dans celle de l' Hôtel- Dieu (3). Cette confrérie exista jusqu'en 1790.
L'entretien des bâtiments de l'hôpital n'est point sans entraîner des frais plus ou moins considérables. En 1668, la réfection de la toiture de la grosse horloge incombe à la Dominicale et lui coûte 100 1. (4). En 1726, toutes les maisons qu'elle possède nécessitent en moyenne une dépense
(1) Arch. Hôp. — (2) Cf. Bricault de Verneuil, la Confrérie de Saint- Charles Borromée (Arch. hist. du Poitou, t. XV). — (3) Arch. Hôp. — La comtesse de Milon donne 21 aunes d'indienne à 8 s. l'aune, le ter janvier 1790. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 52.
annuelle de 500 i. Celte somme atteint 288 1. en 1764 pour l'Hôtel-Dieu seul (\). Les couvertures sont entretenues à forfait. L'entrepreneur reçoit pour cela 301. par an, à partir de 1750 (2). Toutes les constructions neuves, comme le ballet ajouté à la toiture, en 1737, se donnent à l'adjudication et rarement de gré à gré.
Adossée à l'extérieur du mur d'enceinte de l'hôpital et donnant sur la place de Notre-Dame, près de la tour de l'horloge, se trouve une maison appelée le Petit-Château. Elle faisait partie* de l'ancienne aumônerie, mais^ ayant été ruinée, il fallut la reconstruire en 1638 (3). On employa pour la recouvrir des matériaux provenant d'un corps de garde occupé jadis par les Suisses. Le 16 avril 1642, elle fut louée d'abord, pour une année, puis pour sept, à des prix variant, au xvii* siècle, entre 40 et 50 1. Au xviii% ils passèrent à 90 et 95 1., pour atteindre le maximum de 1201. en 1775 (4). Ce modeste revenu figura tous les ans dans les comptes de la Dominicale.
En 1619, les pauvres décédés sont enterrés dans le cimetière de Saint-Savin, car celui de Notre- Dame-la-Petite ne pouvait en recevoir davantage, ainsi que nous avons vu. Pierre Cothereau déclare au maire, le 4 janvier 1622, qu'il est à son tour « tout remply de corps et qu'il n'y a plus moyen d'en mectre (5) ». On se décide à utiliser de nouveau celui de Notre-Dame-la-Petite.
Cette mesure n'est que temporaire, car il ne tarde pas à être encore plein de cadavres. Les habitants de la paroisse viennent se plaindre à la Municipalité. Ils sont en possession de ce terrain, depuis 1 295, pour y mettre les leurs et non les
(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp. — (3) Arch. Hop. — Reg. dél. mun., no 89, pp. 96, 97 ; — reg. n" 93, p. 126. — (4) Arch. Hôp. — (5) Reg. déL mun., n°76, p. 86.
étrangers qui décèdent dans les aumoneries. Ces derniers pourraient fort bien être enterrés dans ceux de Saint- Savin ou de Saint-Pierre (\). Le 8 mai suivant, les échevins proposent d'en chercher un plus commode soit à Saint* Germain, soit à Saint-Grégoire. Les recherches n'ayant point abouti, le maire se décide à indiquer «le cimetière dépendant de l'aumosnerie de Saint-Pierre, paroisse Saint- Paul (2) ». Selon son habitude, la Municipalité ne prend aucune décision, ce qui attire de nouveau les réclamations du curé et des fabriciens de Notre- Dame-la-Petite (3). Ils déclarent encore une fois que leur cimetière est du domaine de la paroisse, affecté à ses habitants « privativement à tous autres». Les protestations de ce genre devenant de plus en plus énergiques et s'accompagnant de menaces de procès, le maire se voit obligé de céder et de faire inhumer les morts à l'aumônerie de Saint-Pierre.
Le terrain dans lequel on les enterrait était situé près de l'angle formé par les rues Saint-Paul (Cathédrale) et Saint- Savin. Par malheur, il se trouvait placé au milieu de maisons qui presque toutes possédaient des portes ouvrant sur lui. Le 4 janvier 1647, l'échevin François de Brilhac vient dire au Conseil « qu'il est grandement incommodé par les vuidanges que les voisins y gettent et mesmement ceux qui ont des ouvertures sur iccelluy,qui y laissent aussi aller leurs pourceaux, poulailles, pigeons et autre bestail au mespris et profanation d'une terre beniste, sans avoir droict desd. portes et ouvertures (4) ». Malgré les ordres et les menaces de la Municipalité, des plaintes du même genre sont
(i) Bibl. Poitiers, cart. 11. — (2) Reg. dél. mun., n» 78, p. 218. — (3) Ces réclamations ont lieu le 22 janvier 1029 et 26 août 1630. — Ici., n° 79,p. 224. — Id., no81, p. 48. — (4)W., n" 95, pp. 110.
6i L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
adressées, le 1*'' août de l'année suivante, à la Dominicale contre ceux qui d'habitude y « jettent tant leurs fumiers que autres saletés et incommodités (1) ». Cette fois, elles provoquent encore de vaines menaces, incapables, comme toujours, de produire quelque effet.
Le 20 juillet 1650, il est déclaré que le cimetière se trouve journellement profané « pour y avoir ordinairement des bestiaux dans icelluy, soit chevaux que aultres et que on y faict un passage ordinayre et la muraille abattue et ruynée (2) ». On se borne à prendre la résolution d'en relever les murs, mais cette marque de bonne volonté une fois donnée, rien n'est exécuté. En somme, ce champ des morts reste simplement un lieu public, comme le sont la plupart de ceux que l'on trouve placés autour et à l'entrée des églises paroissiales.
Le 2 mai 16ol^les deux chasse-coquins chargés de creuser les fosses sont accusés et convaincus de voler des tombe. L'un deux seulement est renvoyé pour avoir accompli cette profanation (3). En 1656, les murailles étant toujours dans le même état, « les pourceaux, chiens, chevaulx et autres s'y promènent ». Deux pourceaux en sortirent même, certain jour, à la vue de tous les habitants de la rue Saint-Paul (4). Un jeu de courte-boule ayant été installé dans un logis qui lui touchait, les joueurs s'en servirent comme d'un chemin public pour s'y rendre.
Le 15 mars 1662, un échevin, ayant constaté que le cimetière « étoit tellement rempli de corps morts qu'il étoit impossible d'y pouvoir plus mettre », demande qu'on les enterre dans ceux de Saint-Germain ou de Notre-Dame-
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bin, reg. 10. — (2) Bibl. Poitiers, cart. o3 6(s, reg. 1. —(3) Reg. dél. mun., nod02, pp. 269, 274. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 33 bis, reg. i I .
la-Pelite (1). Aucune décision n'est prise, et In situation reste la même.
En 1681 et 1689, les murailles du cimetière de l'hôpital, ainsi que la porte, sont réparées, grâce aux subventions» accordées par des voisins qui prétendent y posséder un droit de passage (2). Ils ne cessent de maintenir ce droit si bien qu'en 1763 le bureau de la Dominicale ne peut" l'abolir malgré tous ses efforts.
Le 11 avril 1728, le cimetière étant de nouveau rempli, les administrateurs de l'Hôtel-Dieu veulent encore avoir recours à celui de Nolre-Dame-la-Petite (3). Les fabriciens s'y opposent, comme par le passé, en invoquant l'Ordonnance du 8 mars 1627. En réalité, ils n'entendent pas que les habitants de la paroisse soient enterrés auprès de gens étrangers à la ville.
Le 3 septembre 1735, la Dominicale prie Radegonde Devoi, gouvernante de l'hôpital, de bien vouloir faire édifier une croix au milieu du cimetière. C'est le seul monument religieux qu'il ait possédé. Confisqué au début de la Révolution, il fut vendu comme bien national, le 7 avril 1792 (4). Sa courte histoire démontre une fois de plus combien étaient peu respectés ces lieux de repos dans lesquels on n'enterrait guère que des personnes de médiocre et de basse condition.
L'Hôtel -Dieu ne manquait point d'une certaine importance au début de la Révolution. Ses bâtiments pouvaient largement suffire à hospitaliser les indigents soit de la ville soit de passage, sans compter les soldats qu'on dut y admettre pendant tout le xviii* siècle. Par malheur, on le
(1) Reg. dél. mun., w 112, p. 160. — (2) Arch. Hôp. — (3) Reg. dél. mun., no 78, p. 229. — (4) Arch. Vienne, A, n» 784, p. 8.
considéra toujours plus ou moins comme malsain, peu aéré et placé dans une mauvaise orientation. Nous verrons plus loin de nombreux reproches lui être adressés à ce sujet par les Hospitalières dabord, puis par ses propres administrateurs plus tard. Un très gros inconvénient pour lui fut de ne pas posséder dans son enceinte l'eau nécessaire à ses besoins journaliers. C'était pour les établissements de ce genre un défaut capital.