CHAPITRE HUITIEME 2o
chaque commerçant. Il ne doit être accordé qu'à bon escient: « Si Taudace des Américains est de mise dans la jeune Amérique, la sagesse hollandaise sied mieux à la vieille Europe. » Le seul moyen de permettre a Fouvrler de devenir patron, c'est le marchandfige, c'est-k-dire la concession par les patrons de portions d'ouvrage qui constitue de petits entrepreneurs spéculant avec des matières fournies par leurs maîtres. Thiers se défie des associations ouvrières. Trois millions ont été répartis par la Constituante entre 3a associations à Paris et 27 dans les départements\ L'expérience est suffisante; l'association entre ouvriei^s, c'est l'anarchie dans l'industrie ; une collection d'ouvriers ne peut être ni vigilante, ni sévère, ni forte, ni économe. Le crédit aux ouvriers associés c'est « l'étouffement du génie individuel ».
L'Etat ne peut demander sans injustice « au paysan qui gagne trente sous par jour de quoi fournir aux ouvriers mécaniciens qui gagnent 5 à 6 francs le moyen de spéculer sur la fabrication d'une locomotive ».
Que dire de ces critiques ? De la part de cet esprit judicieux, elles ne s'expliquent que par la terreur du socialisme. Tout lui échappe du mouvement social ayant pour but de conférer l'indépendance aux salariés en substituant
I. Sur celle réparlition, voir Levasseur, ouvrage cité^ l. U, p. 4i3, cl Villermc, Des Associations ouvrières, p. 62. 5ii associalions avaient adressé des demandes de siibvenlion. U s'élail formé des associalions fratemeUes nombreuses de cuisiniers, de boîtiers, de cordonniers, de tailleurs, de lingères, de couluricres, de coiffeurs. L'association des lailleurs de la rue de Clichy accordait im salaire égal à tous ses membres pour dix heures de travail. Les ouvriers des usines Derosne et Gail exécutaient à renlreprise les travaux confiés par ces usines. Le nombre des ouvriers associés était monté, en six mois, à !M),ooo. Les statuts réservaient 3o 7. des bénéfices à la caisse de secours pour les associés invalides et infirmes, 10 7o à une Caisse générale des associations réunies ou à une Banque du travail. Parfois, pour obtenir des subventions, des maîtres de manufactures présentaient des statuts fictifs où figuraient, comme ouvriers, avec quelques contremaîtres déjà intéressés, des hommes qui n'avaient signé que par complaisance. Villermé redoute « cette sorte de corporations, d'unions à part, laquelle, recevant le mot d'ordre de ses chefs, pourrait se lever un jour, comme un seul homme et renverser le Gouvernement », p. 82.
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projçr^ssivemenl au salariat Tassoeiation el la participation aux bénéfices.
Il condamne, sans examen, Fassociation coopérative de production que les républicains de 1848 avaient entrevue « comme le complément du suffrage universel* ». Ses préventions sont telles que le crédit foncier lui parait une utopie; « il est pratiqué en Allemagne, en faveur des grands propriétaires, à raison de Tabsence, dans la législation, de rhypothèque légale de la veuve et des mineurs; avant de Tacclimater en France, il faudrait changer la législation hypothécaire ».
Contre les chômages imprévus, l'Etat peut être acculé à des interventions accidentelles. Thiers admet Tidée d'une distribution mieux calculée des travaux de l'Etat, « de manière à ménager de l'emploi à une partie au moins des bras restés inoccupés pendant les grands chômages industriels. L'Etat doit demeurer libre de tout engagement. Un service ministériel dit « des travaux réservés » déciderait des travaux urgents, fossés à creuser, murailles à élever, machines à fabriquer. Connaissant les besoins de l'armée et de la marine, il s'inspirerait de la prévoyance administriUive et financière pour envoyer, dans les chômages, de l'ouvrage partout où on en aurait besoin* ». L'homme d'Etat se retrouve quand il parle de la colonisation et de l'Algérie. Il trace de main d'historien le tableau de la conquête et répond aux détracteurs de la capacité colonisatrice de la
I. Gide, ouçrage cité, p. 389. « Après avoir proclamé la souveraineté du peuple dans la nation, il ne restait qu'à la réaliser dans Tatelier. » Des deux cents corporations fondées à cette époque, trois seulement subsistent : celle des ouvriers tailleurs de limes, fondée en 1848, celle des ouvriers facteurs de pianos (1849), celle des ouvriers lunelliers (1849).
a. Voir dans les Annales de la Charité (i85o, p. 177), un article de Marchai : « Des travaux utiles à organiser en temps de chômage. » I/auteur se demande s'il faut réserver aux travailleurs temporaires les grands travaux de chemins de fer, viaducs, locomotives, rails. H conclut négativement : « Les chemins de fer doivent être entrepris avec suite et non accidentellement. » U recommande les dessèchements et irrigations, en demandant qu'une part soit faite à l'embauchage des ouvriers ruraux.