CHAPITRE TROISIEME (JI
maire de Paris, dépensa quinze cent mille francs en secours à domicile. Le nombre des nécessiteux s*éleva de 260.000 à Soo.ooo. Au 3o septembre 1848, le gouvernement avait dépensé cinq millions et le département de la Seine six millions ^ . Pendant les journées de Juin, « malgré l'interruption des communications, rien de ce qui pouvait être nécessaire n'a manqué en aliments, médicaments, linge, approvisionnements de toute nature... » Dans la journée du dimanche 23 juin, dit le compte rendu oftîciel de 1848', « au moment où Ton commençait à placer des lits supplémentaires sous le vestibule de THôtel- Dieu, les habitants du quartier se sont empressés d'apporter en abondance des lits, des objets de literie, du linge et de la charpie. » Cet élan s'est communiqué au reste de la capitale et à tous les départements, et l'administration a été rapidement approvisionnée de linge au delà des besoins du moment.
Là, comme ailleurs, Dufaure voulait rétablir l'ordre et accomplir de sages réformes. Il n'y eut pas moins de trois projets soumis au maire de Paris. L'ancienne organisation était défectueuse.
Malgré son zèle et ses lumières, elle avait, dit Ramhuteau, un grand inconvénient: le pouvoir en commun, cVst-à-dire la responsabilité collective et par conséquent Fabscnce de responsabilité personnelle. Tout se passait au nom du préfet qui signait les mesures pnses dans des déhbérations auxquelles il n'assistait point, sauf trois ou quatre fois par an, aux gi'andes séances. Je m'astreignis d'abord à n'en manquer aucune ; chaque semaine, je présidais quatre lieures durant ; souvent je refusai d'approuver des dispositions votées à la douzaine en mon absence ; je supprimai le surnumérariat dont le plus clair effet était d'encombrer les bureaux; enfin je fis comprendre au Conseil, non sans heurts, malgré mes ménagements, que je ne voulais point toucher à son autorité, mais empêcher qu'elle ne servît à couvrir à son insu des actes de népotisme, des dépenses inutiles. Un jour M. Desportes me montrait tout heureux deux salles de l'Hôtel-Dieu qu'il avait fait parqueter en vendant de la vieille argenterie : « Je suis tenté, liii répon-
I. Les sociétés de Saint-VincentKle-Paul furent charg^ées, d'accord avec les mairies, de la distribution (De la Gorce, op. ci7., t. !•', p. 4o7«) — Sur l'administration de Marrasl, cf. Gazette municipale j août et septembre 1848.
a. Archives de l'Assistance publique.
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dis-jo. de changer de rôle avec vous, car pour faire des dépenses sans autorisation et sans contrôle, il vaut mieux ^tre administrateur que préfet. * »
Avec une administration collective, divisé entre un conseil dirigeant et une commission executive, point d'initiative, point d'impulsion, point d'unité d'action, point de responsabilité. « Là où l'autorité est répartie entre plusieurs, la répression des abus devient impossible. »
Le projet Dufaure fut déposé le 8 novembre 1848*. Il créait, sous l'autorité du préfet et du ministre, un directeur responsable et un Conseil de surveillance composé de notables élus par les principaux corps de l'Etat et de la cité. Le directeur nommé par le ministre héritait des attributions du Conseil général et de la (x>mmission administrative ; le Conseil de surveillance n'avait plus qu'un droit de contrôle et d'examen préalable. On se demanda, en préparant la loi, s'il fallait maintenir dans les mêmes mains les secours à domicile et les hospices ; il parut sufiîsant, sans toucher à cette concentration de pouvoirs, de donner aux secours à domicile une représentation spéciale dans le Conseil de surveillance. On jugea bon de fortifier la situation des médecins et chirurgiens, en proposant de les nommer au concours et de subordonner leur révocation à l'avis du Conseil de surveillance.
Le comité de l'Intérieur modifia profondément le projet Dufaure \ Le conseil municipal était appelé à contrôler toute l'administration ; le Conseil de surveillance était remplacé par un conseil d'administration ayant un pouvoir propre et directement responsable. Le Conseil d'Etat, la rx)ur des Comptes, les médecins, les .chirurgiens, les pharmaciens des hôpitaux, les notaires, les avocats, les avoues, en un mot, toutes les corporations contribuaient à cette élection. Suivant le vœu de Coquerel, les représentants des trois