CHAPITRE VI Les Aumôniers et les Chirurgiens de la peste
Les aumôniers chargés de porter les secours spirituels aux contagieux sont désignés par la nnairie, aussitôt que le fléau a fait son apparition. A l'hôpital des pestiférés, ils remplissent les fonctions de directeurs et à l'occasion celles de notaires, quand un malade désire faire son testament. D'après une ordonnance municipale du 25 août 1631, il est enjoint « à tous ceux qui sont ou servent dans led. hospital de porter tout respect, honneur et obéissance ausd. Pères confesseurs »> . Cette même ordonnance ajoute : « Et pour ce qui est desd. Pères confesseurs qui sont de présent et seront mis à l'advenir dans led. hospital, led. Conseil les prie et exorte, autant que besoing en est ou seroit, leur enjoinct de faire une actuelle résidence aud. hospital, pour y assister les malades, s'y retenir, sans se divertir, pour venir en ville ne aux faubourgs d'icelle, pour confesser ou communier aucuns malades contagieux de la ville et faubourgs, attendu qu'il y a d'autres Pères confesseurs establis en lad. ville pour conférer les sacremens, affin que chascun d'eux fasse leurs charges où ilz seront Ordonnez sans confusion (1). » Telles sont les obligations qui incombent à ceux qui résident à l'Hôtel-Dieu de la
(1) Rég. dél. raun., no 82, p. 54.
peste. Ajoutons que ces prescriptions ne sont point absolues, car, dans certaines occasions, ils vont visiter les malades de la ville.
Le choix des aumôniers se fait d'abord parmi les prêtres de bonne volonté qui désirent en remplir les fonctions. Par la suite, les ordres religieux, et particulièrement les ordres mendiants, les sollicitent. Le premier des aumôniers qui nous soit connu est Jehan Chenebault, dit Casteble, prêtre et choriste de Sainte-Radegonde. Le 17 juillet 1587, il vient dire au Conseil « qu'ayant eu le dangier de malladie de peste il prétend demeurer aud. Hostel-Dieu, pour confesser les mallades, les admonester de leur salut et les faire communier le vray corps de nostre Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ et dire la messe tous les jours en icelluy, pourvu que, oultre sa nourriture, luy fust baillé par moys de gages, troys escus d'or sol(l))). Cette offre est acceptée et « led. Casteble sera en oultre admonesté faire roblle au vray de tous ceulx qui seront mis au iront aud . Hostel-Dieu, pour en sçavoir le nombre et quelle qualité y sont pour y pourveoir » . En même temps, on lui accorde la somme de 3 1.15s. pour acheter « le vin dont il se fournira (2) ». Il reçoit plus tard 15 1., à cause de son séjour « aud. Hostel-Dieu pour reconcillyer les mallades ».
Pendant la peste de 1603, Remy Durice est payé à raison de 28 1. par mois (3). Le 28 mai 1608,1e curé de Fontaine-le-Comle prend les fonctions d'aumônier (4). Le lOnovembre 1608, un pauvre prêtre venant de Rome, renfermé avec les contagieux, réclame et obtient 6 1. afin de retourner en Bretagne, son pays natal (5).
(1) Reg. dél. mun., no 47, p. 5. — (2) Bibl. Poitiers, cart. Sri. — (3) Reg. déL mun., n» 61, p. 109. — (4) Reg. déL mun., n» 62, p. 108. — (5) Reg. déL mun., no 64, p. 74.
Le 2 juin 1628. le maire constate « qu'il n'y a aucun prestre pour assister les pauvres pestifferez de consolations spirituelles, les administrer des Saints Sacrements, bien que les PP. Jésuites et Capuchins se soient offerts, qui n'y sont allés (1). » Ces derniers renouvellent leurs offres, le 28 suivant, en disant c qu'ils sont prest envoyer de leurs Pérès pour consoler les malades et administrer les Sacremens. Ils ont destiné nombre d'entre eux pour aller en ville dans les maisons frappées de contagion et donneront suffisamment de prêtres pour cela ». Cette proposition est acceptée. Ils auront une chambre meublée à l'hôpital de la peste et, « veu leur zèle et affection au bien publicq, ils seront préférez à tous les ordres religieux de ceste ville pour aller aux maisons où il y a des malades de contagion, pour leur administrer les sacremens, sans toutefois vouloir empescher lesd. malades de se servir d'autres relligieux qui voudront aller dans leurs logis à leur prière et service » .
Etourneau, chanoine de Sainte-Radegonde, vient ensuite déclarer que les Jésuites avaient présenté des offres semblables. Depuis, « ils faisoient quelques difficultés d'aller loger dans led. Hostel-Dieu et d'y exposer le P. Forest, lequel s'estoil offert et disposé pour y aller, sur ce qu'il estoit le plus employé d'entre eux aux confessions dans leur église (2) ». Comme ces conditions paraissent peu acceptables, on les prie simplement de vouloir bien se contenter, comme les autres religieux, d'assister les malades de la ville qui les demanderont. Toutefois, leurs noms seront donnés au maire, afin qu'ils soient marqués d'un signe destiné à les faire reconnaître.
(1) Arch. Vienne, H*— 18. — (2) Arch. Vienne, H*— 18.
Les deux Giipucins ne restent pus longtemps à l'hôpital, car, le 16 mai 1628, on y trouve deux Jésuites, les PP.Desmier et Garasse (1). Ce dernier, mort le 5 juin suivant, est enterré dans la chapelle. Le 6 avril 1 637, un tombeau lui est élevé en vertu d'une délibération municipale (2). A la fin de juin 1628, deux Carmes les remplacent, pendantque deux Aug'ustins sont mis avec des contagieux, dans une maison de la rue des Quatre- Vents (3). On les invite à se retirer au mois de décembre suivant, avec obligation d'habiter un local écarté avant de retourner dans leur couvent (4). Chacun d'eux recevra 64 1. pendant cette quarantaine.
Le 12 juillet 1638, un prêtre est chargé de visiter les pestiférés, en attendant l'ouverture de l'hôpital. Il est convenu avec l'évêque qu'il sera logé^ nourri, et recevra une soutane avec un habit de peste d'étoffe propre « pour mieux se garantir de recevoir l'infection (5) ».
Le 23 août suivant, des Augustins,qui déjà ont vu des contagieux, sont priés de le remplacer. « Il leur sera fourni toutes choses nécessaires, des ustencilles pour le mesnage de la cuisine, du bois et du vin que M. le maire est prié de leur faire achepter (6). » Le 18 octobre, l'épidémie étant terminée, ils sont envoyés 40 jours à l'ermitage des Arcs de Parigny, avec la permission de l'évêque et celle de l'ordre auquel ils appartiennent (7). Ils reçoivent des habits neufs, et une somme de 80 livres.
Non seulement le P. Garasse^ mais encore plusieurs autres aumôniers périrent victimes de la peste. En 1657,
(1) Le P. Garasse, né à Angouième en 158.5, fut un prédicateur fort renommé, d'un genre tout à fait spécial. — (2) Reg. déL mun., no 87, p. 158. — 13) Archiv. hist. du Poitou, t. XV. —(4) Reg. déL mun., n°82, p. 113.— (5) Reg. dél. mun., n° 88, pp. 17, 232.— (6) Reg. déL mun., no 89, p. 49. — (7) Reg. déL mun , n» 89, pp. 97, 98.
Bobinet, curé de Buxerolles,nous raconte que dans la chapelle de l'hôpital étaient inhumés, en outre de ce Jésuite, un prêtre, un capucin, deux augustins et quelques autres personnes (1). Leurs noms nous sont jusque-là restés inconnus.
Les chirurgiens doivent avertir la Municipalité aussitôt que la peste a fait son apparition. Le 14 mars 1639, à la suite de certaines rumeurs, on les invite « à prévenir le maire aussitôt qu'ils le sauront pour que lui-même y mette l'ordre nécessaire et ce, à peine d'amende arbitraire (2) ». Ceux d'entre eux qui ne sont point chargés du service des pestiférés ne peuvent les visiter dans la crainte de propager le fléau. Le 22 juillet 1554, il est prescrit « de faire convenir et appeller tous les barbiers de ceste ville et de leur inhiber de non aller en maisons suspectes de peste (3) ». Nous verrons plus loin que ces prescriptions, pourtant indispensables en temps d'épidémie, ne furent point toujours prises en considération par nombre d'entre eux habitués à braver le fléau.
La délibération municipale du 25 août 1631 nous fait connaître quels sont les devoirs des chirurgiens de l'Hôtel- Dieu des pestiférés. Il y est dit : « Que très expresses inhibitions sont faictesauxd. chirurgiens qui sontrésidens aud. hospital et destinez pour panser et medicamenter les malades y retenuz. d'entrer et venir en lad. ville pour quelque cause et occasion que ce soit, sans permission de M. le maire et après et non plus tost que tous les malades dud.
(1) Bibl. Poitiers, ms f., n« 435. — (2) Reg. dél. mun., n- 89, p. 159. — (3) Reg. dél. mun., n"32, p. 435.
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hospilal auront esté pansez et médicamentez, ce qu'ilz seront tenuz faire deux fois par cliascun jour, aux heures qu'ils le doivent estre et de n'exiger aucuns deniers, cédules, obligations ne autres de ceulx qui sont malades aud. hospital. Le tout, sur peine, en cas de contravention, d'estre privez de leurs gages et des privilèges de maîtrise à eux accordez en considération du service qu'ilz doivent rendre aud, hospital et d'estre chassez à perpétuité de la ville, voire de punition corporelle s'il eschoit (1). » Il est enjoint à tous les malades qui sont dans l'établissement « de se régler en ce qui concerne leur santé et garison, par l'advis des chirurgiens, affm que chascun soit retenu en son devoir, sur peine, en cas de contravention, d'estre chastiez corporellement w.
Le choix des chirurgiens de la peste doit, en principe, toujours être fait avant le début des épidémies, comme le conseille Etienne Thevet. Il en est parfois ainsi, quand elles se succèdent à intervalles peu éloignés. Autrement, il faut pourvoir à leur nomination, aussitôt que le mal est annoncé. La situation se complique encore bien davantage, lorsque la mort vient enlever ceux qui sont en fonction et que s'impose l'urgente nécessité de les remplacer.
Nous allons voir la Municipalité aux prises, en maintes occasions, avec des difficultés de ce genre.
D'après leurs statuts de 1410, conflrmés la même année par Jean de Berry et plus tard, en 1420, par le dauphin
(1) Reg. dél. mun., no 82, p. 54. En temps de peste, le chirurgien remplace l'aumônier absent pour recevoir les testaments, comme le fait Pierre Arnaudet le 12 juillet 1631. Après l'avoir écrit, il le porte dans le champ voisin et le place sous une pierre en attendant que le notaire le prenne (Min. Marrot). Les notaires se placent près des portes ou des fenêtres ouvertes afin d'entendre la voix du testateur, si possible {ici.).
434 LASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
Charles, régent du royaume, les maîtres chirurgiens de Poitiers sont tenus de désigner l'un d'entre eux pour soigner les malades pauvres. Chaque fois que le besoin s'en fait sentir, le maire ne manque point de leur rappeler cette obligation à laquelle ils cherchent le plus possible à se soustraire.
Trois raisons, nous dit Thevet, font qu'ils refusent d'aller à l'hôpital : « La première, pour ce que tous n'ont pas assez de courage et hardiesse et peuvent beaucoup appréhender ce que, cognoissant leur estre préjudiciable, ils ne hosent entreprendre ; secondement^ qu'ils ont femmes et enfans, la crainte et offense desquels leur est une juste bride en telle hardiessse, et la troisième c'est le reject, refaicte et scandale qu'on faict d'eux avec mauvaise récompense de telle piété et charité chrestienne (1). » En résumé, le manque de courage, la crainte de contaminer la famille, la perte de la clientèle, l'isolement obligatoire et une rémunération insuffisante amènent les chirurgiens de mérite à ne point vouloir s'occuper des contagieux.
Le 30 août 1512, ordre est donné par le maire de réunir les barbiers pour désigner trois d'entre eux qui auront la charge de soigner les pestiférés, mais « ne feront aucunes barbes et sera inhibé aux autres de non les visiter (2) >.> . Le 29 octobre 1520, Hilaire Buor, qui occupe cet emploi, est aux appointements de 15 1. Seulement, il ne reçoit que 16 1. 10s., car les aumônes ne produisent qu'une somme très minime (3). Le 15 septembre 1531, la Municipalité prescrit « de salarizerung prestreet ung barbier qui seront
(1) Thevet (Etienne), loc. cit. — (2) Reg. dél. mun., n" H, p. 330. — (3) Reg. dél. mun., n" 17, p. 342. Le 7 janvier suivant il réclame les 20 1. qu'on lui doit (id., pp. 342,376).
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députez de parla ville aux despans des habitants (1) ». Même ordonnance le 27 juillet 1537.
Le 8 novennbre 1546, les chirurgiens, au nombre, de 14 sont réunis chez le maire afin de choisir parmi eux celui qui prendra soin des pestiférés. Tout d'abord, ils désignent Jehan Bonnin à l'unanimité, mais comme par hasard il se trouve être en prison. Si l'on veut l'élargir il sera " ydoine et suffisant ond. affaire », ayant déjà servi la ville en pareille circonstance (2). D'un autre côté, iMathurin Barbotin, qui tient boutique au faubourg Saint-Lazare, reste encore disponible (3). Il est fort au courant de la peste pour l'avoir précédemment combattue. En conséquence, rien n'empêche de lui confier cette charge en attendant l'élargissement de son confrère. Quant au garçon qu'on doit, selon l'usage, lui adjoindre, le nommé Jehan HuauU, étant fort capable, paraît tout désigné pour occuper cet emploi .
Mathurin Barbotin, ne voulant point accepter l'honneur que lui font les maîtres^ les poursuit, sans succès du reste^ devant la Sénéchaussée. Ayant été débouté de sa plainte, il fait appel devant une autre juridiction, le 26 mai 1547.
Cette affaire traînant en longueur, la Municipalité se décide de nouveau à faire comparaître devant elle le Lieutenant des chirurgiens. Ce dernier propose alors M. Paoul, qui peut très bien soigner les malades, mais comme il est absent, on doit attendre pour le présenter à l'Hôtel-de- Ville. En cas d'acceptation de sa part, il recevra 100 1. par an, quand surviendront des épidémies et 20 1. seulement en temps ordinaire.
(1) Reg. dé\. mun., n" 19, p. 51 ; ici., n» 20, p. 294. — (2) Reg. dél. mun., n" 28, pp. 50, 200, 269. — (3) Mathurin Barbotin était encore Me chirurgien en 1567, au faubourg Saint-Lazare f(Reg. bapt. de Saint-Jean, n» 146).
Le 19 mai 1548, à la demande des administrateurs de l'hôpital, le Conseil décide « qu'il faudra contraindre les chirurgiens et barbiers à eslire ung suffisant et ydoine qui recevra 50 1. par an durant les pestes et 25 1. autrement (1)». Le 28 du même mois, c'est Bonnin qui, sorti de prison, accepte cet emploi.
Le 7 mai 1554, il est fait injonction aux chirurgiens et barbiers « d'eslire, nommer et depputer l'ung d'eux pour pencer les pestifferez tant à l'Hostel-Dieu que aultre >♦, ce qu'ils avaient refusé de faire quoique convoqués par leur confrère Pierre Contant. Le 4 juin suivant, ils se réunissent au nombre de 8 au Palais Royal, en présence du Bureau de la peste. Ils décident que^ le soir même, à 4 heures, sera tenue une assemblée générale à laquelle devront assister tous les maîtres, sous peine de 100 1. d'amende. Là aura lieu la nomination de celui d'entre eux qui devra soigner les pestiférés.
A l'heure dite, la réunion estime que Germain Savaton et Mathurin Barbotin sont parfaitement « ydoines et suffisants (2) ». Le premier, simple compagnon, accepte et, deux ans plus tard, obtient le litre de maître chirurgien. On lui impose comme conditions d'habiter l'hôpital et de porter la verge blanche dans la ville. Pour cela, il lui sera versé 25 1. par an toute sa vie en temps ordinaire comme en temps d'épidémie.
Le 20 juillet 1585, le maire demande au Conseil le remplacement de l'un des deux chirurgiens qui était mort de la peste. Le lendemain, il réunit tous les maîtres chargés de désigner celui qui devra soigner les malades, mais ils
(1) Reg. dél. mun., n" 29, pp. 146, 147, 148. — (2) Reg. dél. mun., no 32, p. 455.
réclament un délai de 24 heures. Ayant déclaré, le 22, que personne parmi eux ne voulait accepter cet emploi, la Municipalité leur fait savoir qu'elle en fera venir un de Saint-Maixent et qu'ils seront tenus de « le gager et entretenir (1) ». Sans plus larder, elle leur impose une taxe individuelle qu'ils paieront tous les mois. Cette taxe varie, pour chacun des 12 maîtres, de un à quatre écus.
Après le paiement de quelques mensualités, ils font saisir, le 31 octobre 1585, les sommes qu'ils ont versées entre les mains du sergent chargé de les percevoir (2). Celui-ci, dans la crainte de poursuites, refuse d'abord de les remettre à la mairie, puis, le 2 novembre suivant, sur la promesse d'être entièrement garanti par elle, dépose 54 1. chez le Receveur des pestiférés.
Le 24 juillet 1585, un messager part pour Saint-Maixent avec ordre de ramener avec lui le chirurgien Pierre Lecomte (3). Ce dernier, arrivé le 30 suivant, réclame 30 écus pour chacun des six mois qu'il doit passer à l'hôpital, avec, en plus, le logement, la nourriture et la réception gratuite à la maîtrise quand il aura « fidèlement exercé sa charge (4) ». Il commence par faire changer le lit dans lequel son prédécesseur était mort, ce qui coûte 45 1. à la ville, puis s'installe sous une tente seul et isolé (5).
En 1607, Pierre Bouchel, successeur de Michel Godard, est invité à se faire remplacer pour cause d'inexactitude à remplir ses fonctions (6). Guillaume Cochet, employé déjà
(1) Reg. dél. mun., n» 45, p. 29. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (3) On trouve plusieurs fois Pierre Lecomte parrain dans l'église de Saint-Saturnin, à Saint-Maixent, entre 1589 et 1G13. — (4) Reg. dé., mun., n» 45, pp. 31, 46.— (5) BihI. Poitiers, cart. 55. — (6) Pierre Bouchet assiste encore à une réunion de sa communauté en 1624 (Min. Johanne).
gratuitement toute l'année au service des pauvres dans les divers hôpitaux de la ville, est chargé, le 14 octobre 1616, de prendre le service de chirurgie (1).
Le 10 avril 1628, faute de candidats, la mairie invite les maîtres à choisir un des leurs pour soigner les contagieux, touten exigeant uneréponseavant midi, sous peine de 300 1. d'amende (2). Il s'agit de remplacer Martial Pareau, mort de la peste (3).
Jean Thevenel,né àNontron, en Périgord, est désigné par ses confrères (4). Le 25 février. 1630, atteint de coliques bilieuses, il se retire, en mettant son frère Pierre à sa place et en abandonnant son droit à la maîtrise (5).
Pierre Thevenet s'engage pendant 15 ans à soigner les malades moyennant 60 1. par mois avec le logement et la nourriture (6). Il sera reçu gratuitement à la maîtrise et fourni de toutes les drogues nécessaires aux malades. L'année suivante, il se ravise et veut rompre son engagement, qu'il trouve peu raisonnable et d'une « rigueur extraordinaire ». Après maintes sollicitations, il se résigne à continuer, « demandant à Dieu de le conserver et qu'il puisse encore cette fois sortir dud. hospital après qu'il n'y aura
(1) François Toyon, marié à Radegonde Belon, dont il eut au moins 4 enfants. — Mort le 17 mai 1652 (Reg. paroiss. Saint-Hilaire-dela-Celle et de Saint-Michel). — Au dire de son confrère Thevet, Guillaume Cochet aurait eu la fièvre tierce pendant qu'il soignait les pestiff'-rés, en 1602 (Reg. dél. mun., n° 71, p. 76). —(2) Reg. dél. mun., Il" 78, pp. 226. — (.3) Martial Pareau, fils de Pierre, trompette de la ville de Pojtiers, était marié à Anne Caboche {id., n» 89, p. 50). — (4) Jehan Thevenet, né à iS"ontron,en Périgord, marié à Jehanne Penot, fille de Simon, tanneur, possédait la métairie de la Bégaudière, au village de Larnai, près de Biard(Min. Bourbeau, 1648). Mort le 13 septembre 1677 à l'âge de 80 ans, et enterré dans l'église de la paroisse de Saint-Etienne. — (5) Reg. dél. mun. n" 80 p. 170. — (6) Reg. dél. mun.. no 81, p. 185 (Min. Marrot).
plus de mal ». La mairie ne consent à le libérer de son en^agementdu 11 mars 1630, passé chez Bourbeau, notaire, qu'après la fin de l'épidémie.
Le 16 mai 1631, Pierre Thevenet et Denis Vincent, son serviteur, sont tous les deux atteints de la peste. Au début du mois suivant, le premier, par suite de fatigue, réclame un peu de repos (1). Il déclare qu'il a soigné les malades de l'hôpital et ceux de la ville et que, par quatre fois, il a été frappé du mal contagieux. Au surplus, il reprendra son service aussitôt sa guérison.
Tous les deux sont remplacés par Cochet, le 2 juin 1361, et par Pierre Arnaudet. Le premier reçoit 150 1. par mois et le second 60 l. « avec l'abit accoustumé », c'est-à-dire la longue robe noire usitée en temps d'épidémie (2).
Un mois plus tard, Arnaudet meurt et François David le remplace, pour peu de temps, car lui aussi succombe atteint par le fléau (3). Nicolas Carron, désigné pour occuper sa charge, consent, moyennant le droit d'être reçu gratuitement à la maîtrise, à séjourner 4 ans à l'hôpital, sous condition de faire payer les malades riches (4).
(1) Reg. dél. mun., no 82, [p. 64. Denis .Vincent, chirurgien-opérateur pour la peste, puis simplement chirurgien et garde de l'hôpital de la peste. Veuf de Marguerite Pourpry, il épouse, par contrat du 31 janvier 1633, Marie Delacroix, fille de Gérôme et de Marie Bruere. Sa femme était servante chez Enguilbert Garnier, ec, s^ de la Disnière, qui lui fit don de 100 1. Vincent, qui avait déjà une fille de son premier mariage, eut plusieurs autres enfants du second. Ils furent Ijaptisés à BuxeroUes (Min. Marrot). — (2) Pierre Arnaudet, fils de François, m" chirurgien, mort en 1624, et de Marie Oudry. Né en 1604, il épouse, n'étant encore que compagnon, par contrat du 13 janvier 1629, Anne Bion, fille de Jehan, marchand, et de Jehanne Jagotte. Il fit son apprentissage chez son beau- frère Nicolas Bion, qui lui donna 27 bassins, 6 poelettes, un coquemart et une seringue, tout en promettant de le faire recevoir à la maîtrise à Poitiers dans un an au plus tard (Min. Daniel Chesneau). Reg. dél. mun., no 81, p. 197 ; Arch. hist. duPoitou, t. XV.— (3) Reg. dél. mun., n° 82, p. 113. — (4) Nicolas Caron, marié à Catherine Cochet, fille de Guillaume
Au cours de l'épidémie de 1638, Denis Vincent, simple compagnon en 1631, prend alors le titre de chirurgien de la peste et de gardien de l'hôpital.
Les chirurgiens employés à l'intérieur de la ville sont installés dans certaines maisons particulières, soit seuls, soit avec des pestiférés (1). En 1586, un barbier est logé chez la veuve Verlier, près de Rochereuil, afin de pouvoir faire des visites de nuit en cas de besoin (2). Pierre Touchet habite, en 1631, avec les contagieux qu'il soigne, dans la rue des Quatre-Vents (3).
Cette tâche est souvent dévolue à ceux qui résident dans l'hôpital de la peste. Parfois^ le temps leur manque pour la remplir. C'est pourquoi l'un d'eux reçoit, le 2 juillet 1585, la somme de 8 écus afin de lui permettre d'acheter un cheval (4). Le 2 janvier 1628, Martial Pareau, en ayant réclamé un dans le but d'aller visiter les malades des faubourgs, voit sa demande rejetée (5). Enfin, le 1" septembre 161, Pierre Thevenet et son compagnon Nicolas Caron obtiennent pour se reposer la permission de soigner simplement les contagieux de l'intérieur de Poitiers (6). Ce poste est alors considéré comme peu fatigant, car le fléau touche à sa fin .
Comme nous avons déjà vu, les appointements versés aux
chirurgien, dont: 1" Nicolas, 2° Catherine (Reg. paroiss. Saint-Didier). (1) Reg. dél. mun., n° 19, p. 5o. Le 13 juillet 1631, un vitrier prend chez lui le chirurgien Jacques Morizet et lui promet 120 l.s'il le guérit, mais seulement 90 1. en cas de mort. Ayant pu se guéi'ir, il paye les 120 1. (Min. Marrot). — (2) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (3) Arch. hist. du Poitou, t. XI. Pierre Touchet, marié à Jehanne Seigneuret, dont : Marie-Josèphe, baptisée le 18 décembre 1653; Jehanne Seigneuret est dite veuve le l*""" septembre 1689. Elle donne la boutique à ferme à un compagnon moyennant 44 1. par an (Reg. paroiss. Saint-Didier. — Min. Guill. Decressac). — (4) Bibl. Poitiers, cart. 55. — (5) Arch. Vienne, H^ — 18. — (6) Reg. dél. mun., no 82, p. 70.
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chirurgiens sont variables suivant qu'on les utilise en temps de peste ou en temps ordinaire. Le 29 juin 1554, Germain Savaton,pour remplacer les 20 1. qu'il reçoit, demande à la mairie la permission d'habiter le \o^\s du Mor lier (T argent, qu'elle possède dans la Grand'rue (1). Sa demande est refusée, sous prétexte que le locataire qui l'occupe n'est pas à fm de bail.
Le 12 septembre 1563, Bonnin et Coulard touchent chacun 111.5 s. par mois (2) . Le 2 juillet 1585 cette somme est portée à 15 1., ce qui fait que Jacques Vigouroux reçoit 45 1. par trimestre, dont une moitié payable à l'avance (3). Le barbier Grégoire Gillyot, d'origine flamande, voit ses honoraires portés à 25 1. chaque mois. Entre 1585 et 1587, les frères Jacques et Jean Jullien, de même que Bernard Gillyot, ont chacun 60 1. (4).
En 1606, Pierre Bouchet touche cette même somme que l'on réduit à 30 1. en temps ordinaire (5). En 1628, Martial Pareau reçoit de semblables appointements, mais le compagnon Denis Vincent n'a droit qu'à 6 1. Le mal ayant augmenté, ce dernier peut obtenir 8 I. d'abord, puis ensuite
9 l. (6). Enfin, le l^"" septembre 1631, il lui est accordé
10 1., « attendu la peine extraordinaire qu'il prend à traicter et panser les malades de l'hôpital des pestifférés qui sont en grand nombre (7) ». En décembre, il gagne 16 1. et l'un de ses confrères 20 livres.
(1) Reg. dél. mun., no 32, p. 461. — Germain Savaton a une lîJle, Louise, mariée à Jehan Aryot, chirurgien, et un fils, Etienne. En 1591, il abandonne tous ses meubles à sa fille. Il vivait'encore en 1590 (Min. Bourbeau, Guyonneau, Pigneteau et Reg. paroiss. Saint-Didier). - (2) Bibl. Poitiers, cart. 54. —(3) Bibl. Poitiers, cart. no 45. —(4) Reg. dél. mun., no 47, p. 224. — (5; Reg. dél. mun., n- 78, p. 222. — (6) Arch. Vienne, Rs — 18. —(7) Reg. dél. mun., n'^ 82, pp. 62, 70; — id., n" 84, p. H9 .
Etienne Thevet raconte que l'on attend toujours trop tard pour choisir les chirurgiens. Il faut alors se résigner à prendre ceux qui sont disponibles sans tenir compte de leur valeur. D'un autre côté, certains d'entre eux ne peuvent être engagés à bas prix que moyennant la promesse d'être admis à la maîtrise. Il ajoute que c'est un abus, car, parmi tous ces individus il en est qui n'ont jamais vu un bubon, de sorte que nombre de personnes restent cadenées par erreur ou portées à l'hôpital. Aussi, n'est-il point étonnant de trouver des gens peu disposés, dans certains cas, à se conformer aux ordonnances de la mairie.
Le 11 mars 1556, les malades se plaignent de ce que le barbier « esleu pour les médicamenter ne les visite et que luy soit enjoinct se retirer del'hospital parce qu'il fréquente plusieurs maisons pestifferées et va parmi les personnes saynes(l) ». Le 15 juillet 1628, Martial Pareau est accusé de ne pas suivre dans ses ordonnances les régimes que lui ont prescrits les médecins (2). Une commission, composée de deux de ces derniers avec autant d'apothicaires et de chirurgiens, est chargée de procéder à une enquête, qui a lieu en présence des deux capucins renfermés à l'Hôtel-Dieu de la peste. Elle constate que plusieurs points laissent à désirer en ce qui concerne les traitements, la nourriture et les médicaments. Chacun des enquêteurs est chargé d'y mettre ordre dans la partie qui le concerne. Le 26 juillet suivant, tous les six retournent « près de l'hospital, la rivière entre eux », et là, ils entendent dire aux chirurgiens de la maison que tout est pour le mieux et que les malades ne manquent de rien.
(1) Reg. dél. mun., n° 33, p. 91. — (2) Rejç. déL mun., n» 82, p. 64.
Le 18 août 1631, l'intendant de service se plaint de Pierre Touchet, qu'on a choisi pour soigner en ville « des gens qui ont moyen de se faire traicter ». Il est fort ignorant et « ne sait pas mesme cognoistre les malades, comme il en a été allégué des exemples ». Le maire prétend n'avoir point entendu parler de cette ignorance pas plus que de celle des maîtres qui l'ont présenté. « Il ne s'est mépris qu'une seule fois à sa connoissance (1). » Quant aux autres faits mis en avant, il s'en informera.
Le l" septembre 1631, il vient à son tour porter plainte contre le chirurgien Cochet pour les « blasphèmes et insolences qu'il commet dans led. hospital». Ordre a été donné de l'en chasser sans pouvoir y rentrer et de lui enlever tous les privilèges auxquels il peut avoir droit (2). Cette décision ne dut point longtemps être appliquée, car nous le voyons plus tard admis à la maîtrise.
Les chirurgiens de la peste ne se résignent point à circuler en ville avec un bâton blanc ou une clochette à la main, car, dit Thevet,» la peste ne se prend point en passant » . Leurs confrères ne peuvent de leur côté visiter les contagieux sans être soumis aux mêmes prescriptions (3). En 1554, un barbier du faubourg de Saint-Lazare, qui vient
(1) Reg. dél. mun., n° 82, p. 54. — (2) Reg. dél. mun., n» 82, p. 64. (3) Reg. dél. mun., no 32, p. 435. — Des compagnons chirurgiens soignent les pestiférés à domicile. Ainsi le 13 juillet 1631, Christophe Laumonier, atteint de la peste,confesse devoir à Jacques Morizet, chirurgien à Poitiers, la somme de 120 1. qu'il lui a promise en entrant dans sa maison pour « le traiter du mal contagieux, au cas où il pourroit le retirer de lad. malladie ou, s'il vient à décedder d'icelle malladie, lui promet la somme de 60 1. payable à la Sainct-Michel ». Le patient,logé dans une hutte, fait rédiger son testament par ce même Morizet, qui à bien soin d'y insérer une clause en vertu de laquelle il touchera les60 1. Il semble que les compagnons et même apprentis chirurgiens qui soignèrent les pestiférés à domicile ne furent point rares (Min. Marrot).
à Poitiers en bateau voir des malades, est menacé du fouet, s'il continue. Le 15 mars 1628, Bellon, accusé de visiter des pestiférés à la campagne, reçoit l'ordre de ne plus communiquer avec qui que ce soit etde fermer boutique(l). De plus, on l'oblige à porter la baguette blanche. Quatre jours plus tard, ses confrères de l'hôpital ayant pénétré en ville, « au grand scandale et préjudice des habilans », sont invités à ne plus recommencer sous peine de perdre tout droit à la maîtrise (2). En 1628, on les oblige à rester renfermés.
A la fin des épidémies, le personnel hospitalier est complètement renvoyé, à part toutefois les chirurgiens. En partant, ces derniers ne manquent point de réclamer leurs honoraires, comme le fait Antoine Garnier dit le Gendarme, le 31 décembre 1516 (3). Il fait observer que, pendant son absence, « plusieurs gens ont laissé d'aller en son houstel faire faire leurs barbes et pour ce, son ouvrouer désacourcié (sans clients) ny argent (4) ». On lui donne 10 s. Le 11 mars 1555, le chirurgien de la peste, en demandant trois mois d'arriéré, ajoute « qu'il avoitheu plusieurs praticques hors led. Hostel-Dieu et par ce ne pouvoit contenter (5) » . Un dernier reçoit, le 30 octobre 1628, une somme de 60 1. et on l'envoie à la Barre, « attendu qu'il a bien serbvi la ville et le public (6) ».
Les contrats en vertu desquels les compagnons doivent
(1) Reg. dél. mun., n' 78, p. 247. — Jehan Bellon, marié à Marguerite Delacroix, fille de Jehan, eut de ce mariage: lo Marie-Anne; 2e Jean, qui succéda à son père. Marguerite Delacroix est dite veuve en 164o (Reg. paroiss. Saint-Porchaire. — Min. Gaultier). — (2) Reg. dél. mun., n° 78, p. 270; —id., 82, p. 54. — (3) Reg. dél. mun., n" 47, p. 158. — (4) Reg. dél. mun., no 15, pp. 241, 247, 510. — (5) Reg. dél. mun., no 32, p. 537. — (6) Reg. dél. mun., n" 79, p. 543.
JUSQU'A I/AN V 44r)
être reçus à la maîtrise ne sont point toujours exécutés. Le maire y fait opposition quand il juge les services rendus par trop insuffisants. Le 11 août 1561, Guillaume Savaton , n'ayant pas été payé de ses gages, menace de poursuivre l'Intendant de la peste. Ce dernier déclare que, n'ayant point fait son devoir, il devrait « estre osté dud. estât (1) ». Il faudrait l'obligera fermer boutique, car on ne lui a octroyé la maîtrise qu'à condition de bien remplir sa charge. Après lui avoir accordé 251. pour ses appointements, suivant le marche passé en 1554, la mairie se décide à le remplacer.
Cette décision n'est point exécutée, car Savaton réclame, quelque temps plus tard, une somme de 450 I., qu'il consent à délaisser, si l'on veut le décharger du service des pestiférés. Sa requête est admise, ce qui ne l'empêche pas, au bout de quelques années, de toucher une partie de ce qui lui est dû.
Le 21 janvier 1586, Pierre Lecomte réclame 180 1. (2). Il est payé et remercié de ses peines. On lui offre la maîtrise ou la permission de se retirer quand bon lui semblera. Même chose pour Julien Duboys, le 11 février 1588. Selon son contrat d'engagement, « il sera et demeurera M* chirurgien en icelle ville, aux mêmes prérogatives que les autres maistres (3) ». Seulement, il sera tenu, en cas de contagion, de continuer son service à l'hôpital de la peste.
Guillaume Cochet, reçu maître, est également obligé, à sa sortie, le 22 octobre 1607, de s'engager toute sa vie à soigner les pestiférés en cas de besoin (4). De même, Pierre Blanchet, dont la réception à la maîtrise fut attaquée
(1) Reg. dél. mun., no 38, pp. 18, R9. — (2) Reg. dél. mun., n» 45, p. 272. — (3) Reg. dél. mun., n" 47, p. 347. (4) Reg. dél. mun., n" 63, pp. 100, 106.
plus tard par les chirurgiens. En 1632, Jean Chicard, qui soignait les malades à l'hôpital et dans les maisons cadenées où il leur portait des aliments, accuse Pierre Touchet, son collègue, d'avoir abandonné son poste au bout de 6 semaines pour aller se cacher à Ghâteaugarnier (1). Malgré cette accusation, on accorde la maîtrise aussi bien au fugitif qu'à son accusateur. Enfin, le 29 décembre 1631, Nicolas Caron la reçoit comme son confrère {2).« Attendu qu'il s'est acquitté de son debvoir, il jouira, dit le maire, des droits des autres maistres, selon et au désir de ses lettres. »
Les chirurgiens payent un lourd tribut à la mort au cours des épidémies. Denis V^incent raconte que, de mars 1631 à février 1632, il en mourut neuf (3). Certains abandonnèrent après eux leur famille dans la misère. Anne Caboche, veuve de Martial Pareau, décédé le 6 août 1628, déclare, le 4 juin 1629, que son mari « lui a laissé plusieurs enfans et peu de biens », ce qui l'empêche d'ouvrir boutique comme les autres veuves de maîtres, car, « malgré son droit, ces derniers s'y opposent et veulent la poursuivre (4) ». La Municipalité lui accorde son appui devant toutes les juridictions. Le 14 août suivant, elle revient à la charge, demandant un secours pour élever ses trois petits enfants. Le Conseil, « eu esgard aux services notables que led. feu Pareau à rendus à toute cette ville », lui accorde
(1) Jean Chicart, marié à Jeanne Frère, fait une donation à sa femme le 16 août 1632 (Min. Bourbeau. — Gref. civil Présidial). — (2) Rég. deL mun., no 82, p. 113. — (3) Athénée de Poitiers, an XI. — Le médecin Antoine Rabault, docteur régent de la Faculté de médecine, mourut de la contagion le 11 août 1628 (Reg. paroisse Saint-Porchaire). — (4) Reg. dél.mun., n» 79, pp 303; — id.,iio 80 p. 62. Parfois le chirurgien se marie à la fin de la peste. Ainsi, en 1630, 'Jehan Garnier épouse une ancienne malade, Jehanne Bourillaud, devant la porte du sanital (Arch. Vienne, E" 1016).
120 1. par an jiis(|irau jour où il sera « possible de les met- Ire en apprentissage ».
Tous les compagnons ne sont point admis à la maîtrise. Beaucoup, parmi eux, n'offrent pas les conditions d'appreur tissage et de stage préalablement exigées par les règlements de la communauté. On se contente alors de leur payer les gages en retard auxquels on ajoute quelques gratifications. Le 26 décembre 1587, Bernard Gillyot vient dire au Conseil « qu'il a bazardé sa vie pour servyr à l'Hostel-Dieu de la peste pour traicter et panser les pauvres affligez ». Il réclame ses appointements des deux derniers mois passés dans la maison et, de plus, « quelque récompense pour s'entretenir de vivre (1) •>. Comme on peut, à l'occasion, l'utiliser encore en temps de peste, il lui est accordé une somme de 12 livres.
Les apothicaires ne jouent qu'un rôle fort effacé, pendant les épidémies. Pourtant, l'un d'eux, Simon Demairé, demande, le 22 juillet 1587, à entrer à l'Hôtel-Dieu des pestiférés « pour y panser et traicter les malades (2) », Cette place lui est accordée avec 20 écus de gages par mois. Les médicaments qu'il pourra fournir seront payés à part. A sa sortie, au mois de décembre, il se permet de parcourir les rues sans porter de verge blanche, ce qui le fait condamner à 50 l. d'amende.
Le 25 août 1603, un compagnon apothicaire qui travaille chez Mathurin Demairé est appelé pour soigner un contagieux à rhôtel de la Forest. On l'oblige d'abord à rester renfermé avec le malade, puis ensuite il est chassé de la
(1) Reg. dél. mun., n° 47, p." 279. — (2) Reg. dél. mnn.,no 47,pp. 10, 274. — Symon Demairé était fils de Symon, m^ apothicaire, et de Renée Merland.ll succéda à son père vers 1584 et mourut avant 1604.
ville (1). Pendant tout ce temps, la boutique de son patron reste fermée.
Les apothicaires et, à l'occasion, les chirurgiens fournissent des médicaments aux pauvres atteints de la peste. L'un de ces derniers, Jacques Duboys, obtient, le 26 avril J 587, une augmentation de 90 1. par mois à condition d'en procurer aux malades à l'hôpital (2). Cette fourniture s'arrête au bout de quelques mois.
Ce sont en réalité les apothicaires qui délivrent ordinairement les remèdes employés pour les pestiférés. On ne les paye que fort difficilement et après de nombreuses années de retard. Symon Demairé réclame, en 1593, le montant d'un mémoire dû depuis 1587. François Carré n'obtient le reliquat d'une note fournie en 1602, soit 1.414 1. 3 s. 4 d., que le 3 février 1623, à la suite de nombreux procès intentés à la ville (3). Pierre Cosseau, reçu à la maîtrise à condition de donner gratuitement les médicaments prescrits aux pauvres, est ruiné par l'épidémie de 1628-1631 et, de plus, accusé de livrer de mauvaises marchandises (4). Au reste, les fournisseurs de médicaments, comme les autres, doivent dépenser des trésors de patience pour arriver à se faire rembourser ce que leur doivent la mairie, la Dominicale et le Bureau de la peste.
Le personnel religieux et le personnel médical se montrent généralement à la hauteur de leur tâche. Les défail-
(1) Reg. dél. mun.,n. 61,p. 35.— (2) Reg. dél. mun.,n» 47, pp. 86, 96, 143. — (3 Bibl. Poitiers, cart. o5. — Reg. dél. mun., n« 55 6is, p. 247. En 1631, Etienne Trumeau, compagnon apothicaire demeurant chez Pierre CousseaUjSon maître, soigne son ami Jehan Duguet compagnon chirurgien chez Etienne Baunay. Il l'assiste chez lui et à l'hôpital après qu'il y est entré. A sa mort, son ami reconnaissant lui fait don de 60 1., montant de ce qu'il possède (Min.Royer). — (4) Cf. P. Rambaud, la Pharmacie en Poitou {Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXX, 2^ série).
liinces sodI [)eii nombreuses, en regard des actes de dévouement que Ton rencontra si souvent. L'un et l'autre payèrent un lourd tribut à la mort. Malheureusement, il ne nous a pas été donné, faute de documents, de faire connaître les noms de tous les aumôniers ni de tous chirurgiens qui succombèrent victimes du devoir en soignant les pestiférés.