CHAPITRE DEUXIÈME
droit au travail, on ne présente par exemple à un tailleur que des travaux de terrassement, il aura le droit de dire que l'Etat ne tient pas sa promesse et qu'on Fa mystifié. Tous ees thèmes absolus ne doivent pas être posés en tête de la Constitution.
Marrast veut a faire prévaloir \e droit social et collectif sur le droit individuel » :
Mon principe est celui-ci : « Il faut qu'il n'y ait aucune force matérielle ou morale perdue pour la société ; il faut que la société ne laisse pas inerte et inactif un homme qui peut et qui veut lui être utile en travaillant. Il est nécessaire que le paupérisme et la mendicité disparaissent. »
Sans doute, F État ne devra pas intervenir pour remplacer Findustrie particulière, ou poui' réparer le tort des ouvriers qui ne trouvent pas de travail par leur faute, mais son intervention est nécessaire à F égard de ceux qui manquent de travail par des causes indépendantes de lem* volonté et sans qu'il y ait de leur faute.
La reconnaissance du droit au travail aura ce résultat que Fouvrier sera mis toujours ou plus souvent en possession d'un instrument de travail.
Ce qui manque aujourd'hui à Fouvrier, outre la nécessité de l'instruction professionnelle, par laquelle il faut commencer, ce sont deux choses : le crédit et la possibilité de vendre les objets qu'il a fabriqués.
Odilon Barrot a peur des conséquences du droit au travail:
Sans doute, c'est un mal et même un crime social que de voir un homme qui soulfre et qui meurt de faim ; mais le travail est une nécessité et je ^ne voudrais pas faire un droit de ce qui est un devoir, ou bien vous découragez la liberté.
Si vous reconnaissez en tête d'une Constitution l'obligation pour la société de donner du travail, vous pi'ovoquez la désertion des ateliers privés; vos ateliers nationaux deviendront un encouragement à la fainéantise.
Athanase Goquerel demande ce que FÉtal fera des produits fabriqués, comment il les écoulera, ce que deviendra la famille du travailleur envoyé au loin. Dupin craint qu'en proclamant un droit absolu « on ne promette plus qu'on ne peut tenir ». Considérant revient sur la nécessité de tirer cette conséquence de la Révolution de Février :
Je connais la classe ouvrière et ses idées, je crois que \}0\xv elle
54 l'assistance DE 1848 A l85l
toute la valeur de la Constitution sera dans ce mot : « Droit au travail»; on pourra d'ailleurs prendre des précautions pour que le travail libre ne soit pas arrêté >.
La discussioû continua le lendemain. La rédaction proposée par Beaumont était ainsi conçue :
Les moyens essentiels par lesquels le droit au travail est garanti sont: « La liberté du travail, l'association volontaire, l'instruction gratuite, l'éducation professionnelle, les institutions de prévoyance et de crédit, l'établissement par l'État d'ateliers de secoui's. »
M. Marrast, dit le procès- verbal, critique le mot secours; cela n'est pas suffisant, dit-il ; il faut autre chose et plus que des ateliers de secours.
M. de Beaumont. — J'ai mis le mot atelier de secours parce que je ne veux pas qu'on trompe le peuple en lui promettant plus qu'on ne peut lui donner.
Vous n'entendez pas sans doute que FÉtat organise des ateliers spéciaux pour chaque genre d'industrie. Vous ne pouvez donc avoir que des travaux considérables qui seront en permanence et qui soulageront des misères accidentelles.
J'admets comme vous le principe absolu de droit au travail, mais si on l'écrit dans la Constitution, certains socialistes viendront dire que, le droit étant déclaré, il faut l'organiser ; que ce n'est pas l'organiser que de donner à un mécanicien, à un tailleur qui gagne 4 ou 6 francs par jour, le moyen de gagner 2 francs en faisant des travaux de terrassement, qu'il est nécessaire d'avoir des ateliers correspondant à chaque industrie spéciale, dont les bras peuvent être inoccupés ; et alors l'État devient le grand et le seul travailleur; c'est ce que nous voulons tous éviter.
M. Marrast. — Je ne veux pas qu'on fasse concurrence au travail individuel, car l'État ne doit faire que ce que les particuliers ne font pas, les grands travaux d'intérêt public, comme déboisement de montagnes, création de routes, etc., et, de plus, je veux qu'on n'admette à ces ateliers de l'État que des individus qui justifieront, par des moyens qu'il sera facile de réglementer, qu'il leur a été impossible de trouver de l'ouvrage. Je veux, en un mot, utiliser toutes les forces individuelles qui existent dans la société en empêchant qu'un homme qui peut et veut travailler ne reste, malgré lui, oisif et inoccupé.
M. Considérant. — En insistant pour qu'on reconnaisse dans la Constitution le droit au travail, je n'attends rien de cette déclaration pour la réalisation du système qu'on méconnaît; je crois
I. Toutes ces citations sont extraites des procès-verbaux manuscrits.