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CHAPITRE VII

Le Traitement médical et le Régime alimentaire des Pestiférés.

Nombre de médecins et de chirurgiens du Poitou ont écrit des ouvrages sur la peste. Tous connurent cette maladie pour l'avoir vue de très près et plusieurs jugèrent à propos de faire profiter le public de l'expérience qu'ils avaient acquise pour arriver à la combattre avec succès.

Baptiste de Massarie, dit des Cavignoles ou CavygioUes, docteur régent de la faculté de médecine de Poitiers, publie un ouvrage sur la peste, vers 1340 (1). En 1558, Sébastien Collin, qui exerce comme médecin à Fontenay-le-Comte, fait paraître un livre intitulé : Ordre que Von doit garder et tenu- dans la cure des fièvres {2) . En 1566, il traduit le Traité de la fièvre et de sa guériso?i, etc., qu'avait écrit Alexandre Trallian, d'après Rhazès(3).

En 1563, parut un Traicté delà peste et de la cure dicelle, etc., par Pierre André, chirurgien attaché au sanital de Poitiers (4). 11 compléta ce travail par une étude sur la

(1) Préservatif de la peste, Bourges, chez Jean Garnier, s. d., in-16. — Ce médecin, originaire de Pavie, fut attaché au prince de la Trémouille pendant les guerres de Lombardie et le suivit en France. Il s'établit à Poitiers, où il habitait en 1540, avec son fils Jérôme, avocat, dans la paroisse de Saint-Cybard. Il publia deux autres ouvrages, en 1541. Mort avant 1do2. — (2) Poitiers, de l'impr. d'Enguilbert de Marnef, 1558, in-8o. — (3) Poitiers, de l'irap. d'Enguilbert de Marnef, 1566, in-S". — (4) Poitiers, Nicolas Logeroys, imp., 1563, in-8o de 94 p.

L'ASSISTANCE PUIU.IQUK A POFTIEUS JUSQU'A f.'AN \ .:)!

préparation et les vertus de l'antimoine, dont il préconisa l'emploi, quoique la plupart de ses contemporains aient montré une certaine répugnance à l'égard de ce remède.

Nous ne ferons que citer en passant le nom de Jacques Goupil, né vers 1514, aux environs de Luçon, mort docteur de la Faculté de médecine de Paris, en 1564.11 publia une simple traduction du traité de la peste de Rhasès, en 1548(1). A la demande de Sébastien Colin, le médecin Olivier Poupard,son confrère, né à Saint-Maixent, mais établi à La Rochelle, après la Saint-Barthélémy, nous parle, en 1583, de Tépidémie qu'il observa dans cette dernière ville (2). Son travail n'est qu'une indigeste dissï^i'tation sur les écrits des anciens qui traitent le même sujet

En 1578, François Umeau, docteur médecin et par la suite doyen de la Faculté de médecine, fait paraître un opuscule sur la peste (3).Quelques années plus tard, étant devenu bourgeois de l'Hôtel-de- Ville, il vient dire à ses collègues, le 24 novembre 1586, « qu'il a composé ung certain livre pour remédier à la contagion, qui pourroit servir au publicq. Lequel il désiroit mettre en lumière et faire imprimer aux fraiz de la ville (4) » . Sa demande n'est point acceptée.

Le 11 septembre 1587, un membre du Conseil déclare qu'il existe « ung certain livre composé par messire Jehan

(1) Rhasœ de pistilentiâ libellus, ex Syrorum linguâ in grsecum translatum. Paris, Robert Estienne, 1548.— (2) Conseil divin touchant la maladie divine et peste en la ville de La Rochelle, etc. La Rochelle, par Jean Porteau, J583, in- 18. Poupard mourut en 1585.— (3) François Umeau, né à Poitiers en 1530, reçu docteur le 15 juillet 1568, e'pousa Anne Byot, dont il eut plusieurs enfants. Mort en 1594.11 publia quelques ouvrages. dont celui qu'il consacre à la peste: De Liene libellas. Ad io.Memetellum consiliorum reyiurn in suprema curia ParisiensiAAiieliai, ap. Mamertum Patissonium, 1578, in-8o, 27 ff. — (4) Reg. dél. mun., no 46, p, 147.

Coylard, docteur doyen de la Faculté de médecine de ceste ville, pour obvier à la contagion et remédier et guérir ceulx qui en sont ou seront affligez, pour icelluy ayder à faire imprimer pour la commodité d'ung chascun, qu'il sera délivré à Aymé Mesnier, imprimeur, pour luy ayder à faire les fraiz qu'il conviendra, pour la somme de deux escus d'or (1) ». Le 3 suivant, le receveur du Bureau de la peste lui verse cette somme « pour imprimer ung livre composé par les médecins de ceste ville, contre la contagion ».

En 1603^ paraît un opuscule intitulé :Traicté de la Peste; préservation, ordre et règlement qu'il y faut observer, avec plusieurs choses remarquées contre l'opinion commune. Par Es tienne Thevet, Angoumoisin, chirurgien de Monseigneur le prince de Conty (2). Ce travail est, comme nous l'avons déjà dit^ le meilleur de tous ceux que l'on ait écrits en Poitou sur cette maladie. Son auteur a su voir et observer, sans parti-pris et sans tenir compte des doctrines hippocraliques, tout ce qui se passa autour de lui quand il donna ses soins aux pestiférés.

Deux ans plus tard, à la demande des chirurgiens, les médecins de Poitiers se réunissent dans le but de composer un remède efficace contre la peste. En 1605, Jean Pidoux en fait la description et le considère comme infaillible (3). Il fut de mince valeur, mais par suite de son

(1) Reg. dél. mun., n° 47, p. 113. — BibL Poitiers, cart. bb. — Jehan Coytard, né à Thaîré,près de La Rochelle, s'établit d'abord à Loudun, puis revint à Poitiers comme doyen de la Faculté de Médecine, en l.'iTO. Il mourut le 1er octobre 1590. De son mariage avec Renée Dignay, il eut : 10 Daniel, lieutenant de robe longue en l'élection de Poitou ; 2» Renée, mariée à Claude Bonneau, sf de Beauregard, avocat ; 3° Madeleine (Min. Herbaudeau). — (2) Cf. P. Rambaud, Etienne Thevet, Me chirurgien àPoitiers (Bull. Soc. Ant. Ouest,i. I, 3" série, p. 382). — (3) J. Pidoxii raedici Pictavensis, Pestis cura et Polychrestri descriptio. August. Picton., ex offic. Joannis Blanceti, 1605, in-4» de 12 ff. — Jean

origine, la notoriété do ce remède, appelé Poit/cresle, persista pendant de longues années.

En 1623, obéissant au désir du cardinal de Richelieu, son médecin François Gitoys fait paraître un livre intitulé : A</vis .sur la nature de la peste et .sur les moyens de s'en préserver et guérir (1). Enfin, le dernier Poitevin qui ait écrit sur ce sujet est un très modeste chirurgien, Denis Vincent, dont nous avons déjà parlé. Son ouvrage; resté manuscrite nous est simplement signalé par Jouyneau-Desloges (2), Depuis longtemps, il a disparu, ce qui est une véritable perte. Seul de tous ses confrères, il semble avoir donné des détails précis sur le nombre des malades soignés à l'Hôtel-Dieu des pestiférés. Comme ses prédécesseurs, il possédait des remèdes infaillibles contre le fléau. Aussi n'a-t-il point négligé de nous les faire connaître.

Il serait vraiment trop long et trop fastidieux de passer en revue tous les moyens indiqués par les médecins et les chirurgiens du Poitou, dans le but d'éviter le mal ou de le guérir. Nous ne tiendrons compte que des indications laissées par ceux qui, parmi eux, eurent réellement à soigner des pestiférés.

Pierre André met en garde les gens dont la santé est chancelante, contre « les bateleurs, triacleurs et vendeurs

Pidoux, né à Paris, fut reçu docteur à Poitiers le 12 février 1571. En 1574, il accompagna le duc d'Anjou en Pologne et le suivit lors de son retour. Reçu docteur à Paris, en 1588, il devint médecin d'Henri IV, doyen de la Faculté de médecine de Poitiers en 1594. Il mourut le 21 aoîit 1610. — (1) Paris, Cramoisy, 1632, in-S*. Cet ouvrage fut publié une seconde fois dans les Opuscula medica du même auteur, parus en 1632. Paris, Séb. Cramoisy, in-4". — François Gitoys, fils de Pierre, Me apothicaire h Poitiers, et de Mathurine Giraull, naquit en 1572. Reçu docteur le 16 janvier 1598, devint doyen de la Faculté de médecine en 1632. Mort le 3 juillet 1652. — (2) Athénée de Poitiers, an XII.

d"eau-de-vie qui abusent journellement le peuple ». On devrait tous les bannir du royaume. Il engage surtout le public à ne point employer Teau-de-vie, « qui brûle le corps et donne une chaleur au foie ». Gomme remèdes, il prescrit des potions calmantes dont le bézoard et le diamargaritum sont les bases (1). Il recommande certains emplâtres pour les « tremblement et palpitations de cœur », et enfin les saignées et les ventouses. Quant aux bubons, il les soigne par des adoucissants, des fumigations, et surtout au moyen des emplâtres, dont il donne quantité de formules très variées. Les clystères ne sont point négligés. Pour les faire prendre^ il utilise un appareil dû à l'esprit inventif des habitants deCroutelle : « C'est, dit-il, un instrument de boys que l'on fait à Croustelle, avecq lequel le patient peut se bailler un lavement sans l'ayde d'aultruy. C'est une poche de cuir placée entre deux planches. L'une est percée pour y mettre la canule ». Il suffit simplement de s'asseoir dessus très doucement pour que l'opération ait lieu pudiquement et sans douleur.

Notre chirurgien ne néglige point les remèdes populaires. Il peut y avoir, d'après lui, une grande utilité à prendre un coq, une poule ou un canard, auquel on ôte les plumes du croupion. Celui-ci est ensuite placé sur le bubon, afin (' d'attirer à lui la matière venimeuse de la peste ». Ilconseille l'enfouissement du linge et de la charpie qui ont servi aux pansements. Ceux qui les jettent dans la rue avec les bouquets employés à l'assainissement des chambres, les

(1) Il existait une douzaine de sortes de bézoards, mais c'était celui d'Orient que l'on employait le plus souvent. L'clectuaire Diamargaritum simple se fabriquait avec des perles finement broyées, mélangées avec du sucre blanc, dissous dans de l'eau de roses ou de buglose et cuit en confiture.

emplâtres et autres objets infectés, méritent d'être punis comme homicides et sont dignes « d'une cruelle mort ».

Etienne Thevet recommande^ avant tout, de se garder de la peur, d'éviter le voisinage des malades, des locaux qu'ils habitent et des personnes qui les soignent. Il faut respirer un air pur, absorber de bons aliments, et se soustraire aux exhalations nauséabondes provenant des matières putrides. H s'élève contre l'emploi des liquides odorants, comme eau de roses ou vinaigre, et ne permet pas de placer dans les chambres affectées aux malades des fleurs et plantes aromatiques, roses, violettes, nénuphars, feuilles de vigne, feuilles ou branches de saule, aubépine et autres arbustes dont l'inconvénient serait de refroidir l'air.

On doit se contenter « de l'esmouvoir avec un éventoir et grand linge trempé en eau et vinaigre et aussi, faut tenir en divers lieux de la chambre, pommes, poires, citrons, oranges, coings et autres fruits ». Faire bouillir des herbes odorantes, du. santal avec du camphre, et répandre ces décoctions sur des carreaux rougis au feu, placés près du lit des malades.

Au point de vue de la saignée, Thevet se montre fort éclectique et s'en rapporte aux nécessités du moment. Il admet les purgations au début du mal. Son principal remède est un sudorifique composé de racines de squine et de salsepareille que l'on met à bouillir deux ou trois heures avec de l'eau de fontaine. Il est ensuite ajouté à cette décoction des racines de chardon bénit ou d'aunée, de tormentille et de fenouil avec des semences de cette plante et de chardon bénit. Une semblable préparation peut encore se faire en se servant, soit de cannelle soit d'iris de Florence. Comme remède interne, il emploie les sirops de limon

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OU de capillaire avec le sel d'armoise, tant vanté par Ambroise Paré.

Il prescrit certaines potions cardiaques, dont la thériaque et le bézoard servent de bases. Il les introduit dans nombre dinfusions et de confections, sans oublier la poudre de perles fines. Quant aux bubons, il évite autant que possible de les faire suppurer, mais ne pouvant empêcher cet accident, il conseille de les laver avec des décoctions émollientes (1). Il parle également, sans y insister, de l'emploi des croupions de poulet ou de canard pour attirer le mal.

Nous ne parlerons pas du polycr.este de P.idoux ou de Poitiers, dont les vertus s'appliquaient à la guérison de tous les maux. Ce médicament, d'après François Gitoys, médecin de Richelieu, est supérieur à la thériaque et même au milhridale (2). Cela ne l'empêche point d'en recommander d'autres, comme celui que prescrivit Olivier Pouparl à Henry IV, pour le garantir de la contagion, quand il guerroyait en Poitou.

Il comporte un mélange de scorsonère, echium, angélique, succin, tormentille et quintefeuille.Le tout, bien coupé, est mis à infuser dans l'eau. Une fois l'infusion passée, on y ajoute du sucre fin. Le sirop obtenu est mis à évaporer en consistance de pâte molle. Il suffit d'en prendre matin

(1) Thevel raconte une scène, qu'il dit s'être passée au cours de répidémie de 1587. La femme d'un échevin, retirée à la campagne, étant convalescente et presque guérie de la peste, voit sa maison envahie par 7 ou 8 soldats d'un régiment de passage. Ils pillent la chambre qu'elle occupe, fouillent la paillasse et même le chevet de son lit. Ils se moquent des observations qui leur sont faites et se prétendent bien plus méchants que la peste (Edit., 1607, p. 189). — (2) Cf. P. Rambaud, la Pharmacie en Poitou (Mém. Soc. Ant. <)iief<t, t. XXX, 2e série).

et soir gros comme une « aveline » ou noisette, pour éviter l'épidémie. Les bubons sont traités à l'aide de cataplasmes composés de racines de lys, de scabieuse, de guimauve et d'oseille, auxquelles on ajoute des oignons cuits sous la cendre. Il prescrit à l'intérieur l'éternel bézoard, l'alcool de vipères, les eaux de têtes de cerfs et d'ulmaire, le tout mélangé ensemble.

Le compagnon chirurgien Denis Vincent, qui put échapper aux épidémies de 1631 et 1638, possède également une formule infaillible. Elle comprend « une demi-once de cannelle,une once de genièvre, une drachme de girofle etautant d'angélique de montagne, deux drachmes de tormentille, gentiane et dictame ». Le tout, concassé, est mis à infuser pendant une nuit dans trois chopines d'eau-de-vie que l'on fait ensuite flamber et réduire à la moitié ou au tiers. Après avoir passé le liquide au travers d'un linge fin, on en prend deux cuillerées le matin avant d'ouvrir les fenêtres de sa chambre. Il n'en est donné qu'une seule aux enfants.

En plus de ces formules, presque toutes classiques, laissées par les médecins et chirurgiens du Poitou^ il en existe d'autres qui attirent les faveurs du public. En 1553, un échevin déclare au Conseil : « Que le remède le plus singulier est de prendre du vin blanc, de la racine de cicorée saulvaige et huille de noix et faire le tout bouillir jusques à décoction et en boire lorsque l'on se sent surprins de la peste. Plus, la fumée du genest et trois feuilles de vinette et du vin aigre (1). » Une autre recette est celle de madame la Présidente de Poitiers, recueillie vers 1570, dans un formulaire ayant appartenu à l'amiral Gouffier (2).

(1) Reg. dél. mun., n'^ 32, p. 219. — (2) Bibl. nat., ms ff., nouvelles acq., no 10448.

Elle consiste simplement dans un mélange de poudres odorantes. On prend des trois cartames, de l'iris de Florence, des roses de Provins, de chacune une once. Plus, une demi-once de fleurs de girofle et autant de marjolaine. Le tout est finement pulvérisé, puis mélangé.

Les remèdes les plus vantés restent à peu près impuissants contre la peste. C'est pourquoi, au cours des grandes épidémies, les autorités civiles et religieuses s'adressent à la clémence divine et invoquent les saints dans l'espoir d'obtenir la cessation du fléau. En 1420, la Municipalité se décide à faire brûler un cierge « devant la benoite Vierge Marie (1) ». L'apothicaire Guillaume est chargé de fournir la cire destinée à la fabrication « de la chandelle qui ardoit jour et nuyct pardevant l'imaige de Nostre-Dame la Grande ». Le 10 mai 1554, un échevin conseille « de faire procession générale pour éviter la contagion (2) ». Il est vrai que plus tard on eut soin de les interdire en temps d'épidémie.

Le 16 juin 1628, les chanoines de Sainte-Radegonde récitent des oraisons à Saint-Sébastien et à Saint-Roch afin d'enrayer le mal (3). Le 2 septembre 1630, un échevin propose d'avoir recours à l'intercession de saint Goussault, dont le culte se célèbre dans l'église de Murs, près de Lésignyles-Bois (4). La Municipalité prend acte de cette proposition,mais, avant de l'accepter, elle désire s'entourer de renseignements.

Le 27 juillet 1631, quand l'épidémie bat son plein, la motion précédente est renouvelée par un autre membre du conseil, et cette fois acceptée (5). Le 4 août suivant, on y

(l)Redet, Mém. Soc. Ant. Ouest, t. VI. — (2j Reg. déL mun., n° 32, p. 448. — (3)Arch. Vienne. G. 1602. — (4) Reg. déL mun., n" 81, p. 53. — (5) Reg. dél. mun., n'' 82, p. 35.

délègue un chanoine, le Prieur des /Vugustins,et le Procureur du roi au Présidial. Ils sont chargés d'emporter comme offrande un calice d'argent doré fort beau de ïa valeur de 40 écus, « où estoient gravées les armes de la ville et inscript autour ; Votum civitatis Pidaviensis, auquel contribuèrent pour un tiers messieurs du clergé (1) ». Le pèlerinage a lieu le lendemain àSaint-Hilaire de Murs, diocèse de Bourges, et le calice est remis, après une belle cérémonie, au curé de la paroisse, en présence de tous les habitants (2). Acte est ensuite donné de cette offrande.

Le 21 mai 1710, les chanoines de Sainte-Radegonde exposent le Saint-Sacrement dans leur église, afin d'obtenir la cessation des maladies dangereuses qui existent (3). Les cérémonies de ce genre étaient jadis assez fréquentes.

Comme régime alimentaire, Pierre André conseille, en 1563, une nourriture saine et agréable. Des potages, avec cerfeuil, persil, vinette, buglose, etc. Les viandes de chapon, faisan, poules d'Inde, mouton et chevreau, rôties, et assaisonnées de verjus, vinaigre, girofle et autres substances aromatiques, doivent être employées de préférence. Il sera bon de les faire cuire en hiver avec des herbes odorantes, comme sauge, origan, hysope, menthe, etc. En été, se servir de laitue, de chicorée, de pourpier, etc.

Le choix du poisson doit se porter sur le brochet, la perche, « larochette», le goujon, la truite, la sole, le rou-

(1) Reg. dél. mun., n'> 82, p. 45. Arch. hint. du Poitou, t. XV. — (2) Saint-Hilaire-de-Murs (Indre), arrondissement de Chàteauroux, canton de Châtillon-sur-Indre. Dans l'église se fait encore un pèlerinage à saint Goussault, que l'on invoque pour la conservation des bœufs {Dict. hist., géogr. et statist. de l'Indre. Chàteauroux, 1889, in-8")- — (3) Arch. Vienne, G. 1627.

get, le merlu et la limande. Il est préférable de les manger plutôt rôtis que bouillis et de les assaisonner avec divers condiments. Eviter les anguilles, plies, loches, harengs, saumons et tous les poissons limoneux.

Ne point se nourrir de fruits « humides » , comme melons, poires, cerises douces, pêches, etc. De même, délaisser ceux qui sont acides, grenades, cerises aigres, oranges ou citrons en salade. Le pain doit être moyen, ni trop blanc ni trop bis, bien fermenté, léger, cuit avec soin et employé le lendemain de sa cuisson . Comme boisson, le vin fort en hiver et léger en été. Enfin, Thevet termine en conseillant à chacun de conserver ses habitudes et son régime ordinaires.

Les malades pauvres recueillis dans divers locaux sont nourris par les soins de la Dominicale. 11 en est ainsi de ceux qui, possédant quelques biens, se trouvent avec eux. Ces derniers doivent lui rembourser tout le montant de leur pension. Les autres, soignés à domicile, sont tenus de se pourvoir de nourriture com.me ils l'entendent (1).

En 1563, chaque contagieux reçoit 5 s. par semaine pour ses besoins (2). En 1585,1a mairie passe marché avec le boulanger Roullet-Sornin. qui fournit du pain aux pauvres pour la somme de 2.881 livres (3).

Le 19 avril 1628, les médecins réunis dans la maison du maire établissent un mémoire « pour le pain, vin, viande, et autres commoditez qu'il convient de fournir par jour aux mallades et autres enfermez dans le faubourg Saint-Saturnin en ceste ville de Poicliers (4)». Le régime qu'on leur accorde est le suivant :

(1) Reg. dél. inun., no 19, p. e.",. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 54. — (3) Reg. dél. mun., n» 45, pp. 404, 421. — (4) Arch. Vienne, H*-18 Arch. hist. du Poitou, t. XV.

JUSQU'A l/AN V 461

Premièrement : Aux deux pcras confeururs qui xrront logez srparément des autres malades, leur convient fournir par jour :

Pain quatre livres

Vin deux polz

Bœuf une livre et demie

Mouton un colet ou hault de coste

Pour le soir.

Un membre de mouton ou quartier d'aigneau ou deux pouUets.

Pour un homme sain fault par jour.

Beuf une livre

Pain deux livres

Vin une pinte

Le semblable pour une femme saine.

Pour les hommes ou en/fans malades; à deux personnes les fault fournir par jour.

Pain blanc une livre et demye

Mouton et veau une livre ou une pièce

Poulailles un quartier d'une

Lard deux livres

OEufs fraiz deux

Pour les en/fans sains.

Pain une livre et demie

Bœuf demi livre

Pour les hommes et femmes, qui sont en santé, les faut fournir par jour, aux jours maigres.

OEufs demy douzaine

Beurre un quarteron

Aux enffans sains.

Œufs deux

Beurre un quarteron

Les malades de l'hôpital ne sont point toujours satisfaits de la nourriture qu'on leur donne. Le 5 octobre 1531, le maire déclare au Conseil que la réunion a lieu « parce que ceulx qui estoient dans l'Hôtel-Dieu des pestiferez se plai-

gnoient très fort de la nourriture de chascun jour (1) ». Il en rejette la faute sur les gardes, car la maison commune n'a rien à y voir, ne possédant aucun budget lui permettant de fournir des aliments aux pauvres.

Le H juin 1532, les indigents de l'hôpital se plaignent de ce que le pain distribué « avec les aumônes de M.l'Evesque de Poictiers estoit si noir et avoit si mauvais goust qu'ils n'en pouvoient manger (2) ». Le Conseil se propose d'y aviser. En attendant, une collecte est faite parmi ses membres, dans le but de l'améliorer.

Léo août 1548, les gouverneurs, aumôniers et barbiers de l'hôpital demandent « que vivres leur soyent administrez pour leur nourriture o.Ceux qu'on envoie sont insuffisants (( pour leurd. vivre et se plaignent qu'ils sont pauvrement nourriz et demandent du boys pour faire des lessives et cuyre la viande, du sel et aultres nécessitez (3) ». Profitant de l'occasion, ils réclament en outre le paiement de leurs gages, toujours en retard, selon l'habitude.

Le ISjuillet 1587, autre plainte au sujet de la nourriture. On décide qu'il sera « baillé aux mallades, de bonnes chairs, viandes, sçavoir moitié beuf,carl de mouton et cart de veau, en quantité qui a esté cy-devant réglée par les médecins, et quelques poulailles et leurs aultres vivres et nécessités (4) ». A cette époque, malgré les réclamations de ce genre, le régime alimentaire tend réellement à s'améliorer.

Le vin est assez largement accordé au personnel de l'hôpital, comme aux malades. Le 21 juillet 1628, le chirurgien,trouvant que celui qu'on lui accorde est mauvais à cause « de sa verdure qui luy faisoit mal à l'eslomach», demande

(1) Reg. dél. mun., n" 19, p. 65. — (2) Rey. dél. mun., n» 19. — (3) Reg. dél. mun., no 30, p. 2. — (4) Reg. déL mun., n" 47, pp. 45, 55.

à en changer. Toutefois, il préfère qu'on lui donne de l'argent pour en acheter à son goût. Il reçoit alors chaque jour 4s. tr. afin qu'il en prenne « là où il verra estre bon (1) ». Le 3 août suivant, les administrateurs en font venir 6 barriques à raison de 15 1. chacune.

Tous les soins prodigués aux pestiférés en faitde remèdes ou d'aliments n'arrivent point à diminuer l'effroyable mortalité qui se produit d'habitude au coursdes épidémies. Nous manquons d'indications suffisamment précises pouvant nous permettre d'établir ce qu'elle fut à Poitiers. Cependant, le chirurgien Denis Vincent, bien placé à l'hôpital pour être renseignée ce sujet, nous dit que^du 16 mFii 1031 jusqu'en février 1632, il eut à y soigner 400 malades à la fois. Parmi les contagieux, 2.500 succombèrent. Jouyneau-Desloges raconte, d'après un document qu'il possédait, que cette même épidémie fit périr environ 10.000 habitants de Poitiers, qui à cette époque en comptait à peine 20.000 (2j. Ce chiffre nous paraît tout d'abord bien élevé, mais il ne faut point oublier que nombre de personnes étrangères à la ville venaient s'y installer en temps de peste, ce qui augmentait le chiffre de la population.

Les morts sont enterrés pendant la nuit. Chaque cadavre, avec la tête recouverte d'un drap, est porté par les corbeaux dans le cimetière de sa paroisse. Une personne le précède en faisant tinter la sonnette qu'elle porte à la main.

En 1563, l'enterrement d'une pauvre femme décédée aux murailles de Pont-Joubert coûte 6 s. 10 d. (3). Le 10 décembre de la même année, le cordonnier qui faisait office de corbeau pour enterrer les pestifférés « du quartier

(1) Arch. Vienne, Hi-18. — (2) Athénée de Poitiers, an XIII; Arch. hist. du Poitou, t. XV. — (3) Bibl. Poitiei^s, cart. 54.

Saincl-Paoul à Pont-Joubert » reçoit Tordre de cesser son travail et. en plus des 5 s. par semaine qu'on lui accorde, obtient une légère gratification (1). Le 5 janvier 1587, l'enterrement d'un pauvre Limousin est payé 20 s. (2). Quand il a lieu en dehors de la ville, son prix atteint alors 8 l. 7 s.

Les gens qui meurent à l'intérieur de Poitiers sont portés dans les cimetières de leurs paroisses. Le 29 juillet 1628, les Carmes se plaignent du voisinage de celui de Saint- Michel, « à cause des vapeurs puantes et pestiférées que exallent des corps contagieux que l'on y enterre (3) ». Ils en réclament la clôture, ce qui leur est accordé par un arrêt du Grand Conseil. Quant à l'Hôpital des pestiférés, il possède un cimetière à part (4). Il sert une dernière fois, en 1719, pour y recevoir les corps des prisonniers Espagnols logés dans cet établissement.

(1) Hibl. Poitiers, cart. 54. —(2) Bibl. Poitiers, cart. 55; Reg. dél. mun., n" 68, p. 39. — (3) Bibl. Poitiers, n» 81, pp. 30, 205. — (4) Bibl. Poitiers, ms n» 347.

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