‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 15 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

faisance avaient été, sous la Restauration, de cinquante et un millions. Pendant les (juinze premières années du règne de Louis-Philippe, ils s'élevèrent à cinquante-six millions et demi: le nombre des bureaux de bienfaisance s'accrut de moitié. La charité privée compléta l'œuvre hospitalière par la création de nouveaux hospices. En i83o s'ouvrit, à Saint-Mandé, l'hospice Saint-Michel, fondé en iSaS par Boulard, ancien tapissier du roi; en i838, à (iarclies, Michel Brezin fonda l'hospice de la Reconnaissance pour 338 ouvriers en métaux. Le legs Devillas servit à créer une maison de refuge pour vieillards, le legs Lambrecht à l'œuvre de Courbevoie pour pensionnaires protestants ; la colonie agricole de Petit-Bourg, à laquelle s'intéressaient Victor Hugo et Lamartine, recueillait les enfants pauvres du département de la Seine, les plaçait en apprentissage, les formait aux travaux agricoles.

Dès 1845, on doit à l'initiative de Gormenin les premiers ouvroirs campagnards destinés à l'éducation ménagère des filles de la campagne avec le concours de l'institutrice, d^une couturière et d'une lingèrc du village \

En 1847, ^^ compte en France, y compris les monts-depiété, 9,24^2 établissements liospitaliers, dont la dépense totale s'élève à ii5 millions environ, ou à ^3 millions, sans les monts-de-piété; i,338 hôpitaux et hospices (sans compter les Quinze-Vingts) reçoivent six cent mille malades, cent vingt-trois mille enfants trouvés, cent mille vieillards ou inlirmes, vingt mille aliénés, plus d'un millier de sourds-muets et d'aveugles. Il y a Sg institutions de sourds-muets, une institution pour les aveugles, i44 dépôts d'enfants trouvés, ^5 asiles d'aliénés, un hospice de Gharenton. 7,099 bureaux de bienfaisance assistent par année plus d'un million d'indigents*.

Malheureusement, les hôpitaux et hospices sont mal répar-

I. Annales de la charité ^ année i845. aa ouvroirs s'ouvrent dans le Loiret, 4 dans l'Yonne : ils occupent 595 petites liUes. Duchàtel et Villemain les encouragent.

a. Levasseur, op, cit., t. U, p. 387 et n.

a6 i/assistaxce DE 1848 A i85i

lis, les chefs-lieux de départements en possèdent 180; «jS chefslieux d'arrondissement n'en ont pas. Sur 53,63o,ooo francs de revenu total, 80 administrations hospitalières en possèdent 38 millions, 669 n'en ont pas 3 millions. Tel hôpital, dans une ville de 2,5oo âmes, possède 92,000 francs de revenus et reçoit sept malades par an. Telle ville de 1,700 âmes a un hôpital dont les revenus dépassent 60,000 francs. « Le denier du pauvre et de Torphelin dégénère en un bien de mainmorte que Ton accumule au lieu de le dépenser ' . »

A Paris, le comte de Rambuteau,'pendant ses quinze années d'administration, réforme les hospices, développe les crèches, les asiles, les ouvroirs, les écoles, les cours d'adultes, les sociétés de secours mutuels. Il améliore l'alimentation et l'hygiène des hôpitaux. Il y dépense 21 millions et crée 3,000 nouveaux lits ; la vente avantageuse d'une partie du domaine hospitalier augmente le revenu de la fortune des hospices. Et que d'utiles réformes de détail ! Il installe une porcherie à la ferme Sainte-Anne ; il substitue les parquets en bois aux carrelages en pierres ou en briques; il oblige les religieuses à passer, à tour de rôle, la nuit dans les salles car « les hôpitaux n'ont été fondés ni pour l'administration, ni pour les médecins, ni pour les congrégations, mais pour les malades ». A l'Hôtel-Dieu, le bâtiment Saint-Charles qui interceptait la ligne des quais fut supprimé ; Necker et Beaujon furent agrandis; l'Iiôpital du Midi fut moralement assaini et la fondation de trois cents lits à Lourcine permit de séparer les sexes. La prison de Bicôtrc fut transférée rue de la Roquette. Cabanons et cachots furent remplacés par des chambres saines et chauffées. Le régime des aliénés de la Salpétrière fut amélioré : « pour être privé de raison, on n'est pas retranché de l'humanité ». Les aliénés furent employés à des travaux manuels, à la culture des terres, au nettoyage des couvertures; les jeimes idiots apprirent à lire. A Saint-

I. Rapport du 26 janvier 1849, fait par Athanase Coquerel au nom de la commission chargée d'examiner le projet de loi sur l'Assistance publiqu?. Compte rendu des séances de l'Assemblée nationale, t. VIII, p. 79.

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