CHAPITRE V
Le service religieux et le service médical à l'Hôtel-Dieu.
Par suite des arrêts du 25 mai 1619 et 10 mars i621, l'aumônier perd les revenus attachés a sa prébende tout en conservant ceux qui proviennent de la chapelle de Saint- Thomas. Il est nommé comme d'habitude, par le chapitre de Notre-Dame-la-Grande, mais désigne lui-même le chapelain de cette chapelle. Comme ils ne remplissent point les fonctions qui leur sont attribuées, le Bureau des pauvres se voit obligé, jusqu'à la Révolution^ d'en choisir d'autres à leur place et de les payer avec les revenus de l'hôpital.
Le premier aumônier dont le nom figure après l'annexion de Taumônerie à la Dominicale estle chanoine Claude Pestre, nommé par le Pape en 1625. Le 18 août de cette même année, il prie les administrateurs de vouloir bien lui accorder un logementconvenable avec des rentes afin de pouvoir vivre selon sa qualité (1). 11 réclame les revenus que possédaient ses prédécesseurs, s'ofîrant, au surplus, d'en abandonner une partie aux pauvres. Après avis pris de René Brochard, doyen du présidial, le Bureau n'admet point sa requête.
Le 20 avril 1629,. Jehan Bienvenu, qui s'intitule aumônier de Saint-Thomas, passe un marché avec Méry Denis, prê-
(l)Reg. (lél. mun., no 77, p. 5.
L'ASSISTANCE PDBLIUI E A PniTIKUS JIISOU'A L'AN V Oo
tre (1). Ce dernier devra célébrer tous les dimanches le service divin dans la chapelle, administrer les sacrements aux malades et assister aux enterrements, pendant 3 années, moyennant 60 1. pour chacune d'elles.
Le 24 septembre 1630, Jean Bourbeau, nommé chapelain par l'évéque, prend possession de la chapelle Saint-Thomas en présence du notaire Marrot. Il abandonne peu après cette fonction. Le 20 décembre suivant, Léonard Parât, désigné par le grand-vicaire, vient pour le remplacer (2). Seulement, au cours de la cérémonie, un certain Derville, prêtre, refuse de lui remettre les clefs du tabernacle malgré toutes ses protestations.
Jean Bourbeau reprend de nouveau le titre de chapelain dans les mêmes conditions et éprouve les mêmes ennuis pour entrer en possession effective de son bénéfice (3). En présence de l'aumônier Claude Gendre, le prêtre Derville éteint la chandelle allumée qu'il porte à la main et l'empêche de célébrer la messe en lui enlevant le missel.
La Municipalité veut intervenir et mettre en présence les deux aumôniers Gendre et Bienvenu. 11 n'obtient que de vagues protestations de la part de ce dernier (4). L'affaire traîne en longueur et Jean Bourbeau ne touche pendant ce temps aucun des revenus attribués à sa charge (5). C'est un nommé Nicolas Mathé, nommé par le chapitre de Notre- Dame-la-Grande, le 25 avril 1633^ qui s'en empare (6). La mairie se décide enfin à s'occuper de la question et à intervenir, soit au Grand Conseil, soit au Parlement, mais, comme d'habitude, le procès traîne en longueur.
(1) Min. Chauvet. — (2) Min. Marrot. — Claude Gendre, chanoine et aumônier de Notre-Dame-la-Grande, curé de Saint-Etienne, mort le 21 juillet 1645 (Reg. obit. Saint-Etienne, no 93). — (3) Min. Marrot. — (4) Reg. dél. mun., no 81, p. 97. — f5) Reg. dél. mun., n° 82, p. 46. — (6) Reg. dél. mun., n» 83, p. 188.
Mathé se trouve, le 20 octobre 1636, porter le double titre d'aumônier et de chapelain, A cette date, le Conseil se plaint de ce qu'il refuse d'assister les pauvres,de les enterrer et de leur administrer les sacrements (1). 11 est décidé qu'on le fera venir devant le maire, afin de l'obligera remplir ses devoirs. L'affaire se poursuit, et le 2 juin 1644, il est annoncé à la Dominicale que le chapelain de Saint- Thomas a été condamné par le Présidial à remplir régulièrement ses fonctions (2). Pendant tous ces débats, elles sont confiées au prêtre Bonnyot. C'est à lui qu'incombe le soin, le 2 septembre 1640, de célébrer les quatre services annuels pour l'àme de feu Isaïe Brochard^ seigneur de la Clielle, et de porter les sacrements aux malades le jour des quatre grandes fêtes de l'année (3). Nous le verrons plus tard prendre le titre d'aumônier de l'Hôtel-Dieu.
Nicolas Mathé, curé de Notre- Dame-la-Grande, aumônier et chapelain de Saint-Thomas, ennuyé de la saisie des revenus de sa chapelle, consent, le 30 mars 1642, à passer une transaction avec la Dominicale. Il restera déchargé de tous les services de raumônerie,à l'exception d'une messe qu'il célébrera chaque dimanche à l'autel de saint Thomas. A cette condition, il aura main levée sur le temporel affecté à son emploi. En 1645, n'accomplissant plus ses engagements, on l'invite, le 3 février 1646, à dire de nouveau les messes. Il refuse, protestant « de l'incommodité que l'on y reçoit par le moyen de la grande infection quy est dans la salle, mais offre de faire le service dans la salle des femmes, où y a un lieu préparé pour cela, et, même, la permission de l'évêque (4) ». Son offre est acceptée, mais il ne
(1) Reg. dél. mun., no 83, p. 67. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 10. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 10. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 10.
tarde point à oublier ses promesses (1). Le 15 janvier 1646, il passe un contrat avec Jehan Contant, curé de Saligné, demeurant à Poitiers, qui se charge de le remplacer moyennant 20 l. par an.
Le 22 octobre 1649, Christophe Fauveau, clerc, nommé à Rome le 4 juillet 1647, prend possession de la chapelle Saint-Thomas, en présence des sœurs Marie de Saint- François et Scholastique, sans compter « nombre de pauvres gisans au lict mallades dans lad. aumosnerie » et de plusieurs témoins (2). A son tour, François Chenier, prêtre, veut accomplir les mêmes cérémonies le 14 mai 1652; mais, pour ce faire^ il ne peut monter au premier étage de la tour u au moyen de la rupture qui a été faicte de la montée ». Sa nomination provenait de l'aumônier Etienne Jarry (3). Même mésaventure arrive à Pierre Bouin, le 29 juin suivant.
Le 4 décembre 1676, l'aumônier abandonne, comme nous l'avons vu, la maison qu'il possède près de l'hôpital, moyennant une rente annuelle de 120 1. Avant cette date, la chapelle n'était déjà plus donnée que comme simple titre clérical. C'est ainsi que, le 15 juillet 1676, Jean Guyot, sousdiacre, en devint titulaire pour suite d'une provision que lui accorda Gaspard Giraud, aumônier de Notre-Dame-la- Grande.
Les aumôniers se désintéressent facilement de leurs obligations religieuses (4). Eu 1653, Etienne Jarry est invité a remplir plus exactement sa charge (5). Il ne tient aucun
(1) Reg. dél. niun., no 97, p. 125. — Min. Chauvet. — (2) Min. Caillé. — (3) Min. Royer. —(4) Bibl. Poitiers, cart. 11. —Reg. dél. mun., no 104, p. 170. — En 1652, un nommé François Micheau est nommé chapelain, à la demande des Hospitalières, et reçoit 60 1. par an {id.,ï)" 103, p. 211\ —(5) Hibl. Poitiers, cart. 52.
98 L'ASSISTANCE PLBLIQUE A POITIERS
compte de cet avertissement, si bien que les administrateurs doivent adresser un vïdimm au chapitre de Notre- Dame (Ij. Ainsi que les chapelains, ils négligent complètement leurs devoirs.
En 1637, la Dominicale désigne un chapelain qui reçoit 120 1. par an. Il réclame en plus le logement, la nourriture et la cleC d'un meuble renfermant le calice d'argent (2). Seulement, ses exigences ne répondent point aux services rendus, car un échevin déclare, le 4 octobre 1638, « qu'il prenoit une telle autorité, qu'il se faisoit nourrir aux despens des pauvres, loger, chauffer avec tel crédit qu'il voulust que tout dépendist de luy, tellement que,oultre les 40 écus qu'on luy donnoit pour faire le légat, il faisoit plus de 50 écus de dépense (3) ». Comme le legs Brochard de la Clielle auquel il est fait allusion ne se monte qu'à 300 1. par an, il en résulte que les pauvres doivent se contenter de 30 l. Immédiatement, ce prêtre est renvoyé et un autre mis à sa place moyennant 120 l.,sans être ni logé, ni nourri.
Les appointements des chapelains ne tardent point à diminuer, d'autant plus que les prières et les services imposés par les donateurs s'oublient graduellement. En 1684, Roux touche 89 1. 4 s. par an, pour célébrer les messes de fondation à Saint-Thomas. Celles que disent les P.P. Cordeliers, au nombre de 28, leur sont payées, le 24 novembre 1686, à raison de 8 s. chaque (4). Le prêtre Massé, pour les 00 dont il a la charge dans la chapelle des femmes et les 3 autres dans celle des hommes, reçoit également 8 s. pour chacune d'elles (5), En 1721, Denichère obtient 72 1. 10 s. par un, mais elles n'ont lieu que les dimanches et fêtes
(1) Arch. Hôp. — (2) Reg. dél. mun., n» 88 p. 23. - (3) kl., nJ 89, pp. 90, 96. — ,4) Arch. Hôp. — (5) Bibl. Poitiers, cart. ;J2.
dans les salles des malades (1). En 1726, il lui est versé 100 l., puis ensuite 63 l. pour quelques-unes en plus. L'année suivante, il ne reçoit que 1001. (2). A cette époque, toutes sont taxées à. 10 s., soit à la chapelle Saint- Thomas, soit à celle de Saint-Charles.
A partir de 1751, celui qui officieà Saint-Thomas est payé 90 l. par an. Il en est ainsi jusqu'en 1773. Deux aumôniers font alors le service à tour de rôle pendant une année. Généralement, on les choisit parmi les vieux ecclésiastiques incapables, pour cause de santé, d'occuper un emploi très actif (3). L'un d'eux habite comme pensionnaire à l'Hôtel- Dieu quand ce poste lui est confié.
Les messes de fondation cessent graduellement d'être célébrées, comme nous avons déjà vu. Le 2 avril 1682, le chanoine Vergnault se plaint d'en voir retrancher et obtient que l'on en recherche les causes. Le 3 décembre 1684, le maire fait décider qu'à l'avenir il en sera dit 50 à l'aumônerie. Le 6 mars 1685, la Dominicale constate qu'on ne s'en préoccupe que de 84, quand il en existe au moins 400 de fondées. C'est alors qu'est prise la résolution d'en charger un prêtre moyennant 8 s. par messe (4). Un siècle plus tard, le 6 mai 1785, le maire fait la même
(1) Arch. Vienne, H* 18. — (2) Arch. Hôp. — (3) Nous trouvons parmi les chapelains les noms suivants : Jean Bourbeau (1630). — Bonniot (1G40).— Christophe Fauveau (1649).— Nicolas Mathé (1651).— Micheau (1652). — Les PP. Jacobins (1653). — Pierre Bonnin (1673).— Jean Guyot (1676). — Antoine Bourbeau (1663). — Pierre Roux (1676- 1684). — Massé (1699).— Delage,curé d'Iteuil (1702). — Gandron (1710).
— Denichère (1721-1735). — Dubois (1736-1738). — Berlin (1739). — Roy, chanoine de Notre-Dame (1739-1750). — De la Martinière (1752). — Brault (1757-1759). — Pavin (1761-1763). — Joubert de la Vilatte fl76.3).
— Joslé (1763-1765). — Nivard fl766-1776). — Roux (1776-1779). — Daquin (1779-1781). — Petit (1779-1780). — Brun (1783). — (4) Arch. Hôp.
UniversjTajT WBLIOTHECA
observation au sujet du service divin. Le Bureau se décide à gager un aumônier avec appointements fixes.
Comme nous venons de le voir, les chapelains et les prêtres qui les remplacent se désintéressent facilement des secours spirituels à donner aux malades. Le 20 août 1640, l'intendant vient dire aux échevins « qu'il estoit arrivé plusieurs fois que les pauvres malades se trouvoient à l'extrémité et quelques-uns mouroient la nuict sans estre assistez de sacremens, pour n'avoir de prestre près pour leur administrer. Que, pour obvier a ces inconvéniens, il seroit nécessaire qu'il logeast dans lad. aumosnerie (1) ». Cette proposition admise en principe, la Dominicale finit par s'assurer le concours d'aumôniers en titre.
Le 2 septembre suivant, Yves Bonyot, faisant fonctions de chapelain, demande à être logé dans la maison «pour plus de commodité et pouvoir servir jour et nuict les malades et leur administrer les sacrements ». Sa demande ayant été acceptée, il est mis dans une chambre occupée auparavant par un prêtre écossais (2). Il devra dire, aux quatre grandes fêtes, le requiem imposé par le testament de Brochard de la Clielle, célébrer la messe chaque jour et assister aux enterrements. L'année suivante, s'étant disputé avec la directrice et les deux servantes, il veut s'en aller, mais le 9 février 1642 l'évêque s'y oppose avant qu'il ne se soit disculpé des accusations portées contre lui (3). Le 3 octobre 1643, Bourry, qui le remplace, réclame un lit, car il ne couche que sur une paillasse. Le Roy lui succède le
(1) Reg. déL mun., no 71, Reg. 33. — (2) Bibl. Poit., cart. 53 hh, reg. il. Il mourut en 1648, et voulut être enterré dans le cimetière des pauvres. Le 16 novembre de la même année, la Dominicale lui fit élever une tombe. (Reg. dél. mun., no 100, p. 114.) — (3) Bibl. Poit., cart. 53 hh, ree. 41.
\9 juillet 1645 et, après lui, Barotin, le 6 août suivant (1). Tous sont logés et nourris, avec 200 1. d'appointements par an.
L'aumônier Adam Coiraud, nommé par la Dominicale, demande, le 10 mars 1658, l'augmentation des gages qu'il touche depuis quatre ans. Le 2 décembre suivant^ conformément à l'avis de M°" de Chaume, il lui est accordé en surplus-" une portion de pain et viande telle qu'on la donne aux pauvres'», sans d'ailleurs tirer à conséquence (2). Vers 1665, l'emploi est rétribué à raison de 220 1. par an (3). A partir de 1725, René de l'Estrigeon reçoit 300 1. Cette somme devient à son tour par trop minime, car le 3 mai 1 768, à la mort de Dansay de la Villatte, personne ne veut, pour cette cause, le remplacer (4). Le 5 juin de l'année suivante, les Administrateurs constatent que les appointements proposés sont insuffisants pour ceux qui remplissent les fonctions d'aumônier « vu que le prêtre doit se donner beaucoup de peines et soins dans cet hôtel ». 11 est alors accordé à Picoron, vicaire de Vouillé, très bon sujet, la somme de 500 1. payable chaque trimestre et à l'avance.
En outre de leurs honoraires habituels, les aumôniers ont droit à un supplément chaque fois qu'ils célèbrent des services particuliers pour les donateurs, administrateurs, ou grands personnages décédés. Ils sont payés à raison de 3 1. 10 s. au XVII* siècle et de 18 1. 10 s, au xvIII^ Enfin, quand ils remplacent les chapelains, ils touchent à leur place le prix des messes qu'ils célèbrent.
Pour être admis à servir comme aumônier, il faut subir
(1) Reg. dél. mun., n» 97, p. 41. — (2) Hibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11. — (3) Bibl. Poit., cart. "oi. — (4) Arch. Hhôp.
une enquête. Le 13 décembre 1732, Bordier du Payré voit sa candidature soumise au Conseil (1). Après examen, le secrétaire dresse le procès-verbal suivant de la séance : « Tous les membres du Bureau appelés, selon l'ordre, ont été unanimes à accepter les offres de Bordier et à lui accorder la place. D'après les bons témoignages qu'ils ont de sa conduite, il remplira dignement les devoirs auxquels il veut s'engager. » Même délibération, le 15 février 1738, pour Jean-Martin Brun qui devra, en cas d'absence, présenter un remplaçant que seul le Bureau pourra agréer.
Les aumôniers sont particulièrement surveillés, grâce aux chanoines qui font partie du conseil de la Dominicale. L'un d'eux est simplement congédié, en 1654 pour des raisons importantes que l'on ne veut pas dire (2). Le 29 décembre 1680, l'official est prié de parler à Poitou, qui ne célèbre pas ses messes aux heures réglementaires (3). Le 5 novembre 1684, après un avertissement donné le 30 juin précédent, l'évèque est prié de le remplacer. En général, les plaintes portées contre eux sont bien rares. Ils furent nombreux à occuper cette place trop peu rétribuée pour attirer beaucoup de demandes (4). Cependant, à la fin du
(1). Arch. Hôp. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (3) Bibl. Poitiers. — Une discussion ayant eu lieu, en 1649, entre les Hospitalières et l'aumônier, pour savoir à qui devaient revenir les restes de la cire provenant des enterrements, leséclievins déclarèrent qu'ils resteraient la propriété des pauvres. — (4) Parmi les aumôniers, nous trouvons : Bonnyot (1G40). — Bourry (1645). — Le Roy (1643). — Perrotin (1645- 1648). — Richard Le Rat (1654). — Adam Coirard (1654-1 65'.)y. — Jean Bourbeau (1665). — Poitou (1680-1684). — Gaspard (iiraud (1687). — Guillaud (1688). — P. Dugoùet (1692). — C. Collon (1692). — Balade (1694). — André Mac-Canny (1695). — Beaussé (1699). — A. Orillard (1699;. — Marconnay (1699). — Ph. Guérin (1700). — C. Bourgouin (1701). — Poudret 1701-1703). — Deschiron (1703). — Maron (1704). — P. Vezien (1704). — Gaspard Giraud (1705). — Proust (1706). — Dutemple (1707).— Bobin (1710-1713). — Julliot (1721). — René de l'Estrigon (1725). — Guilmot de Boismenu (1725). — A. Allaire (1725). — J. Huau
JUSQU'A LAN V i03
xviu* siècln, plusieurs y restèrent pendant de longues années.
Le 10 janvier 1646, Henry-Louis Chasteigner de La Roche-Posay, évêque de Poitiers, établit une confrérie dans la chapelle de la grande aumônerie sous l'invocation de Saint- Charles-Borrornée. Les confrères devront chaque année visiter cette chapelle, le 4 novembre, jour de la fête du saint, et faire des aumônes aux pauvres malades. Quand l'un de ces derniers décédera, ils assisteront à son enterrement avec les curés et vicaires qui d'habitude y vont en surplis. Des indulgences leur seront accordées, ainsi qu'à ceux qui fourniront du linge pour ensevelir les morts et assisteront aux offices qui se célébreront à certaines fêtes.
La chapelle reçut de l'évêque Beaupoil de Saint-Aulaire, le 13 décembre 1773,1e privilège d'avoir le Saint-Sacrement exposé les mêmes jours que les églises des paroisses et en plus, pendant les fêtes de saint Alexis, sainte Marthe, saint Charles Borromée et saint Thomas apôtre. Il lui accorda également le droit de faire sonner les bénédictions (1). Aux indulgences qu'elle possédait, le pape Pie Vil en ajouta de spéciales aux fêtes de saint Charles Borromée et de sainte Marthe. Rien ne fut modifié au point de vue du service religieux dans l'hôpital jusqu'à la Révolution, sinon^comme nous avons dit^ le transfert de la chapelle de Saint-Thomas dans un autre local, après la chute du « gros horloge », en 1787.
(172G). — Pierre Mignot (1726-1732). — Bordier du Perrey (1731). — Kerby (1738). — Jean Brun des Marchais (1738-176:))- — Roux du Portault (1762). — Lavergne (176ti). — Lefebvre (176o). - Verdier (1766). — Dansays de la Villatte (1766). — Picoron (1767-1772). (1) Arcli. Hôp. — Arcli. Iiist. du Poitou, t. XV.
Les règlements de la maîtrise des chirurgiens qui obligent le dernier reçu d'entre eux à faire le service de l'aumônerie restent absolument abandonnés. Aussi, la mairie doit-elle s'adresser pour soigner les malades aux compagnons et leur promettre le titre de maître avec de maigres appointements. Le 12 juin 1620,1a communauté des chirurgiens demande l'autorisation de s'assembler afin d'aviser aux moyens qu'il convient d'employer pour donner d'une façon continue des soins aux indigents (1). Ces bonnes intentions ne sont suivies d'aucun effet.
Guillaume Cochet, ayant succédé à François Toyon, en qualité de chirurgien de la Grande aumônerie et hôpital Saint-Tomas le 14 octobre 1616, est reçu à la maîtrise en vertu de Iettresroyales,le26 mars 1618, malgré l'opposition acharnée de ses confrères (2). En 1631, Pierre Thévenet, après avoir soigné les pestiférés, le remplace moyennant 30 1. par an avec l'obligation de fournir les remèdes. Le 26 novembre 1635, il vient dire à la Municipalité que les maîtres de son métier « le troublent en sa charge et vont dans lad. aumosn.erie panser quelques malades particuliers, desquels ils tirent des salaires et récompenses à son préjudice, attendu que c'est à lui de traicter et panser tous les malades de lad. aumosnerie, privativement aux autres chirurgiens et en prendre et en recevoir les esmolumens si aucuns
(1) Reg. déh mun., no 74, p. 147. — (2) Reg. déL mun., n° 71, p. 76.
— G. Cochet, marié à Marie Thibault, dite veuve le 10 septembre 1643
ors du mariage, dans la chapelle du collège de Montanaris, de leur fils
Georges avec Jeanne Jucquault (reg. par. Saint-Hilaire de la Celle
no 124).
sont(l))). Sa demande ayant été trouvée juste, il obtientseul le droit de voir les malades. Si ces derniers désirent être assistés par d'autres, « ils le fairont participans des esmolumens ».
Le 6 juillet 1637, le maire a encore la velléité de réunir les apothicaires et les chirurgiens pour les obliger à donner gratuitement, les uns leurs drogues et les autres leurs soins aux pauvres (2). Il n'est point obéi, d'autant plus qu'à la suite de nombreux procès perdus par la Municipalité contre les Maîtres de ces deux professions ils ne craignent ni ses menaces ni ses poursuites judiciaires.
Le 27 du même mois, le maire visite l'aumônerie afin de s'enquérir de la façon dont les malades sont médicamentés (3). Comme résultat, il annonce « qu'il n'a ouy ne appris qu'il y aye aucunes plainctes contre Thevenel qui doit faire les médicaments et qu'il faict bien son devoir ». Tout le zèle de ce chirurgien n'empêche pas la Dominicale de le laisser attendre fort longtemps ses appointements et le prix de ses remèdes. Le 24 juillet 1640, il réclame 30 1. pour ses gages ordinaires et 80 l. pour les drogues qu'il fournit chaque année. Or, depuis le 22 novembre 1638, rien ne lui a été payé. Il est vrai que, dans le but de le dédommager, on lui permettait de se loger dans la maison de la Ménardière,rue des Basses-Treilles, et on lui affermait la métairie de la Rivardière, située près de Grand-Pont (4).
(1) Reg. dél. mun., n" 86, p. 81- — (2) Reg. dél. mun., no 87, p. 217. — (3) Id., n" 88, p. 19. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis. — Pierre Thévenet, marié à Marguerite Delacombe, fille de François et de Marguerite Bilaud, qui lui apporte 1000 1. de dot. De ce mariage naquirent: 1° Pierre, 2» Jacques le 14 août 1635 ; 3o Philippe, le 2 mai 1640 ; 4° Marguerite le 7 novembre 1641. — Thévenet mourut en août 1651. L'inventaire de ses meubles eut lieu le 3 novembre de la même année. Sa femme lui survécut jusqu'au 14 juillet 1676 (Min. Rourbeau. — Reg. par. Sainte-Opportune.)
iO& L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
De son côté, il négligeait souvent de payer les fermes qa'il devait à l'Assistance publique.
L'arrivée des religieuses hospitalières réduit le service du chirurgien à la salle des hommes auxquels il doit seulement fournir des médicaments. Quant aux malades, il n'est pas tenu de les examiner « fors aux lieux et endroits qui sont indécensà panser aux filles, et aux retranchemens et amputations démembres et, auxvisittes des mallades qui veulent entrer en lad. aumosnerie »,dont il fera rapport au maire (1). En réalité, il supplée les religieuses dans les besognes qu'elles jugent indécentes pour des femmes.
Le 27 mars 1650^ ne pouvant sans doute plus assurer le service, ses confrères demandent à la Dominicale de vouloir bien le renvoyer en leur permettant « de panser et traitter les pauvres blessés et ulcérés dans l'aumosnerie de ceste ville, sans aulcun lucre (2) ». Il n'est point tenu compte de cette proposition; toutefois, Etienne Boizard est chargé temporairement de le suppléer (3). L'année suivante, Thevenet étant mort, le médecin Carré reçoit du Conseil la mission de lui chercher un remplaçant.
Les chirurgiens n'ayant pas voulu présenter l'un d'eux pour occuper l'emploi, Etienne Boizard demande: le 10 septembre 1651, à prendre le service de l'hôpital. Comme il est fort capable au dire des médecins, on l'accepte àraison de 30 1. par an (4). Un contrat est passé le 2 octobre suivants, puis le lendemain il jure « de bien et dhuement exercer la charge pour le soullagement des pauvres et en avoir
(1) Reg. dél. mun., iT) 96, pp. 67, 109. — (2) Bibl. Poitiers, cart. ^3 bis, reg. H. — (3) Etienne Boizard, marié à Renée Thévin, dite veuve en avril 16-14 (min. liourbeau et GuillebauJ). — (4) Reg. dél. mun., no 1U3, pp. 64, 71. 79, s:;. 107, 112.
lous les soings nécessaires et ordonné comme aullrefois, qu'il sera passé contract avec luy »,
Boizard, mort avant 1654, a pour successeur Pierre Thevenet, fils de celui qu'il avait remplacé (1). La Dominicale lui devait bien cette faveur, car, depuis le j 2 juillet 1643 jusqu'en 1651, elle avait négligé de payer àson père non seulement ses appointements, mais encore les remèdes qu'il avait fournis.
Le 16 août 1655, le nouveau chirurgien est accusé de recevoir nombre de gens incurables et menacé d'être renvoyé pour cause d'incapacité. Le 1" février 1658, il se plaint à son tour d'avoir, malgré son contrat, servi gratuitement les pauvres de l'hôpital. Il demande en conséquence à être payé de ce qui lui est dû, tout en se montrant prêt à à en faire l'abandon si, dans l'avenir, les administrateurs veulent bien se montrer plus exacts à le payer (2). Madame de Chaume vient appuyer sa demande en déclarant qu'il remplit parfaitement son devoir. Enfin, le 4 juin 1662, il est décidé qu'il aura 60 L par an. Cette somme reste la même quand Jacques Devois lui succède (3). A partir de 1673, les appointements des chirurgiens sont de 40 1. seulement.
Devois, pendant une certaine période, abandonne le ser-
(1) Reg. dél. mun., n" 103 p. 452 ; n» 104, p. 218 ; n» 105, p. 223. — Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. H. — Pierre Thevenet fils passe contrat le 16 novembre 1653 pour épouser Antoinette Picquet. Devenu veuf, il se remarie, par contrat du 8 octobre 1662, avec Jeanne Rivière, lille d'André Marchand et de Renée Martineau. (Min. Bourbeau.) — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. H. — Un chirurgien de campagne ayan voulu gratuitement le remplacer, le 21 juillet 1666,1a Dominicale refusa, de l'accepter. — (3) Jacques Devois, fils de Jacques marchand et de Marie Pigeault, passe contrat le 14 avril 1657 pour épouser Catherine, fille de Jehan Poitevin, chirurgien, et de feue Calheririo Tnyon. Elle apportait en dot 2000 l.àson mari. (Min. Gaultier.) De ce mariage naquirent : lo Jacques (1659) ; 2» Radegonde ; 3» Thérèse.
vice de l'Hôlel-Dieu à son fils, qui ne l'occupe que fort peu de temps. Une délibération de la Dominicale, du 3 novembre 1686, dit qu'on paiera « à M. Devois père le service deuh à son fils M' chirurgien de l'aumônerie, jusqu'au jour de son décès (1) » . Il le reprend de nouveau puis l'abandonne à Jérémie Poitevin marié à sa fille Thérèse (2). On le trouve en 1718, aux appointements de 40 1., mais en 1730 et 1731, il lui est accordé une gratification de 20 l. pour « les travaux extraordinaires faits ces derniers temps (3) ». Nous ne voyons plus son nom cité dans les registres de l'hôpital après 1739,
Le successeur de Poitevin, Jacques Gaillard, est mentionné à partir de 1748dansles comptes de l'Hôtel-Dieu (4). Ses appointements sont de 50 l. par an. Le 14 avril 1769, il vient déclarer au Bureau que son âge et ses occupations ne lui permettent plus, comme autrefois, de donner ses soins à rhôpital. Il propose, pour le remplacer, son confrère Louis Dabon-Goupelle. Sa proposition est acceptée, d'autant plus que ce dernier est connu pour être « un bon sujet ». Il lui aidera dans le service, « sous condition de n'opérer qu'avec ou par le conseil dud, sieur Gaillard et être reçu après la mort du sieur Gaillard, avoir et toucher les gages ordinaires et jouir des prérogatives attachées à lad. place et pendant la vie dud. Gaillard, led. Coupelle ne touchera rien (5) ». Le 24 mars 1774, ce dernier se fait donner un nouveau titre de survivance, dans lequel il s'intitule chirurgien major de l'Hôtel-Dieu. En vertu de ce
(1> Arch. Hôp. — (2) Ils ont un fils, Jacques, baptisé le o août 1710. (Reg. bapt. Sainte-Opportune.) — (3) Arch. Hôp. — (4) Jacques Gaillard, fils de Henri, médecin à Château- Larcher, et de Jeanne Soyer, marié, le 3 avril 1742, à Marie Joseph de Maubois. (B. Filleau.j — (5) Arch. Hôp.
ce titre, il aiini les privilrgvs allacliés à ceux qui soignent gratuitement les soldats malades, ce qui ne rempècliera point d'apporter avec exactitude et assiduité tous ses soins « au soulagement des pauvres » de façon à satisfaire entièrement le Bureau.
Le 8 février 1777, Coupelle représente aux administrateurs que le grand nombre des malades lui occasionne beaucoup de visites, « de peines^ de soings, épuisement, ce qui emportoit une bonne partie de son temps (1) ». Il réclame 100 1. par an. On les lui accorde, à condition » de leur donner tous ses soins et d'être exact aux pansements » . Le 7 février 1784, il reçoit l'ordre de communiquer au médecin de la maison toutes les demandes qui lui seront adressées sur l'état de santé des personnes qu'il soigne. Il ne doit en dresser des procès-verbaux qu'après cette communication une fois faite. Celle décision ne tend rien moins qu'à le mettre en sous ordre au point de vue médical.
Dabon-Coupelle étant fort malade, le Bureau se décide, le 19 mars 1785, à lui donner comme adjoint le sieur Rivault qui, du reste, ne l'emporte sur son concurrent Maury que grâce à la voix prépondérente du Président. Malheureusement, le nouvel élu n'ayant point droit à la survivance, quand le titulaire de l'emploi vient à mourir, le 19 mai 1785, c'est Maury, chirurgien des PP. delà Charité, qui le remplace (2). Le 23 mai suivant, Boula de
(l)Ea 1784. Dabon-Coupelle s'intitule : chirurgien de son A. l\. Mgr le comte d'Artois et chirurgien Major en chef breveté de Sa Majesté à l'hôpital de la Charité de la ville dePoitiers,attaché au service militaire. (Alm. du Poitou.) — (2) Louis-Joseph Maury, fds d'Hilaire Emeri et de Anne Boisson, est baptisé le 11 juillet 1738 dans l'église de Notre-Damela-Grande. — Marié le 21 juillet 1761 à Marie-Magdeleine Munyer, fille de Jean, ancien serrurier, et de Marie Neveu, il a pour enfants :lo Marie-
Nanteuil, intendant du Poitou, peu satisfait de celte nomination^ adresse quelquesobservations aux administrateurs. Ceux-ci répondent en le priant de faire entre les deux candidats le choix qui lui plaira. Il n'insiste pas et Joseph Maury entre immédiatement en fonctions. Nous le retrouvons, quelques années plus tard, à la tête du service de chirurgie de l'hôpital civil pendant la Révolution.
Les médecins n'apparaissent à l'Hôtel-Dieu que dans la seconde moitié du xvii* siècle. Le 21 novembre 1683, le maire vient dire à la Dominicale que Venault, docteur en médecine. « a un soin tout particulier à visiter les pauvres de l'Aumônerie. Il propose, en conséquence, de lui faire un présent ». Séance tenante, on décide qu'il ne dépassera pas 20 l. (1). L'année suivante, en 1684, Joseph Delugré le remplace. Le 5 novembre, le Bureau, désireux de le remercier, lui vote un semblable présent qui lui seraremislors delarentrée delà Faculléde médecine (2). A partirde cette époque, il n'est
iVIodeste (1762); 2» Jean-Baptisle-Joseph (1763) ; 3 o Marie (1763); 4o Marie-Radegotide (1770) ; oo André (1771) ; 6° Marie-Modeste (1772) ; 70 Pierre-Antoine (1773); H' Fortunée-Elisabeth-Marie (1777). — Maury mourut le 11 janvier 1808 dans sa maison, rue de l'Hospice, n» 114. II s'intitulait en 1786 : chirurgien aux rapports préposé par M. l'Intendant, chirurgien de l'Hôtel-Dieu et Hôpital attaché au service militaire, aussy de celui des religieux de lu Charité, du Dépôt de la maison de force, et démonstrateur des accouchements en vertu des ordres du ministre (id.).
(1) Venault (Amador-Jean), originaire de Lusignan, lit ses études de médecine à Montpellier, puis vint se faire agréer à la Faculté de Poitiers, le 4 février 1681. Il épousa Marie-Hélène ChoUet et mourut paroisse Saint-Savin, le 2 octobre 1727. — (2) Delugré (Joseph), sieur de Barge, lils de (jédéon Delugré, contrôleur général des domaines en Poitou, et de Marie Gratien, sa femme, passe contrat, le 26 décembre 1654, en présence de son oncle, Pierre Delugré, docteur régent de la Faculté de médecine de Poitiers, et de sa tante Suzanne, femme de Joachim Gaudin, pour épouser Elisabeth Maisondieu, fille de feu Hélie,
plus question de médecin jusqu'au milieu du xviii" siècle.
Le 8 août 1750, deux administrateurs sont priés d'aller voir l'évêque et l'Intendant, pour les remercier d'avoir bien voulu procurer à l'hôpital le médecin Pierre-Charles Fallu de la Barrière (1). Le 22 mars 1783, l'administration constate que, « breveté du roi et en chef, depuis 33 ans, il avoit donné ses soins aux pauvres et aux soldatsjusqu'à ce jour, sans aucuns honoraires,rétributionsny gratifications ». Pour le rémunérer de ses frais, il est décidé qu'on lui accordera 200 l. par an (2). Nous retrouverons ce médecin, encore en fonctions, au cours de la Révolution.
En dehors des chirurgiens et, plus tard, des médecins ordinaires de l'Hôtel-Dieu, la iMunicipalité s'assurait volontiers les services de certains charlatans de passage. Elle les obligeait à soigner les pauvres avant de leur attribuer le droit de résider plus ou moins longtemps en ville. Le 21 janvier 1629, les échevins ordonnent qu'un nommé Dufresne sera reçu à la maîtrise par les chirurgiens, à condition, comme il le propose, « de traicter les pauvres affligez de la pierre et hernies ». Son examen devra se passer aussitôt que possible (3). Le 16 février suivant, les maîtres n'ayant pas répondu à celte invitation, le maire veut réunir les médecins chez lui dans le but de le faire examiner. Nous ignorons s'ils obéirent, mais nous avons tout lieu de croire que
avocat, et de Louise Moreau. (Min. Joiianne.) Après avoir terminé ses études à Montpellier, il se fit agréger à la Faculté de Poitiers, le 27 avril 16oa, et en devint Doyen, en 1701. Mort le 15 mars 1709, il fut enterré dans l'église des Jacobins. ^De son mariage il eut : i° Marie (16o5) ; 20 Marthe-Marie, mariée à Jean Aubois, seigneur de Combes. (1) Tallu de la Barrière, fils de Charles et de Marie-Anne Brun, reçu docteur àMontpellier, est agrégé à Poitiers le 27 novembre 1745, avec les thèses suivantes : théorie : Mécanisme de la respiration. Pratique :De la syncope après la saignée. Il épousa, le 18 juin 1768, Marguerite Ladmirault. — (2) Arch. Hùp. - (3) Reg. dél. mun., n" 79, pp. 221, 2.38.
notre charlatan ne reçut point la maîtrise. En général, ce sont des spécialistes de ce genre, et surtout des médecins oculistes, que Ton envoie opérer à l'hôpital.
En 1619, l'apothicaire Pierre Cosseau continue, en vertu de son traité de 1613, à fournir gratuitement des remèdes à l'Hôtel-Dieu (1). Quand il arrive au terme de ce marché, qui avait été fort onéreux pour lui, le nommé Philippe Gouault demande à la mairie, le 17 novembre 1631, la permission de le remplacer, à condition qu'on le reçoive à la maîtrise. Cette proposition ayant été acceptée, le 22 mai 1632, il est reçu maître. Les apothicaires protestent, refusent de reconnaître la validité de son examen, et en appellent au Parlement,qui leur donne raison. C'est alors que la Dominicale a recours au chirurgien Pierre Thevenet, auquel il est accordé 801. en plus de ses honoraires, pour délivrer les médicaments nécessaires aux malades. A partir de 1644, les Hospitalières s'en chargent; mais, après leur départ, c'est généralement à la seconde gouvernante qu'incom.be le soin de les préparer.
En 1679, l'apothicaire Hilaire Hélie s'occupe de la composition a des médecines, drogues et onguens pour les malades, gratuitement et sans aucun lucre ». L'année suivante, un membre de la Dominicaledéclare « qu'il est prest de faire la même chose à l'advenir etpour cest efîect il demande des lettres d'appotiquaire de l'aumônerie »> . Le Bureau adopte cette proposition et le nomme apothicaire des pauvres «aux charges sy dessus, pour le temps qu'il leur rendra des ser-
(i) Cf. P. RambauJ la Pharmacie en Poitou. (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXX, 2"- série.)
JIISQUA L'AN V II.}
vices et, le présent acte luy sera délivré pour luy valoir et servir que déraison (1) ». En 1705, son fils Joseph prend sa place et la conserve jusqu'à sa mort, en 1719.
Nous ignorons à quelleépoqueest nomnné Léonard Quintard, qui lui succède. Nous ne le voyons figurer sur les registres de l'hôpital qu'à partir de 1740. Il remplace probablement les deux femmes chargées, en 1730, de la conduite du détail de l'apothicairerie et payées comme des servantes ordinaires.
Léonard Quintard touche, en 1740, la somme de 501. d'honoraires pour une année. A sa mort, en 17o6, sa fille Thérèse, a qui a fait sous son père longtemps l'exercice de cette profession en cet hôtel et en cette ville » , est chargée de leremplaceretreçoillamêmesomme(2).S'étant mariée, en 1748, avec l'apothicaire Bernard Bouriat, elle abandonne la place à son mari, qui la garde jusqu'à l'arrivée des filles de la Sagesse. Le 2 juillet 1787, le Bureau déclare que la sœur Marie-Joseph, supérieure, « étant fort entendue dans la pharmacie, remplacera l'apothicaire, qui conservera son emploi à titre purement honorifique ».
L'achat des drogues se fait un peu partout, chez les apothicaires, les droguistes de la ville et, àl'occasion, aux marchands de passage. C'est ce qui a lieu, dans ce dernier cas, le 20 août 1681, La directrice se procure, de la sorte, du séné, de la rhubarbe, du cristal de tartre, de la manne et de la graine aux vers, le tout pour 30 I. Elle déclare que la marchandise est excellente et « à beaucoup meilleur marché qu'en cette ville ». En 1665, les approvisionnements nécessaires à la pharmacie se montent à 100 I. par an. En 1764, un siècle plus tard, ils atteignent 420 1. (3).
(1) Arcli. [lùp. — (2) Arcli. llùp. — (■.]) Arcli. Ilùp.
La dépense la plus forte, mais toute exceptionnelle, est celle de i773, qui va jusqu'à 1250 1. pour retomber, l'année suivante, à 248 1.
Les directrices font parfois profiter le public des prix de faveur que peut obtenir l'Hôtel-Dieu. Dans les comptes de Thérèse Romanet, de 1753 h 1756, nous trouvons : « Reçu de plusieurs particuliers, pour des médicamens et drogues que je leur ay cédé del'apothiquairie de cethôpital 42 1. (1). » En 1765, nous remarquons, portée pour les mêmes motifs, la somme de 162 1.
Le mobilier que renferme la pharmacie nous est connu par un inventaire fort complet^ dressé en 1740(2). On y trouve des palettes à saigner, des goblets munis de couvertures pour prendre des drogues, 12 boîtes d'étain, 2 mortiers, 30 boîtes de bois pour drogues, 2 paires de balances, un marbre avec sa molette, des bouteilles, des livres, un grand tableau de saint Charles, une tenture de haute lice de 4 pièces, etc., etc. Le laboratoire renferme 2 alambics au complet, un de cuivre et l'autre d'étain, une presse, deux fourneaux de fer, 3 tamis à passer drogues et une paire de crochets. En résumé, pour n'être point aussi important que celui des pharmacies de ville, ce mobilier suffit largement à l'hôpital de Poitiers. Au surplus, les préparations exécutées par les surveillantes avec l'aide et les conseils d'un apothicaire devaient être fort peu compliquées. A cette époque, les tisanes de tout genre et les purgatifs tenaient la place la plus importante dans la pharmacopée de nos anciennes maisons de charité.
(1) Arch. Hùp. — (2) Arch. Hôp. et P. Rambaud, loc cit., p. 583.