CHAPITRE QUATRIEME
anciens riches et chez les nouveaux enrichis — ceux qui ont profité du commercé des fournitures militaires ou de l'achat des biens nationaux, — le vif désir de la part des uns et des autres de dire à la Révolution : « Tu n'iras pas plus loin », et de constituer avec les débris des anciens parlementaires une nouvelle aristocratie bourgeoise. Ces satisfaits, justement apeurés, formeront le personnel défensif du régime censitaire de la Restauration et de la Monarchie de Juillet ^
Après le 9 thermidor, il y a un arrêt dans la législation révolutionnaire, mais la misère continue. Les chefs jacobins sont renversés par la coalition des ultra-terroristes et des modérés. Les « thermidoriens prennent l'attitude d'un parti de conservation sociale. » « Les propriétés doivent être sacrées », dit la proclamation de la Convention du 9 octobre 1794* « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l'ordre social », écrit Boissy d'Anglas, en tête du projet de Constitution de l'an III *.
La loi sur le maximum reconnue impraticable est abrogée le 4 nivôse an III (24 décembre 1794)- Malgré ces mesures, « le cri de la faim éclate plus douloureux et plus fort à mesure que les subsistances deviennent plus chères, surtout dans l'été de 1796, aux approches de la moisson, quand les greniers remplis par la récolte de 1794 achèvent de se vider ' ». La difficulté des approvisionnements subsiste, ce qui rend nécessaire le même régime de rationnement alimentaire.
L'émeute du 12 germinal an III est la réponse des ouvriers
I. Voir, sur Tétat des partis à cette époque, l'intéressante analyse de M. Espinas, op. cit., p. 184 et sq.
a. Lichtenberger, op, cit., p. lag et i3o.
3. Taine, Les origines de la France contemporaine, édit. in-8, t. m, p.Sao. (Voir les documents cités sur la misère dans TIIe-de-France, en Normandie, en Picardie, p. 59i et sq.).
(97) Bibliothèque d* histoire moderne, — II. 7.
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et des femmes à Taprèté du Comité de Salut public qui limite la ration de pain à un quart de livre. Olle du i**" prairial est faite par la plèbe urbaine aux cris de : « Du pain et la Constitution de 93 ! x>
La réaction thermidorienne, ménagère des intérêts et respectueuse de la propriété, eut aussi sa politique hospitalière.
Le 9 fructidor an III (26 août 1795), la Convention décida qu'il serait « sursis à la vente des biens des hospices de vieillards, de malades, d'enfants et des maisons de secours jusqu'au rapport qui lui serait fait sous une décade par ses Comités des secours publics et des finances sur la demande en rapport de la loi du a3 messidor. »
Le 12 vendémiaire an IV, Delecloy, girondin, sorti de prison après Thermidor, poussa un cri d'alarme. Plus de nivellement, plus de bienfaisance arithmétique. Il faut rendre sa place à la bienfaisance privée.
« ... Il est temps de sortir de l'ornière profonde où une philanthropie exagérée nous arrête depuis l'Assemblée constituante, qui, très savamment sans doute, mais très inutilement s'est occupée du pauvre. Depuis cette époque, il semble que tous les spéculateurs en bienfaisance aient pris à tâche de pousser sans mesure vers le Trésor national toutes les classes du peuple. Qu'est-il arrivé de ce chaos d'idées ? Une série effrayante de dépenses illimitées, des lois stériles et impossibles à exécuter, si l'on en excepte la loi sage du 22 floréal sur les inscriptions accordées aux indigents des campagnes . . . Celui qui le premier a dit que le Gouvernement devait seul à l'indigence des secours de toute espèce et dans tous les âges de la vie, a dit une absurdité, car le produit de toutes les impositions de la République ne suffirait pas pour acquitter cette charge énorme et incalculable *. »
Il faut associer la bienfaisance particulière à la bienfai-
I Rapport sur V Organisation générale des secours publics, la vendémiaire anIV(Bibl. nat., Le*» 1700). — Delecloy fut, après le 9 thermidor, membre du Comité de Sûreté générale ; il devint plus tard greffier de cour d'appel (Aulard, op. cit., p. 5o8, note).