‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 6 sur 33 · CHAPITRE VI Le Régime intérieur de l'Hôtel-Dieu · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Le Régime intérieur de l'Hôtel-Dieu

L'ameublement de la Grande Aumônerie ou Hôtel-Dieu resta souvent fort incomplet. Il fallut Pi maintes reprises avoir recours aux lits de l'hôpital des pestiférés afin de pourvoir au couchage des malades devenus trop nombreux. Cependant, les pauvres et surtout les pensionnaires devaient en entrant apporter leur mobilier avec eux. Des personnes charitables vinrent au secours de lamaison. Une demoiselle Meschin lui envoya, le 4 octobre 1644, un lit, un traversin, six draps et une mante, sous condition d'avoir à les placer dans la salle Saint-Thomas, qui n'en possédait point (1), On dut, pour les compléter, y mettre tout les meubles provenant de la porte de la Tranchée, affectée au logement des prisonniers espagnols (2). En 1650, il en manquait encore, si bien que, le 22 mars 1654, il fallut commander 20 lits à deux places au menuisier Lemay (3).

Lors de l'inventaire de 1656, nous trouvons : «40 chaslits neufs avec leurs fonçures, 40 fonds de ciel de toille neuve, 40 paillasses aussi neufves, 20 tours de lict de grosse sarge rouge. Plus, dans la salle basse, 4 tours de lict garnis de bleuf et un de lict jaulne. Plus 52 licts remplis déplumes, 40 chemises, 4 coffres, 8 couvertures

(1) Reg. dél. mun., no 90, p. 02; — no 95, p. 45. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis. Reg. 10. — (3) Id.

116 L'ASSISTANCE PUBIJQUE A POITIERS

blanches neufves à mettre sur les lictz, 7 grises aussi demi neuves, 30 couvertures blanches aussi demi neuves, 6 autres pour assoir les malades. — 30 petits coussins remplis de plume. — 2 armoires et 5 tables. — Une chère à porter les malades avec 7 basions et deux sangles. — 9 robes de chambre, 12 douzaines et 8 linceulx (draps). — 13 douz. de chemises d'hommes et femmes. — iBdouz. de serviettes. — 18 grosses nappes neuves et vieilles. — iO douz. coeffes de femmes tant bonnes que chétives. — H douz. de cornettes. — 9 douz. de bandeaux

— G douz. de coiffes de bonnets. — 2 douz. et Gmouchoirs de col. — 3 douz. et 6 de souilles de petits coussins, — 8 de grands lictzet 5 de coussin. »

La vaisselle comprend, en dehors des trois lampes d'étain,des deux autres de cuivre et des 2 chandeliers de même métal : « 3 douzaines et un saussier et 14 assiettes d'étain.

— Un grand bassin à mettre la viande, — 26 petits pottels^ 6 écuelles rondes, un pot, une chopine, le tout d'étain.

— Un porte-dîner sans couverture, ni anse, d'étain, —

2 poêles à fricasser. — 2 grilles, 2 landiers de fer, 3 couvertures de pot et 2 poeslons, 1 assiette percée, un passoir,

3 cuillers d'argent, 1 coquemard, une chestive poêle à laver les herbes, 2 bassines à chaufferies lictz, 2 vieux chaudrons, 2 crémaillières, une palle de fer^ une chaîne de puys (1). » C'était là tout le mobilier, du reste suffisant, pour un hôpital de 40 lits pouvant contenir 80 malades.

Dans un autre inventaire dressé vers lGo8, le nombre des lits placés par moitié dans les deux salles hautes reste le même. A cette époque, ils sont généralement tous occupés d'une façon régulièro. Aussi, en maintes

(1) Arch. Hôp.

.i[isn|-'A i;.\N V 117

occasions, les aihninistralours doivenl-ils les ("airo douhhM".

Après la conslruclion de l'aile centrale de rilôtel-bien, le Bureau ordonne, le 18 juillet 1083, d'en connmander afin de la meubler (l). C'est ce qui a lieu l'année suivante et 8 d'entre eux, soit 4 pour les hommes et autant pour les femmes, sont réservés aux pauvres renfermés admis. toutefois, après une visite passée par le chirurgien.

L'installation de l'hôpital reste à peu près la même que précédemment, quand est fait l'inventaire de 1726. On y trouve 21 lits dans la salle des hommes et autant dans celle des femmes, soit 2 de plusqu'en 1668(2). L'année suivante, en 1727, deux autres salles ayant été ouvertes, l'Intendant du Poitou est prié par la Dominicale de bien vouloir l'aider à les meubler. Le 27 juin 1733, il lui donne 400 1., ce qui permet l'installation de la chambre du haut.

L'inventaire du 28 juillet 1740, qui se trouve être fort complet, nous fait exactement connaître l'importance du mobilier de l'Hôtel-Dieu (3). La salle des hommes renferme 22 lits garnis d'une paillasse, d'une couette de toile avec une doublecouette aussi de toile, et d'un traversin, le tout rempli de plume. — 2 mantes, l'une demi usée et l'autre mauvaise, deux garnitures, l'une d'hiver en serge verte, l'autre d'été en futaine blanche, toutes fort usées — 5 bassins à saigner, un à couler sous les malades, une seringue, le tout d'étain. — Une fontaine de cuivre rouge, un pot d'étnin pour puiser l'eau, une vieille armoire de bois de chêne, 2 landiers de fer, 29 robes de malades, de serge grise.

La première salle, réservée aux femmes, contient 20 lits installés comme les précédents. Dans l'autre, appelée la salle neuve» on n'en trouve que 16.

(1) Arch. Hôp.— (2) Arch. Hôp. — (3) Arcti. Hôp.

La seconde salle des hommes, dite salle basse, située près de la chapelle^ comprend 14 lits, plus une lampe de cuivre et un grand tableau placé sur la cheminée. En résumé, les hommes ont 36 lits à leur disposition et les femmes autant, ce qui en fait un total de 72 réservés à environ 144 malades des deux sexes.

Un dernier état, dressé en 1764, nous fait connaître que l'hôpital possède 97 lits placés dans 4 chambres. Deux d'entre elles sont réservées aux hommes et aux infirmiers qui les soignent et les deux autres aux femmes. Parmi ces lits, il en est 25 qui peuvent facilement contenir deux malades. Deux petites salles servant à recevoir les enfants, après leur retour de nourrice, en renferment 14 (1). Dans certaines occasions, les chambres sont, au dire du Bureau, « remplies à double jusque dans les greniers » .

En 1774, il existe 80 litspourhommeset40 pour femmes. Enfin, les af fiches du Poitou déclarent, en 1780, que l'établissementhospitalise habituellement 150 maladeset 150 enfants, sans compter les militaires. Le .31 janvier 1788, il est décidé que 6 des lits de femmes, encore à deux places, seront diminués et mis à une seule. Telle fut la progression graduelle et constante de leur nombre à l'Hôtel-Dieu. On ne saurait indiquer exactement combien ils purent loger de malades à chacune de ces époques, car leur largeur fut très variable, surtout à la veille de la Révolution.

Les hôpitaux ont toujours eu besoin de posséder beaucoup de linge. Autrefois, il s'en fabriquait peu, de sorte que l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande, pas assez riche pour s'en procurer en quantité suffisante, en manquait parfois. Au début de la Dominicale, des femmes de Poitiers sont

(1) Arch. Hôp.

JUSQU'A I/AN V ilî;

chargées par te maire el les échevins d'aller de maison en maison faire appel à la charité des habitants. Dès 1536, elles parcourent les paroisses pendant la semaine sainte. La Municipalité choisit les solliciteuses dans toutes les classes de la société Poitevine, nobles, bourgeoises aussi bien que femmes de marchands. Elles visitent deux ensemble chacune des grandes et riches paroisses de la ville. Pour les moinsimportantes, une seule suffit. Enfin, les petites, réunies par deux ou par trois, sont confiées à une seule personne.

L'argent et le linge recueillis pendant ces quêtes sont remis à « mademoiselle la mairesse », qui se charge d'acheter de la toile. Le dimanche de la Quasimodo, les quêteuses se réunissent sous sa présidence à la mairie où elles sont reçues par la Municipalité et le bureau de la Dominicale (1). Toute la toile divisée en morceaux d'une aune ou d'une aune et demie est distribuée avec le linge aux pauvres de la ville. Toutefois, l'Hôtel-Dieu en garde une bonne part . Cette louable coutume se continue jusqu'en 1793.

Il ne faut pas croire que la charité publique ait suffi à entretenir la lingerie de l'hôpital (1). Les sommes d'argent provenant de ces quêtes ne dépassaient point 150 1. par an. Quant au linge on n'en donnait que fort peu et, le plus souvent, de mauvaise qualité. En général, c'étaient des chemises, des serviettes, des draps ou des nappes. Le tout usé, à demi usé et souvent fabriqué avec du chanvre. Aussi, dut-on chaque année avoir recours au budget de la maison pour la maintenir toujours dans un état satisfaisant. En 1764, il est dit que l'entretien des lits et des robes de chambre servant aux indigents et aux malades coûte 1.300 1.

(1) p. Rambaud, le Rôle des femmes au point de vue de V Assistance publique à Poitiers (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, S" série).

par an {\). C'est ainsi que les quêtes de la semaine sainte deviennent avec le temps de plus en plus insuffisantes pour parer aux besoins incessants de l'Hôtel-Dieu.

Les malades sont transportés au xv!!"^ siècle à la Grande Aumônerie par des chasse-coquins avec l'aide de la chaise à porteurs que nous voyons figurer dans les comptes de 1656 (2). En 1662, on se plaint au Conseil municipal des exactions qu'ils commettent dans l'exercice de leurs fonctions et des insolences qu'ils se permettent à l'égard de la directrice (3). Ils sont condamnés à la prison avec menace de renvoi s'ils recommencent.

11 existe à cette époque une modeste profession: celle de porteur de malades ('4). Le 2 décembre 1669, un pauvre diable, nommé Marquet Moringault, « gagne sa vie à se louer quelques fois à des malades et autres infirmes qui se font transporter à cou, près de la campagne en ville ou de la ville en lieux où l'air est plus salubre » . Il est pour cela en butte aux poursuites des loueurs de voitures, auxquels son métier porte ombrage.

En principe, les indigents malades, de quelque pays qu'ils soient, ne peuvent entrer à l'hôpital sans avoir satisfait à certaines formalités. Tout d'abord, le chirurgien est chargé de les visiter afin de constater la nature de leurs maladies. Le 15 janvier 1662, nombre d'entre eux s'étant présentés et le bureau de la Dominicale craignant « qu'ils

'1) Arch. Hôp.En 1750,1a lingerie contient 170 aunes de toile,82 douz. de draps, 134 douz. chemises dhommes et de femmes, plus ou moins usées, 21 douz. et demie de coiffes de femmes, — 2 douz. et demie de bonnets pour hommes. — 2 douz. serviettes, neuves, 4 douz. souilles de lit, 5 douz. grosses nappes, 24 douz. serviettes dont 22 douz. usées. — 5 douz. « tournoirs » ou essuie-mains. — De 1770 à 1775. On achète de la toile pour des sommes variant depuis 378 1. jusqu'à 16421. par an. La moyenne de 6 années est de 867 1. — (2) Arch. Hôp. — (3) Reg. dél. mun., n" 113, p. 70. — (4) Reg. dél. mun., no 120, p. 89.

JUSnll'A l.'A.N V 1-21

ne communiquent quelque mal ù ceux qui y sont », décide qu'il n'en ser.i reçu qu'après un examen préalable (1). Le gardien qui se permettra d'en introduire sans un billet du maire perdra immédiatement sa place.

Déjà, en 1655, l'on se plaignait du chirurgien qui recevait à l'hôpital des personnes susceptibles « d'y demeurer jusqu'à leur vie, ayant des maladies incurables (2)». Les affections de ce genre ou celles qui pouvaient se transmettre né devaient pas être soignées dans un tel établissement. Ceux qui en étaient frappés n'auraient point tardé les uns à l'encombrer et les autres à le contaminer.

11 est de règle, au xvn® siècle, qu'aucun malade ne puisse y entrer sans un billet du maire. Au siècle suivant, il est donné par les Administrateurs ou par les Commissaires qui sont de service chaque mois. Malheureusement, cette règle n'est pas toujours appliquée. Les Hospitalières l'oublient facilement. Le 28 novembre 1650, il est dit au Conseil municipal « qu'il seroit bon que les dames religieuses ne reçussent aulcune personne, comme elles font sans avoir de billets de M. le maire, affm de soulager les personnes qui sont dans l'aumosnerie en grand nombre et fort incommodez à cause des dégradations qui y sont (3) ». Même reconmandation l'année suivante, car «elles ne laissent pas d'en retirer, ce qui est de conséquence parce que la plupart sont femmes grosses ou qui ont des petits enfans qu'elles quittent et ainsy, l'on en devient chargé (4) ». Chaque fois qu'ont lieu ces plaintes, le maire et l'intendant de service sont priés de voir les pauvres et de renvoyer ceux qu'ils

(1) Bibl.^Poitiers, cart 53 bis, reg. 11. — (2) Reg. dél. mun., no 106, p. 85. — (3) Reg. dél. mun., n'> 102, p. 118. — (4) Reg. dél. mun., no 102, p. 290. '

jugeront à propos de ne pas conserver (1). Au reste, comme la maison est surveillée de fort près, les incidents de ce genre se présentent assez rarement.

En principe, un registre des entrées devait être tenu avec la plus grande régularité, mais, en fait, cette régularité n'exista jamais. La Dominicale décide, en 1627, que tous ses membres iront, chaque samedi à 4 heures, visiter l'Hôtel-Dieu en compagnie du secrétaire. Ils pouront, à l'occasion, déléguer quelques-uns d'entre eux pour faire cette visite. Ceux qui s'y trouveront, auront à prendre les noms et surnoms des pauvres en traitement, tant infirmes que malades et verront s'il est possible de les garder en attendant leur guérison (2). Dans le cas contraire, ils seront renvoyés. Le lendemain, l'intendant de service remettra au bureau de la Dominicale un compte rendu de ce qui aura été constaté, afm d'arrêter le montant des dépenses nécessaires pour toute la semaine. Une recommandation du même genre est adressée aux Hospitalières, en 1647 (3). Elles sont priées de déposer à chaque séance la liste des pauvres soignés à l'hôpital.

Le 4 janvier 1774, une délibération prise par les administrateurs vient dire qu'il sera fait un registre qui sera tenu exactement par M"*^ Romanet, gouvernante des pauvres, du jour de l'entrée et sortie de cet hôtel de chaque pauvre homme ou femme, à la prière ou recommandation ou sur billet de qui ils seront entrés, le jour des deceds et enterrements de ceux qui y auront finy leurs jours, de leur maladie, pour led. registre être à la première réquisition représenté au bureau de l'administration et savoir à l'instant, le

(l)Reg. dél mun., n" 107, ^j. 71. — (2) Arch. Hôp. — (3) BibL Poitiers, cart. 53 bis, Reg. 10.

nombre des pauvres malades qui sont dans led. Hôtel- Dieu (I) ». Ce registre et les suivants ne nous sont point parvenus, et il est fort douteux qu'on les ait tenus avec régularité, du moins en ce qui concerne l'élément civil. Au contraire, ceux des soldats le furent avec une parfaite ponctualité.

Un état de 1728 nous indique dans quels milieux se recrutait la population de la Grande Aumônerie : « Ceux qui viennent là sont ordinairement de pauvres artisants, garsons de mestier et domestiques qui, ne trouvant point de places, dépensent ce qu'ils ont à se soigner et en arrivent à la mendicité avec leur famille. Les soldats en garnison dans cette ville occupent tous les lits des hommes et au delà, ce qui fait que les habitans ouvriers ne peuvent entrer à l'Hôtel-Dieu (2) ». Cette situation ne dure chaque année que peu de temps, car, à cette époque, les troupes royales ne séjournent que l'hiver dans les faubourgs de la ville.

En dehors de cette population qui lui est habituelle, l'hôpital abrite parfois des malades offrant un caractère spécial.Ainsi, le 2 mars 1637, une femme enceinte de 8 mois, prisonnière à la Prévôté, y est envoyée par ordre du Présidial (3). Les échevins protestent avec énergie et déclarent que seuls ils ont le droit de recevoir ceux qui se présentent pour entrer dans la maison. En 1637, elle hospitalise deux filles « qui semblent être possédées par le malin esprit, veu leurs postures, hurlemens et autres actions extraordinaires qu'elles font, lesquelles n'ont été encore exorcisées par monsieur nostre révérend evêsque, ne visittées par les

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp. — (3) Reg. dél. raun., no 87, p. 142.

124 I/ASSISTANGE PUBLinUIC A POITIEKS

Docteurs en médecine (i) » , Pidoux, échevin et doyen de la Faculté^ reçoit la mission de les examiner.

En outre des indigents, l'Hôtel-Dieu recueille certains malades et môme des personnes en bonne santé qui lui payent pension. Le 2 décembre 1653, une femme « dérangée, troublée et folle», y est admise moyennant 16 1. par trimestre (2). Le i\ juillet 1634, le neveu d'un chanoine, qui déjà verse 30 K par an, pour les soins qu'on lui donne, est mis dans l'obligation d'augmenter cette somme ou bien de s'en aller (3). Enfin, le 20 juin 1649, la Dominicale arrête « que. doresnavant, aulcuns des habitans de ceste ville ne seront reçus à mettre leurs serviteurs mallades dans l'aumosnerie qu'à la charge de fournir et frayer à leur nourriture et qu'à faulte de ce faire ou refusant il sera contre eux délivré exécution (4) ». Cette réglementation finit par tomber en désuétude, car on dut la renouveler, le 4 juin 1774. H fut dit de nouveau qu'on n'y admettrait aucun malade de cette condition, bommeou femme, sans qu'il ne soitpayé, en ce qui concernera la nourrriture et les médicaments, une somme de 10 s. par jour pour les premiers et de 5 s. pour les autres. Cependant, si le maître se trouvait être peu fortuné, vieux ou infirme, les administrateurs y auraient égard.

L'aumônerie Notre-Dame reçoit de tout temps les pauvres de passage, dans la salle Saint-Thomas, qui leur est spécialement affectée. Cette louable coutume ne cesse point complètement, même après la fondation de Thôpitalgénéral. Le 1"" janvier 1681, des administrateurs sont priés

(1) Reg. dél. mun., p. liO. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. H, — (3) Bibl. Poitiers, cart. ;)3 bis, reg. 11. — (4) Le 7 janvier 1788. le Chantre de Saint-Hilaire verse 10 1. pour son domestique Fulgent, mort à l'hôpital. (Arch. Hôp.)

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parle Bureau de rechercher dans la maison un lieu propre à retirer les passants et un autre pour y mettre les hardes des malades. Ils devront les choisir loin des chambres occupées par ces derniers (1). Cette hospitalité dut se continuer un certain temps, pour cesser vers 1727, à l'époque de la création du Dépôt de mendicité.

En dehors des indigents malades ou de passage, l'Hôtel- Dieu accepte des pensionnaires. A l'arrivée des Hospitalières^ un homme de Chàtellerault lui offre tous ses biens, si l'on veut le loger et le nourrir (2). En 1636, une nommée Marye y séjourne en cette qualité moyennant l'abandon de la rente de 75 1. que lui a léguée son maître (3). Une autre est acceptée sous condition qu'elle donnera les 30001. qui constituent toute sa fortune (4). L'année suivante, un vieux garçon offre une semblable somme. Les propositions de ce genre, qui se présentent de temps en temps, donnent toujours lieu à une enquête préalable, sur la moralité des postulants et sur ce qu'ils possèdent.

Au xvni" siècle, le prix des pensions augmente. On trouve même des gens qui, à l'exemple de René Pèlerin, s"" de Griteau, mort en 1722, viennent par humilité flnir leurs jours avec les pauvres. En 1763, M'" Mercadier verse 200 1. par an, et Nivard, prêtre, 300 l. (3). En réalité, à cette époque, les pensionnaires de ce genre sont peu nombreux.

La nourriture des pauvres se prépare dans la cuisine de

(1) Arch. Hôp. — (2) Reg. dél. mua., n» 76, p. 89. — (3) Reg. dél. mun., n» 107, p. 10.3. En 1078, Esther Robert offre 60 1. par an de pension et Madeleine Lescure abandonne les 600 1. qu'elle possède, mais recevra 29 1. de rente si elle sort (min. Royer jeune.) — (4)Bibl. Poitiers, cart. 53 6is, reg 11. — (ij) Arch. Hôp. Peu avant la Révolution, une des demoiselles Romanel remet à la maison 2.000 1. à condition d'y être logée et nourrie toute sa vie. Les biens de l'hôpital lui serviront de garantie pour cette rente viagère (id.).

126 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PUITIERS

l'hôpitai. On y trouve un chaudron et un poêlon en cuivre, 7 marmittes dont une très grande, une poissonnière en cuivre rouge, un bain- marie, une passoire, un tournebroche avec sa broche, des réchauds, une rôtissoire, trois casseroles, une tourtière. La plupart de ces ustensiles sont en cuivre rouge. Les malades mangent dansdes écuellesd'étain, dont 33 sont neuves et 41 vieilles. En outre, ils utilisent 30 saucières neuves et 40 vieilles également d'étain. L'argenterie comprend 10 cuillers et 11 fourchettes d'argent, parmi lesquelles, 1 5 étant en mauvais état, ont besoin d'être changées.

Les pauvres se nourrissent principalement de pain et de viande. Ils reçoivent parfois du vin, à partir du xvin^ siècle. Le pain est fabriqué avec de la farine provenant des grains qui sont dus chaque année à la maison. Pendant longtemps, ces grains sont remis en nature à un boulanger qui doit en fournir une quantité déterminée par boisseau. Malheureusement, les rentes de ce genre ne sont point suffisantes et tous les ans il faut mettre en adjudication la fourniture de ce qui fait défaut. En 1639^ le pain, étant fabriqué « avec du fort gros blé », n'est pas mangeable et le fournisseur se voit condamner à 30 1. d'amende avec ordre de n'employer à l'avenir que du pur méteil (1). Même plainte le 8 juin 1648 (2). L'échevin Pierre Guyon en réclame pour les pauvres du meilleur et veut que la quantité soit en proportion du personnel de l'hôpital.

Au xvnf siècle, tous les grains sont vendus et le pain acheté directement chez un boulanger. Un état, fait en 1764, porte la dépense à 2.01 8 1. par an. Celte somme ne

(1) Reg. dél. mun., 11° 87, pp. 189, 161. — (2) Reg. dél. mun., n» 99, p. 213.

.IIJSOIJ'A L'AN V 127

larde point à devenir trop faible, car, de 1770 à 1775, elle n'est pas en dessous de 2.730 1. et se monte même, en 1772, à 7.336 1. 15 s. (1). En réalité, elle reste fort variable, étant influencée plutôt par les mauvaises récoltes que par le nombre des malades.

La viande, d'abord fournie par les bouchers à la suite de marchés passés de gré à gré, est mise en adjudication, lors de la création à Poitiers^ en 1640, de la boucherie de carême. La quantité nécessaire à la maison varie souvent. En 1660, il en faut 6.200 1. à raison de 3s, la Uvre, soit une dépense de 960 1. pour l'année. En 1764, cette dépense, qui comprend aussi l'achat du lard et de la graisse, se monte à 2.365 1. Elle augmente encore et passe à 5.140 1. en 1771 (2). De 1770 à 1776, sa moyenne atteint 3 . 167 1.^ mais il faut dire qu'à cette époque l'Hôtel- Dieu hospitalise un grand nombre de soldats.

Le régime maigre suivi à l'hôpital est assez varié. Le 5 avril 1630, pendant la dernière semaine de carême, la directrice Roze Rousseau fait les achats suivants (3) :

1 mollue [morue] blanche 10 s.

2 fromages à 2 s 4 s.

2 1. de beurre à 10 s 20 s.

1/2 carteron d'anguillettes à 8 s. le cent 4 s.

1 pot d'huile de noix 20 s.

1 carteron de sardines S s.

1 carteron de harengs blancs 15 s.

1 mollue blanche 15 s.

En 1646, le menu habituel des pauvres comprend du fromage, du chevreau, des prunes, du beurre salé, des raisins, des châtaignes et du mouton. Le hareng et la morue forment la base de leur nourriture pendant les jours mai-

(1) Arch. Hùp. — (2) Arch. Hôp. — (3) Bibl. Poitiers,cart. 54.

128 L'ASSISTxVNCE PUBrJOrE A POITIERS

gres (1). Le 31 août de celte même année, il est acheté :

27 pots de verjus 54 s.

1 livre de sucre 50 s.

4 livres de beurre à 10 s 40 s.

L'année suivante, les menus comprennent des pois, des fèves, des fromages à 3 s. la pièce, du beurre à 7 s. 6 d. la livre, des œufs à 2 s. 6 d. la douzaine et du miel à 2 s. la livre. Le prix de ce dernier reste encore à 2 s. 2 d. en

Le !*'■ septembre 1647, intervient le premier règlement concernant la nourriture des indigents de l'Hôtel-Dieu.

A trois pauvres, une livre de viande par jour.

3 pains par jour, pour 35 pauvres.

35 s. pour chaque journée de maigre à distribuer à ces 35 individus ainsi qu'aux Hospitalières. Si leur nombre s'accroît, il sera pourvu chaque jour aux augmentations susceptibles de se produire au point de vue des aliments.

Le 22 mars 1648, il est de nouveau décidé que chacun des hospitalisés aura droit à 3 carierons de pain et à autant de viande (2j. Il sera en conséquence alloué en tout aux malades 40 s. pour chaque vendredi. Au surplus, les listes dressées par les religieuses serviront de bases quand auront lieu les distributions.

Le 22 avril 1654^ malgré l'opposition des Hospitalières, il est décidé que le régime accordé aux pauvres par le règlement du 11 janvier 1651 sera maintenu (3). Ce régime comprend :

Premièrement, deux buschiers et demy par an au commencement de la Saint-Jean.

(1) Ribl. Poitier.s, cart. o4. — (2) Bibl. Poitiers, cart o.3 bis, leg. 10. — (.3) Bibl. Poitiers, cart. \j3 bis, reg. 10.

Un millier de fagots à commencer à la Saint-Jean.

Demy livre de viande à chaque pauvre par jour.

Une livre de pain à chaque pauvre el, à raison de 50 pauvres, on leur donnera trois pains et demi par jour, comprins ccUuy qu'on met en potaiges etaussy à proportion du plus ou du moings de pain pesant IG livres.

Plus, quatre livres de beurre par sepmaine à raison de ")0 pauvres et à raison de 40 semaines.

Il y a douze autres sepmaines pour le caresme et jours de jeusne et abstinences quy font à proportion des aullres sepmaines, 12 1. de beurre par sepmaine.

Plus deux œufs par jour à chascun pauvre.

Plus deux potz d'huille tous les mois.

Plus 30 livres de lard, pour larder la viande.

Plus 12 ballais par mois.

Plus deux potz de vinaigre par mois.

Plus 30 potz de verjus par mois

Plus 50 s. d'espices.

Les luminaires qui sont donnés à l'hospital demeureront aux pauvres, et, doibvent estre donnés et mis entre les mains des Administrateurs et ce, par ordonnance du 31 décembre 1653.

En 1656, nous trouvons toujours la morue, les pois, les épiées, le beurre monté à 11 s. la livre, les œufs à 4 s. la douzaine, les poules à 12 s. pièce et, en plus, beaucoup de viande de bœuf ou de mouton (1). En 1660, le chauffage revient à 500 1. par au. Quant au vin, huile, chandelles, sel, vinaigre, miel, herbes et autres dépenses, elles atteignent 300 1. (2). Le verjus, nommé plus tard « vérine », est employé toujours avec abondance comme condiment. En 1681, il vaut 20 d. le pot et l'huile de noix de 16 à 18 s. Le prix de celle dernière varie, selon les années, entre 12 et 22 s.

Le vin réservé aux seuls employés de la maison n occasionne, pendant longtemps, que de faibles dépenses. 11 en

(1) Bibl. Puiliers, carL 1)2. — (2) Bibl. Poitiers, cart. ïJ2.

est autrement à partir de la fin du xvif siècle, quand les soldats de la garnison sont admis à l'hôpital. Les administrateurs se préoccupent d'obtenir l'entrée de ce liquide ainsi que du bois de chauffage en franchise lors de l'installation des octrois. Leurs démarches, commencées en 1081, n'aboutissent qu'en 1686 (1). Il est alors convenu que IHôlel-Dieu paiera les taxes ordinaires comme tous les particuliers, mais qu'en fin d'année les sommes qu'il aura versées lui seront restituées intégralement. Entre 1753 et 1756, le directeur des aides remet pour cette cause 115 1. par an dans la caisse des pauvres.

Au xvnie siècle, il se récolle une grande quantité de vin autour de Poitiers. Le prix de la barrique est assez variable, mais celui du rouge et surtout du pineau reste toujours un peu plus élevé. Le premier, dont il est surtout consommé, vaut 60 1. la barrique en 1695; cependant, ce chiffre n'est atteint que fort rarement. Ordinairement, son prix se tient dans une moyenne qui varie entre 25 et 30 1. jusqu'à la Révolution. Les bonnes années il descend jusqu'à 10 l. et, les mauvaises, il monte à 40 et 45 l.

L'Hôtel-Dieu en consomme 8 à 10 barriques par an jusque vers le milieu du xviii^ siècle, puis 20 à 30, pour atteindre un maximum de 38, dont 2 de blanc, en 1785, En 1750, la dépense totale des achats de ce genre est de 800 1.; elle descendra à 590 l. en 1760. Nous la voyons se monter à 1375 1. en 1770 et à 1728 1. l'année suivante. A partir de cette époque jusqu'en 1789, elle varie entre 1.000 et 1.500 1. environ (2). Cette augmentation est due en

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp. On vendait également de l'eaude-vie. En 1753, il en était acheté IG veltes à raison de 05 1. 8 s. la velte.

partie au fait que la directrice vend du vin aux militaires hospitalisés, ce qui laisse un léger bénéfice à la maison.

En dehors de leur régime ordinaire, les pauvres reçoivent quelques douceurs des personnes charitables qui viennent les visiter. Chaque semaine, certaines dames de la ville, qu'on appelle semainières, sont invitées par le maire au moyen de «billets » à bien vouloir aller à l'Hôtel Dieu. En 1642, le sergent de la « mairesse » a mission de les avertir, car elles avaient refusé de l'être par les chasse-coquins, gens trop peu recommandables.

Au cours de leurs visites, elles distribuent de l'argent, du pain, du vin et quelques friandises aux malades. Une délibération de la Dominicale, du 6 septembre 1654^ nous fait savoir que les pauvres reçoivent « une livre de pain par jour, sans y comprendre celui qui leur est donné par les dames qui vont chaque jour les visiter (1) ». Cette même délibération ajoute « qu'il n'y a religieux de la ville qui en ayt plus ».

L'abus finit à la longue par s'introduire sous le couvert de la charité. Les médecins, chirurgiens et directrices des hôpitaux, n'obtenant plus les résultats qu'ils pouvaient attendre des remèdes prescrits, en attribuent la cause à certaines personnes qui profitent de la liberté qu'on leur laisse pour donner mal à propos de la nourriture aux malades. Le 29 novembre 1780, le Lieutenant de police fait paraître une ordonnance contenant les prescriptions suivantes : 1° défense d'entrer dans les hôpitaux, sans l'expresse permission du Directeur, à peine de 30 1. d'amende; — 2° défense de procurer aux malades aucun secours, soit en médicaments soit en nourriture, sans l'expresse permission

(1) P. Rambaud, lUem. Soc. Anl. Ouest, t. Ilf, 'i^ série.

des médecins, chirurgiens et directeurs; — S^pour ne point totalement priver les malades de secours charitables, ceux qui leur en apporteront auront soin de les remettre au Directeur chargé de les leur distribuer (1). Ces sages prescriptions n'ont point cessé d'être suivies à partir de cette époque.

Pendant cette seconde période de l'histoire de l'Hôtel- Dieu, les malades, d'abord fort mal logés, ne le sont convenablement qu'après la construction du pavillon central et de laile droite de l'établissement. Couchés le plus souvent deux à deux, leur nombre peut varier au maximum entre 100 et 120. Vers la seconde moitié du xvni* siècle, il paraît atteindre 125.

La nourriture des pauvres, pour n'être pas très variée, ne diffère point de celle qui est partout en usage dans les hôpitaux. Le personnel chargé de les soigner est au début assez restreint. Par la suite, les directrices et les filles données, sortes de religieuses laïques, se montrent toujours pleines de dévouement à leur égard. Quand ce personnel est insuffisant, les malades qui sont en convalescence viennent en aide à leurs compagnons de misère. Ajoutons que, grâce aux visites effectuées par les commissaires de service, l'ordre et la discipline semblent avoir régné d'une façon constante dans cette maison de charité.

(l)Arch. Soc. Ant. Ouest.

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