CHAPITRE PREMIER
seillé la stérilité, fermé les tours des enfants trouvés, et qui, livrant tout, sans miséricorde et sans entrailles, à la concurrence, dit aux prolétaires : « Travaillez ! — Mais nous ne trouvons point de travail. — Eli bien, mourez ! si vous ne supportez rien, vous n'avez pas le droit de vivre. La société est un compte bien fait ' . »
« La nation sentait qu'on lui dérobait une à une, pendant son sommeil, toutes les vérités philosophiques de la Révolution de 89. On la matérialisait pour lui ôter le souvenir et la passion des progrès moraux et populaires qui lui avaient fait remuer le monde cinquante ans auparavant. Son bonlieur semblait le prix d'une apostasie*. » Il faut dignifier la condition du peuple, améliorer le sort des prolétaires en leur fournissant du travail, soit par voie d'association, soit par avance de capitaux et de terres dans les colonisations. L'Etat doit être la Providence du peuple, le gouvernement sera l'instrument de la bienveillance de l'Etat envers tous ses membres, l'instrument de Dieu, le promoteur actif et l'initiateur de la raison Immaine. « Vous ne ferez rien de bien, dit-il dès 1845, si vous ne faites pas consentir la société possédante au soulagement de la société prolétaire. »
Lamartine ne se contente pas de prêcher le nouvel évangile : il le pratique. Membre actif de la société de morale chrétienne, il y combat la loterie, l'esclavage, la peine de mort; il y propage le développement des caisses d'épargne. «Les caisses d'épargne sont une sollicitation, une exhortation de la société possédante à la société prolétaire. Cela devrait être aussi un encouragement, une prime, une récompense à la vertu de l'économie dans le peuple. Une loi de charité publique devrait dire au peuple : Soyez sobres, économes, laborieux, vertueux et nous, vos aînés dans la vertu et la richesse, nous vous paierons de nos deniers l'intérêt des
1. Discours de décembre 1844, sur le droit au travail et l'organisation du travail, op, ciL, t. IV, p. 106.
2. Histoire de la Révolution de iS4^, t. I", p. 18. Henry Michel, op, cit,y p. i3o.
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vertus que nous vous prêchons Nous vous donnerons une
prime, en argent ou en terre, proportionnée aux efforts que vous aurez faits \ »
Il y étudie les lois sur les mendiants, sur l'ivrognerie, sur les enfants trouvés *. « Votre législation, dit-il, est faite contre le crime, elle n'est pas encore faite contre les vices. » Il fonde des orphelinats. M»»*^ de Lamartine est associée à ses œuvres.
Louis-Philippe aimait à traiter Lamartine de rêveur « dont l'œil ne savait pas discerner les ombres des réalités * ». Louis Blanc, plus perspicace, reconnaissait dans ce nouveau converti le fourrier de la République, le messager de la réforme sociale. A la raison de l'homme d'État, Lamartine unit la prescience de l'homme de génie; il siège au plafond, comme il dit, mais il en descend pour se mesurer avec les réalités présentes, avec les énigmes de l'avenir. En quelques années, ses prétendues utopies se réalisent. Peut-être, si elle eût écouté les avertissements du poète, la monarchie bourgeoise n'eût-elle pas été emportée en un clin d'œil.
Après les idées, les faits. Nous avons déjà fait Tinventairi; des rares lois sociales du gouvernement de Juillet. Le développement économique eut pourtant son heureux contre-coup sur les ressources budgétaires de l'Assistance publique.
Les dons et legs faits aux hôpitaux et aux bureaux de bien-
I. Discours du 3 février i835, op, cit,, t. H, p, 109 et sqq.
a. Voir les admirables discours, à la Chambre des députés, sur les caisses d'épargne (3 février i835), contre la peine de mort (i5 mai iH34 et 18 mars i838), sur Témancipation des esclaves (aa avril i835), sur les enfants trouvés (i5 juillet 1839). Cf. les discours prononcés aux assemblées générales de la morale chrétienne contre la peine de mort (18 avril i836 et 17 avril 1837), sur les enfants trouvés (3o avril i838). Cf. aussi le discours sur Tabolition de l'esclavage prononcé au banquet de la Société de l'émancipation de l'esclavage (10 février 1840). La France parlementaire, t. 1", U, IV, passim,
3. Le mot est rappelé par Lamartine lui-même, op. ciï., t. I", p. 108.