CHAPITRE PREMIER 3Î
La sanip Rosalie ne demandait à personne de certiticat d'origine. Fille était Tamie et la eoUaboratriee de ïrélal, médecin de la Salpêtrièrc, Tun des accusés d'Avril, pour qui, suivant le mot de Lamennais, la République était une religion. C'est lui, qui en î835, lançait à la Chambre des Pairs cette tière apostrophe : « Vous êtes mes ennemis politiques, vous n'êtes pas mes jug(*s ! Condanmez-moi, mais ne me jugez pas, car vous ne pouvez me comprendre'. » La sœur de charité et le conspirateur des sociétés secrètes ne cessèrent de collaborer. M. de Melun, par son entremise, se lia avec Trélat, et cette amilié ne s'est jamais démentie. « Je le trouvais, dit M. de Melun, toujours prêt à servir la cause de la (Charité \ » C'est avec la sœur Rosalie que M. de Melun fonda VŒuçre des apprenties et des jeunes ouvrières, devenue ensuite le Patronag'e de Ladoucette.
(i'est pour cette œuvre qu'il alla quêter chez Ledru-Rollin. Le tribun raecueillit « très poliment... Rien dans cet entretien, dit M. de Melun, ne lut dit qui put me blesser; seulement, il reprochait aux frères d'avoir im air trop vulgaire et trop peu intelligent. A la tin, en me reconduisant jusqu'à la porte de son hôtel : « M. de Melun, me dit-il. nous nous occupons tous les deux du peuple, quoique, sans doute, d'une manière un peu dilTérente. Eh bien ! soyez-en sur, si jamais il devient le maître, nous serons les premiers pendus '. »
M. de Melmi se consacre à l'œuvre des Pauvres Malades et leur assure le concours de mondaines charitables. « Auxiliaires des Sœurs de la Charité, mais moins occupées qu'elles et portant peut-être, aux yeux de quelques-uns, un costume moins suspect de superî^tition et de bigoterie, ces dames obtiennent ce que la sœur n'aurait peut-être pas osé demander ' . »
Tout se tenait dans le mouvement social, moins complexe
1. Cité par Ëug. Spulicr daus son «iiscoiirs aux obsèques de Trélal. p. U!i, Q. Mémoires cités, t. ï", p. Q(i^.
'\, ïbid,, p. a6a.
'». fhid,, p. aa'j.
Bibtiothr<fiir tVInHlnirc iitndrrne. — III. 1
% l'assistance i)k 184H A l85l
et moins fragmenté que de nos jours. En 1844» M. de Melun fonda les Annales de la charité qui, en 1860, sont devenues la Reçue d'économie chrétienne.
Celte publication est une mine de renseignements pour rhistoire de l'assistance à la lin du gouvernement de Juillet et sous la République. Parmi les fondateurs figurent Blanche, Falloux, Guiraud, Kergorlay, Watteville, et par exception Trélat. Ce groupe exerça une action considérable sur la Constituante et sur la Législative. L'inspiration en est catholique; M. de Melun veut une organisation méthodique de la Charité légale. « La sympathie pour nos semblables nous inspire la bienfaisance, la prévoyance et la justice, avertissant les hommes de prévoyance et d'administration qu'il s'agit du bon ordre et de la conservation de la société... » \^e9> Annales sont destinées aux associations charitables... Il ne s'agit plus d'apprécier la situation d'un pauvre ou de sa famille; le projet est inspiré par le désir de guérir ou du moins de soulager toutes les misères de la société, de prévenir ou d'adoucir les souffrances d'ime classe, d'une profession, d'un âge déterminés... Une commimication habituelle entre les diverses œuvres charitables d'une grande ville comme Paris est indispensable... afin qu'il n'y ait pas double emploi dans les secours ou concurrence nuisible dans la collecte des ressources. Un Comité des œuvres permet l'échange des services et des renseignements; en 1846, il y » déjà 3,000 fiches d'indigents; c'est une sorte d*o/fice centrât. La reine, les princesses, les dames du grand monde s'en servent; le 24 février, c'est une liste des pauvres de la reine, annotée par elle d'accord avec le secrétaire du comité, M. Chevalier, gérant des Annales, que les révolutionnaires aperçoivent sur le bureau du secrétaire de ses commandements. Malheureusement, dit M. de Melun, la présence du vicaire général nuisit à l'œuvre : « les plus dévoués crurent y voir \m commencement de dépendance, comme une tentative d'u.surpation ».
Les Annales s'occupent des hôpitaux, de leur régime et de