‹ L'assistance sous la Législative et la Convention, 1791-1795Chapitre 80 sur 132 · CHAPITRE CINQUIÈME Io · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME Io

Taîne dépeint avec complaisance « le piétinement quotidien de la multitude à la poursuite des vivres, . . . Tattente nocturne prolongée, souvent frustrée, parmi les brutalités de la force et les scandales de la licence », les perquisitions à domicile, les saisies de provisions particulières, les rationnements de chaque consommateur, les ouvriers de Paris « devenus des mendiants, parce qu'ils ont été des usurpateurs et des tyrans ^ »

Dans ces récits dramatisés, le cri de la faim revient à chaque page comme le << leit-motiv » de toutes les journées révolutionnaires ; mais il semble que, par une sorte de partipris, rhistorien se taise sur les efforts ingénieux, patients et variés employés pour l'apaiser.

Derrière les sections et les clubs, derrière l'organisation révolutionnaire, bruyante et mouvementée, fonctionnait toute une organisation charitable, discrète et efficace. Comme il arrive souvent, l'intensité même du dénuement avait provoqué l'intensité du dévouement.

C'est ce que reconnut plusieurs années plus tard, en 1804, uu témoin peu suspect, Duquesnoy, ancien constituant monarchiste, dans un rapport au Conseil général des Hospices * :

« Il fallut tout refaire sur des bases nouvelles, et plus la dissolution du corps social rendait les secours nécessaires, plus nos calamités intestines multiplioient des malheureux, plus aussi les moyens de les soulager diminuoient ; entraîné par le torrent des événemens, on ne pouvoit rien fonder ; et les passions qui nous agitaient ne nous laissoient pas assez de calme pour nous occuper de la bienfaisance.

Tout le système de distribution des secours était dérangé ; les curés les administraient en 1789 ; et par conséquent la répartition s'en Caisoit par paroisse ; les changemens opérés dans le clergé, la nouvelle circonscription des paroisses dévoient amener des

I. .Taine, Les origines de la France contemporaine, édit. in-8, t.IÏI, p. 534, 538 et sq.

a. Duquesnoy, Rapport au Conseil général des Hospices, sur les hôpitaux et hospices, les secours à domicile, la direction des nourrices, Paris, fructidor an XI, in-4f p* la et s. (Bibl. nat.. Inventaire : 8-35o).

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changemens ; mais aussi le passage entre Tancien mode et le nouveau laissoit un intervalle diilicile à franchir ; la municipalité de Paris fut chargée, par la loi du a5 mai 1791, de l'administration de tous les revenus des indigens ; elle devait les distribuer, ainsi que le produit des quêtes, entre les diflerentes paroisses. Le 5 août, elle créa, dans son sein, une commission sous le nom de Commission municipale de Bienfaisance, laquelle fut chargée de fournir un état des revenus des pauvres, de les distribuer et de donner un plan d'assistance publique.

On n'a pas oublié à Paris tout le bien que fit cette Commission ; mais il n'est pas étonnant que, dans la longue tourmente du corps social, on n'ait pas pu former un plan ; entraîné i^ar les événemens rapides et journaliers, livré à des craintes ou à des espérances sans cesse renaissantes, personne ne pouvait poser des fondemens durables ; cependant, même alors, de très-bons esprits, des hommes très -éclairés, des citoyens très - recommandables ont développé les vrais principes des secours ; ils ont répandu des idées saines, et ils n'ont pas peu contribué à aplanir la route dans laquelle on commence à marcher aujourd'hui.

C'est à eux, par exemple, qu'on doit l'amélioration la plus marquée, celle dont les effets seront le plus étendus, la création des Bureaux de bienfaisance (loi du 7 thermidor an Y). . . C'est une chose digne de remarque, honorable pour la ville de Paris, que, dans l'oubli de toutes les loix, dans le bouleversement de toutes les idées morales et religieuses, on ait trouvé un grand nombre d'hommes qui se sont livrés au soulagement des indigens d'une manière obscure, ignorée, qui ont supporté avec patience tous les dégoûts, toutes les peines qui accompagnent des soins de ce genre ; et cela sans aucun espoir de renommée, sans chercher * à occuper d'eux le gouvernement ouïe public, et par le seul amour du bien. Nous louons souvent beaucoup trop ce qui se fait chez nos voisins, et nous ne remarquons même pas le bien qui se fait chez nous. Trop souvent nos livres sont remplis du récit des crimes et des malheurs, et on garde le silence sur cette suite non interrompue de bonnes actions ; trop souvent on répète qu'il n'y a plus de vei*tus parmi nous, et l'on ignore ou l'on dissimule le bien dont on est témoin ».

De 1789 à la loi du 5 vendémiaire an Y, les hôpitaux de Paris ont passé par sept régimes différents .

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