‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'Hôtel - Dieu et son administration pendant la Révolution (1789-1797).

Quand arrive la Révolution, l'Hôtel-Dieu ne répond plus aux besoins de l'époque et les critiques formulées jadis à son égard par les Hospitalières se répètent d'une façon courante parmi les habitants de la ville. C'est ce que nous fait savoir Bellin de la Liborlière.dans ses Vieux souvenues de Poitiers d'avant 1789 (1). Il constate « qu'on y manquait tout à la fois d'air, d'eau et d'espace. Une seule citerne devait fournir à tous les besoins. La cour d'entrée et un très petit jardin sur le derrière formaient les seuls dehors. En un mot, les malades étaient, sous tous les rapports, aussi mal placés pour eux-mêmes que pour le voisinage, et on peut aller jusqu'à dire, pour la salubrité publique ». Ce jugement, qui peut, au premier abord, paraître excessif est celui que portent tous les administrateurs, jusqu'au moment de son transfert dans un local plus approprié pour recevoir les malades.

La chapelle de Saint-Charles, près de laquelle vient d'être transférée celle de Saint-Thomas l'apôtre, après la chute du « gros horloge», reçoit encore quelques dons. Le 26 juillet 1790, l'abbé Anne de Lauzon, chanoine de Saint-Hilaire, lui fait cadeau de 120 1. pour l'achat d'une "table de com-

(1) Bellin de La Liborlière, loc. cit.

munion et deux autres de ses confrères y ajoutent chacun 20 1. Tous les trois célèbrent gratuitement les messes de fondation à l'autel de Saint-Thomas (1). Malgré l'arrêté du Directoire départemental qui interdit, le 26 février 1792, l'entrée des chapelles des hôpitaux à toutes personnes, autres que les prêtres assermentés et les malades de la maison, nous voyons, le 31 octobre 1793, l'administration dépenser encore une somme de 15 s. pour faire repeindre la statue'de la Vierge placée dans la salle des femmes.

Le 14 prairial an II, à la demande du Comité de surveillance révolutionnaire, les commissaires du mois sont invités à faire descendre le plomb qui recouvre le clocher (2). Il est offert gratuitement à la nation, mais le District sera tenu de payer les dégradations qui pourraient se produire. Enfin, désireuse de pousser plus loin sa générosité, l'administration se demanda si, par la même occasion, elle ne devait point y ajouter les cloches. Fort heureusement, elle n'en fît rien, car plus tard le produit de leur vente vint au secours des malades. Pour descendre le plomb, il en coûta 90 1. Quant aux réparations qui s'en suivirent, elle se montèrent à 288 1. 2 s.

Le 14 germinal an II, le peintre Bardin reçut 13 l. en paiement des ouvrages de peinture qu'il exécuta au frontispice de l'hôpital. Nous ignorons si ce fut pour effacer le nom qui s'y trouvait et le remplacer par un autre. En tout cas, à partir de cette époque, on l'appela, surtout à Poitiers, hôpital national et parfois hôpital civil. Cette dernière dénomination est celle que l'on employa plus spécialement à Paris.

Nous allons assister désormais aux longs et persévérants

(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hùp.

efforts tentés par les administrateurs pour transférer l'Hôtel-Diea dans un local plus salubre. Le 23 mai 179i, le maire fait observer que depuis longtemps on a émis le projet de placer les pauvres et les enfants assistés dans l'ancien couvent des Bénédictins, situé hors de la ville (1). Sa position est bonne, l'air y est sain et l'eau se trouve à proximité. Le 15 juin, l'entente est établie avec le Département et deux commissaires sont désignés pour étudier la question. Le i'r décembre suivant, un rapport du Bureau du bien public conclut en disant que l'hôpital civil actuel pourrait fort bien servir à loger un bataillon tandis que l'abbaye de Saint-Cyprien le remplacerait (2). Ces conclusions sont adoptées, et le Conseil général prie le Corps législatif d'en assurer la prompte exécution.

Cette démarche n'est point couronnée de succès, car, le 4 janvier 1793, les administrateurs tournent leurs vues ailleurs. Ayant de nouveau constaté que la maison est impropre à recevoir des malades, « tant à cause de sa position que parce que l'eau nécessaire y manque » , ils se décident à demander audépartementde vouloir bien leurfaire accorder l'ancien Grand-Séminaire. Le lendemain, le C" Pinchaud, architecte, est chargé de dresser un devis estimatif pour savoir combien pourra coûter le transfert des malades, des enfants et des meubles (3). Dix jours plus tard, le Conseil général, émet de son côté un avis favorable, basé sur les mêmes motifs, et nomme une commission chargée de s'occuper de l'affaire (4).

(1) Arch. Hôp. Le 23 avril 1909, cet établissement a été acheté par les Hospices de Poitiers, c'est-à-diro près d'un siècle plus tard, après le départ des Dominicains. - (2) Arch. Vienne, L. 67. — (3) Arch. Hôp. Pinchaud ayant demandé, le 7 juin 1795, la place d'architecte du département, ne l'obtint que le 7 fructidor an II, avec l.oOO 1. d'appointements (.\rch. Vienne, L. 271. Reg. 1, p. 33. — Id. Reg. 7, p. 48. — Id. Reg. 8, p. 31-v°. — (4) Arch. Vienne, L. 68.

Le 18 avril 1793, la Municipalité demande l'envoi à i'Hôtel-Dieu des malades soignés par les Hospitalières, afin d'éviter l'emploi trop onéreux d'un double personnel (1). En même temps, comme le C" Pinchaud semble négliger la question du transfert de l'hôpital au Grand-Séminaire, on le prie de vouloir bien s'en occuper plus activement sous peine d'être dénoncé au Conseil général.

Le 4 mai suivant, le bureau de l'Hôtel-Dieu, voulant s'assurer la propriété du couvent des Hospitalières, adresse une pétition aux Corps administratifs ainsi qu'à la Convention dans le but de l'obtenir (2). Ses démarches restent sans résultat et les femmes soignées par les religieuses viennent à leur tour encombrer l'hôpital.

Le 24 mai 1793, le représentant du peuple assiste au conseil d'administration de l'Hôtel-Dieu. Après examen du plan déposé par Pinchaud, il est décidé que l'on fera de nouvelles pétitions que les députés de la Vienne seront chargés d'appuyer auprès de la Convention (3). Le mois de juin se passe en démarches inutiles, quand un événement imprévu vient encore compliquer la question, tout en paraissant aider, au début, à la solutionner au profit de l'hôpital.

Le 2 juillet 1793, deux membres de la Commune exposent au Département que le nombre des blessés reçus chaque jour à l'Hôtel-Dieu est très considérable. De plus, cet établissement doit être considéré comme malsain, incommode et trop étroit (4). Jouyneau-Desloges et Vaugelade sont alors désignés pour visiter le Grand-Séminaire en môme temps que l'hôpital civil. Ils prendront avec

(1) Reg. dél. muii., période int., no ;{, pp. 100, 100-v». — (2) Arch. Hôp. (3) Arch. Hop.— (4) Arch. Vienne, L. 81 .

eux Juglard, commissaire des guerres à l'armée des côtes de La Rochelle, Fradin, médecin, Chauveau et Barbet, administrateurs, ainsi que Desaux, apothicaire, auxquels s'adjoindront les représentants de la Municipalité et du District.

La visite de l'Hôtel-Dieu, faite le même jour, met en relief la situation déplorable dans laquelle il se trouve : 1° placé au centre de la ville, l'air n'y circule pas; 2° il est trop près du marché dont le bruit doit gêner, et surtout des boucheries, qui exhalent des miasmes putrides ; 3" sa cour manque d'étendue, et ne peut servir de lieu de promenade aux convalescents et aux enfants. Toujours très triste, elle devient intenable pendant l'été; 5° le manque d'eau occasionne beaucoup d'ennuis et de dépenses ; 6° le local est mal distribué, ne possédant pas même le logement nécessaire pour y placer les habits et les armes des soldats malades, et cela malgré le renvoi des pauvres de la ville. « Les enfans y sont comme entassés et meurent en grand nombre, faute de soins et d'espace. Les convalescents sont obligés de sortir de la ville pour prendre de l'air et de l'exercice à la campagne» ; 1° en résumé, il se présente comme insuffisant, dispendieux, incommode et malsain (1). Le Grand-Séminaire possède' ce qui lui manque, un puits avec de l'eau en abondance, des jardins et des bosquets, enfin tout ce que l'on doit exiger pour les malades.

La visite terminée, le Commissaire des guerres réclame aussitôt le transfert de l'hôpital civil. Le 14 juillet suivant, la Municipalité suit son exemple. Elle met en avant l'impossibilité dans laquelle se trouve l'établissement de loger

(1) Arch. Vienne, L. 69. Reg. 1, p. 197. Les blessés amenés de la Vendée l'estaient parfois plusieurs jours sur le champ de bataille avant d'être conduits, sur des cliarrettes, à l'Hôtel-Dieu.

tous les malades qu'on lui amène. Le lendemain, le Conseil général invoque d'autres raisons d'ordre militaire. « Considérant, dit-il, que les différentes actions qui ont lieu dans les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres et sur les bords du département de la Vienne sont très meurtrières ; qu'il y a tous les jours un très grand nombre de soldats de la République tués et blessés et que, malgré les efforts des bons citoyens, l'état actuel des choses donne lieu de craindre que cette guerre ne se termine pas aussi promptement qu'on le désirerait; qu'il reflue beaucoup de blessés à pleines charettes, dans l'hôpital de Poitiers, par ordre des généraux ; que l'établissement actuel de l'hôpital est insuffisant pour tous les blessés, quoiqu'on ait fait évacuer de cette maison tous les citoyens malades de la ville; que, d'ailleurs, la situation et l'air de la maison de cet hôpital est très malsain », demande qu'il soit transporté dans le local du Grand-Séminaire.

Les soldats blessés arrivent de plus en plus nombreux, si bien que, le 1" septembre 1793, le maire fait remarquer au Conseil que l'Hôtel-Dieu, destiné aux habitants, est encombré par les militaires. De la sorte, il devient impossible de secourir les malades delà ville « dont y avait un nombre considérable qui languissaient sur des grabats, privés de subsistanceet des secours de l'humanité » . Il est décidé que l'on demanderait des lits au ministre de la Guerre par l'entremise de Pascal Creuzé. Le 7 du même mois, nouvelle pétition au Département. On le prie d'engager les fonctionnaires à vouloir bien abandonner une partie de leurs appointements en faveur des malades (1). Cette proposition ne manque point d'être accueillie avec bienveillance

(J) Reg. dél.mun., période int., n" 4, pp. 80-vo, 87-v°. Déjà, le 4 juil-

164 L'ASSISTANCE PLBLIOUE A POITIERS

et une liste de souscription est immédiatement ouverle.

La guerre de la Vendée arrive dans sa période la plus aiguë, si bien que i'Hôtel-Dieu, malgré le départ de l'élément civil, ne peut suffire à loger tous les blessés qu'on lui amène. Le 4 octobre 1793, le premier médecin des armées des côtes de La Rochelle est délégué pour s'assurer s'il est nécessaire d'établir une ambulance à Poitiers (1). Après avoir visité l'ancien couvent de la Trinité, son choix se porte sur le Grand-Séminaire, et, le 1" novembre suivant, les blessés sont évacués dans cet établissement. Le départ des militaires de rhôpital, qui n'a lieu qu'en partie, offre aux administrateurs, le 28 pluviôse an II, l'occasion de réclamer son transfert, sous prétexte de l'obligation d'employer un double personnel, ce qui augmente de 3 1. la journée de chaque malade. Cette demande reste encore sans réponse.

Quant la guerre de Vendée n'intéresse plus le département de la Vienne, les causes qui ont fait ouvrir l'ambulance militaire cessent du même coup. Aussi, est-elle fermée et les soldats envoyés à l'hôpital civil, le 14 thermidor an IV. Le lendemain de leur arrivée, l'administration s'empresse de déclarer que la maison était trop resserrée pour les contenir en même temps que les malades de la ville, les enfants assistés,les femmes enceintes et qu'il n'y avait point de jardin « pour faciliter les convalescents à recouvrer la santé (2) ». Deux de ses membres, Bourbeau et Jahan, sont désignés pour aller s'entendre avec la Municipalité et le Départe-

et précédent, le citoyen Buteau, membre du Directoire du département, avait invité les fonctionnaires à verser de l'argent pour les blessés et s'était inscrit le premier pour 500 1. (Arch. Vienne, L. 69, p. 176).

(1) Reg. dél. mun., période int., no 4, p. 12. — Arch.Hôp. — (2) Arch. Hôp.

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ment, afin d'obtenir l'ancienne ambulance. Le 24 suivant, la première de ces assemblées entre dans leurs vues et, le 1" fructidor, le Directoire départemental écrit aux députés de la Vienne pour les prier de faire toutes les démarches qu'ils jugeront nécessaires (1 ) .

Cette fois, le but poursuivi par les administrateurs depuis plusieurs années est atteint. Le 21 fructidor an IV, une loi vient ordonner le transfert de l'hôpital civil au Grand-Séminaire. Le 26 suivant, le Conseil général l'envoie au Bureau, avec prière de l'exécuter aussi rapidement que possible (2). Cette loi comporte les articles suivants :

Le Conseil des Cinq Cents, considérant que l'hôpital civil de Poitiers est placé dans un local mal-sain, également funeste aux malades et aux enfants naturels auxquels la patrie y a accordé un azile et des secours.

Qu'il est pressant pour l'intérêt de l'humanité de le transporter dans une maison qui offre plus de salubrité, déclare qu'il y a urgence.

Après avoir déclaré l'urgence, le Conseil prend les résolutions suivantes.

Art. I*"". L'hospice civil de Poitiers, dit Hôtel-Dieu, sera transféré dans la maison nationale dile du Grand-Séminaire et occupera tout le terrain qui étoil affecté à l'hôpital militaire qu'on y avoit utilisé.

Art. II. La présente résolution ne sera pas imprimée.

Signé : Emm. Pastoret, Bourdon et Merelle, secrétaire.

A la suite d'une seconde lecture, faite après le 21 fructidor, le Conseil approuve de nouveau cette résolution (3).

(1) Reg. dél. mun., période int., no 7, p. 108. — Arch. Vienne, L. 260. — (2) Reg. dél. mun., période int., n° 7, p. 45. — (3) Reg. dél mun., période int., n» 14, p. 76. La nouvelle maison fut construite par Jean Pinet, commis à la recette des finances, fils d'un maréchal de La Rochelle. Il épousa Marie Fouasseau, fille d'un bourgeois de Poitiers, et de Catherine Garreau. Condamné à mort pour concussions et malver-

Son exécution est alors immédiatement ordonnée par La Reveillère- Lépaux ,

Le 2^ jour complémentaire de l'an IV, le C" Lomdé, délégué par la Municipalité, visite le Grand-Séminaire en compagnie de Fay, ordonnateur des guerres. Ils décident que tout le mobilier appartenant à l'armée sera placé dans des salles à part. Personne ne pourra être admis à l'hôpital avant qu'il n'ait subi un sérieux nettoyage. Le 2 vendémiaire, il est fait un inventaire en triple expédition de tous les objets laissés en dépôt et, le 9 suivant, les malades viennent prendre possession de leur nouveau domicile.

Au début de l'occupation de cette ancienne ambulance, le Bureau se préoccupe de donner un nom à chacune des salles. Parmi les administrateurs, les opinions paraissent assez dissemblables au point de vue politique. Le C> Servant vient dire qu'il a reçu un billet par lequel un de ses collègues l'invite à faire disparaître les inscriptions placées sur les portes, et en particulier les suivantes : « Fraternité. — La loi. — L'union. — La concorde. — Brutus. — L'égalité. » Il l'engage, en outre, à les faire remplacer par de simples numéros. La majorité des membres de l'administration ne partage pas cet avis. Elle ne voit rien dans ces dénominations « qui puisse choquer l'œil de tout homme attaché aux principes de la Révolution ». Une

salions, il fut pendu, le 10 mai 1670, sur la place royale, puis inhumé aux Augustins. Sa maison, en construction avant le 7 juin 1667, n'était point payée complètement au moment de sa mort. Le sculpteur Hilaire Lecomte réclame, le 2 mars 1672, ce qui lui est dû par son marché du 26 janvier 1666. De même, les menuisiers Delattre, McolasPezé et René Cachet. Cette maison, confisquée par arrêt du 28 février 1682, fut vendue par l'état au Grand-Séminaire, en août 1682, moyennant 10.000 1. Elle avait été trouvée trop petite, en 1678, pour y mettre l'intendance (Reg. dél. mun. n° 116, p. IbO. — Min. Rullier nre. — Arch. Hist. du Poitou, t XXXV, p. 303).

JUSQU'A l/AN V 167

seule, qui porte le mot « Vengeur », sera effacée, car on pourrait l'interpréter de diverses façons (1). Enfin, pour contenter tout le monde, un numéro sera placé au-dessus des inscriptions qui resteront.

La composition du bureau de la Dominicale ne se modifie point, pendant l'année 1789, quand débute la Révolution (2). Les chanoines continuent à lui envoyer leurs délégués tous les ans, selon l'usage. L'un d'eux, Anne de Lauzon de la Poupardière, est l'objet, le 17 janvier 1789, d'une flatteuse marque d'estime, de la part de ses collègues, au moment où il abandonne ses fonctions. La délibération suivante, prise à l'unanimité, est toute à sa louange : « Sur ce quia été représenté avec combien de zèle, d'exactitude et de charité, M. de la Poupardière a travaillé à cet Hôtel- Dieu pour le bien et l'avantage des pauvres, et sans tirer à conséquence, le Bureau luy a accordé une place d'administrateur honoraire, avec voix délibérative, pour y assister lorsque sa santé le permettra (3). » C'est la seule et unique fois qu'un fait semblable se présente dans l'histoire de nos hôpitaux. La dernière réunion du conseil, composé de membres choisis selon l'ancien régime, a lieu, le 2 février 1790, sous la présidence du maire Chabiel de iMoriere.

Une première modification est apportée aux anciennes coutumes, par suite de l'établissement de la Munici'paHté élue le 29 janvier 1790. La commission administrative de l'hôpital se compose, le 11 février suivant : 1° des chanoi-

(1) Arch. Hôp. L'ancien Hôtel-Dieu, devenu la propriété du département, fut ensuite cédé à la ville pour l'établissement d'une Faculté de droit, le 23 juin 1806.— (2) Arch. Hôp.— (3) Arch. Hôp.

168 LASSISTA-XCE PUBLIQUE A POITIERS

nés Boin-Beaupré, de Lauzon, Soulard, Fallu, Chevalier, Favre et Daguin ; — 2° des membres du conseil municipal : Drouault maire, Bourbeau notaire, Guillet avocat, Demarconnay, baron de Vernou, Davieau du Bois de Sanzay et Barbier marchand. Cette commission subit quelques modifications dans le cours de l'année. Davieau et Demarconnay sont remplacés par Brault et Chevalier. Ces derniers disparaissent, à leur tour, pour céder la place à Morillon du Bellay, marchand, et à Gérard, apothicaire.

Le Bureau ainsi formé tient sa dernière séance, le 20 octobre 1790.

Le nouveau, nommé par le Conseil municipal, conformément à la loi du o novembre 1790, est installé le 11 du même mois. 11 comprend tous les anciens chanoines, à l'exception de Daguin, que remplace Durand. Les autres membres disparaissent complètement. Ils cèdent la place à Desvaux du Mortier maire^ Boncenne^ Gaillard, Motet, Demairé, Delacarterie et Dujacquelin. La plupart d'entre eux sont appelés à rester longtemps en fonction.

Les chanoines vont bientôt disparaître, comme représentants de corps constitués. Le 22 janvier 1791, le procureur de la Commune vient dire : « Que la convocation de la présente assemblée a pour motif l'exécution de l'art. 16 de la loi du 5 novembre dernier, relativement aux établissements de charité qui existent dans la ville dont les administrateurs ou directeurs étaient pris et nommés par des corps qui n'existent plus (1) ; qu'il est donc intéressant, et même du devoir de la Municipalité, d'y pourvoir; — sur quoy, avis pris, il a été arrêté que messieurs Creuzé et Bobe-Moreau verront les présidents des administrations

(1) Reg. dél. mun., no 198.

.lUSQU'A L'AN V IGO

de l'hôpital et écoles de charité pour les prévenir que la Municipalité ne s'occupe que de faire exécuter la loi; que quelque contrariée qu'elle soit de procéder à une nouvelle nomination pour ces différents établissements, elle y est obligée et, qu'elle prie Messieurs les présidents de vouloir bien lui fournir un tableau des membres que comprennent ces administrations. » Il est facile devoir combien la mairie hésite à porter la main sur cette vieille institution dont les services inoubliables persistent dans la mémoire de tous les Poitevins.

Les mêmes chanoines sont renommés, avec la simple différence qu'ils prennent seulement la qualité de prêtres. Quand arrive l'obligation de prêter le serment constitutionnel, la plupart s'y refusent et peu d'entre eux gardent leurs fonctions jusqu'à la fin de l'année. Le 29 octobre 1791, '•'évêque constitutionnel Barbier de Montault est élu membre du Bureau, tandis que Chevalier aîné et de Lauzon disparaissent. Ce dernier est remplacé parle vicaire général Lepeultre.

En 1791, Pascal Creuzé préside la commission en qualité de maire, puis Jouyneau-Desloges, qui remplace Motet. Ce dernier apparaît de nouveau à la présidence pour y rester jusqu'au 15 juin 1792.

Le 9 janvier 1792, Boin- Beaupré assiste pour la dernière fois au Conseil. Briquet et Lepeultre représentent seuls l'élément ecclésiastique. Avec eux se trouvent: Motet maire, Clément fils,Thoreau, Chauveau, Barbet, Saint-Paul, Hélion apothicaire, Joigny, Gervais père, Brocquereau, Vivône et Fradin (1). Pendant le cours de cette même année, se rencontrent de nouveaux noms comme ceux de

(1) Arch. Hôp.

Maury et de Poussin. Enfin, le 2 pluviôse an II, la Municipalité nomme une autre administration dont font partie : Jahan-Belleville, Bourbeau père, Augustin Barbault, Boncenne greffier. Servant fils^ Bobe-Moreau, Robert, Lepeultre, Barbot, Paul Malteste et Bordier.

Le 14 nivôse suivant, plusieurs membres démissionnent en vertu de la loi du 14 frimaire an II, longuement commentée par Ingrand, qui admet, comme étant incompatibles, les fonctions de conseiller municipal et celles d'administrateur des hospices (1). A partir de cette époque, le Bureau ne subit que de légères modification dues en partie à l'application de cette loi. Le 29 messidor an II, Maupetit remplace Robert. Le 29 nivôse an III, Chauveau, Clément et Barge sont désignés pour occuper les places laissées vacantes par Barbault, passé au Conseil municipal, Mallet et Barbot, démissionnaires.

Lepeultre, prêtre assermenté, invoquant un arrêté du représentant Chauveau, déclare, le 19 brumaire an III, qu'il ne sait s'il doit rester ou se retirer, car tous les anciens membres du clergé sont désormais exclus de droit des fonctions publiques (2). On lui fait observer que, d'après la loi, l'administration est renouvelable tous les ans par moitié. Au surplus, la Municipalité ne peut que rendre justice à son assiduité et à son zèle. Ces observations le décident à rester. Les membres de la commission ayant à leur tour demandé le renouvellement de leur mandant, la mairie ne se donne même pas la peine de leur répondre.

(1) Reg.déLraun., période int., n° 5, p. 21. Le citoyen Jahan-Belleville voulut aussi se retirer, comme étant parent d'émigrés. Le 4 brumaire an IV, ses collègues lui prouvèrent qu'il ne remplissait pas une fonction publique et, le 9 suivant, la Municipalité fut du même avis. — Le 19 fructidor an IV, Boncenne, nommé au Directoire, démissionna. — (2) Rég. dél. mun., période int., no 7, p. 104-vo.

JUSQU'A l/AN V ni

La loi du 16 vendémiaire an V trouve en exercice cette administration installée au début de l'an II. Désormais, il n'y aura plus qu'une seule commission, qui devra diriger tous les services hospitaliers de la ville. La Municipalité, n'ayant point compris ce changement, en nomme encore trois, le 5 frimaire suivant. Celle de l'Hôlel-Dieu est prise parmi ses anciens membres. Ce sont Bourbeau aîné^notaire, Jahan-Belleville, Servant, Maupetit, marchand, et Genest, homme de loi (1). Les 8 et 24 prairial an V, le ministre de l'intérieur ayant fait connaître au Conseil général l'erreur commise, celui-ci s'empresse, le 9 messidor,d'en avertir la mairie (2), Il est immédiatement procédé à la nomination d'un seul et unique Bureau qui comprend : Bourbeau, notaire, Petit, juge' au tribunal civil, Moricheau-Beauchamp jeune et Jahan-Belleville.

Le 4 thermidor an V, se tient la dernière séance de l'administration jusque-là autonome de l'Hôtel-Dieu. En la clôturant, son président Bourbeau prononce les paroles suivantes : «Assemblés, dit-il, pour la dernière fois, qu'il me soit permis de vous exprimer les regrets que je ressens de notreséparation. Réunis depuis longtemps pour administrer cet hospice, nous pouvons actuellement nous rendre justice que nos travaux n'ont eu pour but qiie de procurer aux pauvres les secours qu'ils avaient droitd'àttendre de nous. » Ces paroles, qui nous paraissent lih écho affaibli des mélancoliques souvenirs de l'ancien secrétaire de là Dominicale, ne sont en réalité qu'une modeste et bien faible expression de la vérité. Tous ces hommes, appartenant aux partis politiques les plus divers, se moHtrèrent, comme nous verrons, d'un dévouement inlassable enVers les pauvres. La lourde

(1) Aich. llôp. — (2) Arch. Vienne, L. 263.

i-2 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

tâche qu'ils durent assumer sous la Révolution pour sauver l'Hôtel-Dieu de la misère fut singulièrement difficile à remplir. Pour cela, ils firent preuve d'un courage constant et d'une énergie sans borne que doivent reconnaître tous ceux qui écrivent l'impartiale histoire.

Le maire préside le Bureau jusqu'au 11 pluviôse an II. A partir de cette date, ce sont ses membres qui désignent le président, et le vice-président ou 2* président. A partir de messidor an V, on les nomme pour une période de 3 mois, et souvent à tour de rôle. Quelques-uns d'entre eux sont maintenus dans leurs fonctions pendant plusieurs de ces périodes.

Au début de la Révolution, les séances de l'administration ne se tiennent qu'à de rares intervalles, soit, généralement,quatre fois par an, comme d'habitude. Le 4 avril 1792, il est décidé qu'elles auront lieu tous les premiers vendredis du mois. Le 14 floréal an II, la commission déclare que les convocations seront faites par le président, à la place du maire (1). Le 19 pluviôse an III, il est prescrit que nul n'assistera aux séances du conseil, en dehors de ses membres. Un domestique restera à la porte et fera entrer les personnes auxquelles on aura besoin de parler. A partir de cette date, les réunions devront se tenir les 4 et 29 de chaque mois. Le 8 frimaire an III, il est décidé qu'elles auront lieu désormais les 9, 19 et 29. Ajoutons que cette règle ne fut point régulièrement suivie. En réalité, elles se tinrent chaque fois qu'on les jugea nécessaires, c'est-à-dire bien plus souvent qu'on ne l'indiqua.

Comme par le passé, le Bureau délègue tous les mois deux de ses membres pour surveiller le service intérieur

(1) Arch. Hôp.

.irSQU A i;.\N V 173

de l'Hôlel-Dieu. Us sont chargés d'arrêter, la veille de chaque séance, les comptes de la directrice. A partir du H pluviôse an II, un seul d'entre eux remplit cette fonction, devenue pourtant bien plus difficile, car, à cette époque, rétablissement, à peu près ruiné, traverse une crise très grave. Le J9 ventôse an IV, la comptabilité exige une surveillance fort sérieuse, quoique le trésorier « y apporte tout le zèlle, l'intelligence et l'affection possible ». Pour mieux contrôler les services, les administrateurs se partagent en quatre groupes :

i'^^Jahan, Bourbeau, Bordier auront à s'occuper de la correspondance, de l'examen des comptes, des états à envoyer à Paris et de la comptabilité en général ;

2« Duval et Boncenne verront aux titres, aux procès et à tout ce qui concernera les revenus de la maison ;

3® Chauveau, Bobe et Clément prendront soin de l'administration intérieure, de celle des enfants trouvés, des marchés et des entrées des malades. Ils rechercheront surtout toutes les économies susceptibles d'être faites;

4* Servant, Maupetit, Barge et Lepeultre veilleront aux approvisionnements.

Cettemanière d'agir est continuéeàpeuprès régulièrement par ceux qui leur succèdent. Le 25 frimaire an V, chacun des membres du Bureau est mis à la tête d'un service spécial. Servant s'occupera des provisions et des réparations; Genêt, du contentieux et du recouvrement des rentes; iMaupelit, des dépenses de détail, du boucher et du boulanger; Jahan, du secrétariat et des affaires militaires ; Bourbeau, président, de la correspondance et du personnel médical ou hospitalier. La veille de chaque décade, chacun d'eux présentera son rapport au Conseil.

Un des administrateurs sera désigné tous les mois pour aller, le plus souvent possible, à l'Hôtel-Dieu.Il s'occupera, avec les Officiers de santé, de la tenue des malades, de leur nourriture et surtout de ce qui pourra les aider à obtenir une prompte guérison. Il arrêtera les comptes de la directrice à la fin du mois. Pendant la durée de ses fonctions, il aura le droit d'accorder des admissions à l'hôpital ou de permettre à la directrice de les faire, sous condition qu'elle en rende compte. Enfin, le secrétaire et le trésorier assisteront^ comme autrefois, à toutes les séances.

Pierre Bourbeau, bourgeois et greffier del'Hôtel-de-Ville, continue ses fonctions de secrétaire de la Dominicale jusqu'en 1792, avec 60 1. d'appointements par année. A cette date, on lui adjoint comme aide un nommé Laugier, qui dresse les états des enfants assistés et des malades entrés à l'hôpital. On lui donne d'abord 100 l., puis 120 à partir du 4 janvier 1793. Le 12 juin suivant, la Commission décide qu'il ne lui sera plus attribué d'appointements fixes. Il recevra seulement 5 s. par soldat entrant ou sortant. Le 16 messidor an 11^ Nicolas Petit, marchand^ touche 20 1. pour avoir copié des états. Plusieurs gratifications de ce genre sont accordées à différentes personnes auxquelles on confie le soin de faire des écritures.

Du 31 août 1792jusqu'au 31 août 1793, P. Clément prend la place de Bourbeau et la conserve malgré une décision prise par le Bureau le 4 février de cette dernière année, dans le but de la supprimer pour cause d'économie. Chacun de ses membres accepte avec enthousiasme l'emploi de secrétaire pendant la durée d'un mois (1). Malheureuse-

(1) Arcli. Hôp. Le 10 juillet 1793, un membre du Bureau « observe que, les brigands de la Vendée faisant craindre pour la ville, il serait

JUSQU'A L'AN V in

ment, cette belle ardeur ne tarde point à se refroidir et il faut en revenir aux usages du passé.

Le 16 frimaire an 11^ le G" Brocquereau-Vivône remplace Clément et, le l*"" pluviôse suivant, BarbauU lui succède jusqu'au 21 vendémiaire an III,. Boncenne, qui déjà supplée ce dernier, occupe ensuite son emploi jusqu'au 21 germinal an IV. Après un court intérim fait par Bobe fils, nous voyons de nouveau P. Clément reprendre le secrétariat, le 29 prairial an IV. Il le garde jusqu'au 18 brumaire an V, puis le cède à son prédécesseur, qui cumule cette fonction avec celle de trésorier. Le 28 brumaire an V, quand il s'agit de réunir les trois hôpitaux sous une seule administration, Bobe demande son maintien au poste de secrétaire, car sa place est recherchée par Legrand, employé aux écritures.

Le receveur Alexandre Babinet conserve son emploi pendant les trois premières années de la Révolution. Le 9 janvier 1792, il règle ses comptes et déclare posséder en caisse 416 1. 15 s., puis demande et obtient un congé de trois mois pour un voyage d'affaires en Limousin. Le chanoine Boin de Beaupré est chargé de le remplacer pendant son absence. Comme Babinet est passé à l'étranger et qu'on pense qu'il ne reviendra point, le Bureau ordonne, le 27 suivant, de faire saisir ses registres de comptabilité (1). Le 15 juin, ayant constaté après examen, qu'il devait encore 350 1. à l'Hôtel-Dieu, ordre est donné de faire reprise de cette somme sur la vente de ses biens.

bon de l'assembler les titres et do les mettre en sûreté ». — (/(/.). Le 6 mai 1791, Babinet dut faire timbrer ses registres de recettes et dépenses, celui des délibérations et ne donner de factures que sur papier timbré. Ce dernier devait rester au compte des fournisseurs. — (1) Arch. Hôp.

Louis Leroy est immédiatement nommé à sa place. On lui confère les mêmes droits et les mêmes émoluments. Il fait le serment de s'acquitter de sa charge avec « tout le zèle dont il est capable (1)». L'année suivante, il abandonne son nom et se fait appeler le C" Libre. Au reste, fort opportuniste, il ne conserve ce dernier que juste le temps nécessaire pour laisser passer la Terreur, puis il redevient Leroy comme avant.

Le 6 janvier 1794. ses appointements passent de 200 à 400 1. par an, grâce à la dépréciation des assignats et grâce aussi au surcroît de travail qui lui est imposé par les circonstances. Il doit, en plus de ce que faisaient ses prédécesseurs, dresser les états des enfants assistés, tous les trois mois, avec ceux des nourrices et envoyer le tout au Comité de secours publics. Le 29 brumaire an III, son travail ayant encore augmenté, il reçoit 600 1. afin de pouvoir se faire aider. Le 9 nivôse suivant, on lui alloue une gratification de 200 1. Le 1" frimaire an V, prétextant des affaires particulières qui l'obligent à s'absenter trop souvent, il déclare n'avoir plus le temps de tenir sa comptabilité et donne sa démission.

Le même jour, Bobe fils prend sa place. Ses appointements sont fixés, le 23 frimaire suivant, à 2o0 l. Le président du Bureau, Jahan-Bellcville, déclare qu'ayant travaillé avec lui et le connaissant tous on ne saurait mieux faire que de le continuer comme trésorier (2). Nous venons de voir qu'il cumula cette place avec celle de secrétaire jusqu'en Tan V. Après que les hôpitaux furent passés sous une seule administration, il la conserva encore pendant de longues années.

(l)Arch. Hôp. -(2)Arch. Hôp.

Le procureur de l'Hôtel-Dieu était, en 1792, un nommé GeolTroy (\). Il ne touchait point d'appointements fixes et ne recevait que les honoraires dus pour chaque procès. Après lui, nous trouvons les noms de Robert et de Boncenne jeune. Ce dernier prend cette fonction le 29 ventôse an IV, avec le titre de défenseur officieux.

Telles sont les modifications apportées par la Révolution dans le personnel administratif de l'Hôtel-Dieu. Elles résultent, tout d'abord, de l'application des lois sur les Municipalités et sur le Clergé. La mairie de Poitiers conserve tant qu'elle peut des prêtres parmi les membres du bureau de i'Hôte-lDieu. Cette vieille institution de la Dominicale ne disparaît, en somme^ que graduellement. Elle ne cesse encore d'imprégner après sa disparition l'esprit des habitants de Poitiers, grâce aux longs et importants services qu'elle sut leur rendre au cours de plusieurs siècles.

(1) Arch. Hop.

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