‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 40 sur 150 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Mais dire que tout le monde nourrira tout le monde, c'est un mensonjçe, et un mensonge sanguinaire.

Espérer qu'on trouvera des ressources dans l'association, c'est une erreur à laquelle on a déjà consacré trois millions. On a bien fait. Je suis prêt à consacrer ao ou 3o millions à ces sortes d'essais; mais l'expérience démontrera que tous ces expédients ne conduisent à rien.

Ce qu'on peut faire de mieux pour le peuple, c'est de lui dire la vérité.

Dans la séance du j août, la Commission revisa son travail. L'opinion des bureaux fut résumée ainsi qu'il suit : « Tous

les bureaux ont repoussé, comme un principe faux

et dangereux % la consécration du droit au travail Il

convient que l'État ne promette des travaux que dans les limites de ses ressources, et qu'il soit bien compris que ces travaux ne peuvent être des travaux professionnels, mais seulement des travaux généraux offerts dans des temps

exceptionnels de chômage La Commission reconnaît à

une grande majorité que le droit au travail ne peut et ne doit pas être consacré : c'est riiommc lui-mênM^, dans la liberté et la prévoyance, qui doit chercher le travail. La Société ne le lui doit pas ; seulement elle doit établir des règles sages et faire des lois bien entendues, qui permettent à chaque homme de trouver dans son travail un salaire qui le fasse vivre. »

Le nouveau texte ftit donc ainsi rédigé. Paragraphe 8 du préambule : « La République doit protéger le citoyen dans sa personne, sa famille, sa religion, sa propriété, son travail, et mettre à la portée de chacun l'instruction indispensable à tous les hommes; elle doit l'assistance aux citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail dans les limites de ses ressources, soit en donnant, à défaut de la famille, les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler. » Ce paragraphe était complété par Tarlicle i3 de la Constitution : « La Constitution garantit aux citoyens la liberté du

I. Le résHiuc altérait la vérité, puisque deux bureaux s'étaient prononcé pour l'article 7.

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travail et de Findustrie. La Soeiélé favorise et encourage le développement du travail par renseignement primaire gratuit, rédueation professionnelle, Tégalilé des rapports entre le patron et l'ouvrier, les institutions de prévoyance et de crédit, les associations volontaires et rétablissement par rÉtal, les départements et les communes, de travaux publics propres à employer les bras inoccupés ; elle fournit Tassistance aux enfants abandonnés, aux inlirmes et aux vieillards sans ressources et que leurs familles ne peuvent secourir \ »

Tocqueville, dans ses Souvenirs*, accuse Marrast « d'avoir bAclé son rapport ». Celte accusation est injuste : « Le rapport de Marrast ne justifie en rien les dédains de Tocqueville. On y trouve de la rhétorique, de Temphase : c'est le goût du temps. Mais on y trouve aussi, surtout dans la première partie, dans la partie philosophique, un enchaînement rigoureux \ » Marrast dégage logiquement des faits la doctrine politique des républicains de 1848. Il ne se laisse pas troubler par la violence des passions que Juin a soulevées; il cherche, malgré la réaction qui s'était manifestée dans la discussion des bureaux, à conserver les idées maîtresses de la Constitution.

Les républicains de 48 sont idéalistes et chrétiens: « Jésus, dit un candidat à la Constituante, est notre maître à tous, le premier républicain de la terre*. » — « Par fraternité, disait un autre candidat. Chapon Bernard de Tauriac, entendez l'application vraie de la maxime du Christ : « Aimez-vous les « uns les autres, comme des enfants d'une même famille '. »

La loi politique, dit le rai>port de Marrast, est l'iiéritière de la loi chrétienne... Entre TEtat, la famille, l'individu, s'établissent les liens d'une solidarité, religieuse dans son principe, politique

1. Séance du 3o août 184H. Compte fendu ^ t. UI, p. 69,5-606.

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