‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 7 sur 33 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le budget de l'Hôtel-Dieu (1619-1789).

La Dominicale fournit, comme par le passé, à la Grande aumônerie ou hôpital Saint-Thomas les sommes nécessaires à son fonctionnement. C'est ainsi qu'elle continue à venir en aide aux malades et aux enfants abandonnés. Les sommes d'argent qu'elle leur consacre deviennent plus abondantes après la création de l'hôpital général, car les secours accordés aux indigents valides diminuent d'abord graduellement, puis cessent d'une façon absolue en 1725, lors de la création du dépôt de mendicité (1). Il en résulte que ses revenus restent entièrement consacrés aux besoins de l'Hôtel-Dieu.

Aux ressources provenant de la Communauté des pauvres viennent s'en ajouter d'autres au cours du xvu® siècle. Une des plus importantes est celle que produit la vente de de la viande de carême. Le 28 juin 1640, le Parlement de Paris « mande aux administrateurs de l'hospital d'estre seuls à pourvoir de boucherie pour vendre la viande et chair de caresme pour les mallades, ceux qui auront dis-

(1) Les aumônes faites à Noël chaque année dans la cour de la mairie aux « pauvres mesnages » se montent à 62 septiers de blé en 1380, à 02 en 1391, puis tombent à 4G en 1446 et 1447. — Une autre aumône, comprenant 16 septiers de blé, a lieu le jour de l'octave de Saint Hilaire. Les comptes de la villede Poitiers ne les mentionnent point tous les ans, ce qui nous laisse des doutes sur leur régularité (Bibl. Poitiers, cart. 36).

pense d'en manger ». La Municipalité,.! cause de l'étendue de la ville^ abandonne son droit de vente à deux bouchers aux conditions suivantes : « Chacun d'eux fournira un quartier de mouton par semaine ou autre viande en même proportion, au choix delà gardienne de l'hospital deNostre- Dame et fournira, pour lesd. pauvres malades, des viandes à prix et taxe raisonnables qui sera faicte par M. le maire (1), » En outre, défense est faite à tous autres bouchers d'en débiter à peine de 100 1. d'amende.

D'après l'ordonnance du Parlement, il appartient au maire, en saqualité de chef de lapolice municipale, de taxer le prix delà viande de carême. Ayant perdu le droit de justice par suite de l'ordonnance de Moulins de 1699, suivie des arrêts du Conseil d'état du 1" janvier 1701 et du Parlement en 1702, un Lieutenant général à la police, désigné chaque année par le Présidial, est chargé d'en fixer la taxe (2). Cependant, un arrêt du 16 avril 1720 lui défend de casserd'office les adjudications quand les fournisseurs vendent de mauvaises marchandises ou augmentent les prix qui leur sont imposés (3). Le bureau de la Dominicale, qui seul procède aux adjudications, peut également les annuler en cas de besoin.

Au début, le droit de vente est concédé par l'hôpital à des bouchers que choisit la mairie. Les conditions qu'on leur impose sont alors peu onéreuses. Le 24 février 1642. Vincent Cuaut et Pierre Jamin obtiennent la permission « de vendre en leurs boutiques de logis seulement et au dedans d'icelles des chairs et viandes pour les malades et ceux qui auront été dispensés, à condition de fournir chascun d'eux, un cartier de mouton par semaine ou autre

(1) Reg. déL mun., n» 91, p. 111.— (2) Arch.Hôp. — (3) Arch. Hôp-

JUSQTI'A r;AN V 135

viande à proportion À l'aumosnerie Notre-Dame aux choix de la gardienne (i). » En ce qui concerne la viande de piquerie, Laurens Oliveau et la veuve Moricet reçoivent la permission de faire le commerce des « poullailles vivantes » à la charge d'envoyer également chaque semaine aux pauvres • « ung Cartier d'aigneau ou une poulie ». Défense à eux « de survendre » les viandes aux malades et d'en débiter en cachette « avec boutiques closes » à peine de 100 1. d'amende et de 10 1. pour ceux qui en achèteront.

L'année suivante, le marché est passé dans les mêmes conditions avec obligation de donner du chevreau, de l'agneau et des volailles (2). Le 5 décembre 1644, le choix se porte sur trois bouchers, puis, en 1645, sur autant de marchands poulaillers ou « volaillers (3) » . Cette situation reste le même jusqu'en 1651. L'Hôtel-Dieu ne retire de ces marchés qu'une petite quantité de viande et rien de plus.

Le 13 février 1651, les fournisseurs ordinaires ayant, sans doute, excité la jalousie de leurs confrères, l'échevin Jean Pidoux, doyen de la Faculté de médecine, vient dire au Conseil qu'à la suite de requêtes à lui adressées il serait bon de voir « qui voudra faire la meilleure condition pour les pauvres qui sont en grand nombre et nécessité (4) ». On se décide à réunir les bouchers dans le but d'accorder le droit de vente à celui d'entre eux qui fera les offres les plus élevées. A partir de cette époque, l'adjudication est de règle, sauf empêchements. C'est ce qui arrive quand les prix que l'on propose sont jugés insuffisants ou quand il ne se présente pas d'adjudicataires. On traite alors de gré à gré, comme en 1731, année où il n'y a « aucun enché-

(1) Reg. dél. mun., no 93, pp. 107-109. — (2j Reg. dél. inun., n° 94, p. 95. — (3) Reg. dél. mun., n» 90, p. 84. —(4) Reg. dél. mun., n° 102, p. 155.

risseiir pour le bail de la viande de carême sur le prix de sa valeur (1) «.Les domestiques del'Hôtel-Dieu la débitent pour son compte,

La publication des enchères se fait dans les églises pendant le xvii" siècle, puis ensuite par voie d'affiches. En 1738, les deux gardes de l'hôpital touchent 2 1. chacun pour les poser. En général, l'adjudication ne concerne que l'Hôtel-Dieu. Seul, il touche l'argent versé par les adjudicataires et seul il jouit du droit de leur acheter de la viande à un prix spécial pendant toute Tannée. Cependant, ce dernier droit est étendu, à partir de 1735, à l'hôpital général, aux Hospitalières, aux dames de la Miséricorde et aux pauvres incurables (2). Plus tard, cette faveur est encore accordée aux soldats qui tiennent garnison à Poitiers.

Au xvii« siècle^ l'adjudication se fait à la mairie, puis au siècle suivant à l'Hôtel-Dieu, en présence d'abord d'un échevm assisté d'un chanoine, et en dernier lieu du Bureau tout entier. Rarement elle se termine au cours de la première séance. Il faut la renvoyer souvent trois ou quatre fois à des dates ultérieures, faute d'offres suffisantes.

La durée de la fourniture se réduit habituellement à une année. En 1713, le bail est donné pour quatre ans (3). En 1728, un adjudicataire propose de le garder 7 années ce que l'on accepte en principe. Malheureusement pour lui, un autre boucher présente de meilleures conditions et naturellement obtient la préférence. Pierre Gibaud lui succède pendant une même période de temps et ensuite René Gibaud jusqu'en 1769 ('4). Louis Métayer ayant voulu

(1) Arch. Hôp.On le donna pour 120 L à Lecamp, fournisseur de bestiaux. — (2) Arch. Hôp. — (3) Arch. Vienne, H* 18. — (4) Arch. Hôp.

prendre le marché à un prix beaucoup trop élevé se voit dans l'obligalion de l'abandonnera Louis Bouille. A partir de cette époque, l'adjudication a lieu tous les trois ans jusqu'à la Révolution. Ajoutons, en passant; que le secrétaire de la Dominicale touche, de 1748 à 1780, la somme de 3 1.15 s. pour la copie du bail.

La viande de piquerie est généralement vendue par une ou deux et parfois trois personnes. Elle comprend là vu'aille le gibier, l'agneau ou le chevreau. Bien souvent, l'adjudication n'a point lieu, faute de soumissionnaires. En 1732, à la suite de trois enchères qui ne donnent aucun résultat, le Bureau déclare: « Attendu que lad. somme de loO I. offerte n'est à beaucoup près la juste valeur dud. bail, il a été arresté qu'il sera achepté des viandes de la qualité ci-dessus expliquée, pour les vendre etdistribueràl'Hôlel-Dieupendantlecaresme prochain, tout ainsy de lamesme manière et par même raison que dessus en fut usé l'année dernière (1). En 1736, un marchand consent à prendre la fourniture pour 7 ans. Il en est de même jusqu'en 1751. Après trois publications, Geneviève Charmeteau, gouvernante des enfants, est chargée cette même année de vouloir bien s'en occuper sous la surveillance de deux administrateurs. Pour cela, une boutique est ouverte dans la tour du a gros horloge » . Radegonde Thomas lui succède, mais son étal est placé dans la maison du Petit-Château. Il en est ainsi jusqu'à la Révolution.

Le cahier des charges comporte deux tarifs de vente : l'un pour l'Hôtel-Dieu et l'autre pour le public. Cette particularité n'a trait qu'à la viande de boucherie que l'adjudicataire doit fournir au prix fixé à l'avance avec, en plus, une certaine quantité de lard et de graisse. Celle de piquerie est

(1) Arch. Hôp.

138 T;ASSISTANCE publique a POITIERS

payée d'abord, au tarif du public, mais à partir de 1657, une diminution est faite sur le veau et le mouton. Chaque semaine de carême, l'adjudicataire est tenu de remettre gratuitement, au choix de l'hôpital, un mouton et demi, une tête, une fraise ou un foie de veau. Au xvin' siècle, on exige en plus, tous les mois, deux entrées gratuites composées d'un foie ou d'une tête de veau.

Les prix consentis aux pauvres sont presque toujours inférieurs d'environ 1 s. par livre à ceux du public. Ils représentent la valeur de la viande de seconde qualité. L'hôpital paye le veau et le mouton 4 et 5 s. la livre, « sauf les haultes costes », quand les particuliers ne peuvent les obtenir qu'à raison de 6 s.

La viande de boucherie, fournie moyennant 4 s. la livre à l'Hôtel-Dieu au début des adjudications, descend ensuite à 3 s. en 1666,pourremonterà4s.enl684. Pendant le coursdu xviu® siècle, son prix se maintient de longues années à 4 s. 6 d. pour atteindre 5 s. à la veille de la Révolution. Le pubhc de son côté la paye en plus 1 s. ou 1 s. 6 d. et même 2 s. en 1787, quand il la veut de première qualité. En résumé, au cours d'un siècle et demi, le marché de Poitiers ne subit qu'une hausse de 1 à 2 s. sur la valeur de la livre de viande.

Les marchandises qui se rapportent àla piquerie ne sont assujetties à la taxe annuelle qu'à partir de 1666, Elles comprennent les articles suivants :

Le meilleur chapon en plume 18 s.

Poule en plume 16 s.

Le couple de meilleurs pigeons de voilier ou

poulets de grain 16 s.

Le couple de pluviers en plumes 16 s.

Le meilleur quartier d'agneau ou de chevreau 8 s. la livre.

iiison'A i/AN V i:i'.)

L'année suivante, les chapons descendent à 10 s., les poules à 12s,, les pigeons à 15 s. et les pluviers à 12 s. (1).

Le 1 1 février 1()75, on commence à tarifer autrement la volaille et le gibier, qu'il est de mode de faire cuire après les avoir entrelardés (2).

L'affiche imprimée porte les indications suivantes, avec les prix en regard :

1 quartier d'aigneau piqué 8 s.

1 tète d'aigneau -i s.

1 pire d'aigneau 4 s.

1 poule en plume 10 s.

1 cliapon en plume 12 s.

1 chapon piqué 10 s.

1 couple de pluviers piqués 12 s.

1 lapin de garenne piqué 10 s.

1 perdrix piquée 16 s.

i couple de pigeons 10 s.

1 couple de poulets piqués 15 s.

2 s. en moins les non piqués

Le prix de ces denrées varie peu jusqu'au début du xviii^ siècle, mais celui de quelques-unes d'entre elles augmente considérablement dans sa seconde moitié.

La tête d'agneau reste entre 3 et 4 s. jusqu'à la Révolution. Le ventre se maintient à 3 s. et la fraisure à 5 s. jusqu'en 1786. Le quartier de devant, d'abord à 8 s., monte ensuite à 10 s. tandis que celui de derrière, introduit plus tard sur la liste, reste toujours à 12 s.

Les chapons, cotés 12 s. en 1675, passent à 16 s, et à 25 s. pour atteindre 28 s. en 1786. Les poules avec plumes débutentà 12 s. pour descendre à 10 s. à la fin du xvn" siècle. Elles montent ensuite à 15 s. et finissent à 20 s. à la même

(1) Reg. dél. mun., a» 116, p. iV6; — no 117, p. 45. — (2) Reg. dél. raun., no 124, p. 63.

époque, tandis que les poulardes valent 11.4 s. pièce. Le lapin piqué se maintient entre 12 et 16 s. jusqu'en 1789. Au début, il n'est fait aucune différence entre la perdrix grise et la rouge. Toutes les deux entrelardées se vendent 16 s. Plus tard, la première, après avoir été longtemps sans changer de prix, passe à 18 s. et une fois seulement, à 1 1. 10 s. L'autre ne tarde point à se vendre 1 1. et 1 1. 4 s. Le couple de pigeons est coté régulièrement 12 et 14 s. Il atteint 16 s., puis 20 s., et tout à fait exceptionnellement 24 s. Le pluvier assez commun au xvii'' siècle, est d'abord à 6 s. pièce puis à 7 s. pendant de longues années. La douzaine d'alouettes, vendue 8 s. en 1702, passe invariablement à 10 s. entre 1780 et 1786(1). Il faut, comme nous voyons, près d'un siècle et demi pour constater une sensible augmentation dans le prix de ces denrées alimentaires d'un usage pourtant fort commun à Poitiers.

La location du droit de vendre la viande de carême ne donne qu'un maigre revenu à l'hôpital jusqu'au moment où le médecin Jean Pidoux parvient à le faire mettre en adjudication (2). Celle de 1632 produit 200 1. , puis l'année suivante 400 1. Ce dernier chiffre descend à 1351. en 1673, à 1201. en 1677, à 1001. en 1684, età 90 1. les années suivantes pour remonter à 230 1. en 1690. Au xviii* siècle, les adjudications donnent de bien meilleurs résultats, ce qui fait supposer une augmentation considérable dans le nombre des consommateurs. Celle de 1713 produit 900 l., tandis que les suivantes se font à des taux de plus en plus élevés, qui vont jusqu'à 1160 1. en 1782, après avoir dépassé 1000 1. en 1773.

Généralement, lors des premières ou des secondes en-

(1) Arch. Hôp. — (2) Reg. dél.mun., n" 127, p. 91.

chères, les boucliers s'entendent pour oITrir des prix ridiculement bas. Aux troisièmes seulement, il est possible d'obtenir des offres convenables et de conclure avec les fournisseurs.

Certains de ces adjudicataires cherchent à vendre, quand ils le peuvent, leur marchandise à des prix plus élevés que ceux portés au tarif. Les plaintes débutent, dès 1643, contre eux, car on les accuse « de faire monopole et enchérir la viande-pour les malades (1) ». Le 20 février 1668, la bouchère Marie Audinet est invitée à ne plus surenchérir sous peine de 20 1. d'amende, à la première accusation qui sera portée contre elle (2). Le 21 mars 1770^ François-Marie Tourneporte, chantre de Saint-Hilaire et lieutenant de police, prend l'ordonnance suivante : « Sur les plaintes qui nous ont été portées et souvent réitérées par plusieurs personnes habitans de cette ville, qu'au préjudice et contre les dispositions de notre ordonnance du 21 janvier dernier, portant la taxe des viandes de boucherie, gibier et volailles pendant le carême », les adjudicataires et ceux qui les représent et exercent leurs droits ne cessent de frauder et vendent continuellement à des prix supérieurs à ceux portés sur l'Ordonnance (3). Avertis déjà plusieurs fois, ils seront désormais condamnés à 20 1. d'amende s'ils continuent.

Les bouchers non adjudicataires, qui se permettent de vendre de la viande pendant le carême, sont astreints, en 1655, à une amende de 10 1. portée à 40 1. en 1660. Elle redescend à 20 1. en 1674, pour remonter encore une fois à 40 1. En 1689, elle est définitivement fixée à 20 1.

(1) Reg. dél. mun., no 94, p. 141. — (2) Reg. dél. mun., p. 124. — (3) Arcli. Soc. Anl. Ouest.

Les bouchers ne se contentent pas de vendre au-dessus du tarif, mais encore ils profitent de leur monopole pour livrer des marchandises inférieures. Le 22 février 1635^ plainte est portée contre eux. On les accuse de donner « de mauvaise viande et gastée aux pauvres ». Bien plus, au lieu de la débiter à la livre, ils entendent ne la faire marchander qu'au morceau. Cette façon de procéder les faitcondamner chacun à 3 1. d'amende (1). Le 14 août 1681, le fournisseur, n'en ayant que de médiocre qualité, se voit dans l'obligation de passer le marché à son fils (2). En 1772, il est dit, dans l'acte de ferme de Louis Bouille et de sa femme Elisabeth Quintard, que si la marchandise laisse à désirer, l'hôpital aura le droit de se servir chez d'autres personnes avec l'obligation pour eux de payer la différence qui pourrait en résulter.

Il arrive parfois que les bouchers se déclarent dans l'impossibilité détenir leurs engagements. Le 22 février 1652, au lieu de 260 1. ils demandent à ne verser que 200 1., arguant avec une certaine naïveté « qu'ils ont été entraînés par le feu des enchères (3) » . Inutile d'ajouter qu'on leur oppose un simple refus. En 16o6, il faut poursuivre l'adjudicataire afin d'en être payé (4). Il en est de même pour la veuve Dureau, dont tous les meubles sont saisis (5). Enfin, en 1772, le nommé Charpentier, étant ruiné, se voit dans l'obligation de faire casser son contrat (6). C'est Etienne Gibaud qui prend sa place.

Le droit de vente du gibier et de la volaille pendant le carême donne des résultats beaucoup moins brillants. En

(1) Reg. dél. mun., no 103, pp. 146, 159. — (2) Arch. Hôp. - (3) Reg. déi mun., n° 103, p. 218. — (4) Bibl. Poitiers, cai't. 53 bis, reg. 11. — (5) Arch. Hôp. — (6) Arch. Hôp. En général, les faits de ce genre se produisent assez rarement.

JUSQU'A r;AN V 143

1651 et 1652, la première et la seconde adjudication sont faites moyennant 80 1., la troisième, 100 1. (1653) et la quatrième 150 Ken 1654. L'année suivante, elle est accordée pour 75 1., mais deux ans plus tard, en 1657, elle atteint 200 l. A cette époque, les prix se maintiennent entre 318 1. (1659) et 370 1. (1662). Ce sont les plus élevés que l'on constate jusqu'à la Révolution. A partir de 1675, ils ne dépassent point 100 L, restant même souvent au-dessous. En 1685, on ne trouve que 70 l. 3 s.

Au xvTii® siècle, le montant des adjudications ne varie guère. Il arrive à tomber si bas que l'administration de l'Hôtel-Dieu doit charger ses employés de cette vente, comme nous avons déjà dit. Elle en obtient ainsi un bénéficemoyen de 90 l. par an, de 1707 à 1757. Il atteint ensuite 100 L, puis 200 l. pendant quelques années pour monter de 2501. à 3291. entre 1765 et 1780 (1). En résumé, ces sortes de viandes, recherchées surtout pour les malades et les convalescents, qui se vendent assez bien au début, semblent par la suite graduellement délaissées. En réalité, il n'en fut rien, la fraude seule occasionna un déficit qui disparut du reste, quand elle fut rigoureusement réprimée.

Le 4 avril 1651, le fournisseur se plaint des ventes clandestines de gibier et de volailles, et déclare intenter un procès à celui de ses confrères qui lui fait concurrence (2). Le 22 mars 1683, la servante d'un Procureur est accusée d'avoir voulu vendre à des protestants une perdrix et un lapin, mais le marché ne s'était point conclu, faute d'entente sur les prix (3). Le 4 avril 1753, il est dit à la Dominicale que, « pendant tous les carêmes, il entre en fraude, en cette

(I) Arch. Hôp. — (2) Reg. dél. nimi., no 111, p. lf)4. — (3) Ileg. dél, muii., iio 127, p. 95.

ville, quelque précaution que l'on prenne, toutes sortes de viandes, au préjudice du droit qu'a d'en empêcher cet hôtel » .

Le boucher René Gibault et le blanchisseur Paul, ayant voulu passer un agneau en fraude, n'hésitent point à battre le portier de Saint-Lazare, qui s'y oppose (1). Le Bureau se décide àfaire intervenir le maire, chargé de maintenir les privilèges del'Hôtel-Dieu.Apartir de cette époque, la surveillance devient plus efficace. Le 2 mars J 765, le « coquassier » Berry, ayant vendu des alouettes pendant le carême est condamné à 12 1. 4 s. d'amende. Sur cette somme, 4 s. sont pour l'affichage, 6 1. pour les pauvres et autant pour ceux qui l'ont pris. Comme la surveillance ne tarde pointa se relâcher, il faut, le 5 février 1774, faire appel à l'autorité du Lieutenant général pour arrêter les fraudes qui se commettent déplus en plus nombreuses.

En résumé, le droit réservé à l'Hôtel-Dieu de vendre la viande de carême directement ou par mandataires choisis au hasard des adjudications ne fut qu'un impôt déguisé mis sur la population riche ou pauvre de Poitiers. Si l'établissement put en retirer quelque profit, les particuliers durent certainement en souffrir. Un pareil droit amena la création d'une taxe'fixe et annuelle qui fut loin d'augmenter la bonne qualité des marchandises vendues par les bouchers, car elle fit cesser tout motif de concurrence entre eux. Ce furent donc, en dehors des hôpitaux, les malades d'une part et les gens peu aisés de l'autre qui durent surtout en supporter les conséquences.

* * Si les recettes dont nous venons de parler figurent parmi

(1) Arch. Hôp.

les plus importantes del'Hôtel-Dieu, il en est d'autres, qui, pour l'être beaucoup moins, méritent, croyons-nous, à cause de leur caractère spécial ou tout à fait passager, de n'être point complètement oubliées. Nous citerons tout d'abord les taxes imposées aux comédiens et aux saltimbanques qui viennent dresser leurs tréteaux à Poitiers. Le 21 novembre 1650, il est dit dans une délibération municipale « que, selon les antiennes coutumes, un échevin a voulu obliger des comédiens à donner, pour chacune des deux semaines qui précèdent les Avants, une somme de 20 1. destinée aux réparations de l'hôpital (1) » . Le 9 janvier suivant, ces derniers demandent une diminution, car, ne voyant que des écoliers « qui ne payent point », leurs gains sont fort maigres. La Municipalité ne se laisse pas attendrir et continue à exiger les sommes dues.

Le 14 avril 1651, une autorisation du même genre, est accordée moyennant 10 l. par semaine (2). Le 2 mai suivant, le maître du jeu de paume des Flageolles est rendu responsable du droit des pauvres. En même temps, il est interdit aux écoliers d'assister au spectacle avec cannes et épées, à cause des désordres qu'ils ont l'habitude d'y faire. En 1656, le montant de la taxe est modifié. On exige des comédiens la recette d'une journée de spectacle (3). Le 2 juillet 1657, les redevances perçues de la sorte sont partagées entre l'Hôlel-Dieu et l'hôpital général (4). Le 2 décembre suivant, Couriin, maître paumier, remet 241. au maire qui, sur cette somme, garde 191. 8 s. qu'il envoie à Paris, au Procureur chargé du procès intenté aux Hos-

(1) Reg. dél. mun., iio 112, pp. 113, 145.— (2) Reg. dél. inun.,no 112, pp. 243, 270,272. — (3) Reg. dél. muu., ir 107, pp. 84, 216. — (4) Reg. dél. mun., no 107, p. 216. Bibl. Poitiers, cart. o3 bis. Reg. n» 11.

pitalières. A partir de cette époque, ni les comptes de l'hôpital, ni les registres des délibérations de son Bureau, pas plus que ceux de la Municipalité ne mentionnent les passages de comédiens. Il est vraisemblable que ce droit ne fut pas maintenu au xvm^ siècle, car les documents concernant la police de la ville ne contiennent rien à cet égard.

Des quêtes, proposées sans doute par les Hospitalières après leur entrée à l'Hôtel-Dieu, se font dans les églises. Le 6 novembre 1643, le maire propose à la Dominicale de prendre 4 ou 5 petits enfants parmi ceux qu'elle fait élever. « Vestus d'une parure, ils iront les festes et dimanches « dans les églises amasser les charités et aulmosnes d'un (! chascun et seront employées à la nécessité des pauvres.» Ces enfants devront être nourris et instruits dans la maison. Le 29 octobre suivant, il est acheté du drap rouge, pour une somme de 21 1. (1). Le 29 octobre 1645, ce sont 2 aunes de serge a chastelluche bure » à 26 s. Le tout pour vêtir les « petits rouges ou enfants rouges », comme il était d'usage de les appeler. Cette institution, dont le résultat reste inconnu, semble n'avoir point survécu au départ des religieuses.

Comme nous l'avons déjà vu, la somme de 5 1. que doivent, au décès de chaque échevin, les membres de sa famille passe, au xvn*' siècle, de l'aumônerie de l'échevinage à celle de Notre-Dame-la-Grande. Comme elle est loin d'être versée régulièrement, il en résulte de nombreuses revendications dont rarement on tient compte. Cependant, il faut dire que cette règle comporte d'honorables exceptions. En 1662, la veuve du médecin Jean Pidoux abandonne 30 l. pour le lit de son mari. En 1775, il est donné 24 1. après la mort du

(1) Bibl. Poitiers, cart. 33 bis, Reg. 11.

sieur de la Baraudière (1). Quelques années avant la Révolution, les versements ont lieu assez régulièrement. En résumé, les receltes de ce genre n'offrent qu'une très maigre importanc.

L'aumônerie possède, en 1629, un grand tronc de bois qu'ouvrent les économes sans rendre compte de ce qu'il peut contenir. C'est pourquoi il est décidé qu'à l'avenir le maire et l'intendant en auront seuls les clefs (2). Un second lui est adjoint et tous les deux contiennent, le 6 novembre 1644, l'un 81. 3 s. et Tautre 16 s. 1 d. (3). Ils continuent à ne rapporter que fort peu de chose. De décembre 1651 jusqu'en juillet 1654, on n'y trouve que 133 1. (4). L'année 1657, ne produit que 80 1., sans compter « ung demy louis d'or faux changé pour 20 s. ». Cependant, au cours du jubilé de Tannée précédente^ il avait été recueilli plus de 200 1. Pendant les années qui suivent et même longtemps après, il n'en est plus question et les recettes de ce genre ne figurent point dans les comptes de l'Hôtel-Dieu.

Pendant tout le xvif siècle, la plupart des dons testamentaires s'adressent à la Dominicale chargée du service de la Grande aumônerie. Nombre de donateurs y mettent comme condition, selon l'habitude, d'y célébrer périodiquement des messes ou des services dans la chapelle de Saint-Thomas. Leurs noms sont inscrits sur des registres spéciaux, en même temps que les obligations qu'ils ont imposées.

Il en est autrement quand les legs deviennent impor-

(l)Reg. dél. iiiun., n» il, et Arch.Hôp. — Le boucherGenest compose avec le maire, pour empêcher moyennant 15 fr. le charivari qu'on doit lui faire lors de son second mariage, mais il oublie de les payer (Ici.). — (2) Reg. déL mun., n'' 79, p. 269. — (3) Car t. 53 his, reg. il. — (4) Cart. 53 hia, reg. 11.

tants.Pour en conserver le souvenir, on fait graver les noms des donateurs sur une lame de cuivre. Cette lame est ensuite fixée à la porte de la grande salle de l'établissement (1). Malheureusement, certains de ces dons n'atteignent point leur destination. Le 9 janvier 1650, un membre de la Dominicale vient dire que « les legs restent pour la plupart impayés », ce qui fait que les notaires reçoivent l'ordre d'apporter les testaments qu'ils ont entre leurs mains.

La rente de 500 1. imposée par Louis XIV, au profit de l'hôpital, sur les tailles, doit être versée tous les ans, mais subit, parfois, trois ou quatre années de retard, comme il arrive de 1654 à J658 (2). C'est pourquoi un échevin peut observer que les Hospitalières, qui ont droit à la même somme, se font bien payer, tandis que la Ville ne touche rien.

Les legs spécialement établis en faveur de l'Hôtel-Dieu sont, à part quelques exceptions, d'une importance très secondaire. Parmi ceux qui valent la peine d'être cités, notons unerente de 3001. laissée par IsaïeBrochard, sieur de la Clielle. sur sa maison de la rue Saint- Savin conformément à son testament du 8 avril 1630 (3); un second, de 3.000 1., donné par le médecin François Humeau, le 18 février 1692. Le plus important de tous est celui de iMathurin Dubois de Garqueville, ancien receveur des tailles à Poitiers (4). Par son testament du 28 juin 1720, il lègue à l'Hôtel-Dieu et à l'Hôpital Général, chacun 25 actions de la compagnie des Indes.

En 1719, les administrateurs, comme l'indiquent les

(1) Arch. Hôp. —(2) Reg. dél. mun., n» 109, p. 42. — (3) Arch. Hôp. — (4) Arch. Hôp. Min. Junot notaire à Paris. — Min. Mathurin Dubois.

.irSOU'A [/AN V 149

comptes, s'empressèrent d'agioter sur les billets émis par la banque de Law. Ils enregistrèrent même, pendant un certain temps,d'assez jolis bénéfices. Malheureusement, ils ne furent point de longue durée et il fallut liquider la situation, qui se solda par une rentrée de 81.333 l. 6 s. 3 d. (1). C'est alors que la mairie, ayant besoin de 450.000 1. pour l'achat des charges municipales, ne trouva rien de mieux que de s'adresser aux hôpitaux en leur abandonnant les 5 0/0 d'intérêt promis par le roi pour cet emprunt déguisé, fait en vertu de Tédit du mois d'août 1722. L'Hôtel-Dieu avança une somme totale de 104.815 l. 4 s. 8 d. Cette somme fut réduite à 95.286 l. 13 s. 4 d., dont les intérêts tombèrent à 1 0/0. En vertu d'un second édit de juillet 1726, ils remontèrent à 2 0/0 (2). Ce déplorable placement ne donna qu'un revenu annuel de 1 .905 1. 14 s., payé régulièrement jusqu'à la Révolution.

Dans l'état des recettes établi en 1728, il est dit que, depuis 1720, « on n'a pas reçu un sol » en fait d'aumônes et de dons ». Celui de 1764 les estime à une moyenne de 140 1. pour les 10 dernières années (3). Cependant, le 11 mai 1785, un des administrateurs, Thévenet, chanoine de. Saint-Hilaire, donne par testament 8.000 l. à l'Hôtel-Dieu, autantaux Incurables et 12-000 l. àl'Hôpital Général. Après liquidation de sa succession, chacun de ces établissements ne reçoit que 4.166 l.

Nous ne reviendrons pas sur l'étude déjà faite du budget

(1) L'Hôpital Général ne toucha que 40.6Gr> I. 13 s. 4 d. Marié à Claude de Carqueville, Dubois eut un iiIs,Mathurin-François (1694). Reg. paroisse Saint-Cyhard. — (2) Arch. Hôp. et Reg. dél. mun., nos 145 et 146. —(3) Arch. Hôp.

de la Communauté des pauvres. Nous savons que lescomptes étaient tenus avec assez peu de régularité, tant au point de vue des recettes que des dépenses. Les chapitres variaient selon la volonté du receveur en exercice. Les sommes dues par les fermiers des rentes n'étaient point toujours portées en avoir, après leur paiement. De plus, celles que l'on versait entre les mains des différentes directrices de THôtel-Dieu n'y figuraient que fort réirement.

Thérèse Romanet reçoit, entre 1753 et 1756^ la somme de 39.208 1. 18 s. H d. et dépense 38.161 1. 3 s. 2 d., ce qui lui laisse un reliquat de 1.047 1. 15 s. 19 d. sans qu'aucun des trois receveurs en exercice pendant cette période n'ait eu l'air de s'en préoccuper. En 1756. ayant demandé 3.270 1. 6 s. 1 d., il arrive que ses dépenses atteignent 3.500 1., ce qui occasionne un léger déficit (1). Cependant, la situation change pour devenir absolument correcte, quand Alexis Morin est nommé receveur inamovible. C'est à lui que revient l'obligation d'indiquer dans sa comptabilité tout l'argent laissé aux directrices pour les besoins journaliers.

Une autre difficulté pour bien connaître la situation budgétaire de l'Hôtel-Dieu est que les recettes et les dépenses de la Dominicale s'appliquent à trois catégories d'indigents;» aux malades soignés dans cet hôpital, aux enfants trouvés et aux pauvres valides.

Cette dernière catégorie disparaît complètement, ou à peu près, comme nous avons vu, quand se crée, en 1725, le dépôt de mendicité. Les deux autres restent seules plus ou moins confondues dans les comptes généraux.

Les revenus de l'Hôtel-Dieu se divisent^ approxi-

(1) Arch. Hôp.

JUSQU'A I/AN V ir.l

malivement, en plusieurs chapitres qui comprennent:

J^Les taxes du clergé versées avec assez de régularité. Nous les voyons varier entre 1.4G2 1. 10s. et 1.962 1. 10 s. de 1720 à 1765 (1). L'état de 1728 les estime valoir 1.462 1. et celui de 1754 indique pareille somme;

2" Les fermes des maisons, terres et bâtiments quelconques qui donnent 29 1. en 1720. Ce revenu est sujet à de nombreuses fluctuations par suite des retards habituels apportés dans les paiements. Jusqu'en 1765, il varie entre un minimum de 444 1. et un maximum de 1 .386 1. En 1728, il est estimé 1 .045 1.;

3° Les rentes constituées, perpétuelles ou amortissables en argent, atteignent 829 1. en 1720 (2). Elles augmentent graduellement et passent à 2.165 1. 17 s. en 1733. Plus tard, en 1764, oncles met à 1.664 1. 7 s. 3 d., sans compter les 500 1. accordées par le Roi, sur les tailles;

4° Les recettes extraordinaires comprennent le casuel, qui se compose de dons, aumônes, ventes de blé, de viande de carême, de bonneterie fabriquée par les convalescents, de vêtements ayant appartenu aux pauvres décédés. Viennent en dernier lieu les arrérages des rentes, qui sont d'abord peu importants. En 1720, ils n'atteignent que 74 1. 15 s. A partir de cette époque, on les voit varier d'une année à l'autre selon les legs des donateurs ou les remboursements qui sont effectués au cours de l'exercice. En 1732, nous trouvons 647 1. 19 s. En 1 733, cette somme se monte à 1 .1891. 4 s., pour arriver à 3.265 1. 9 s. 6 d. en 1735, puis redescendre à 124 I. seulement, en 1739. L'année 1763, l'une des plus fortes, atteint3.785 1.3 s. 2 d. (3). L'état de l'hôpital dressé en 1764 indique pour ce chapitre

(1) Pièce just. no 4. —(2) Arch. Hôp.— (3) Arch. Hôp.

152 L'ASSISTAiVCE PUBLIQUE A POITIERS

les rentrées suivantes : T droits sur la vente de la viande de carême, 880 1.; 2° journées versées pour le compte des soldats malades, 1.826 1. ; 3% aumônes ordinaires, 140 1. Le total se chiiïre par 2.166 1.

Les comptes que tiennent les intendants ou les économes au xv;! siècle nous indiquent, pour 1646, une recette de 2.563 1. 4 s. 1 d. avec une dépense de 2.322 1. 10 s. (1). En 1660, la première n'est seulement que de 1.877 1., tandis que la seconde atteint 1.646 1. 18 s. En 1668, les services de l'hôpital coûtent 2.234 1. 10 s. 7 d. et 2.355 1. en 1673. Ces chiffres varient peu jusqu'au début du xvm" siècle. En 1703,on trouve 2.3581. et 2.288 l.en 1715.

Les recettes, qui sont de 2.669 1. 2 d. pour 1720, se montentà 5.830 1.16 s. 6 d.en 1732. Elles se maintiennent, plus ou moins régulièrement, aux environs de 6.200 l. un peu avant 1750. D'après l'état de 1728, on les estime valoir 6.4261. 16 s. A partir de 1750, elles arrivent à 8.211 l. 12 s. 6 d. pour se maintenir aux environs de 10.000 1. Un autre état, dressé en 1764; les porte comme atteignant une moyenne de 1 1 .772 l. 6 s. 7 d. (2). Quelques années plus tard^en 1774, elles ne sont plus guère que de 10.000 1. Ce chiffre est celui adopté jusqu'en 1789.

Les dépenses sont encore de 2.447 1. 19 s. en 1725, puis, passent graduellement à 5.830 1. 16 s. 6 d. en 1732. Au commenceent de 1735, elles se tiennent au-dessus de 6.000 1. pour arriver même à 8.000 l. vers 1750 et rester stationnaires jusqu'en 1753. On les voit alors se monter à 9.000 l. et ensuite à 10.000 l. Déjà, l'état dressé en 1728 les estimait comme atteignant chaque annéelO.746 I.IO s. , mais ce chiffre, qui indiquerait un déficit annuel de 4.321 1.,

(1) Bibl. Poitiers, cart. 52.— (2) Pièce just. no 6.

JUSQU'A I;AX V iî>:i

nous paraît exagéré. Celui de 1764 porte les charges de l'hôpital à 11.792 1. 6 s. 7 d. avec encore un déficit de 1.383 1. 13 s. 5 d.

Les comptes de l'Hôtel-Dieu se soldent généralement par un excédent de dépenses. Il en est^ainsi pour 16 d'entre eux sur les 19 que nous possédons encore. De mars 1753 jusqu'à la fin de décembre 1756, soit pendant quatre ans moins trois mois, il ne reste en caisse, tous frais payés, que 1.047 1.15 s. 9d., soit environ une moyenne de 250 1. par an.

Nous avons déjà dit que le receveur consacrait dans ses comptes un chapitre spécial aux sommes non recouvrées. C'est un genre de déficit qui vient singulièrement alourdir et compliquer le budget de l'Hôtel-Dieu. Depuis les trésoriers du roi et les grands seigneurs jusqu'aux simples bourgeois, marchands, fermiers, ou laboureurs, personne n'arrive à payer d'une façon régulière. Le chapitre des reprises est souvent fort élevé. Ainsi, dans le compte de 1738, il atteint 2.462 1. 19 s. 1 d., quand les recettes réellement effectuées ne sont que de 3.349 1. 31 d. En 1753, sur un revenu net de 9.195 1. 11 s. ^ il reste dû 3.149 1. 13 s, 6 d., soit un bon tiers. Nous devons ajouter que ces deux exemples sont plutôt des exceptions. En général, les sommes restées en souffrancereprésentent une moyenne de 10 à 15 pour cent, de la recette totale.

Certaines années paraissent avoir été peu brillantes au point de vue financier. Le 22 décembre 1636, il est dit à la Dominicale que les pauvres de l'aumônerie sont en extrême nécessité et doivent beaucoup d'argent tant au boucher qu'au boulanger (1). Le 8 novembre 1648, ces

(l)Reg. dél. mun., no 87, p. 99. cart. 53 bis, reg. 10.

derniers déclarent qu'ils ne livrerontplus de marchandises. Ils ont toujours des notes en retard, et leurs réclamations, accompagnées parfois de menaces, se répètent constamment, comme le prouvent les registres de la Communauté des pauvres.

Le 16 novembre 1650, un économe de l'Hôtel-Dieu vient dire à la Municipalité : « Il est à craindre que les indigents ne périssent de faim, s'il n'y est pas promptement pourvu (1). » Immédiatement, des quêtes sont ordonnées et les dames de la ville invitées à bien vouloir visiter les malades.

Faute d'argent, il arrive que les employés de la maison ne touchent même pas leurs gages, ce qui fait l'objet de maintes réclamations. Le H novembre 1660, le Chapelain^ ayant demandé cinq à six fois ses honoraires, sans rien obtenir, insiste pour que, faute d'argent, on prenne soin de le nourrir (2).

En 1728, les administrateurs écrivent à l'Intendant du Poitou pour lui dire quïl leur est impossible de faire subsister les pauvres. « Le prix de toutes choses nécessaires à la vie et entretien est. tellement augmenté qu'un revenu aussi médiocre ne peut fournir des aliments à un nombre aussi considérable dé personnes. On a observé qu'il y en avait tous les jours 49, desquelles on ne fixe la nourriture, y compris bois et chandelle, qu'à 120 1. par an, somme très modique pour chacun, qui exige bien des économies. Impossible de compter sur les aumônes, car on n'a pas reçu un sol depuis 1721. On doit au boucher, boulanger et autres marchands, des sommes considérables,

(1) Rég. dél. mun., n° 102, p. 107. — (2) BibL Poitiers, cart, 53 bis, reg. 11.

sans avoir aucune ressource pour s'acquitter et dans la crainte continuelle qu'ils ne refusent le crédit qu'ils continuent depuis quelque temps sans difficulté (1). » Ils ajoutent en outre « que la ville, d'une vaste estendue et d'une pauvreté extrême, n'a que ce seul hôpital pour le soulagement des pauvres malades. Ceux des religieux de la Charité et des religieuses hospitalières, dans chascun desquels on n'en reçoit ordinairement que six, estant hors d'estat de continuer à les recevoir » . Après cet exposé poussé peutêtre, un peu au noir, ils se contentent de lui demander des fonds pour meubler deux salles, ce que, du reste, il leur accorda, comme nous avons vu.

En 1764, les membres du Bureau déclarent que, dans les circonstances les plus critiques, ils ont toujours pu secourir les indigents sans contracter de dettes. Ils ajoutent toutefois « que, pour ne pas risquer de ruiner l'hôpital dont ils ont l'administration et ôter les secours qu'ils sont obligés de donner aux pauvres malades de la ville et faubourgs de Poitiers et des environs qui sont en grand nombre et presque toujours au-dessus des facultés de cet hôpital, il plut au roy de lui accorder un secours extraordinaire de 6.000 1. au moins, à prendre sur l'imposition des trois deniers pour livre de la taille de la Généralité de Poitiers, destinés aux hôpitaux ou sur les octrois créés pour être octrois des hôpitaux et pour leur entretien (2) ». Le trésor étant vide, cet appel à la bienfaisance royale ne fut point écouté.

En 1774, les administrateurs constatent de nouveau l'impossibilité dans laquelle ils se trouvent de faire face aux dépenses, sans avoir recours à l'économie la plus scrupu-

(1) Arch. llùp. — (2) Arch. Hop.

leuse, ainsi qu'aux dons et aux aumônes. Celles qui concernent la nourriture et l'entretien augmentent tous les jours.

« Si nous restions sans secours, ajoutent-ils, nous serions dans la cruelle alternative ou de refuser un azile au malheureux père de famille que nous aurions la douleur de voir périr chez lui, faute de secours, ou de fermer la porte à l'enfant de qui nous ne pouvons payer les mois de nourrice. » Cette fois, ils prient Tlntendant du Poitou de vouloir bien « obtenir de la bonté du plus chéri des rois » une somme de 12.000 1. pour secourir l'Hôtel-Dieu, après quoi « les infortunés qu'il renferme ne cesseront d'élever leurs vœux au ciel pour la conservation des jours précieux de votre grandeur (1) ». L'Intendant ne fut pas plus heureux que le Bureau, car il ne put rien obtenir.

Dans cette dernière requête, l'administration attribue plus de la moitié des dépenses totales aux frais qu'occasionnentles enfants abandonnés. En 1777, ces frais deviennent si considérables « que les pauvres malades en souffrent, ne pouvant, faute de ressources suffisantes, recevoir tous ceux qui se présentent (2) ». Comme nous verrons, une demande, adressée au prince apanagiste du Poitou, obtint un meilleur résultat.

En réalité, sans être riche, l'Hôtel-Dieu put, grâce à une stricte économie, et au zèle de ses administrateurs, faire à peu près face à tous ses besoins. Ayant, à partir de 1725, absorbé entièrement les ressources delà Dominicale, il fut possible d'y construire des salles nouvelles, et d'y hospitaHser un plus grand nombre de malades. Son budget, sans être brillant, lui suffit à peu près et même, certaines

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hop.

années, lui permit d'effectuer de légères économies. Nous le répétons, ce fut surtout grâce à son Bureau, plutôt qu'aux dons et aumônes, dont l'importance ne paraît point avoir été très considérable, qu'il put, tant bien que mal, recevoir pour les faire soigner les indigents malades de Poitiers et des environs avec, en plus, de nombreux étrangers.

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