CHAPITRE TROISIEME
encourager « la fécondité des mariages » et Fallaiteraent maternel.
Il n'y a pas encore de secours à domicile dans les campagnes. L'aumône et Fhôpital « doivent être effacés du vocabulaire républicain. » Qu'on se rappelle les intolérables abus des hôpitaux déjà dénoncés par Voltaire et par TEncyclopédie, « le contraste de bâtiments brillants et de salles infectes, des administrateurs dans les délices et des pauvres entassés dans le même lit; des avenues brillantes et des tombeaux hideux, une immanité apparente et une barbarie réelle, des secours promis et une mort anticipée.... Le monarque trompait la misère en lui donnant des administrateurs et des palais. La Convention doit faire disparaître l'indigence en distribuant des secours dans les domiciles peu fortimés. . . . )>
La suppression de l'assistance hospitalière va de pair avec le progrès des secours à domicile. Là « le malheureux ne reçoit plus en échange d'un secours momentané et mesquin le supplice de la séparation de sa famille. C'est sous l'humble toit où il est allé cacher sa misère, c'est à côté de sa femme, c'est en présence de ses enfants qu'il doit recevoir les bienfaits de la République. . . . Accorder de pareils secours avec cette forme modeste, c'est secourir deux fois, c'est soulager le cœur et le besoin, c'est répandre des moyens d'existence dans toute une famille, au lieu d'enrichir un économe ou un administrateur d'hôpital. » Derrière l'emphase apparaît l'idée juste. Le secours à domicile est préférable, parce qu'il n'isole pas l'indigent. Il ménage sa dignité et le sentiment familial, mais la Convention oublie qu'on ne peut se passer de l'assistance hospitalière collective, qu'elle sera toujours nécessaire, soit à raison du caractère de certaines maladies qui ont besoin de conditions hygiéniques spéciales, soit à raison des intérêts de la science pour laquelle les hôpitaux sont d'indispensables champs d'expérience. — Pour assurer les secours aux malades, Barère établit par district trois officiers de santé payés i.ooo livres, huit boites de médicaments d'une
74 l'assihtapicb db 1791 A 1795
valeur de 3o livres, plus des provisions de farine de riz et de fécule de pomme de terre *. Chaque malade touche 10 sous par jour, plus 6 sous pour les enfants au-dessous de dix ans, mais ces secours sont réservés aux seuls inscrits sur le livre de la Bienfaisance nationale ; ils remplacent les aliments en nature « qui entraîneraient une dépense énorme. Le nombre des communes étant de 4^.000, ce serait un établissement ruineux que celui d'une marmite pour les malades indigents dans un si grand nombre de points de la République. »
Le budget de Barère est dressé avec un soin minutieux. Pour les agriculteurs et artisans invalides, il faut 7.400.000 livres. « Qu'est cette dépense pour un bienfait national, quand la République dépense 400 millions par mois pour le fléau de la guerre ? » Pour les veuves et mères chargées de famille, 3.600. (K)o livres; pour les secours à domicile à 1 06. aSo familles secourues, 4*187.000 livres. Au total, y compris les secours accessoires, le Grand Livre de la Bienfaisance publique doit coûter I2.244-000 livres. Dans un de ces accès sentimentaux, si fréquents chez les terroristes, Barère se sent ému. Ne pleuraitil pas déjà avec Malesherbes sur le sort de Louis XVI qu'il venait de condamner à mort ? La République aura sa fête du Malheur célébrée dans chaque chef-lieu de district et dédiée à la vieillesse et à la maternité. « Les deux extrémités de la vie seront réunies avec le sexe qui en est la source. Vous y serez, vieillards agricoles, artisans invalides et, à côté d'eux, vous y serez aussi, mères et veuves infortunées, chargées d'enfants. Ce spectacle est le plus beau que la politique puisse présenter à la Nature et que la Terre fertilisée puisse offrir au Ciel consolateur. »
Forme et fond, cette conclusion est digne de « l'Anacréon de la Guillotine ». Nous ne sommes plus à la Convention, en pleine Terreur, à deux pas de la place de la Révolution. C'est un enir'arte au milieu du drame, une halte pour chanter une
1. « On sent à vos applaudissements, ajoute-t-il à la tribune de la (Convention, que vous aimez ces détails, citoyens. Ils ne paraîtront minutieux qu'aux riches et aux aristocrates. »