CHAPITRE DEUXIEME
On dit on vain que ce droit nouveau est une chimère ; Tégalité, la liberté ont aussi semblé longtemps des diimères, elles sont pourtant devenues des réalités.
Il est temps d'étendre le cercle des devoirs imparfaits et de rattacher la Constitution aux devoirs moraux et religieux do l'homme.
<9« Bureau. — Il a adopté l'article 7 à la majorité de 20 voix contre 14.
La minorité à laquelle appartient le délégué a pensé que le travail était un devoir et non un droit, que le droit au travail ne signifiait, quand on Fa employé pour la première fois, que la liberté du travail.
,9« Bureau. — Il a rejeté l'article 7.
Le droit au travail n'existe pas i)our l'ouvrier contre la société, l'ouvrier n'a pas plus d'action contre la société qu'il n'en a contre le riche cpii ne fait pas travailler les ouvriers.
C'est pour les riches une vertu de faire travailler les ouvriers, mais ce n'est pas un devoir positif.
La promesse de donner du travail entraine d'immenses diflicultés pratiques, car ce ne sera pas tenii' cette promesse que de donner à tout le monde indistinctement de la terre à remuer et des brouettes à conduire.
La seule obligation de la société est de protéger la liberté du travail, d'empêcher qu'on y porte atteinte.
Elle doit aussi donner du travail, mais seulement dans la mesure de ses ressources,
10^ Bureau. — Il a admis l'article à une grande majorité.
La Révolution de 1789 a proclamé le dogme de la fraternité, mais ce dogme, écrit dans la Constitution, n'est point passé dans les faits,
La Révolution de i83o n'a été que politique, elle a créé la funeste distinction entre le bourgeois et le travailleur.
La Révolution de 18/4H doit être sociale et profiter aux travailleui*s. Elle a été faite parce que la misèr^^ des ouvriers était profonde, que nous aurions eu le tort de l'oublier, et de ne rien faire qui nous recommandât à eux.
Le travail donné aux ouvriers, c'est pour eux un droit et pour la société un devoir.
Car le travail, c'est le droit de vivre assuré honnêtement par un moyen plus honnête et plus digne que l'aumône.
Ici la séance est interrompue par la nécessité d'aller à l'Assemblée et renvoyée à demain à 11 heures.
Signé : Woirhaye, secrétaire.
Dans sa séance du 26, la discussion continua entre Thiers,
Th) i/assistance de 184H A l85l
Crémieux et Crépu, qui, en rabsence de Crémieux, développa Topinion du ii«* Bureau:
Le droit au travail n'est autre chose que le droit de vivre, il prime tous les autres. S'il n'est pas consacré par la Constitution, il faudra remplacer le dogme : Liberté, Egalité, Fraternité, par cette autre parole : Liberté et Fatalité.
Le paupérisme est né de l'aflranchissement, car dans le pays où règne l'esclavage, le maître nourrit l'esclave, et la vie de celuici est assurée. Mais l'airranchissement n'a pas brisé complètement le lien qui unissait le maître et l'esclave. L'ancien maître devenu seigneur, est demeuré le patron de celui qui était jadis esclave.
Seulement il n'y a plus eu pour ce patron qu'un devoir imparfait envers l'esclave affranchi.
Ce devoir s'est agrandi, à mesure que la propriété s'est agrandie entre les mains de l'homme, jadis esclave, et c'est le gouvernement qui, se mettant à la place du propriétaire, a contracté ce devoir imparfait qui existait à ce dernier.
Mais ce devoir n'étant qu'imparfait, il s'agit de savoh' aujourd'hui si on le rendra parfait et si on l'imposera comme une obligation à l'État.
Cela est nécessaire.
Si le travail et son salaire ne sont pas assurés au travailleur, celui-ci n'est pas assuré de vivre.
Et comme il a le droit de vivre, il faut bien qu'une garantie lui soit donnée à cet égard par le gouvernement, puisqu'il est le tuteur de tous, et que, d'ailleurs, il possède seul les ressources nécessaires pour prendre un pareil engagement.
On dit qu'il sera dilUcile, coûteux, de tenir un pareil engagement, et qu'il est fort dangereux d'inscrire ce droit en tète de la Constitution.
Mais, si ce droit existe, s'il domine l'état des choses, s'il est revendiqué par ceux qui ont besoin d'en jouir, sera-t-on plus avancé en n'écrivant pas le droit et n'y a-t-il pas plus de danger à le passer sous silence qu'à lui donner une place dans la Déclaration des droits et des devoirs ?
Seulement il faut écrire le devoir en présence du droit et prescrire la prévoyance en même temps que le travail.
L'exemple funeste que viennent de donner les ateliers nationaux est un fait exceptionnel né au milieu des embarras d'une Révolution. Il ne prouve pas plus contre le droit au travail que les essais malheureux de liberté et d'égalité faits dans le monde ne prouvent quelque chose contre la vérité des principes.
Seulement il faut que le travail donné à l'ouvrier par l'Etat satisfasse à ces trois grands principes ; il faut qu'il soit réel, organisé avec prévoyance chez l'ouvrier et surveillé par l'État.