‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 4 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'administration et le personnel de l'Hôtel-Dieu (1620-1789).

La Grande Aumônerie ou Hôtel-Dieu reste, comme par le passé, sous la direction de la Dominicale et de l'Hôtelde-ville. Celte dernière désigne seule, pendant de longues années, les intendants et les économes qui sont placés à sa tête. Elle les choisit parmi les bourgeois réputés pour leur fortune et l'importance de leur commerce. En janvier 1616, Compelain est nommé pendant deux ans u commis et intendant ». C'est également en janvier 1618 que Pierre Cothereau, déjà économe depuis 1616, lui succède. Nous l'avons vu profiter de son passage dans cette fonction pour obtenir la réunion déflnitive del'aumônerie de Notre-Dame-la- Grande et celle de Saint-Pierre à la Communauté des pauvres. En 1620, l'intendance est dévolue à l'échevin Mathieu Barbarin (1). Jacques Mayaud le remplace, en 1632.

Chaque année, au mois des Offices, dans la seconde quinzaine de juillet, le conseil municipal nomme les intendants « de la grande aumosnerie et hospital Sainct-Thomas ». En 1624, deux bourgeois sont chargés de cette fonction, puis, en 1627, deux échevins leur sont adjoints. En 1628, ces derniers restent avec un seul des deux autres. L'année sui-

(1) Reg. dél. mun., n° 80, p. 116.

vante et jusqu'en 1637, c'est le contraire. L'administration se compose régulièrement de deux bourgeois et d'un membre de Téchevinage.

A partir de 1638, ils restent égaux en nombre, soit deux des uns et autant des autres. En 1646, les bourgeois sont augmentés d'une unité. En 1654, on les qualifie du nom d'intendants et ils assistent aux conseils tenus par la Dominicale. Parmi eux se trouvent généralement quatre ou cinq bourgeois et autant d'échevins. Vient ensuit l'administration directe de l'aumônerie par tous les membres du bureau de la Communauté des pauvres qui prend, au xviiie siècle, le nom de Bureau de l'Hôtel-Dieu.

Les intendants sont chargés de veiller au bon ordre dans l'établissement et d'en contrôler les dépenses. Quand ils remplissent mal leurs fonctions, le maire les rappelle à l'ordre, même en plein conseil. Le 17 novembre 1631 , le médecin François Pidoux vient dire «■ qu'il se faisoit un grand désordre dans les aumosneries de Nostre-Dame et Sainct- Thomas, tant aux vivres et nourriture des pauvres, qui sont mal dispensez et profusément, qu'aux meubles que l'on divertit et emporte hors d'icelles. Que la faulte en vient de ce que les intendans ne sont point en ville pour y prendre garde et qu'il n'y a personne qui aye le soin de fournir et régler leurs nécessitez et vivres, comme avoit antiennement (1) ». Il est ordonné que Nicolas Chambon, parti par crainte de la peste, sera invité à retourner, « pour faire la charge qui luy a esté commise pour avoir soing de ce qui se faict, comme on se gouverne dans l'aumosnerie et qu'on pourvoira à la charge d'OEconosme pour fournir et régler les vivres nécessaires aux pauvres qui y sont et pour les

(1) Reg. déL mun., no 82, p. 93.

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Officiers. Laquelle charge estoit de tout temps faicte par un honneste marchand et est prié M. le maire d'en choisir un qui le face dignement et fidèlement » .

Les intendants restent sous l'autorité de la Dominicale, qui les surveille et les contrôle (1). Le 27 juillet 1637,1e maire vient déclarer au Conseil que les malades « étoient bien assistez de médicamentz nécessaires pour les maladies et n'a ouye ne appris qu'il y ait aulcune plaincte ».

Quand la Dominicale administre seule l'Hôtel-Dieu, elle délègue chaque mois deux de ses membres, un chanoine et un échevin, pour le surveiller et le visiter. En 1688, le sergent Gautier Leclerc leur porte les billets du maire qui indiquent quand ils entrent en fonction. Plus tard, en 1719, le secrétaire Rolland est chargé de les prévenir. Tous les membres du Bureau y vont chacun à tour de rôle par date d'ancienneté. Cette louable coutume cesse après 1764 pour reprendre en 1774 (2). Elle constitue de la sorte une surveillance effective très méticuleuse, qui dure jusqu'à la Révolution.

Les administrateurs de l'Hôtel-Dieu accomplissent généralement leur charge avec beaucoup de zèle. lisse montrent en toute occasion fort charitables et parfois même, très généreux à l'égard des malades. Chacun d'eux lors de sa nomination leur verse une certaine somme d'argent comme don de bienvenue. Il est d'usage de faire célébrer à la chapelle de l'hôpital un service pour le repos de l'âme de ceux qui meurent au cours de leur exercice.

En vertu de l'arrêt de 1579, un notable marchand doit

(1) Reg. dél. mun., n" 88, p. 19. — Bobinel raconte qu'en 1662 un maire plein de zèle, Pierre Fournier, seigneur de Montcles,« s'échaulFa à soulager les pauvres et mourut après quelques Jours de maladie » (Bibl. Poitiers, ms. no 347, p. 1341). — (2) Arch. Hôp.

chaque année tenir les comptes de l'aumônerie. En 1620, Pierre Cothereau obtient cette fonction comme récompense des services qu'il a rendus aux pauvres. Ayant abusé de sa situation, il doit se retirer en 1623. Trois ans plus tard, la Dominicale l'accuse d'avoir dépensé au-delà des revenus de la maison sans son autorisation. Il n'a point indiqué l'emploi des fonds mis entre ses mains et d'accord avec les chasse-coquins a retenu les gages des femmes de service. Bref, il a conduit « si mal et d'une façon si folle les affaires des pauvres qu'il leur a été fort préjudiciable (1) ». En réalité, sa révocation dut provenir surtout du refus qu'il opposa à la mairie de lui délivrer certain legs que sa sœur Suzanne, mariée à Garnier, avait fait aux indigents.

A partir du renvoi de Pierre Cothereau, la Dominicale nomme chaque annnée, au mois de mars, un nouvel économe. On choisit de préférence quelque notable marchand « charitable et zellé pour le bien des pauvres pour écosnosme dans l'aumosnerie (2). » Le maire a souvent son candidat qu'il déclare toujours être « de bonne réputation ». Par malheur, la fonction est fort peu recherchée, car elle entraîne quelques risques sans aucun avantage. C'est pourquoi une fois sa nomination faite, le nouvel élu est supplié de bien vouloir accepter la charge qu'on lui confie. En cas de refus, ce qui n'est pas très rare, il reçoit l'ordre d'avoir à se soumettre à la décision du Conseil. En 1657, Pierre Lambert est menacé d'une amende de 100 1. s'il persiste à ne pas l'accepter.

Selon l'usage, en entrant, l'économe prête serment entre ' les mains du maire de bien et fidèlement exercer sa charge. Elle consiste à s'occuper des achats nécessaires pour la

(1) Reg. déL mun., n" 80, p. H6. — (2) BibL Poitiers, cart. 32.

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nourriture journalière des malades en se confornnant aux ordres donnés par la Dominicale. A la fin de l'année, il est tenu de rendre ses comptes qui se divisent en trois chapitres : 1" le montant des aumônes particulières ; 2'^ les ga-' ges des nourrices des enfants trouvés ; 3" les dépenses de THôtel-Dieu. En général, ils sont tenus fort régulièrement sans donner lieu à aucune plainte. Le dernier marchand dont le nom figure aux registres des délibérations en qualité d'économe est Charles Socher (1671-1675). A partir de 1680, ils disparaissent. Cette charge est alors confiée aux gouvernantes de l'hôpital. Seulement, l'administration s'occupe seule des gros approvisionnements en blé, vin et bois. C'est elle qui commande les réparations devenues nécessaires et règle les appointements du personnel.

Le gouvernement intérieur de l'aumônerie passe entre les mains des P.P. de Saint-Jean de Dieu. Le 5 avril 1619, le maire vient dire au Conseil que deux Pères de la Charité demandent à s'établir dans la ville, mais faute de renseignements précis sur ce qu'ils désirent, on les prie de vouloir bien formuler leur demande par écrit (1). C'est ce qui a lieu le 18 septembre suivant, avec l'autorisation de l'évêque (2). Ils sont acceptés pour soigner les malades, sous condition de ne point faire de quêtes et de ne rester dans aucun cas à la charge de la ville.

En vertu de l'arrêt de 1620, ils sont « en possession du logis de l'aumosnerie pour y avoir les fonctions de leur institut (3) ». Ils n'y restent point longtemps, car la règle

(1) Reg. dél. mun., n» 74, p. 26. — (2) Reg. dél. mun., n° 74, pp. 31, 78. — (3)W., no 76, p. 30.

qu'ils suivent les oblige à ne soigner que des hommes malades. Aussi, le 25 juillet 1625, demandent-ils à la mairie de vouloir bien modifier l'ordonnance qui leur permet de demeurer dans la ville, ayant depuis trois semaines abandonné l'Hôtel-Dieu pour fonder un hôpital sur le plan de Montierneuf.

Après le départ des Charitains nous trouvons à l'aumônerie, le 5 avril 1630, Rose Rousseau chargée des dépenses journalières (1). Le 26 juin 1632,c'est Marguerite Rousseau qui, s'étant absentée pour des causes pieuses, d'après ce qu'elle raconte^ reçoit son congé, malgré 18 ans de service. Elle emporte son mobilier comprenant « un chaslict et lict couchette, un petit bahu, un coffre et une petite boisle en laquelle estoit son linge •). Ce déménagement s'étant opéré devant Jehanne Baranger, qui doit lui succéder, elle n'en est pas moins accusée de volet même poursuivie par le procureur à la police. Elle proteste énergiquement contre unetelle imputation « qui est une mauvoise récompense pour ses services et labeurs, n'ayant pris que ce qui estoit à son usage (2). » Jehanne Baranger meurt en fonction le 21 septembre 1637. La dame Mondurier, qui la remplace, est, en février 1639, une des dernières victimes de la peste (3). Ses meubles ayant été enlevés et portés hors de la ville, il fallut nettoyer et blanchir sa chambre avant de la laisser occuper par une autre.

Nous retrouvons encore Marguerite Rousseau comme gardienne de Taumônerie. Le 18 avril 1644, étant en danger de mort, elle demande à être remplacée par Marie

(1) Bibl. Poitiers, cart. 32. — (2) Reg. dél. mun., no 82, p. 132. — (3) Reg. dél. mun., no 88, p. 35, no 91, p. 136.

Thevin, âgée de 40 ans (1). C'est ce qui a lieu le même jour, cette dernière étant « une fille d'honneur et bien conditionnée ». Le maire lui fait ensuite prêter serrnent « de bien et fidellement exercer la charge et d'obéir aux ordonnances ». Ses gages sont portés à 60 1. par an, mais elle devra se charger de l'entretien des deux servantes (2). En réalité, comme celles qui l'ont précédée, elle ne gagne que 20 1. par. année avec en plus sa nourriture. Les femmes placées sous ses ordres sont dans les mêmes conditions.

Marie Thevin ne reste que peu de temps à l'Hôtel-Dieu, car le Bureau ne tarde point à remplacer le personnel laïc par des religieuses. Le 15 décembre l(342^réchevin Nicolas de Sainte-Marthe est prié par les Hospitalières de la charité de vouloir bien proposer leurs services au Conseil municipal pour le gouvernement des pauvres de l'hôpital (3) . Après discussion, leur offre n'est pas acceptée. Elles la renouvellent le 4 juin 1644. Cette fois^ on l'accueille, sauf avis favorable de l'évêque (4). Le 19 juillet suivant, le maire et trois échevins passent contrat avec Pasquier de Bourcy, prêtre, administrateur spirituel des religieuses hospitalières de Saint-Augustin, demeurant à Loches.

Quatre d'entre elles viendront à l'Hôtel-Dieu gouverner, panser et médicamenter les malades ainsi que les enfants envoyés par le maire et présentés, à l'avenir, avec un billet signé de sa main. Elles déchargeront l'administration de gardiens, gardiennes, apothicaires, serviteurs et même de chirurgiens, « fors quand il y aura amputation de membres

(1) Reg. dél. mun., no 93, pp. 136, 138.— Marguerite Rousseau lègue 100 1. à l'hôpital, ce dont elle est remerciée, caries pauvres enont grand besoin. Seulement, le 9 mai 1644, elle révoque ce don, (Min. Chauvet). — (2) Reg. dél. mun., n" 53 bis. — (3) Reg. dél. mun., no 94, p. 91.— (4) Reg. dél. mun., n» 9.^, p. 147.

OU quelque mal indélicat à panser par une religieuse ». Le chirurgien ordinaire de la maison devra spécialement soigner (( les grandes playes et ulcères des malades ». Elles pourront avoir des servantes et des serviteurs en les payant, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le corps de ville, de son côté, promet de leur donner 200 1. tr. et 40 septiers de froment pour les nourrir et les entretenir en même temps que la domesticité. L'argent sera versé tous les trois mois par portions égales, et le blé remis à la Saint-Michel. Il en sera ainsi tant qu'elles ne posséderont pas un revenu annuel de 1200 1. Cette somme une fois atteinte, il ne leur donnera plus rien.

L'Hôtel-Dieu aura la nue propriété de tous les dons et legs des personnes qui voudronty entrer pour prendre l'habit, mais les religieuses en toucheront seules les revenus. Elles rendront compte de l'argent donné aux pauvres et spécialement des aumônes qui seront recueillies dans les troncs, chaque mois, parles soins du maire et de l'échevin chargé spécialement de l'administration (1). Eux seuls en auront les clefs. Les HospitaUères ne pourront posséder plus de 6.000 l. de rente. Le surplus, de quelque provenance que ce soit, même de dots, dons ou legs faits aux sœurs, sera versé dans !a caisse des pauvres, Toutefois, celles qui apporteront en entrant de? revenus personnels pourront les conserver jusqu'à leur mort. La grande salle, celle des passants, sera séparée en deux par un mur, avec une porte spéciale pour entrer dans le reste de l'établissement.

Le contrat fut ratifié par l'évêque, le 17 juillet 1644. Il autorisa, quelques jours plus tard^ les échevins et le maire à pénétrer, en cas de besoin, dans l'habitation particulière

(1) Reg. dél. mun., n° 96, p. 544. — Arch. Hôp.

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des religieuses. Le 18 du même mois, le Conseil municipal l'adopta pareillement (1). Seules, comme nous le verrons, les Hospitalières négligèrent de le signer, ce dont on ne s'aperçut que le 15 juin 1648. Au reste, il se présentait pour elles avec un caractère absolument draconien et ne leur laissait aucune liberté. Aussi, sous l'autorité tracassière et méticuleuse de l'administration, la situation ne tarda-t-elle point à devenir intolérable.

Le 3 octobre 1644, « Mademoiselle lamairesse est priée d'aller jusqu'à une lieue d'icy en carosse pour les bienveignues ». Les religieuses seront logées dans une maison particulière en attendant leur installation. Sans plus tarder, le lendemain 4 du même mois, la gouvernante Marie Thevin «s'estant acquittée de son service fort fidèllement et au contentement de chacun » demande h emporter ses meubles après inventaire. Elle réclame en outre, pour lui permettre de gagner sa vie, le droit de vendre toutes sortes de chandelles de suif, comme elle le faisait autrefois, en qualité de fille de boucher (2). Cette demande lui est immédiatement accordée.

Le 8 octobre 1644, les Hospitalières logées chez le notaire Jacques Barraud sont conduites, à trois heures, dans l'église de Notre-Dame-la-Grande. Après y avoir entendu un sermon, elles s'en vont àl'Hôtel-Dieu et là, en présence du maire, on les introduit dans les services (3) Ces premières religieuses sont : Marie de Saint-François, prieure, Claude de Saint-Augustin et Saint-Alexis. A part quelques réclamations dans le but d'être payées plus régulièrement de ce qui

(1) Reg. dél. mun., no 96, p. 44 ; id., no 97, p. 216. — (2) Reg. dél. mun., n° 96, pp. 55, 63. —(3) Reg. dél. mun., no 96, p. 86. — Bibl. Poitiers, cart. 52.

leur est dû tous les trois mois, rien de particulier ne se passe au cours des premières années qu'elles dirigent la maison (1). Cette situation ne se prolonge point pendant bien longtemps.

Le 2 octobre 1645, le Maire les accuse de recevoir des postulantes sans le prévenir et d'accepter des pauvres sans avoir de billets signés de sa main {'2). Le \ 7 août 1648, l'échevin Guyon de la Vatre les signale comme ayant commis divers abus (3). Cependant, ces quelques griefs passent inaperçus et sont vite oubliés. Ce n'est qu'à partir de 1654, c'est-à-dire au bout de dix ans, que l'accord est rompu entre la mairie et les religieuses, car on les soupçonne de vouloir abandonner l'aumônerie.

Le 8 avril 1652, l'échevin Etienne Lemaye reproche aux Hospitalières « de dépenser et divertir le peu de meubles et habits que les pauvres ont et qu'ils laissent en mourant (4) ». Le 24 mars 1654, la Municipalité veut leur retrancher la rente de 200 1. qu'elles doivent toucher tous les ans, sous prétexte qu'elles n'observent point la plupart des articles du contrat et ne rendent aucun compte de la gestion de l'hôpital (5). Aussi, un mois plus tard, la Dominicale refuse-t-elle de les payer. Restées pendant longtemps au nombre de Ô, elles sont alors plus de 20, et malgré deux jugements ont négligé de donner copie du contrat qui les lie avec la ville (6). Cependant, le 21 juillet 1654, l'affaire se termine par un arrangement qui ne modifie en rien les errements du passé, si bien que, le 10 août suivant, le Bureau hésite à leur verser 200 1. comme d'habi-

(1) BibL Poitiers, cart. 52; — id., cart. 53 bis, reg. 10, — (2) Reg. dél. mun., no 95, p. 58. — (3) Id., no 100, p. 59. — (4) Id,, n° 103, p. 281. — (5) Id., no 105, pp. 51, 55; — Bibl. Poitiers, carton 53 bis, reg. qo 11, (6) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11.

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lude, sous prétexte qu'elles possèdent plus de 1200 1. de rente, somme supérieure h celle spécifiée dans l'acte.

Le 24 août 1654, l'échevin Jacques Mayaud vient à son tour déclarer qu'ayant visité l'aumônerie il y a trouvé de nombreux malades incurables reçus sans avoir subi la visite du chirurgien. Les sœurs ne veulent plus fournir de médicaments, comme le contrat passé avec la ville leur en fait une obligation. Elles ne pansent point les hommes et nourrissent beaucoup de domestiques et de servantes aux dépens des pauvres (1). Le 6 septembre suivant, cet acte d'accusation est porté devant la Dominicale et notablement amplifié. Un malade se plaint de n'avoir reçu pour sa journée « qu'un morceau de pain pas plus gros qu'un mascaron, de la longueur d'un doigt » et le remet à l'un des chanoines faisant partie du Bureau.

La cause de cette parcimonie serait due au grand nombre de religieuses habitant la muison. Arrivées 4 au début, dont deux chargées des malades, elles ont a converti à leur proffict toutes choses, qui sont données aux pauvres et mesme qui y sont portées par eux à l'hôpital, sans en donner cognoissanceà l'intendant». Ellesne veulent dépendre de personne et, de temps en temps, cherchent à créer un nouveau couvent, comme si la ville le leur permettait. Les sœurs en trop devraient retourner à Loches et la supérieure ne point prendre le titre d'abbesse, comme on l'a constaté par trois fois. Cette dernière reçoit ses parents et amis sans l'avis des intendants. Depuis trois ans que le roi est passé par la ville, avec les seigneurs de sa cour, tous ceux qui visitèrent la maison ne mirent que 133 l. dans les troncs,

(1) Reg. dél. mun., no 105, pp. 56, 76,78. — Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, ves.. H.

«. le parsus ayant été reçu par les religieuses manuellement sans le donner aux pauvres. On ne sait ce qu'elles font d'une rente de 12001., car il n'en est pas une qui puisse dépenser plus de 400 l. par an à Poitiers ».

Telles sont les accusations portées par la mairie contre les Hospitalières. Au fond, ce qui la préoccupe le plus, cest la crainte de les voir partir pour fonder dans la ville un autre établissement de charité susceptible d'attirer les aumônes du public et, par conséquent, de faire tort aux recettes de l'Hôtel-Dieu. S'il en était autrement, nous ne saurions expliquer pourquoi la Municipalité et la Dominicale vont faire tous leurs efforts pour les retenir quand elles voudront se retirer. On ne s'attache point à un personnel qui semble si mal accomplir son devoir.

De leur côté, les religieuses se plaignent avec juste raison de linfection qui règne dans l'hôpital. C'est sur une semblable plainte exprimée déjà lors du passage du roi que les médecins viennent déclarer « qu'il n'y avoit logement suffisant pour loger les pauvres et les religieuses et qu'il y a une telle infection fauUe d'aer et de place suffisante qu'il y a péril dans la chaleur de l'esté qu'il s'y forme des maladies contagieuses {\) «.Cette constatation, renouvelée à maintes reprises, sert de base aux Hospitalières quand, trop à l'étroit dans l'aumônerie, elles veulent l'abandonner, afin de recevoir davantage de postulantes et de rester maîtresses chez elles, tout en ne donnant des soins qu'aux femmes malades.

En décembre 1655, paraissent des lettres patentes du roi qui représentent l'hôpital comme tellement malsain, incommode, étroit et malpropre que les religieuses en sont

(1) Arch. Vienne, H. 62.

malades et mrme obligées de garder le lit. Le terrain faisant défaut pour l'agrandir, elles ont cherché un local plus commode dans lequel seront logées, nourries et soignées à leur frais des femmes malades, sans qu'il en coûte rien à la ville. Elles se contenteront des 500 1. annuelles, données par Louis XIV sur les tailles. Elles emporteront le linge et les meubles qui sont leur propriété, mais le contrat passé avec la ville restera sans effet (i). La mairie^ prévenue de ce qui se passe veut obliger les sœurs à signer un nouvel engagement, tout en se disposant à les « harasser » jusqu'à ce qu'elles y aient consenti. En attendant^ il sera fait opposition à leur départ d'autant qu'on n'ignore point qu'une maison est sur le point d'être achetée par elles (2). Toutes ces précautions restent vaines, car une lettre de cachet du 14 mars 1656 vient régler la question en prescrivant l'entière exécution des lettres patentes envoyées par le roi.

Le maire, voulant à tous prix empêcher la création d'un nouvel établissement de charité, refuse de se soumettre. Le 18 avril 1656, il déclare à la Dominicale « que c'est une grande conséquence à la ville de ne multiplier pas des couvens de religieuses, sans cognoissance de cause pour demeurer dans la nécessité et à la charge de lad. ville (3) ». Il n'ignore pas qu'un certain nombre d'entre eux, fondés à cette époque à Poitiers, y végètent assez misérablement.

Le 5 juin 1656, la municipalité apprend que les religieuses ont acheté la maison de Peyraud de la Clieze pour aller l'habiter après avoir enlevé tous leurs meubles de l'hôpital. Afin de les empêcher de sortir on a recours à de

(l) Bibl. Poitiers, cail. 11. —(2) Rég. dél. mun., no 106, pp. i31, 202, 210, 214. —(.3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11. — Arch, Vienne, H 62.

bien petits moyens. Le portier reçoit l'ordre de garder sur lui toutes les clefs de la maison^ nnais les sœurs vont les lui enlever de force pendant la nuit, quand il est couché.

Cet acte de violence accompli, elles se plaignent : « 1° d'être exposées de leur personne avec des chasse-coquins et des gardes ; — 2' en cas d'accident de feu ou que la maison tombe ainsi qu'elle menace, de n'avoir aucun secours à espérer; — 3° de ne pouvoir faire venir un médecin en cas de maladie ; — 4° d'avoir à supporter la présence des chasse-coquins qui gardent les salles, se remplissent de vin et prennent la liberté non seulement de se moquer d'elles, mais encore de leur dire des insolences, de prononcer des paroles sales et déshonnêtes, avec jurements que leur pudeur ne saurait dire (1); — 5° la nuit dernière, on a muré les portes du petit jardin, dans la crainte de voir arriver des vagabonds; — 6° elles terminant en déclarant n'avoir jamais donné aucun sujet de plainte et mené une vie exemplaire. » Sans tenir compte de leurs doléances, le procès engagé contre elles par la ville se continue. Le trésorier de Sainl-Hilaire, auditeur de l'archevêque de Bordeaux, prend parti pour les Hospitalières, tandis que le chapitre de Saint-Pierre, représentant l'évêque absent, se joint à la Dominicale.

Le 21 juin 1656, à 4 heures du matin, les religieuses abandonnent l'Hôtel-Dieu. Le maire y étant allé « trouva grande clameur devant la porte et un grand nombre de personnes qui disoient qu'elles avoient tout emporté de l'aumosnerie (2) » . Cette manifestation populaire était, comme il arrive souvent, fort exagérée, car en arrivant il vit bien les

(1) Bibl. Poitiers. — Reg. dél. muii., nf 106, pp. 248, 2b7, 343. — (2) Bibl. Poitiers, cart. o3 bis, reg. H ; — id., cart. 11.

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portes grandes ouvertes, mais à l'intérieur trois religieuses restaient encore pour continuer le service. En vain, les chanoines de Saint-Pierre ordonnèrent-ils aux fugitives de retourner sous peine de censure, elles ne leur obéirent point. Malgré une nouvelle lettre royale dans laquelle il est dit le 29 juillet 1056, que sa majesté voit dans la translation de l'Hôtel-Dieu « une action de charité et de piété », la Municipalité engage un procès devant le Parlement. Le chapitre de Saint-Pierre se joint à elle, et accuse les religieuses de s'être soustraites à l'Officialité. « Leur sortie dit-il, est à l'entière ruyne de la maison des pauvres. Elles prétendent s'émanciper de leur devoir et obéissance», en l'abandonnant de la sorte (1). Enfin, chose plus grave» elles ont considéré comme leur appartenant, les aumônes données aux indigents.

Un arrêt du Parlement, du 10 janvier 1657, prescrit une enquête sur l'insalubrité de l'Hôtel-Dieu et, charge Florentin du Ruau, doyen du Présidial,de la diriger. Le 10 février suivant, elle débute en présence des intéressés et de tous les médecins de la Faculté. Sur les huit qui la composent, trois sont suspectés par le maire et autant par les religieuses. Il faut se résoudre à prendre les deux plus jeunes, Fouqueteau du Mortier et Mauduit de la Grève. La visite terminée, ce dernier trouve tout bien, sauf peut-être la salle basse du nouveau bâtiment. Quant au logement des sœurs, il peut en contenir 6 fort à l'aise. Son confrère ne formule que des critiques (2). L'air et la lumière tont dé-

(1) Reg. dél. mun., no lOT, pp. 21, 48, 51, 106. — Arch. Vienne, H. 62. — Le 10 novembre 1654, Jeanne Thorin, malade à l'Hôtel-Dieu, lègue aux religieuses la moitié d'une borderie qu'elle possède à la Villedieu (Min. Jean Toulon). — (2) Arch. Vienne, H 62. - Reg. dél. mun., no 107, pp. 106, 107, 1.37, 139. - Déjà, le 8 octobre 1655, trois Chantains avaient Jugé l'hôpital fort malsain (Arch. Vienne, H. 62).

faut, la citerne ne renferme un peu d'eau que pendant trois nnois de rannée, et la cave ne peut contenir que 7 pipede vin. Faute d'entente, chacun des experts se voit dans l'obligation de dresser un rapport particulier.

Inutile de raconter toutes les observations et les récriminations qui s'échangent de part et d'autre avec peu d'aménité. Le K) février 1657, le maire fait observer que les religieuses sont venues à Poitiers dans le but « d'y établir un couvent et de travailler, non pour le soulagement des pauvres, mais pour l'agrandissement de leur ordre et augmentation de leurs revenus, contre l'intention de l'administration (1) ». En ce qui concerne le médecin Fouqueteau, l'on verra si son acte de réception ne renferme point un blâme libellé de la sorte : « In grammaticâ rudis, in medicinà ignarws^ in phUosophiâ parum peritus, nec exerceat medicinam in urbe nec sub wbe, per annum (2). » En outre, qu'il aille pendant ce temps étudier à Padoue.

Les Hospitalières, de leur côté, font rechercher si le mariage de Mauduyt n'offre pas quelque chose d'anormal, puis se plaignent de l'insalubrité notoire de l'hôpital et de la façon étroite et soupçonneuse avec laquelle on les a surveillées. Elles peuvent être considérées comme de simples prisonnières qui, en cas d'incendie, ne pourraient recevoir aucun secours.

Au mois d'août 1657, intervient un arrêt du Parlement les autorisant à s'installer définitivement dans la maison de Peyraud de la Cheze, après visite faite par le président de sa Grand'chambre, en présence du Lieutenant général et des échevins de ville (3). Ayant été trouvée convenable, un

(1) Arch. Vienne, H. 62. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11. — Reg. dél. mun., n" 107, p. 152. — (3) Reg. dél. mun., n" 108, pp. 92, 94, 96.

nouvel arrêt du 24 février 1658 permet enfin aux trois dernières religieuses restées dans l'hôpital, de se retirer avec les autres (1). Les scènes précédentes se renouvellent. On les accuse d'avoir emporté les meubles des pauvres et de s'être livrées à des voies de fait sur un garçon chargé d'aider l'aumônier à dire la messe. Enfin, le 10 mai, après avoir fait un inventaire du mobilier, elles s'en vont définitivement. Le 27 mars de l'année suivante, la Prieure du couvent de Loches cherche à disculper ses sœurs, en disant qu'elles n'ont fait qu'obéir au désir de la reine, puis demande à reprendre l'exécution du contrat^ si le Conseil le désire (2), Aucune réponse n'est faite à sa lettre, seulement, l'ordre est donné de la conserver dans les archives de la ville.

Le jour même du départ des Hospitalières, le maire propose d'accepter, pour les remplacer, les offres déjà faites, par Catherine de Chouppes, veuve de François Guérin, seigneur de Chaume. La Dominicale adopte cette proposition et décide qu'il y aura lieu d'installer des chambres pour elle et pour Marie de la Porte, veuve de François Dumontier, éc, seigneur de la Gagnerie, qui doit lui venir en aide pour soigner les pauvres (3). A partir de cette époque, il y eut toujours une première et une seconde gouvernante à l'hôpital. Toutes remplirent ces fonctions non seulement avec le désintéressement le plus absolu, mais encore en payant une pension annuelle pour leur nourriture et parfois en abandonnant à la Dominicale tout ou partie de leur fortune.

(1) Reg. dél. mun., n» 108, pp. 157, 170. — Bibl. Poitiers, cart. o3 bis, reg. H. — (2) Rég. dél. mun., n° 109, p. 150. — (3) P. Rantibaud, le Rôle des femmes au point de vue de V Assistance publique à Poitiers. •Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 3e série, p. 24. — Par son testament du 0 juin 1659, Marie de la Porte fit de nombreux dons à l'hôpital, aux ordres mineurs el aux dames delà Miséricorde (Min. Levasseur).

Inutile d'ajouter qu'elles surent s'acquérir une grande considération de la part des administrateurs de la maison et des habitants de Poitiers. Jusqu'en 1788, nous ne constatons point de dissentiments entre elles et le bureau de THôtel- Dieu qui, pourtant, surveillait de fort près cet établissement. On leur confia de grosses sommes d'argent, car elles remplirent jusqu'en 1718 les fonctions d'économes. Les comptes présentés chaque année par elles ne furent l'objet d'aucune critique.

Catherine de Ghouppes désigne, le jour de sa mort, le 2 juin 1668, Marie de Nouzillac, veuve d'Henry Philippe de Villamon, ch., seigneur de Mauléon, pour lui succéder en qualité de première gouvernante, et Marie Thevin en qualité de seconde, les jugeant toutes les deux dignes de remplir ces emplois (1). Cette dernière se chargera surtout de commander aux servantes et aux domestiques. Aucune d'elles ne pourra recevoir des malades ni engager une dépense quelconque, sans l'autorisation du maire. Le 14 juin suivant, le Bureau les présente àl'évêque qui leur donne sa bénédiction,

A la mort de Marie de Villamon, arrivée en 1684. c'est Marie Le Fèvre de la Bazinière qui, entrée pendant l'année 1676, est désignée pour la remplacer. Elle aussi reste en fonction jusqu'à son décès, le 6 mai 1706 (2). En l'inscrivant sur son registre obituaire, l'aumônier ajoute « qu'elle gouverna la maison avec zèle et affection pour les pauvres. Elle lui donna tous ses soins et lui abandonna tout ce qu'elle possédait, meubles, bijoux et argent » .

Marie-Radegonde Devois, entrée à l'Hôtel-Dieu depuis

(1) Reg. dél. mun., no 107, p. 172. — Id., 118, pp. 160, 161. — Le 14 octobre 1681, Marie de Villamon lègue à l'Hôtel-Dieu, 1300 1. (Min. Royer 1681 et Min. Marrot, 1649). — (2) Bibl. Poitiers, reg. obit. Hôtel- Dieu. — Elle fut enterrée à Saint-Savin.

deux ans, est désignée pour lui succéder (1). Elle !i d'abord, pour la seconder, Marie Bobinet et plus lard, à partir de 1735, Marie Mercier avec sa nièce Catherine (2)- La tante s'étant mise en viager, lors de son entrée, tous ses biens revinrent, r.'innée suivante, aux pauvres, après sa mort.

Radegonde Devois mourut le 11 juillet 1740. L'aumônier, après avoir inscrit son acte de décès, ajoute qu'elle eut toujours la confiance des administrateurs. « Sa piété, ses soins charitables, sa tendre compassion pour les malades, ainsi que ses autres vertus, serviront d'exemplesà celles qui lui succéderont et demeureront l'éloge de toute la ville (3). » La Dominicale la remplaça par Anne-Marie Romanet,qui, avec ses deux sœurs comme aides, marcha sur les traces de l'ancienne gouvernante. Anne-Marie étant morte le 20 septembre 1781, Angélique lui succéda et fut la dernière des laïques mises à la tête de l'établissement, avant la Révolution.

En 17fi4, dans l'état de l'Hôtel-Dieu adressé au roi, le Bureau a soin d'ajouter ces quelques lignes qui montrent en quel estime étaient tenues ces directrices laïques : « L'hôpital est gouverné par deux demoiselles des meilleures familles de Poitiers, d'un mérite, d'une piété et d'une vertu exemplaire, qui donnent leurs soins aux pauvres avec tout le zèle, le bon ordre et le dévouement possible, n'exigeant pas seulement leur entretien, qui est des plus médiocres, mais leur nourriture (4). Elles y sont depuis 25 ans sans avoir donné à l'administration le plus petit sujet de plainte. »

(1) Fille de Jacques Devois, maître chiiairgien, el, de Catherijie Poitevin, née en 1678 (Arch. Hùp.). — (2) Arch.''Hôp. — (4) Bibl. Poitiers, reg. obit. Hôtel-Dieu. — (4) Arch. Hôp.

Le 3 décembre 1785, Marie Magnan, née à Saint-André de Ruffec, demande à servir les pauvres gratuitement, ne réclamant aussi que sa nourriture. Elle est acceptée, mais ne tarde point à partir pour cause de maladie. Le 13 mars 1787, le Bureau prie Tévêque de vouloir bien s'occuper de faire venir des sœurs de la Sagesse pour la remplacer, ainsi que Thérèse Romanet, devenue vieille et fatiguée.

Le 7 juin suivant, cette dernière demande à résilier ses fonctions tout en priant l'administration de vouloir bien lui accorder une retraite, en cas d'incompatibilité d'humeur avec les religieuses, car elle compte 40 ans de service. On lui assure alors 400 1. de rente durant sa vie si elle doit partir. Autrement, elle et sa sœur Radegonde auront le logement avec la nourriture, le chauffage et l'éclairage, comme de coutume, dans la maison (1). Le même jour, le chanoine de Lauzon est chargé d'écrire à messire Besnard, prêtre, supérieur des sœurs de la Sagesse, afin de s'entendre avec lui pour l'envoi de trois d'entre elles à l'Hôtel-Dieu, Le 15 juin suivant^ un acte est passé entre lui et les administrateurs (2). Cet acte spécifie les conditions suivantes :

1» Les trois sœurs de la Congrégation de la Sagesse seront traitées à FHôlel-Dieu, comme doivent l'être des personnes qui, par esprit de charité et de religion, se dévouent aux malades ;

2° Elles resteront toujours seules et emploieront les filles données enqualité de servantes;

3' A la disparition de ces dernières, des sœurs les remplaceront selon les besoins ;

4* En attendant, elles resteront sous leur dépendance et seront traitées avec bonté, comme les autres domestiques. La Supérieure pourra renvoyer et remplacer ces derniers, avec le consentement des administrateurs;

(1) Arch. Hôp. - (2) Arch. Hôp.

.irSQl'A L'AN V 87

Los R(;li|^i(msos .uiront pour Tancienne gouvernante tous les égards dus à ses longs services et à son mérite personnel, mais cette dernière ne prendra aucune part au gouvernement de l'hôpital;

()^ Les sœurs serviront avec assiduité les malades, maintiendront l'ordre dans la maison, assureront l'exécution des règlements et seront comptables des sommes qu'on leur remettra ;

7'^ Elles seront logées, meublées convenablement, éclairées, chauffées, blanchies, nourries, fournies de tabliers de toile blanche de service et mangeront dans un réfectoire à part ;

8° On leur donnera 80 1. par an, pour leur vestiaire ;

9° En cas de maladie, elles seront soignées par le médecin, auront les médicaments et, en cas de mort, seront enterrées, le tout gratuitement ;

10° Elles vivront selon leur règle, sans toutefois que leurs exercices puissent nuire au soin des malades;

11° Le Supérieur général les aura sous ses ordres, et pourra les changer à son gré ; *

12^ Les changements se feront aux frais de la Congrégation dans ce dernier cas, autrement, à ceux de l'administration ;

13° Le Bureau donnera son entier appui aux sœurs, envers les serviteurs, malades et autres personnes.

Le 2 juillet 1787, Thérèse Romanet présente, pour la remplacer, les sœurs Joseph-Marie, supérieure, Monique et Saint-Théodore. Comme elles n'ont pas trop de place pour se loger, l'évoque prie les administrateurs de vouloir bien renvoyer l'ancienne gouvernante pour leur céder la chambre qu'elle occupe. Ils refusent énergiquement et Thérèse Romanet ne s'en va que lejour oii les malades et les blessés, devenus trop nombreux, sous la Révolution, il lui faut ainsi que sa sœur abandonner pour eux le peu de place qu'elles occupent (1). Il est vrai que les religieuses durent bientôt après en faire autant, mais pour d'autres motifs.

(1) Renvoyées en 1792, les demoiselles Romanet perdent, en 1793, les arrérages de leur pension, par suite de la saisie et de la vente des biens des hôpitaux. Elles réclament inutilement à maintes reprises et

Le personnel inférieur de l'Hôlel-Dieu se compose, comnae avant, de gardes, de valets et de servantes et, pendant le xviii" siècle, dinfirniiers. Il faut y ajouter en plus le meneur d'eau ou évier et la laveuse, qui logent en dehors de la maison. En 1668, nous trouvons la domesticité composée de 2 chasse-coquins, deux servantes de peine touchant des gages, un valet dans les mêmes conditions et d'autres filles qui servent les pauvres « par dévotion )).Les appointements des domestiques se montent en tout à 100 l. par an seulement (1). En 1701^ leur nombre n'a point varié. En 1726, il augmente, car on compte 3 servantes et deux valets, dont l'un est chargé de la culture d'un petit jardin (2). Les premières passent de quatre, en 1735, à 5. puis a 6, en 1748. Les employés subalternes deviennent plus nombreux encore après 1764, car, avec les infirmiers, ils occasionnent une dépense annuelle de 400 1. pour leurs appointements.

Jusqu'à la fin du xvii'' siècle, les chasse-coquins sont, comme nous avons vu, à la charge de la Dominicale et de la Municipalité. A partir du siècle suivant, quand ils n'ont plus à s'occuper des mendiants et des vagabonds, on les emploie exclusivement au service de l'Hôtel-Dieu. Leur rôle se réduit à transporter les malades pauvres de chez eux à l'hôpital, à faire les courses de l'administration, à creuser les fosses et à transporter les morts au cimetière. Ils portent les noms de gardes ou de servans pour les distin-

ce n'est que le 13 ventôse an V, que les administrateurs promettent défaire face aux engagements de leurs prédécesseurs. (Arch. Hôp.) (1) Bibl. Poitiers, cart, 52. — (2) Arcb. Hôp.

guer des infirmiers. Ils gagnent d'abord 10 1. par trimestre, puis 12 1. en 1700, soit 48 I. par an au lieu de 40 l. Cette somme est réduite à 12 1. en 1787 (1). A l'occasion, ils touchent une petite gratification comme celle de 3 1. qui leur est donnée, le 20 mars 1730, « eu esgard au grand nombre de soldats du régiment de Richelieu qui sont décédés dans led. Hôtel-Dieu, depuis qu'il est en quartier dans cette ville (2) ». Cette modeste place se transmet longtemps de père en fils et, pour plus de certitude, s'obtient par droit de survivance. Le 22 décembre 1751, Gabriel Cybaud, âgé et infirme, demande à être remplacé par Rousseau, sergetier, demeurant paroisse Saint-Paul. C'est un homme de probité, de bonnes vie et mœurs et de religion C- A. et R. Cette demande lui est accordée. Il aura les « mêmes gages, émolumens, profits et exemptions » après le décès de son prédécesseur (3). Nous trouvons une famille Fesneau, dont les membres occupent celte fonction avant 1651, pourne l'abandonner que pendant la Révolution. Au reste, elle est peu payée et ceux qui la possèdent doivent exercer en même temps une autre profession. Le métier de cordonnier est toujours pratiqué par les Fesneau.

Les valets sont payés, en 1681, à raison de 20 l. par an (4). Leurs gages partent toujours de la Saint-Jean ou delà Saint-Michel. Cette somme ne varie pas jusqu'à la

(1) Arch. Hôp. — Le 22 décembre 1787, on ne donne plus à Fesneau et à Delavault que 12 1. par an chacun. Ils n'auront désormais qu'à convoquer le Bureau et à se tenir dans l'antichambre pendant ses séances. — (2) Arch. Hôp. — (3) Arch. Hôp. — Le 2 mars 1784, Fesneau, père de 10 enfants, étant mort, la survivance de sa place fut réservée à son fils Alexandre quoique mineur Son parent Darbord fit le service en attendant sa majorité {id.). — (4) Le 6 juillet 1681, Jeannet, journalier, ayant servi les pauvres, une année, reçoit 20 1. Le 19 octobre suivant, Darbillac et Louis ïiflineau en ont autant (id.).

90 L'ASSISTANCE PUBr.IQUE A POITIERS

Révolution, sauf en 1721, qu'il est donné à chacun d'eux 38 1. o s.

Au xviii^ siècle, apparaissent les infirmiers, quand les soldats malades occupent une salle particulière à l'Hôtel-Dieu- C'est en 1726 qu'on les trouve désignés pour la première fois. Ils paraissent toucher les mêmes gages que les valets, soit 20 1. par an. En 1787, ils sont au nombre de quatre. Comme les 24 1. qu'on leur alloue à cette époque sont insuffisantes., ils réclament 30 1. (1). L'un d'eux, Claude Saisy, le plus ancien de tous, âgé et infirme, ne pouvantplus faire son service, demande en 1757, la survivance de son emploi pour son neveu, fort capable de le remplacer. Il sait saigner, médicamenter et de plus possède une constitution robuste. On l'accepte moyennant 201. par an pour son entretien (2). L'oncle sera nourri^ gagé, traité et médicamenté le reste de ses jours en raison de ses bons services.

Etienne Saisy, entré de la sorte à l'Hôtel-Dieu, devait y rester jusqu'à sa mort, arrivée en 1813. Ayant abandonné en viager aux pauvres tout ce qu'il possède, l'administration lui verse 50 1. par animais à la mort de son oncle, en 1763, elle lui donne 10 l. de plus. Le 23 juin de la même année^ il refuse tout appointement. Cependant, le 23 mai 1785, le Bureau informé « de sa vie et mœurs et attention pour les malades et, attendu qu'il n'exige aucun gage », lui accorde à vie une rente irrévocable de 100 l. par an et le loge à part dans une petite chambre.

Les servantes de l'Hôtel-Dieu touchent, comme nous avons dit, les mêmes sommes que les valets. En 1659, elles sont payées à raison de 19 1. par an, et, de plus, gratifiées

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp.

JUSQU'A l/AN V 91

de quelques vêlements pour leur entretien (1). Au siècle suivant, on les trouve longtennps à 20 l., mais, à partir de i 773, elles sont portées à 50 1. La plupart d'entre elles, désireuses de se procurer une situation stable, s'engagent pour la vie à soigner les malades. C'est alors que leur sont donnés les noms d'affiliées perpétuelles, de filles reçues ou de filles données. Le 11 janvier 1660, une postulante propose 300 1., toute sa fortune, à l'hôpital, sous condition d'y être entretenue et nourrie en servant les malades (2). En 1681 et 1684, trois autres demandent leur réception et s'engagent à n'accepter aucune rémunération de leur travail. Deux d'entre elles offrent^en plus,de verser une pension annuelle de 40 1. On ne les admet qu'après informations prises. Souvent elles viennent remplacer les servantes à gages qui, devenues inutiles, sont renvoyées.

La situation des filles données s'acquiert plus difficilement au xviii^ siècle. Il leur faut d'abord faire un stage assez long, avant de présenter une demande par l'intermédiaire de la directrice, appelée en outre à donner son avis. Dans les demandes de ce genre, les postulantes invoquent les services rendus tout en exprimant la crainte « qu'après avoir employé la majeure partie de leurs jours dans la maison et y être demeurées vieilles et épuisées de santé par le travail continuel de leur exercice, on ne les congédiât dans le temps oîi elles ne seroient plus en état de gagner leur vie (3) ». Une fois acceptées, elles ont droit à 20 1.

(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11. — (2) Bibl. Poitiers, cart. îi3 bis, reg. 11. — Les servants se mettent en viager lors de leur entrée à l'hôpital, mais on leur restitue l'argent qu'ils ont déposé si le Bureau est mécontent de leurs services. C'est ce qui a lieupour François Flaquet le 14 octobre 1675 (Min. Royer). — (3) Arch. Hôp. — Nombre d'entre elles furent d'un dévouement absolu envers les pauvres. Nous citerons: Andrée Laillard, Geneviève Charmeteau, Radegonde Thomas, Marie

par an avec la permission de résider, saines ou malades, à l'Hôtel-Dieu, jusqu'à leur mort.

Il est toujours d'usage d'employer des femmes au lavage du linge de l'hôpital. En 1646, on donne 3 s. par jour, à chacune d'elles, avec un peu de vin (1). Au xviu' siècle, la laveuse attitrée, logée et nourrie dans la maison, reçoit 2 1. par trimestre, à partir de 1727. Le 7 mai 1757, cet emploi est supprimé. « Attendu, dit le Bureau, qu'il y a assez de servantes dans cet hôtel. » Par la suite, il n'en est plus question, l'Hôtel-Dieu n'employant aucune femme d'une façon spéciale pour les lessives.

Un évier ou meneur d'eau existe tant que Ihôpital reste sur la place de Notre-Dame. Pendant que les Hospitalières le gouvernent, elles font supprimer son emploi et acheter un cheval, en 1645, pour le confier au domestique de la maison chargé de le remplacer (2). Après leur départ on le rétablit, et chaque année son titulaire reçoit 48 1. A partir de 1700, Denis Jolly obtient 60 1. de même que Paul Blanchet en 1724 (3). Comme ils sont deux à la fois en fonction ils font tour à tour le service chacun pendant une année. Après Blanchet, devenu seul titulaire, Michel Ricordeau reçoit 75 1. en 1750. Sa veuve le remplace pendant quelque temps, puis abandonne son emploi à la veuve Brunet, en 1757. Cette dernière est payée à raison de 80 1. par an. Tous ces appointements sont augmentés par des gratifications allant de 5 à 10 1. quand des constructions se font dans rétablissement.

Tel fut jusqu'à la Révolution le personnel administratif

Lucault, Jeanne Savin, Michelle Diversais, Marie Abonneau, etc., etc. (Cf. P. Ramhaud, loc. cit.).

(1) BibL Poitiers, cart. 54, et Arch. Hôp. — ^2) BibL Poitiers, cart. 536is, reg. 10. — (3) Arch. Hôp.

JUS(jirA L'AN V n

de l'hôpital en dehors des trésoriers et des secrétaires dont nous avons déjà parlé. Il se montra entièrement dévoué au bien des malades. Il sut en outre faire passer dans le cœur des employés qu'il eut sous ses ordres le même dévouement, le zèle et le môme désintéressement qui ne cessa de l'animer. A part les incidents occasionnés par le séjour des religieuses Hospitalières, la paix et la concorde régnèrent toujours dans cette maison de Charité. Nous sommes heureux de le constater ici, car il en fut autrement dans nombre d'établissements du même genre à l'époque dont nous parlons.

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