CHAPITRE SIXIÈME l
bureau d'admission. » Le tour respecte le secret de la honte el, en imposant le l'enoncement complet aux joies de la maternité, écarte les abandons qui n'ont pas pour unique cause la misère. Au contraire, l'admission directe appelle les enfants dont la naissance n'est qu'ime gène pour leurs parents et repousse ceux qui, sans l'adoption de la société, seraient en danger de mort. Autrement dit, elle ferme la porte à ceux pour qui a été fondée l'institution et l'ouvre à tous les autres... » Quant aux tours surveillés, le système manque de franchise et de dignité.
« Quel que soit le mode d'admission, l'enfant, une fois reçu dans la maison dépositaire, est adopté par l'Etat. Le décret de 1811 n'a pas produit de bons résultats, à cause du bas prix de la pension et parfois du mauvais clioix des placements. Beaucoup de ces pauvres enfants, nourris d'eau et de farine au lieu de lait, dépouillés de leurs langes et de leur berceau au profit des enfants de la maison, servent de marchandises pour de honteux trafics. Pour les jeunes filles, le danger est plus grand el leur sort plus triste encore. Elles doivent être placées dans des établissements spéciaux où leur enfance et leur jcAinesse se passeront, chastes et pures, entre le travail et la prière... Les jeunes gens doivent appartenir à l'agriculture. La France demande surtout des bras pour cultiver la terre ; elle a plus besoin de colons que de soldats. »
Le projet comporte des dispositions financières, des mesures protectrices et tout un système de surveillance.
« Seront confiés à l'Assistance publique les enfants nés de père et mère inconnus, exposés dans les établissements destinés à les recevoir; ceux dont les parents ont disparu ou sont détenus ou condamnés; ceux qui, étant abandonnés, n'ont aucun moyen d'existence et n'ont pas 16 ans. Il y aura un tour dans chaque département; dans chaque maison dépositaire, il y aura une crèche ou les enfants nouveau-nés seront admis jusqu'à leur placement en nourrice. A 7 ans, les garçons que les nourrices ne conservent pas seront
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placés chez dos cultivateurs, les jeunes filles -dans des établissements de charité, les insoumis dans des colonies pénitentiaires. Les enfants assistés recevront l'éducation religieuse et seront admis dans les écoles primaires. Il y aura dans chaque <lépartement une Commission centrale et d«ans chaque commune, une (Commission de tutelle et de prévoyance.
« On y appellera la charité, la science, Tarmée de terre et de mer. »
Toutes les dépenses des entants trouvés, abandonnés et orphelins sont obligatoires, aussi bien les dépenses intérieures, layettes, vêtures, frais d'entretien, que les dépenses extérieures, mois de nourrice, frais de re^^es et inspections. Quelques mesures pour la reconnaissance des enfants, quelques précautions pour protéger Tenfant reconnu contre les légèretés d*une mère ou la malveillance d'un beau-père, des pénalités contre ceux qui, se faisant les intermédiaires habituels des expositions, vont solliciter des abandons de village en village pour entretenir leur commerce, complétaient le projet.
Le Conseil d'Etat était en désaccord avec la (k)mmission : il lui reprochait de supprimer les attributions du Préfet « en concentrant tous les pouvoirs enti-e les mains du Conseil général et de la Commission spéciale », et d'annuler « tout ce qui s'était fait depuis trente ans dans plus de la moitié des départements ».
« La question allait être tranchée par l'Assemblée. J'en avais grand espoir, dit M. de Melun, la gauche étant d'accord avec nous pour le rétablissement des tours, lorsque le Coup d'Etat anéantit tout ce travair. »
Trente ans après, Théophile Roussel et son école utilisèrent ces matériaux pour édifier la législation protectrice de l'enfance*. Notre époque a repris la conception des hommes