‹ L'assistance sous la Législative et la Convention, 1791-1795Chapitre 72 sur 132 · CHAPITRE QUATRIEME 9Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME 9Î

le refrain des arrêtés pris par Lebon à Arras, par Fouché et GoUot d'Herbois à Lyon, par Maignet à Marseille, par Julien à Bordeaux, par Bo et Massieu dans les Ardennes, par Carrier à Nantes.

« Le tribunal criminel d' Arras, dit Lebon, jugera révolu* tionnairement les personnes distinguées par leur talent et leur richesse * ».

A Cambrai, le receveur du séquestre verse une somme de 60.000 livres consacrée au soulagement de Tindigence « en attendant que les circonstances permettent à la Convention nationale de faire disparaître entièrement le malheur de dessus la terre. »

A Arras, la caisse du receveur est vide. On la remplira avec 79.533 livres 18 sous « laissés à la République » par M. de Couronnel, guillotiné. Chaque pauvre hors d'état de travailler recevra chaque jour la valeur d'une journée de travail, et ses enfants au-dessous de dix ans, chacun le quart d'une journée '.

Un des arrêtés les plus caractéristiques est celui que signèrent à Lyon Fouché, Albitte et Collot d'Herbois :

« Art. I•^ — Tous les citoyens infirmes, vieillards, orphelins, indigents seront logés, nourris et vêtus aux dépens des riches de leur canton respectif.

Les signes de la misère seront anéantis.

Art. 2. ~ La mendicité et Toisiveté seront également proscrites : tout mendiant ou oisif sera incarcéré.

Art. 3. — D sera fourni aux citoyens valides du travail et les objets nécessaires à Texercice de leurs métiers et de leur industrie.

Art. 4-' — Uiie taxe révolutionnaire sur les riches. . . proportionnée à leur fortune et à leur incivisme sera levée par les autorités constituées de concert avec les comités de surveillance.

Art. 5. — La municipalité fera la répartition des fonds sous sa responsabilité.

Art. 6. — Ceux qui, dans le délai qui sera fixé, n'auront pas obéi aux réquisitions pécuniaires, seront déclarés suspects.

1. Cité par Ëspinas, op. cii.^ p. 169, note (Arrêté du la décembre 1793).

2. Arrêtés des a3 floréal et 17 germinal an U (12 mai et 6 avril 1794» cités par Espinas, p. i58, note).

^ l'assistance de 1791 A 1795

Art. 7. — Leurs biens seront séquestrés jusqu'à la paix et il ne leur sera laissé que le strict nécessaire pour eux et leur famille * ».

Tel est le succès de cet arrêté que, le 3 frimaire an II (23 novembre 1793), la Commune de Paris le renvoie au Comité central de bienfaisance pour lui servir de guide et de modèle *. Les représentants en mission complètent par ces additions sanglantes la doctrine révolutionnaire. Il ne s'agit plus seulement du droit à la vie et au travail, de la proscription de la mendicité, de la création d'ateliers nationaux dont les ouvriers sont occupés comme à Lyon à démolir les maisons des riches. Ce n'est plus la Nation prise dans son bloc qui fournit les ressources nécessaires, « ce sont les riches » qui seuls font les frais de l'assistance révolutionnaire. « Citoyens, disait Danton, imposer les riches, c'est les servir Paris a un luxe et des richesses immenses. Eh bien ! par ce décret, cette éponge va être pressée I » L'emprunt civique d'un milliard doit être supporté par la • fortune. Les taxes sur « l'aristocratie marchande, la plus vile de toutes, » sont énormes : six millions à Lyon, quatre à Marseille, 2.400.000 à Lille, plus 400.000 livres sous le nom de « souscription fraternelle », des taxes individuelles de 200 à 10.000 livres, à Strasbourg ; à Troyes, 373 personnes payent un million et demi.

« La propriété des riches est attaquée non parce qu'elle est injuste, mais parce qu'ils sont contre-révolutionnaires, et les pauvres sont enrichis, non parce qu'ils ont le, droit de subsister, mais parce qu'ils sont patriotes ». La Révolution devient sociale sous l'empire des passions soulevées par la lutte contre l'étranger. Elle s'exaspère et s'ensanglante. Elle se laisse entraîner à outrer l'idée d'égalité et à déclarer aux riches suspects d'incivisme une guerre implacable. De là, à la fin de la Convention, une haine profonde du régime chez les

I. Cité parEspinas, op. cit. y p. 157, note, a. Moniteur f 6 frimaire an II.

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