CHAPITRE HUITIEME
Thiers passe en revue Torganisation soeiale tout entière : il parcourt tout le cycle « long et douloureux des misères humaines ». Il s'agit de recliercher «*qucls sont, dans une société chrétienne et civilisée, les moyens sérieux, durables et non chimériques de venir au secours (Jes classes pauvres, de leur faciliter le travail, de réaliser cette fraternité si souvent annoncée, mais toujours d'autant moins pratiquée qu'elle a été plus fastueusement promise ».
Cette brillante façade masque mal les défauts de Tédiflce. Sur de belles pancartes sont inscrits les mots : enfance et adolescence — âge mûr, — vieillesse ; sunt çerba et çoces. Ce qui reste, c'est l'œuvre d'un conservateur satisfait dont la critique d'habitude si avisée ne trouve rien à reprendre et peu à ajouter à la « charité ingénieuse et créatrice des générations passées ».
Voyez le programme de l'assistance à renfancc et à l'adolescence. Il est ambitieux et magnifique : recueillir l'enfant abandonné dont la mère se dérobe et lui tenir lieu de famille ; aider celle qui ne cache pas sa qualité de mère, l'aider pendant quelle est en couches, l'aider encore après que son enfant est né, allaiter l'enfant quand elle ne le peut pas, le surveiller pendant le temps qu'elle est obligée de donner au travail, empêcher qu'on abuse des forces naissantes de cet enfant, l'instruire, le conseiller lorsque, trop jeune pour se défendre, il traite avec le maître qui consent à employer sa jeunesse, veiller sur ses premiers égarements pour faire de la peine infligée une occasion d'épuration, et non de dépravation irrévocable, corriger ses imperfections morales et physiques... »
Au dire de Thiers, presque tous ces vœux sont réalisés. La religion a créé l'institution des Enfants trouvés ; la philosophie, celle des Sourds-muets et des Jeunes aveugles ; la bienfaisance privée a inventé les sociétés de maternité, les
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crèches et les salles d'asile, « la plus ingénieuse, la plus touchante, la plus efficace de toutes les manières de secourir Tenfance », ce qui prouve que «le cœur de cette société n'est ni barbare, ni même froid » ; l'Etat enfin a songé à réprimer l'usage abusif des forces de l'enfant et, d'accord avec la charité privée, est venu au secours des jeunes détenus : l'enfant du peuple, sort de ces établissements, régénéré, « redressé dans sa marche comme un jeune arbre dont on a relevé le tronc ». Il n'y a donc qu'à développer ce qui existe. L'optimisme de Thiers se contentait à peu de frais. La Commission avait ouvert la voie en votant la loi sur l'apprentissage et sur les jeunes détenus. 11 restait à compléter son œuvre et à faire une législation nouvelle, un Code de l'enfance malheureuse ou abandonnée.
Age mùr : Hors des cas accidentels, maladie, chômage, grève, inondations, un homme valide, laborieux, doué d'une intelligence ordinaire peut suffire à ses besoins. « La société qui voudrait se charger du sort d'une partie de ses membres, en ferait des oisifs, des turbulents, des factieux. » Parmi les remèdes proposés, il faut distinguer « les moyens positifs, les moyens innocemment chimériques et les moyens perfidement chimériques ».
Le droit «lu travail est la bote noire de Thiers. C'est une folie d'obliger l'Etat à fournir aux ouvriers inoccupés toute espèce de travail. Offrira-t-il le môme travail à tous? ou devra-t-il se faire en môme temps entrepreneur de bâtiments, bijoutier, marchand de soie? Que deviendra la liberté de l'industrie en présence de la concurrence d'un maître offrant l'emploi à chaque ouvrier mécontent ? Il suffira de certaines classes d'ouvriers abandonnant un travail assuré pour fausser artificiellement les salaires. La Constituante avait prononcé la condamnation législative du droit au travail, Thiers en prononça la condamnation économique.
Môme terreur à l'égard des moyens proposés pour rendre le crédit accessible Ji l'ouvrier. Le crédit est individuel. Il s'exerce par des hommes spéciaux, examinant le papier de