‹ L'assistance sous la Législative et la Convention, 1791-1795Chapitre 126 sur 132 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

^assistance nationalisée par la Constituante. — La Convention absorbe toutes les ressources. — Suppression de Tassistance privée. — L'Etat unique distributeur. — Suspension de la vente des biens hospitaliers. — Caractère généreux de la doctrine révolutionnaire.

Noire tâche est achevée.

A la lumière des documents, nous avons essayé de suivre le contre-coup des événements sur la misère et sur les moyens d*y remédier. Nous avons en même temps indiqué les idées directrices du mouvement charitable ; les doctrines révolutionnaires, en matière d'assistance, ont leur logique et leur unité. Avec la Constituante, l'assistance nationalisée devient une dette de l'Etat chargé de soulager toutes les catégories d'infortunes individuelles ou collectives. L'Etat révolutionnaire remplace l'Eglise et hérite de ses attributions charitables comme de ses attributions enseignantes. Par suite, il s'empare des ressources qu'elle a consacrées aux hôpitaux, il met la main sur les fondations charitables, sans se soucier des intentions des fondateurs. Pour subvenir aux charges qu'il assume, l'Etat fait rentrer dans la masse les biens du clergé et ceux des congrégations affectés à ce service devenu service public.

Avec la Législative et la Convention, la doctrine s'exagère sous l'empire de la logique outrée qui mène les Français, et sous la poussée du danger qui menace la Révolution. La France moderne se débat dans une crise où la guerre civile fait symétriquement pendant à la guerre étrangère. En combattant la Contre-Révolution, la France lutte pour la vie.

IJ'i LASSISTANCB DB I79I A I^QO

Elle se soucie îk*u du choix des moyens. Pour trouver des ressources, elle prend tout : les biens des pauvres, les fondations privées, le domaine des hôpitaux et des hospices. Ce régime d'absorption aboutit sous la Terreur à la guerre contre la richesse ; les révolutionnaires en mission s'approprient les dépouilles des particuliers pour remplir les caisses publiques.

Le récit des faits suffit à montrer les vices du système, L'Etat exagère sa fonction. Il devient non seulement l'uni- (juc débiteur, mais aussi l'uniipie trésorier et l'unique distributeur. (Test à lui que s'adressent tous les malheureux devenus ses créanciers, tous ceux qui ont à se plaindre d'une calamité collective ou d'une misère pei*sonnelIe. Il n'est plus qu'un grand dép(M de mendicité nationale ; ayant absorbé toutes les ressources, il déverse par une série de canaux et de biefs les secours publics jusque dans la moindre bourgade de France.

La conséquence de ce centralisme est la suppression de tous les organes intermédiaires ; l'Etat reste face à face avec l'individu. Les départements et les communes perdent toute individualité charitable, toule autonomie bienfaisante, et ne sont plus que des organes mécani(iues de distribution. Le système aboutit fatalement à la ruine de toutes les fondations, de toutes les corporations, c'est-à-dire de l'assistance privée. Sauf à Paris, les sources de la bienfaisance particulière, apeurée et persécutée, se tarissent et la Convention n'a plus qu'à dresser l'acte de décès des dernières sociétés charitables.

Mais elle s'inciuiète des conséquences de son œuvre et s'arrête ; la suppression de la vente des biens hospitaliers vient rendre à temps aux hôpitaux la disposition de leurs revenus. Cette sage mesure prépare la renaissance charitable, en attendant que les hôpitaux rei)rennent pleine possession de ceux de leurs biens (jui n'avaient pas été aliénés.

Ces réserves faites, il faut reconnaître ce qu'il y a de généreux dans la concept ion révolutionnaire dégagée des excès qui rensanglanlèrent. La nation devenue libre étend

Page 1