CHAPITRE QUATHIÈME Io
méthodiques aux ouvriers ou à leurs familles. « Je voudrais, dit-il, au lieu de gendarmes, leur envoyer des hommes de secours et de charité \ »
En dépit des apparences, le terrain était propice à l'œuvre des fraternités. « Les visiteurs étaient bien reçus, les visités semblaient reconnaissants. Depuis la défaite de l'insurrection, disent les Annales, la société n'avait pour eux que des soldats et des commissaires de police : ils s'étonnaient avec joie qu'elle leur envoyât des amis et des consolateurs. » Grâce à Trélat et à l'abbé Faudet, curé de Saint-Etienne-du-Mont, l'Association comptait en novembre 1848, quatre-vingts fraternités sur une seule paroisse. M. Defauconpret, proviseur du collège RoUin alors situé rue des Postes, 34, y adhéra avec les maîtres, les employés et les domestiques ; plusieurs élèves s'y associèrent : l'une des familles se composait d'une mère avec sa fille, de deux maîtres du collège, d'un avocat, d'un étudiant, d'un marcliand, d'un portier avec sa femme et d'un domestique. Les chefs se réunissaient tous les mois au collège: les réunions générales se tenaient chez le curé. Il y avait un magasin de vêtements, linge, literie, meubles et ustensiles de ménage*.
1. Armand de Melun, Mémoires^ (. U, p. 23, et Annales de la Charité^ 1848, a33. — C'est sans doute à la suite de ces visites que fut fondée VŒuvre des Faubourgs f devenue rapidement confessionnelle et patronnée par l'archevêque de Paris ; elle avait pour Imt d'assister les familles des quartiers Saint- Victor, Saint-Jacques, Mouffetard, de la Santé, des Gobelins, du Temple, de Belleville ; elle agissait au moyen de visites de dames et de demoiselles charitables et dévouées et assurait la fréquentation des écoles et des catéchismes. Elle s'est conservée, en se développant, jusqu'à nos jours. Il ne faut pas la confondre avec V Œuvre des familles, à laquelle est consacré ce paragraphe. {Paris charitable et prévoyant, 1904, in-8% p. 386.)
2. Annales de la Charité, 1848, p. 394. — C'est de la même pensée que procède FAssociation lycéenne, fondée à la fin de 1848 par quelques élèves du lycée Henri IV devenu le lycée Corneille ; elle se divisait en cercles, composés chacun de dix membres et chargés chacun du soulagement d'une famille. « Si le mot de « Fraternité », un moment adopté, s'est trouvé repoussé et rayé des statuts, l'organisation subsiste sous un nom différent. Peut-être l'Association lycéenne voulait-elle employer un terme qui lui fût propre ; peut-être aussi ne voulait-elle pas être confondue, dans son activité charitable, avec une association qui venait d'accepter le patronage de Mgr Siboup, archevêque de Paris, et commençait à prendre un caractère paroissial et
io4 l'assistance de 1848 A l85l
En i85i, Vœuvre des familles devenue surtout paroissiale el catholique, comprenait 797 dizaines organisées dans neuf paroisses de Paris et une de la banlieue \ Une annexe centrale de placement, fondée le i5mai 1849, ^tvait, au i2juin i85i, obtenu 895 offres de travaux et d'emplois et fourni de l'ouvrage à 1,200 personnes. A Saint-Etienne-du-Mont, une caisse de prêts d'honneur avait en un an consenti à 27 chefs de familles des avances de 5 à 175 francs, pour un total de 641 francs, et ce, sur un fonds de 36o francs.
Malgré les controverses et les antagonismes « éclos, suivant le mot de M. Rataud, secrétaire des fraternités du xiP arrondissement, dans les rangs les plus vénérés de la hiérarchie religieuse et sociale»*, l'archevêque leur restait favorable et réunissait dans son palais les principaux représentants des dizaines constituées.
L'œuvre continua à prospérer dans le xii« et aussi dans le xi^ arrondissement qui comprenait le Luxembourg, la Sorbonne, l'Ecole de médecine et le Palais de Justice.
catholique... Le fonctionnement de l'œuvre est assuré par le principe électif. Le cercle doit remettre sa souscription à un délégué choisi parmi ses membres ; les délégués de cercles remettent la souscription au délégué général de leur section, et les délégués généraux rendent compte au comité central dont ils font partie. Les délégués nomment des distributeurs auxquels peuvent toujours se joindre les membres de l'Association qui le désirent. Tous les quinze jours, des rapports doivent être présentés sur les distributions faites, et les jeunes lycéens ont si bien le sentiment de la vraie charité, de la discrétion qui doit l'entourer, que, dans leurs rapports, ils ne donnent pas les noms des familles visitées et secourues ; ils les désignent par des numéros. » (Maurice Leven : Une association lycéenne en iH^S^ dans la Revue bleuCy 29 juillet 1900.) La jeune association se plaça sous le patronage de Lamartine, de Victor Hugo et de Béranger ; elle obtint, pour sa loterie, le concours de Thiers, d'Ozanam, de (^ormenin, de George Sand, d'Eugène Sue, de Proudhon. En 1849, elle fut présidée par Hippolyte Carnot, En i85o, « le pouvoir devint ombrageux » et les proviseurs interdirent à leurs élèves d'en faire partie. Elle disparut avec le Coup d'Etat.
1. Saint-Etiennc-du-Mont, Saint-Jacques-du-Haut-Pas, Saint-Médard, Sainl- Nicolas-du-Chardonnet, Saint-Sévcrin, Saint-Sulpice, la Madeleine, Saint- Vincent-de-Paul, Saint-Nicolas-des-Champs et Belleville. (Annales de la Charité, 1848, p. 281 et 355.)
2. Annales de la Charité, i85i, p. 283. — M. Rataud devint maire du V'' arrondissement, formé de l'ancien XIP arrondissement.