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CHAPITRE X

Les Maladies contagieuses qui régnèrent à Poitiers.

Les épidémies qui, en dehors de la peste, frappèrent la ville de Poitiers nous sont peu connues. Grégoire de Tours raconte que, vers 555, une maladie contagieuse désola le midi de la France (l). Tel fut le début de cette terrible affection que l'on rencontre pendant le haut moyenâge. On la désigna sous les noms de mal des ardents, feu sacré, feu divin, feu d'enfer, feu invisible, feu morbide, feu Persique, peste du feu, ardeur mortifère, chaleur ou inflammation, peste sous-cutanée, mal des tumeurs ou des ampoules, maladie déale, érysipsolus, erisypele et maladie de Taine.Elle laissa un long souvenir après sa disparition, car Robert du Dorât écrit encore au début du xvii' siècle : « Autrefois, le peuple fut fort travaillé d'une maladie dite feu divin que Paracelse et Corlier appellent maladie déale. et Galien et Fernel, érysipsolus (2). » A vrai dire, cet écrivain ne la connut que par les auteurs anciens qu'il avait pu étudier.

Le mal des ardents, resté à peu près indéterminé, semble s'être attaqué surtout aux membres, qui se couvraient de pustules et de tumeurs. La peau s'enlevait, laissant appa-

(1) Grégoire de Tours, Historia Francorum, chap. V. — (2)Dom Fonteneau, t. XXX.

I/ASSISTANCE PUFMJQri!: A I>OITIIî:HS JdSQU'A L'AN V 495

r.'iîlre une chair que lu pulrél'aclion gagnait graduellemnnl. l.a puanteur devenait atroce et augmentait si l'on projetait un peu d'eau sur la parti(; malade. La mort pouvait survenir dans les 24 heures, mais bien souvent le malade ne s'éteignait qu'à la longue, après la perte de tous ses membres.

Le fléau n'épargnait personne, riches et pauvres, hommes et femmes de tout âge en étaient frappés. Gomme il provoquait des bubons dans l'aine, on a voulu l'identifier avec la peste. Les anciens lui donnaient pour origine l'ergot de seigle, poison qui se trouvait mélangé à la farine de cette céréale, jadis fort employée. On a cru y voir également une affection herpétique, mais, en réalité, rien de probant n'a pu indiquer la nature de cette maladie, disparue depuis de longs siècles.

Etienne Maleu, chanoine de Saint- Junien, raconte que, le démon ayant parcouru tout le Poitou sous la forme d'un serpent ailé, une peste terrible s'en suivit. C'était un feu intérieur qui consumait le corps des hommes et des femmes de la ville et du diocèse de Poitiers (1). Rien ne pouvait l'éteindre ou le refroidir, car l'emploi de l'eau amenait la mort de ceux qui en étaient atteints. Cette épidémie, survenue au vie siècle, époque à laquelle vivait saint Junien, pourrait être rapprochée de celle racontée par saint Grégoire.

Le berceau du mai des ardents. fut le centre de la France et particulièrement le Poitou, la Marche, le Limousin et le Berry (2). Il envahit ces provinces, comme nous venons de voir, au vie siècle, et plus tard, en 835,994, 1094, 1234

(1) Chronicon Comodolacience a Stephano Maleu. — (2) U. Cazel et Mortier, le Mal des ardents. Etude sur le moyen-àge. Bourges, 1908.

et 1235. Ces dernières épidémies sont restées les mieux connues, car elles firent périr un grand nombre de personnes. Dès l'apparition de la première, les Poitevins, raconte Màleu, eurent recours à l'intercession de saint Junien qui, ayant passé la nuit en prières, vit au matin une source jaillir de sa cellule. Cette eau, qu'il bénit, sauva de la mort tous ceux auxquels il en fut donné à boire.

L'épidémie de 833 ne résista point aux invocations de saint Martial de Limoges. Enfin, celle de 994 prit fin, grâce à l'intercession de saint Israël, chanoine du Dorât, qui soigna les malades, les nourrit et leur distribua des vêtements en cachette (1 j .Quant le fléau revint, on eut surtout recours au premier de ces deux saints personnages.

Le mal des ardents est indiqué pour la dernière fois dans les chroniques, en 1234 et 1233. Les décès furent partout très nombreux. A Poitiers, les cimetières reçurent jusqu'à trente ou quarante et même cent cadavres par jour. D'après les chroniqueurs, les causes du fléau auraient été la corruption de l'air, la famine, la misère et la peur, c'est-àdire les mêmes que nous trouvons plus tard pour la peste.

D'autres épidémies moins importantes que ces dernières, et provenant de causes différentes, nous sont révélées au xvi^ siècle, par François Uneau, doyen de la Faculté de médecine. En 1573, il fait paraître un opuscule intitulé : Discours des signes^ causes^ préservation et guérison du pourpre (2). Aussitôt après, son confrère Jean Coylard nous décrit à son tour cette maladie, qu'il connut en 1557. Il intitule son travail : De febre purpurea epidemiali et

{{) Dom Fonteneau, t. XXX. — (2) Imprimé à Poitiers, chez les frères Bouchet, in-8o de 69 p. — Dédié à René de Rochechouart, seigneur de Mortemart.

ronta</iosa, Hhrï duo (1). L'auteur dédie son travail à Jeanl^iiptiste ïiercelin, évoque de Poitiers,

Le chirurgien Etienne Thevet étudia, sans aucun doute, la fièvre pourpre qui dut régner à Poitiers en 1596, car, le 6 septembre de cette menae année, l'apothicaire François Carré soigna deux clergeons de Sainte-Radegonde qui en étaient atteints (2). Ce chirurgien ne manque point de la mettre au nombre des affections qui offrent un caractère nettement épidémique. Il en parle ainsi :

« Les pourpres sont certains examptemes fort fréquents en temps contagieux, et principalement l'esté, qui occupent non seulement le mal superficiel, mais aussi profondément en la chair et parties intérieures, paroissant premièrement au dehors du doz et des lombes, pour la chaleur des grands vaisseaux intérieurs y estendus. Quelquefois comme taches ou piqueures de puces^ autres fois, beaucoup plus larges, ayant pris ce nom de pourpre, pour la couleur pourprée, combien qu'il soit souvent veu d'autres couleurs selon l'humeur qui domine et qui brusle, ou selon la quantité d'adution dont l'un se voit plus tost rouge, citrin, violet, azuré, noir ou livide, ce qui démonstre la force et malignité de la maladie, disposition ou estât du malade,le bon ou sinistre jugement de la fin du mal. »

Le dernier médecin de Poitiers qui ait écrit sur le pourpre fut Jean Pidoux (3). Il constate que le mal, connu depuis 1505, se montra peu violent au cours du xvi^ siècle.

(1) Parisiis, apud Martinum Juvinem (1578), in-8'^ — (2) Arch. Vienne, G. 1597. — (3) De febvre pupurea. Augustoriti Pictonum, sumptibiis Jul. Thoreau et Joan. Fleuriau, 1656,in-8o. — François Pidoux, s"" du Tiilou (Vasles), fils de Jean, né à Poitiers en 1586, reçu docteur en 1609, fut doyen de la Faculté depuis 1652 jusqu'à sa mort, arrivée en

Il rappelle que François Humeau l'étudia en 1575. Quant à lui, il put l'observer en 1615 et 1616, puis, en dernier lieu, pendant l'épidémie de 1651 . Il donne la description de cette dernière, dont la cause aurait été le temps pluvieux qui dura toute l'année, car on ne la vit apparaître qu'au mois de décembre.

Les délibérations municipales ne commencent à mentionner la fièvre pourpre que le 8 février 1616. Le maire prévient le Conseil « qu'il a sceu des docteurs en médecine de ceste ville que les maladies y pullulent et que les pauvres que l'on a fait retirer de ceste ville, comme guéris, y sont encore rentrés, tellement qu'elle en est encore remplie. Estoyt besoin y pourveoyr et à faire netoyer les ruhes et maisons de ceste ville et en oster les fîans, bouriers et viscositez, et faire mourir de la chaux et brusler du genièvre et aultres choses odoriférentes en maisons de ceste ville ou il est mort des personnes, pour obvier que les maladies n'augmentent et prier tous et particulièrement que les hosteliers fassent oster les fumiers de devans et du dedans de leurs maisons (1)». Enfm, la Municipalité est invitée à empêcher « les caymans et les pauvres d'entrer et à faire sortir les convalescents pour les empêcher de corrompre l'air ». Ce sont les mêmes précautions qu'il est d'usage de prendre en temps de peste.

Le 3 janvier 1628, le maire annonce que la fièvre pourpre débute à THôtel-Dieu. « Plusieurs soldats, dit-il, se retirent de l'armée malades et, passant parla ville^y séjournent la plupart pour ne pouvoir passer oultre, accause de leurs indispositions, tellement que fhospital en est tout garny et ont infecté de pourpre les autres pauvres qui y

(1) Reg. dél. niun., no 70, p. 118.

estoienl iivanl ouv et est fort à craindre que le nombre des malades venant à croistre et à rengurger, ils n'infectent toute la ville et, pourroient lesd. maladies dégénérer en contagion (1). » Après quelques recherches, on se décide à les mettre dans une grange près de Saint-Cyprien. La maladie semble avoir été apportée par les soldats de Tarmée royale qui assiégeait La Rochelle.

Le pourpre apparaît de nouveau pendant l'année 1637. Le maire déclare au Conseil « qu'il y avoit en cette ville plusieurs malades de maladies de pourpre et qui sembloient contagieuses, qu'il seroit nécessaire d'adviser à prévenir aux inconvéniens et empescher que le mal ne s'envenime (2) ». Ordre est aussitôt donné de nettoyer les rues et de ne plus conserver désormais dans les habitations « des pigeons, des conils (lapins) ou d'autres animaux qui causent des saletez et infectent l'aer ». Remarquons, en passant, que cette épidémie, peu importante sans aucun doute, n'en fut pas moins suivie d'une invasion de la peste, tout comme en 1628.

La contagion de 1651, étudiée par François Pidoux, n'a laissé aucune trace dans les délibérations municipales. De son côté, le marchand Antoine Denesde ne la mentionne point (3). En tout cas, elle coïncide avec le passage de Louis XIV à Poitiers. Il avait amené avec lui un nombreux cortège de soldats qui infectèrent la ville et les faubourgs. D'un autre côté, les récoltes ayant manqué, la misère fut grande, ce qui naturellement aida au développement de la maladie.

Le 26juin 1662, une terrible famine fait refluer en ville

(1) Beg. dél. mun., no 78, pp. 155, 170. — (2) Reg. dél. rnun., n" 87, p. 182. — (3) Arch. hist. du Poitou, t. XV.

les gens de la campagne, sur le point de mourir de faim. Aussi, un échevin déclare-t-il que les maladies paraissent nombreuses, surtout parmi les pauvres « dont les hôpitaux sont remplis (1) ». Il ajoute que « lesd. maladies sont pour la plupart pourpres », et comme elles se communiquent, il serait bon de rechercher une grange pour y loger ceux qui en souffrent.

D'après les travaux de ses prédécesseurs, le D' Jablonski constate que le mal débute par de la fièvre accompagnée de lassitude, d'abattement, de céphalalgie, de courbature, d'anorexie et d'insomnie. Du 4« au 7« jour, éruptions caractéristiques de taches semblables à des piqûres de puces, non ombiliquées, sur le tronc et les membres. Du 11* au 14*, si le malade n'est pas en voie de guérison, le pouls devient petit, filiforme, accéléré et le délire plus violent.

Le patient donne des signes d'infection profonde et meurt au bout de 18 à 20 jours (2). Nous n'ajouterons rien de plus aux explications que nous donne le distingué et savant inspecteur du service des épidémies du département de la Vienne.

Les remèdes employés pour combattre le mal diffèrent fort peu de ceux qui sont usités contre la peste. Les médecins et les chirurgiens conseillent toujours l'usage des plantes sudorifiques, comme violettes, bourrache, aneth, semences de pourpier, melon, anis, fleurs de roses, mises à infuser avec du catholicum,le tout employé en lavements. La potion que prescrit Goytard comprend : eaux de chardon béni, d'aigremoine et d'oseille, avec sirop de limon, élecluaire

(1) Reg. déL mun., n" 112, p. 181. — (2) Chronique médicale, année 1910, p. 2.36.

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diam.irgarita frigida etbézoard. Sa formule de frontal se compose de roses, violettes, nénuphar, santal rouge et blanc, semences de pourpier et de coriandre, le tout concassé, et mis dans un linge de fil de lin.

François Pidoux conseille les mêmes médicaments que ses prédécesseurs, sans négliger ceux mis à la mode à son époque. Il ne cesse de prescrire le bézoard, mais il recommande, surtout le polycrestede Poitiers, la confection d'hyacinthe et la poudre de vipères. Ces remèdes doivent être pris avec des eaux distillées d'oseille, de scorsonère ou de scabieuse. Nous ne parlerons pas des épithèmes, des cataplasmes ni même d'une certaine eau distillée de chapons dont l'emploi est fort recommandable. Toutes ces préparations,qui nous semblent actuellement bizarres, sont celles que l'on prescrivait régulièrement à cette époque.

La coqueluche fut une maladie très connue jadis à Poitiers. Charles Sacher, originaire de Saint-Maixent, reçu docteur en médecine le 15 février 1578, disserte longuement, dans un latin très spécial, sur cette affection et sur certaines autres qui vinrent frapper les Poitevins pendant les mois de juin et de juillet 1580. Pour rendre le travail de son confrère plus compréhensible aux apothicaires, chirurgiens et barbiers « des villes inférieures )),Jean Coytard se résout à le traduire en français (1). On y trouve l'emploi des remèdes usités au xvi'' siècle, et surtout celui des calmants, comme des trois fleurs cordiales, jujubes, capillaire,

(1) Discours sur la coqueluche et autres maladies populaires qui ont heu leurs cours à Poictiers, les mois de juin et juillet derniers. Auquel est adjousté un advertissemetit très utile pour ceux qui auroyent eu la coque, luche et n'auroyent été purgez. — A messire Jean Gaillard, docteur en médecine de Montpellier, demourant à Bressuyre. Poitiers, par Aymé Mesnier, s. d., in-S" de 10 p. — Daté, à la fin," du ir. août 1580.

racine de réglisse, chardon béni, et corne de cerf, alors très en vogue, préconisée d'ailleurs par Jacques du Fouilloux et célébrée en vers par l'imprimeur Guillaume Bouchet.

En 1613, Etienne Thevet raconte « que la coqueluche est un mot vulgaire, « non toutefois sans raison, pour signifier un mal épidémique avec une extrême douleur de teste, d'estomac, de reins, bras et jambes et fièvre continue et souvent délire et frénésie, laquelle est d'autant plus dangereuse qu'elle est composée de pernicieux accidents comme péripulmonie, pleurésie et autres ou d'air pestilent (1) ». Ce tableau, quelque peu poussé au noir, est cause que notre chirurgien place cette affection sur le même rang que la peste, ce qui veut simplement dire qu'elle est facilement transmissible. Il en signale une épidémie qui aurait eu lieu pendant l'hiver de 1607.

Une autre maladie, qui fait aussi parfois des ravages à Poitiers, est la dysenterie. Thevet nous en parle ainsi : « La caquesange, dit-il, est un flux du ventre qui ulcère et corrode les intestins, tellement que par les selles on voit sortir sang tout pur : autres fois purulant ou comme raclures de boyaux, quelquefois puantes et de diverses couleurs, avec une extrême douleur qui provoque les malades d'aller à la selle sans y pouvoir rien faire. »

Elle nous est signalée pour la première fois, le 3 novembre 1544. Le Maire vient dire au Conseil « que^ à présent, comme plusieurs pauvres de ceste ville mallades de flux de ventre qui estoit une malladie contagieuse et pestilentielle », il serait bon de chercher un local pour les loger. L'avis général est de les mettre à l'aumônerie de Saint-

(1) Etienne Thevet, loc. cit.

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Jacques de la Vergne, et non à celle de Notre- Dame-la- Grande (1).

Une délibération municipale du 25 octobre 1607 déclare qu'en outre de la peste qui se termine il existe une autre épidémie que l'on rencontre un peu partout, « appelée dyssenterie, dont la plupart du peuple meurt (2) ». Thevet nous dit à son tour qu'en 1906 et 1907 elle se propagea dans la ville de Poitiers, pendant les mois d'août et de septembre. Il confirme l'apparition du mal aussitôt la disparition de la peste. Beaucoup de personnes en furent atteintes et nombre d'entre elles en moururent. Il indique les riches comme ayant tout particulièrement payé un lourd tribut à la mort. Parmi les animaux domestiques, les chats succombèrent à peu près tous.

La variole, pourtant si commune autrefois, est à peine signalée à Poitiers. Elle ne laisse point de traces bien sérieuses de son passage. Etienne Thevet nous raconte que la petite vérole est fort répandue dans la ville. Elle y fait de grands ravages pendant l'été et l'automne de l'année 1611 (3). Le 6 septembre 1651, la Municipalité se met en devoir de rechercher une maison pour y mettre les gens atteints de « sang pourpre et picotte », qu'on ne reçoit pas à l'Hôtel-Dieu, ce qui fait que certains meurent sur le pavé sans aucune assistance (4). Il est décidé qu'on les placera dans l'hôpital des pestiférés, mais, faute d'argent, celte

(!■) Reg. dél. mun., n" 26, pp. 89 et 90. — (2) Reg. dél. mun., n" 63, p. 97. — (3) Le 28 juillet 1611, un sergetier étant mort de la petite vérole, son cadavre se décompose immédiatement. Aussi, la mairie fait-elle prendre immédiatement toutes les précautions nécessaires pour éviter l'épidémie (Reg. dél. mun., n" 67, pp. 6 et 7). — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, Reg. 11. — Le 29 décembre 1659, le chirurgien Chabot (Jacques) loue une chambre à condition « de ne traitter ny tenir dans icelle, aucuns aflligés de petite véroUe » (Min. Royer).

décision n'est point exécutée. Les établissements de charité ne sont jamais ouverts aux malades de ce genre.

Le 29 mars 1556, le nommé Marsault Roy, originaire d'Angoulême, atteint « de varyole, estoit dans une telle nécessité, pauvreté et mendicité que tomboit parles ruhes, demeuroit dans la fange, de sorte qu'il le falloit secourir, si l'on ne vouloit le laisser mourir comme un chien dans la bduhe (1) ». Ajoutons qu'on le remit entre les mains d'un chirurgien qui le soigna chez lui.

Poitiers connut nombre d'épidémies sur lesquelles nous ne possédons que de très vagues renseignements. En 4652, il exista des maladies populaires (2). En 1710, le curé de Buxerolles nous raconte qu'à la fin d'avril la mortalité débuta par des personnes assez jeunes appartenant à toutes les conditions. Elle se continua les deux mois suivants, sans que la cause en ait été bien connue des médecins. On crut qu'elle était occasionnée par les vers intestinaux. « Il y eut, ajoute-t-il, peu de personnes exemptes, e^ quorum par va fui, et on pourrait dire : magnus furor Dei stillavit super nos. Des prières publiques eurent lieu, suivant le mandement de M. l'évêque, en ville et campagne, et Messieurs de Saint-Hilaire en leur bourg, pour les armes du Roy, la paix, les maladies, etc. (3). » Le mal cessa vers la fin du mois d'août.

En 1739, le curé de Saint-Saturnin raconte que l'hiver

(1) Arch. Hôp. Le 10 juillet 1720 le lieutenant de police de Niort défend de portei" ou de laisser porter en ville des enfants atteints de petite vérole. Le 27 suivant, plusieurs personnes sont condamnées pour n'avoir pas observé cette ordonnance (Arch. Deux-Sèvres, B. 19). — En 1727 et 1747, il y eut plusieurs épidémies très violentes de variole à Charroux (Reg. par.). — (2) Réponse à un libelle intitulé : Discours sur les maladies populaires de l'année 46'62, in-8". — (3) Bibl. Poitiers, ms. n" 347, p. 146.3.

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fut dos plus malheureux, grâce à la cherté des blés, aux maladies du flux de sang et aux riiumes aiïreux qui dégénèrent en fluxions de poitrine (i). Il estime que, dans toute la province, il mourut plus de 30.000 personnes.

A la fin du xviii' siècle, on organise un service médical pour combattre les afl'ections contagieuses.il est dirigé par Charles Fallu de la Barrière, doyen de la Faculté de médecine, et comprend le Poitou tout entier. Cette institution ne semble pas avoir donné des résultats bien remarquables, car les médecins et les chirurgiens se préoccupèrent surtout de la distribution des remèdes du roi. Seul parmi eux, Gallot, qui exerça dans le bourg de Saint-Maurice-le-Girard avant d'aller siéger à la Constituante, donna, dès 1784, un certain nombre d'observations sur les maladies infectieuses qui régnèrent autour de lui (2).

A Poitiers, il ne fut point accordé une bien grande attention à certaines épidémies qui parurent à diverses époques. Selon ses vieilles traditions, le corps médical ne prit guère au sérieux que la peste. Il se contenta de leur attribuer à toutes les mêmes origines, c'est-à-dire la misère et principalement l'incurable malpropreté des habitations et des rues, si souvent signalée dans nos grandes villes de France .

(1) Reg. par. Saint-Saturnin. — Arch. hist. du Poitou, t. XV. — (2) Gallot (Jean-Gabriel); né à Saint-Maurice-le-Girard, le 30 septembre 1744, mort à la Rochelle le 4 juin 1794.

Planche IV. — hospice saint-félix

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